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lundi 9 octobre 2017

  • Nouvelle Ratio : retour sur le Congrès international

    La formation sacerdotale est un thème déterminant pour la mission de l’Église. Et c’est autour de cette question que quelque 170 évêques, prêtres et formateurs se sont retrouvés du 5 au 7 octobre à Castel Gandolfo, près de Rome. Au cœur de ce congrès international, organisé par la Congrégation pour le Clergé : la Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis, le nouveau texte d’orientation de la formation dans les séminaires, promulgué le 8 décembre 2016. Samedi matin, le pape François a tenu à conclure personnellement les travaux. Dans un long discours passionné, le Saint-Père a rappelé les urgences de la vie sacerdotale, comparant Dieu à un potier, patient et attentif, et le prêtre à un vase d’argile.
    Compte-rendu Romilda Ferrauto
    Le pape François, on le sait, n’aime pas les prêtres mondains, ambitieux, carriéristes ni les prêtres tièdes bien installés dans leur tranquillité et leur bien-être. Il veut des disciples missionnaires, des prophètes qui sachent réveiller le désir de Dieu dans le cœur de l’homme et rallumer l’espérance là où la cendre a recouvert les braises de la vie. Le nouveau décret sur la formation sacerdotale porte sa marque. Le précédent datait de 1970 et n’avait été que légèrement modifié en 1985. Près d’un an après la promulgation de la nouvelle Ratio, la Congrégation pour le Clergé a organisé un congrès, ces jours derniers, spécialement à l’intention des évêques et formateurs qui auront pour tâche d’adapter ce décret en des Ratio nationalis.
    Dans son discours d’ouverture, le cardinal Stella, préfet de la Congrégation pour le Clergé, a rappelé que ce texte avait été conçu pour répondre aux questionnements, aux difficultés, aux défis et aux attentes des prêtres dans l’exercice concret de leur ministère. Un travail d’équipe qui a bénéficié de très nombreuses rencontres sur le terrain avec les formateurs et les séminaristes, dans un véritable souci des personnes. La nouvelle Ratio insiste sur le concept de formation intégrale, capable d’unir de manière équilibrée les dimensions humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale, grâce à un cheminement pédagogique progressif et personnalisé.
    Dieu est l’artisan patient et miséricordieux de la formation sacerdotale
    Mais au bout du compte, le Souverain pontife l’a réaffirmé explicitement samedi matin : « Dieu est l’artisan patient et miséricordieux de la formation sacerdotale, et cette action dure toute la vie ». Il faut donc que les prêtres aient le courage de se laisser façonner jour après jour par le Seigneur afin de garder leur enthousiasme pour l’Evangile et leur passion pour le peuple de Dieu. Le pape François invite les séminaristes et les prêtres à préférer le silence à la clameur des ambitions humaines. Plutôt que de suivre des modèles établis, ils doivent se laisser guider par une inquiétude salutaire. Au lieu de compter sur leurs propres activités, ils doivent s’abandonner aux mains du potier et à sa créativité providentielle.
    Mais le rôle des formateurs et notamment des évêques est également essentiel car c’est dans l’Église que les vocations naissent, grandissent et se développent. D’où la nécessité, dans ce domaine, de dialoguer davantage, de dépasser les querelles de clocher, de ne pas se limiter aux schémas inflexibles et aux normes abstraites mais de faire des choix partagés, de préparer en amont des formateurs réellement compétents. Autre mot-clé : le discernement, car il s’agit de bien discerner ceux qui auront, plus tard, à discerner avec les fidèles qui leur seront confiés. La formation des prêtres passe aussi par leur rencontre avec le peuple, avec ses vicissitudes, ses questionnements, ses besoins, ses blessures. Malgré les résistances et les incompréhensions, le peuple est une école de vie, insiste le pape François.
    Un nouveau regard sur la vie sacerdotale
    L’objectif du Congrès de Castel Gandolfo était d’analyser et de favoriser l’application du décret dans les différents contextes culturels et ecclésiaux, d’approfondir les doutes sur les éléments nouveaux du texte, de soutenir le travail des Conférences épiscopales et des séminaires. Les groupes linguistiques ont pu échanger et partager en particulier sur certains aspects qui pourraient ralentir la réception adéquate des nouvelles lignes. Le cardinal Stella l’a rappelé avec insistance : il est nécessaire de porter un nouveau regard sur la vie sacerdotale, de dessiner le profil de prêtres adaptés aux exigences de la société actuelle.


  • Homélie du dimanche 15 octobre

    Dimanche 15 octobre 2017
    28éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre du prophète Isaïe : 25. 6 à 9 :”Le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin …”
    Psaume 22 : “Tu prépares la table pour moi…ma coupe est débordante.”
    Lettre de saint Paul aux Philippiens : 4 12 à 20 :”Mon Dieu subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse dans le Christ Jésus.”
    Evangile selon saint Matthieu : 22. 1 à 10 : “Les serviteurs allèrent sur les chemins rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les bons et les mauvais.”
    ***
    C’est encore une parabole sur le Royaume qui nous est proposée aujourd’hui. On y retrouve les mêmes thèmes fondamentaux que dans les précédentes lues tous ces derniers dimanches.
    UNE INVITATION UNIVERSELLE.
    Ces premiers invités avaient toutes les raisons d’être conviés à la noce, mais ils refusent de répondre à l’invitation du roi. Ils invoquent des raisons ou des prétextes, peu importe. A leurs yeux, ils avaient tous d’autres occupations plus intéressantes. Le festin est celui des “noces de l’Agneau” pour reprendre l’expression de l’Apocalypse (19. 7 et 9) qui d’ailleurs utilise le même terme grec :”Gamos”, qui va plus loin que la signification de simple fête.
    Puisqu’ils refusent de s’y rendre, d’autres sont invités à partager la joie des deux familles pour l’union de ces jeunes. A l’inverse des premiers, ces invités de dernière heure n’ont aucun mérite pour être conviés ainsi. Ils n’ont que la chance de s’être trouvés là, désoeuvrés, sur le chemin des serviteurs. Ce sont des gens de toutes sortes auxquels personne ne prête attention d’habitude. Qu’espéraient-ils vraiment dans leur désoeuvrement ? Pouvaient-ils un instant s’attendre à cela ?
    Isaïe nous donne une première réponse. En tout homme vit une espérance car en tout homme il y a l’attente d’un infini. “Voici notre Dieu ! En lui, nous espérions, il nous a sauvés.” (Isaïe 25) … “Par toute la terre, il effacera l’humiliation de son peuple. C’est lui qui l’a promis.” Mais ce peuple n’est plus le peuple de la première Alliance qui n’a pas répondu. C’est le peuple innombrable de la Nouvelle Alliance.
    Pour Dieu, cette invitation universelle ne suppose aucune condition préalable, pas même celle d’être de ceux qui sont en relation avec le roi qui invite ses amis, ses égaux, ses ministres. “Tu prépares la table pour moi…”, pour d’autres, pour tous. (psaume 22)
    La situation est inimaginable si l’on se réfère à nos manières d’agir habituelles. Nous avons du mal à croire que Dieu puisse donner le salut à tous et gratuitement. Nous qui sommes souvent dans la crainte pour tout faire afin d’obtenir “notre” salut, qui vivons dans l’inquiétude de ne pas le mériter. C’est pourtant la bonne nouvelle de l’Evangile : Dieu appelle par amour et donne gratuitement.
    UNE CONVERSION, UN CONSENTEMENT
    Mais nous n’avons pas à penser que cette gratuité n’attend pas de nous une réponse. Il nous faut accepter de suivre celui qui nous appelle aux noces éternelles. Cet appel est aussi celui de suivre le chemin qu’il nous trace. Si l’invitation est gratuite, la réponse à donner implique l’acceptation de vivre selon les exigences du Royaume. Le vêtement de noces est l’image de cette participation consentie.
    Autrement dit, il ne s’agit pas d’accepter passivement de prendre part au festin des noces. Il faut aussi, tant bien que mal sans doute, s’en rendre digne. Ce qui, pour nous se traduit, prendre ses responsabilités. La vie morale n’est pas la condition du salut. Nous le voyons avec Marie-Madeleine, Zachée et tant d’autres invités à devenir proches de Jésus. La vie morale en est la conséquence.
    C’est parce que je crois que Dieu m’aime, m’appelle, me sauve gratuitement et m’invite au bonheur, que je suis fidèle à la loi qu’il me propose. “Dans cette vie où nous espérons le bonheur et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur.” Ce prière répétée à chaque messe en est bien l’écho… l’avènement du Christ dans notre vie actuelle et pas seulement au terme de notre vie.
    Ma fidélité sera, dès aujourd’hui, à la mesure de la conscience que j’ai de son amour.
    Je ne peux participer à ces noces qu’avec un vêtement décent, qui se traduit : vivre selon la loi du Royaume. Il m’invite et je dois être digne dans ma réponse à cette invitation.
    PARTICIPER A LA FETE
    Si la loi du Royaume se présente comme une exigence, elle est aussi le chemin du vrai bonheur et de la vraie liberté. L’amour de Dieu suscite la liberté de l’homme. Il ne nous dispense pas de notre responsabilité personnelle. Il ne sauve pas des esclaves du péché pour en faire des esclaves de sa puissance. Il veut faire de nous des partenaires de sa fête.
    L’homme qui se présente sans un vêtement de noces, est pressé aimablement de s’expliquer. Il ne trouve pas de réponse. N’épiloguons pas sur une réaction du roi, peu compatible avec ce qui nous est dit de sa mansuétude. En acceptant de venir, le traînard de grand chemin acceptait d’aller plus loin que la satisfaction d’un repas plantureux. Il est invité à partager la joie de l’avenir de ce jeune couple et non pas simplement manger copieusement au banquet des noces. Il doit donner une réponse qui est simplement la raison de ce manque de partage.
    Une chose est certaine, la robe de noces souhaitée n’est pas celle de l’innocence. Ce sont des pécheurs que Dieu invite au festin du Royaume. La parabole est claire : le roi invite les bons et les méchants. L’Eglise, le Royaume de Dieu, n’est pas une société de parfaits, mais de pécheurs conscients de leur péché et qui aspirent au pardon. “Vous avez revêtu le Christ !” (Galates 3. 27), “Revêtez l’homme nouveau” que vous êtes par cette invitation (Colossiens 3. 10).
    ***
    Nous aussi nous sommes indignes de participer au festin du Royaume et même à cette eucharistie quotidienne ou dominicale qui nous en offre les prémices. Laissons-nous aimer par Dieu qui nous dit :”Venez tout est prêt !”
    “Ta grâce nous devance et nous accompagne pour nous rendre attentifs à faire le bien sans relâche”, nous fait prier la prière d’ouverture de la liturgie de ce dimanche.
    Notre réponse ne peut être le silence. Elle se doit d’être une démarche et une attitude : Venons à la noce éternelle avec la parure de la fête !


vendredi 6 octobre 2017

  • Habitat partagé : l’Association pour l’amitié promeut le vivre ensemble

    Le second rapport « Église en Périphérie », sorti le 3 octobre 2017 met en évidence les initiatives chrétiennes d’habitat partagé. Rencontre avec Martin Choutet, modérateur de l’Association pour l’Amitié (APA). Une association qui promeut le vivre ensemble et qui anime des appartements partagés où co-habitent des sans-domiciles fixes et des jeunes pros sous forme de colocation solidaires.

    Quel est le rôle de l’Association pour l’amitié (APA) ?
    Favoriser le lien social par la rencontre entre des personnes en situation d’isolement et de précarité et d’autres personnes qui n’ont pas de difficultés. Nous construisons à travers l’habitat partagé des communautés et des lieux de vies. Chacun mérite de vivre dans des conditions dignes. C’est pourquoi, l’association propose un hébergement mais aussi un accompagnement et des liens humains.
    Depuis quand l’association existe-t-elle ? Où êtes-vous installés ?
    L’Association pour l’amitié est implantée depuis onze ans à Paris et dans sa région grâce aux soutiens du diocèse de Paris et des communautés religieuses. Nous avons ouvert en 2017 deux nouveaux pôles à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et à Villejuif (Val-de-Marne). L’Association pour l’Amitié travaille en étroite collaboration avec l’association Lazare qui développe, de son côté, des projets similaires en province, notamment à Lyon, Nantes, Marseille, Lille, Toulouse et Angers ; mais aussi à l’étranger, en Espagne et en Belgique.
    Quels sont les moyens dont dispose l’Association pour l’Amitié (APA) ?
    L’APA a vingt-deux appartements en région parisienne qui regroupent un peu plus de 160 résidants répartis sur une dizaine de sites. Huit familles sont également responsables de lieux. Dans chaque pôle, nous avons un responsable et une équipe de soutien pour la formation, l’accueil des nouveaux et la gestion des véhicules.
    Quel est le profil des « volontaires » et des « aidés » ?
    Les volontaires sont en général des jeunes professionnels, mais il n’y a pas de limites d’âges officiel. La plupart d’entre eux s’engagent au nom de leur foi. Les sans domiciles fixes, eux, viennent par le biais d’assistantes sociales, de paroisses ou d’associations partenaires.
    Se mettre à plusieurs dans un même espace en y intégrant des valeurs de solidarité et de respect de l’autre, n’est-ce pas un moyen de redonner du sens au vivre ensemble ?
    Vivre en « habitat partagé » permet de réaliser des activités tous ensemble comme la cuisine, le ménage ou les courses… Le point d’entrée de notre action est de créer du lien, d’apprendre à se connaitre et à s’aimer au-delà de nos différences. Nous devons aller les uns vers les autres, apprendre à vivre ensemble en harmonie malgré nos aspérités de caractère.
    Partager des lieux de vie mutualisé nécessite de se répartir les tâches. Comment surmonter les difficultés du quotidien ?
    Par la volonté de vivre ensemble. Au départ, les volontaires se réjouissent de faire de nouvelles rencontres. Puis ils cheminent et s’aperçoivent que l’autre est différent de ce qu’ils imaginaient. Nous sommes appelés à nous transformer et à évoluer avec le temps. Ce qui nécessite de se comprendre mutuellement, de pardonner quand on se blesse, d’être patient et d’accepter que l’autre a besoin de temps pour changer. Il faut aussi savoir s’émerveiller des talents de chacun et s’ouvrir à la complémentarité.
    Et parfois, les rôles s’inversent…
    En vivant ensemble, la personne que je voyais comme une personne pauvre se révèle être un bon musicien, cuisinier ou accueillant. Toutes ces attentions de cœur aident à changer de regard et à voir l’autre comme une personne pleine de potentiels et de richesses.
    Comment la dimension spirituelle se traduit-elle ?
    Elle aide à surmonter les écueils du quotidien. Nos temps de prières permettent à des victimes d’exclusion de rouvrir un œil sur l’Eglise et la vie spirituelle. Nous aimerions être facilitateur et créer des occasions pour que chacun rejoigne le Seigneur et connaisse cette profonde joie de découvrir la bonne nouvelle qui redonne du sens à la vie.
    Depuis les années 2000, les initiatives d’habitats partagés portés par des chrétiens se multiplient. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
    De nombreuses associations comme l’Arche, le Pain de vie ou Magdala nous ont précédés sur ce chemin et nous ont largement inspiré. Elles témoignent en vérité de la richesse du vivre ensemble. Je pense qu’il s’agit d’une tendance portée par toute l’Eglise qui est d’apprendre progressivement à moins « faire pour » mais à « faire avec ». Chacun a besoin d’aimer et d’être aimé, de donner et de recevoir. Nos relations sont appelées à être réciproques. Il s’agit d’un chemin de conversion.
    Au-delà des appartements partagés, vous développez d’autres actions qui sont autant d’occasion de vivre le même esprit de rencontres et d’amitié…
    Nous organisons des repas partagés le dimanche pour les personnes isolées, rue de Vaugirard. Cette journée qui devrait être un jour de fête peut devenir une épreuve. Il me parait important que les paroisses couplent la liturgie avec des actions de solidarité. Nous préparons également des séjours de vacances en dehors de Paris ainsi que des pèlerinages et des retraites spirituelles. Nous aimons faire découvrir l’immense richesse de l’Eglise à travers la diversité des communautés religieuses et des lieux d’accueil.
    L’association existe depuis maintenant onze ans. Quelle nouveauté avez-vous mis en place ?
    Nous avons créé une équipe de travailleurs sociaux qui accompagne les personnes en situation de précarité dans leurs projets personnels, professionnels tant en termes de recherche d’emploi que de démarches de soins, d’aide à la régularisation ou encore de recherche de logements plus adaptés.


jeudi 5 octobre 2017

  • Déclaration de Mgr James à la suite d’un acte de violence à l’église Sainte-Croix

    Ce jeudi 5 octobre, en fin de matinée, un homme a surgi dans l’église Sainte-Croix de Nantes, au cours d’une messe. L’homme se serait approché de l’autel et aurait manipulé son arme de poing devant le prêtre. Deux paroissiennes ont donné l’alerte en appelant la police. L’homme âgé d’une trentaine d’années, semblait déséquilibré et a tenu des propos incohérents. Il a été interpellé. Il n’y a pas de blessé. La police judiciaire mène l’enquête. Je me suis rendu sur place.
    Un prêtre et une communauté ont été choqués, alors qu’ils célébraient le cœur de la foi chrétienne. Mesurant le trouble causé par l’événement, j’exprime aux prêtres et à la communauté paroissiale mon fraternel soutien.
    Je prie pour que l’église Sainte-Croix de Nantes reste fidèle à sa mission d’être un havre de paix au cœur de la ville.
    Mgr Jean-Paul James,
    5 octobre 2017


  • Prier le chapelet, est-ce facile ? Éléments de réponse par Mgr Xavier Malle

    Nommé évêque du diocèse de Gap et d’Embrun par le pape François en avril dernier, Mgr Xavier Malle qui fut par le passé recteur du Sanctuaire Marial de l’Ile-Bouchard, nous éclaire sur la prière du chapelet.
    Avant d’arriver à prier le chapelet tous les jours, je suis passé par plusieurs phases. Tout d’abord, grâce aux petits livrets édités par l’abbaye cistercienne Notre-Dame de Chambarand (voir ci-dessous) que j’ai acheté comme jeune adulte : prier le chapelet avec tel saint. Cela m’a permis de découvrir les mystères, et l’importance de les contempler mais aussi grâce à l’approfondissement de la lettre du Pape Jean-Paul II « Le Rosaire de la Vierge Marie », écrite en 2002, dans laquelle il explique qu’il s’agit de contempler le visage du Fils dans ses différents mystères, avec le regard de Marie. Une autre phase de découverte a été celle de l’expérimentation à différentes reprises, hospitalisation, raids goums, grandes souffrances, … que le chapelet est la prière qui reste quand on n’arrive plus à prier autre chose. Puis la découverte de la possibilité de découper mon chapelet dans la journée, profitant des temps de transport pour dire une dizaine…
    J’ai par la suite pu expérimenter cette prière par la prédication sur le chapelet et l’animation de nombreux chapelets, quand j’étais recteur du Sanctuaire Marial de l’Ile-Bouchard. J’ai ainsi découvert que cette prière est adaptée à tous les âges. C’est un grand bonheur de prier le chapelet avec les enfants et les adolescents. Ce qui me porte c’est aussi la certitude qu’une famille et un couple qui prie le chapelet tous les jours, au moins une dizaine, est entre de bonnes mains. Alors c’est pareil pour moi, prêtre, évêque…
    Il m’a fallu du temps pour arriver à dire le chapelet chaque jour. Actuellement j’ai la joie de le prier tous les soirs avant d’aller dormir, en tournant autour de la maison de l’évêché. Cela va être plus sportif quand il y aura de la neige ! Mais quel bonheur de terminer la journée de labeur, de remettre les personnes, les situations douloureuses rencontrées dans la journée à l’intercession de Marie. Et on dort tellement mieux en s’endormant en tenant la main de Marie !
    Alors, ayons toujours notre chapelet en poche et profitons de toutes les occasions de la journée, et le soir « terminons-le » !
    Mgr Xavier Malle, évêque de Gap (+ Embrun)
     

     

     


  • Le déploiement des études sur la famille

    A Rome, Paris ou Lyon, Amoris laetitia offre un souffle nouveau aux études théologiques et pastorales au service de la vie familiale et conjugale.

    Un bel envol ! Ainsi peut-on qualifier la page qui s’ouvre aujourd’hui pour le tout nouvel « Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille », qui prend la suite de l’ancien « Institut pontifical Jean-Paul II d’études sur la famille ». Il semble en effet appelé à être une sorte de think-tank pour la réception de l’exhortation Amoris laetitia. L’enjeu de ce projet est au fond de déployer le champ de ces études en portant un regard attentif et confiant sur la réalité concrète de la vie des familles comme sur les changements culturels car « les exigences, les appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de l’histoire », écrit le pape François dans le motu proprio Summa familiae cura. Soulignant encore et toujours l’importance de la famille, le pape invite à ne pas se limiter à « des pratiques pastorales et missionnaires reflétant des formes et des modèles du passé, mais plutôt à être des interprètes de la sagesse de la foi ».
    Le nom de la nouvelle institution académique traduit ces appels. Devenant un institut théologique il fera pleinement droit à la dimension de dialogue inhérente à la théologie : dialogue entre théologie et sciences humaines, dialogue avec le monde, dialogue avec les non-croyants comme l’indique Mgr Vincenzo Paglia grand chancelier de cet institut. Parallèlement son champ d’action s’élargit. C’est ainsi qu’il portera aussi le soin de la création, l’homme et la femme en portant aussi la responsabilité dans leur alliance. Il s’agit en somme de développer un regard élargi et de nouvelles capacités pour une intelligence vive de « l’inépuisable mystère du mariage et de la famille ».
    Du côté de la France, cela bouge aussi. Amoris laetitia encourage à une belle créativité et plusieurs universités catholiques lancent cet automne des formations destinées à ceux qui sont engagés à des titres divers au service de la vie familiale et conjugale. L’université catholique de Lyon et l’Institut catholique de Paris proposent en effet des certificats universitaires innovants : le CERPAF à Lyon un « certificat universitaire de pastorale des familles » et le CADiF à la catho de Paris un « certificat d’accompagnement et de diaconie des familles ». On ne saurait oublier que la famille est le lieu par excellence où s’éprouvent les joies mais aussi les épreuves de la vie commune. Et cela exige, dit le pape François, une conversion missionnaire : il est nécessaire de ne pas s’en tenir à une annonce purement théorique et détachée des problèmes réels des gens (AL n° 201). En proposant des approfondissements théoriques comme des partages d’expérience, il s’agit de mettre en travail l’intelligence pratique et spirituelle.


mercredi 4 octobre 2017

  • La maternité Sainte Félicité nouvelle génération a éclos

    Lundi 2 octobre, personnalités politiques et religieuses ont inauguré les nouveaux bâtiments de la maternité catholique Sainte Félicité, institution plus que centenaire à Paris. Une inscription dans la modernité au service de la vie et de l’espérance. Par Chantal Joly.
    Au cœur du 15ème arrondissement, la petite rue de Casablanca. Au fond de l’impasse une cour calme. La maternité nouvelle génération dresse sa blanche façade vitrée concave (pour gagner des m2 et pour la symbolique de l’arrondi) vers le ciel. Cinq étages avec un rez-de-chaussée lumineux où veille une Vierge à l’Enfant et dont le hall communique directement avec le premier étage équipé de cabinets de consultations. Aux deuxième et troisième étage 28 lits de maternité répartis équitablement de part et d’autre du poste infirmier. La logistique se situe au niveau 4, pendant que la partie technique est installée sur le premier niveau bas. Le dernier étage abrite le logement des Petites Sœurs des Maternités catholiques, dont la chapelle aux magnifiques vitraux bleus est comme le cœur de cet édifice.
    Beauté, technicité, humanité
    Côté rue Duranton, le rez-de-chaussée est accessible aux pompiers et ambulances, une rampe circulaire distribuant l’entrée des urgences pour le bloc obstétrical. Dans le bâtiment ouvert depuis le 7 mars dernier, une bonne odeur de la peinture flotte encore dans les couloirs au doux coloris taupe. Les participants à l’inauguration qui visitent les locaux par petits groupes ne tarissent pas de superlatifs. Des mamans ayant accouché dans les anciens bâtiments de la rue Saint Lambert s’extasient particulièrement de l’espace dans les 52 chambres (dont 48 individuelles) équipées de spacieuses salles de bain et de baignoires pour laver le bébé à même la chambre. Service de néonatalogie avec six lits mère-enfants (dont une chambre pour des jumeaux), plateau technique ultramoderne, bâtiment basse consommation, salle « nature » avec baignoire de relaxation, petits salons cosy avec distributeurs de boissons et bagagerie dans le secteur naissance, 40% d’espace gagné… Tout a été fait pour que la qualité de soins se conjugue avec un climat de confort et d’attention optimisé. Aussi bien pour les 140 salariés qui y travaillent que pour les familles qui y ont recours (3000 naissances attendues par an).
    Un projet porté ensemble
    À l’heure des discours, les élus n’ont pas été les moins enthousiastes pour se féliciter de la présence de cet équipement hors norme au service des Parisiens. Rappelant que deux de ses fils sont nés à la maternité Sainte Félicité, Philippe Goujon, maire du XVe arrondissement, a salué « l’architecture sobre et épurée qui s’insère dans le paysage urbain » et « le dévouement, la bienfaisance, l’incroyable ténacité » des Sœurs. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a exprimé le fait qu’elle était « très heureuse d’être ici » et qu’après avoir traversé « beaucoup de difficultés comme pour un accouchement », « ça valait le coup de porter ce projet ensemble […]  une façon pour le public de travailler avec le secteur privé ».
    Mgr Éric de Moulin-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris,  a rappelé l’influence décisive du cardinal Vingt-Trois qui avait souhaité que la maternité reste dans Paris ainsi que celle de la Providence qui « a permis quelques rencontres pour repérer cet emplacement ». Il a insisté sur le fait que « notre époque est devenue très sensible au fait que le travail de l’accouchement se fasse dans un environnement le plus humain possible […] et soit une source de joie », et que si tout baigne dans cette ambiance « de bienveillance et d’espérance, c’est aussi grâce à la prière des sœurs ».
    Le mot de la fin a été laissé à Sœur Marie Jérémie, Présidente du conseil d’administration de la Maternité Sainte Félicité. Elle a tenu à « remercier personnellement Mme Hidalgo » ainsi que tous ceux qui ont œuvré à la réalisation (les deux cabinets d’architecte, les maçons, les juristes, les entreprises, etc.). Elle a souligné « l’appui inconditionnel de l’Église de Paris » et déclaré : « J’aime à le répéter : l’âme de la maternité a grandi, elle est appelée à rayonner dans ce 21ème siècle ». Un fil d’or continuera de traverser sa belle histoire : l’accueil de toute naissance par 3 coups de cloche sonnés manuellement par une Petite Sœur.

    Des religieuses professionnelles de santé
    Au siècle dernier, à Jallieu, dans l’Isère, un industriel en soierie souhaitait créer une maternité pour ses ouvrières. Il comptait sur sa fille pour mettre en œuvre son projet. Mais après ses études de sage-femme, Marie-Louise est décidée à s’engager dans la vie religieuse au sein d’un Institut missionnaire. Consulté, l’évêque de Grenoble demande à la jeune fille de réaliser l’œuvre sociale souhaitée par son père sans renoncer à répondre à sa vocation religieuse. Ainsi naît en 1930 un nouvel institut, les Petites Sœurs des Maternités Catholiques. Elles gèrent et animent actuellement trois établissements : la maternité Sainte Félicité à Paris, la clinique Saint Vincent de Paul à Bourgoin-Jallieu dans l’Isère et l’Étoile, maternité catholique de Provence à Aix en Provence. Elles sont également présentes à Cambrai (Nord) et à Dakar (Sénégal). Elles travaillent aux côtés des équipes médicales, soignantes, administratives et hôtelières et participent à la prise en charge des patientes.


  • Byung-Chul Han : « La société de transparence »

    C’est le philosophe dont on parle : le cardinal Parolin l’a cité lors de son intervention fin août dernier au Meeting de Rimini (l’événement culturel organisé chaque année par Comunione e liberazione). Son dernier livre en français vient de paraître aux PUF : La société de transparence, un court essai d’à peine plus de cent pages. C’est le septième ouvrage de Byung-Chul Han traduit et publié en français depuis 2014. Les autres ne sont pas plus épais : La Société de la fatigue (Circé1, 2014) ; Le Désir, ou l’enfer de l’identique (Autrement, 2015) ; Dans la nuée. Réflexions sur le numérique, Actes Sud, 2015 ; Psychopolitique : le néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir (Circé, 2016) ; Sauvons le beau : l’esthétique à l’ère numérique (Actes Sud, 2016) – à l’exception du livre cité par le cardinal Parolin : Le Parfum du temps. Essai philosophique sur l’art de s’attarder sur les choses (Circé, 2016), qui a 182 pages.
    « Philosophe » est peut-être un bien grand mot pour qualifier Byung-Chul Han. Les éditeurs ne livrent qu’un minimum d’éléments biographiques sur cet auteur qui, en cohérence avec ce qu’il écrit, résiste à la curiosité médiatique. Né en 1959 à Séoul (Corée du Sud), il arrive en Allemagne dans les années 1980 avec un diplôme en métallurgie, passe à la philosophie et étudie aussi la théologie catholique. Mais il est aussi influencé par Peter Sloterdjik (« intellectuel public » populaire en Allemagne, né en 1947, qui entend trouver dans l’art, et non dans le Dieu transcendant des trois grands monothéismes, ce qui peut libérer l’homme). Après une thèse sur Heidegger, Byung-Chul Han enseigne à Bâle, puis Karlsruhe et, depuis 2012, à Berlin (Université des Arts, où il dirige un programme d’« études culturelles »).
    La publication qui lui vaut un début de notoriété par-delà le petit monde de la philosophie universitaire est La Société de la fatigue (2010, en allemand, bien sûr). Le titre est trompeur. L’idée n’est pas simplement que notre société serait fatigante, mais que nous ne ressentons pas assez les pressions qu’elle nous impose jusqu’au burnout et donc ne savons pas nous arrêter pour reprendre souffle. Le succès de court essai relance Le Parfum du temps paru l’année précédente. Byung-Chul Han développe alors ses analyses : Topologie du pouvoir (Topologie der Gewalt, non traduit en français, 2011) pointe les dépendances que créent les technologies nouvelles ; La Société de transparence (2012) est dénoncée comme celle où les réseaux sociaux créent une illusion de liberté, mais établissent une surveillance totale2 ; le titre original Agonie des Eros (2012) fait mieux transparaître la thèse de ce qui a été traduit en français par Le Désir, ou l’enfer de l’identique : Facebook enferme dans un narcissisme qui tue le désir, lequel ne peut porter que sur l’Autre ; Dans la nuée (2013) enfonce le clou en soutenant que l’immédiateté des communications numériques suscite des conformismes probablement fatals pour l’exercice de la démocratie ; Psychopolitique (2014) étudie la tyrannie subtile du « néolibéralisme » qui fait que l’individu croit être libre alors qu’il est totalement contrôlé et manipulé ; Sauvons le beau (2015) s’en prend à l’esthétique véhiculée par le numérique : le culte du « lisse » (par exemple chez Jeff Koons3) où tout est nivelé, démystifié et d’où sont absentes les dimensions de fragilité, d’inquiétude, voire de tragique qui sont pourtant essentielles pour que le beau soit plus que ce qui séduit immédiatement sans rien remettre en cause.
    Deux extraits des rares interviews accordées par Byung-Chul Han à l’occasion de la parution d’un de ses livres en traduction peuvent résumer certains aspects de sa pensée. Il confiait à L’Express en décembre 2015 : « La révolution industrielle est historiquement liée à l’exploitation des ouvriers soumis au pouvoir des propriétaires d’entreprises. […] La contrainte qui pèse sur le travailleur vient de l’extérieur. […] Avec le
    numérique, nous vivons dans l’illusion de pouvoir nous réaliser. Nous créons nous-mêmes cette fiction. C’est une sorte d’auto-exploitation d’autant plus efficace que nous nous y soumettons de manière volontaire. S’il y a faute, elle nous revient ; ce n’est plus l’économie la responsable. Nous ne sommes donc plus enclins à nous révolter. Nous nous soumettons aux besoins du système en croyant qu’il s’agit de notre propre besoin. […] Aujourd’hui, on livre tout de soi-même sur Facebook sans que personne ne nous le demande. On se dévoile, on se dénude de façon volontaire en pensant que cela sert à augmenter sa propre valeur, comme celle d’une action à la Bourse. Le système se présente en chantre de la liberté, alors qu’il est l’accomplissement du capitalisme : tout est marchandise. »
    Et il disait au journal espagnol El Pais en octobre 2016 : « Le néolibéralisme transforme le travailleur opprimé en autoentrepreneur, en employeur de lui-même. Aujourd’hui, chacun est un travailleur qui s’exploite lui-même dans sa propre entreprise. Tous sont maîtres et esclaves en une seule personne. De même, la lutte des classes s’est transformée en une lutte interne contre soi-même: celui qui échoue se culpabilise lui-même et a honte. On se questionne soi-même, on n’interroge pas la société.
    Le pouvoir disciplinaire ne fut efficace que parce qu’au prix de grands efforts, il encadra les hommes de manière violente avec ses principes et ses interdits. Mais en réalité est beaucoup plus efficace la technique
    de pouvoir qui consiste à ce que les hommes se soumettent par eux-mêmes au maillage de la domination. Cette efficacité particulière réside dans le fait qu’elle ne fonctionne pas à travers l’interdiction et la soustraction, mais par le plaisir et la réalisation. Au lieu de générer des hommes obéissants, elle les rend dépendants. » Le dernier livre paru de Byung-Chul Han, Close-up in Unschärfe (en allemand : Gros plan sur le flou, 2016), n’est pas encore traduit.
    Jean Duchesne


mardi 3 octobre 2017

  • Retour en images sur l’installation épiscopale de Mgr Michel Pansard

    Mgr Michel Pansard, nommé par le pape François le 1er août 2017, a été installé évêque du diocèse d’Évry – Corbeil-Essonnes, dimanche à la cathédrale d’Evry. Il était jusqu’à présent évêque de Chartres. Retour en images.
     


  • Décès de Mgr Marcel Perrier, évêque émérite du diocèse de Pamiers

    Mgr Marcel Perrier, évêque émérite du diocèse de Pamiers, est décédé dans sa 85ème année le lundi 2 octobre.
    Né le 28 juin 1933 en Savoie, Mgr Perrier fut ordonné prêtre le 29 juin 1957 pour le diocèse de Tarentaise. En avril 1988 il fut nommé évêque du diocèse de Pamiers (Ariège).
    Les obsèques de Mgr Perrier seront célébrées par Mgr Philippe Ballot, évêque de Chambéry, Maurienne et Tarentaise, en la cathédrale de Moûtiers, le lundi 9 octobre à 14h30. Il sera inhumé au caveau familial à Arêches-Beaufort.
     


  • Attentat de Las Vegas : Lettre de Mgr Georges Pontier à Mgr Joseph Anthony Pepe

    Au lendemain de l’attaque survenue à Las Vegas, dimanche 1er octobre 2017, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France, écrit à Monseigneur Joseph Anthony Pepe, évêque de Las Vegas (États-Unis).

    Paris, le 2 octobre 2017
    Excellence,

    En ces moments très difficiles que vous vivez, je voudrais vous exprimer la proximité, la compassion et la prière des catholiques de France pour les blessés, les victimes et leurs familles après la fusillade qui a eu lieu lors d’un concert à Las Vegas le 1er octobre dernier.

    Bouleversés par cet événement tragique, avec les évêques de France, nous prenons part dans l’Espérance à la douleur de votre peuple et condamnons la violence quelle qu’en soit l’origine.

    Soyez assuré, Excellence, de mes sentiments fraternels dans le Christ.

     
    + Georges PONTIER
    Archevêque de Marseille
                                                                       Président de la Conférence des évêques de France


  • Intention de prière du pape François pour octobre 2017

    Intention de prière : droit au travail et dignité de l’homme

    Prions  pour le monde du travail afin que le respect et la sauvegarde des droits soient assurés à tous et que soit donnée aux chômeurs la possibilité de contribuer à l’édification du bien commun.

    Prier au cœur du monde consacre son numéro à cette intention

     


  • Sortie du deuxième rapport « Église en périphérie »

    Lancé en 2014 par la Conférence des évêques de France, le projet « Église en périphérie » a pour objectif de mettre en lumière les initiatives créatrices de liens conduites par les acteurs d’Église aux périphéries de la société ; il entend par « périphéries » toutes les réalités, géographiques ou existentielles, souffrant d’une manière ou d’une autre, en interne ou à l’externe, d’un déficit de lien : zones périurbaines ou monde rural, mais aussi par exemple handicap, prison, monde de la rue, etc.
    Là où, dans les périphéries géographiques urbaines, les liens interpersonnels peuvent être fragilisés par la différence religieuse ou culturelle notamment, là où, dans le monde rural, la distance handicape la vie sociale, les acteurs d’Église s’engagent pour faire tomber les murs et créer du lien. Là où la personne, précaire, âgée, handicapée, malade, etc., est trop souvent perçue comme une charge et souffre de relégation, les acteurs d’Église s’engagent pour en révéler toute la richesse.
    Une radicalité qui confère de la cohérence à l’engagement
    Dans ses modalités, l’engagement des acteurs d’Église aux périphéries se distingue par une certaine radicalité. Le plus souvent, ceux-ci n’agissent pas de l’extérieur, étrangers à la réalité des personnes rencontrées, mais de l’intérieur, personnellement insérés dans cette réalité. Certains, issus eux-mêmes des périphéries, choisissent d’y rester et d’œuvrer à leur humanisation ; d’autres, communautés religieuses ou simples individus, font délibérément le choix de s’y insérer et d’en partager le quotidien.
    Les expériences de vie partagée vécues par les acteurs d’Église sont multiformes. Parmi elles, se distinguent plus spécialement les expériences de colocation (avec des personnes de la rue, des personnes handicapées, des demandeurs d’asile, des personnes d’autre confession, etc.) qui connaissent un succès grandissant et constituent un signe très fort.
     Le rapport « Église en périphérie » : un rendez-vous annuel
    Chaque année, le rapport « Église en périphérie » éclaire des chantiers mis en œuvre par les acteurs d’Église pour témoigner de leur diversité, de leur beauté et de leur fécondité.
    Le premier rapport sur l’Église en périphérie publié en juin 2016 était composé d’un sondage destiné à rendre compte de la façon dont l’Église était alors perçue par le grand public, notamment à travers le prisme de l’invitation du pape François à se rendre « aux périphéries », d’une enquête interne réalisée auprès des pastorales diocésaines, mouvements et associations de terrain, de portraits et de reportages réalisés dans des lieux les plus divers possibles.

    Le rapport 2017, réalisé en partenariat avec la CORREF (Conférences des Religieuses et Religieux en France), met d’abord en lumière la façon dont les religieux (ses) vivent en périphérie, à travers la restitution d’une enquête, l’interview de Sœur Véronique Margron, présidente de la CORREF, et une série de reportages consacrés à des initiatives portées par des congrégations religieuses partout en France. La seconde partie explore l’habitat partagé dans ses différentes formes, à travers des reportages, portraits et témoignages qui illustrent la richesse et la fécondité de ces nouvelles formes de cohabitations vécues avec les plus fragiles.


lundi 2 octobre 2017

  • Congrès Mission : Homélie de Monseigneur Christophe Dufour

    La première messe du Congrès Mission a eu lieu en l’église Saint Sulpice à Paris ce 30 septembre. Monseigneur Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles, qui donnait l’homélie, a interpellé les participants sur le sens de la nouvelle évangélisation. Extraits choisis.

    « Allez de toutes les nations et faites des disciples… » exhortait ce matin Mgr Dufour devant une assemblée nombreuse. Alors que l’église Saint Sulpice était presque pleine d’un public déjà convaincu de l’urgence de la nouvelle évangélisation, l’évêque d’Aix a interpellé l’assistance : « Nous ne sommes plus dans la nouvelle évangélisation. » Remettait-il en question la vocation du Congrès Mission ?
    « Nous sommes revenus dans la première évangélisation car beaucoup ne connaissent même pas Jésus ». Pour Mgr Dufour, cela nous invite à recevoir d’une manière nouvelle notre appel à évangéliser. Mais la connaissance de Dieu est un témoignage plus qu’une connaissance intellectuelle. Cela demande donc la générosité d’un amour qui ne compte pas ce qu’il donne, et le passage par la Croix, qui manifeste tout à la fois Dieu qui se rend proche, et une logique divine de l’amour qui surpasse celle de l’amour humain. Laissons donc Dieu nous guider, lui qui veut infiniment grand, « à l’échelle de son cœur ».


  • Les chrétiens d’Orient à l’honneur à l’Institut du monde arabe

    Du 26 septembre 2017 au 14 janvier 2018, l’Institut du monde arabe (Ima) fête ses 30 ans, avec l’exposition : « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire ». Entretien avec Charles Personnaz, historien, haut fonctionnaire, et chargé de mission patrimoine pour L’Œuvre d’Orient, association d’aide et de soutien aux chrétiens d’orient.

    Les chrétiens d’Orient sont à l’honneur dans une exposition à l’Institut du monde arabe. Comment est né ce projet ?
    L’Institut du monde arabe (Ima) qui traite les questions du monde arabe d’un point de vue culturel a souhaité depuis quelques années parler de la question religieuse. L’idée d’une exposition sur les chrétiens d’Orient est née de la volonté de mieux faire connaitre le patrimoine des chrétiens d’Orient et de montrer le Proche-Orient dans toute sa diversité de communautés chrétiennes orientales. Nous avions réalisé depuis deux ans dans le cadre des « Jeudi de l’Ima » plusieurs soirées et conférences sur la valorisation et la protection du patrimoine matériel et immatériel des chrétiens d’orient. Ces soirées ont permis à l’Institut du monde arabe de continuer à explorer le champ du religieux dans le sillage de l’exposition : « Hajj, le pèlerinage à la Mecque », en 2014.
    Quels sont les enjeux d’une telle exposition ?
    L’exposition a pour ambition de présenter, à travers une approche chronologique, la diversité des églises orientales : copte, grecque, assyro-chaldéenne, syriaque, arménienne, maronite, latine et protestante), chacune avec ses rites, ses langues liturgiques réparties sur six territoires : l’Irak, la Syrie, l’Égypte, le Liban, la Jordanie et la Palestine. C’est la première fois en Europe qu’il y a une grande exposition sur les chrétiens d’Orient !
    Quel a été votre rôle au cours des deux dernières années ?
    J’étais chargé de faire le lien entre le musée et les communautés chrétiennes orientales. Ce travail a été réalisé en partenariat étroit avec les commissaires de l’exposition, Elodie Bouffard, chargée de collections et d’expositions à l’Ima et Raphaëlle Ziadé, commissaire scientifique de l’exposition et responsable du département byzantin du Musée du Petit Palais. Je les ai accompagnés et sensibilisés à un certain nombre de sujets, en veillant à ce que tous les aspects les plus importants de ces communautés chrétiennes soient pris en compte.
    Vous appartenez au comité scientifique avec Bernard Heyberger, Françoise Briquel-Chatonnet, Alain Desreumaux et Marie-Hélène Rutschowscaya. Quelles étaient leurs actions ?
    Le comité scientifique valide les grandes orientations et les grandes thématiques d’une exposition. Les membres du comité ont approuvé avec les commissaires le parcours général de l’exposition et accompagné les commissaires dans leur contact avec les prêteurs d’œuvres.
    Quels ont été les difficultés rencontrées ?
    L’histoire d’une exposition comme celle-ci rejoint les problèmes diplomatiques dont les objets exposés sont issus. Il y a eu certes des difficultés mais de beaux prêts ont été consentis par les musées occidentaux. Sont exposées des œuvres patrimoniales majeures issues du Metropolitan de New York, des Musée du Vatican ou de l’Université de Yale (États-Unis) qui prête pour la première fois les fresques exceptionnelles de la Maison d’église de Doura Europos en Syrie (232). Mais il y a d’autres objets importants comme la relique : l’icône de la Dormition de la Vierge. D’autre part, certains objets ont été prêtés par les communautés chrétiennes.
    L’association l’Œuvre d’Orient a servi d’intermédiaire pour les prêts d’objets. Pouvez-vous nous citer un exemple de prêts ?
    Quatre ouvrages ont été notamment restaurés grâce au Centre de restauration des manuscrits de Charfet au Liban. L’Œuvre d’Orient a porté le projet avec le patriarcat de l’Église syriaque catholique, le Sénat et la Bibliothèque nationale de France (BnF).
    Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, a voyagé en 2015 et 2016 dans les communautés chrétiennes du Proche-Orient. En quoi ses déplacements ont-ils permis de faire avancer le projet ?   
    Il s’est impliqué personnellement pour à la fois convaincre de l’importance de cette exposition, faire connaitre la vie et l’histoire des chrétiens d’Orient dans la région et aussi susciter des mécènes. Il s’est ainsi rendu en Égypte et au Liban pour rencontrer les communautés et certains de leurs représentants, comme le patriarche des maronites du Liban, Sa Béatitude Bechara Rai et la patriarche copte-orthodoxe d’Alexandrie, Tawadros II.
    L’Institut du monde arabe poursuit son objectif de soutenir la décentralisation de la Culture en installant dès janvier 2018 l’exposition à l’IMA Tourcoing ce qui permet de sensibiliser un autre public…
    Depuis plusieurs années, l’Institut du monde arabe décentralise ses expositions pour mener des actions culturelles dans le Nord de la France. L’exposition sera présente au Musée des Beaux-Arts de Tourcoing, à partir de janvier 2018. C’est une chance car cela permet de doubler le temps de l’exposition et aussi de permettre au public du Nord de la France et de Belgique de la découvrir.
    Cette exposition se décline également sous la forme de cycles de conférences, tables-rondes, concerts et projections cinématographiques…
    L’Œuvre et l’Institut du monde arabe organisent : « La saison culturelle des chrétiens d’Orient », un cycle de conférences, de tables-rondes à l’Institut du monde arabe, au Collège des Bernardins, à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) ou au Musée du Petit Palais. Cette saison culturelle sera également marquée dès le 18 novembre par l’ouverture au Petit Palais des nouvelles salles consacrées à Byzance et au christianisme oriental.


  • Commentaires du dimanche 8 octobre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 8 octobre 2017
    27éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre d’Isaïe 5,1-7
    1 Je veux chanter pour mon ami
    le chant du bien-aimé à sa vigne.
    Mon ami avait une vigne
    sur un coteau fertile.
    2 Il en retourna la terre, en retira les pierres,
    pour y mettre un plant de qualité.
    Au milieu, il bâtit une tour de garde
    et creusa aussi un pressoir.
    Il en attendait de beaux raisins,
    mais elle en donna de mauvais.
    3 Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,
    soyez donc juges entre moi et ma vigne !
    4 Pouvais-je faire pour ma vigne
    plus que je n’ai fait ?
    J’attendais de beaux raisins,
    pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?
    5 Eh bien, je vais vous apprendre
    ce que je ferai de ma vigne :
    enlever sa clôture
    pour qu’elle soit dévorée par les animaux,
    ouvrir une brèche dans son mur
    pour qu’elle soit piétinée.
    6 J’en ferai une pente désolée ;
    elle ne sera ni taillée ni sarclée,
    il y poussera des épines et des ronces ;
    j’interdirai aux nuages
    d’y faire tomber la pluie.
    7 La vigne du SEIGNEUR de l’univers,
    c’est la maison d’Israël.
    Le plant qu’il chérissait,
    ce sont les hommes de Juda.
    Il en attendait le droit,
    et voici le crime ;
    il en attendait la justice,
    et voici les cris.

    Une chanson de vendanges devenue chant de noces
    Cela commence comme une chanson de vendanges : « Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. »
    La vigne, en Israël, est chose précieuse ! Et tout le monde sait quels soins patients et attentifs elle requiert de la part du vigneron. Si bien qu’une chanson de vendanges vantant la sollicitude du vigneron était devenue une chanson de noces : on invitait le jeune époux à prodiguer autant de soins à son épouse.
    Les noces, image de l’Alliance de Dieu avec son peuple
    Le prophète Isaïe, à son tour, reprend la même chanson, mais cette fois pour parler de l’Alliance entre Dieu et Israël. De la chanson de vendanges devenue chant de noces, il a tiré une véritable parabole. Ses auditeurs ne s’y tromperont donc pas, il ne s’agit pas d’une simple chanson de vendanges, ni même de fête de mariage !
    D’ailleurs, c’est le prophète lui-même qui déchiffre la parabole. « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda ». Quant aux fruits, Isaïe est tout aussi clair : le bon raisin attendu, c’est le droit et la justice ; le mauvais raisin, c’est ce qu’il appelle « le crime et les cris ».
    Les mauvais fruits de cette vigne
    Dans la suite de ce chapitre, il précise ses reproches : « Malheur ! Ceux-ci joignent maison à maison, champ à champ, jusqu’à prendre toute la place et à demeurer seuls au milieu du pays »… C’est la recherche égoïste de l’argent et de la propriété qui est visée ici. Et cette insouciance des riches pour le malheur des pauvres qui caractérise souvent les périodes prospères : « Levés de bon matin, ils courent après les boissons fortes, et jusque tard dans la soirée, ils s’échauffent avec le vin. La harpe et la lyre, le tambourin et la flûte accompagnent leurs beuveries, mais ils ne regardent pas ce que fait le Seigneur et ne voient pas ce que ses mains accomplissent » (Is 5, 8-12).
    Il y a pire encore, c’est la perversion de la justice : « Malheur ! Ils déclarent BIEN le mal et MAL le bien. Ils font de l’obscurité la lumière et de la lumière l’obscurité. Ils font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui est amer… Ils justifient le coupable pour un présent (autrement dit, les juges se font acheter) et ils refusent à l’innocent sa justification » (Is 5, 20).
    Que fait le vigneron mal récompensé de ses efforts ? Il finit par admettre que la terre est trop mauvaise et il abandonne l’entreprise. Le beau carré bien ordonnancé sera vite redevenu un terrain vague où pousseront des épines et des ronces, comme dit Isaïe.
    C’est toujours la même leçon : dès qu’on s’éloigne de la fidélité aux commandements, on fait fausse route et le peuple créé pour que tous ses membres soient heureux et libres, devient le règne de tous les égoïsmes et de tous les vices ; et cela se termine toujours mal. Tout comme un beau carré de vigne laissé à l’abandon devient la proie des bêtes sauvages.
    La colère du vigneron
    Ce qui est troublant, une fois de plus, dans ce message du prophète c’est qu’Isaïe attribue à Dieu lui-même l’exercice du châtiment : le vigneron de la parabole d’Isaïe ne se contente pas de laisser faire le cours des choses ; c’est lui-même qui enlève la clôture et ouvre une brèche dans le mur pour que la vigne soit piétinée et dévorée par les animaux…
    En réalité, comme dimanche dernier, avec le prophète Ezéchiel, nous sommes à une étape de la pédagogie de Dieu. Avec Isaïe, nous sommes même avant Ezéchiel, donc à une époque où l’on dit volontiers que Dieu punit nos mauvaises actions ; à une époque surtout où on n’est pas débarrassé de l’idolâtrie : et donc pour le prophète, il s’agit avant tout d’affirmer qu’il n’existe qu’une puissance au monde ; aucune autre divinité n’est à craindre. Dans tout ce qui nous arrive, c’est vers le Dieu d’Israël qu’il faut se tourner. Lui, le Saint d’Israël, est totalement étranger à toutes les bassesses et les injustices des hommes. Ceux-ci n’ont donc aucune chance de survie s’ils ne changent pas de vie.
    Là Isaïe fait la grosse voix, pourrait-on dire, mais n’oublions pas que le même Isaïe, plus tard, quand il faudra remonter le moral des troupes, reprendra son chant de la vigne avec d’autres couplets : « Ce jour-là chantez la vigne délicieuse. Moi, le SEIGNEUR, j’en suis le gardien, à intervalles réguliers je l’arrose. De peur qu’on y fasse irruption, je la garde nuit et jour. Je ne suis plus en colère… » (Is 27, 2-4a).
    Notre chance à nous, deux mille cinq cents ans plus tard, c’est de savoir que Dieu n’est jamais en colère !
    ——————————-
    Compléments
    – A propos de la vigne : entendons-nous bien, quand on pense à la vigne, il ne s’agit pas d’un seul pied, mais d’un carré de vigne : ce qui veut dire déjà un lopin de terre bien à soi. Puisqu’elle exige des soins constants, elle signifie culture, installation ; tout le monde se souvient de Noé, le premier vigneron. La vigne est le premier arbre cultivé, premier signe de civilisation après le déluge : Gn 9, 20-22 ; cela veut dire aussi période de paix, où l’on est assuré de pouvoir travailler sa terre encore le lendemain.
    Pendant toute la traversée du désert, évidemment, il ne sera plus question de vigne et c’est l’un des reproches que l’on fait à Moïse, justement, quand on perd le moral : « Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte et nous avez-vous amenés en ce triste lieu ? Ce n’est pas un lieu pour les semailles ni pour le figuier, la vigne ou le grenadier ; il n’y a même pas d’eau à boire » (Nb 20, 5).
    A l’inverse, lorsque Moïse organisa une première mission de reconnaissance dans la terre de Canaan que Dieu lui avait promise, les explorateurs furent aussitôt impressionnés par la richesse des vignobles ; c’était la saison des premiers raisins. « Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eshkol (au Nord d’Hébron) où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche. Ils y prirent aussi des grenades et des figues ». (Nb 13, 23). Désormais, quand on veut parler d’une période de bonheur et de prospérité, on dit « Juda et Israël habitèrent en paix, chacun sous sa vigne et sous son figuier, pendant toute la vie du roi Salomon » (1 R 5, 5 ). De même, quand on parle du règne de Dieu dans l’avenir, le règne de la paix et de la justice, on dit : « On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre. Ils demeureront chacun sous sa vigne et sous son figuier » (Mi 4, 4).
    – Isaïe 5, 6 : Epines et ronces : « Il adviendra, en ce jour-là, que tout lieu où il y avait mille ceps de vigne, valant mille pièces d’argent, deviendra épines et ronces. On y viendra avec des flèches et un arc, car tout le pays deviendra épines et ronces ». (Isaïe 7, 23-24). On ne peut pas s’empêcher de penser aux épines et aux chardons qui envahissent le sol après la faute d’Adam. (Gn 3, 18).
    – En Israël, la métaphore de la vigne va très loin : dans certains textes bibliques, le pressoir est présenté comme une image du jugement.

    PSAUME – 79 (80), 9.12, 13-14, 15-16a, 19-20
    9 La vigne que tu as prise à l’Egypte,
    tu la replantes en chassant des nations.
    12 Elle étendait ses sarments jusqu’à la mer,
    et ses rejets, jusqu’au Fleuve.
    13 Pourquoi as-tu percé sa clôture ?
    Tous les passants y grapillent en chemin ;
    14 le sanglier des forêts la ravage
    et les bêtes des champs la broutent.
    15 Dieu de l’univers, reviens !
    Du haut des cieux, regarde et vois :
    visite cette vigne, protège-là,
    16 celle qu’a plantée ta main puissante.
    19 Jamais plus nous n’irons loin de toi :
    fais-nous vivre et invoquer ton nom !
    20 Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ;
    que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés !

    La vigne de Dieu c’est Israël
    Pour qui a entendu le chant de la vigne d’Isaïe, dans la première lecture de ce vingt-septième dimanche, ce psaume en est l’écho parfait. Le thème est le même : Israël est comparé à une vigne dont Dieu est le vigneron. Celui-ci a fait pour sa vigne tout ce qu’un vigneron peut faire ; il l’a soignée, protégée, gardée… hélas, la vigne n’a rien donné : « Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais » (Is 5, 1-2).
    On connaît la fin de la chanson : le vigneron se met en colère : « Je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie » (Is 5, 5-6).
    L’histoire de cette vigne, c’est l’histoire d’Israël
    Visiblement la métaphore de la vigne était parfaitement comprise quand on chantait ce psaume au Temple de Jérusalem, car les malheurs d’Israël sont exprimés avec les mêmes images. Par exemple, on dit à Dieu : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent ». Traduisez, nous sommes en période d’occupation étrangère ; les bêtes féroces, ce sont les ennemis du moment. Dans un autre verset, on dit encore « La voici détruite, incendiée » et aussi : « Tu fais de nous la cible des voisins : nos ennemis ont vraiment de quoi rire ! »
    De quels ennemis s’agit-il précisément ? On ne peut pas le dire. Malheureusement, toutes les guerres et toutes les occupations étrangères, où que ce soit à la surface du globe, apportent avec elles le même cortège d’atrocités et de malheur ; une autre phrase dit encore : « Vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l’abreuver de larmes sans mesure ? » Cela ne suffit pas pour situer les circonstances concrètes qui ont inspiré cette supplication ; il est donc impossible de savoir quand ce psaume a été écrit ; est-ce au moment où la grande puissance assyrienne envahissait toute la région, en commençant par le royaume du Nord ? Cela nous reporterait bien avant l’Exil à Babylone, entre le neuvième et le septième siècles av.J.C. (puisque la capitale du royaume du Nord, Samarie, a été écrasée en 721). Est-ce bien plus tard, après la prise de Jérusalem par Babylone, c’est-à-dire au sixième siècle ? Et il y a encore d’autres hypothèses possibles. De toutes manières, quelles que soient les circonstances concrètes dans lesquelles est né ce psaume, le peuple d’Israël a pu le redire à nouveau à plusieurs reprises. (Et, aujourd’hui, à la surface du globe, nous connaissons plusieurs peuples qui pourraient le réinventer pour leur propre compte).
    La composition très soignée de ce psaume
    Lorsqu’on lit ce psaume en entier, il se présente comme un cantique composé de quatre couplets et quatre refrains ; les couplets disent l’histoire d’Israël : vigne choisie par Dieu, et prise à l’Egypte ; autrement dit le peuple que Dieu s’est choisi, qu’il a rassemblé, libéré de l’esclavage en Egypte et fait entrer dans la Terre Promise : « La vigne que tu as prise à l’Egypte, tu la replantes en chassant des nations. Tu déblaies le sol devant elle, tu l’enracines pour qu’elle emplisse le pays »… Et maintenant c’est la désolation, le pain des larmes.
    Le refrain c’est la phrase : « Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ». L’expression « fais-nous revenir » est typique des célébrations pénitentielles : le mot « revenir » signifie « se convertir », faire demi-tour. Car on sait bien que si la vigne a donné de mauvais fruits, ce n’est pas de la faute du vigneron ; les prophètes l’avaient assez dit, Isaïe entre autres ! Les bons fruits que Dieu attendait, c’étaient le droit et la justice ; comme le dit Michée dans une phrase superbe : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d’autre que de respecter le droit, aimer la fidélité et marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6, 8).
    Ils avaient beau être prévenus, les croyants, libérés par le Dieu qui veut l’homme libre, ils ont pourtant écrasé le pauvre et réduit le frère à l’esclavage. Ils n’ont pas cultivé la justice, ils ont cultivé la richesse égoïste.
    Dieu de l’univers, reviens !… Fais-nous revenir
    Le refrain est donc une demande de pardon. Ce qui est remarquable, c’est que la formule oscille entre « Dieu de l’univers, reviens ! » et « Dieu de l’univers, fais-nous revenir ! » Quand on supplie Dieu de revenir en disant « Dieu, reviens », on sous-entend « reviens nous sauver » : évidemment, on sait bien qu’il ne s’est pas éloigné ; mais c’est un appel au secours ; la deuxième formule « Dieu de l’univers, fais-nous revenir » dit bien que la conversion est à la fois oeuvre de Dieu et oeuvre de l’homme, c’est le demi-tour de l’homme retourné par l’Esprit de Dieu.
    ———————————————————————————————————————————-
    Notes sur le Psaume 79/80
    – On peut être heurté dans ce psaume par l’image qu’il nous donne d’un Dieu qui punit : ici, comme dans le texte d’Isaïe, c’est bien le vigneron qui a volontairement livré la vigne aux bêtes sauvages. Mais il faut se rappeler que la découverte de Dieu est progressive au long de l’histoire biblique et que ce psaume reflète l’état de la réflexion théologique à l’époque où il a été écrit : à cette époque-là, on considère que tout vient de Dieu : si on lui attribue le bonheur, il faut bien lui attribuer aussi le malheur ; ce n’est que très tardivement dans l’histoire de l’Ancien Testament que cette conception sera abandonnée.
    – Le milieu du livre de Job reflète un état plus tardif de la réflexion d’Israël et l’abandon de la logique de punition (nos malheurs seraient des châtiments) ; mais on n’a pas encore, même à cette étape, abandonné l’idée que Dieu commande tous nos bonheurs et tous nos malheurs. C’est ce qui est affirmé dans le Prologue mais que la suite du livre ne dément pas : « Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a ôté ; que le nom du SEIGNEUR soit béni ! (Job 1, 21)… Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l’accepterions-nous pas aussi ? » (Job 2, 10).
    – Il a fallu encore bien des siècles pour découvrir que Dieu respecte tellement la liberté humaine qu’il ne tire pas toutes les ficelles de l’histoire !

    DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens 4,6-9
    Frères,
    6 ne soyez inquiets de rien,
    mais, en toute circonstance,
    priez et suppliez, tout en rendant grâce,
    pour faire connaître à Dieu vos demandes.
    7 Et la paix de Dieu,
    qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir,
    gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus.
    8 Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble,
    tout ce qui est juste et pur,
    tout ce qui est digne d’être aimé et honoré,
    tout ce qui s’appelle vertu
    et qui mérite des éloges,
    tout cela, prenez-le en compte.
    9 Ce que vous avez appris et reçu,
    ce que vous avez vu et entendu de moi,
    mettez-le en pratique.
    Et le Dieu de la paix sera avec vous.

    Parce que le Seigneur du buisson ardent est proche
    « Ne soyez inquiets de rien », dit Paul et nous avons envie de lui répondre que ce n’est pas toujours facile ! Mais il faut relire le verset qui précède ce texte dans la lettre de Paul : « Le Seigneur est proche ». Voilà pour Paul la meilleure, et même la seule raison de rester sereins, quoi qu’il arrive… Derrière cette petite phrase (« Le Seigneur est proche »), il me semble qu’on peut entendre deux choses.
    Premièrement, le Seigneur est proche de nous, cela on le sait depuis bien longtemps en Israël, depuis l’épisode du buisson ardent : Dieu est proche de nous parce qu’il nous aime.
    Le Royaume de Dieu est déjà inauguré
    Deuxièmement, le Seigneur est proche parce que les temps sont accomplis, parce que le Royaume de Dieu est déjà inauguré et que nous sommes dans les derniers temps ; on connaît cette autre phrase de Paul, empruntée au vocabulaire nautique : « Le temps a cargué ses voiles » : comme un bateau près d’entrer au port replie ses voiles (c’est le sens du mot « carguer »), de la même façon, l’histoire humaine est tout près du port.
    Etre croyant c’est être tendu vers cet accomplissement de l’histoire ; non seulement le Royaume s’est approché de nous en Jésus-Christ, (parce que le Royaume c’est Jésus-Christ présent en tous) mais mieux encore, il nous attire comme un aimant.
    Le reste du texte en découle : puisque le Seigneur est proche, nous ne sommes inquiétés par rien ; on croit entendre ici l’écho de cette superbe leçon sur la prière chez Saint Matthieu : « Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?… Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 25…34).
    « Ne soyez inquiets de rien »
    Ce n’est pas de l’insouciance, c’est de la confiance, de la sérénité. « Ne soyez inquiets de rien »… puisque tout est déjà donné, il n’y a qu’à puiser : nous n’avons qu’à nous laisser emporter dans le torrent de la grâce. Prier, au fond, c’est se plonger dans le don de Dieu.
    Alors nous comprenons pourquoi, dans la prière, supplication et action de grâce sont toujours liées ; c’est une caractéristique de la prière juive qui dit toujours en même temps « Tu es béni, Seigneur, toi qui nous donnes… s’il te plaît, donne-nous ». C’est logique d’ailleurs : si l’on prie Dieu c’est parce qu’on sait qu’il peut et qu’il veut notre bonheur… et qu’il y travaille sans cesse. Lui demander quelque chose, c’est, implicitement au moins, lui rendre grâce. C’est très exactement ce que dit Paul : « Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes ».
    Mais, comme disait Jésus, « il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur, il faut encore faire la volonté du Père ». Paul fait la même recommandation : « tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur… prenez-le en compte ». Il attache certainement une grande importance à cette pratique d’une vie droite puisqu’il la met exactement en parallèle avec la prière. Il commence par parler de la prière et il conclut « la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » Puis il parle du comportement des Chrétiens pour terminer par la phrase « le Dieu de la paix sera avec vous ». Il me semble que ce parallélisme, certainement voulu, signifie qu’aux yeux de Paul, prière rime avec vie communautaire. En cela, d’ailleurs, il ne fait que reprendre la prédication des prophètes de l’Ancien Testament.
    Prière rime avec vie communautaire
    Pour revenir au Nouveau Testament, vous connaissez la phrase de Jésus dans l’évangile de Marc : « Quand vous vous tenez en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez… » (Mc 11, 25) ; et Saint Pierre fait les mêmes rapprochements : « La fin de toutes choses est proche. Montrez donc de la sagesse et soyez sobres afin de pouvoir prier. Ayez avant tout un amour constant les uns pour les autres » (1 Pi 4, 7-8).
    A en croire Paul, la paix est donc au bout de ce chemin où vie de prière et valeurs communautaires marchent de pair : « Ne soyez inquiets de rien… priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes… et la paix de Dieu gardera vos coeurs et vos pensées »… « tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur… prenez-le en compte et le Dieu de la paix sera avec vous ».
    Si nous prenons au sérieux cette insistance des Ecritures sur le lien nécessaire entre la prière et l’amour fraternel, il y a là sans aucun doute une leçon pour nous : non seulement nos inquiétudes nous font oublier que Dieu nous aime, mais elles nous ferment le coeur… Si nous nous préoccupions moins de notre pain du lendemain, il y aurait du pain aujourd’hui pour beaucoup d’autres.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 21,33-43
    En ce temps-là,
    Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
    33 « Ecoutez cette parabole :
    Un homme était propriétaire d’un domaine ;
    il planta une vigne,
    l’entoura d’une clôture,
    y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde.
    Puis il il loua cette vigne à des vignerons,
    et partit en voyage.
    34 Quand arriva le moment des fruits
    il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
    pour se faire remettre le produit de sa vigne.
    35 Mais les vignerons se saisirent des serviteurs,
    frappèrent l’un,
    tuèrent l’autre,
    lapidèrent le troisième.
    36 De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs
    plus nombreux que les premiers ;
    mais on les traita de la même façon.
    37 Finalement, il leur envoya son fils,
    en se disant :
    Ils respecteront mon fils.
    38 Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux :
    Voici l’héritier :
    venez ! tuons-le,
    nous aurons son héritage !
    39 Ils se saisirent de lui,
    le jetèrent hors de la vigne
    et le tuèrent.
    40 Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra,
    que fera-t-il à ces vignerons ? »
    41 On lui répond :
    « Ces misérables, il les fera périr misérablement.
    Il louera la vigne à d’autres vignerons,
    qui lui en remettront le produit en temps voulu ».
    42 Jésus leur dit :
    « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures :
    La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle. :
    c’est là l’oeuvre du Seigneur,
    la merveille devant nos yeux !
    43 Aussi, je vous le dis :
    Le Royaume de Dieu vous sera enlevé
    pour être donné à une nation
    qui lui fera produire ses fruits. »

    La parabole de la vigne
    On reconnaît tout de suite dans cette parabole de Jésus les emprunts qu’il fait au chant de la vigne du prophète Isaïe : « Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde ». Le propriétaire entoure sa vigne des mêmes soins que le vigneron d’Isaïe ; mais les similitudes s’arrêtent là. Dans l’évangile, la parabole prend un tour nouveau et propose donc une leçon nouvelle.1
    Chez Isaïe, le propriétaire est en même temps le vigneron ; la vigne représente le peuple d’Israël, une vigne entourée de soins, mais décevante et qui ne donnait que des mauvais fruits.
    Dans la parabole de Jésus, le propriétaire n’est pas le vigneron, il n’exploite pas directement sa vigne, il la confie à d’autres vignerons ; écoutons Saint Matthieu : « Il la loua à des vignerons et partit en voyage ».
    Qui est la vigne ? Et qui sont les vignerons ?
    Quant à savoir qui est la vigne, et qui sont les vignerons, ce n’est pas clair. De deux choses l’une : première hypothèse, la vigne représente Israël, comme chez Isaïe, et les vignerons sont les chefs des prêtres et les pharisiens. Ils avaient la charge de la vigne, le peuple d’Israël, et ils l’ont mal guidé puisqu’ils ont maltraité tous les prophètes et, en définitive, ils sont en train de rejeter le Fils Bien-Aimé du Père.
    Deuxième hypothèse, la vigne représente le Royaume de Dieu et les vignerons, c’est le peuple d’Israël tout entier, qui en avait reçu la charge. C’est cette deuxième hypothèse qui est probablement la bonne,1 puisque Jésus termine en disant : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ».
    Le Royaume de Dieu vous sera enlevé
    Cette dernière phrase de Jésus est terrible : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ». Faut-il en conclure que le peuple d’Israël serait rejeté ? Grave question qui a empoisonné le dialogue entre Juifs et Chrétiens depuis vingt siècles ; et à laquelle s’affrontait déjà douloureusement Saint Paul, le Juif, dans la lettre aux Romains. Sa conclusion était que, de manière mystérieuse, mais de manière certaine, Israël reste le peuple élu au service du monde parce que « Dieu ne peut pas se rejeter lui-même ».
    D’autre part, il ne faut pas oublier qu’une parabole n’est jamais un verdict, mais un appel à la conversion ; il est vrai que d’une parabole à l’autre, dans cette dernière étape de la vie de Jésus, le ton monte, mais c’est parce que l’urgence de la reconnaissance du Messie se fait pressante. Nous sommes à la veille de la Passion. Il ne faut jamais perdre de vue que le souhait constant de Jésus est de sauver les hommes, non de les condamner ; et que, s’il guérit les aveugles de naissance, il désire plus encore guérir ses compatriotes de leur aveuglement. On a donc là une ultime tentative de Jésus pour alerter les pharisiens ; ses paroles sont sévères, mais elles ne constituent pas un jugement définitif.
    Il ne s’agit en aucun cas d’un jugement sans appel du peuple juif dans son ensemble ni même de ses chefs ; ce serait contraire à tout l’évangile. D’ailleurs l’annonce la plus importante ce n’est pas que le Royaume leur soit enlevé : ce qui compte c’est que, malgré les obstacles dressés par les hommes, le Royaume produise son fruit. Ce n’est pas le vigneron qui compte, c’est le raisin.
    La pierre rejetée par les bâtisseurs
    Mais surtout c’est le commentaire de Jésus qui nous donne la clé de la parabole : « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’oeuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux ! » Dieu est un habitué de ces renversements de situation. Déjà, au livre de la Genèse, les fils de Jacob avaient dit à propos de leur frère Joseph « voilà le Bien-Aimé, tuons-le »… ils n’imaginaient pas que celui qu’ils voulaient supprimer était celui qui allait les sauver, eux et tout le peuple (Gn 37, 20). D’une certaine manière, Jésus annonce ici sa Résurrection : lui, la pierre rejetée deviendra la clé de voûte de l’édifice ; traduisez le nouveau peuple, ce seront tous ceux qui se rassembleront autour de lui, quelle que soit leur origine. Et nul n’en est exclu : tous les vignerons sont englobés dans la phrase de Jésus sur la croix « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».
    —————————–
    Note
    1 – Cela veut dire que Jésus a bien repris le thème de la parabole de la vigne chez Isaïe, mais en a modifié le symbolisme, ce qui est une manière très habituelle chez les auteurs bibliques. Il suffit de voir comment les métaphores bibliques (comme celle de la pierre angulaire, par exemple) évoluent d’un auteur à l’autre.
    Compléments
    – Le jugement que Jérémie portait déjà sur le peuple d’Israël peut nous éclairer : « Quand j’ai fait sortir vos pères du pays d’Egypte… je ne leur ai demandé que ceci : « Ecoutez ma voix, et je deviendrai Dieu pour vous, et vous, vous deviendrez un peuple pour moi, suivez bien la route que je vous trace et vous serez heureux. Mais ils n’ont pas écouté ; mais ils n’ont pas tendu l’oreille, ils ont agi à leur guise dans leur entêtement exécrable, ils m’ont tourné le dos, au lieu de tourner vers moi leur visage… Depuis que leurs pères sortirent du pays d’Egypte jusqu’à ce jour, je n’ai cessé de leur envoyer tous mes serviteurs les prophètes, chaque jour, inlassablement. Mais ils ne m’ont pas écouté ; mais ils n’ont pas tendu l’oreille : ils ont raidi leur nuque, ils ont été plus méchants que leurs pères » (Jr 7, 22-28).
    – Matthieu écrit son Evangile à la fin du premier siècle, à une époque où le refus des Juifs de reconnaître le Messie a favorisé l’entrée des païens dans l’Eglise ; il n’est donc pas étonnant de trouver dans des textes de cette période une pointe polémique contre ceux qui ont poussé le peuple juif à refuser le Christ.


  • Homélie du dimanche 8 octobre

    Dimanche 8 octobre 2017
    27éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre du prophète Isaïe : 5. 1 à 7 :”Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ?”
    Psaume 79 :” Que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés.”
    Lettre de saint Paul aux Philippiens : 4. 6 à 9 : “La paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer.”
    Evangile selon saint Matthieu 21. 33 à 43 :” Ils respecteront mon fils.”
    ***
    La parabole des métayers qui se révoltent est à comprendre dans le sens de l’histoire du salut que le Christ nous avait déjà rappelée dans les deux précédentes paraboles de la vigne. Chacun y est appelé par l’amour du Père (les ouvriers de la dernière heure). Notre liberté reste entière et il n’est jamais de refus qui doive rester définitif (Les deux fils).
    A tout moment, nous pouvons restaurer notre conduite.
    L’INITIATIVE DE DIEU
    En arrière-plan du récit de ce dimanche, nous trouvons l’initiative de Dieu, sur deux plans : l’appel et le soin de la vigne. Il se choisit un peuple. Il lui fait confiance et lui offre de vivre dans son Royaume, la vigne. C’est bien un appel à travailler en relation avec lui.
    La culture de la vigne implique des soins particuliers pour qu’elle puisse produire son fruit, c’est-à-dire le raisin et, par la suite, le vin qui est signe de joie et de prospérité, toujours selon la tradition biblique. Dieu prend soin de son peuple avec amour afin qu’il produise son fruit, c’est-à-dire, la vie en plénitude dans la justice et l’amour.
    La vigne produit son fruit, car à l’amour prévenant de Dieu à l’égard de son peuple, doit correspondre la réponse de l’homme qui l’exprime par sa fidélité à la Loi. Cette réponse doit “s’ajuster” à l’amour de Dieu qui a eu cette initiative de nous aimer.
    ENTRER DANS LE PROJET DE DIEU
    Le drame du Peuple choisi fut son refus d’entrer dans ce projet, malgré tous les appels à la conversion. A ces appels sans cesse renouvelés par les prophètes, ce peuple hésite tergiverse et parfois même choisit l’inverse.
    « J’aime ta loi, Seigneur. » (psaume 119) – « L’amour de Dieu, à jamais je le chante. » (psaume 89.2) Et, dans le même temps : »Ils avaient oublié ses hauts faits, ses merveilles qu’il leur donne de voir. » (psaume 77.11) Alors, quand vient l’heure du repentir, ce peuple en appelle à la miséricorde de Dieu. « Dieu tu sais ma folie. Mes offenses sont à nu devant toi. » (psaume 68.6)
    Ce peuple le sait : Dieu ne désespère jamais des hommes, car l’amour ne désespère jamais. (1 Corinthiens 13. 4 et ss) Son amour est plus fort que le péché des hommes. Il envoie son propre Fils qui sera livré à la violence des hommes, qui assumera même l’extrême de l’opposition à l’amour pour en faire une offrande à son Père pour le salut du monde, offert et donné. Lui, le seul Juste pour reprendre les termes des prophètes, sera mis à mort, serviteur souffrant. (Isaïe ch. 50 et suivants)
    L’histoire humaine aurait pu s’achever dans l’absurdité de cette mort sur la Croix. Elle est l’aube d’une résurrection.
    Car rien n’arrête Dieu. Par sa mort, Jésus détruit la force du mal. Par sa résurrection, il révèle à l’homme que la puissance de l’amour, et elle seule, détruit la violence. “La pierre rejetée des bâtisseurs devient la pierre d’angle” qui va permettre de restaurer le temple de Dieu. La vigne devient le Royaume de la Nouvelle Alliance, car le Royaume n’est pas détruit, il est désormais donné à d’autres vignerons “qui en remettront le produit en temps voulu.”
    REALISER CE PROJET DE DIEU
    En recueillant cette parabole, aujourd’hui, nous n’avons pas à relire l’histoire du Peuple élu pour le condamner dans son refus à l’égard de Jésus, le Christ envoyé du Père. Nous aussi nous devons prendre conscience de la misère de notre condition lorsque nous rejetons la “pierre d’angle”, lorsque nous prétendons construire le monde selon nos règles, selon nos normes, en nous considérant propriétaires de la vigne du Seigneur.
    Ce sentiment de propriété ne peut qu’engendrer la violence sous toutes ses formes, en nous-mêmes, dans notre vie personnelle, dans la vie sociale avec nos frères, dans la vie internationale avec tous les hommes et tous les peuples. Nous en faisons l’expérience chaque jour.
    Cette expérience nous révèle que la violence est la suite de nos consentements à nos désirs, expérience dans les consentements auxquels nous participons collectivement, même quand notre responsabilité immédiate n’est pas directement engagée. Nous nous sentons alors comme rejetés du Royaume et nous risquons de sombrer dans la désespérance en raison des échecs qui s’en suivent.
    VIVRE LA RESURRECTION
    Si le disciple de Jésus se sait traversé par le péché, le sien et celui qu’il partage avec les autres, il sait tout autant qu’en Jésus-Christ se trouve et se vit la Résurrection. Nous avons la certitude de sa victoire sur le mal et sur la mort. Encore faut-il que nous le traduisions dans tous nos comportements.
    Le disciple de Jésus sait qu’avec l’Esprit-Saint, il reçoit la force de lutter contre le mal et de devenir à son tour témoin de l’amour de Dieu. Il est envoyé pour cela, jusqu’à la mort s’il le faut. La croix qui marque sa vie doit être portée avec le Christ. Elle ne signifie pas alors l’absurdité du monde, elle inaugure le monde nouveau, “l’oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !”
    Le disciple de Jésus sait enfin que le Royaume ne se réalise ni immédiatement ni complètement en ce monde. Il sait qu’il s’épanouira à la fin des temps. Dans l’immédiat, il peut et doit en être l’acteur en coopérant à l’oeuvre du Père, comme le vigneron dans la vigne du Royaume.
    C’est à ces disciples-là que Dieu confie la tâche de travailler à sa Vigne. Avec le Christ, dans l’Esprit, ils en découvrent l’espérance: “Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu, mettez-le en pratique et le Dieu de la paix sera avec vous.” (Philippiens 4. 9) non pas seulement la paix de Dieu, mais le Dieu de la paix sera avec nous. Ce passage de la lettre de saint Paul, que la liturgie nous propose aujourd’hui, nous devons le lire, le relire, le méditer, nous en imprégner afin de le réaliser.
    ***
    “Tu combles ceux qui t’implorent bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs… délivre notre conscience de ce qui l’inquiète… car tu nous donnes plus que nous n’osons demander.” (Oraison d’ouverture de la messe)


dimanche 1er octobre 2017

  • Attaque à Marseille : réaction de Mgr Pontier et Mgr Aveline

    C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le drame qui s’est déroulé cet après-midi sur l’esplanade de la gare Saint-Charles : deux jeunes femmes ont été sauvagement assassinées. L’agresseur a lui aussi été tué.
    Nous exprimons notre profonde sympathie aux proches et aux familles des victimes, les assurant de la prière de la communauté catholique de Marseille. Nos pensées vont aussi vers les militaires de l’opération Sentinelle et vers tous ceux qui veillent sur notre sécurité.
    Face à la violence qui vient d’endeuiller notre ville, ne cédons pas à la peur : restons unis et solidaires.
    + Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France
    + Jean-Marc Aveline
    Évêque auxiliaire de Marseille


jeudi 28 septembre 2017

  • Décès de Mgr Edmond Abelé, évêque émérite de Digne, Riez et Sisteron

    Mgr Edmond Abelé, évêque émérite du diocèse de Digne, Riez et Sisteron, est décédé dans sa 93ème année le mercredi 27 septembre.
    Né le 4 mars 1925 à Châlons-sur-Marne (aujourd’hui Châlons-en-Champagne), Mgr Edmond Abelé, fut ordonné prêtre le 21 octobre 1951.
    En 1972, il fut nommé évêque de Monaco, par le pape Paul VI, fonction qu’il occupa jusqu’à ce qu’il soit nommé évêque de Digne, Riez et Sisteron le 1er décembre 1980 par le pape Saint Jean-Paul II.
    Au sein de la Conférence des évêques de France, Mgr Abelé fut membre de la commission des mouvements indépendants et du groupe épiscopal pour la pastorale des réalités du tourisme et des loisirs.
    La célébration de ses obsèques, présidée par Mgr Jean-Philippe Nault, évêque de Digne, Riez et Sisteron aura lieu le mardi 3 octobre à 10h30 en la cathédrale Notre-Dame-du-Bourg à Digne. L’inhumation de Mgr Abelé aura lieu dans le caveau des évêques.


mercredi 27 septembre 2017

  • La dimension œcuménique du Notre Père

    En 1966, la Conférence épiscopale catholique, les quatre Églises luthériennes et réformées en France et les évêques de trois juridictions de l’Église orthodoxe en France ont décidé d’adopter une traduction commune de la prière du Notre Père récitée par leurs fidèles. Cette version dite « œcuménique » a ensuite été reçue plus largement par les différentes familles ecclésiales francophones. À ce jour, c’est celle qui est utilisée au cours des célébrations œcuméniques et, le plus souvent, celle qui est récitée au cours des offices dans les Églises qui ont cette pratique.
    Dans l’Église catholique,  en lien avec la Congrégation pour le culte divin à Rome, les Conférences épiscopales des pays francophones (Afrique du Nord, Belgique, Canada, France, Luxembourg et Suisse) travaillent ensemble aux traductions en langue française. Lors de leur assemblée du printemps 2009, les évêques catholiques français ont souhaité, qu’ « après concertation avec les autres Églises ou communautés ecclésiales » la formule « et ne nous laisse pas entrer en tentation » soit adoptée pour le texte du Notre Père de la messe.
    En septembre 2009, l’Église catholique a informé ses partenaires au sein du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF) de ce projet de modifier la traduction de la sixième demande de la prière du Notre Père (à partir de l’Avent 2016) et a sollicité leur avis.
    À l’assemblée du 25 novembre 2010, la délégation orthodoxe au CÉCEF a rappelé que les communautés qui prient le Notre Père en français ne le font pas toujours avec la version dite « œcuménique », que les orthodoxes utilisent toutefois cette traduction lors des célébrations œcuméniques, et que la formulation en projet d’adoption par l’Église catholique ne leur fait pas problème.
    La délégation de la Fédération protestante de France (FPF) au CÉCEF a déclaré approuver les conclusions d’une note préparée, à la demande de son conseil : « Nous ne voyons donc pas d’inconvénient si l’on accepte la proposition soumise ». Il a ensuite été rappelé que la FPF n’avait pas mandat de ses Églises membres pour décider de la traduction du Notre Père qui doit être utilisée dans leurs liturgies propres. C’est ainsi que lors de son synode d’Avignon (mai 2014), l’Église protestante unie de France a décidé d’entamer une réflexion sur la traduction du Notre Père.
    Le synode national de l’Église protestante unie de France réuni à Nancy du 5 au 8 mai 2016 recommande dans un souci œcuménique aux paroisses et Églises locales d’utiliser pour la 6e demande, la version « ne nous laisse pas entrer en tentation » retenue pour les Églises catholiques francophones.
    En conséquence, le CÉCEF recommande  qu’à partir de l’Avent 2017, lors des célébrations œcuméniques, la sixième demande du Notre Père soit ainsi formulée : « et ne nous laisse pas entrer en tentation ».
    Emmanuel Gougaud – Prêtre du diocèse de Versailles, responsable du Service national pour l’unité des chrétiens


  • « Ne nous laisse pas entrer en tentation »

    La tentation n’est pas une théorie, elle est un fait, un fait concret qui touche l’expérience humaine dès les origines (cf. Gn 3). Ce n’est pas Dieu qui tente l’homme mais le « serpent », le « diable », c’est-à-dire celui qui veut diviser, briser l’amitié entre Dieu et sa créature. Même Jésus, le fils de Dieu, a été tenté plusieurs fois dans sa vie ; le serpent a cherché à l’éloigner de son Père.

    L’ « évangile », la bonne nouvelle, est qu’en Jésus tout homme peut vaincre toute tentation ; comme Jésus, nous  pouvons  nous en remettre entièrement au Père qui « est fidèle et ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces » (1 Co 10, 13).

    Faire face à la tentation peut donc devenir une expérience importante car cela nous aide à resituer le rôle et la place de Dieu dans nos choix, face à ce qui nous semble bien et bon.

    « Réfléchir sur les tentations (…) est une invitation pour chacun de nous à répondre à une question fondamentale : qu’est-ce qui compte véritablement dans ma vie ? (…) quelle place à Dieu dans ma vie ? Est-ce lui le Seigneur ou bien est-ce moi ? » (Benoît XVI, Audience du 13 février 2013). En compagnie de Dieu, la tentation devient un appel à notre liberté, au discernement, à une conversion permanente.
    Pietro Biaggi – Prêtre du diocèse de Bergame, Directeur adjoint au SNCC.


  • Le Notre Père, prière des enfants de Dieu

    « Aujourd’hui, dans l’Esprit reçu à notre baptême, disons ensemble, la prière des enfants de Dieu que le Seigneur vous a enseignée » (Rituel du baptême des petits enfants). L’Église qualifie ainsi le Notre Père : la prière des enfants de Dieu. Comment le comprendre, sinon en nous souvenant des paroles du Seigneur lui-même : « Quand vous priez, dites : Notre Père ! » (Matthieu 6, 9).

    Jésus permet à ses disciples de donner à Dieu le nom de Père, le nom qu’il lui donne lui-même. Il signifie alors que, par l’offrande de sa vie, il fait d’eux ce qu’il est lui-même : les fils du Père. Le baptême incorpore le baptisé au Christ ; il fait de chacun et de chacune un enfant de Dieu invité à appeler Dieu « Père ».
    Un élan du cœur pour recevoir la tendresse Père
    La prière du Notre Père est d’abord la prière d’un enfant seul face à son Père. Le Christ nous introduit ainsi dans la tendresse de Dieu, d’un Dieu qui nous prend dans ses bras. Rappelons -nous ces paroles du prophète Isaïe : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si  elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas, car je t’ai gravé sur les paumes de mes mains » (Isaïe 49, 15-16a). Cela n’empêche cependant pas la nécessaire distance entre un enfant et son père qui n’obère en  rien la tendresse ; elle aide à trouver la juste attitude de la prière. Mais le Notre Père n’est pas que cela. Il est la prière qui unit les baptisés au Christ et entre eux.
    Une prière admirable mais exigeante
    Admirable prière que Jésus nous laisse. Admirable mais exigeante, puisqu’elle nous engage à vivre en cohérence avec ce que nous souhaitons à Dieu et avec ce que nous lui demandons : le désir de son règne, et l’engagement à vivre en peuple témoin de sa sainteté ; la venue d’un Royaume de justice et d’amour où les hommes sont sauvés ; la force de travailler à construire dès ici-bas le Royaume qu’il désire, la nourriture, (sa Parole et le pain de sa vie) pour nourrir nos vies et nous tenir dans l’espérance ; la grâce de savoir aimer les autres comme Lui nous aime, de dépasser la justice pour aller au pardon ; la grâce de garder intactes notre foi et notre relation à Lui dans les épreuves de la vie ; sa protection face au Mal qui contrecarre son projet d’amour.
    Une prière qui requiert l’adhésion du cœur
    Admirable prière que nous pouvons adresser à Dieu avec toute la tendresse de notre amour d’enfant. Modèle de la prière chrétienne, le Notre Père est déjà un acte de communion avec le Seigneur Jésus puisqu’il nous situe comme lui en fils devant le Père. Il réclame de chacun de nous une adhésion intérieure à ces paroles reçues du Sauveur. Admirable prière qui nous fait entrer dans l‘intimité de Dieu en prenant la plus belle des attitudes : celle d’un enfant qui dit son amour filial.
    Serge Kerrien – Diacre du diocèse de St-Brieuc-Tréguier et conseiller pastoral au SNPLS


  • Rencontre des directeurs nationaux de la Pastorale des Migrants en Europe

    On sait l’importance que le pape François attache à la question cruciale mais ô combien sensible des migrants. Le vendredi 22 septembre, il a encore enfoncé le clou en exprimant, en termes vigoureux, sa préoccupation face aux signes d’intolérance, de discrimination et de xénophobie que l’on constate dans différentes parties de l’Europe. Devant les Directeurs nationaux de la pastorale des migrants, réunis à Rome sous les auspices du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe,  le Saint-Père est allé encore plus loin en affirmant que les communautés catholiques européennes n’étaient pas exemptes de réactions de défense et de rejet. Il a critiqué sans détours ceux qui justifient ces attitudes par un prétendu « devoir moral » de sauvegarder l’identité culturelle et religieuse originelle. Le malaise si perceptible en Europe est certes dû à la crise économique, à la composition des flux migratoires mais surtout il révèle les limites du processus d’unification de l’Europe. Au risque de s’exposer aux critiques, le pape François a noté que l’Église avait essaimé dans tous les continents grâce à la « migration » des missionnaires. Le Souverain pontife suggère aux Églises d’Europe une série de pistes d’action. L’arrivée des migrants est, pour elles, une occasion de réaliser pleinement leur catholicité et de développer un dialogue œcuménique et interreligieux sincère et enrichissant.

    A l’initiative de la CCEE, les directeurs nationaux de la Pastorale des Migrants des différentes conférences épiscopales d’Europe se sont retrouvés à Rome, du 21 au 23 septembre 2017. Le pape François s’est adressé à la cinquantaine de représentants le 22 septembre.
    Au cœur de la rencontre : l’audience avec le Saint-Père au Vatican. Dans son discours aux participants, le pape François a rappelé que « l’Église entend rester fidèle à sa mission : celle d’aimer Jésus-Christ, l’adorer et l’aimer, en particulier dans les plus pauvres et abandonnés ; les migrants et les réfugiés font certainement partie de ceux-ci ». Il a exprimé sa préoccupation devant les signes d’intolérance, de discrimination et de xénophobie – réactions dont « nos communautés catholiques en Europe ne sont pas exemptes ».  Mais « l’Esprit, j’en suis certain, nous aide encore aujourd’hui à conserver une attitude d’ouverture confiante qui permet de dépasser toute barrière, de franchir tout mur. » La réponse pastorale aux défis migratoires contemporains doit s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer », comme développé dans le message pour la Journée Mondiale du Migrant et Réfugié 2018. Pour l’Église, l’arrivée des frères et sœurs dans la foi est une opportunité de réaliser pleinement sa catholicité, sans oublier que les flux migratoires constituent « une occasion privilégiée d’annoncer Jésus-Christ et son Évangile » et « de témoigner concrètement de la foi chrétienne dans la charité et dans un profond respect des autres expressions religieuses. »
    Les remerciements cordiaux du Saint-Père pour l’engagement des Pastorales des Migrants d’Europe signifient un encouragement pour toutes les initiatives ecclésiales auprès des migrants, portées par de nombreuses paroisses, collectifs et individus.
    Travail avec la section « Migrants et réfugiés » du nouveau dicastère
    Pendant le temps de travail avec la section « Migrants et réfugiés » du nouveau Dicastère pour le développement humain intégral, les délégués nationaux ont pu connaître le fonctionnement et les priorités du dicastère, comme l’implication dans la préparation du « Global compact 2018 » (Pactes mondiaux) visant à adopter de nouvelles politiques internationales pour les migrants et les réfugiés, ou le soutien des acteurs dans les différentes conférences épiscopales.
    La présentation d’une enquête récente sur la thématique migratoire, réalisée par la CCEE, et les différentes contributions des délégués ont pointé des défis communs : la sensibilisation à l’ouverture envers les migrants, les bonnes pratiques dans l’accueil et l’intégration, un accompagnement pastoral adapté. Elles ont mis en lumière également la diversité des réalités, allant de l’Islande jusqu’en Turquie, du Portugal jusqu’en Russie, avec des approches culturelles différentes et des défis particuliers comme la situation très minoritaire de L’Église dans certains pays ou les restrictions à la liberté religieuse. Les partages et débats étaient ainsi une expression concrète du chemin de communion dans la diversité sur lequel la Pastorale des Migrants est engagé.
    La rencontre s’est conclue avec une visite dans le centre d’accueil San Saba, géré par l’association Centro Astalli des Jésuites à Rome. Occasion d’écouter le témoignage d’un jeune réfugié camerounais – un visage concret représentant les vies de tant d’autres migrants et réfugiés.


lundi 25 septembre 2017

  • Commentaires du dimanche 1er octobre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 1er octobre 2017
    26éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre d’Ezékiel 18, 25 – 28
    Ainsi parle le Seigneur :
    25 « Vous dites :
    ‘La conduite du Seigneur n’est pas la bonne’.
    Écoutez donc, fils d’Israël :
    est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ?
    N’est-ce pas plutôt la vôtre ?
    26 Si le juste se détourne de sa justice,
    commet le mal, et meurt dans cet état,
    c’est à cause de son mal qu’il mourra.
    27 Si le méchant se détourne de sa méchanceté
    pour pratiquer le droit et la justice,
    il sauvera sa vie.
    28 Il a ouvert les yeux
    et s’est détourné de ses crimes.
    C’est certain, il vivra, il ne mourra pas. »

    Pour comprendre cette prédication d’Ezékiel, il faut se rappeler le contexte : Ezékiel fait partie des habitants de Jérusalem déportés à Babylone par les armées de Nabucodonosor, en 597 av.J.C. C’est la catastrophe : on a vécu toutes les atrocités d’une guerre, et maintenant, à Babylone, loin du pays, la fameuse Terre Promise, qui devait ruisseler de lait et de miel, disait-on… loin de Jérusalem détruite, loin du Temple saccagé, la population décimée, on a tout perdu.
    La tentation est grande de se révolter contre Dieu ; les exilés se plaignent et disent « La conduite du SEIGNEUR est étrange », ce qui signifie en clair : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter une telle punition ? »
    Car, à l’époque, on est convaincu qu’il y a un lien entre notre comportement bon ou mauvais et les événements de notre vie, heureux ou malheureux. Les bons sont toujours récompensés, les méchants sont toujours punis. Donc, s’il nous arrive un malheur, c’est parce que nous avons commis une faute.
    Or cette génération dans la tourmente n’est pas pire que les précédentes. Et elle a quand même bien l’impression qu’elle paie tout le poids du passé, les fautes accumulées des générations précédentes, comme si le vase de la colère de Dieu avait tout d’un coup débordé. Et on se met à répandre le dicton : « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils en ont été agacées » (Ez 18, 2). Traduisez : notre génération paie pour toutes celles qui l’ont précédée.
    Voilà dans quel contexte Ezékiel prend la parole. Et il nous offre ici toute une méditation sur la justice de Dieu.
    Cette question de la justice de Dieu a habité la réflexion du peuple d’Israël tout au long de son histoire. Et la réponse a varié au cours du temps. La prédication d’Ezékiel que nous lisons aujourd’hui se situe donc à un moment précis de ce long cheminement. Et elle va constituer une étape importante dans ce déroulement.
    Comme tous ses contemporains, Ezékiel raisonne dans une logique de récompense / punition, ce que l’on appelle « la logique de rétribution ». Et sur ce point précis, il n’apporte rien de neuf. Toute faute reçoit un châtiment : telle est, croit-on, la justice de Dieu.
    En revanche, il apporte du nouveau au sujet de ce fameux dicton sur les raisins verts. « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils en ont été agacées » (Ez 18, 2). C’est-à-dire que notre génération paie pour toutes celles qui l’ont précédée.
    La nouveauté apportée par Ezékiel consiste à dire : le dicton sur les raisins verts est faux. On ne paie pas les fautes de ceux qui nous ont précédés. Au contraire, chacun est rétribué pour sa propre conduite. Quelques lignes avant le texte d’aujourd’hui, Dieu a fait dire par son prophète : « Par ma vie, dit Dieu, vous ne répéterez plus ce dicton en Israël ». Et Ezékiel développe tout un raisonnement pour bien préciser que la justice est individuelle et non pas collective.
    « Si le méchant se détourne de sa méchanceté, s’il se met à pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra ». Donc personne n’est jamais puni pour la faute d’un autre.
    C’est évidemment une étape très importante dans la découverte de la justice de Dieu, mais ce n’est qu’une étape. Plus tard, en particulier avec le livre de Job (dans la partie centrale du livre), on reconnaîtra que la justice de Dieu n’est pas une affaire de rétribution : qu’il n’y a pas de mesure automatique entre nos actions, bonnes ou mauvaises, et ce qui nous arrive de bon ou de mauvais… que les bons ne sont pas forcément récompensés et les méchants punis. On découvrira qu’on ne paie jamais rien, ni pour d’autres, ni pour soi-même… parce que Dieu ne punit jamais.
    Plus tard encore, on découvrira que Dieu n’est pas la cause directe de tout ce qui nous arrive. Pour l’instant, avec Ezékiel, on cesse d’accuser Dieu de nous faire payer les fautes de nos parents. C’est déjà un grand pas.
    Ce texte d’Ezékiel nous apporte une autre bonne nouvelle : un avenir est toujours possible ; rien n’est jamais définitivement joué. Cette leçon-là est capitale !… Pour nous encore aujourd’hui, d’ailleurs. Car effectivement, tant qu’on croit que tout est joué d’avance, on est tenté de s’abandonner au désespoir ; or Ezékiel, comme tout bon prophète, n’a pas de pire ennemi que le découragement. C’est pourquoi il faut prendre au sérieux cette phrase : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté, s’il se met à pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra ». Il est toujours temps de changer de conduite ou de chemin, pour reprendre une image biblique. Se convertir, étymologiquement, en hébreu, cela veut dire « faire demi-tour ».
    Au passage, Ezékiel lance donc un vibrant appel à la conversion. Et, tout compte fait, c’est bien simple, puisque le prophète juge notre conversion à notre conduite à l’égard des autres : d’après lui, pour le méchant, se détourner de sa méchanceté, c’est se mettre à pratiquer le droit et la justice.
    Quant au juste, « Si le juste se détourne de sa justice… il mourra à cause de sa perversité. » Mais cela ne doit pas nous inquiéter, aucun de nous n’est concerné, car aucun de nous n’oserait se prétendre juste !
    ——————————
    Compléments au texte d’Ezékiel
    – Entre nous, il faut bien reconnaître que, même aujourd’hui, au vingt-et-unième siècle, cette phrase « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter une telle punition ? » nous vient spontanément à la bouche quand le malheur nous arrive. On se rappelle l’histoire de l’aveugle-né chez Saint Jean : en le voyant, les disciples de Jésus lui ont posé la question classique : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » (Jn 9), en d’autres termes « A qui la faute ? ».
    – Vie et mort en langage biblique : le texte d’Ezékiel peut se lire à un deuxième niveau, si on se souvient que, pour les prophètes, quand ils parlent de vie ou de mort, ils parlent de vie spirituelle et de mort spirituelle.
    Dans ce chapitre 18, Ezékiel parle beaucoup de vie et de mort. Mais il vise autre chose que la vie et la mort physiques. Les exilés, d’ailleurs, parlaient de leur exil comme d’une situation de mort ; ils disaient : « Nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d’eux, comment pourrons-nous vivre ? » (Ez 33, 11). A leurs yeux, privés de tout ce qui faisait leur vie et en particulier la pratique de leur foi, l’exil était une situation de non-vie, une espèce de mort larvée… Ezékiel ne leur promet pas tout de suite le retour, mais il leur dit : « La vraie vie, c’est l’intimité avec Dieu » et cela, c’est possible partout. « Convertissez-vous et vivez ! » Cela veut dire que, même dans le malheur, vivre au plein sens du terme, c’est-à-dire en union avec Dieu, est toujours possible.

    PSAUME – 24 (25) 4 – 9
    4 SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies,
    fais-moi connaître ta route.
    5 Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
    car tu es le Dieu qui me sauve.
    6 Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse,
    ton amour qui est de toujours.
    7 Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse,
    dans ton amour, ne m’oublie pas.
    8 Il est droit, il est bon, le SEIGNEUR,
    lui qui montre aux pécheurs le chemin.
    9 Sa justice dirige les humbles,
    il enseigne aux humbles son chemin.

    Vous avez entendu les mots « voies », « route », « chemin », et le verbe « dirige-moi ». « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin ».
    Ce thème du chemin est typique des psaumes pénitentiels : la Loi de Dieu, (les commandements), est considérée comme le code de la route en quelque sorte ; c’est un pécheur qui parle dans ce psaume, un pécheur qui est conscient de s’être égaré, d’avoir pris un sens interdit ; et il demande à être remis sur le droit chemin. On sait que se « convertir » en hébreu, se dit « faire demi-tour ».
    Il n’est jamais trop tard pour faire demi-tour : dans la première lecture de ce dimanche, Ezékiel affirmait qu’un avenir est toujours possible, on n’est jamais définitivement condamné. C’est pour cela qu’il est toujours temps de dire à Dieu « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route ». Il suffit de croire en la miséricorde de Dieu : « Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin »… sous-entendu c’est la seule chose qui nous est demandée, non pas la vertu, mais l’humilité.
    Le mot « humbles », ici, traduit le mot hébreu « anavim » très fréquent dans la Bible : il s’agit de ceux que nous appelons les « pauvres de coeur », c’est-à-dire tous ceux qui se reconnaissent démunis, pauvres, impuissants ; on les appelle parfois « les dos courbés ». C’est chacun de nous, quand nous en sommes réduits à prier en disant seulement « prends pitié ». Ici la supplication est une demande de conversion : « SEIGNEUR, enseigne-moi tes chemins ».
    Le pécheur qui parle ici n’est pas tout seul : il s’agit du peuple tout entier ; ce psaume 24/25 a été certainement composé pour des célébrations pénitentielles au Temple de Jérusalem : mais, là encore, son rapprochement avec le texte d’Ezékiel proposé pour ce vingt-sixième dimanche va nous permettre de mieux comprendre un aspect de la prière juive. C’est cette imbrication permanente du « Je » et du « Nous ».
    Comme tous les psaumes, celui-ci parle à la première personne du singulier, « JE », mais il faut l’entendre comme un JE collectif, au nom du peuple tout entier. Il n’y a pas moins individualiste que le peuple de la Bible ! Et d’ailleurs, si vous avez la curiosité de lire ce psaume en entier, vous verrez qu’après avoir parlé tout le temps à la première personne du singulier, termine en disant « Libère Israël, ô mon Dieu, de toutes ses angoisses ».
    Parce qu’on a un sens très fort de la solidarité qui unit tous les membres d’une même famille, d’une même tribu, dans l’espace et dans le temps, on trouve normal d’invoquer le Dieu des pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… A travers les générations, une véritable solidarité unit le patriarche à ses lointains descendants, et réciproquement. On trouve donc parfaitement normal aussi que l’Alliance conclue avec Noé, avec Abraham, avec Moïse concerne leurs descendants, le peuple tout entier.
    Aujourd’hui, nous mettons plutôt l’accent sur l’individu, la dimension du bonheur personnel ; au point que notre société en arrive à donner parfois l’impression d’être polarisée sur la défense des droits individuels, au détriment des valeurs communautaires. Au début de l’histoire biblique, au contraire, tout était centré sur le peuple : ce n’est que progressivement qu’on a découvert l’importance de l’individu.
    C’est certainement l’une des réussites de la pensée biblique que d’avoir su donner sa place à l’individu sans nier la communauté. C’est ainsi par exemple que le livre du Deutéronome et les textes prophétiques mêlent souvent le « tu » et le « vous » : « Voici le commandement, les lois et les coutumes que le SEIGNEUR votre Dieu a ordonné de vous apprendre à mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession, afin que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu, toi, ton fils et ton petit-fils, en gardant tous les jours de ta vie toutes ses lois et ses commandements que je te donne, pour que tes jours se prolongent. » (Dt 6, 1)1.
    Il y a là un moyen saisissant de dire à quel point notre destin personnel est lié à celui de la communauté. Nous sommes profondément solidaires les uns des autres, nous le savons bien ; et les progrès des communications, la mondialisation de l’économie, dont on parle tant, nous le prouvent tous les jours. Pour autant, nous ne sommes pas fondus dans un grand tout et chacun de nous garde une marge de liberté et de responsabilité.
    Pour revenir au psaume 24/25, ce pécheur à la fois humble et confiant, c’est donc inséparablement, chacun de nous, individuellement, ET la communauté croyante tout entière.
    Dernière remarque : le psaume présente une série de variations sur le thème du souvenir et de l’oubli. « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse… Oublie les révoltes… Ne m’oublie pas ». C’est à la fois de l’audace et de l’humilité ! Au fond, on prie Dieu d’avoir une mémoire sélective : « Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse » et au contraire « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse, ton amour qui est de toujours ». C’est l’audace que permet l’Alliance avec le Dieu de tendresse et de fidélité, lent à la colère et plein d’amour ». Décidément on n’avait pas attendu le Nouveau Testament pour découvrir que Dieu est Père !
    ——————————–
    Note
    1 – L’alternance du « tu » et du « vous » est surprenante. Or il ne s’agit certainement pas d’un défaut de style, surtout dans ce texte, l’un des plus vénérables de l’Ancien Testament, puisqu’il est l’introduction du fameux « Shema Israël » (« Ecoute Israël, le SEIGNEUR notre Dieu est le Seigneur UN »).
    On sait que plusieurs textes du livre du Deutéronome ont été composés par juxtaposition de passages d’origines différentes ; on pourrait penser que c’est le cas ici : des phrases écrites en « tu » auraient été juxtaposées avec des phrases rédigées en « vous ». C’est possible, mais si c’est le cas, il reste que le rédacteur final n’a pas cherché à harmoniser le texte.

    DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens 2, 1 – 11
    Frères,
    1 s’il est vrai que dans le Christ on se réconforte les uns les autres,
    si l’on s’encourage avec amour,
    si l’on est en communion dans l’Esprit,
    si l’on a de la tendresse et de la compassion,
    2 alors, pour que ma joie soit complète,
    ayez les mêmes dispositions,
    le même amour,
    les mêmes sentiments ;
    recherchez l’unité.
    3 Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux,
    mais ayez assez d’humilité
    pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes.
    4 Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts,
    pensez aussi à ceux des autres.
    5 Ayez vous les dispositions
    qui sont dans le Christ Jésus :
    6 ayant la condition de Dieu,
    il ne retint pas jalousement
    le rang qui l’égalait à Dieu.
    7 Mais il s’est anéanti
    prenant la condition de serviteur,
    devenant semblable aux hommes.
    Reconnu homme à son aspect,
    8 il s’est abaissé,
    devenant obéissant jusqu’à la mort,
    et la mort de la croix.
    9 C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
    il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
    10 afin qu’au nom de Jésus,
    tout genou fléchisse
    au ciel, sur terre et aux enfers,
    11 et que toute langue proclame :
    « Jésus Christ est Seigneur »,
    à la gloire de Dieu le Père.

    Pour la fête des Rameaux, chaque année, nous lisons la deuxième partie de ce texte qui est une contemplation du mystère du Christ : « Lui qui était de condition divine n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Aujourd’hui, je m’attache à la première partie : Paul nous dit comment on vit « dans le Christ ».
    Il emploie deux fois cette formule, au début et à la fin de ce passage : au début « s’il est vrai que dans le Christ … » et à la fin « Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus » ; et entre les deux, il dresse toute une énumération de ces dispositions. Cette formule « Dans le Christ » doit certainement être prise dans un sens très fort : depuis notre Baptême, nous appartenons au Christ, nous faisons partie de lui en quelque sorte ; et cette nouvelle identité qui est commune à tous les baptisés surmonte toutes nos diversités ; désormais, nous portons le même nom de famille : ce nom, c’est « CHRETIEN ». Et quand nous rencontrons des Chrétiens, dorénavant, c’est ce sentiment de commune appartenance qui surpasse (ou devrait surpasser) tous les autres.
    Cela ressemble à ces grandes réunions de famille, où nous savons que chacun de ceux que nous rencontrons est d’abord un cousin ; dans tout rassemblement où l’on peut éprouver le même sentiment d’appartenance commune, on a une idée de ce que Paul veut dire ici. Et c’est ce sentiment très fort qui nous inspire les dispositions dont parle Paul ; réconfort, amour, communion, tendresse, pitié : au passage, on peut noter que ce sont tous les attributs de Dieu dans l’Ancien Testament.
    Ce mystère d’amour et de communion, nous y avons été plongés au jour de notre Baptême : il reste à le vivre au quotidien : « Pour que ma joie soit complète, dit Paul, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments… » Un peu comme s’il nous disait « Faites honneur à votre famille, au Nom que vous portez ».
    Cela va loin : « Estimez les autres supérieurs à vous-mêmes ». Curieuse phrase : est-ce que chacun de nous doit systématiquement se dévaloriser ? Sûrement pas : le but n’est certainement pas de faire des comparaisons de supériorité ou d’infériorité, c’est totalement contraire à la Bonne Nouvelle d’un Royaume qui ignore toute comptabilité ! Le but n’est pas non plus de se regarder soi-même, fût-ce pour s’humilier ; le but, au contraire, c’est de regarder l’autre avec comme une sorte d’a priori, un regard systématiquement admiratif. Et de regarder en lui, non pas ce qu’il a, mais ce qu’il est. Les différences physiques, culturelles, sociales, crèvent les yeux. Mais tout cela n’est que de l’avoir.
    Or Paul a bien introduit son propos par l’expression « dans le Christ », ce qui veut dire qu’il ne se situe pas dans le domaine de l’avoir, mais de l’être : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. » (Ga 3, 27). Ce que Paul nous dit, c’est « chaque fois que vous rencontrez un autre baptisé, ne regardez que ce qu’il est » ; il est membre du Corps du Christ … lui aussi contribue à sa façon à la construction du Royaume… il est, lui aussi, le Temple de l’Esprit, il a sa vocation propre, différente de la mienne, indispensable au plan de Dieu, et sans mon admiration, sans mes encouragements, il ne pourra pas la remplir.
    Or la seule chose qui compte, c’est la mission de chacun et de la communauté tout entière : pour sa mission, mon voisin est meilleur que moi, il est même le seul capable ; pour cette mission, il est rempli de l’Esprit de Dieu, c’est-à-dire d’une capacité d’amour infinie ; tout cela vaut bien que je l’admire. Dans le texte de dimanche dernier, Paul disait aux Philippiens « Quant à vous, menez une vie digne de l’évangile » ; aujourd’hui, il vient de nous dire ce qu’est une vie digne de notre vocation chrétienne. Ce sont là des conseils que Paul donne à des chrétiens, des baptisés ; mais il va de soi que nous devrions porter ce même regard positif sur tout homme …
    Dernière remarque : ce texte de Paul dit bien à la fois que le Royaume est déjà là ET en même temps qu’il nous reste à y collaborer, par toute notre vie quotidienne : déjà, le dessein de Dieu de réunir « dans le Christ » l’humanité tout entière est accompli en Jésus-Christ et en chacun de nous qui sommes greffés sur lui par notre Baptême ; et en même temps il s’accomplit au quotidien dans la mesure où nous laissons cette réalité intime de notre appartenance au Christ transfigurer nos relations avec les autres, baptisés ou non.
    ———————————-
    Compléments sur Philippiens
    Il est rare que nous entendions ce texte en entier ; chaque année, aux Rameaux (et à la fête de la Croix glorieuse), nous lisons la deuxième partie, qui est une contemplation du mystère du Christ, mais la première partie nous est moins familière ; pour autant il faut bien lire ces deux parties ensemble, car elles sont très liées. Première partie, Paul nous dit comment on vit « dans le Christ », comme il dit ; deuxième partie, il contemple la vie du Christ lui-même. (Pour la deuxième partie, se reporter au commentaire du dimanche des Rameaux, « L’intelligence des Ecritures » tome 1).
    On retrouve ici un écho de la formule que nous connaissons bien, et qui se trouve dans la deuxième lettre aux Corinthiens « La grâce de Jésus-Christ notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint soient avec vous tous » (2 Co 13, 13). (C’est aussi la formule liturgique du début de l’Eucharistie).

    EVANGILE – selon saint Matthieu 21, 28 – 32
    En ce temps-là,
    Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
    28 « Quel est votre avis ?
    Un homme avait deux fils.
    Il vint trouver le premier et lui dit :
    ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’
    29 Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’
    Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
    30 Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière.
    Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’
    et il n’y alla pas.
    31 Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
    Ils lui répondent :
    « Le premier. »
    Jésus leur dit :
    « Amen, je vous le déclare :
    les publicains et les prostituées
    vous précèdent dans le royaume de Dieu.
    32 Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice,
    et vous n’avez pas cru à sa parole ;
    mais les publicains et les prostituées y ont cru.
    Tandis que vous, après avoir vu cela,
    vous ne vous êtes même pas repentis plus tard
    pour croire à sa parole. »

    « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? » Apparemment, la question est simple, trop simple. Comme dimanche dernier, avec la parabole des ouvriers de la onzième heure, nous sommes dans une vigne ; des deux fils sollicités d’y aller, le premier refuse et finit quand même par s’y rendre ; le deuxième s’empresse de dire oui… et n’en fait rien. Et Jésus pose une question apparemment trop simple aux chefs des prêtres et aux anciens : « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? »
    Si Jésus leur pose cette question, ce n’est évidemment pas pour le plaisir de jouer à qui trouvera la bonne réponse ! C’est pour leur ouvrir les yeux. Car sans la moindre transition il leur dit : vous, chefs des prêtres et anciens, c’est-à-dire ce qu’il y a de mieux intentionné au monde, vous êtes comme le deuxième fils : il dit « Oui, oui, papa », mais il ne va pas à la vigne. Tandis que vous voyez, il y a des gens beaucoup moins recommandables, mais qui sont plus prêts que vous à écouter la parole du Père.
    La volonté du Père c’était que son peuple, à commencer par les autorités religieuses, accueille son Envoyé, son Messie, Jésus. Tout le drame de la Passion est là : les plus fervents en Israël, ceux qui attendaient avec impatience la venue du Messie et priaient Dieu tous les jours de hâter sa venue, sont ceux qui ont refusé de le reconnaître.
    Les publicains et les prostituées sont des pécheurs publics, c’est entendu ; et ce n’est pas de cela que Jésus les complimente ; ils sont comme le premier fils ; ils ont commencé par refuser de travailler à la vigne ; jusque-là rien d’admirable ! Seulement voilà : Jean-Baptiste les a touchés, et ils ont écouté sa parole. Ce n’est pas parce qu’ils sont pécheurs qu’ils entrent dans le Royaume ; mais parce qu’ils ont cru à la parole du Baptiste. Tandis que vous, les professionnels de la religion, vous avez refusé de croire la parole du Baptiste.
    Ici, Jésus fait probablement référence à ce qui s’est passé le jour des Rameaux : au début de ce chapitre 21, Matthieu a raconté l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et les foules ont reconnu en lui le Messie. Elles ont lancé pour lui l’acclamation réservée au roi descendant de David : « Hosanna au fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux ! » 1 Mais cet accueil que lui ont réservé les petites gens ne s’est pas répété chez les prêtres et les anciens ; bien au contraire. Peu après, alors qu’il enseignait dans le Temple, ils sont venus lui demander : « En vertu de quelle autorité te permets-tu d’enseigner ? Qui t’a donné cette autorité ? » Sous-entendu : qui t’envoie ? Dieu ? ou toi-même, plutôt ?
    Comme souvent, Jésus n’a pas répondu directement : il voulait que ses interlocuteurs trouvent tout seuls ; et donc il leur a renvoyé une autre question, mais qui avait trait à Jean-Baptiste, celle-là. « Le Baptême de Jean, d’où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Et eux n’ont pas osé répondre, de peur de se déjuger eux-mêmes, eux qui avaient préféré ignorer Jean-Baptiste. Alors Jésus leur propose cette parabole des deux fils pour aider leur prise de conscience ; c’est comme un ultime appel qu’il leur adresse. Jésus n’a pas de préférence pour les uns ou pour les autres. Il veut le salut de tous et s’il semble parfois malmener certains de ses interlocuteurs, c’est que le temps presse.
    Mais au fait, que disait Jean-Baptiste ? Il disait « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc du fruit qui témoigne de votre conversion ; et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : Nous avons pour père Abraham ». C’était peut-être bien là le problème des autorités religieuses : une espèce de suffisance qui permet de ne pas se remettre en question. Alors que les publicains et les prostituées, parce qu’ils se savaient pécheurs et qu’ils avaient très vif le sentiment de leur indignité, de leur pauvreté, avaient les oreilles et le coeur plus prêts à s’ouvrir.
    La difficulté, justement, pour les chefs des prêtres et les anciens, c’était d’ajouter foi à la parole de Jean-Baptiste, puis de Jésus, c’est-à-dire deux individus sans légitimité, à leurs yeux.
    Et c’est bien là le fond du problème : dans cette expression « à leurs yeux ». Cela veut dire que, pour eux, la cause est entendue, ils savent ce qu’il en est des choses de Dieu et ils ne peuvent plus voir autre chose que leurs propres certitudes.
    Si Jésus propose une parabole à ses interlocuteurs, c’est pour les amener à ouvrir les yeux justement ; or le temps presse de plus en plus puisque nous sommes déjà à la veille de la Passion. Cette parabole des deux fils va encore plus loin que celle que nous entendions la semaine dernière, celle des ouvriers de la onzième heure ; dans la parabole des ouvriers de la onzième heure, Jésus disait à ses interlocuteurs : vous vous considérez comme des ouvriers de la première heure et vous me trouvez bien indulgent pour les retardataires… Dans la parabole des deux fils, il va jusqu’à remettre en cause leur attitude religieuse : êtes-vous sûrs seulement d’être allés travailler à ma vigne ?
    Etes-vous vraiment soucieux de vous conformer à la volonté du Père ?
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    Note
    1 – L’acclamation « Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! » est une citation du Psaume 117/118, 26


  • Homélie du dimanche 1er octobre

    Dimanche 1er octobre 2017
    26éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre du prophète Ezéchiel : 18. 25 à 28 :” Parce qu’il a ouvert le yeux et s’est détourné de sa faute, il vivra.”
    Psaume 24 :”Oublie les révoltes, le péché de ma jeunesse. Dans ton amour, ne m’oublie pas.”
    Lettre de saint Paul aux Philippiens : 2. 1 à 11 :”Ayez entre vous les mêmes dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus.”
    Evangile selon saint Matthieu : 21 28 à 32 :”Lequel des deux a fait la volonté du père ?”
    ***
    Le Christ a choisi, volontairement et par amour de son Père du ciel et de ses frères les hommes, un chemin d’humilité, d’humiliation jusqu’à la croix, et c’est ainsi qu’il est le Seigneur. A chacun d’entre nous, sur le même chemin d’humanité, il nous est demandé d’avoir et de vivre les mêmes dispositions dans le Christ Jésus. (Saint Paul aux Philippiens).
    IL EST TOUJOURS TEMPS DE SE CONVERTIR.
    Plus préoccupés de nous-mêmes, peu préoccupés souvent de nos frères, et parfois même de Dieu, il nous est demandé de refuser ce comportement. Car ce ne sont pas ceux qui disent “Seigneur, Seigneur !” qui sont agréables à Dieu, mais ceux qui font la volonté du Père. Ces paroles que le Christ a proclamées (Matthieu 7. 21), il les redit d’une autre manière dans la parabole des deux fils.
    Par elle, Jésus voulait ouvrir les yeux des juifs pour leur faire comprendre que leur enfermement dans leur fausse justice et dans leurs certitudes, est un refus du Royaume de Dieu. Ils croient dire “oui” à Dieu. En fait, ils le refusent. N’en est-il pas ainsi de nous-mêmes parfois, … souvent.
    Mais il est toujours temps de se convertir. Par contre si les Juifs demeurent figés dans leur obstination, ils s’excluront du Royaume :”Le Royaume de Dieu vous sera retiré pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits.” (Matthieu 21. 43)
    Et comme exemple de conversion, Jésus propose les situations extrêmes : les publicains et les prostituées. Dans un premier temps, ils ont dit “non” au Royaume et à l’Alliance par leur incapacité ou leur manque de goût d’en suivre les exigences, mais ils restent suffisamment disponibles pour accueillir les signes de Dieu. Alors ils se mettent en route vers le Royaume. Peu à peu, ils apprennent à dire “oui”.
    Et nous, apprenons-nous aussi à dire “oui” … « Je ne veux pas … Pris de remords, il y alla. » (Matthieu 21. 29)
    ILLUSION ET FAUSSE MODESTIE
    Il est clair que le “oui” dit à Dieu ne se réalise pas du jour au lendemain. Il est l’objet d’un apprentissage, d’un cheminement, d’une conversion, d’une ascèse. En avertissant ses auditeurs du danger d’illusion sur leur propre justice et de l’hypocrisie à se comparer à ceux dont le comportement serait moins honorable, Jésus nous met, nous aussi, en garde contre les risques d’illusion et d’hypocrisie.
    Il nous convient mieux de nous ranger plutôt dans la catégorie des pécheurs. Il ne s’agit pas pour autant de se considérer comme les plus misérables des pécheurs ou les plus indignes du Royaume de Dieu, par goût morbide de la culpabilité ou de la fausse modestie.
    Se culpabiliser, c’est se replier sur soi. Se reconnaître pécheur, c’est se situer humblement devant Dieu.
    C’est une attitude positive parce que c’est se confier en sa miséricorde, en attendre le pardon et rendre possible l’ouverture d’un chemin de salut dans une relation où Dieu, par son Amour, par sa tendresse comme dit le psaume, restaure sa dignité de fils à son enfant égaré (Voir aussi la parabole de l’enfant prodigue au moment où son père le reçoit.)
    JAMAIS ACQUIS
    A partir de cette attitude vécue dans la foi, tout change et s’éclaire. Le pécheur pardonné mesure ses limites et sa faiblesse, mais il sait qu’il n’est pas seul sur la route. Il sait que si la purification de son désir d’exister comme un être libre est une oeuvre de longue haleine, faite de reprises incessantes. Il sait aussi qu’il trouvera toujours les signes de la patience et de la fidélité d’un Dieu qui l’accompagne.
    C’est ainsi toujours dans les rencontres de Jésus avec les pécheurs. Nombreuses sont les pages lumineuses de l’Evangile : la rencontre de Zachée (Luc 9. 1 à 10), celle de la Samaritaine (Jean 4. 1 à 42), de la femme adultère (Jean 8. 1 à 11) de l’onction de Béthanie (Jean 12. 1 à 11)… et les paraboles de la brebis perdue (Luc 15. 2 à 7) et du fils prodigue (Luc 15. 11 à 32)
    Autant de rencontres où l’on vérifie que la rencontre avec le Christ, dans la vérité, inaugure un chemin nouveau, un “oui” initial qui aura, certes, à se confirmer dans la durée d’une histoire, mais qui est le “oui” de la reconnaissance d’une espérance et d’un avenir.
    Penser que l’on a dit “oui” au Royaume une fois pour toute est un aveuglement. Une prétention orgueilleuse de nos propres forces humaines. Il nous faut le temps de toute notre vie pour apprendre à dire “oui”. Le « oui » de Dieu, lui, est fidèle et ne se dément jamais. L’important est de le rencontrer dans l’aujourd’hui de notre histoire.
    ***
    “Que cette Eucharistie, Seigneur, renouvelle nos esprits et nos corps….” cette prière nous avons à la vivre en effet au quotidien. (prière après la communion)


vendredi 22 septembre 2017

  • Le synode 2018 se prépare aussi à Rome !

    Des échos du séminaire international sur la situation des jeunes qui vient de se dérouler à Rome par Charles Callens et Sœur Nathalie Becquart, du Site des acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations (SNEJV). Du 11 au 15 septembre s’est tenu à Rome un séminaire international sur la condition des jeunes pour préparer le synode d’octobre 2018. Outre des universitaires et des acteurs de la pastorale des jeunes, le Vatican avait convié vingt jeunes de par le monde, parmi lesquels Charles Callens, 26 ans, chargé de mission à la conférence des évêques de France.

    Charles, qu’est-ce qui vous a le plus surpris en arrivant à ce séminaire ?
    Certainement d’être le seul jeune francophone ! En effet, le Secrétariat général du synode avait fait le choix judicieux de diversifier au maximum les horizons géographiques des jeunes invités : Syrie, Ukraine, Israël, Pologne, Nigéria, Brésil, Autriche, Royaume-Uni, Mexique, Italie, Argentine, Australie, Pays-Bas, Jamaïque, Philippines, Dubaï… Cela m’a donc permis de goûter à l’universalité de l’Église, mais aussi de prendre conscience que ma parole n’engageait pas que moi mais devait dans la mesure du possible représenter les jeunes francophones dans leur diversité.
    En quoi consistait ce séminaire ?
    Ce séminaire avait pour but d’aider les rédacteurs de l’Instrumentum Laboris, c’est-à-dire le document de travail des pères synodaux qui se réuniront en octobre 2018. Cette démarche vient donc compléter celle des conférences épiscopales qui enverront dans quelques semaines leurs synthèses, et la consultation en ligne des jeunes du monde entier qui sont invités à répondre à un questionnaire avant le 30 novembre prochain. Le séminaire a tâché de présenter la jeunesse à travers des thématiques transversales telles que l’identité (avec une intervention remarquée du recteur de l’Institut catholique de Paris, Mgr Philippe Bordeyne), le travail, l’engagement social et politique, la technologie…
    Quelle place pour la parole des jeunes durant ce séminaire ?
    Si le séminaire se voulait universitaire, nous avons obtenu que les conférences soient systématiquement suivies de temps de débat durant lesquels la parole était prioritairement donnée aux jeunes. Nous avons également joué un rôle important dans nos groupes de travail quotidiens où nous avons pu faire émerger des propositions très concrètes pour que le prochain synode ne soit pas un rendez-vous manqué avec la jeunesse. Ainsi, lorsque j’ai pris la parole en séance plénière pour faire part des réflexions engagées par le groupe de travail francophone, j’ai évoqué la possibilité que des jeunes soient impliqués dans la communication numérique autour du synode, et l’importance de réfléchir dès à présent aux interactions qui pourront avoir lieu entre les pères synodaux et les jeunes durant le synode. Ces propositions ont été reprises par le Cardinal Baldisseri lors de son allocution conclusive, preuve s’il en fallait que notre parole a été entendue ! Enfin, de manière spontanée et informelle, avec les vingt jeunes présents nous nous sommes retrouvés le temps d’une soirée pour réaliser une vidéo que nous avons pu présenter à l’ensemble des participants le dernier jour : ce séminaire fut donc une réelle expérience synodale où chacun a pu s’exprimer, se mettre à l’écoute de l’autre et repartir plein d’espérance quant aux nombreux fruits que portera le synode sur les jeunes.
     

    Témoignage de Sr Nathalie Becquart, xavière, directrice du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations à la CEF
    82 personnes des cinq continents – 52 européens, 18 américains, 7 asiatiques, 4 africains, 1 australien – ont participé à l’initiative qui avait lieu en préparation à la XVe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques prévue en octobre 2018, sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Parmi ces hôtes : 21 jeunes, 17 experts d’universités ecclésiastiques, 15 experts d’autres universités, 20 formateurs de pastorale des jeunes et des vocations, 9 représentants d’organismes du Saint-Siège. Dans son bilan final, le Secrétariat général du Synode souligne que « Les jeunes souhaitent trouver dans l’Église « une maison, une famille et une communauté » et que l’Église entend « se laisser stimuler par eux » en vue d’un renouveau missionnaire ».
    Il s’est vraiment passé quelque chose cette semaine et je crois que l’Esprit a soufflé sur la préparation du synode, notamment grâce aux jeunes présents qui n’ont pas hésité à s’exprimer avec force et à partager leurs attentes pour faire bouger l’Église. J’ai été frappée et touchée par leur simplicité, leur énergie, leur liberté de parole, leur désir de s’impliquer dans cette préparation synodale et d’exprimer ce qui leur tient à cœur pour que l’Église soit davantage missionnaire auprès des jeunes. Ce fut une grande joie d’être avec eux, de les écouter, d’échanger sur leur vision et leur expérience de foi, leurs souhaits pour l’Église. Ils ont vraiment pris leur place et ont largement contribué à la réflexion. En France, aux JMJ ou à Rome lors de ce séminaire, j’expérimente combien beaucoup de jeunes catholiques ont un grand zéle missionnaire et sont un moteur pour l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui tel qu’il est avec sa complexité, ses opportunités et ses défis. Quand l’Église leur fait confiance et marche avec eux dans une dynamique intergénérationnelle, elle reçoit élan et dynamisme missionnaire. Les jeunes sont des acteurs clés de la construction de ce monde en pleine mutation mais aussi de la réforme de l’Église telle que la promeut le Pape François. C’est pourquoi le Pape François les invite sans cesse à ne pas rester dans leur canapé mais à oser s’engager pour construire un monde meilleur. Nous avons aussi perçu que beaucoup de jeunes aujourd’hui sont traversés par des questions d’identité (affective, sexuelle, culturelle, religieuse…) et se demandent qui suis-je ? Quel cap pour ma vie ? Ils ont besoin de guides, d’accompagnateurs, qui les accueille et les écoute sans jugement, les éclaire et leurs donnent des repères.
    Cette rencontre dans un climat studieux et fraternel, a donc été riche et stimulante. Nous avons vécu une très belle expérience d’Église dans un esprit très synodal fait d’écoute réciproque, de dialogue et d’échange, de recherche commune. Nous avons eu des interventions de très bonne qualité par des universitaires de tous les continents sur différents sujets touchant à la vie des jeunes. Mais aussi plusieurs longues séquences de travail de groupe qui m’ont marquée. Dans notre groupe francophone de 10 personnes venues de France, Belgique, Italie, Canada, Haïti et Congo, dont plusieurs membres de la Curie, nous avons eu des échanges riches et constructifs dans un climat de confiance favorisant les partages. J’ai beaucoup échangé avec les jeunes présents, les autres experts, mais aussi les membres du Secrétariat général du Synode qui je pense, ont été assez impressionnés et touchés par ce qui s’est vécu. Dans sa conclusion, le Cardinal Baldisseri a relevé plusieurs propositions faites par les groupes et les jeunes. Nous avons senti que ce séminaire aurait un impact sur la suite de la préparation du synode et le synode lui-même.


mercredi 20 septembre 2017

  • Violences et religions dans les études anglo-saxonnes

    Les religions sont-elles impliquées dans les violences commises par les croyants, et si oui comment ? Cette double question a été examinée depuis une quinzaine d’années selon deux axes principaux et antagonistes parmi les auteurs anglo-saxons. Certains défendent que les religions sont porteuses de violence en leur sein, d’autres considèrent que les violences sont d’essence politique. Entre ces extrêmes, la thèse de René Girard faisant de la religion l’antidote à une violence inhérente à toute vie sociale a gagné quelques cercles universitaires. Mais les « girardiens » présents dans le monde anglo-saxon n’ont pas réinvesti la question du lien entre violence et religion et se sont concentrés par exemple sur l’oubli du sacré (Jean-Pierre Dupuy, The Mark of the Sacred, 2013), le rôle du sacrifice dans le judaïsme antique (Sandor Goodhart, Sacrifice, Scripture and Substitution, 2011), ou la place du sacrifice dans les violences politiques (Paul Dumouchel, Mary Baker, The Barren Sacrifice : an Essay on Political Violence, 2015).
    La question du lien entre violences et religions n’est pas une nouveauté dans le monde anglo-saxon, notamment aux États-Unis. Pendant la guerre de Sécession, des motifs religieux ont été invoqués aussi bien par l’Union (qui se présente libérale) que par les confédérés (plutôt conservateurs). Les différentes Églises protestantes vont même se diviser selon cette alternative bien avant les hostilités. Pareillement, les catholiques du sud prennent fait et cause pour la Confédération, tandis que les catholiques du nord, d’abord vus comme des traîtres par les protestants, se rallient à l’Union et défendent l’abolition de l’esclavage. Le
    christianisme ainsi politisé fait figure d’aiguillon dans la guerre totale que mènent les deux camps. Loin d’être un frein aux hostilités, le christianisme s’y est donc impliqué, et cet engagement a marqué l’inconscient nord-américain.
    Un fort courant agnostique voire athée s’est développé dans le monde universitaire anglo-saxon, qui s’est intéressé de prêt au rôle des religions. Les travaux de Robert Pape (Dying to Win, 2005) ont fait date en la matière : analysant tous les actes terroristes commis dans le monde de 1980 à 2003, il s’est interrogé sur leur éventuelle dimension religieuse. Sa conclusion est impressionnante : les actes terroristes sont aussi bien motivés par des raisons religieuses que par des raisons politiques. Pape, qui dirige le Chicago Project on Security and Terrorism, montre donc qu’il n’y a pas de lien nécessaire entre violences et religions. Il a aussi pu révéler que les auteurs de ces violences viennent généralement des classes moyennes, mettant hors-jeu la thèse simpliste d’un lien entre paupérisation et terrorisme.
    L’irruption des forces islamistes imposant au monde entier une violence totale sous couvert d’un djihad qui serait voulu par Allah, notamment depuis les attentats du 11 septembre à New York, a conduit à de multiples prises de positions. L’islam s’est rapidement vu pointé du doigt par de nombreux auteurs (cf. par exemple S. Akhbarzadeh, Islam and Political violence, 2010). L’histoire de Mahomet, prophète et chef de guerre, et la valorisation du djihad réduit à une guerre sainte contre les non-musulmans, reviennent de manière récurrente dans la presse. Tout au long des guerres d’Afghanistan et d’Irak, le thème religieux revient régulièrement. Si Jean-Paul II a rejeté l’appel à la « croisade » lancé par Georges Bush, l’idée que l’islam encourage la violence persiste dans les médias nord-américains. Mais les autres religions ont été elles aussi prises à partie.
    Mark Juergensmeyer (Terror in the Mind of God : the Global Rise of Religious Violence, 2003), qui a été président de l’American Academy of Religion, considère qu’il y a une violence intrinsèque à l’imaginaire religieux, qui fait que les violences à motivations religieuses sont plus intenses que les violences purement politiques. Les religions construisent en effet une frontière entre les croyants et les autres, ouvrant la question du sort de ces derniers. Doivent-ils être convertis de force, éliminés, ou exclus ? Selon Juergensmeyer, les religions, qui aspirent toutes à établir sur terre un monde nouveau, privilégient les croyances à la raison. Elles sont donc conduites irrémédiablement à imposer par la force leur vision aux non-croyants. Juergensmeyer aborde chaque groupe religieux comme un tout sans distinction (les chrétiens, les juifs, les musulmans, les bouddhistes, etc.). Il appuie sa thèse sur les affirmations des terroristes et meurtriers qui se revendiquent de l’une ou l’autre religion, et considère qu’ils sont des croyants représentatifs. Ainsi Baruch Goldstein, le rabbin qui tue 30 musulmans à Hébron en 1994 au nom du judaïsme, le pasteur Paul Hill qui assassine en 1994 le docteur Britten et son garde du corps au nom du christianisme, Beant Singh qui tue Indira Gandhi en 1984 au nom du sikkhisme, etc.
    Hent de Vries (Religion and violence : philosophical perspectives from Kant to Derrida, 2002) reste dans l’esprit de Juergensmeyer et de ses élèves. La déconstruction initiée par Derrida met à nu le caractère violent des religions particulières qui ne peuvent que s’affronter faute de relativiser les spécificités qui les séparent. La raison critique qui transcende les croyances permettrait seule de construire la paix à laquelle
    font obstacles les religions. Dans cette perspective, la théologie deviendrait un outil de la paix. Mais, comme Derrida, Vries oublie que la raison a justifié les pires violences avec le nazisme ou le stalinisme. La référence aux textes fondateurs des grandes religions ainsi que leur histoire est souvent invoquée par les auteurs qui considèrent que les religions sont des sources de violence. La Bible et le Coran sont notamment mentionnés comme œuvres religieuses encourageant la violence et la guerre au nom de Dieu (cf. par exemple M. Juergensmeyer, M. Kitts, M. Jerryson, The Oxford Handbook of Religion and Violence, 2013 ; J. Fine, Political Violence in Judaism, Christianity and Islam, 2015). Et plusieurs auteurs ajoutent l’hindouisme parmi ces écoles de la violence (par exemple S. Clarke, Competing Fundamentalisms : Violent
    Extremism in Christianity, Islam, and Hinduism, 2017).
    Mais cette prise de position est loin de faire l’unanimité, et l’analyse des traditions et des textes religieux conduit même à mettre en cause le lien présupposé entre violence et religion. L’histoire des religions lue hâtivement pourrait sembler confirmer la thèse belliciste. Mais l’examen précis des faits modifie la perspective, comme en témoigne le travail de Karen Armstrong (The Battle for God : Fundamentalism in Judaism, Christianity and Islam, 2000 ; Fields of Blood, 2015). Si les différences religieuses peuvent sembler être des causes de violence, la connexion entre les guerres et les religions est artificielle. Elle joue d’une lecture orientée des textes et des traditions, au profit de la politique. Armstrong soutient que les religions sont en elles-mêmes des acteurs de paix, à condition de rester fidèles à leurs racines spirituelles.
    Le rapport du judaïsme à la violence a retenu l’attention de plusieurs auteurs. Par exemple Bruce Chilton (Abraham’s Curse : the Roots of Violence in Judaism, Christianity, and Islam, 2008) a examiné différentes lectures du chapitre 22 de la Genèse dans les traditions rabbiniques, chrétiennes et musulmanes. L’histoire du sacrifice d’Isaac a très souvent été présentée comme le modèle du martyre, dans les trois religions. Ce qui conduit notamment certains interprètes musulmans à valoriser la violence qui en découle. Mais Chilton avance également que de telles dérives extrémistes se méprennent sur la volonté divine qui ne peut vouloir le sacrifice d’êtres humains.
    Robert Eisen (The Peace and Violence of Judaism : From the Bible to Modern Zionism, 2011) commente des textes de la Bible, de la tradition rabbinique, de la philosophie médiévale, de la Kabbale, et du sionisme du XXe siècle. Il ressort de ses analyses savantes que le judaïsme a toujours entretenu une certaine ambiguïté à l’égard de la violence, tout en privilégiant malgré tout la paix. Le rabbin Jonathan Sacks (Not in God’s Name, 2017) remonte également au texte biblique, notamment au Livre de la Genèse. Il soutient que l’extrémisme religieux repose sur une confusion entre le divin et l’ordre du monde. En particulier, il affirme que dans le judaïsme la violence supposée religieuse prend ses racines dans une interprétation erronée des textes bibliques, et notamment de la foi d’Abraham. Ses conclusions s’étendent évidemment à l’islam qui a hérité de la légende abrahamique.
    Le philosophe musulman Souleymane Bachir Diagne (Islam and Open Society, 2011) rejoint cette perspective pacifiste. Commentant l’œuvre de Muhammad Iqbal, il rejette l’usage de la violence et de la coercition pour promouvoir un islam éclairé : il appelle à une reconstruction de la pensée religieuse en islam qui dépasse les particularismes et l’obscurantisme qui leur est attaché. Parmi les intellectuels chrétiens, l’influence du pasteur Robert McAffee Brown (Religion and Violence, 1987) a perduré. Il fait partie des premiers qui se sont interrogés sur les définitions de la « religion » et de la « violence ». En adoptant une définition sociale et culturelle très large de la notion de religion neutralisant la dimension spirituelle et l’idée même de révélation, Brown a pu déplacer l’ensemble de la problématique. Ses successeurs reprendront ses définitions pour aborder notamment les violences conjugales ou les discriminations misogynes de certaines religions. Mais il n’apporte aucun éclairage sur les violences les plus radicales comme celles des islamistes.
    Beaucoup plus pertinent, William Cavanaugh (The Myth of Religious Violence, 2009) met son immense érudition au service d’une défense des religions (et notamment du catholicisme) auxquelles on attribue des positions souvent caricaturales. Il souligne d’une part l’enracinement historique et culturel des religions, qui ne peuvent jamais être séparées des contextes politiques qui les entourent. Mais il insiste également d’autre part sur la différence intrinsèque entre le religieux et le politico-social. Si historiquement le politique a toujours cherché à assujettir le religieux à ses fins, notamment pour donner aux guerres une justification
    religieuse, inversement l’essence de la religion demeure étrangère aux finalités politiques. La thèse de Cavanaugh a le mérite de distinguer les domaines du politique et du religieux. Elle rend aussi pleinement compte du désir de paix qui anime le catholicisme depuis l’appel de Benoît XV. Mais elle ne concerne que les sociétés sécularisées, et elle ne prend pas en compte les revendications politiques et violentes de certaines mouvances religieuses (juifs ultra-orthodoxes en Israël, islamistes au Mali ou en Irak, nationalistes hindous en Inde, bouddhistes ultra-conservateurs au Sri Lanka et en Birmanie, etc.). Cavanaugh sauve ainsi la religion, et innocente le christianisme, mais le domaine théologico-politique lui échappe.
    Divers chercheurs anglo-saxons ont récemment tenté d’objectiver le lien supposé entre d’une part les crimes et violences perpétrées, et d’autre part les justifications religieuses avancées, notamment chez les islamistes et les extrémistes hindous. Estimant que les textes fondateurs sont toujours l’objet d’interprétations diverses et jouent en réalité un rôle secondaire, ils se sont concentrés sur l’évaluation de la part religieuse dans les conflits et violences actuels. Certains ont même proposé des critères objectifs permettant de mesurer la religiosité des conflits (cf. par exemple Shane Joshua Barter, Ian Zatkin-Osburn, « Shrouded : Islam, War, and Holy War in Southeast Asia », Journal for the Scientific Study of Religion, 2016, p. 187-201). Parmi cette littérature abondante et savante, on retiendra surtout Matthew Isaac qui a étudié la part religieuse présente dans les discours de presque 500 organisations terroristes entre 1970 et 2012. Il conclut que les acteurs de la violence adoptent un discours religieux pour résoudre les défis auxquels ils sont confrontés, notamment pour recruter des membres et les fidéliser (« Sacred violence or strategic faith ? Disentangling the relationship between religion and violence in armed conflict », Journal of Peace Research, 2016, p. 211-225). Ce serait donc la violence qui serait première, et qui chercherait dans la religion des moyens supplémentaires pour poursuivre la guerre.
    Toutefois ces recherches demeurent prudentes dès qu’il s’agit d’aborder la question de l’islam, et leurs auteurs préfèrent, comme leurs prédécesseurs et maîtres, prendre en compte globalement toutes les religions. De tels amalgames contournent les spécificités de la violence islamique. Si des individus ont justifié leurs crimes en recourant au judaïsme (Baruch Goldstein) ou au christianisme (Paul Hill), leurs actions demeurent marginales. Au contraire, les crimes et les violences des personnes qui se justifient en faisant référence à la charia ou à l’islam sont innombrables. Alors que les universitaires anglo-saxons sont
    friands de données quantitatives dans leurs recherches en sciences humaines, cette disproportion demeure peu ou pas interrogée.
    Avec le temps, les deux axes d’interprétation du lien entre violences et religions ont évolué dans les sphères anglo-saxonnes, sans remettre en cause leurs présupposés. Les violences et crimes perpétrés partout dans le monde au nom de l’islam continuent d’être le prétexte à la condamnation de toutes les religions. Celles-ci sont alors lues à travers un prisme déformant tiré de l’islamisme. Les textes fondateurs sont mis au rang du Coran « tombé du ciel », et les obligations religieuses sont présentées comme des alternatives à la charia. La foi est confondue à la soumission des musulmans. Parce qu’elles distinguent entre les croyants formant une communauté de foi qui seuls seraient promis à un avenir eschatologique, et non-croyants qui en seraient exclus, les religions seraient à l’origine des violences les plus intenses et les plus radicales, une conviction qui court de Juergensmeyer à Fine.
    Les intellectuels croyants ont répondu à ces allégations en revenant à la nature profonde de la religion, qui est indissociable de l’herméneutique. Les textes sont toujours interprétés, les dogmes sont construits par des communautés, les religions s’inscrivent dans l’histoire humaine, etc. Le penseur catholique Cavanaugh, le rabbin Sacks, le philosophe musulman Bachir Diagne se rejoignent par leur méthode et leur conclusion : ce n’est pas parce que certains criminels se justifient par une croyance religieuse que les religions doivent être condamnées.
    Vincent Aucante


mardi 19 septembre 2017

  • La rentrée universitaire du Centre Sèvres-Facultés Jésuites de Paris

    Le Père Étienne Grieu, jésuite, docteur en théologie et agrégé de géographie a pris, à la rentrée 2017, la tête du Centre Sèvres-Faculté Jésuites de Paris. Il évoque les enjeux, les programmes et les grandes orientations de l’année 2017-2018. Entretien avec le nouveau président de l’Institut d’enseignement et de recherche de la Compagnie de Jésus.

    Vous avez pris vos nouvelles fonctions de président au sein de l’institution en septembre 2017. Comment vivez-vous cet évènement ?
    J’étais jusqu’à présent doyen de la Faculté de théologie et directeur du 3e cycle. En parallèle de mes fonctions de président, j’ai choisi de continuer l’enseignement. Je préfère ne pas abandonner les cours sur les sacrements, la théologie mariale ou l’Espérance pour rester connecté à la réalité concrète du Centre Sèvres-Faculté Jésuites de Paris.
    Combien d’étudiants poursuivent-ils leur scolarité universitaire au Centre Sèvres ?
    Il accueille trois-cents étudiants du premier au troisième cycle, et dans divers cursus. Deux-mille auditeurs libres s’inscrivent et suivent un ou plusieurs cours de leur choix et n’ont pas d’examens finaux à valider. Les conférences, colloques et tables-rondes animées chaque mardi soir, sont un grand succès puisqu’elles ont attiré 6000 personnes pour l’année universitaire 2016-2017.
    Le nombre d’inscriptions a-t-il progressé pour cette rentrée universitaire ?  
    Nous avons constaté une légère augmentation du nombre d’étudiants dans tous les cycles. Notre politique n’est pas de chercher à recruter des étudiants car nos locaux ont une capacité limitée, et nous avons atteint notre taille optimale. Il faudrait développer un nouveau type de projet si nous voulions augmenter considérablement le nombre d’étudiants.
    Quel est le profil des étudiants ?
    Ce sont principalement des religieux ou des religieuses. Nous sommes un centre dédié au service à la vie religieuse en France et dans le monde entier. Les 90 jésuites qui étudient à Paris viennent de nombreuses provinces différentes. Et 50% de nos étudiants sont étrangers.
    Le Centre Sèvres est une institution mondialement reconnue dans l’étude, la recherche en philosophie et la théologie. On peut même affirmer qu’il s’inscrit dans le réseau mondial des universités jésuites…
    Le Centre situé à Paris, est l’un des cinq grands centres de formation de la Compagnie de Jésus dans le monde avec l’Université pontificale grégorienne à Rome, le Boston college aux États-Unis, l’Institut pontifical de Pune en Inde et l’Université pontificale de Comillas en Espagne.
    Dans le cursus proposé, vous offrez la possibilité de poursuivre un parcours intellectuel basé sur la pédagogie personnalisé…
    Nous finalisons le « chantier » de la pédagogie en essayant de rendre les étudiants acteurs de leur parcours. Nous devons sans cesse nous adapter aux évolutions d’Internet. Le rapport à l’écrit change.
    L’axe principal de l’année est intitulé : « Quelle mission au service de l’Église et de la société ? » Pourquoi ce choix ?
    Un des objectifs du Centre Sèvres est de former des ouvriers apostoliques, des personnes prêtes à devenir des missionnaires, des pasteurs de leur communauté ou des ministres ordonnés. Cela demande une très grande attention aux questions de société et au monde contemporain. Nous prenons en compte les enjeux de société.
    La conférence inaugurale du lundi 18 septembre sur les identités et le métissage soulève de nombreuses problématiques contemporaines…
    La conférence de rentrée, donnée par l’universitaire mexicain, historien et anthropologue, Alfonso Alfaro Barretto, porte sur le thème des identités et du métissage. Les questions de mondialisation, de mobilité des personnes et de phénomène des migrations sont des enjeux importants. Cela amène à approfondir à évoquer les notions de brassages et métissages culturels. Ces identités culturelles co-existent sur un même territoire, ce qui provoquent des rencontres heureuses mais aussi des phénomènes d’angoisse, d’inquiétude et d’insécurité. On se pose aussi des questions d’identité : Qu’est-ce qu’être Français ? Qu’est-ce qu’être chrétien en Europe ?
    Le programme universitaire de l’année aborde les sujets éthiques, culturels et spirituels, pouvez-vous nous indiquer quelques conférences qui mettent en perspective ces enjeux de société ?
    Le thème de la session du premier cycle sera  : « L’utopie, réactiver l’imagination » car nous percevons de manière négative l’utopie. Si nous n’accordons plus de place pour le rêve, l’humanité se dessèchera-t-elle ? La session de rentrée du second cycle portera sur l’eschatologie car ce thème de la fin du monde réapparait dans les films. Il vaut la peine de se demander ce que dit la foi chrétienne à ce sujet.  D’autres thèmes comme : « le populisme et les démocraties », « vivre l’Espérance de Laudato Si » ou « la vérité en philosophie » croiseront ces enjeux contemporains.
    Le Centre d’étude chinois (Département Institut Ricci) a mis en place un cycle de conférences et des cours de mandarin. D’où vient ce fort partenariat ? Pourquoi le pérenniser ?
    Un lien fort uni historiquement les jésuites français et la Chine depuis le 19e siècle. Trois missionnaires jésuites sont toujours installés là-bas et deux d’entre eux voyagent régulièrement entre la France et la Chine. L’Institut Ricci propose des cours de mandarin et une initiation à la culture chinoise avec une série de conférences intitulée : « Chine plurielle ». L’attention de ce cours portera sur les relations entre la Chine et des acteurs puissants comme les États-Unis, le Japon ou la Corée du Sud ou potentiellement puissants comme L’Inde ou l’Afrique. Mais il y a d’autres sujets transversaux à découvrir comme le taoïsme, les routes de la soie ou des approches croisées de méditation spirituelle…


  • Lancement d’une collecte en ligne sur la plateforme Credofunding

    Depuis maintenant 2 ans, l’ensemble des diocèses français est engagé dans un projet de soutien des étudiants réfugiés à Kirkouk. Lancée en 2015, la campagne d’appel aux dons a été renouvelée par les évêques de France lors d’un nouveau vote durant l’Assemblée plénière de novembre 2016.
    Mgr Youssef Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanieh se bat au quotidien pour fournir à ces étudiants un logement, un accès aux soins, une connexion internet ainsi que de quoi se nourrir.
    Au départ ils étaient une centaine d’étudiants pris en charge par Mgr Mirkis. Depuis, le nombre d’étudiants n’a cessé d’augmenter. En cette veille de rentrée universitaire en Irak, ils sont désormais 700 à être accueillis par Mgr Mirkis.
    Afin de poursuivre la récolte de fonds pour le soutien au projet de Mgr Mirkis, la Conférence des évêques de France en partenariat avec l’Œuvre d’Orient (partenaire du projet) lance aujourd’hui une page de don en ligne sur la plateforme Credofunding.
    Cette première phase de collecte doit permettre de récolter 48 000 € d’ici un mois. Cette somme est nécessaire pour permettre la rentrée des nouveaux étudiants. D’autres phases de collectes suivront dans les semaines à venir.

    La page de collecte est disponible à l’adresse suivante : www.credofunding.fr/fr/etudiantsenirak


  • Devenir prêtre autrement

    Depuis 50 ans le Séminaire-GFU (Groupe de Formation Universitaire) offre à des jeunes de toute la France un chemin original de préparation en vue du ministère diocésain. Son supérieur depuis 2015, le père Emmanuel Goulard, prêtre du diocèse d’Albi et sulpicien, présente cette démarche. Propos recueillis par Chantal Joly.
    Vous avez fêté, le 16 septembre dernier, le jubilé du séminaire-GFU. Comment s’est passée cette journée anniversaire ? 
    De belles amitiés ayant perduré, l’invitation s’était transmise d’anciens en anciens. La journée a rassemblé une soixantaine de participants. Parmi eux des gens mariés qui, lors des échanges de l’après-midi, ont témoigné de façon tout à fait pacifiée de la manière dont le GFU les a aidés à s’enraciner dans une vie spirituelle et à servir l’Église. Deux moines de l’abbaye d’En Calcat ont envoyé un message.
    Le matin a été présentée l’histoire du séminaire avec ses évolutions. Une véritable page de la vie de l’Église en France ! Il a en effet été créé en 1967 par un prêtre de la Mission de France dans le dynamisme missionnaire des mouvements d’Action catholique. Puis, à une époque où les petits séminaires se sont fermés au moment de la chute des vocations, il a permis à des jeunes qui n’avaient pas tellement de lieux pour se poser la question de la prêtrise d’avoir à la fois un temps (sept week-end de cours, célébrations, vie communautaire, une session d’été de trois semaines et deux retraites) et un accompagnement spirituel pour ce discernement.
    Vous qui êtes également supérieur du séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux, dans le diocèse de Nanterre. En quoi la démarche spécifique GFU est-elle utile ?
    À Issy-les-Moulineaux, le 1e cycle (ou cycle de philosophie) se fait en deux ans. En GFU, comme les séminaristes ont aussi leur cursus universitaire, ils font l’équivalent de ces deux années en 6 ans. Ensuite, s’ils poursuivent, ils réaliseront les 4 années de théologie dans un grand séminaire avec les autres séminaristes. Cette formule de formation offerte par le GFU permet une variété dans la formation car il n’y a pas la « solution-miracle » qui convienne à tous les candidats ! Je repense à ce séminariste qui a eu besoin de ses 6 années de formation « pour poser son choix ». C’est également important que les prêtres aient des compétences et acquièrent non seulement une culture générale et parfois technique mais également des réflexes pour savoir travailler en équipe ou gérer des conflits. La grande richesse de cette formation est surtout de se former en milieu ouvert. Ces jeunes ne peuvent pas ignorer la réalité d’aujourd’hui ; à savoir que les mondes des croyants et celui des non-croyants s’éloignent. Eux font ce grand écart.

    Quel est le profil des jeunes qui rejoignent le séminaire-GFU ?
    Issus du scoutisme, d’aumôneries et de mouvements charismatiques, ils viennent à la fois de diocèse ruraux (Langres, Auch, Cahors…) et urbains (Strasbourg, Lille, Nanterre…). Certains sont accompagnés par un prêtre de leur diocèse mais d’autres sont issus de familles totalement non-croyantes. Je pense à l’un d’eux qui a découvert l’Église par la série de Canal + Borgia et s’est formé par lui-même. Plusieurs d’entre eux connaissent des réalités familiales compliquées. Quelques-uns sont déjà immergés dans le monde professionnel ; par exemple un infirmier qui doit à l’hôpital cinq années en contrepartie du financement de ses études, mais la majorité poursuit encore des études supérieures (écoles d’ingénieurs, école de médecine, facultés de droit ou de psychologie).  Ces jeunes affrontent donc la double exigence de mener en parallèle un cursus d’études profanes et des études ecclésiastiques (70% de philosophie, introduction à la théologie…), avec parfois des insertions pastorales. Leur défi est de savoir organiser leur temps, de développer leur intériorité alors qu’ils n’ont pas de cloche pour les appeler à l’heure de la prière, d’apprendre l’art de la rencontre à l’heure d’Internet et la durée au siècle du zapping…Et surtout de construire leur unité de vie. Cette exigence est belle et elle est formatrice.
    Quel regard portez-vous sur eux ?
    Leur génération porte les faiblesses et les points forts d’aujourd’hui. Je les trouve extrêmement généreux car ils s’engagent sans avoir de visibilité sur leur ministère à l’horizon de dix à vingt ans. Ils sont extrêmement motivés et il faut l’être pour venir suivre 7 heures de cours du samedi matin au dimanche après-midi, souvent après avoir fini des TP le vendredi soir. Je trouve également assez fort et assez touchant qu’entre les week-ends ils se partagent des nouvelles via les réseaux sociaux. On sent chez eux un fort désir missionnaire. Le Pape François produit son effet. En tant que supérieur des deux séminaires, je suis heureux de travailler tel un jardinier à la pousse de toutes ces vocations. Je vois que l’Église est vivante et que le Seigneur continue d’appeler.

    Quelques chiffres
    Dans les années 70-80, le séminaire-GFU a compté jusqu’à une centaine de jeunes par an, comptant même des groupes régionaux. Au cours des dix dernières années 86 jeunes ont été en formation au GFU, 38 ont arrêté leur formation, 22 continuent leur parcours GFU, 14 poursuivent leur formation dans un grand séminaire, 12 ont été ordonnés prêtres. Actuellement ils sont 17 en formation.

     


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