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jeudi 19 avril 2018

  • L’Enseignement catholique s’invite au Panama pour les JMJ

    Du 19 janvier au 2 février 2019, une cinquantaine de jeunes de l’Enseignement catholique se rendra au Panama à l’occasion des JMJ.
    Jeunes profs, stagiaires, surveillants, infirmières scolaires etc. sont invités à rejoindre la toute première délégation JMJ nationale de l’enseignement catholique. Elle vivra le pèlerinage autour d’un parcours « Foi et Éducation ».
    Pour Joseph Herveau, Responsable national de l’Animation Pastorale du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, en charge de ce projet JMJ,  « quand on parle des jeunes dans l’Enseignement Catholique, on pense souvent aux élèves. On s’est rappelé que les JMJ, c’était pour les 16- 30 ans, ce qui concerne nos jeunes profs, les surveillants, le personnel administratif, à qui on ne propose jamais rien. On a donc lancé le pari un peu fou de partir avec tous les moins de 30 ans présents dans nos institutions. »
    Pour ces Journées Mondiales qui auront lieu en janvier, la délégation française sera composée de jeunes professionnels qui peuvent obtenir des congés en dehors des vacances scolaires. Rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama est primordial pour le secrétariat général de l’Enseignement catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance de « ne pas oublier que les adultes ont besoin d’être nourris, que la société attend beaucoup de l’école, que l’Eglise attend beaucoup de l’Enseignement Catholique. Il est donc nécessaire d’accompagner les jeunes employés dans l’Enseignement Catholique. Ils arrivent avec pleins d’idéaux, une grande générosité qui peut être éteinte par la difficulté du métier. Nous voulons aider les jeunes à vivre leur métier à l’aune de l’Evangile. Leur proposer pour ces JMJ des pistes concrètes de réflexion : comment on éduque nos élèves, comment on accueille leurs erreurs… On veut que l’Evangile soit un moteur pour les aider à exercer leur métier.»
    A l’heure où les jeunes professionnels témoignent de plus en plus d’un désir de concilier vie de Foi et vie professionnelle, l’Enseignement Catholique est un espace qui permet d’avoir une cohérence dans l’expression de ses valeurs. Pour Joseph Herveau, l’accompagnement spirituel de ces personnes qui s’apprêtent à passer une grande partie de leur vie au sein de l’Enseignement Catholique est un enjeu.  Le but de ces JMJ n’est pas seulement de faire voyager une cinquantaine de jeunes mais bel et bien de proposer la création d’une communauté qui pourrait rassembler les jeunes employés de l’Enseignement Catholique autour de réflexions communes, de temps forts etc.
    Expérience importante dans la vie de Foi des jeunes, les JMJ sont souvent perçues comme un tremplin vers de nouveaux projets. Pour les jeunes qui partiront, mais pas seulement : « On espère que ça fera du bien aux jeunes, mais aussi à leur entourage, leur collègues etc… Quand on revient des JMJ,  ça crée une dynamique, un enthousiasme, on a envie de partager, on revient chaud bouillant » se souvient Joseph Herveau en insistant toutefois sur la nécessité « d’être là pour les accompagner, pour ne pas faire retomber cet élan, être avec eux pour voir quels sont leur besoins. En prenant exemple sur le Pré-Synode des jeunes à Rome, nous ne voulons pas partir de ce qu’on pense des jeunes mais vraiment s’appuyer sur leur propre parole, sur ce qu’ils attendent. »
    Grande première donc, dans l’histoire des JMJ en France, que ce groupe de l’Enseignement catholique rejoigne la partie. Pour Joseph Herveau, pas d’inquiétude sur le succès de l’entreprise, la recette est garantie : « On est confiants, la dynamique JMJ est telle que quand on rassemble des jeunes du monde entier, il se passe forcément quelque chose de grand. »

    Rejoindre le groupe JMJ de l’Enseignement catholique : enseignement-catholique.fr/informations-jmj-2019
    Suivre leurs aventures sur Facebook : JMJ 2019 Enseignement catholique
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  • L’Enseignement catholique débarque au Panama pour les JMJ

    Du 19 janvier au 2 février 2019, une cinquantaine de jeunes de l’enseignement catholique se rendra au Panama à l’occasion des JMJ.
    Jeunes profs, stagiaires, surveillants, infirmières scolaires etc. sont invités à rejoindre la toute première délégation JMJ nationale de l’enseignement catholique. Elle vivra le pèlerinage autour d’un parcours « Foi et Éducation ».
    Pour Joseph Herveau, Responsable national de l’Animation Pastorale du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, en charge de ce projet JMJ,  « quand on parle des jeunes dans l’Enseignement Catholique, on pense souvent aux élèves. On s’est rappelé que les JMJ, c’était pour les 16- 30 ans, ce qui concerne nos jeunes profs, les surveillants, le personnel administratif, à qui on ne propose jamais rien. On a donc lancé le pari un peu fou de partir avec tous les moins de 30 ans présents dans nos institutions. »
    Pour ces Journées Mondiales qui auront lieu en janvier, la délégation française sera composée de jeunes professionnels qui peuvent obtenir des congés en dehors des vacances scolaires. L’importance de rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama a toute son importance pour le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance de « ne pas oublier que les adultes ont besoin d’être nourris, que la société attend beaucoup de l’école, que l’Eglise attend beaucoup de l’Enseignement Catholique. Il est donc nécessaire d’accompagner les jeunes employés dans l’Enseignement Catholique. Ils arrivent avec pleins d’idéaux, une grande générosité qui peut être éteinte par la difficulté du métier. Nous voulons aider les jeunes à vivre leur métier à l’aune de l’Evangile. Leur proposer pour ces JMJ des pistes concrètes de réflexion : comment on éduque nos élèves, comment on accueille leurs erreurs… On veut que l’Evangile soit un moteur pour les aider à exercer leur métier.»
    A l’heure où les jeunes professionnels témoignent de plus en plus d’un désir de concilier vie de Foi et vie professionnelle, l’Enseignement Catholique est un espace qui permet d’avoir une cohérence dans l’expression de ses valeurs. Pour Joseph Herveau, l’accompagnement spirituel de ces personnes qui s’apprêtent à passer une grande partie de leur vie au sein de l’Enseignement Catholique est un enjeu.  Le but de ces JMJ n’est pas seulement de faire voyager une cinquantaine de jeunes mais bel et bien de proposer la création d’une communauté qui pourrait rassembler les jeunes employés de l’Enseignement Catholique autour de réflexions communes, de temps forts etc.
    Expérience importante dans la vie de Foi des jeunes, les JMJ sont souvent perçues comme un tremplin vers de nouveaux projets. Pour les jeunes qui partiront, mais pas seulement : « On espère que ça fera du bien aux jeunes, mais aussi à leur entourage, leur collègues etc… Quand on revient des JMJ,  ça crée une dynamique, un enthousiasme, on a envie de partager, on revient chaud bouillant » se souvient Joseph Herveau en insistant toutefois sur la nécessité « d’être là pour les accompagner, pour ne pas faire retomber cet élan, être avec eux pour voir quels sont leur besoins. En prenant exemple sur le Pré-Synode des jeunes à Rome, nous ne voulons pas partir de ce qu’on pense des jeunes mais vraiment s’appuyer sur leur propre parole, sur ce qu’ils attendent. »
    Grande première donc, dans l’histoire des JMJ en France, que ce groupe de l’Enseignement catholique rejoigne la partie. Pour Joseph Herveau, pas d’inquiétude sur le succès de l’entreprise, la recette est garantie :  » On est confiants, la dynamique JMJ est telle que quand on rassemble des jeunes du monde entier, il se passe forcément quelque chose de grand. L’importance de rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama a toute son importance pour le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance. Rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama est primordial pour le secrétariat général de l’enseignement catholique. »

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lundi 16 avril 2018

  • Commentaires du dimanche 22 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 22 avril 2018
    4éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 4, 8 – 12
    En ces jours-là,
    8 Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara :
    « Chefs du peuple et anciens,
    9 nous sommes interrogés aujourd’hui
    pour avoir fait du bien à un infirme,
    et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé.
    10 Sachez-le donc, vous tous,
    ainsi que tout le peuple d’Israël :
    c’est par le nom de Jésus le Nazaréen,
    lui que vous avez crucifié
    mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
    c’est par lui que cet homme
    se trouve là devant vous, bien portant.
    11 Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs,
    mais devenue la pierre d’angle.
    12 En nul autre que lui, il n’y a de salut,
    car, sous le ciel,
    aucun autre nom n’est donné aux hommes,
    qui puisse nous sauver. »

    PIERRE ET JEAN DEVANT LE TRIBUNAL
    Luc prend soin de préciser d’entrée de jeu que Pierre était rempli de l’Esprit Saint quand il fit cette déclaration solennelle devant le Sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal. Cela veut dire premièrement, que ce que dit Pierre est particulièrement important, deuxièmement, qu’il y faut un certain courage ! Ceci se passe après la guérison d’un boiteux au Temple de Jérusalem, près de la Belle Porte : aussitôt après ce miracle, Pierre avait improvisé un discours dans lequel il disait aux Juifs qui l’écoutaient : c’est ce Jésus, crucifié par vous et ressuscité, qui vient d’opérer ce miracle sous vos yeux, par notre intermédiaire, à nous, ses apôtres. Il est vrai que vous n’avez agi que par ignorance, et Jésus lui-même vous a pardonné, à preuve sa phrase sur la croix, « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ; vous n’avez plus qu’à vous convertir à votre tour.
    Ce petit discours en a effectivement converti un certain nombre, mais il n’a pas été du goût de tout le monde ; ce qui se comprend : les mêmes qui ont décidé la mort de Jésus il n’y a pas si longtemps aimeraient bien ne plus jamais en entendre parler ! Luc raconte : « Pierre et Jean parlaient encore au peuple quand les prêtres, le commandant du Temple et les Sadducéens les abordèrent. Ils étaient excédés de les voir instruire le peuple et annoncer, dans le cas de Jésus, la résurrection des morts. Ils les firent appréhender et mettre en prison jusqu’au lendemain, car le soir était déjà venu… Le lendemain, les chefs, les anciens et les scribes qui se trouvaient à Jérusalem s’assemblèrent. Il y avait le grand-prêtre Caïphe, Hanne, Jean, Alexandre et tous les membres des familles de grands prêtres. Ils firent amener Pierre et Jean devant eux et procédèrent à leur interrogatoire : « A quelle puissance ou à quel nom avez-vous eu recours pour faire cela ? »
    Aujourd’hui, nous ne pouvons pas mesurer la gravité de cette question, parce que nous ne sommes plus dans le même contexte, mais Pierre, lui, ne peut pas s’y tromper : dans le cadre de la lutte farouche menée dans tout l’Ancien Testament contre tout ce qui pouvait ressembler à de l’idolâtrie, de la magie, de la sorcellerie, invoquer un autre nom que celui de Dieu revenait à prier un autre Dieu, c’était de l’idolâtrie, et donc cela méritait la lapidation.
    Oui, mais, justement, en invoquant le Nom de Jésus, précisément, Pierre avait conscience d’invoquer le Dieu d’Israël lui-même. Tout le problème est là, et notre texte d’aujourd’hui ne parle que de cela : c’est l’Esprit Saint lui-même qui inspire à Pierre sa réponse : « On nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que le peuple d’Israël : c’est grâce au Nom de Jésus le Nazaréen… En dehors de lui, il n’y a pas de salut. Son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver ». Pierre n’y va pas par quatre chemins ! Il reconnaît avoir invoqué le Nom de Jésus, et, ce qui revient au même, il lui décerne le titre de « sauveur », qui était strictement réservé à Dieu. Les prophètes étaient très fermes là-dessus.
    Par exemple Osée (13, 4 ; 12, 10) : « Et moi, (je suis) le SEIGNEUR ton Dieu, depuis le pays d’Egypte, moi excepté, tu ne connais pas de Dieu, et de sauveur, il n’y en a point sauf moi ». Ou Isaïe : « … Nul autre n’est Dieu, en dehors de moi ; un dieu juste et qui sauve, il n’en est pas, excepté moi » (Is 45, 21).
    LE NOM DE JESUS PEUT SAUVER LES HOMMES
    Première affirmation absolument scandaleuse de Pierre, donc, Jésus est Dieu ; il y en a une deuxième : il dit « Son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » ; à l’infirme lui-même qui tendait la main pour de l’argent, Pierre avait dit « de l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au Nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! » (Ac 3, 6). Pour des oreilles juives, c’était proprement inacceptable : le Nom de Dieu avait bien été révélé au peuple élu, mais il s’interdisait de le prononcer, par respect : parce que l’homme ne peut pas posséder Dieu.
    Voilà des juges bien embarrassés : d’un côté, cet infirme connu de tous, qui a plus de quarante ans, nous dit Luc et dont la guérison spectaculaire n’est pas contestable ; de l’autre ces forcenés qui leur font la leçon sur ce Jésus dont on se croyait débarrassé. Luc raconte : « Ils constataient l’assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu’il s’agissait d’hommes sans instruction et de gens quelconques, ils en étaient étonnés. »
    Ils reconnaissaient en eux des compagnons de Jésus, ils regardaient l’homme qui se tenait près d’eux, guéri, et ils ne trouvaient pas de riposte.
    Alors nos juges ont fait comme on fait toujours en pareil cas, ils ont renvoyé les prévenus et annoncé qu’ils allaient délibérer. C’est encore Luc qui parle : « Qu’allons-nous faire de ces gens-là, se disaient-ils. Ils sont bien les auteurs d’un miracle évident : la chose est manifeste pour toute la population de Jérusalem et nous ne pouvons pas le nier. Néanmoins il faut en limiter les suites parmi le peuple : nous allons donc les menacer pour qu’ils ne mentionnent plus ce nom devant qui que ce soit. Ils les firent alors rappeler et leur interdirent formellement de prononcer ou d’enseigner le nom de Jésus. »
    Mais rien ni personne n’a plus jamais pu faire taire les témoins du Christ. Et cela grâce à la force de l’Esprit Saint.
    Jésus le leur avait bien dit juste au moment de les quitter : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ».
    Dernière remarque : le Nom de Jésus est donné aux hommes, dit Pierre. « Chrétiens », nous portons le nom même du Christ, son Nom nous est confié ; d’où notre responsabilité d’annoncer le salut.
    —————————–
    Complément
    Au passage, Luc cite Jean à côté de Pierre, plusieurs fois, mais Jean ne dit pas un mot ; c’est Pierre qui dirige les événements ; manière de montrer que les apôtres restent unis mais que Pierre est vraiment le chef de l’Eglise naissante. Si Luc y insiste, c’est que peut-être ce n’était pas inutile !

    PSAUME – 117 (118), 1. 8-9. 21-23. 26. 28-29
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR : il est bon !
    Eternel est son amour !
    8 Mieux vaut s’appuyer sur le SEIGNEUR
    que de compter sur les hommes ;
    9 mieux vaut s’appuyer sur le SEIGNEUR
    que de compter sur les puissants !
    21 Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
    tu es pour moi le salut
    22 La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle :
    23 c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
    la merveille devant nos yeux.
    26 Béni soit au nom du SEIGNEUR celui qui vient !
    De la maison du SEIGNEUR, nous vous bénissons !
    28 Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
    mon Dieu, je t’exalte !
    29 Rendez grâce au SEIGNEUR : il est bon !
    Eternel est son amour !

    Le premier et le dernier versets sont exactement identiques : « Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon ! Eternel est son amour ! » Ces deux versets disent toute l’expérience d’Israël, la découverte qu’il a faite, grâce à la révélation par Dieu lui-même de son mystère ; un Dieu d’amour, un Dieu fidèle : il fallait bien la Révélation pour qu’on puisse oser penser une chose pareille !
    Au coeur de la méditation de ce psaume, nous retrouvons encore une fois cette phrase que nous connaissons bien : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux. » Pour commencer, Jésus lui-même a cité cette phrase quelque temps avant sa Passion : ce qui veut dire qu’elle lui paraissait éclairer un aspect de son propre mystère.
    JESUS, PIERRE ANGULAIRE
    Cela se passait au cours d’une de ses discussions avec les grands prêtres et les anciens : il leur avait raconté une parabole, celle qu’on appelle des « vignerons homicides » (Mt 21, 33-46) : « Il était une fois un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour » ; pour les interlocuteurs de Jésus, tous ces détails étaient d’une très grande importance ; ils disaient tout de suite de quelle vigne Jésus voulait parler. Car Isaïe avait employé exactement ces mots-là pour parler du peuple d’Israël. Et le propriétaire représentait Dieu, bien sûr. Dans la parabole d’Isaïe, le propriétaire se plaignait parce que, malgré tous ses soins, cette vigne ne donnait rien. Jésus reprend cette parabole, mais il y ajoute un nouveau chapitre : le propriétaire a confié sa vigne à des vignerons et il est parti en voyage. Ce qui prouve, déjà, qu’il faisait confiance. Quand est arrivé le temps des fruits, il a envoyé ses serviteurs réclamer son dû aux vignerons. Mais les vignerons ont empoigné les serviteurs ; ils ont battu à mort le premier, tué le second, lapidé le troisième ; qu’a fait le maître ? Il a envoyé d’autres serviteurs, plus nombreux, mais ils ont subi le même sort ; finalement, le propriétaire a envoyé son propre Fils ; lui, quand même, les vignerons le respecteraient, pensait-il. Au contraire, les vignerons l’ont tué, lui aussi, justement parce qu’il était le fils et donc l’héritier.
    Comme souvent, à la fin d’une parabole, Jésus pose une question à ses auditeurs : à votre avis, que va faire maintenant le maître de la vigne ? Réponse évidente : il va traiter ces premiers vignerons comme ils le méritent et confier sa vigne à d’autres ; alors Jésus enchaîne : « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR : Quelle merveille à nos yeux. » C’est la citation littérale de notre psaume d’aujourd’hui. Mais Jésus continue : Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. » Cette pierre angulaire est donc à double tranchant, si l’on peut dire : précieuse pour les uns, qui peuvent s’y appuyer, et on parle alors d’oeuvre merveilleuse de Dieu, elle est redoutable pour les autres. En matière de construction, c’est logique : la pierre inutilisée restée sur le chantier devient un obstacle sur lequel on trébuche.
    Les pierres utilisées pour la construction du mur du Temple de Jérusalem sont absolument gigantesques : c’est dire leur solidité, mais aussi le danger qu’elles représentent pour celui qui trébuche dessus.
    CROIRE OU NE PAS CROIRE, TOUT EST LA
    Isaïe, déjà, employait cette image pour parler de Dieu : « C’est le SEIGNEUR, le tout-puissant que vous tiendrez pour saint, c’est lui que vous craindrez, c’est lui que vous redouterez. Il sera (à la fois) un sanctuaire pour vous (c’est-à-dire lieu de protection pour les fidèles) et une pierre que l’on heurte, et un rocher où l’on trébuche… Beaucoup y trébucheront, tomberont, se briseront… » (Is 8, 13-14). Il veut dire par là que Dieu est source de vie pour les croyants, mais que ceux qui le méprisent font leur propre malheur.
    On retrouve là, d’une certaine manière, un thème très habituel de la Bible : il y a deux chemins possibles dans la vie : celui qui nous mène à Dieu et le chemin opposé ; et le propre d’un chemin, c’est qu’il va quelque part si on prend la bonne direction, chaque pas nous rapproche du but ; si on se trompe au carrefour, chaque pas nous éloigne du but ; ceux qui ont accepté de croire en Jésus, qui l’ont « reçu », comme dit l’évangile de Jean, grandissent tous les jours dans la paix, la lumière, la connaissance de Dieu. Ceux qui, au contraire, et par ignorance, tout simplement, ont refusé de croire, sont entraînés dans un aveuglement croissant. Dans le texte des Actes des Apôtres de ce dimanche, par exemple, il est frappant de voir comme les autorités religieuses de Jérusalem s’enferrent et, après avoir liquidé Jésus, ne songent qu’à faire taire ses disciples sans accepter de laisser remettre en question leurs certitudes, même quand les miracles leur crèvent les yeux.
    Pour ceux qui ont accepté de croire, au contraire, tout est devenu lumineux, l’Esprit Saint les a ouverts peu à peu à l’intelligence des Ecritures. Déchiffrant le dessein de Dieu qui se réalise peu à peu dans l’histoire des hommes, ils peuvent dire : « Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon ! Eternel est son amour ! »
    ——————————
    Complément
    Dans les trois évangiles synoptiques qui rapportent la parabole des vignerons homicides, celle-ci est située très peu après l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, celle où toute la foule l’a acclamé comme le Messie, alors que les chefs des prêtres restaient de marbre. Ce sont eux, les humbles qui seront les nouveaux vignerons, eux qui ont su reconnaître le Fils alors que ceux à qui la vigne avait été confiée en premier l’ont tué.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 3, 1 – 2
    Bien-aimés,
    1 voyez quel grand amour nous a donné le Père
    pour que nous soyons appelés enfants de Dieu,
    – et nous le sommes -.
    Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas :
    c’est qu’il n’a pas connu Dieu.
    2 Bien-aimés,
    dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
    mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
    Nous le savons : quand cela sera manifesté,
    nous lui serons semblables
    car nous le verrons tel qu’il est.

    LES DEUX SENS DU MOT MONDE
    Je m’arrête sur la phrase : « Le monde ne peut pas nous connaître ». Pour la comprendre, il faut se souvenir que, pour Jean, le mot « monde » (cosmos en grec) a deux sens : parfois, il vise le monde que Dieu aime de toute éternité et qu’il veut sauver. Parfois, il vise tout ce qui est hostile ou au moins imperméable à Dieu.
    Dans son évangile, par exemple, Jean nous rapporte ce que Jésus a dit à ses disciples le soir du Jeudi Saint à propos du monde : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait ; mais vous n’êtes pas du monde : c’est moi qui vous ai mis à part du monde et voilà pourquoi le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi ; s’ils ont épié ma parole, ils épieront aussi la vôtre. Tout cela, ils vous le feront à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. » (Jn 15, 18-21). Manière de dire : Il n’y a pas de raison que les disciples soient mieux traités que le maître.
    C’est dire les rapports inévitablement très ambigus entre Jésus et le monde, puis entre les Chrétiens et le monde. D’une part, Jésus est venu pour sauver le monde ; et l’Eglise, à son tour, n’a pas d’autre raison d’être que de se mettre au service du monde ; et donc, il faut commencer par aimer le monde. D’autre part, Jésus puis ses disciples sont « à part » du monde et nécessairement méconnus, haïs, persécutés par le monde. Je reprends ces deux points :
    Premièrement, Jésus est venu dans le monde pour le sauver ; le salut consistant à connaître le vrai visage de Dieu ; c’est le sens de la parole de Jésus à Pilate « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Et si Dieu veut sauver le monde, c’est parce qu’il l’aime : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16). Jean, dans la suite de sa première lettre, répète : « Voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4, 9). Et Jésus accepte d’aller jusqu’au bout pour que le monde découvre cet amour du Père ; dans sa prière, le dernier soir, il dit son grand désir : « Que le monde puisse connaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17, 23). Donc Dieu aime le monde et veut son salut ; Jésus aime le monde et veut son salut ; j’ai envie de dire : vous voyez ce qu’il nous reste à faire !
    Saint Augustin disait : « Etends ta charité sur le monde entier, si tu veux aimer le Christ ; parce que les membres du Christ sont étendus sur le monde… Le Christ, lui, aime son corps. »… Et le Père Teilhard de Chardin disait : « On ne convertit que ce qu’on aime. »
    OSER RAMER A CONTRE-COURANT
    Mais, deuxièmement, aimer quelqu’un, on le sait bien, ne veut pas dire être toujours d’accord avec ses agissements ! Aimer le monde consistera justement parfois à oser le contredire. Et le mot « monde », alors, chez Saint Jean, vise certains agissements, ce que Paul appellerait l’attitude d’Adam, la manière de vivre de ceux qui s’éloignent de Dieu.
    « Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu » (Jn 1, 10).
    Et la distance se creuse de plus en plus entre l’Envoyé de Dieu et le monde qui le refuse. Le dernier soir, encore, Jésus a bien prévenu : « Je vous ai dit tout cela afin que vous ne succombiez pas à l’épreuve. On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr aura le sentiment de présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. » (Jn 16, 2-3). Et il continue : « Désormais je ne suis plus dans le monde… ils (les disciples) ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde… » (Jn 17, 11-18). Dans ce sens-là, non pas d’un mépris des hommes, mais du courage de témoigner, Jean a dit un peu plus haut, dans cette lettre que nous lisons aujourd’hui : « N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui, puisque tout ce qui est dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, la confiance orgueilleuse dans les biens – ne vient pas du Père, mais provient du monde. Or le monde passe, lui et sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure à jamais. » (1 Jn 2, 15-17). Et Jésus a dit dans le même sens « En ce monde, vous faites l’expérience de l’adversité, mais soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
    Autrement dit, le jour vient où, enfin, le monde saura, acceptera de croire à l’amour de Dieu, et où les hommes se conduiront en fils de Dieu et en frères les uns des autres. Parce que c’est bien cela le dernier mot de toute l’histoire humaine. Comme dit Paul : « J’estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu… elle garde l’espérance… car elle aura part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 19-21).
    En attendant, il y a ceux qui ont cru en Jésus-Christ et ceux qui, encore, s’y refusent. Comme dit Jean dans le prologue de son évangile : « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Ceux-là, dès maintenant, sont conduits par l’Esprit de Dieu et cet esprit leur apprend à traiter Dieu comme leur Père. « Dieu a envoyé dans nos coeurs l’esprit de son Fils qui crie Abba, Père ! » (Ga 4, 4).
    C’est le sens de l’expression « connaître le Père » chez Saint Jean ; c’est le reconnaître comme notre Père, plein de tendresse et de miséricorde, comme disait déjà l’Ancien Testament. A ceux qui ne le connaissent pas encore, c’est-à-dire qui ne voient pas encore en lui leur Père, il nous appartient de le révéler par notre parole et par nos actes. Alors, quand le Fils de Dieu paraîtra, l’humanité tout entière sera transformée à son image. Oui, vraiment, il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés !

    EVANGILE – selon Saint Jean 10, 11 – 18
    En ce temps-là, Jésus déclara :
    11 « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger,
    qui donne sa vie pour ses brebis.
    12 Le berger mercenaire n’est pas le pasteur,
    les brebis ne sont pas à lui :
    s’il voit venir le loup,
    il abandonne les brebis et s’enfuit ;
    le loup s’en empare et les disperse.
    13 Ce berger n’est qu’un mercenaire,
    et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.
    14 Moi, je suis le bon pasteur ;
    je connais mes brebis,
    et mes brebis me connaissent,
    15 comme le Père me connaît,
    et que je connais le Père ;
    et je donne ma vie pour mes brebis.
    16 J’ai encore d’autres brebis,
    qui ne sont pas de cet enclos :
    celles-là aussi, il faut que je les conduise.
    Elles écouteront ma voix :
    il y aura un seul troupeau
    et un seul pasteur.
    17 Voici pourquoi le Père m’aime :
    parce que je donne ma vie,
    pour la recevoir de nouveau.
    18 Nul ne peut me l’enlever :
    je la donne de moi-même.
    J’ai le pouvoir de la donner,
    j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau :
    voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

    DIEU COMME UN BERGER POUR SON PEUPLE
    Cette comparaison du berger nous parle évidemment moins qu’aux contemporains de Jésus ; elle nous parle d’autant moins que qui dit berger dit troupeau, or nous ne rêvons pas d’être comparés à un troupeau ! Nous ne trouvons pas le terme très flatteur ; mais il faut nous replacer dans le contexte biblique :
    A l’époque biblique, le troupeau était peut-être la seule richesse de son propriétaire ; il n’y a qu’à voir comment le livre de Job décrit l’opulence puis la déchéance de son héros. Cela se chiffre en nombre d’enfants, d’abord, puis en nombre de bêtes, tout de suite après : « Il y avait au pays de Ouç un homme du nom de Job. Il était, cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s’écartait du mal. Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il possédait sept mille moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de boeufs, cinq cents ânesses et une nombreuse domesticité. Cet homme était le plus grand des fils de l’Orient. » Et quand on vient annoncer à Job tous les malheurs qui s’abattent sur lui, cela concerne ses troupeaux et ses enfants.
    Déjà d’Abraham, on disait « Abram était riche en troupeaux, en argent et en or » (Gn 13, 2). Première remarque : si les troupeaux sont considérés comme une richesse, nous pouvons oser penser que Dieu nous considère comme une de ses richesses. Ce qui est quand même une belle audace sur le plan théologique ! Dieu est donc habituellement comparé à un berger, dont le troupeau est le peuple d’Israël ; par exemple : « Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer… » (Ps 22/23).
    « Berger d’Israël, écoute, toi qui conduis ton troupeau, resplendis… » (Ps 79/80).
    Cette image du berger dit la sollicitude de Dieu qui rassemble son peuple ; et, très souvent, ce thème du berger est associé à l’expérience de l’Exode, la libération d’Egypte ; on sait bien que c’est grâce à Dieu, et à lui seul, qu’on peut parler de peuple ! Sans lui, on ne s’en serait jamais sortis. Par exemple, le psaume 94/95 affirme : « Oui, il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main ».
    LE ROI, BERGER A L’IMAGE DE DIEU
    Son troupeau, Dieu le confie à des lieutenants (tenant-lieu) ; dans cette optique, les rois d’Israël sont comparés à leur tour à des bergers ; et toute une idéologie de la royauté va se développer sur ce thème-là : faite à la fois de sollicitude et de fermeté. Car un berger sérieux sait faire preuve des deux : c’est avec le même bâton, son bâton de marcheur, qu’il guide et rassemble les brebis qui ont du mal à suivre, mais aussi qu’il éloigne les indésirables, qu’il sépare les brebis et les boucs… et qu’il chasse les bêtes sauvages qui menacent le troupeau. Et l’on sait bien que, primitivement, le sceptre des rois était un bâton de berger. Vers 1750 av.J.C. le fameux roi Hammourabi de Babylone se comparait déjà, lui aussi, à un berger, et disait « je suis le berger qui sauve et dont le sceptre est juste ».
    Malheureusement, il y a les rêves, l’idéal, et puis la réalité… les rois d’Israël, comme bien d’autres ont trop souvent failli à leur mission, ils ont oublié qu’ils n’étaient que des lieu-tenants de Dieu et ils ont recherché leur propre intérêt et non celui de leur peuple. Au lieu de veiller sur leur troupeau, ils se sont préoccupés d’eux-mêmes, de leur richesse, de leur honneur, de leur grandeur ; et au lieu de faire régner la justice dans le pays, ils ont laissé s’installer l’injustice au profit de l’opulence des uns, au risque de la misère des autres. Les prophètes ont des paroles très dures pour eux : « Malheur aux bergers d’Israël qui se paissent eux-mêmes ! N’est-ce pas le troupeau que les bergers doivent paître ? » (Ez 34, 2).
    LE MESSIE SERA UN BERGER DIGNE DE DIEU
    Mais, à travers ou malgré toutes les déceptions, les croyants ne perdent jamais l’espérance ; puisque le vrai berger d’Israël, c’est Dieu lui-même, et puisque Dieu est fidèle, on sait qu’on est en bonnes mains. Et on attend le roi idéal, celui qui gardera le troupeau au nom de Dieu, qui sera un instrument docile dans la main de Dieu. Par exemple, dans le livre d’Ezéchiel : « Moi-même je ferai paître mon troupeau, moi-même le ferai coucher, dit Dieu. La bête perdue, je la chercherai ; celle qui se sera écartée, je la ferai revenir ; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ; la malade, je la fortifierai. » (Ez 34, 16).
    Donc, quand Jésus s’attribue le titre de Bon Pasteur, cela revient exactement à dire « Je suis le Messie, celui que vous attendiez ; le Sauveur, c’est moi ». D’ailleurs, ses interlocuteurs ne s’y sont pas trompés ; puisque Saint Jean note dans les versets suivants que cette déclaration a provoqué à nouveau la division parmi les Juifs. Les prêtres et les chefs du peuple ont très bien compris derrière les propos de Jésus une attaque à peine déguisée contre eux qui sont les pasteurs en titre du troupeau qui leur a été confié par Dieu. Plus tard, les Chrétiens découvriront ce qu’Ezéchiel ne pouvait pas encore deviner : que, réellement, le Messie serait non seulement un lieu-tenant de Dieu mais le Fils de Dieu lui-même. Son sceptre à lui, c’est sa croix : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 32).
    —————————-
    Compléments
    Jésus (berger donnant librement sa vie) répond bien au portrait du Serviteur dessiné par Isaïe
    Je donne ma vie pour mes brebis
    Jean a retenu avec soin toutes les phrases de son maître qui disaient sa détermination à donner sa vie pour son troupeau : « Je donne ma vie… Personne n’a pu me l’enlever : je la donne de moi-même. » (Jn 10, 18). Jean souligne ici la liberté de Jésus ; la liberté n’est-elle pas le premier attribut d’un roi ? Voilà bien, nous dit Jean, le roi que l’on attendait, non pas le roi que nous présentent les magazines, mais celui qui sera prêt à tout pour sauver son peuple. Décidément, les vues de Dieu ne sont pas les nôtres !
    Jean le notera encore au moment de l’arrestation de Jésus « Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver » ; Jn 18, 4) et, au sein même du récit de la Passion, il note l’attitude souverainement libre de Jésus (19, 28).
    Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur
    Cet horizon est loin d’être atteint, nous ne le savons que trop. Il ne l’était pas non plus lorsque Jean a écrit son évangile et pourtant, il a osé l’affirmer. Depuis la Résurrection, il sait que plus rien ne pourra empêcher ces promesses de Jésus de s’accomplir.


  • Homélie du dimanche 22 avril

    Dimanche 22 avril 2018
    4e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 4. 8 à 12 : «En dehors de lui, il n’y a pas de salut ».
    Psaume 117 « Il est devenu la pierre d’angle. »
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 1 à 12 : « Nous serons semblables à lui. »
    Evangile selon saint Jean . 10. 11 à 18 : «J’ai le pouvoir de donner la vie. »

    ***
    QUI DONC EST-IL POUR NOUS ?
    Malgré leurs apparentes différences, les textes de ce dimanche présentent une unité certaine si nous les lisons à la lumière de la personnalité de Jésus, comme les apôtres veulent en faire pressentir l’infinie richesse aux Juifs et aux premiers chrétiens.
    Ces Juifs attendent le Messie. Certains avaient espéré que Jésus pouvait être l’un des sauveurs de cette période qui connaissait tant de rébellion contre l’occupant romain. Ils sont décontenancés par ce qu’en disent Pierre et les autres disciples : « Il est le seul qui puisse nous sauver ». Or il ne l’a pas fait. Le salut qu’apporte Jésus ne correspond ni à leur espérance libération terrestre ni à la figure du Messie qu’ils ont élaborée au travers des Ecritures.
    Le communauté chrétienne, elle, a approfondi la révélation qu’elle a reçue. Mais ses attentes ont encore besoin d’être élargies, approfondies et purifiées.
    Il en est de même pour nous, dans notre vie et tout au long du déroulement de notre vie. Le Christ semble parfois loin de nos préoccupations immédiates qui souhaitent et attendent la réalisation d’une société plus juste. Saint Jean a besoin de rappeler que l’essentiel n’est pas exactement ce dont nous rêvons humainement parlant : «Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. »
    Il n’hésite pas à reprendre les termes même de Dieu au jour de la création d’Adam et Eve (Genèse 1. 26) « Nous serons semblables à lui. » Non pas en raison de nos propres forces, mais « parce que nous le verrons tel qu’il est. »
    La mission de Jésus est de nous réintroduire dans le « Paradis Perdu », de nous conduire auprès du Père parce qu’il est le berger authentique. Son amour en est la garantie : «Le Père m’aime parce que je donne ma vie … je donne ma vie pour mes brebis. » Il n’y a là aucun appétit de puissance. Il n’y a qu’un débordement d’amour : «Eternel est son amour… mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur. »
    L’oraison qui ouvre la liturgie de ce dimanche est claire dans sa simplicité : «Guide-nous jusqu’au bonheur du ciel. Que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son pasteur est entré victorieux. »
    PAR DELA UNE VISION IMMEDIATE
    Fréquemment, dans l’Ancien Testament, il est dit que Dieu est le berger de son Peuple (Genèse 49. 24 – Jérémie 31. 10 – Michée 7. 14, etc …) Cette comparaison s’enracine dès le début de l’histoire sainte, parce que le peuple choisi était un peuple de bergers nomades qui sont en marche vers la Terre Promise, depuis Abraham et son départ d’Ur en Chaldée, depuis Moïse le berger qui reçoit la révélation au Buisson ardent dans le désert, depuis David le petit berger de Bethléem.
    La parabole du pasteur, pour Jésus, mène plus loin que la reprise de ce thème biblique. Il n’est pas seulement un conducteur de son peuple. Il est plus que cela. Entre le Père et Jésus, la réciprocité d’amour est telle qu’elle devient source de vie, parce qu’en lui, le commandement et la liberté s’identifient l’un à l’autre. « J’ai le pouvoir de l’offrir et j’ai le pouvoir de la donner. Tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. « (Jean 10. 18)
    La Bonne Nouvelle aux yeux de saint Jean (1 Jean 3. 1), c’est que soit étendue à tous les hommes cette connaissance personnelle, parfaite et intime qui existe entre Jésus et son Père, à tous les hommes, même à ceux qui ne sont pas de cette bergerie.
    Si nous transposons cela aujourd’hui, Jésus nous dit pas seulement au peuple des baptisés. Quand l’Eglise actualise pour nous la Bonne Nouvelle par ses sacrements comme en chaque Eucharistie, il atteint tous les hommes, dans le mystère de la grâce : « le sacrifice de toute l’Eglise pour la gloire de Dieu et le salut du monde » disons-nous au moment de l’offertoire.
    UNE VISION D’EGLISE
    L’image de Jésus conne bon pasteur est l’une des plus traditionnelles du christianisme. On la trouve dès les catacombes. Elle concerne à la foi la personne de Jésus et son ministère. Il la réintègre dans le troupeau, avec la tendresse attentive du berger qui, sur ses épaules, ramène à la bergerie la brebis égarée (Matthieu 18. 12). Il lui fait retrouver sa place, lui donne la possibilité de partager à nouveau les mêmes pâturages.
    Si l’on prend l’évangile de Jean dans une vision plus large, l’on peut remarquer que la discours du Bon Pasteur inaugure l’Eglise qui est un peuple rassemblé. Les autres brebis qui ne sont pas de la bergerie doivent pouvoir retrouver l’unité perdue « Un seul baptême, une seule foi, un seul Dieu et Père. »
    Jésus nous conduit à la découverte de la vie partagée avec Dieu. « Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Le monde ne peut pas nous connaître parce qu’il n’a pas découvert Dieu. »
    L’Eglise n’est pas d’abord et seulement un rassemblement d’hommes qui pensent la même chose et partagent les mêmes idées. Elle est essentiellement la communion des hommes qui partagent la vie divine dans le Christ Jésus. Quand ils découvrent Dieu, ils peuvent vivre cette communion.
    UN LIEU D’AMOUR
    Nous ne pouvons pas vivre d’idées, si nobles soient-elles. Nous ne pouvons vivre que de Lui. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie. »
    D’où la richesse du ministère que le Christ remet à ses apôtres. Il leur demande d’être à leur tour des bergers, non pas pour commander, mais pour être de ceux qui, comme lui, conduisent au Père par amour. Il en donne la charge à saint Pierre malgré ses insuffisances et son triple reniement. A ce moment-là, il reprend l’expression de la relation qui existe entre son Père et lui : «M’aimes-tu ? »
    Quand il en a reçu la réponse et la certitude : «Tu sais bien que je t’aime » (Jean 20. 15), il peut lui confie sa mission de médiation : «Pais mon troupeau, pais mes brebis. » Le Christ est l’unique pasteur comme unique est son amour qui réalise en lui la vie trinitaire en un échange éternel et infini du Père et du Fils et de l’Esprit.
    Il confie sa mission au « collège apostolique ». L’Eglise dans cette perspective, n’est pas une société administrativement hiérarchisée comme beaucoup de non-croyants la considèrent, selon un organigramme : le pape, ses services, les évêques, les prêtres, les fidèles.
    Dans la perspective évangélique elle est ce lieu unique où se transmet la Parole et la grâce des sacrements. Elle n’est pas un lieu où s’élabore une religion en y accommodant selon les périodes, des points de vue évolutifs. Elle est essentiellement le lieu de la Vie reçue du Père et du Fils et de l’Esprit. C’est le Bon Pasteur qui la lui transmise.
    ***
    Le Père m’aime parce que je donne ma vie. « Et nous ? Quelle réponse donnons-nous à cette incessante question : M’aimes-tu ? »
    Incessante question à cause de nos faiblesses et de nos reprises. « Malgré notre faiblesse », nous fait dire l’oraison d’ouverture de la liturgie de ce dimanche. Notre réponse doit dépasser une simple déclaration affective, elle nous engage dans cette communion qui fut celle du Christ en son Père.


vendredi 13 avril 2018

  • Panamá lance une campagne internationale pour l’inscription des pèlerins aux JMJ

    Aujourd’hui* a lieu le lancement officiel de la campagne internationale pour l’inscription des pèlerins aux prochaines Journées Mondiale de la Jeunesse – Panama 2019- qui auront lieu du 22 au 27  janvier 2018.
    La vidéo promotionnelle qui invite les jeunes du monde entier à vivre l’expérience JMJ et à participer à cette rencontre avec le Christ a été produite dans les cinq langues officielles (espagnol, anglais, italien, français et portugais) des JMJ.
    L’objectif du Comité d’organisation local (COL) des JMJ de Panama 2019 et d’atteindre les 350 000 pèlerins inscrits. Parmi eux, on attend 70 000 locaux et 280 000 jeunes du reste du monde.
    Du côté français, on compte déjà une délégation de plus de 1200 pèlerins. Les « jeunes pros » de France métropolitaine, mais aussi de Guadeloupe, Martinique, et même de La Réunion se mobilisent dès à présent pour préparer l’évènement qui réunira en janvier prochain des jeunes du monde entier autour du Pape François.
    Les inscriptions sur internet seront ouvertes jusqu’au 17 janvier 2019.
    *À 12h, heure panaméenne


  • La « Jésus Box », un cadeau à recevoir

    Une box catho, pour financer les JMJ de Panama… c’est un pari lancé par trois frangines du diocèse de Meaux, Hélène, Aurore et Perrine.
    Le but est simple. En s’abonnant (20€ la box), on reçoit tous les deux mois chez soi un colis avec des objets faits mains, des prières, des cartes et pleins d’autres surprises. Chaque mois, le thème de la box est différent (coin prière, Jean Paul II …). Les bénéfices de cette initiative servent à financer une partie du voyage de jeunes pèlerins du diocèse de Meaux aux JMJ de Panama.
    Cette box est unique ! Elle est entièrement conçue, fabriquée et emballée avec amour ! Elle est réfléchie et moderne !
    Alors n’hésitez plus ! Abonnez-vous ! En plus d’être étonné chaque mois par son contenu, vous permettez à des jeunes de partir aux JMJ.
    Rencontre avec Hélène, une des conceptrices de cette nouvelle box catho.
    – Qu’est-ce que La Jésus Box ?
    C’est un abonnement bimestriel à une Box catholique. Tous les deux mois, vous pouvez recevoir chez vous, une boite pleine d’objets faits à la main pour éveiller ou faire grandir votre foi autour d’un thème. C’est un nouveau concept : accueillir le Christ jusque dans sa boite aux lettres !
    – Comment est-né le projet ?
    J’adore le concept des Box, à chaque fois, c’est un cadeau à recevoir. Je me suis demandée si ce concept ne pouvait pas marcher avec des objets en rapport avec le Christ. Au lieu de me trouver complètement folle, mes sœurs m’ont suivi dans ce projet. Il nous a permis de récolter des fonds tout en partageant avec les autres une partie de notre foi.
    – Dans quel but avez-vous créé ce projet ?
    Nous sommes trois sœurs désireuses de partir aux JMJ de Panama ! Après celles de Cracovie qui nous ont transformées, nous avons cherché des compagnons de route dans notre pôle de jeunes de Mormant (77). Nous voulions pouvoir les aider financièrement à participer à cet évènement exceptionnel. Tous les bénéfices seront donc reversés pour le départ aux JMJ.
    – Que contient la Jésus Box que l’on reçoit ?
    Chaque mois, vous trouverez 4 objets faits main ou décorés par nos soins, une prière, une carte, une gourmandise, une fiche explicative et d’autres surprises.
    La première Box avait pour thème : « Ton coin-prière ». Nous avons fait appel à nos qualités créatives ou à celles de nos proches. Elle contenait notamment une bible, un dizainier, une bougie et pleins d’autres petites choses à mettre dans son coin-prière.

    En ce qui concerne la deuxième, le thème est « Saint Jean Paul II, initiateur des JMJ ». Elle est en commande actuellement !

    Propos recueillis par Pierre Deveaux, membre de l’équipe nationale des JMJ de Panama

    Pour en savoir plus : http://lajesusbox.wifeo.com

    Pour commander : http://lajesusbox.wifeo.com/service-shop.html

    Partir aux JMJ avec le diocèse de Meaux   : http://jmj.catho77.fr/spip.php?article2526


mercredi 11 avril 2018

  • « Qui peut accepter un geste de mort ? » par Mgr Pierre d’Ornellas

    3 novembre 2017 : Portrait de Mgr Pierre D’ORNELLAS, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo. France.
    Mgr Pierre d’Ornelas, revient sur l’avis favorable qu’a rendu hier le Cese (Conseil économique, social et environnemental) à l’euthanasie à 107 voix pour, 18 contre et 44 abstentions
    Quel monde voulons-nous pour demain ? Voilà la question sérieuse qui nous est posée. Elle exige information, réflexion et compétence honnêtes, et non des opinions les unes à côté des autres. Elle fait appel à une vision partagée de notre avenir commun et de l’être humain dans son existence personnelle et sociale.
    Voilà que le Cese donne un avis où les contraires semblent identiques. Pour lui, développer le soin de telle sorte que chacun vive sa fin de vie de la manière la plus apaisée possible et provoquer délibérément la mort quand le désir en est exprimé, sont à égalité. Donner la mort serait même une attitude « respectueuse ». Comment l’éthique, c’est-à-dire la raison en recherche du juste bien, pourrait-elle faire coexister les contraires ?
    D’ailleurs, si on peut provoquer la mort, la peur des dérives est telle que le Cese répète que ce sera « strictement encadré », alors même qu’il souligne les méfaits de la judiciarisation. Le Cese sait-il que la sédation en soins palliatifs est, elle aussi, encadrée, non par peur mais en raison de la haute noblesse de l’acte de soin ? De fait, l’éthique du soin est cruellement absente de son avis ! On y nomme l’impératif séculaire « tu ne tueras pas » sans en relever la signification qu’y trouve notre raison philosophique pour le bien de tous et de notre vie sociale.
    Et bien non, accompagner jusqu’à la mort naturelle et provoquer la mort ne sont absolument pas identiques.

    Pour un sursaut de conscience

    La valeur du prendre soin de chaque personne jusqu’à sa mort naturelle, en soulageant ses souffrances, et la valeur de la solidarité pour que les moyens soient donnés aux soignants afin qu’ils accomplissent au mieux leur mission, sont éminentes. Choisir ces valeurs, c’est construire une société de confiance et de paix, où l’accompagnement fait d’écoute, de respect, de discernement est honoré en raison de ses compétences et de son humanité riche en compassion. Chaque jour des milliers de soignants le montrent. Souvent aux obsèques, les familles les remercient.
    Par contre, l’euthanasie est un geste de mort. Elle est une défaite. Elle ne peut instrumentaliser la valeur éthique de la compassion. Elle ouvre le cercle vicieux du désespoir et de la culpabilité. Elle n’est pas un soin et ne pourra jamais l’être. La raison reste muette devant elle et cherche à en effacer les traces : elle blesse tellement les consciences qu’elle impose le mensonge. Le Cese a donc eu l’idée de préconiser qu’en cas d’injection létale, il serait écrit sur l’acte de décès que c’est une « mort naturelle », comme cela se fait à l’étranger, est-il pudiquement justifié. Quel crédit accorder à une institution de la République qui voudrait légaliser un tel mensonge ?

    Le suicide assisté est une contradiction. Comment est-il possible de le promouvoir dans notre pays qui se bat contre le suicide et qui punit sévèrement ceux qui y incitent ?

    Notre société a besoin d’un sursaut de conscience pour choisir son futur en le basant sur des valeurs qui nous rassemblent grâce à une nouvelle intelligence collective du soin. Soyons fiers de promouvoir l’accompagnement et la considération pour nos aînés qui vivent de grandes vulnérabilités. Soyons audacieux en demandant à l’État de financer davantage le soin. À l’heure où plus d’un milliard est donné pour l’intelligence artificielle, nous sommes tous en droit d’exiger un même effort pour les soins palliatifs. »
    Tribune parue dans Ouest France le 11 avril 2018


lundi 9 avril 2018

  • « Gaudete et Exsultate » nouvelle exhortation apostolique du Pape François

    Après Evangelii gaudium parue en 2013 et Amoris laetitia en 2016, le Saint Siège a rendu public ce jour la troisième exhortation apostolique du Pape François intitulée « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel.

    Résumé de l’exhortation proposé par la salle de presse du Saint Siège

    1.   « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).
    2.    Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4).
    PREMIER CHAPITRE : L’APPEL À LA SAINTETÉ
    LES SAINTS QUI NOUS ENCOURAGENT ET NOUS ACCOMPAGNENT
    4. Les saints qui sont déjà parvenus en la présence de Dieu gardent avec nous des liens d’amour et de communion.
    LES SAINTS DE LA PORTE D’À COTE
    6.  Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés. Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple.
    7.  J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. La sainteté de la porte d’à côté; la classe moyenne de la sainteté.
    LE SEIGNEUR APPELLE
    11. Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles.
    POUR TOI AUSSI
    14.   Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un   travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels.
    15.   Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté.
    TA MISSION DANS LE CHRIST
    19. Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile.
    21. « La sainteté n’est rien d’autre que la charité pleinement vécue » (Benoit XVI).
    L’ACTIVITÉ QUI SANCTIFIE
    26. Il n’est pas sain d’aimer le silence et de fuir la rencontre avec l’autre, de souhaiter le repos et d’éviter l’activité, de chercher la prière et de mépriser le service.
    29. Cela n’implique pas de déprécier les moments de quiétude, de solitude et de silence devant Dieu. Bien au contraire !
    PLUS VIVANTS, PLUS FRÈRES
    32. N’aie pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie ni la joie. C’est tout le contraire, car tu arriveras à être ce que le Père a pensé quand il t’a créé.
    34. N’aie pas peur de viser plus haut. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. Dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » (Léon Bloy).
    DEUXIÈME CHAPITRE : DEUX ENNEMIS SUBTILS DE LA SAINTETÉ
    LE GNOSTICISME ACTUEL
    Un esprit sans Dieu et sans chair
    38.   En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut.
    39.   Cela peut se produire dans l’Église : prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer.
    Une doctrine sans mystère
    42. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie.
    Les limites de la raison
    45. Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l’Église ont la chance d’une formation plus poussée contre la tentation de nourrir « un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles ».
    LE PELAGIANISME ACTUEL
    Une volonté sans humilité
    49. Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine ; Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux » ( Saint Augustin ).
    Un enseignement de l’Église souvent oublié
    52. L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative.
    Les nouveaux pélagiens
    58. Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme.
    Le résumé de la Loi
    60. « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14).
    TROISIÈME CHAPITRE : À LA LUMIÈRE DU MAÎTRE
    63. “Comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes.
    À CONTRECOURANT
    « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux ».
    69. Cette pauvreté d’esprit est étroitement liée à la “sainte indifférence” que saint Ignace de Loyola proposait, et  par laquelle nous atteignons une merveilleuse liberté intérieure.
    Être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les doux, car ils possèderont la terre ».
    72. « La charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s’étonner de leurs faiblesses » (Sainte Thérèse de Lisieux).
    74.  Réagir avec une humble douceur, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les affligés, car ils seront consolés »
    75.  Le monde nous propose le contraire : Il s’ingénie à fuir les situations où il y a de la souffrance.
    76.  Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés »
    79.    Le mot “justice” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général, nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés. Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».
    80.    Le Catéchisme nous rappelle que cette loi doit être appliquée « dans tous les cas », spécialement quand quelqu’un « est quelquefois affronté à des situations qui rendent le jugement moral moins assuré et la décision difficile ».
    82. Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».
    85.    Les désirs et les décisions les plus profonds, qui nous guident réellement, trouvent leur origine dans les intentions du cœur.
    86.  Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».
    89. Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées.
    Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux ».
    94.   Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges.
    Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté !
    LE GRAND CRITÈRE
    95.   « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me   voir » (Matthieu 25, 35-36).
    Par fidélité au Maître
    98. Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père. C’est cela être chrétien !
    Les idéologies qui mutilent le cœur de l’Évangile
    100.   Je regrette que parfois les idéologies nous conduisent à deux erreurs nuisibles. D’une part, celle des chrétiens qui séparent ces exigences de l’Évangile de leur relation personnelle avec le Seigneur, de l’union intérieure avec lui, de la grâce.
    101.   Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentisme, de communiste, de populiste. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans  la misère
    102.    On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique.
    103.   Il ne s’agit pas d’une invention d’un Pape ou d’un délire passager.
    Le culte qui lui plaît le plus
    107.   Celui qui veut vraiment rendre gloire à Dieu par sa vie, celui qui désire réellement se sanctifier pour que son existence glorifie le Saint, est appelé à se consacrer, à s’employer, et à s’évertuer à essayer de vivre les œuvres de miséricorde.
    108.   Le consumérisme hédoniste peut nous jouer un mauvais tour. La consommation de l’information superficielle et les formes de communication rapide et virtuelle peuvent également être un facteur d’abrutissement qui nous enlève tout notre temps et nous éloigne de la chair souffrante des frères.
    * * *
    109.    La force du témoignage des saints, c’est d’observer les béatitudes et le critère du jugement dernier. Je recommande de nouveau de relire fréquemment ces grands textes bibliques, de se les rappeler, de prier en s’en servant, d’essayer de les faire chair. Ils nous feront du bien, ils nous rendront vraiment heureux.
    QUATRIÈME CHAPITRE : QUELQUES CARACTÉRISTIQUES DE LA SAINTETÉ DANS LE MONDE ACTUEL
    110.   Je ne vais pas m’attarder à expliquer les moyens de sanctification que nous connaissons déjà : les différentes méthodes de prière, les précieux sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, l’offrande de sacrifices, les diverses formes de dévotion, la direction spirituelle, et tant d’autres. Je me référerai uniquement à quelques aspects de l’appel à la sainteté dont j’espère qu’ils résonneront de manière spéciale.
    111.    Elles sont au nombre de cinq, les grandes manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain que je considère d’une importance particulière, vu certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui. Dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel.
    112.   ENDURANCE, PATIENCE ET DOUCEUR
    122. JOIE ET SENS DE L’HUMOUR
    129. AUDACE ET FERVEUR
    140. EN COMMUNAUTÉ
    147. EN PRIÈRE CONSTANTE
    CINQUIÈME CHAPITRE : COMBAT, VIGILANCE ET DISCERNEMENT
    158.   La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Évangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie.
    LE COMBAT ET LA VIGILANCE
    159.   Il ne s’agit pas seulement d’un combat contre le monde et la mentalité mondaine qui nous trompe, nous abrutit et fait de nous des médiocres dépourvus d’engagement et sans joie. Il ne se réduit pas non plus à une lutte contre sa propre fragilité et contre ses propres inclinations. C’est aussi une lutte permanente contre le diable. Jésus lui-même fête nos victoires.
    Plus qu’un mythe
    161.   Ne pensons donc pas que c’est un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée. Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour détruire notre vie, nos familles et nos communautés.
    Éveilles et confiants
    162.   Notre chemin vers la sainteté est aussi une lutte constante. Celui qui ne veut pas le reconnaître se trouvera exposé à l’échec ou à la médiocrité. Nous avons pour le combat les armes puissantes que le Seigneur nous donne : la foi qui s’exprime dans la prière, la méditation de la parole de Dieu, la célébration de la Messe, l’adoration eucharistique, la réconciliation sacramentelle, les œuvres de charité, la vie communautaire et l’engagement missionnaire.
    La corruption spirituelle
    164. « Ne nous endormons pas ». Car ceux qui ont le sentiment qu’ils ne commettent pas de fautes graves contre la Loi de Dieu peuvent tomber dans une sorte d’étourdissement ou de torpeur.
    LE DISCERNEMENT
    166.   Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle.
    Une nécessité impérieuse
    167.     Tout le monde, mais spécialement les jeunes, est exposé à un zapping constant. Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment.
    Toujours à la lumière du Seigneur
    169. Le discernement n’est pas seulement nécessaire pour les moments extraordinaires, ou quand il faut résoudre de graves problèmes. Nous en avons toujours besoin pour être disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce. Souvent cela se joue dans les petites choses.
    Un don surnaturel
    171.   Même si le Seigneur nous parle de manières variées, dans notre travail, à travers les autres et à tout moment, il n’est pas possible de se passer du silence de la prière attentive pour mieux percevoir ce langage, pour interpréter la signification réelle des inspirations.
    Parle, Seigneur
    172.    Seul celui qui est disposé à écouter possède la liberté pour renoncer à son propre point de vue partiel ou insuffisant, à ses habitudes, à ses schémas.
    173.   Il ne s’agit pas d’appliquer des recettes ni de répéter le passé
    La logique du don et de la croix
    175.   Mais il faut demander à l’Esprit Saint de nous délivrer et d’expulser cette peur qui nous porte à lui interdire d’entrer dans certains domaines de notre vie. Cela nous fait voir que le discernement n’est pas une autoanalyse intimiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de nous-mêmes.
    * * *
    176.   Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces réflexions, car elle a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Il suffit de chuchoter encore et encore : “Je vous salue Marie…’’.
    177.   J’espère que ces pages seront utiles pour que toute l’Église se consacre à promouvoir le désir de la sainteté. Demandons à l’Esprit Saint d’infuser en nous un intense désir d’être saint pour la plus grande gloire de Dieu et aidons-nous les uns les autres dans cet effort. Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever.


  • Commentaires du dimanche 15 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 15 avril 2018
    3éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 3, 13… 19
    En ces jours-là, devant tout le peuple,
    Pierre prit la parole :
    « Hommes d’Israël,
    13 le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
    le Dieu de nos pères,
    a glorifié son serviteur Jésus,
    alors que vous, vous l’aviez livré ;
    vous l’aviez renié en présence de Pilate, qui était décidé à le le relâcher,
    vous l’aviez rejeté.
    14 Vous avez renié le Saint et le Juste
    et vous avez demandé
    qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier.
    15 Vous avez tué le Prince de la vie
    lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
    nous en sommes témoins.
    17 D’ailleurs, frères, je sais bien
    que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs.
    18 Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé
    par la bouche de tous les prophètes :
    que le Christ, son Messie, souffrirait.
    19 Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu
    pour que vos péchés soient effacés. »

    LA GUERISON DE L’INFIRME DE LA BELLE PORTE
    Pierre s’adresse à un public juif : « Hommes d’Israël ». Il leur parle comme à des frères, il dit « frères » d’ailleurs, mais en même temps on voit bien qu’il n’est plus tout à fait du même bord, si l’on peut dire ; il est clair qu’il a pris parti pour Jésus-Christ et il s’adresse à ceux qui sont responsables de sa mort, « responsables mais pas coupables », dirait-on aujourd’hui. Ce public auquel il s’adresse est certainement tout ouïe parce qu’il vient d’assister à quelque chose d’extraordinaire :
    nous sommes au Temple de Jérusalem, vers trois heures de l’après-midi, l’heure de la prière. A l’une des portes du Temple, celle qu’on appelle la Belle Porte, un infirme tendait la main aux passants, comme chaque jour, depuis des années ; parmi ces passants, se trouvaient Pierre et Jean ; et Pierre a dit au mendiant « De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche ! » Et, raconte Luc, prenant l’infirme par la main droite, Pierre l’a fait lever ; à l’instant même l’homme a senti ses pieds et ses chevilles s’affermir ; d’un bond, il était debout, lui qui n’avait jamais marché, et il est entré dans le Temple, en marchant, en bondissant plutôt, et en louant Dieu.
    Evidemment, après une chose pareille, les spectateurs sont prêts à écouter les explications. Pierre improvise donc un discours : « Israélites, pourquoi vous étonner de ce qui vient d’arriver ? Et pourquoi nous regardez-vous comme des bêtes curieuses ? Ce n’est ni notre piété personnelle ni notre propre puissance qui ont fait ce miracle… C’est Jésus lui-même qui l’a guéri. » Voilà donc le contexte dans lequel Pierre prend la parole : c’est une véritable plaidoirie ; pour lui, il s’agit de faire franchir à ses interlocuteurs une étape capitale dans la foi ; tous partagent la même foi dans le Dieu des Pères, tous attendent le Messie, tous connaissent les prophéties de l’Ancien Testament ; mais comment les convaincre que ces prophéties concernaient Jésus-Christ ? Au fond Pierre essaie d’ouvrir les yeux des Juifs sur ce qu’on peut appeler une « erreur judiciaire ».
    UNE ERREUR JUDICIAIRE
    L’erreur, d’après Pierre, c’est d’avoir livré à tort un innocent à la justice, d’avoir fait grâcier un meurtrier, Barabbas, et obtenu la peine de mort contre l’innocent, tout cela par ignorance. L’erreur, c’est de n’avoir pas reconnu dans cet homme juste le Messie.
    Jésus lui-même l’a dit sur la croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34).
    Il faut reconnaître qu’il y avait de quoi se tromper ; Jésus de Nazareth ne ressemblait guère au Messie qu’on attendait. Et sa mort même, sa déchéance plaidait contre lui ; sûrement, si Dieu était comme l’on croyait, il lui aurait évité de souffrir…
    Pierre affirme tranquillement « Dieu avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes que son Messie souffrirait ». En fait, on ne trouve nulle part dans l’Ancien Testament une affirmation aussi claire du genre « le Messie de Dieu sera d’abord rejeté, injustement condamné, mais c’est comme cela qu’il sauvera l’humanité » ; on trouve beaucoup d’annonces du Messie sous les traits d’un roi qui libérera son peuple, d’un prêtre qui obtiendra le pardon des péchés, d’un prophète qui apportera le salut de Dieu, d’un Fils de l’homme victorieux de toutes les forces du mal ; mais dans toutes ces annonces, on entend surtout un langage de victoire ; restent les fameux chants du Serviteur et en particulier le chant du Serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe, mais, visiblement, ils n’inspiraient guère les chefs des prêtres à l’époque de Jésus. Bien sûr, après coup, pour ceux qui ont été témoins de la résurrection du Christ, pour ceux dont le coeur a été « ouvert à l’intelligence des Ecritures », comme dit ailleurs Saint Luc, tout est lumineux ; ils relisent les prophéties d’Isaïe et ils redécouvrent ces fameux textes qui présentaient le Messie sous les traits d’un Serviteur innocent mais persécuté et finalement mis à mort avant d’être glorifié par Dieu, et ils les relisent comme une annonce des souffrances et de la glorification de Jésus.
    LE SERVITEUR SOUFFRANT ANNONCE PAR ISAIE
    Le quatrième chant du Serviteur, en particulier, s’applique parfaitement à la Passion du Christ : « Il n’avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions. Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement. En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions frappé par Dieu et humilié… »
    Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche. Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé… Il a été retranché de la terre des vivants…
    Ce texte dit aussi la glorification du Serviteur souffrant : « Voici que mon Serviteur triomphera, il sera haut placé, exalté, élevé à l’extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet, de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées… Sitôt reconnu comme juste, il dispensera la justice, lui, mon Serviteur, au profit des foules… » (Is 53, 2… 11).
    On voit bien l’importance qu’un tel texte a pu prendre pour les premiers Chrétiens dans leur méditation sur le mystère du Christ.
    Et c’est à cette découverte-là que Pierre veut amener les Juifs aux quels il adresse son discours ; et il leur dit « rien n’est jamais perdu ; il est toujours temps de réparer une erreur judiciaire, de réhabiliter un innocent ; et la merveille de la miséricorde de Dieu, c’est qu’elle s’applique à vous, justement, la prière du Christ : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Je sais bien que vous agi dans l’ignorance, vous et vos chefs… Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés ».

    PSAUME – 4, 2. 4. 7. 9
    2 Quand je crie, réponds-moi,
    Dieu, ma justice !
    Toi qui me libères dans la détresse,
    pitié pour moi, écoute ma prière !
    4 Sachez que le SEIGNEUR a mis à part son fidèle
    Le SEIGNEUR entend quand je crie vers lui.
    7 Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
    Sur nous, SEIGNEUR, que s’illumine ton visage !
    9 Dans la paix, moi aussi,
    je me couche et je dors ;
    car tu me donnes d’habiter, SEIGNEUR,
    seul, dans la confiance.

    LE SEIGNEUR ENTEND QUAND JE CRIE VERS LUI
    Il est bien court, ce psaume 4 (qui ne comporte en tout que neuf versets ; nous en lisons trois ici) ; mais il est riche de toute la foi d’Israël, de toute cette longue histoire d’Alliance entre le peuple élu et son Dieu, pendant des siècles. Confiance et supplication mêlées, fierté et bonheur d’être le peuple élu, découverte du Dieu libérateur, tout y est. Premièrement, la prière du peuple d’Israël est faite de confiance et supplication mêlées : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière ! » Et encore : « Le Seigneur entend quand je crie vers lui » (verset 4). Dans toute prière juive, nous trouvons ce mélange d’action de grâce et de supplication ;
    à tel point que le même mot « Hosanna » est employé pour dire à la fois « Seigneur, tu nous sauves, gloire à toi » ET « S’il te plaît, Seigneur, sauve-nous ».
    Un autre psaume dit : « Dieu notre Dieu nous bénit, Que notre Dieu nous bénisse » ! C’est logique : quand on adresse une prière à quelqu’un, on reconnaît implicitement qu’il peut et veut notre bien ; sinon, on ne le prierait pas ! Et quand nos enfants nous demandent quelque chose, nous sommes heureux et fiers, car c’est une preuve de confiance qu’ils nous donnent.
    Le peuple d’Israël ne nous a pas attendus pour savoir que le dessein de Dieu n’est que bienveillant et que sa toute puissance est celle de l’amour. Jésus disant à son Père « Je sais bien que tu m’exauces toujours » était bien un fils d’Israël. Au sein même de cette certitude, la prière peut se faire « cri » parce que la foi la plus pure ne dispense pas de souffrir ; et il y a bien dans nos vies des moments où la détresse nous fait non pas « prier » mais « crier »… C’est l’un des cadeaux de la Bible que de nous révéler qu’il est permis de « crier »…
    Deuxième trait de la foi juive, la fierté, le bonheur d’être le peuple élu, mis à part, consacré. C’est le sens du dernier verset : « Tu me donnes d’habiter, SEIGNEUR, seul, dans la confiance » : en réalité, ici, le mot « seul » veut dire « à part ». « Habiter à part, dans la confiance », en langage biblique, cela signifie qu’on sait où est le vrai bonheur : les étrangers nous demandent « qui nous fera voir le bonheur ? » Eh bien, nous, nous savons où réside le bonheur de l’homme, c’est dans l’Alliance avec notre Dieu.
    Nous avons entendu également : « Le SEIGNEUR a mis à part son fidèle », et le mot « fidèle », en hébreu, c’est le « hassid », le bien-aimé ; et on sait bien que ce choix, cette élection comme on dit, est pur choix de Dieu, inexplicable, immérité, comme tous les choix d’amour… Ce n’est pas une affaire de mérite : on n’oublie jamais cette phrase du Deutéronome : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples… Ce n’est pas parce que tu es juste ou que tu as le coeur droit que tu vas entrer prendre possession de ce bon pays… car tu es un peuple à la nuque raide » (Dt 7, 7 ; 9, 5…7). On n’en tire donc pas orgueil, c’est un fait, tout simplement ; un fait qui nourrit la confiance éperdue qui ne quitte jamais Israël, même dans les situations les plus dramatiques : « Dans la paix, je me couche et je dors ; car tu me donnes d’habiter, Seigneur, à part, dans la confiance » ; source de bonheur et de fierté, cette élection est source aussi de bien des persécutions, au long des siècles ; cette mise à part signifie aussi isolement, incompréhension : inévitablement, « à part » signifie aussi « différent ».
    HABITER DANS LA CONFIANCE
    Enfin, troisième aspect de la prière d’Israël, la découverte du Dieu libérateur. « Toi qui me libères dans la détresse… », ce n’est pas un effet de style, c’est l’expérience qui parle ! Il ne faut pas oublier que la première expérience qu’Israël a faite de Dieu, c’est l’Exode : Dieu a entendu la souffrance des esclaves, des humiliés et il les a libérés de l’Egypte, la maison de servitude, selon l’expression consacrée. Et si Dieu a libéré son peuple de la domination du Pharaon, ce n’est pas pour lui imposer une autre domination, la sienne ; c’est pour lui offrir le bonheur et la liberté ; là, ce psaume consonne très fort encore une fois avec les méditations du livre du Deutéronome ; notre psaume dit : « Tu as versé la joie dans mon coeur plus qu’au temps où débordent le froment et le vin… tu me donnes d’habiter, à part, dans la confiance » et en écho le Deutéronome : « Confiant, Israël se repose ; elle coule à l’écart, la source de Jacob, vers un pays de blé et de vin nouveau, et le ciel même y répand la rosée » (Dt 33, 28).
    Cette expérience du Dieu libérateur n’appartient pas seulement au passé tel qu’il est raconté dans le livre de l’Exode : il y a dans nos vies bien d’autres maisons de servitude et Dieu a été découvert comme celui qui accompagne toute entreprise de libération. « Toi qui me libères dans la détresse… », c’est au présent. Il y a là l’expression d’une véritable expérience de foi : l’homme religieux dit « J’aime Dieu », le croyant dit « Dieu m’aime et me libère ».
    Enfin, il faut entendre cette magnifique formule de bénédiction, « Sur nous, SEIGNEUR, que s’illumine ton visage ! » C’est le souhait le plus cher du croyant pour ceux qu’il aime ; c’est la formule du livre des Nombres « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde, qu’il fasse sur toi rayonner son Visage, que le SEIGNEUR te découvre sa Face, qu’il te prenne en grâce et t’apporte la paix. » (Nb 6, 24-26).

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 2, 1 – 5a
    1 Mes petits enfants,
    je vous écris cela pour que vous évitiez le péché.
    Mais si l’un de nous vient à pécher,
    nous avons un défenseur devant le Père :
    Jésus Christ, le Juste.
    2 c’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés,
    non seulement des nôtres,
    mais encore de ceux du monde entier.
    3 Voici comment nous savons
    que nous le connaissons :
    si nous gardons ses commandements.
    4 Celui qui dit : « Je le connais »,
    et qui ne garde pas ses commandements,
    est un menteur :
    la vérité n’est pas en lui.
    5 Mais en celui qui garde sa parole,
    l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

    TOUS, PECHEURS PARDONNES
    Jean développe ici trois certitudes : premièrement, nous sommes tous pécheurs ; deuxièmement, nous sommes tous des pécheurs pardonnés ; troisièmement, c’est en Jésus que nous sommes pardonnés.
    Premièrement, nous sommes tous pécheurs : même si le péché n’est pas notre sujet de conversation le plus habituel, nous savons bien et nous disons volontiers que « nul n’est parfait » ; si Jean dit : « Mes petits enfants, je vous écris pour que vous évitiez le péché », cela veut bien dire qu’il considère la vie chrétienne comme un combat ; nous sommes tous des êtres partagés, nous avons tous un côté ombre et un côté lumière.
    Et chacun de nous peut dire comme Paul : « Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais » (Rm 7, 15). Isaïe, lui aussi, le grand Isaïe, prenant conscience de la sainteté de Dieu, s’écriait : « Je ne suis qu’un homme aux lèvres impures » (Is 6, 5).
    Et Jean, dans cette même première lettre, constate « le monde tout entier gît sous l’empire du Mauvais » (1 Jn 5, 19). On n’a pas le droit de se voiler la face sur cette vérité-là et de se prendre pour des purs ! Quelques lignes avant le passage d’aujourd’hui, Jean a dit crûment : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8).
    Mais, et voilà la deuxième certitude, la grande nouvelle de la Bible, ce n’est pas que nous sommes pécheurs, c’est que nous sommes pardonnés ; l’annonce de Jésus à tous ceux qu’il rencontre dans les Evangiles, c’est « tes péchés sont pardonnés ». Et le Credo nous fait dire non pas « je crois que nous sommes pécheurs », mais « je crois à la rémission des péchés ». La conclusion de cette lettre, c’est « Je vous ai écrit tout cela pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui avez la foi au nom du Fils de Dieu »… Un des axes de la pédagogie biblique a certainement été de faire passer l’homme du sentiment de culpabilité à l’accueil humble et reconnaissant du pardon de Dieu.
    On en a un exemple dans le psaume 50/51 qui commence par dire « ma faute est toujours devant moi sans relâche » (voilà le sentiment de culpabilité) et qui ajoute « Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait » (là s’amorce le repentir, versets 5-6).
    La véritable attitude pénitentielle, ce n’est pas de faire le compte de nos péchés, c’est d’accueillir le pardon de Dieu qui nous précède toujours. De l’accueil de l’enfant prodigue par le Père à la phrase de Jésus à la femme adultère, l’évangile répète ce que l’Ancien Testament avait déjà dit, à savoir que le pardon de Dieu est toujours offert. Le sentiment de culpabilité nous emprisonne, on peut même dire nous « empoisonne » ; la vérité nous libère : cette vérité, c’est à la fois nous sommes pécheurs, et Dieu est Amour et Pardon, nous sommes pardonnés.
    C’est bien le sens des affirmations de Jean : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8)… « Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité » (1 Jn 1, 9).
    JESUS, NOTRE DEFENSEUR
    Enfin, troisième certitude exprimée par Jean dans le texte d’aujourd’hui, c’est en Jésus que nous sommes pardonnés : « Si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus-Christ, le Juste. Il est la victime offerte pour nos péchés… » L’expression « victime offerte pour nos péchés » n’est pas compréhensible dans notre mentalité d’aujourd’hui. Pour la comprendre, il faut nous reporter à la liturgie juive des contemporains de Jean. Tout au long de l’Ancien Testament, le peuple juif avait conscience d’être pécheur, d’être infidèle à l’Alliance et, pour renouer cette Alliance, il offrait des sacrifices, des victimes, au temple de Jérusalem. Désormais, dit Jean, ce culte-là est révolu ; Jésus s’offre lui-même pour rétablir définitivement l’Alliance entre Dieu et les hommes. Quand Jean, dans son évangile, désigne Jésus comme « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », c’est exactement la même chose.
    Et la lettre aux Hébreux affirme que « Jésus supprime le premier culte pour établir le second » : « En entrant dans le monde, le Christ dit : de sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu. Mais tu m’as façonné un corps. Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t’ont pas plu. Alors j’ai dit me voici… je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté. » (He 10). En Jésus une étape décisive de l’histoire de l’humanité a été franchie : ce n’est plus au Temple de Jérusalem que nous recevons le pardon de Dieu, c’est dans l’union au Christ mort et ressuscité.1 Une union offerte à tous les hommes : « Il est la victime offerte pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux du monde entier. » Jésus l’a précisé lui-même à plusieurs reprises, en particulier dans l’institution de l’Eucharistie : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. » (Mc 14, 24).
    Mais l’expression « victime offerte » peut prêter à contresens ! Si nous relisons bien la lettre aux Hébreux, elle nous dit que, avec Jésus-Christ, cette formule « victime offerte » a complètement changé de sens. Ce n’est pas par des actions que Jésus nous sauve du péché, c’est par son être même : lui qui est sans péché, c’est-à-dire qu’il ne quitte pas la présence du Père, qu’il est sans cesse « tourné vers le Père » (comme dit le Prologue de l’évangile de Jean), c’est-à-dire en perpétuel dialogue d’amour avec Dieu, avec le Père. Il est en même temps auprès de nous pour nous réconforter, nous assister. Jean emploie le mot « Défenseur » pour désigner ce lien désormais tissé entre Dieu et l’humanité : « Nous avons un Défenseur devant le Père ». Comme dit magnifiquement la première prière eucharistique pour la réconciliation, désormais « ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de l’Alliance ».
    —————————
    Note
    1 – De manière imagée, Jean disait la même chose dans l’épisode de la Purification du Temple : lorsque Jésus proclamait « Détruisez ce Temple et en trois jours je le rebâtirai », Jean commentait « Le Temple dont il parlait c’était son corps. »

    EVANGILE – selon Saint Luc 24, 35 – 48
    En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs
    racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons
    35 ce qui s’était passé sur la route,
    et comment le Seigneur
    s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
    36 Comme ils en parlaient encore,
    lui-même fut présent au milieu d’eux,
    et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
    37 Saisis de frayeur et de crainte,
    ils croyaient voir un esprit.
    38 Jésus leur dit :
    « Pourquoi êtes-vous bouleversés ?
    Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre coeur ?
    39 Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi !
    Touchez-moi, regardez :
    un esprit n’a pas de chair ni d’os
    comme vous constatez que j’en ai. »
    40 Après cette parole,
    il leur montra ses mains et ses pieds.
    41 Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire,
    et restaient saisis d’étonnement.
    Jésus leur dit :
    « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
    42 Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
    43 qu’il prit et mangea devant eux.
    44 Puis il leur déclara :
    « Voici les paroles que je vous ai dites
    quand j’étais encore avec vous :
    Il faut que s’accomplisse
    tout ce qui a été écrit à mon sujet
    dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
    45 Alors il ouvrit leur intelligence
    à la compréhension des Ecritures.
    46 Il leur dit :
    « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait,
    qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
    47 et que la conversion serait proclamée en son nom,
    pour le pardon des péchés,
    à toutes les nations,
    en commençant par Jérusalem.
    48 A vous d’en être les témoins. »

    LE PROJET DE DIEU EN MARCHE
    La phrase qui est au coeur de ce texte nous parle d’accomplissement : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. » Le thème de l’accomplissement court dans toute la Bible ; on pourrait comparer Dieu à un artiste qui a conçu une oeuvre d’art : je me rappelle un sculpteur qui a entrepris, il y a quelques années, pour une église, une énorme croix en bronze doré. Dès les premiers croquis, il l’imaginait, il la voyait, et, déjà, elle le remplissait de joie ; il a fallu plusieurs mois, sinon plusieurs années, pour que son rêve devienne réalité : il a fallu aussi des collaborateurs qui lui ont fait confiance puisque lui seul avait le secret de son chef-d’oeuvre ; elle est née, enfin, l’oeuvre, après bien des efforts, des fatigues, la chaleur du four, et tous enfin, ont su à quelle merveille ils avaient collaboré. Après coup, ils peuvent enfin dire « oui, il fallait » bien tout cela pour en arriver là !
    Le dessein bienveillant de Dieu qui se réalise dès « avant la fondation du monde », comme dit Paul, est bien plus grandiose qu’une oeuvre d’art, si belle soit-elle ! Et on peut lire tout au long de la Bible, l’histoire de ce projet en marche : la longue patience de Dieu à travers le temps, les étapes et les débuts de réalisation, les échecs et les recommencements, les collaborations. Dire que le dessein bienveillant de Dieu s’accomplit dans l’Histoire des Hommes, c’est dire que l’Histoire de l’Humanité a un « SENS », c’est-à-dire à la fois une « signification » et une « direction ». C’est un article de notre foi. Ce qui veut dire que nous n’avons jamais le droit de céder à la morosité ambiante ! Les croyants sont tournés vers l’avenir (l’à-venir) et non vers le passé ! Dans le Notre Père, ils disent : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », en d’autres termes, « que s’accomplisse ton projet ».
    DIEU CHERCHE DES COLLABORATEURS
    Comme notre sculpteur, Dieu cherche des partenaires pour son projet : la Bible nous dit que, depuis toujours Dieu propose à l’humanité de collaborer à son grand projet : il y a eu Adam, Noé, Abraham… et le choix du peuple d’Israël pour être le partenaire de Dieu au service de l’humanité tout entière.
    Ce choix de Dieu qu’on appelle l’élection d’Israël reste valable encore aujourd’hui : cette Alliance proposée à Israël n’a jamais été dénoncée par Dieu ! Israël est encore le peuple élu, car « Dieu ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2, 13).
    Puis le Christ a pris chair au sein de ce peuple élu, et enfin, il a transmis la mission à tous ceux qui veulent bien entrer dans son Eglise.
    « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie », dit-il dans l’évangile de Jean (Jn 20, 21).
    Bien sûr, à force de parler de projet de Dieu, on peut se demander ce que devient notre Liberté. Or, l’une des découvertes d’Israël, c’est que Dieu ne tire pas toutes les ficelles, l’homme a une responsabilité dans son histoire ; il n’y a pas un scénario écrit d’avance. Au contraire, Dieu respecte la liberté de l’homme ; et, d’après Saint Pierre, c’est justement parce que Dieu respecte la liberté de l’homme que le projet n’avance pas plus vite !
    « Le Seigneur ne tarde pas à accomplir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. » (2 P 3, 9).
    Quand les croyants relisent les Ecritures, ils y déchiffrent cette longue patience de Dieu.
    Pierre dit encore : « Il y a une chose en tout cas, mes amis que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour » (2 P 3, 8).
    Quand le Christ dit à ses apôtres « Il fallait », il leur apprend justement à reconnaître sous la surface des jours et des millénaires la lente mais sûre maturation de l’humanité nouvelle qui sera un jour réunie en lui. C’est cela « l’intelligence des Ecritures ». Non pas « c’était écrit, programmé » ; mais c’est dans la ligne de l’oeuvre de Dieu. Alors, pour les disciples, tout est devenu lumineux : bien sûr, le Dieu d’amour et de pardon ne pouvait qu’aller jusqu’au bout de l’amour et du pardon ; bien sûr, l’Alliance d’amour parfaite entre Dieu et l’humanité ne pouvait être scellée que dans l’homme-Dieu, celui qui est l’amour même. Bien sûr, pour nous entraîner au-delà de la mort, dans la lumière de la Résurrection, il fallait qu’il traverse lui-même la mort ; bien sûr, pour nous apprendre à surmonter la haine avec la seule force de l’amour, il fallait qu’il affronte lui-même la haine et la dérision ; bien sûr, pour inaugurer l’humanité qui connaît le Père, il fallait qu’il vienne nous révéler le vrai visage de Dieu sur un visage d’homme : « Qui m’a vu a vu le Père » ; ce « il fallait », Jésus lui-même l’a expliqué à Pilate au cours de la Passion (Jn 18, 37) : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité… »
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    Complément
    Notre mission de collaboration au projet de Dieu, c’est d’annoncer à notre tour (et de vivre le mieux possible) le dessein bienveillant de Dieu. C’est ce que Paul appelle « achever dans notre chair ce qui manque à l’oeuvre du Christ ». « Achever dans notre chair » voulant dire tout simplement mettre notre vie quotidienne au service de ce grand projet.
    Voilà la phrase de Paul : « Ce qui manque aux détresses du Christ, je l’achève dans ma chair pour son Corps qui est l’Eglise ; j’en suis devenu le ministre en vertu de la charge que Dieu m’a confiée à votre égard : achever l’annonce de la Parole de Dieu, le mystère tenu caché tout au long des âges et que Dieu a manifesté maintenant à ses saints. Il a voulu leur faire connaître quelles sont les richesses et la gloire de ce mystère parmi vous… » (Col 1, 24-26).


  • Le 9 avril 2018, les catholiques célèbrent l’Annonciation

    L’ange Gabriel annonce à Marie que par l’action de l’Esprit saint elle va enfanter un fils qu’elle appellera Jésus. Cet épisode de l’évangile s’appelle l’Annonciation.
    L’Annonciation à la Vierge Marie est d’abord la fête de l’Incarnation puisque Dieu commence en Marie sa vie humaine qui conduira Jésus jusqu’à la Croix et la Résurrection, jusqu’à la Gloire de Dieu.
    Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc (Lc 1, 26-38)
    L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.
    Habituellement l’Annonciation est célébrée par les catholiques le 25 mars soit neuf mois avant Noël. Lorsque le 25 mars tombe au moment de la Semaine Sainte, elle est célébrée le lundi suivant l’Octave de Pâques. En 2018, le 25 mars étant le dimanche des Rameaux, la fête est reportée au 9 avril.  


  • Homélie du dimanche 15 avril

    Dimanche 15 avril 2018
    3e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 3. 13 à 19 : «Vous avez agi dans l’ignorance. »
    Psaume 4 : « Seigneur, que s’illumine ton visage. »
    Lettre de saint Jean : 1 Je 2. 1 à 5 : «Voici comment nous pouvons savoir que nous le connaissons. »
    Evangile selon saint Luc. 24. 35 à 48 : «Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. »
    ***
    Les textes de ce dimanche doivent être lus selon les termes exacts employés par saint Luc, dans le sens grec de cet auteur qui est grec. C’est ainsi que nous pourrons les méditer et les prier. Sans cela, ils ne nous livrent pas toute leur richesse pour nous-mêmes aujourd’hui qui sommes dans un environnement qui n’ignore pas l’existence de Jésus, mais ne le connaît pas dans l’essentiel de ce qu’il est.
    C’est dans ce sens que nous parlons de mé-connaissance, de non-compréhension de nos contemporains, dans cette réalité qu’ils vivent avec un composite de culture chrétienne et de culture païenne.
    UN SENS ET NON SEULEMENT UN VOCABULAIRE
    Saint Pierre, dans le livre des Actes des Apôtres, dit à ses auditeurs : «Vous avez agi dans l’ignorance » Le terme grec utilisé par saint Luc, a-gnoïan peut bien sûr se traduire par ignorance, mais aussi et de préférence, par mé-connaissance ou non-connaissance. C’est le sens du « a » grec qui est privatif.
    Ce que dit saint Pierre prend alors un sens différence, plus nuancé et donc plus riche, selon que l’on préfère l’une ou l’autre signification que porte en lui le terme grec.
    De même saint Luc,dans son évangile nous souligne la manière d’agir de Jésus lors des deux rencontres du Ressuscité avec ses disciples et ses apôtres, au soir de Pâques. Il leur rend possible la compréhension du passé afin de leur permettre de s’approcher du mystère dont ils sont les témoins immédiats, la Passion et la Résurrection. Ils doivent en être ses témoins devant les hommes. Il faut qu’ils les « connaissent » : « La vie éternelle c’est qu’ils Te connaissent, Toi et celui que tu as envoyé. »
    Sur le chemin d’Emmaüs que nous rappellent les premières lignes de la lecture de ce troisième dimanche (Luc 24. 25 à 27), le Christ leur donne l’intelligence, ou mieux, la connaissance, la façon de penser, en grec « noos », c’est-à-dire une connaissance profonde, intime, qui leur permet de lire à l’intérieur d’une réalité, ici la réalité du Christ en tant que personne et sa vie en tant que déroulement d’événements voulus par Dieu.
    Quand il leur dit « sans intelligence, lents à croire », ce n’est pas un reproche qui leur adresse. C’est une constatation. Il leur explique les Ecritures depuis Moïse jusqu’aux prophètes, comme les trois apôtres l’avaient entrevu à la Transfiguration. Il les invite à aller au-delà de leurs vues immédiates. Il les ouvre à ce qui est « hermétique » soit par mé-connaissance, soit par « lenteur de cœur. » (Luc 24. 25)
    A leur retour, quelques heures plus tard, c’est aux apôtres réunis que le Christ apporte cette même connaissance de l’Ecriture en « leur ouvrant l’intelligence pour la comprendre. » Pour cela, il leur demande de se remémorer, de repasser dans leur mémoire, ce qu’ils ont vécu ensemble, c’est-à-dire la réalité de son incarnation, les faits et gestes qu’il a partagés avec eux. Pour cela, il mange devant eux, devant et non pas avec eux.
    C’est un « regard » qu’il leur demande de porter et non un amical partage. « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché. » (1 Jean 1. 1)
    Il leur demande aussi de reprendre tout ce qu’il leur a dit. Non pas seulement un souvenir, mais une reprise du sens par un approfondissement et par une mise en synthèse et en corrélation des éléments de sa personnalité humano-divine, découverts jour après jour. « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais avec vous. » Il leur donne ainsi la signification de la Loi de Moïse, des prophètes et des psaumes, non comme connaissance de textes, mais une connaissance de ce qu’il est. Ils ont à découvrir et à approfondir ce qu’il est et ce qu’il a vécu : le pardon et la réconciliation. En un mot, il est l’Alliance pour toutes les nations.
    Après la guérison d’un paralysé à la porte du Temple, Pierre développera le même schéma pour commenter le fait miraculeux. L’étonnement des personnes présentes est grand d’avoir entendu « Au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche. » Comme le Christ l’a fait pour lui et les apôtres au soir de Pâques, Pierre reprend les étapes de la révélation qui conduit au Christ. « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos Pères a donné sa gloire à son serviteur Jésus… Il avait annoncé que le Messie souffrirait… Revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. » (Actes 3. 13 et ss)
    Les agents de la Passion, Judas, les chefs juifs, Pilate, les soldats romains ne sont pas les jouets d’une puissance occulte et machiavélique. Ils sont appelés à la conversion : « Vous étiez dans l’ignorance ». (Actes 3. 17) La résurrection en donne le sens. « Dieu a donné sa gloire. » La résurrection transmet une bonne nouvelle puisqu’elle est la réponse de Dieu au mal qu’entraîne le péché. Et cette réponse, c’est la Vie.
    L’INDISPENSABLE RELECTURE
    A notre tour, il nous faut lire et entendre avec précision ces paroles de Jésus : « Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire. » Elles nous introduisent dans le mystère et nous avons à les reprendre comme saint Pierre, saint Luc ou saint Paul. Ce scandale de la croix qui est sagesse de Dieu exprime la pensée et la pédagogie de Dieu.
    Comment en effet reconnaître que le Messie doit souffrir et être mis à mort, alors qu’on attend de lui la cessation de nos maux et la gloire d’un royaume terrestre rétabli ? Quand il est assumé par Dieu, le mal qui est vécu par tous les hommes, se retourne et prend une autre direction.
    Il nous faut lire et entendre avec précision. C’est indispensable pour que cesse toute ambiguïté. L’invitation à la foi ne doit pas être confondue avec la provocation à l’absurde.
    Le détour par la croix, pour qu’arrive la gloire de Dieu, est peut-être surprenant. Il n’est pas un changement de la part de Dieu. Il n’est pas un échec de Dieu. Dieu assume toutes les limites et toutes les conséquences de la liberté humaine. C’est par rapport à notre conception de la « puissance » que nous pensons que le détour par la croix est un échec.
    Mais, si nous lisons la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes selon le sens divin de la Bible, nous y voyons clairement s’inscrire la figure du Juste persécuté et du Serviteur souffrant (Isaïe 50). L’offrande comme source de bénédiction, la pensée de la mort consentie comme chemin de vie, se trouvent maintes et maintes fois exprimées dans l’Ecriture. C’est par l’offrande de la vie que naît l’enfant, c’est par elle que grandit pour chacun de nous, l’amour que lui portent sa mère et ses parents.
    En Jésus, tout cela est porté à sa perfection, tout est « accompli » Le « il fallait » est significatif de l’adéquation de la vie de Jésus à la réalité humaine en même temps qu’à la réalité du Christ, annoncée au travers des révélations messianiques. (Philippiens 2. 6 à 11)
    C’est en puisant dans sa propre histoire que le Peuple de Dieu peut découvrir la fécondité surprenante de l’œuvre de Dieu en Jésus le Christ.
    De même, c’est en relisant notre propre histoire que nous découvrons l’œuvre de Dieu et la réponse réelle que nous avons encore à lui donner : une lente et progressive purification, à renouveler et reprendre sans cesse, jusqu’au jour de sa Gloire.
    POUR QUE L’HOMME RENCONTRE DIEU
    Dans son extrême dénuement, le Christ a dit « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » « Vous étiez dans l’ignorance », reprend saint Pierre.
    Nous n’avons pas la mesure des conséquences lointaines que portent nos actions immédiates. Il y a de la part de tous, une « non-connaissance », une connaissance partielle ou erronée. Notre responsabilité ne vient pas seulement du geste que nous avons posé, mais bien plus de notre absence de volonté à pénétrer le sens profond de ce que nous vivons. Nous en avons la libre possibilité. Refuser de mettre notre liberté au service de la vérité engage notre responsabilité.
    Nous avons à rejoindre la lumière dans sa plénitude. C’est le terme réel de notre vie puisqu’elle nous conduit inéluctablement au seuil de la lumière divine. (1 Jean 1 à 5)
    Il nous faut craindre alors de nous contenter ou de nous satisfaire de notre connaissance partielle des choses de Dieu. « Celui qui dit :’je le connais’ et qui ne garde pas ses commandements est un menteur. La vérité n’est pas en lui. Celui qui garde sa parole dans la vérité possède en lui l’amour de Dieu »… atteint vraiment la perfection de l’amour de Dieu selon d’autres traducteurs qui marquent ainsi la plénitude de l’être même de Dieu que nous pouvons atteindre.
    ***
    Nous ne devons donc ne jamais être satisfait d’une connaissance imparfaite. Dieu attend de nous une recherche inlassable de la Vérité qu’il nous a transmise en Jésus-Christ. C’est cette vérité qui nous rend libre (Jean 8. 32) « Consacre-les dans la Vérité ». (Jean 17. 17)
    Parce qu’il nous faut toujours craindre les certitudes qui sont issues de nos points de vue humains, il nous faut les dépasser dans la foi.« Celui qui fait la vérité vient vers la lumière. » (Jean 3. 21)
    « Il leur ouvrir l’esprit à l’intelligence des Ecritures. »… « Tu es à l’origine d’un si grand bonheur ! Qu’il s’épanouisse en joie éternelle ». (Prière sur les offrandes de ce dimanche)


vendredi 6 avril 2018

  • Pré synode : retour des jeunes français sur cette expérience prophétique

    Rentrés de Rome où ils avaient participé au pré synode avec 300 jeunes du monde entier, les jeunes français ont pris part hier à un temps de rencontre et d’échange à l’occasion d’une journée de formation pour les acteurs de la Pastorale des jeunes et des vocations, organisée par le Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations (SNEJV). Ils ont ainsi remis le document final du pré synode au Conseil pour la pastorale des jeunes représenté par Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux. Retour sur leur expérience synodale.
    « Par la mise en place de cette initiative audacieuse, l’Église a montré sa capacité à rassembler un échantillon de jeunes divers, du monde entier, pour discuter d’enjeux contemporains à partir d’une méthodologie de travail ancrée dans une processus participatif qui pourrait inspirer bien d’autres instances » analyse Sr Nathalie Becquart, directrice du SNEJV et coordinatrice générale du pré synode.
    Camille Tilak a particulièrement apprécié l’accueil qu’elle a reçu, comme jeune non croyante au sein de cette démarche : « J’ai été surprise par la qualité de dialogue, l’échange respectueux. Je me suis vraiment sentie acceptée par tout le monde. Ils ont très bien accueilli le fait d’avoir un avis extérieur parce qu’ils considèrent que c’est important. Je venue avec un esprit de curiosité et parce qu’il est important que nous mettions tous nos idées en commun pour construire quelque chose ensemble. Au pré-synode, j’ai senti que tous les jeunes présents avaient envie de participer à la création de l’histoire et prendre part au changement pour relever les défis de notre société en pleine mutation ».
                    Camille Tilak, jeune diplômée en études européennes, non croyante appelée au pré-synode au   titre de son engagement en politique.
    Eugénie Paris a quant à elle été touchée par la rencontre avec les autres participants, chacun rendant compte de réalités diverses : « Deux points m’ont beaucoup marquée. Entendre d’autres réalités, comme celles de l’Afrique où les jeunes sont plutôt bien intégrés dans les paroisses, m’a énormément questionnée. Je suis revenue renouvelée dans ma mission pour la pastorale des étudiants dans le diocèse de Rouen. J’ai aussi été étonnée que la question des femmes que je portais revienne si fortement dans le document final. Beaucoup ont fait émerger ce questionnement qui traverse notre réalité contemporaine « quelle place donner à la femme aujourd’hui ? ».
                  Eugénie Paris, 25 ans est responsable de la pastorale étudiante du diocèse de Rouen. La mission principale de la pastorale étudiante du diocèse est de coordonner les propositions de l’Église diocésaine adressées aux jeunes étudiants.
    Adrien Louandre, a particulièrement apprécié la méthode de travail synodale : « On a vraiment vu le succès de la méthode synodale, et c’est aussi parce qu’on a mis Jésus au centre qu’on a pu dialoguer ainsi et faire émerger un texte dans lequel tout le monde s’est retrouvé et senti écouté. Dans le fond de ce Document Final, on voit vraiment la puissance de l’action de l’Esprit-Saint. La force de ce texte est d’avoir permis à la fois l’expression de convergences fortes mais aussi de nommer les divergences sur certains points. Cela a été enrichissant de voir ce travail collégial et l’évolution du texte entre sa première version et sa version finale ».
                    Adrien a 22 ans et est étudiant à Amiens. Adrien est également membre de l’Ecclesia’s team qui anime le Réseau Ecclesia Campus des aumôneries étudiantes. Il est aussi membre du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC).
    Chloé Bardin souligne l’importance de rencontrer des accompagnateurs : « Le présynode m’a énormément apporté par la diversité des jeunes que j’ai rencontrés, par l’ouverture de chacun et la rencontre des différences, mais aussi par les ainés qui nous ont accompagnés, les sœurs, les prêtres, les laïcs. Ils ont été à nos côtés mais ils nous ont laissés la place. C’est essentiel d’avoir ainsi dans L’Église des témoins. »
                        Chloé est étudiante en lettres à Paris, elle représentait la communauté Fondacio.
    À l’issue de ce pré synode, les quelque 300 participants ont remis à l’occasion de la messe des Rameaux, le dimanche 25 mars dernier, au Pape François un document final, synthèse de leurs échanges et réflexions pour le monde de demain. Les jeunes ont pu y faire figurer leur vision de monde, leurs attentes pour une Église au sein de laquelle ils souhaitent tout particulièrement pouvoir prendre une plus grande place.
    Télécharger le document final du pré synode en bas de page

    Hier, jeudi 5 avril, les jeunes français ont remis à Mgr Lacombe un exemplaire du document final.


mardi 3 avril 2018

  • Commentaires du dimanche 8 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 8 avril 2018
    2éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 4, 32 – 35
    32 La multitude de ceux qui étaient devenus croyants
    avait un seul coeur et une seule âme ;
    et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre,
    mais ils avaient tout en commun.
    33 C’est avec une grande puissance
    que les Apôtres rendaient témoignage
    de la résurrection du Seigneur Jésus,
    et une grâce abondante reposait sur eux tous.
    34 Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence,
    car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons
    les vendaient,
    35 et ils apportaient le montant de la vente
    pour le déposer aux pieds des Apôtres ;
    puis on le distribuait en fonction des besoin de chacun.

    UN NOUVEAU MODE DE VIE
    On trouve plusieurs textes comme celui-ci dans le livre des Actes des Apôtres : des sortes de résumés (on les appelle des « sommaires ») de ce qu’était la vie de la première communauté chrétienne, dans les premiers temps de l’Eglise.
    Les apôtres ont reçu l’Esprit-Saint à la Pentecôte et saint Luc nous décrit ici en quoi consiste la vie nouvelle qui s’instaure dans la toute première communauté chrétienne. Première insistance, l’unité : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul coeur et une seule âme ». Luc constate : la foi illumine tellement l’existence des croyants que, inévitablement, on n’a plus qu’un seul coeur et une seule âme ! Jésus l’avait bien dit : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples » (Jn 13, 35).
    Deuxième insistance de ce texte : cette unité se traduit concrètement en partage des biens. Dès la première phrase, les deux choses sont inséparables : « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul coeur et une seule âme ET personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun…
    Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. » Evidemment, cela va de soi : on ne peut pas dire qu’on n’a qu’un seul coeur et une seule âme, si on peut laisser l’autre dans la misère et fermer les yeux sur ses besoins.
    Saint Luc ne cherche pas ici à nous faire un cours d’économie ni à nous prescrire le régime social idéal, ce n’est pas son propos ; il dit quelque chose de beaucoup plus profond ; le fond de sa pensée, il nous le livre dans la phrase centrale de ce passage ; à elle toute seule, la composition de ces quelques lignes a son importance : deux phrases semblables en encadrent une troisième, il y a donc ce qu’on appelle une inclusion ; et cette inclusion-là est tout-à-fait instructive. Première phrase : « Les chrétiens n’avaient qu’un seul coeur et qu’une seule âme ; personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais on mettait tout en commun. » Troisième phrase, « Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et on distribuait le montant de la vente en fonction des besoins de chacun. » Donc deux phrases qui disent le partage des biens matériels.
    La phrase centrale, au premier abord parle de tout autre chose : « C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous ». En réalité, la construction même du texte prouve que pour Saint Luc, le partage fraternel de tous les biens est précisément une des façons de témoigner de la résurrection du Christ qui est le coeur de la foi chrétienne. Depuis la Résurrection du Christ, l’humanité nouvelle est née, celle qui est capable, désormais, de vivre au jour le jour l’amour et le partage (à condition de se laisser en permanence guider par l’Esprit Saint).
    Pour les apôtres, la Résurrection du Christ est « l’Événement » qui a tout changé : le Christ est ressuscité et son Esprit, sa puissance d’aimer les habite. « Une grâce abondante reposait sur eux tous » : la grâce, c’est la présence de Dieu en nous, c’est l’amour de Dieu en nous. Apôtres et baptisés sont habités par l’amour, un amour tellement puissant qu’il les transforme complètement, au point de leur faire voir tout autrement les réalités matérielles. Il arrive bien dans nos vies qu’un grand événement, heureux ou malheureux, change complètement nos priorités. Des choses qui nous paraissaient jusque-là insignifiantes prennent tout d’un coup une grande valeur, d’autres auxquelles nous tenions beaucoup nous apparaissent tout d’un coup secondaires.
    Un jeune couple qui a la joie d’accueillir un enfant, par exemple, sacrifiera de bon coeur sa liberté ; et on entend souvent les rescapés d’un grand accident ou d’une maladie dire que, pour eux, rien ne sera plus comme avant.
    LE PARTAGE DES BIENS
    Pour les premiers Chrétiens, nous dit Luc, la possession des biens matériels n’est plus une priorité : « Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre » ; il y a une nuance appréciable ! On possède des biens, on ne s’en prétend pas propriétaire, mais on met tout en commun pour que ces biens comblent les besoins de tous et que personne ne soit dans la misère ; en d’autres termes, ils se comportaient, non en propriétaires mais en intendants. Il faut reconnaître qu’il y a là tout un changement de mentalité… Il y faut bien la puissance de la grâce ! On est dans la droite ligne, une fois de plus, de l’Ancien Testament : toute la prédication prophétique visait à une double prise de conscience : premièrement, tout ce que nous possédons est cadeau de Dieu ; deuxièmement, tout homme est un frère.
    Première prise de conscience, tout ce que nous possédons est cadeau de Dieu : le geste d’offrande des récoltes au printemps était justement un geste de reconnaissance au vrai sens du terme : on reconnaissait que tout était cadeau et on en était reconnaissants ! Et le leitmotiv du Livre du Deutéronome est « garde-toi d’oublier », sous-entendu « que tout est cadeau ». Deuxième prise de conscience, tout homme est un frère. Le livre de Job a cette formule extraordinaire : « C’est le même Dieu qui nous a formés dans le sein » (Jb 31, 15), et Isaïe parle bien de tout homme quand il dit : « Partage ton pain avec l’affamé, les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras », et il termine « Devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas » (Is 58, 7). « Celui qui est ta propre chair », c’est-à-dire ton frère.
    Saint Luc constate que quand les Ecritures sont accomplies, quand enfin on vit dans le régime de la Nouvelle Alliance, à laquelle nous préparait l’Ancien Testament, les croyants sont tous réellement frères… et alors, c’est logique, s’instaure une véritable vie de famille : entre frères, on peut tout mettre en commun.

    PSAUME – 117 (118), 1.4. 16-17. 22-23. 24-25
    Alleluia !
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR : il est bon !
    Eternel est son amour !
    4 Qu’ils le disent, ceux qui craignent le SEIGNEUR,
    Eternel est son amour !
    16 Le bras du SEIGNEUR se lève,
    le bras du SEIGNEUR est fort !
    17 Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
    pour annoncer les actions du SEIGNEUR.
    22 La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle ;
    23 c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
    la merveille devant nos yeux.
    24 Voici le jour que fit le SEIGNEUR,
    qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
    25 Donne, SEIGNEUR, donne le salut !
    Donne, SEIGNEUR, donne la victoire !

    UN PSAUME POUR LA FETE DES TENTES
    « Voici le jour que fit le SEIGNEUR, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » Cette simple phrase dit que ce psaume est chanté à l’occasion d’une fête annuelle très joyeuse au temple de Jérusalem, la fête des tentes ; ce psaume 117/118 fait partie d’un groupe de psaumes qu’on appelle les psaumes du Hallel (Hallel signifie louange) qui étaient toujours chantés pour cette fête et l’acclamation « Donne, Seigneur, donne le salut » est la traduction exacte du mot « Hosanna » qui était le refrain de la fête des tentes. Nous avons l’habitude de chanter « Hosanna » dans le sens de l’action de grâce « Dieu nous sauve », mais son sens premier, c’est « sauve donc » qui est une supplication.
    Cette fête des tentes tient son nom des tentes sous lesquelles on vivait chaque année pendant huit jours, en souvenir des campements dans le désert du Sinaï, au cours de la longue marche de l’Exode. C’était un moment privilégié pour se rappeler l’oeuvre de Dieu pour libérer son peuple : Dieu avait vu les esclaves en Egypte, il avait compris leurs souffrances ; il avait confié à Moïse la mission de libérer ce peuple et il avait, pas à pas, au milieu de toutes les épreuves du désert, accompagné cette entreprise de libération… Et le peuple humilié avait pu relever la tête ; à partir de cette expérience première, on a découvert que Dieu est celui qui, toujours, relève les humiliés. Ce n’est pas un hasard si le premier des psaumes du Hallel, le psaume 112/113 développe justement ce thème : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple » (Ps 112/113, 7-8). Nous ne réalisons peut-être plus la découverte que cela représente ; à une époque où toutes les divinités étaient imaginées sur le modèle des conquérants humains, hommes de pouvoirs, de victoires guerrières et de démonstrations de prestige, le Dieu d’Israël s’est fait connaître comme celui qui couronne les exclus.
    LA LOGIQUE DE DIEU
    A la logique humaine la plus fondée, la plus sage, il oppose sa logique à lui, sa sagesse à lui ; « ses pensées ne sont pas nos pensées », disait Isaïe.
    Avec lui, les derniers sont premiers et les premiers derniers. Les bâtisseurs, c’est-à-dire ceux qui s’y connaissent en matière de construction, peuvent bien mépriser une pierre et la mettre au rebut, le Seigneur, lui, saura en faire une pierre maîtresse. « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». De ce qui semblait perdu, promis à la mort, Dieu fait surgir la vie. C’est bien ce qui s’est passé pour ce petit peuple qu’il a choisi et à qui il a confié une mission de leader pour l’humanité ; car ce peuple si souvent humilié se sait porteur d’une grande promesse : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du SEIGNEUR. »
    Alors, ils peuvent le dire, « ceux qui craignent le SEIGNEUR », « éternel est son amour ». Ce psaume a certainement été écrit assez tardivement, puisqu’il a eu le temps d’intégrer cette merveilleuse découverte qu’a faite le peuple d’Israël, à savoir qu’il n’y a pas de raisons d’avoir peur de Dieu ! Le mot « craindre » figure encore dans la Bible, mais il a complètement changé de sens : tant qu’on imagine Dieu comme un potentat à la manière des hommes, on a tout lieu de rester sur ses gardes et de chercher par tous les moyens à ne pas lui déplaire… Mais toute la pédagogie biblique a fait découvrir le vrai visage de Dieu, celui du Père de toute miséricorde ; alors on n’éprouve plus pour lui que la confiance et l’admiration du tout-petit envers le grand : une admiration nourrie de la simple reconnaissance de notre propre petitesse et de l’expérience de sa constante tendresse.
    « Si vous ne redevenez semblables à des enfants, disait Jésus, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». (Mt 18, 3).
    Une autre preuve que la « crainte » de Dieu dans la Bible n’est en définitive que de l’amour, c’est que la crainte de Dieu est l’un des dons de l’Esprit. C’était la promesse d’Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du SEIGNEUR, et il lui inspirera la crainte du SEIGNEUR » (Is 11, 2). L’Esprit de Dieu qui est l’Amour même peut-il nous donner autre chose que l’amour ?
    Et pourtant, c’est d’avoir clamé cela un peu trop fort que Jésus est mort ; d’où vient que cette logique de Dieu nous est si irrémédiablement étrangère ? « Irrémédiablement » ? Non, parce que notre espérance, justement, c’est que l’Esprit du Christ finira bien par imprégner toute l’humanité, comme une tache d’huile. Quand Israël chante, et nous à sa suite « Voici le jour que fit le SEIGNEUR, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! », nous ne pensons pas seulement au passé, à l’oeuvre de libération déjà accomplie ; nous annonçons encore plus la libération définitive de l’humanité : le jour où tout homme se saura aimé de Dieu et se laissera envahir et combler par l’Esprit d’amour. Comme dit encore Isaïe « la connaissance du SEIGNEUR emplira l’univers comme les eaux recouvrent les mers » (Is 11, 9). C’est dans cet esprit que nos frères juifs continuent à célébrer d’année en année cette fête des tentes dans la joie et l’espérance.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de l’apôtre Jean 5, 1 – 6
    1 Celui qui croit que Jésus est le Christ,
    celui-là est né de Dieu ;
    celui qui aime le Père qui a engendré
    aime aussi le Fils qui est né de lui.
    2 Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu :
    lorsque nous aimons Dieu
    et que nous accomplissons ses commandements.
    3 Car tel est l’amour de Dieu :
    garder ses commandements,
    et ses commandements ne sont pas un fardeau,
    4 puisque tout être qui est né de Dieu
    est vainqueur du monde.
    Or la victoire remportée sur le monde,
    c’est notre foi.
    5 Qui donc est vainqueur du monde ?
    N’est-ce pas celui qui croit
    que Jésus est le Fils de Dieu ?
    6 C’est lui, Jésus Christ,
    qui est venu par l’eau et par le sang :
    non pas seulement avec l’eau,
    mais avec l’eau et avec le sang.
    Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit,
    car l’Esprit est la vérité.

    IL EST GRAND, LE MYSTERE DE LA FOI
    Dans cette lettre, Saint Jean met en garde les Chrétiens contre certains maîtres à penser (plutôt des maîtres à mal penser !) dont les théories défigurent la foi chrétienne. Manifestement, il y a des loups dans la bergerie ! Pour aider ses Chrétiens qui n’y voient plus très clair dans tout ce qu’on raconte, Jean rédige une sorte de Credo minimum. Il tient en trois points : Premier point, Jésus de Nazareth est vraiment Fils de Dieu. Deuxième point, le croyant, le Chrétien, est lui-même né de Dieu, il vit désormais une vie nouvelle, une vie d’enfant de Dieu. Troisième point, cette vie nouvelle consiste à aimer Dieu et les autres.
    Ces trois points sont annoncés tous les trois dès le premier verset : « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ; tout homme qui aime le Père (sous-entendu parce qu’il est son enfant) aime aussi celui qui est né de lui (c’est-à-dire les autres enfants de Dieu). »
    Premier point : Jésus de Nazareth est vraiment Fils de Dieu ; visiblement, c’est sur ce noyau central de la foi que portait la polémique ! On sait bien que les premiers Chrétiens ont dû affronter très tôt la persécution juive ; c’est normal : pour les Juifs, ils étaient une secte hérétique et il fallait absolument les empêcher de se développer. Mais on oublie quelquefois qu’un autre grand problème des premières communautés chrétiennes venait de l’intérieur. Entre Chrétiens, on discutait à l’infini sur le mystère de la personne de Jésus. Ce qui prouve, au passage, que les discussions théologiques ne sont pas d’aujourd’hui !
    Jean ne prétend pas expliquer comment il se fait que cet homme, Jésus, fait de chair et d’os, comme les autres, mortel comme les autres, soit en même temps le Christ, l’Envoyé de Dieu, le Fils de Dieu. Aucun homme ne peut comprendre et encore moins oser expliquer ce mystère parce que personne ne peut pénétrer les pensées de Dieu : pour l’esprit humain, les pensées de Dieu sont proprement « impensables »… Mais Jean affirme avec force que Jésus est en même temps pleinement homme et pleinement Dieu. Ne voir en Jésus que l’homme ou que Dieu, c’est le diviser, c’est ne plus être Chrétien. Un peu plus haut, dans cette première lettre, il l’a dit : « Tout esprit qui divise Jésus n’est pas de Dieu… » (1 Jn 4, 3). Et encore : « Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? » (1Jn 2, 22).
    La phrase « Jésus-Christ est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang » est précisément une manière d’affirmer l’humanité du Christ ; le mot « venu » dit l’Incarnation ; et la formule « pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang » veut bien dire « il n’est pas question de retenir seulement l’événement glorieux du Baptême (symbolisé par l’eau) et de refuser l’humiliation de la croix (symbolisée par le sang) ».
    On trouvait la même insistance, déjà, dans l’évangile de Jean ; par exemple, il a noté les propos de Jean-Baptiste dans ce sens, au moment du Baptême, justement : « Moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu » (Jn 1, 34).
    LA VIE NOUVELLE DES ENFANTS DE DIEU
    Deuxième point : le croyant, le Chrétien, est lui-même né de Dieu, il vit désormais une vie nouvelle, une vie d’enfant de Dieu. Pour Jean, c’est un sujet d’émerveillement devant ce que Paul appellerait le « dessein bienveillant » de Dieu : « Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes ! Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : il n’a pas découvert Dieu. Mes bien-aimés, dès à présent, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jn 3,1-2). Nous sommes dans la droite ligne de l’évangile de Jean : « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme… A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 9. 12-13).
    Troisième point : Cette vie nouvelle consiste à aimer Dieu et les autres. Une fois de plus, on est frappés de voir à quel point, dans toute la Bible, foi et amour sont indissociables ! Ce n’est pas une leçon de morale, ce serait plutôt une vérification d’identité ! (« Tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de lui. ») Pour Jean, c’est une évidence ; par exemple, dans cette même lettre : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu » (1 Jn 4, 7) ; l’amour fraternel est une évidence de la foi : pourquoi ? Tout simplement, parce que la source de la foi, c’est l’Esprit-Saint, et la source de l’amour, c’est aussi l’Esprit-Saint. C’est le même Esprit qui, en nous, fait naître la foi, qui nous mène à la vérité tout entière, comme disait Jésus, ET qui rend nos coeurs capables d’aimer, puisqu’il est l’amour même. Par la foi, nous sommes enfants de Dieu, et les autres sont également enfants de Dieu ; ils sont donc nos frères et nous les regardons avec les yeux de Dieu.
    A ceux qui trouveraient cela trop beau pour être vrai, Jean répond : « Tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde » ; c’est-à-dire désormais vous ne vivez plus à la manière du monde sans Dieu, vous vivez à la manière de Dieu. Désormais, sur la terre, aimer est devenu possible… parce que rien n’est impossible à Dieu.

    EVANGILE – selon Saint Jean 20 , 20, 19 – 31
    C’était après la mort de Jésus,
    19 le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
    alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
    étaient verrouillées par crainte des Juifs,
    Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
    Il leur dit :
    « La paix soit avec vous ! »
    20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
    Les disciples furent remplis de joie
    en voyant le Seigneur.
    21 Jésus leur dit de nouveau :
    « La paix soit avec vous !
    De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.
    22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
    et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
    23 A qui vous remettrez ses péchés,
    ils seront remis ;
    A à qui vous maintiendrez ses péchés,
    ils seront maintenus. »
    24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme
    (c’est-à-dire« jumeau »)
    n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
    25 Les autres disciples lui disaient :
    « Nous avons vu le Seigneur ! »
    Mais il leur déclara :
    « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous,
    si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous,
    si je ne mets pas la main dans son côté,
    non, je ne croirai pas. »
    26 Huit jours plus tard,
    les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison
    et Thomas était avec eux.
    Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées,
    et il était là au milieu d’eux.
    Il dit : « La paix soit avec vous ! »
    27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
    avance ta main, et mets-là dans mon côté :
    cesse d’être incrédule,
    sois croyant. »
    28 Alors Thomas lui dit :
    « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
    29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois.
    Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
    30 Il y a encore beaucoup d’autres signes
    que Jésus a faits en présence des disciples
    et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
    31 Mais ceux-là y ont été écrits
    pour que vous croyiez
    que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,
    et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

    LE PROJET DE DIEU EST ACCOMPLI
    Cet évangile nous est proposé chaque année pour le deuxième dimanche de Pâques, il faut croire qu’il fait partie des textes les plus importants pour la foi chrétienne. Cette année, je voudrais mettre en relief le mot qui court sous toutes les phrases… (le mot « accomplissement »)
    Il me semble que le maître-mot de ce texte est le mot « accomplissement » ; pour le dire autrement, Jean aurait pu commencer ce passage par les mots qui, chez lui, sont les dernières paroles du Christ en croix : « Tout est achevé ». Pour Jean, c’est évident, depuis la Résurrection du Christ, le projet de Dieu pour l’humanité est accompli.
    Par exemple, comme par hasard, cela se passe à Jérusalem ! La ville faite pour la paix, comme son nom l’indique (Yerushalaïm) et Jésus y annonce et y donne sa paix ; il dit « Shalom » et parce qu’il est Dieu, et enfin reconnu comme tel, sa Parole est efficace, créatrice. Réellement, sa paix s’accomplit ; Jean a certainement en tête toutes les promesses des prophètes, par exemple Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné… le prince de la paix… » (Is 9) ; et aussi Jérémie : « Moi, dit Dieu, je sais les projets que j’ai formés sur vous, projets de prospérité (de « shalom ») et non de malheur… » (Jr 29, 11). Et les disciples sont dans la joie : Jean se souvient de la parole du Christ, le dernier soir : « Vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre coeur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira. » (Jn 16, 22). Vous me direz : il reste beaucoup à faire : oui, bien sûr, la paix est semée par Jésus, à nous de faire fructifier !
    Ensuite, « C’était le soir du premier jour de la semaine » : dans la lecture juive du récit de la Création, ce premier jour était appelé « Jour UN » au sens de « premier jour » mais aussi « jour unique », parce que d’une certaine manière il englobait tous les autres, comme la première gerbe de la récolte annonce toute la moisson… Et aujourd’hui encore, le peuple juif attend le Jour Nouveau qui sera le jour de Dieu, lorsqu’il renouvellera la première Création. Pour les Chrétiens, ce Jour s’est levé au matin de Pâques ; chaque dimanche, nous annonçons que le Jour du Seigneur, le Jour de la Création Nouvelle est enfin venu, que le dessein bienveillant de Dieu est accompli.
    LE RENOUVELLEMENT DE LA CREATION
    C’est précisément ce jour-là, le premier jour de la semaine que le Christ donne l’Esprit à ses disciples, comme le prophète Ezéchiel l’avait annoncé : « Je mettrai en vous mon propre Esprit ». Jésus « souffle » sur ses disciples et dit « Recevez l’Esprit Saint » ; Jean a repris intentionnellement le mot du livre de la Genèse (Gn 2, 7) : comme Dieu a insufflé à l’homme l’haleine de vie, Jésus inaugure la création nouvelle en insufflant à l’homme son esprit. En écho, la quatrième prière eucharistique rend grâce pour le don de l’Esprit, « le premier don fait aux croyants ». Si bien que Jérusalem, la ville de toutes les promesses, est aussi la ville du don de l’Esprit : c’est là que s’est accomplie la promesse du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair… Alors quiconque invoquera le nom du SEIGNEUR sera sauvé. » (Jl 3, 1. 5). Et la mission que Jésus confie aussitôt à ses apôtres est une mission de paix et de réconciliation ; là encore, à nous de jouer, pour que Jérusalem, la ville de la paix, porte bien son nom.
    « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». A Pilate, trois jours avant, Jésus a dit « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37) et Pilate avait posé la question « Qu’est-ce que la vérité ? »
    Jésus confie désormais à ses disciples la mission d’annoncer à leur tour au monde la vérité, la seule dont les hommes aient besoin pour vivre : « Dieu est Père, il est Amour, il est pardon et miséricorde ». « Je vous envoie » : on se souvient que « les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient » ; il leur dit : « Je vous envoie », c’est-à-dire, il n’est plus question de rester verrouillés ! La mission est urgente, le monde meurt de ne pas savoir la vérité ; cette vérité vers laquelle, progressivement, patiemment l’Esprit mène l’humanité.
    « Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. » (Jn 16, 13).


lundi 2 avril 2018

  • Homélie du dimanche 8 avril

    Dimanche 8 avril 2018
    2e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres : 4. 32-35: « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi, avaient un seul coeur et une seule âme.  »
    Psaume 117 : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et jour de joie ! »
    Première lettre de saint Jean 5. 1-6 : « Ses commandements ne sont pas un fardeau. »
    Evangile selon saint Jean. 20. 19 à 31 : « Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées. »
    ***
    Les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes appellent ce dimanche, le dimanche de Thomas. Elles veulent ainsi souligner que l’attitude de l’apôtre incrédule mais profondément croyant est aussi la nôtre.
    REUNIS AU CENACLE.
    La journée que les apôtres viennent de vivre, a été faite de bouleversements depuis le matin. Des femmes sont venues leur dire que le tombeau est vide. Pierre l’a constaté et Jean croit déjà à la résurrection. Une discussion est née dans le groupe qui met à jour les divergences d’interprétation qui les divisent.
    Le départ des deux disciples vers Emmaüs le prouve. Ceux-là n’ont pu accepter les dires de ces femmes. Ils ne croiront les dires de Pierre et de Jean que s’ils en font la preuve. Leur espérance est déçue. Ils s’enferment pour éviter les importuns, dont ils ont peur sans doute. Mais saint Jean souligne ce détail afin de montrer aussi que le Christ, qui les rejoint au soir du premier jour de la semaine, use désormais de son pouvoir d’une façon surnaturelle.
    Durant les trois années de sa vie publique, il n’en a jamais usé ainsi avec eux, sauf au sommet du Thabor, pour quelques-uns et pour quelques instants. Ce soir, ils sont ensemble parce qu’ils ne peuvent se séparer après trois années partagées avec Jésus de Nazareth, trois années intenses.
    Ils viennent aussi de vivre trois journées bouleversantes et ils ont besoin de reprendre les paroles de Jean, de Pierre et de Marie Madeleine pour les accorder avec tant et tant d’enseignements reçus sur les routes de Palestine. Ce ne sont peut-être pas seulement des rumeurs d’illusions.
    IL EST LA AU MILIEU D’EUX
    Jésus se trouve soudain au milieu d’eux. Nous pouvons certes donner une signification mystique à cette venue, toutes portes closes. Ils ne l’attendaient pas. Ainsi pénètre-t-il dans nos vies, même si elles se ferment parfois à sa grâce. « Lorsque vous serez réunis, deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous » (Matthieu 18. 20)
    Ce soir, ce n’est pas une présence mystique, mais une réalité humaine et divine tout à la fois. Il a conservé sur son corps ressuscité la trace des blessures et, sans mettre en avant le mérite de ses souffrances, leur donne aux apôtres le témoignage de qui il est en plénitude. Il ne rappelle pas des souvenirs.
    La petite communauté apostolique l’a peut-être fait durant cette journée repliée sur elle-même au risque de ne plus vivre que d’espoirs déçus et de se disperser, comme cela vient de commencer avec Cléophas et son compagnon qui marchent vers Emmaüs.
    S’il est là au milieu d’eux, c’est pour les entraîner à sa suite. Ils seront les témoins et les envoyés. Par cette deuxième transmission de sa paix, il leur confirme immédiatement qu’ils doivent aussi la transmettre aux autres.
    Remettre les péchés, c’est donner la vie spirituelle à qui l’a perdue ou à qui l’a amoindrie. Et il a donné sa vie pour que les péchés des hommes soient remis.
    RECEVEZ L’ESPRIT SAINT
    Il leur en avait parlé, au soir du Jeudi-Saint. Trois jours après, en ce soir de Pâques, il insiste sur son action en eux et parmi les hommes. L’Esprit Saint est latent en eux et la Pentecôte rendra manifeste cette présence par sa venue.
    De même pour nous. L’Esprit peut reposer en nous sans nous montrer sa force. Il nous faudra toujours renouveler la grâce de la Pentecôte. . En rappelant qu’il est le Christ souffrant, le Christ uni à son Père qui l’a envoyé, le Christ dont l’action sera poursuivie et amplifiée par l’Esprit, Jésus relie, dans la pensée et la foi de ses apôtres, tout ce qu’il leur avait dit et ce dont il a témoigné avec eux.
    Ils ne reconnaissent pas seulement l’ami avec qui ils ont tant partagé, ils reconnaissent le Fils de Dieu, le Seigneur. Et c’est ainsi d’ailleurs qu’ils en témoigneront auprès de Thomas : »Nous avons vu le Seigneur. » Avec toute la force qu’une telle appellation peut avoir dans la foi religieuse des vrais Juifs croyants.
    THOMAS A BESOIN DE PREUVES
    Thomas a besoin de preuves qui s’appuient sur une expérience concrète. Ce n’est pas qu’il soit un homme récalcitrant. Il est un homme de bonne volonté et tout d’une pièce. C’est lui qui, lors de l’annonce de la montée à Jérusalem, avait bousculé les apôtres inquiets des événements qu’ils pressentaient. C’est lui qui les avait entraînés dans sa générosité (Jean 11. 16) : »Allons nous aussi et mourons avec lui. »
    Mais il juge les choses à sa façon. Il a toujours eu du mal à entrer dans la pensée de son Maître (Jean 14. 5) et aujourd’hui, encore, il veut des preuves, même s’il n’est pas question pour lui de quitter pour autant le groupe des apôtres.
    Quand Jésus revient huit jours après, il salue ses amis et immédiatement s’adresse à Thomas. Il ne le blâme pas. D’ailleurs les autres disciples seraient aussi à blâmer, car, eux aussi, ils n’ont cru à la résurrection qu’après avoir vu le Ressuscité.
    Jésus admet qu’un acte de foi soit précédé par l’adhésion de l’esprit humain à certains éléments qui entraînent la crédibilité. La foi, même si elle dépasse la raison, n’est pas irraisonnable. En ouvrant ses deux mains (« Vois mes mains. »), il l’invite même à le toucher en une épreuve à laquelle Thomas avait dit attacher une grande importance.
    Rien ne dit qu’il exécute le geste que Jésus lui propose de faire. Mais son mouvement va plus loin. Il reconnaît la divinité de Jésus. Non seulement il est Seigneur. Mais il est Dieu !
    ***
    En nous faisant souvenir de la première communauté de Jérusalem, l’Eglise nous rappelle que nous pouvons servir tous ceux qui sont dans le besoin, la misère, la souffrance, la solitude.
    C’est désormais en eux que nous est donné la possibilité de rejoindre le Christ souffrant de la croix, solitaire du jardin de Gethsémani, abandonné, méprisé. C’est ainsi qu’il nous ouvre ses mains : « Avance ton doigt ici. »
    « Augmente en nous ta grâce pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître et quel sang nous a rachetés. » (Prière d’ouverture de la liturgie de ce dimanche)


mercredi 28 mars 2018

  • La CEF invite à la marche blanche initiée par le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France ce mercredi 28 mars

    Vendredi 23 mars Madame Mireille Knoll était assassinée chez elle. La Conférence des évêques de France exprime sa profonde tristesse devant l’horreur de ce geste. Elle assure de son soutien et de sa prière sa famille et toute la communauté juive, encore une fois touchée, en raison de sa religion.
    En ce moment de douleur, les catholiques veulent manifester leur fraternité à leurs amis juifs et leur redire avec Saint Jean Paul II : « Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés » (visite à la Synagogue de Rome, 1986).
    L’antisémitisme, comme toute forme de racisme, reste un fléau dont le meilleur rempart sera la cohésion nationale.
    En signe d’expression de la compassion de tous les Français, la Conférence des évêques de France encourage tout un chacun à se joindre à la marche blanche au départ de la Place de la Nation ce mercredi 28 mars à 18h30.


lundi 26 mars 2018

  • Tout savoir sur Pâques

    Cette semaine, du 26 mars au 1er avril, plusieurs temps forts marqueront la vie des chrétiens qui cheminent vers Pâques. De la célébration de la messe chrismale à la Vigile pascale, retrouvez toutes les questions mais aussi les réponses autour de cette grande fête chrétienne célébrant la victoire du Christ sur la mort.
    Parmi les célébrations jalonnant cette montée vers Pâques – messe du dimanche des Rameaux, messe de la Cène du Seigneur, office de la Passion, Vigile pascale et messe de Pâques – l’une d’entre elles tient une place particulière : la Vigile pascale. La Vigile pascale rassemble, par ses rites, tous les éléments du message de Pâques.
    Les baptêmes d’adultes et de jeunes, qui seront célébrés cette nuit-là, rejaillissent sur toute la communauté et rappellent à chacun les promesses de son baptême.

    La semaine Sainte et Pâques se vivent aussi sur la web TV de la Conférence des évêques de France (cliquez sur l’image pour accéder au site).


  • Commentaires du dimanche 1er avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 1er avril 2018
    dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 10, 34…43
    En ces jours-là,
    quand Pierre arriva à Césarée
    chez un centurion de l’armée romaine,
    34 il prit la parole :
    37 « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs
    depuis les commencements en Galilée,
    après le baptême proclamé par Jean :
    38 Jésus de Nazareth,
    Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance.
    Là où il passait, il faisait le bien
    et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable,
    car Dieu était avec lui.
    39 Et nous, nous sommes témoins
    de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem.
    Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois du supplice,
    40 Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
    41 Il lui a donné de se manifester,
    non pas à tout le peuple,
    mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance,
    à nous qui avons mangé et bu avec lui
    après sa résurrection d’entre les morts.
    42 Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner
    que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts.
    43 C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage :
    quiconque croit en lui
    reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

    Pierre est à Césarée sur Mer (il y avait là effectivement une garnison romaine), et il est entré dans la maison de Corneille, un officier romain.
    Comment en est-il arrivé là ? Et que vient-il y faire ? En fait, si Pierre est là, c’est qu’il a été quelque peu bousculé par l’Esprit Saint. Il faut relire le récit de la vision de Joppé dans ce même chapitre des Actes. D’autre part, peu de temps auparavant, Pierre vient d’accomplir deux miracles : il a guéri un homme, Enée, à Lydda, et ensuite, il a ressuscité une femme, Tabitha, à Joppé (on dirait aujourd’hui Jaffa ; Ac 9, 32 – 43). Ces deux miracles lui ont prouvé que le Seigneur ressuscité était avec lui et agissait à travers lui. Car Jésus avait bien annoncé que, comme lui, et en son nom, les apôtres chasseraient les démons, guériraient les malades, et ressusciteraient les morts.
    Ce sont ces deux miracles qui ont donné à Pierre la force de franchir l’étape suivante, qui est décisive : il s’agit cette fois d’un miracle sur lui-même, si l’on peut dire ! Car, pour la première fois, contrairement à toute son éducation, à toutes ses certitudes, Pierre, le Juif, franchit le seuil d’un païen, Corneille, le centurion romain ; il est vrai que Corneille est un païen très ami des Juifs, on dit qu’il est un « craignant Dieu » ; c’est-à-dire un converti à la religion juive mais qui n’est pas allé jusqu’à en adopter toutes les pratiques, y compris la circoncision. Or la circoncision est la marque de l’Alliance ; donc un « craignant Dieu » reste un incirconcis, un païen. Et c’est chez ce païen, Corneille, que Pierre est entré et il y annonce la grande nouvelle : Jésus de Nazareth est ressuscité ! (Et, ce même jour, Corneille sera baptisé ainsi que toute sa famille.) Traduisez : l’Evangile est en train de déborder les frontières d’Israël !
    On dit souvent que Paul est l’apôtre des païens, mais il faut rendre justice à Pierre : si l’on en croit les Actes des Apôtres, c’est lui qui a commencé, et à Césarée, justement, chez le centurion romain Corneille.
    Et ce que nous venons d’entendre, c’est donc le discours que Pierre a prononcé chez Corneille, en ce jour mémorable. D’où l’importance de la dernière phrase du texte que nous venons d’entendre ; Pierre vient de comprendre : « Quiconque croit en lui (Jésus) reçoit par son nom le pardon de ses péchés. » Tout homme, c’est-à-dire pas seulement les Juifs : même des païens peuvent entrer dans l’Alliance. Le salut a d’abord été annoncé à Israël, mais désormais il suffit de croire en Jésus-Christ pour recevoir le pardon de ses péchés, c’est-à-dire pour entrer dans l’Alliance avec Dieu. Et donc tout homme, même non-Juif (c’est le sens du mot « païen » ici), peut être baptisé au nom de Jésus.
    Visiblement, ce fut la grande découverte des premiers Chrétiens, Paul et Pierre y insistent tous les deux : il suffit de croire en Jésus pour être sauvé !
    L’ensemble du discours de Pierre chez Corneille est révélateur de l’état d’esprit des Apôtres dans les années qui ont suivi la Résurrection de Jésus. Ils avaient été les témoins privilégiés des paroles et des gestes de Jésus, et ils avaient peu à peu compris qu’il était le Messie que tout le peuple attendait. Et puis, il y avait eu le Vendredi-Saint : Dieu avait laissé mourir Jésus de Nazareth ; certainement, Dieu n’aurait pas laissé mourir son Messie, son Envoyé ; leur déception avait été immense ; Jésus de Nazareth ne pouvait pas être le Messie.
    Et puis ce fut le coup de tonnerre de la Résurrection : non, Dieu n’avait pas abandonné son Envoyé, il l’avait ressuscité. Et les Apôtres avaient eu de nombreuses rencontres avec Jésus vivant ; et maintenant, depuis l’Ascension et la Pentecôte, ils consacraient toutes leurs forces à l’annoncer à tous ; c’est très exactement ce que Pierre dit à Corneille : « Nous, (les Apôtres), nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour… Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. »
    Il restera pour les Apôtres une tâche immense : si la résurrection de Jésus était la preuve qu’il était bien l’Envoyé de Dieu, elle n’expliquait pas pourquoi il avait fallu passer par cette mort infâmante et cet abandon de tous. La plupart des gens attendaient un Messie qui serait un roi puissant, glorieux, chassant les Romains ; Jésus ne l’était pas. Quelques-uns imaginaient que le Messie serait un prêtre, il ne l’était pas non plus, il ne descendait pas de Lévi ; et l’on pourrait faire la liste de toutes les attentes déçues.
    Alors les Apôtres ont entrepris un formidable travail de réflexion : ils ont relu toutes leurs Ecritures, la Loi, les Prophètes et les Psaumes, pour essayer de comprendre. Il a fallu tout ce travail de relecture, après la Pentecôte, à la lumière de l’Esprit Saint, pour arriver à dire, comme le fait Pierre ici : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent témoignage… Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a établi Juge des vivants et des morts ».
    Un autre aspect tout à fait remarquable de ce discours de Pierre, c’est son insistance pour dire que c’est Dieu qui agit ! Jésus de Nazareth était un homme apparemment semblable à tous les autres, mortel comme tous les autres… eh bien, Dieu agissait en lui et à travers lui : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance, Dieu était avec lui, Dieu l’a ressuscité, Dieu lui a donné de se manifester à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, Dieu l’a établi Juge des vivants et des morts… »
    Et la phrase qui résume tout cela : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit-Saint et de puissance. » Désormais, Pierre vient de le comprendre, tout homme, Juif ou païen, peut grâce à Jésus-Christ être lui aussi consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force !

    PSAUME – 117 ( 118 )
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon !
    Eternel est son amour !
    4 Oui, que le dise Israël :
    Eternel est son amour !
    16 Le bras du SEIGNEUR se lève,
    le bras du SEIGNEUR est fort !
    17 Non, je ne mourrai pas, je vivrai
    pour annoncer les actions du SEIGNEUR.
    22 La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle.
    23 C’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
    la merveille devant nos yeux.

    Si l’on ne veut pas faire d’anachronisme, il faut admettre que ce psaume n’a pas été écrit d’abord pour Jésus-Christ ! Comme tous les psaumes, il a été composé, des siècles avant le Christ, pour être chanté au temple de Jérusalem. Comme tous les psaumes aussi, il redit toute l’histoire d’Israël, cette longue histoire d’Alliance : c’est cela qu’on appelle « l’oeuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux … ». C’est l’expérience qui fait dire au peuple élu : oui, vraiment, l’amour de Dieu est éternel ! Dieu a accompagné son peuple tout au long de son histoire, et toujours il l’a sauvé de ses épreuves.
    On a là un écho du chant de victoire que le peuple libéré d’Egypte a entonné après le passage de la Mer Rouge : « Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR, il est pour moi le salut » (Ex 15). Les mots « oeuvre » ou « merveille » sont toujours dans la Bible une allusion à la libération d’Egypte. Et quand je dis « allusion », le mot est trop faible, c’est un « faire mémoire » au sens fort de ressourcement dans la mémoire commune du peuple.
    « Le bras du SEIGNEUR se lève, Le bras du SEIGNEUR est fort », c’est aussi un faire mémoire de la libération d’Egypte. Et cette oeuvre de libération de Dieu n’est pas seulement celle d’un jour, elle est permanente, on l’a sans cesse expérimentée. C’est vraiment d’expérience qu’ils peuvent le dire « ceux qui craignent le SEIGNEUR » : « Eternel est son amour ». Et nous savons que les hommes de la Bible ont appris peu à peu à remplacer le mot « craindre » par le mot « aimer ».
    Et c’est cet amour éternel de Dieu qui fonde l’espérance : car, chaque fois qu’on chante les libérations du passé, c’est aussi et surtout pour y puiser la force d’attendre celles de l’avenir ; Dieu enverra son Messie et enfin on connaîtra le bonheur promis ; enfin le peuple élu et avec lui l’humanité tout entière connaîtront la paix et la justice. On en est loin encore quand ce psaume est composé… et aujourd’hui encore !
    Mais notre lointain ancêtre qui écrit ce psaume sait que Dieu est capable de transformer toutes les situations, y compris les situations de mort en situations de vie : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du SEIGNEUR ». C’est l’action de grâce du peuple qui a frôlé la mort et rend grâce pour sa libération. A l’heure où ce psaume est écrit, cela ne signifie pas une croyance en la résurrection ; nous savons bien que la foi en la résurrection n’est apparue que très tardivement en Israël ; cette affirmation « Non, je ne mourrai pas, je vivrai » est une réelle profession de foi, mais d’un autre ordre : c’est la certitude que Dieu n’abandonnera jamais son peuple : même dans les pires situations, quand l’avenir du peuple est compromis, on sait de façon absolument certaine que Dieu le fera survivre. Car la vocation de ce peuple, c’est précisément de vivre pour « annoncer les actions du SEIGNEUR ».
    Pour donner une idée de ces retournements que Dieu est capable d’opérer, on emprunte le langage des architectes : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Quand ce psaume est composé, ce n’est pas la première fois qu’on emploie l’image de la pierre angulaire pour parler de l’oeuvre de Dieu : Isaïe l’avait déjà fait (au chapitre 28).
    Dans une période où la société de Jérusalem se dégradait, où régnaient partout le mensonge, l’injustice, la corruption, le mépris des commandements de Dieu, le prophète rappelait qu’on récolte ce qu’on a semé : une telle société court inévitablement à sa perte. Isaïe avait dit alors quelque chose comme « Vous vous appuyez sur du vent ; on croirait vraiment que vous voulez mourir (« vous avez conclu un pacte avec la mort »…) Vous savez bien pourtant que le droit et la justice sont les seules valeurs sûres… Vous êtes comme des bâtisseurs qui choisiraient les plus mauvaises pierres pour faire les fondations ! Et qui rejetteraient systématiquement les bonnes pierres bien solides : traduisez les vraies valeurs.
    Mais un prophète ne reste jamais sur du négatif ! Car Dieu n’abandonne jamais son peuple… La construction est mal engagée ? Les architectes auxquels il l’avait confiée ont mal travaillé ? Qu’à cela ne tienne… Dieu va reprendre lui-même la direction des opérations. Il va rétablir le droit et la justice à Jérusalem. Il le fera comme un architecte, il va en quelque sorte rebâtir sa ville ! Mais sur des bases saines, cette fois.
    Voici ce passage d’Isaïe : « Voici que je pose dans Sion une pierre à toute épreuve, une pierre angulaire, précieuse, établie pour servir de fondation. Celui qui s’y appuie ne sera pas pris de court. Je prendrai le droit comme cordeau et la justice comme niveau. » (Is 28, 16).
    Notre psaume reprend cette image de la pierre angulaire et il la précise pour annoncer le retournement spectaculaire que Dieu va opérer. C’est sur toutes ces valeurs méprisées par les mauvais gouvernants que Dieu va bâtir une société nouvelle ; mieux, c’est de tous les petits, les humbles, les méprisés, qu’il va faire naître le peuple nouveau ! « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».
    Jésus lui-même a cité à son propre sujet cette parole prophétique « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » dans la parabole des vignerons homicides (qui tuent le fils du propriétaire) ; on trouve cette parabole dans les trois évangiles synoptiques : ce qui prouve l’importance de ce thème dans la première génération chrétienne (Mt 21, 33-46 ; Mc 12, 1-12 ; Lc 20, 9-19).
    C’est donc tout naturellement que ce psaume est devenu l’exultation pascale par excellence. Le Christ est cette pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs : il est devenu la pierre d’angle, la pierre de fondation de l’humanité nouvelle. Désormais, l’humanité libérée de la mort peut chanter avec lui : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du SEIGNEUR. »

    DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Col 3, 1-4 et aux Corinthiens 5, 6b – 8
    La liturgie nous propose deux lectures au choix, mais il est très intéressant de les lire et de les méditer toutes les deux ensemble ! Lecture de quelques versets de saint Paul dans la lettre aux Colossiens et dans la 1ère lettre aux Corinthiens
    Colossiens 3, 1-4
    1 Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ,
    recherchez les réalités d’en haut :
    c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
    2 Pensez aux réalités d’en haut,
    non à celles de la terre.
    3 En effet, vous êtes passés par la mort,
    et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu.
    4 Quand paraîtra le Christ, votre vie,
    alors vous aussi,
    vous paraîtrez avec lui dans la gloire.
    ————————————————-
    1 Corinthiens 5, 6b – 8
    Frères,
    6 Ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit
    pour que fermente toute la pâte ?
    7 Purifiez-vous donc des vieux ferments
    et vous serez une pâte nouvelle,
    vous qui êtes le pain de la Pâque,
    celui qui n’a pas fermenté.
    Car notre agneau pascal a été immolé :
    c’est le Christ.
    8 Ainsi, célébrons la Fête,
    non pas avec de vieux ferments,
    non pas avec ceux de la perversité et du vice,
    mais avec du pain non fermenté,
    celui de la droiture et de la vérité.

    Tout d’abord, il faut nous habituer au vocabulaire de saint Paul ; par exemple, nous pouvons être un peu surpris d’entendre : « Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes morts avec le Christ » : A vrai dire, si nous sommes là, vous et moi, aujourd’hui, c’est que nous sommes bien vivants… c’est-à-dire pas encore morts… et encore moins ressuscités ! Il faut croire que les mots n’ont pas le même sens pour Paul que pour nous ! Car, pour lui, depuis ce fameux matin de Pâques, plus rien n’est comme avant.
    Autre problème de vocabulaire : « Tendez vers les réalités d’en-haut, et non pas vers celles de la terre. » Il ne s’agit pas, en fait, de choses (qu’elles soient d’en-haut ou d’en-bas), il s’agit de conduites, de manières de vivre… Ce que Paul appelle les « réalités d’en-haut », il le dit dans les versets suivants, c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise… Notre vie tout entière est dans cette tension : notre transformation, notre résurrection est déjà accomplie en Christ mais il nous reste à égrener cette réalité profonde, très concrètement au long des jours.
    Si on continuait la lecture, on trouverait cette expression : « Vous avez revêtu l’homme nouveau » ; et un peu plus loin « par-dessus tout, revêtez l’amour, c’est le lien parfait ». Il me semble que c’est le meilleur commentaire du passage que nous lisons aujourd’hui. « Vous avez revêtu », c’est déjà fait… « revêtez », c’est encore à faire.
    Nous retrouvons cette tension dans tout le reste de la prédication de Paul et en particulier dans cette même lettre aux Colossiens : « Vous qui autrefois étiez étrangers, vous dont les oeuvres mauvaises manifestaient l’hostilité profonde, voilà que maintenant Dieu vous a réconciliés dans le corps périssable de son Fils… Mais il faut que, par la foi, vous teniez solides et fermes, sans vous laisser déporter hors de l’espérance de l’Evangile… Que personne ne vous abuse par de beaux discours… Poursuivez donc votre route dans le Christ … Soyez enracinés et fondés en lui, affermis ainsi dans la foi telle qu’on vous l’a enseignée, et débordants de reconnaissance…Veillez à ce que nul ne vous prenne au piège de la philosophie, cette creuse duperie à l’enseigne de la tradition des hommes, des éléments du monde et non plus du Christ… Ensevelis avec le Christ dans le Baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités… »
    Il ne s’agit donc pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire ; sachant que cet « autrement » est désormais possible, car c’est l’Esprit-Saint qui nous en rend capables. Le même Paul dira à peine plus loin, dans cette même lettre : « Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. » C’est ce monde-ci qui est promis au Royaume, il ne s’agit donc pas de le mépriser mais de le vivre déjà comme la semence du Royaume. Il n’est pas question de dénigrer les réalités terrestres ! Dieu nous les a confiées, au contraire, à nous de les transfigurer.
    C’est dans cet esprit que Paul nous invite à être une pâte nouvelle : « Purifiez-vous des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes comme le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. » Ici, il fait allusion au rite des Azymes ; chaque année, au moment où l’on s’apprête à partager l’agneau pascal, on prend bien soin de nettoyer les maisons de toute trace du levain de la récolte de l’année dernière ; le repas de la nuit pascale (le seder) est accompagné de galettes de pain non levé (le pain azyme) et dans la semaine qui suit on continue à manger du pain sans levain en attendant d’avoir pu laisser fermenter le levain nouveau.
    Les deux rites de l’agneau pascal et des Azymes étaient donc liés dans la célébration de la Pâque ; et Paul les lie dans son raisonnement : « Purifiez-vous des vieux ferments… Le Christ, notre agneau pascal, a été immolé ». Paul fait donc référence à toute la symbolique de la fête pascale juive et il l’applique à la Pâque des chrétiens ; il n’a pas une seconde l’impression de changer le sens de la fête juive en parlant de la Pâque du Christ : au contraire, il voit dans la Résurrection du Christ le parfait achèvement du combat de libération que rappelait chaque année la Pâque juive.
    Pour Paul, c’est une évidence : en Jésus l’ancienne fête des Azymes n’a pas perdu sa signification ; au contraire, elle trouve son sens plénier : la Pâque des Chrétiens est bien la fête de la libération, mais désormais, la libération est définitive. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ a triomphé des pires chaînes, celles de la mort et de la haine. Et cette libération est contagieuse ; comme dit Paul, « un peu de levain suffit pour que toute la pâte fermente ». L’Esprit qui poursuit son oeuvre dans le monde fera irrésistiblement « lever » comme une pâte l’humanité tout entière.

    EVANGILE – selon Saint Jean 20 , 1 – 9
    1 Le premier jour de la semaine,
    Marie Madeleine se rend au tombeau
    de grand matin ; c’était encore les ténèbres.
    Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
    2 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
    celui que Jésus aimait,
    et elle leur dit :
    « On a enlevé le Seigneur de son tombeau
    et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
    3 Pierre partit donc avec l’autre disciple
    pour se rendre au tombeau.
    4 Ils couraient tous les deux ensemble,
    mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
    et arriva le premier au tombeau.
    5 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
    cependant il n’entre pas.
    6 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
    Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges posés à plat,
    7 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
    non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
    8 C’est alors qu’entra l’autre disciple,
    lui qui était arrivé le premier au tombeau.
    Il vit, et il crut.
    9 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
    que, selon l’Ecriture,
    il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

    Jean note qu’il faisait encore sombre : la lumière de la Résurrection a troué la nuit ; on pense évidemment au Prologue du même évangile de Jean : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » au double sens du mot « saisir », qui signifie à la fois « comprendre » et « arrêter » ; les ténèbres n’ont pas compris la lumière, parce que, comme dit Jésus également chez Saint Jean « le monde est incapable d’accueillir l’Esprit de vérité » (Jn 14, 17) ; ou encore : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière » (Jn 3, 19) ; mais, malgré tout, les ténèbres ne pourront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller ; c’est toujours Saint Jean qui nous rapporte la phrase qui dit la victoire du Christ : « Soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).
    Donc, « alors qu’il fait encore sombre », Marie de Magdala voit que la pierre a été enlevée du tombeau ; elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, (on suppose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. » Evidemment, les deux disciples se précipitent ; vous avez remarqué la déférence de Jean à l’égard de Pierre ; Jean court plus vite, il est plus jeune, probablement, mais il laisse Pierre entrer le premier dans le tombeau.
    « Pierre entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. » Leur découverte se résume à cela : le tombeau vide et les linges restés sur place ; mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Pour Saint Jean, ces linges sont des pièces à conviction : ils prouvent la Résurrection ; au moment même de l’exécution du Christ, et encore bien longtemps après, les adversaires des Chrétiens ont répandu le bruit que les disciples de Jésus avaient tout simplement subtilisé son corps. Saint Jean répond : « Si on avait pris le corps, on aurait pris les linges aussi ! Et s’il était encore mort, s’il s’agissait d’un cadavre, on n’aurait évidemment pas enlevé les linges qui le recouvraient. »
    Ces linges sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié ; son corps était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité ; Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré ; son corps ressuscité ne connaît plus d’entrave.
    La dernière phrase est un peu étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
    Jean a déjà noté à plusieurs reprises dans son évangile qu’il a fallu attendre la Résurrection pour que les disciples comprennent le mystère du Christ, ses paroles et son comportement. Au moment de la Purification du Temple, lorsque Jésus avait fait un véritable scandale en chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, l’évangile de Jean dit : « Lorsque Jésus se leva d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait parlé ainsi, et ils crurent à l’Ecriture ainsi qu’à la parole qu’il avait dite. » (Jn 2, 22). Même chose lors de son entrée triomphale à Jérusalem, Jean note : « Au premier moment, ses disciples ne comprirent pas ce qui arrivait, mais lorsque Jésus eut été glorifié, ils se souvinrent que cela avait été écrit à son sujet. » (Jn 12, 16).
    Mais soyons francs : vous ne trouverez nulle part dans toute l’Ecriture une phrase pour dire que le Messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Ecriture revenait tout d’un coup à leur mémoire ; mais, tout d’un coup, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit Saint Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Ecritures ».
    « Il vit et il crut. Jusque là, les disciples n’avaient pas vu que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts… » C’est parce que Jean a cru que l’Ecriture s’est éclairée pour lui : jusqu’ici combien de choses de l’Ecriture lui étaient demeurées obscures ; mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hésiter, alors tout devient clair : il relit l’Ecriture autrement et elle lui devient lumineuse. L’expression « il fallait » dit cette évidence. Comme disait Saint Anselme, il ne faut pas comprendre pour croire, il faut croire pour comprendre.
    A notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la Résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la Résurrection : la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant !
    —————————–
    Compléments
    – Jusqu’à cette expérience du tombeau vide, les disciples ne s’attendaient pas à la Résurrection de Jésus. Ils l’avaient vu mort, tout était donc fini… et, pourtant, ils ont quand même trouvé la force de courir jusqu’au tombeau… A nous désormais de trouver la force de lire dans nos vies et dans la vie du monde tous les signes de la Résurrection. L’Esprit nous a été donné pour cela. Désormais, chaque « premier jour de la semaine », nous courons, avec nos frères, à la rencontre mystérieuse du Ressuscité.
    – C’est Marie-Madeleine qui a assisté la première à l’aube de l’humanité nouvelle ! Marie de Magdala, celle qui avait été délivrée de sept démons… elle est l’image de l’humanité tout entière qui découvre son Sauveur. Mais, visiblement, elle n’a pas compris tout de suite ce qui se passait : là aussi, elle est bien l’image de l’humanité !
    Et, bien qu’elle n’ait pas tout compris, elle est quand même partie annoncer la nouvelle aux apôtres et c’est parce qu’elle a osé le faire, que Pierre et Jean ont couru vers le tombeau et que leurs yeux se sont ouverts. A notre tour, n’attendons pas d’avoir tout compris pour oser inviter le monde à la rencontre du Christ ressuscité.


  • Homélie du dimanche 1er avril

    Dimanche 1er avril 2018
    dimanche de Pâques

    LA RESURRECTION DE NOTRE SAUVEUR ET SEIGNEUR JESUS-CHRIST
    Nous sommes aujourd’hui au cœur même du mystère chrétien : « Vous êtes ressuscités avec le Christ.  » (Colossiens 3.1)
    Deux lectures évangéliques nous sont proposées par l’Eglise. L’une pour la liturgie du matin, la deuxième pour la liturgie en fin de ce dimanche.
    Au matin, la lecture nous emmène avec Marie-Madeleine : « Il fait encore sombre.  » (Jean 20.1) En fin de journée, les disciples d’Emmaüs voient clair : « Leurs yeux s’ouvrirent » . L’Eglise qui se retrouve dans la chambre haute, celle partie sur le chemin, et celle restée à Jérusalem, toutes deux, réunies dans la foi et la lumière parle à l’unisson de sa joie : « C’est vrai ! Le Seigneur est ressuscité !  » Leurs yeux et leur cœur se sont ouverts.
    Le mystère chrétien est essentiellement un mystère de lumière. Cette lumière, dont l’étoile de Bethléem indiquait la naissance, a brillé parmi nous avec une clarté croissante. Les ténèbres du Golgotha n’ont pu l’éteindre. Elle reparaît maintenant parmi nous.
    Tous les cierges de la nuit pascale allumés durant la liturgie romaine en ont proclamé ce triomphe. « Jour unique et saint, roi et seigneur des jours, fête des fêtes, solennité des solennités !  » chante la liturgie de l’Eglise d’Orient. Quand le célébrant arrive, tenant un cierge allumé, le chœur chante ce mystère de la lumière divine : « Venez, prenez de la lumière à la lumière sans soir et glorifiez le Christ ressuscité des morts.  » C’est pour la même raison qu’au baptême, dans la liturgie romaine, le cierge, remis au nouveau baptisé, est allumé au cierge pascal, qui est le Christ.
    JUSQU’AU JOUR SANS DECLIN DE SON ROYAUME
    La résurrection de Jésus serait pour nous sans valeur si la lumière divine ne resplendissait pas en même temps parmi nous et au-dedans de nous. Nous ne pouvons dignement célébrer la résurrection du Christ que si, dans notre âme, la lumière apportée par le Sauveur, a complètement vaincu les ténèbres de nos péchés.
    « Recherchez donc les réalités d’en haut. C’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre.  » (Lecture de saint Paul aux Colossiens, dans la liturgie romaine).
    L’Eglise en Orient fait entendre à ses fidèles le début de l’évangile selon saint Jean : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas connue.  » Elles ont été impuissantes à maîtriser et à éteindre cette lumière dont nous voyons aujourd’hui le triomphe : « Nous avons vu sa gloire.  » (Jean 1.14)
    « O Pâque grande et très sainte, ô Christ, Sagesse, Verbe et Puissance de Dieu, donne-nous de communier à toi avec plus de vérité au jour sans déclin de ton Royaume.  » Ce canon de Pâques, attribué à saint Jean Damascène, est alors chanté et c’est alors que les fidèles, comme les apôtres au soir de Pâques, se saluent en disant et répétant : « Le Christ est ressuscité ! En vérité, il est ressuscité !  » (Luc 24. 34)
    RESSUSCITES AVEC LE CHRIST
    Au matin de Pâques, devant le tombeau vide, Pierre et Jean découvrent qu’il fallait que le Christ ressuscite d’entre les morts (Jean 20. 9) Au soir, à Emmaüs, les deux disciples désenchantés et lents à croire, entendent leur compagnon de route leur dire : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ?  » (Luc 24. 26)
    Saint Jean Chrysostome dans son homélie de Pâques qui est lue à la fin de la liturgie de l’Eglise d’Orient rappelle que ceux-là seuls partagent la grâce de la Résurrection du Christ qui ont porté la croix et sont morts avec Lui.
    Sans la croix, la gloire du Ressuscité ne peut devenir notre part. Dans le même temps, le Seigneur connaît notre lenteur et la faiblesse de notre foi. Pierre et les autres apôtres participeront à la Passion de leur maître, mais seulement après que la force de sa Résurrection leur aura été communiquée. Notre Seigneur agit de même avec nous.
    Malgré tout ce dont avons souffert et supporté,ou supportons encore, nous sommes loin d’avoir aidé Jésus à porter sa croix. Nous avons dormi durant son agonie, nous l’avons abandonné, nous l’avons renié par nos péchés multiples.
    Et cependant, si peu préparés, si impurs que nous soyons, Jésus nous invite à entrer dans la joie pascale. Le pardon et la vie ont jailli du sépulcre vide. Et le Christ ressuscité surmonte tous les obstacles qui s’interposent entre lui et nous.
    Le soir de Pâques , il entre dans cette chambre haute dont les portes étaient fermées (Jean 20. 19). Il peut entrer dans les âmes qui jusqu’ici lui sont demeurées closes. Il nous y apporte son message de miséricorde : « Jésus vint, se tint au milieu d’eux et leur dit : La Paix soit avec vous.  » (Jean 20. 19)
    ***
    Après la Communion eucharistique, sacrement de la Pâque du Seigneur, la liturgie latine nous fait prier ainsi : « Dieu de toute bonté, ne cesse pas de veiller sur ton Eglise. Déjà les sacrements de la Pâque nous ont régénérés en nous obtenant ton pardon, en nous faisant communier à ta vie. Donne-nous d’entrer dans la lumière de la résurrection.  » (Prière après la communion)
    En ce jour de Pâques, la foi, permet à la réalité divine d’illuminer notre vie. Il est une action à entreprendre : porter partout témoignage de la bouleversante découverte d’un monde nouveau., comme le chante la liturgie byzantine :
    Voici le jour de la Résurrection.
    Voici la lumière de notre joie !
    Voici la Pâque du Seigneur !
    Le Christ nous a fait passer
    de la mort à la vie
    et de la terre aux cieux !
    Chantons son triomphe !
    Purifions nos vies.
    Nous le verrons,
    le Seigneur étincelant de Lumière.
    Le Christ ressuscité !
    et nous l’entendrons nous dire
    « Paix sur vous ».
    Chantons son triomphe
    Joie, Joie sans fin !
    Le Christ est ressuscité !
    Alléluià !


vendredi 23 mars 2018

  • Assemblée plénière de printemps des évêques de France : communiqué final

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    L’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France s’est achevée ce vendredi 23 mars. Réunis à huis clos depuis le mardi 20 mars à Lourdes, les évêques de France ont travaillé sur différents sujets.
    A l’issue du discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, les évêques ont commencé leur réunion par un échange sur l’actualité de l’Église et de la société.
    En cette période où sont ouverts les États généraux de la bioéthique dans notre pays, les évêques ont fait le point sur la réflexion et la mobilisation de l’Église de France sur les sujets bioéthiques. Ils se sont unanimement et nommément engagés dans une déclaration mettant en garde contre la légalisation de l’euthanasie qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Dans cette déclaration, « ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres ».
    Au cours de cette Assemblée, le jeudi 22, les évêques ont pris un temps notable pour échanger entre eux sur le phénomène migratoire et l’accueil des migrants dans notre pays. Ayant entendu des experts sur la réalité des migrations, ils ont ensuite échangé et se sont enrichis de leurs expériences diocésaines lors de forums.
    Parmi les autres dossiers à l’ordre du jour, deux séquences furent dédiées à la lutte contre la pédophilie. Le Père Hans Zollner, jésuite, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, est venu témoigner de son expérience et de son approche de ce sujet au niveau mondial. La deuxième séquence a permis aux évêques de continuer à travailler sur la nécessité de manifester leur proximité et leur compassion aux victimes de la pédophilie dans l’Église.
    Ces temps de travail réguliers permettent d’améliorer les dispositifs et de garder une extrême vigilance contre ce fléau.
    Animée par un groupe de travail issu du Comité études et projets, une séquence de cette assemblée a voulu favoriser une prise de conscience des nouvelles ritualités civiles et de leur impact sur la société et l’Église. Monsieur Olivier Servais, historien et anthropologue, a notamment éclairé les évêques sur le surgissement de la question rituelle dans le monde virtuel. Il a présenté le champ de ces ritualités et en a proposé des clés d’interprétation anthropologique. Les évêques ont ensuite pu échanger lors de forums sur diverses facettes de ces nouvelles ritualités civiles : les rites liés à un événement (marches blanches…), les rites dans le champ des nouveaux moyens de communication (réseaux sociaux…), les paraliturgies qui répondent à ces besoins de rituels et les rituels qui se transforment dans l’accompagnement des étapes de la vie (naissances, mariages, deuils…).
    En vue de la préparation du synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel (3-28 octobre 2018), les évêques ont préparé leur participation en échangeant, en forums, sur les points importants à faire remonter et à travailler lors de ce synode. Cette réflexion a permis aussi de partager sur la pastorale des jeunes de 16 à 29 ans dans l’Église de France tant au plan diocésain que national.
    Les évêques ont aussi travaillé sur des sujets liés au fonctionnement de l’institution. Ils ont ainsi abordé les questions économiques et financières des diocèses avec leurs disparités, leurs enjeux à court et moyen terme, les perspectives d’évolution possible. Ils ont poursuivi leur réflexion sur l’évolution des structures de la Conférence des évêques de France en vue de la présentation, lors d’une prochaine Assemblée, d’un nouvel organigramme.
    Enfin, dans la perspective de l’éventuelle révision des statuts de l’Enseignement catholique prévue lors de leur adoption il y a cinq ans, les évêques ont engagé un premier échange avant un débat plus approfondi lors de la prochaine Assemblée plénière de novembre 2018.
    Lors de cette Assemblée de printemps, les évêques ont aussi procédé à divers votes.
    Ont été élus :

    Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, président du Conseil famille et société, pour un premier mandat;
    Mgr Norbert Turini, évêque de Perpignan, Président du Conseil pour la communication, pour un deuxième mandat ;
    Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, membre de la commission doctrinale, pour un premier mandat.

    Par ailleurs, les évêques ont approuvé par vote :

    L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Paulin Enfert
    (1853 – 1922), fondateur de la Mie de Pain dans le diocèse de Paris ;
    L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Gérin
    (1797 – 1863), prêtre du diocèse de Grenoble ;
    La réouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Bazin, prêtre du diocèse de Séez.
    L’Assemblée s’est aussi prononcée favorablement pour la nomination de Saint Irénée de Lyon comme Docteur de l’Unité.

    Par ailleurs, en marge de l’Assemblée, le Conseil permanent a nommé :

    Le Père Vincent Breynaert, de la Communauté du Chemin neuf, directeur du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations ;
    Mademoiselle Bernadette Mélois, vierge consacrée, directrice du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle.
    Ces directeurs prendront leurs fonctions le 1er septembre 2018.


jeudi 22 mars 2018

  • Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité !

    Nous devons tous pouvoir réfléchir le plus sereinement possible à la fin de vie. En apportant leur éclairage, les 118 évêques de France signent une Déclaration « Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité ! », ce jeudi 22 mars 2018. Ils expriment leur compassion envers leurs frères et sœurs en fin de vie et saluent les professionnels de santé qui leur procurent une réelle qualité de vie avec une fin de vie la plus apaisée possible. Ils déplorent les disparités d’accès aux soins palliatifs sur le territoire national, ainsi que l’insuffisance des formations proposées aux personnels soignants, car cela engendre des souffrances tragiques. Ce sont elles qui occasionnent les demandes de légalisation d’assistance au suicide et d’euthanasie.
    Avec ces constats, les évêques de France avancent six raisons éthiques majeures pour s’opposer à cette légalisation qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres.
    Les 118 évêques signataires insistent : « Ne nous trompons donc pas d’urgence ! »

     
    Quelles que soient nos convictions, la fin de vie est un temps que nous vivrons tous et une inquiétude que nous partageons. Chacun doit donc pouvoir y réfléchir le plus sereinement possible, en évitant les écueils des passions et des pressions.
    Nous voulons avant tout exprimer notre pleine compassion envers nos frères et sœurs en « fin de vie », comme l’Église a toujours essayé de le faire. Ils se présentent dans leur faiblesse, parfois extrême. Leur existence est un appel : de quelle humanité, de quelle attention, de quelle sollicitude ferons-nous preuve envers eux qui vivent au milieu de nous ?
    Nous saluons les professionnels de santé qui leur procurent une qualité de vie dans une fin de vie la plus apaisée possible, grâce à leur compétence technique et à leur humanité, aussi bien dans le suivi quotidien que dans les situations d’urgence. Certains d’entre eux sont engagés, souvent avec de fortes convictions personnelles, en soins palliatifs. Grâce à eux et à l’effort de déploiement de ces soins, nombre de nos concitoyens vivent de manière apaisée leur fin de vie.
    Cependant, ces soins ne sont pas suffisamment développés et les possibilités de soulagement de la souffrance sous toutes ses formes ne sont pas assez connues. Il est urgent de combattre cette ignorance, source de peurs qui ne sont jamais bonnes conseillères et dont s’abreuvent les sondages.
    Ancrés dans l’ensemble du territoire, nous déplorons les disparités d’accès aux soins palliatifs ainsi que l’insuffisance de formations proposées au personnel médical et soignant, ce qui engendre des souffrances parfois tragiques. C’est pourquoi l’urgence consiste à poursuivre le développement des soins palliatifs pour que toute personne en ayant besoin puisse, selon la loi du 9 juin 1999, y avoir accès quel que soit son lieu de vie, y compris dans les EHPAD et dans les maisons de retraite.
    En raison de ces carences et de la médiatisation de certains cas, plusieurs réclament un changement de la loi par la légalisation d’une assistance médicale au suicide et de l’euthanasie. Face à cette réclamation, nous affirmons notre opposition éthique pour au moins six raisons :
    1. La dernière loi a été votée récemment, le 2 février 2016. Dans la suite de celle du 22 avril 2005 – dont le retentissement fut international –, elle poursuit l’effort d’une prise en charge responsable et collégiale de la part des soignants pour garantir une fin de vie apaisée. Son application est encore largement en chantier et demande une formation appropriée. Apprécier, au cas par cas, comment accompagner au mieux chaque personne en grande vulnérabilité demande temps, discernement et délicatesse. Changer la loi manifesterait un manque de respect non seulement pour le travail législatif déjà accompli, mais aussi pour la patiente et progressive implication des soignants. Leur urgence, c’est qu’on leur laisse du temps.
    2. Fort de la fraternité qu’il proclame, comment l’État pourrait-il, sans se contredire, faire la promotion – même encadrée – de l’aide au suicide ou de l’euthanasie tout en développant des plans de lutte contre le suicide ? Ce serait inscrire au cœur de nos sociétés la transgression de l’impératif civilisateur : « Tu ne tueras pas. » Le signal envoyé serait dramatique pour tous, et en particulier pour les personnes en grande fragilité, souvent tiraillées par cette question : « Ne suis-je pas un poids pour mes proches et pour la société ? » Quelles que soient les subtilités juridiques recherchées pour étouffer les problèmes de conscience, le geste fratricide se dresserait dans notre conscience collective comme une question refoulée et sans réponse : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
    3. Si l’État confiait à la médecine la charge d’exécuter ces demandes de suicide ou d’euthanasie, des personnels soignants seraient entraînés, malgré eux, à penser qu’une vie ne serait plus digne d’être vécue, ce qui serait contraire au Code de déontologie médicale : « Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. » Selon Paul Ricœur reprenant la tradition hippocratique, la relation de soin est par nature un « pacte de confiance » qui unit soignés et soignants et qui interdit à ces derniers, au nom de cette dignité, de faire volontairement du mal à autrui et encore moins de le faire mourir. Tuer, même en prétendant invoquer la compassion, n’est en aucun cas un soin. Il est urgent de sauvegarder la vocation de la médecine.
    4. Même si une clause de conscience venait protéger les soignants, qu’en serait-il des personnes vulnérables ? Dans leur autonomie, elles ont besoin de confiance et d’écoute pour confier leurs désirs, souvent ambivalents. Quelle serait la cohérence de l’engagement médical si, dans certains lieux, des soignants étaient prompts à accéder à leurs désirs de mort chimiquement provoquée, tandis que dans d’autres, ils les accompagnaient, grâce à l’écoute patiente et au soulagement des différentes souffrances, vers une mort naturelle paisible ? La vulnérabilité de personnes – jeunes et moins jeunes – en situation de dépendance et de fin de vie appelle non un geste de mort mais un accompagnement solidaire. La détresse de celles qui demandent parfois que l’on mette fin à leur vie, si elle n’a pu être prévenue[1], doit être entendue. Elle oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société.
    5. Les tenants de l’aide au suicide et de l’euthanasie invoquent « le choix souverain du malade, son désir de maîtriser son destin ». Ils prétendent que « l’exercice de ce droit n’enlève rien à personne. C’est le type même de la liberté personnelle qui ne déborde pas sur la liberté d’autrui ». Mais qu’est-ce qu’une liberté qui, au nom d’une illusoire autonomie souveraine, enfermerait la personne vulnérable dans la solitude de sa décision ? L’expérience atteste que la liberté est toujours une liberté en relation grâce à laquelle le dialogue se noue afin que le soignant soit bienfaisant. Nos choix personnels, qu’on le veuille ou non, ont une dimension collective. Les blessures du corps individuel sont des blessures du corps social. Si certains font le choix désespéré du suicide, la société a avant tout le devoir de prévenir ce geste traumatisant. Ce choix ne doit pas entrer dans la vie sociale par le biais d’une coopération légale au geste suicidaire.
    6. Réclamer sous quelque forme que ce soit une « aide médicale à mourir », c’est imaginer, comme c’est le cas dans des pays voisins, des institutions spécialisées dans la mort. Mais alors quelles institutions ? Et avec quel financement ? Ou bien, c’est conduire notre système de santé à imposer à nos soignants et à nos concitoyens une culpabilité angoissante, chacun pouvant être amené à s’interroger : « Ne devrais-je pas envisager un jour de mettre fin à ma vie ? » Cette question sera source d’inévitables tensions pour les patients, leurs proches et les soignants. Elle pèserait gravement sur la relation de soin.
    Ne nous trompons donc pas d’urgence !
    Face aux troubles et aux doutes de notre société, comme le recommande Jürgen Habermas, nous offrons le récit du « bon Samaritain » qui prend en charge « l’homme à demi-mort », le conduit dans une « auberge » hospitalière et exerce la solidarité face à la « dépense » qu’occasionnent ses « soins ». À la lumière de ce récit, nous appelons nos concitoyens et nos parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie toujours plus en France une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres. Cette fraternité inspira l’ambition de notre système solidaire de santé au sortir de la Seconde guerre mondiale. Que ferons-nous de cette ambition ? La fraternité relève d’une décision et d’une urgence politiques que nous appelons de nos vœux.
    Card. Philippe BARBARIN, archevêque de Lyon,
    Card. Jean-Pierre RICARD, archevêque de Bordeaux, évêque de Bazas,
    Card. André VINGT-TROIS, archevêque émérite de Paris,
    Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille et président de la CEF,
    Mgr Pierre-Marie CARRÉ, archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF,
    Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis et vice-président de la CEF,
    Mgr Marc AILLET, évêque de Bayonne, Lescar-Oloron,
    Mgr Bernard-Nicolas AUBERTIN, archevêque de Tours,
    Mgr Gilbert AUBRY, évêque de Saint-Denis de la Réunion,
    Mgr Eric AUMONIER, évêque de Versailles,
    Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris,
    Mgr Jean-Marc AVELINE, évêque auxiliaire de Marseille,
    Mgr Claude AZEMA, évêque auxiliaire de Montpellier,
    Mgr Philippe BALLOT, archevêque de Chambéry, évêque de Maurienne et Tarentaise,
    Mgr Jean-Louis BALSA, évêque de Viviers,
    Mgr Sylvain BATAILLE, évêque de Saint-Etienne,
    Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois,
    Mgr Jérôme BEAU, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr Jacques BENOIT-GONNIN, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis,
    Mgr Didier BERTHET, évêque de Saint-Dié,
    Mgr Francis BESTION, évêque de Tulle,
    Mgr Dominique BLANCHET, évêque de Belfort-Montbéliard,
    Mgr Jacques BLAQUART, évêque d’Orléans,
    Mgr Yves BOIVINEAU, évêque d’Annecy,
    P. Jean BONDU, administrateur diocésain de Luçon,
    Mgr Jean-Luc BOUILLERET, archevêque de Besançon,
    Mgr Jean-Claude BOULANGER, évêque de Bayeux-Lisieux,
    Mgr Pierre-Antoine BOZO, évêque de Limoges,
    Mgr Thierry BRAC de la PERRIÈRE, évêque de Nevers,
    Mgr Nicolas BROUWET, évêque de Tarbes et Lourdes,
    Mgr Jean-Luc BRUNIN, évêque du Havre,
    Mgr Laurent CAMIADE, évêque de Cahors,
    Mgr Jean-Pierre CATTENOZ, archevêque d’Avignon,
    Mgr Raymond CENTENE, évêque de Vannes,
    Mgr Philippe CHRISTORY, évêque nommé de Chartres,
    Mgr Georges COLOMB, évêque de La Rochelle et Saintes,
    Mgr Luc CREPY, évêque du Puy-en-Velay,
    Mgr Emmanuel DELMAS, évêque d’Angers,
    Mgr Renauld de DINECHIN, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin,
    Mgr Laurent DOGNIN, évêque de Quimper et Léon,
    Mgr Vincent DOLLMANN, évêque auxiliaire de Strasbourg,
    Mgr Christophe DUFOUR, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles,
    Mgr Jean-Marc EYCHENNE, évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix,
    Mgr Bruno FEILLET, évêque auxiliaire de Reims,
    Mgr François FONLUPT, évêque de Rodez et Vabres,
    Mgr Maurice GARDÈS, archevêque d’Auch,
    Mgr François GARNIER, archevêque de Cambrai,
    Mgr Maroun Nasser GEMAYEL, évêque de l’Éparchie Notre-Dame-du-Liban de Paris des Maronites de France,
    Mgr Olivier de GERMAY, évêque d’Ajaccio,
    Mgr Bernard GINOUX, évêque de Montauban,
    Mgr Hervé GIRAUD, archevêque de Sens et Auxerre et prélat de la Mission de France,
    Mgr Emmanuel GOBILLIARD, évêque auxiliaire de Lyon,
    Mgr Hervé GOSSELIN, évêque d’Angoulême,
    Mgr Bruno GRUA, évêque de Saint-Flour,
    Mgr Borys GUDZIAK, évêque de l’Éparchie de Saint-Vladimir-le-Grand de Paris,
    Mgr Jean-Paul GUSCHING, évêque de Verdun,
    Mgr Jacques HABERT, évêque de Séez,
    Mgr Hubert HERBRETEAU, évêque d’Agen,
    Mgr Antoine HEROUARD, évêque auxiliaire de Lille,
    Mgr Denis JACHIET, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr François JACOLIN, évêque de Mende,
    Mgr Jean-Paul JAEGER, évêque d’Arras,
    Mgr Jean-Paul JAMES, évêque de Nantes,
    Mgr Thierry JORDAN, archevêque de Reims,
    Mgr Vincent JORDY, évêque de Saint Claude,
    Mgr François KALIST, archevêque de Clermont,
    Mgr Guy de KERIMEL, évêque de Grenoble – Vienne,
    Mgr Christian KRATZ, évêque auxiliaire de Strasbourg,
    Mgr Bertrand LACOMBE, évêque auxiliaire de Bordeaux,
    Mgr Emmanuel LAFONT, évêque de Cayenne,
    Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE, évêque de Metz,
    Mgr Stanislas LALANNE, évêque de Pontoise,
    Mgr Laurent LE BOULC’H, évêque de Coutances et Avranches,
    Mgr Patrick LE GAL, évêque auxiliaire de Lyon,
    Mgr Robert LE GALL, archevêque de Toulouse,
    Mgr Yves LE SAUX, évêque du Mans,
    Mgr Jean-Marie LE VERT, évêque auxiliaire de Bordeaux,
    Mgr Olivier LEBORGNE, évêque d’Amiens,
    Mgr Dominique LEBRUN, archevêque de Rouen,
    Mgr Jean LEGREZ, archevêque d’Albi,
    Mgr David MACAIRE, archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France,
    Mgr Charles MAHUZA YAVA sds, évêque de Mayotte,
    Mgr Armand MAILLARD, archevêque de Bourges,
    Mgr Xavier MALLE, évêque de Gap et Embrun,
    Mgr André MARCEAU, évêque de Nice,
    Mgr Joseph de METZ-NOBLAT, évêque de Langres,
    Mgr Pierre-Yves MICHEL, évêque de Valence,
    Mgr Roland MINNERATH, archevêque de Dijon,
    Mgr Eric de MOULINS-BEAUFORT, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr Philippe MOUSSET, évêque de Périgueux et Sarlat,
    Mgr Denis MOUTEL, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier,
    Mgr Jean-Yves NAHMIAS, évêque de Meaux,
    Mgr Jean-Philippe NAULT, évêque de Digne, Riez et Sisteron,
    Mgr Christian NOURRICHARD, évêque d’Evreux,
    Mgr Pierre d’ORNELLAS, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
    Mgr Michel PANSARD, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes,
    Mgr Jean-Louis PAPIN, évêque de Nancy et Toul,
    Mgr Laurent PERCEROU, évêque de Moulins,
    Mgr Alain PLANET, évêque de Carcassonne et Narbonne,
    Mgr Luc RAVEL, archevêque de Strasbourg,
    Mgr Dominique REY, évêque de Fréjus – Toulon,
    Mgr Jean-Yves RIOCREUX, évêque de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre,
    Mgr Benoît RIVIÈRE, évêque d’Autun,
    P.  Sébastien ROBERT, administrateur diocésain de Chartres,
    Mgr Pascal ROLAND, évêque de Belley-Ars,
    Mgr Antoine de ROMANET, évêque aux Armées françaises,
    Mgr Michel SANTIER, évêque de Créteil,
    Mgr Thierry SCHERRER, évêque de Laval,
    Mgr Nicolas SOUCHU, évêque d’Aire et Dax,
    Mgr Marc STENGER, évêque de Troyes,
    Mgr Jean TEYROUZ, évêque de l’Eparchie de Sainte-Croix de Paris des Arméniens catholiques de France,
    Mgr François TOUVET, évêque de Châlons,
    Mgr Norbert TURINI, évêque de Perpignan-Elne,
    Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille,
    Mgr Thibault VERNY, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr Robert WATTEBLED, évêque de Nîmes, Uzès et Alès
    Mgr Pascal WINTZER, archevêque de Poitiers,
    P. Hugues de WOILLEMONT, administrateur diocésain de Nanterre.
    [1] À ce sujet, voir les propositions concrètes données dans le document : Mgr Pierre d’Ornellas et alii, Fin de vie, un enjeu de fraternité, Salvator, 2015, pp. 147-149.


mercredi 21 mars 2018

  • Trois questions à Guy Treffre, responsable de la plate-forme ecclésiale pour le service civique

    La plate-forme ecclésiale pour le service civique a été créée en 2011, quelle est sa mission, comment fonctionne-t-elle ?
    La plate-forme accompagne les mouvements et associations catholiques qui souhaitent rejoindre le dispositif du service civique.
    Elle rassemble des acteurs, structures nationales ou structures locales qui coopèrent pour organiser des temps de travail ou des temps de formation. Chaque structure qui engage un volontaire a l’obligation de lui proposer une formation pratique de secouriste et une formation théorique « civique et citoyenne ».
    Quel est votre rôle au sein de cette plate-forme ? Un peu plus d’un an après votre prise de poste, quel bilan faites-vous ?
    Je suis un facilitateur, je coordonne et je fais la promotion du dispositif, en diocèse ou auprès des mouvements, fondations ou associations catholiques.
    Beaucoup d’acteurs se sont engagés au cours de cette année, par exemple,  « Frat 57 » de la pastorale des jeunes de Metz ou encore la  « Mission saint Luc » du diocèse de Quimper et Léon. D’autres comme le diocèse de Bordeaux ou le diocèse de Moulins réfléchissent à la forme que pourrait prendre cet engagement.
    Selon un récent sondage, quatre-vingt-sept pour cent des responsables des ressources humaines ont une image positive de l’engagement et des volontaires du service civique. Selon le même sondage, ce qui motive les jeunes à s’engager c’est le fait de se sentir utile.
    Il faut encourager les diocèses à rejoindre la démarche et à aller encore plus loin dans l’embauche de volontaires, permettre aux jeunes de s’engager et de se sentir utiles dans nos différents diocèses, dans nos associations et auprès des citoyens.
    Un colloque est organisé les 27 et 28 mars à Paris. Pourquoi cet évènement ? Quel en sera le thème ?
    Cette année, plus de 200 volontaires en milieu ecclésial se réunissent pour réfléchir sur le thème « Écologie et société ». Le 27 mars, dix-huit associations engagées pour la biodiversité, la solidarité, la gestion des déchets, la production d’énergie vont se retrouver et échanger pour mieux agir demain.
    La journée du 28 mars sera consacrée aux projets d’avenir avec un temps de relecture pour chacun des jeunes sur le sens de l’engagement et sur son projet professionnel. Il s’agit de donner aux protagonistes des outils et des repères pour se projeter dans l’avenir.

    Colloque : « Écologie et société, le chant des possibles » pour la Journée Formation Civique et Citoyenne

    Dans le cadre de la Journée Formation civique et Citoyenne, organisée le mardi 27 mars 2018, Elena Lasida, chargée de mission Écologie et société à la Conférence des évêques de France, est intervenue dans le colloque auprès de 200 jeunes volontaires, membres d’institutions ecclésiales, à La Grande Crypte, sur le thème : « Écologie et société, le chant des possibles ».
    «Tous les jeunes en service civique dans des institutions ecclésiales : les mouvements, les associations, les paroisses ou autres lieux d’églises) étaient rassemblés lors du colloque. Ils ne sont pas nécessairement chrétiens mais ils travaillent dans des institutions confessionnelles », explique-t-elle. L’objectif de la journée d’étude : que les jeunes en mission de service civique rencontrent au travers d’ateliers les responsables de structures qui mènent des projets en faveur de l’écologie intégrale et les sensibiliser à la question écologique.
    L’intervention d’Elena Lasida portait précisément sur la réflexion de Laudato Si’. Il s’agissait de montrer comment l’Église s’est emparée de la question écologique. « La question écologique ne se réduit pas à la question environnementale. Quand nous employons le terme « écologie », on pense au bio, aux végétaux, aux oiseaux. L’approche de Laudato Si’ est avant tout de dire que c’est une science des relations. C’est la relation entre tous les êtres vivants : que ce soit les humains avec la nature ou les humains en situation de pauvreté. Dans tous les services, même s’ils ne travaillent pas en milieu rural en lien avec la nature, tout le monde est concerné par la question écologique.»
    D’autres intervenants comme Martin de Lalaubie du Centre de recherche et d’action sociale (CERAS) sont intervenus au cours de cette journée. Ils avaient préparé pour les jeunes une web-série : « Clameurs des pauvres, clameurs de la Terre », à partir de la formule de l’Encyclique. « C’est très intéressant car les épisodes sont joués par les propres jeunes à partir de questions écologiques », souligne-t-elle.


mardi 20 mars 2018

  • Commentaires du dimanche 25 mars

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 25 mars 2018
    dimanche des Rameaux

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre d’Isaïe 50, 4-7
    Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples,
    pour que je puisse, d’une parole,
    soutenir celui qui est épuisé.
    Chaque matin, il éveille,
    il éveille mon oreille
    pour qu’en disciple, j’écoute.
    Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille,
    et moi, je ne me suis pas révolté,
    je ne me suis pas dérobé.
    J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient,
    et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
    Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
    Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ;
    c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages,
    c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre :
    je sais que je ne serai pas confondu.

    ISRAEL, SERVITEUR DE DIEU
    Depuis des années, nous avons lu et relu ces textes étonnants qui font partie du livre d’Isaïe et qu’on appelle les « Chants du Serviteur » ; ils nous intéressent tout particulièrement, nous Chrétiens, pour deux raisons : d’abord par le message qu’Isaïe lui-même voulait donner par là à ses contemporains ; ensuite, parce que les premiers Chrétiens les ont appliqués à Jésus-Christ.
    Je commence par le message du prophète Isaïe à ses contemporains :
    Une chose est sûre, Isaïe ne pensait évidemment pas à Jésus-Christ quand il a écrit ce texte, probablement au sixième siècle av.J.C., pendant l’Exil à Babylone. Parce que son peuple est en Exil, dans des conditions très dures et qu’il pourrait bien se laisser aller au découragement, Isaïe lui rappelle qu’il est toujours le serviteur de Dieu. Et que Dieu compte sur lui, son serviteur (son peuple) pour faire aboutir son projet de salut pour l’humanité. Car le peuple d’Israël est bien ce Serviteur de Dieu nourri chaque matin par la Parole, mais aussi persécuté en raison de sa foi justement et résistant malgré tout à toutes les épreuves.
    Dans ce texte, Isaïe nous décrit bien la relation extraordinaire qui unit le Serviteur (Israël) à son Dieu. Sa principale caractéristique, c’est l’écoute de la Parole de Dieu, « l’oreille ouverte » comme dit Isaïe ;
    « Ecouter » la Parole, « se laisser instruire » par elle, cela veut dire vivre dans la confiance. « Dieu, mon SEIGNEUR m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire »… « La Parole me réveille chaque matin »… « J’écoute comme celui qui se laisse instruire »… « Le SEIGNEUR Dieu m’a ouvert l’oreille ».
    « Ecouter », c’est un mot qui a un sens bien particulier dans la Bible : cela veut dire faire confiance ; on a pris l’habitude d’opposer ces deux attitudes types entre lesquelles nos vies oscillent sans cesse : confiance à l’égard de Dieu, abandon serein à sa volonté parce qu’on sait d’expérience que sa volonté n’est que bonne… ou bien méfiance, soupçon porté sur les intentions de Dieu… et révolte devant les épreuves, révolte qui peut nous amener à croire qu’il nous a abandonnés ou pire qu’il pourrait trouver une satisfaction dans nos souffrances.
    Les prophètes, les uns après les autres, redisent « Ecoute, Israël » ou bien « Aujourd’hui écouterez-vous la Parole de Dieu…? » Et, dans leur bouche, la recommandation « Ecoutez » veut toujours dire « faites confiance à Dieu quoi qu’il arrive » ; et Saint Paul dira pourquoi : parce que « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (c’est-à-dire qui lui font confiance). » (Rm 8, 28). De tout mal, de toute difficulté, de toute épreuve, il fait surgir du bien ; à toute haine, il oppose un amour plus fort encore ; dans toute persécution, il donne la force du pardon ; de toute mort il fait surgir la vie, la Résurrection.
    C’est bien l’histoire d’une confiance réciproque. Dieu fait confiance à son Serviteur, il lui confie une mission ; en retour le Serviteur accepte la mission avec confiance. Et c’est cette confiance même qui lui donne la force nécessaire pour tenir bon jusque dans les oppositions qu’il rencontrera inévitablement. Ici la mission est celle de témoin : « Pour que je puisse soutenir celui qui est épuisé », dit le Serviteur. En confiant cette mission, le Seigneur donne la force nécessaire : Il « donne » le langage nécessaire : « Dieu, mon SEIGNEUR m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire »… Et, mieux, il nourrit lui-même cette confiance qui est la source de toutes les audaces au service des autres : « Le SEIGNEUR Dieu m’a ouvert l’oreille », ce qui veut dire que l’écoute (au sens biblique, la confiance) elle-même est don de Dieu. Tout est cadeau : la mission et aussi la force et aussi la confiance qui rend inébranlable. C’est justement la caractéristique du croyant de tout reconnaître comme don de Dieu.
    TENIR BON DANS L’EPREUVE
    Et celui qui vit dans ce don permanent de la force de Dieu peut tout affronter : « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé… » La fidélité à la mission confiée implique inévitablement la persécution : les vrais prophètes, c’est-à-dire ceux qui parlent réellement au nom de Dieu sont rarement appréciés de leur vivant. Concrètement, Isaïe dit à ses contemporains : tenez bon, le Seigneur ne vous a pas abandonnés, au contraire, vous êtes en mission pour lui. Alors ne vous étonnez pas d’être maltraités.
    Pourquoi ? Parce que le Serviteur qui « écoute » réellement la Parole de Dieu, c’est-à-dire qui la met en pratique, devient vite extrêmement dérangeant. Sa propre conversion appelle les autres à la conversion. Certains entendent l’appel à leur tour… d’autres le rejettent, et, au nom de leurs bonnes raisons, persécutent le Serviteur. Et chaque matin, le Serviteur doit se ressourcer auprès de Celui qui lui permet de tout affronter : « Il éveille mon oreille chaque matin… Le SEIGNEUR Dieu vient à mon secours : c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages… » Et là, Isaïe emploie une expression un peu curieuse en français mais habituelle en hébreu : « J’ai rendu mon visage dur comme pierre »1 : elle exprime la résolution et le courage ; en français, on dit quelquefois « avoir le visage défait », et bien ici le Serviteur affirme « vous ne me verrez pas le visage défait, rien ne m’écrasera, je tiendrai bon quoi qu’il arrive » ; ce n’est pas de l’orgueil ou de la prétention, c’est la confiance pure : parce qu’il sait bien d’où lui vient sa force : « Le SEIGNEUR Dieu vient à mon secours : c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages. »
    Je disais en commençant que le prophète Isaïe parlait pour son peuple persécuté, humilié, dans son Exil à Babylone ; mais, bien sûr, quand on relit la Passion du Christ, cela saute aux yeux : le Christ répond exactement à ce portrait du serviteur de Dieu. Ecoute de la Parole, confiance inaltérable et donc certitude de la victoire, au sein même de la persécution, tout cela caractérisait Jésus au moment précis où les acclamations de la foule des Rameaux signaient et précipitaient sa perte.
    ———————————–
    Note
    1 – Luc a repris exactement cette expression en parlant de Jésus : il dit « Jésus durcit sa face pour prendre la route de Jérusalem » (Luc 9, 51 ; mais nos traductions disent « Jésus prit résolument la route de Jérusalem »)

    PSAUME – 21 (22), 2, 8-9, 17-20, 22b-24
    2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
    8 Tous ceux qui me voient me bafouent,
    ils ricanent et hochent la tête :
    9 « Il comptait sur le SEIGNEUR : qu’il le délivre !
    Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »
    17 Oui, des chiens me cernent,
    une bande de vauriens m’entoure ;
    ils me percent les mains et les pieds,
    18 je peux compter tous mes os.
    19 Ils partagent entre eux mes habits
    et tirent au sort mon vêtement.
    20 Mais toi, SEIGNEUR, ne sois pas loin :
    ô ma force, viens vite à mon aide !
    22 Mais tu m’as répondu !
    23 Et je proclame ton nom devant mes frères,
    je te loue en pleine assemblée.
    24 Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR.

    DU CRI DE DETRESSE A L’ACTION DE GRACE
    Ce psaume 21/22 nous réserve quelques surprises : il commence par cette fameuse phrase « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » qui a fait couler beaucoup d’encre et même de notes de musique ! L’ennui, c’est que nous la sortons de son contexte, et que du coup, nous sommes souvent tentés de la comprendre de travers : pour la comprendre, il faut relire ce psaume en entier. Il est assez long, trente-deux versets dont nous lisons rarement la fin : or que dit-elle ? C’est une action de grâce : « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. » Celui qui criait « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » dans le premier verset, rend grâce quelques versets plus bas pour le salut accordé. Non seulement, il n’est pas mort, mais il remercie Dieu justement de ne pas l’avoir abandonné.
    Ensuite, à première vue, on croirait vraiment que le psaume 21/22 a été écrit pour Jésus-Christ : « Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os ». Il s’agit bien du supplice d’un crucifié ; et cela sous les yeux cruels et peut-être même voyeurs des bourreaux et de la foule : « Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure »… « Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits, et tirent au sort mon vêtement ».
    Mais, en réalité, ce psaume n’a pas été écrit pour Jésus-Christ : il a été composé au retour de l’Exil à Babylone : ce retour est comparé à la résurrection d’un condamné à mort ; car l’Exil était bien la condamnation à mort de ce peuple ; encore un peu, et il aurait été rayé de la carte !
    Et donc, dans ce psaume 21/22, Israël est comparé à un condamné qui a bien failli mourir sur la croix (n’oublions pas que la croix était un supplice très courant, c’est pour cela qu’on prend l’exemple d’une crucifixion) : le condamné a subi les outrages, l’humiliation, les clous, l’abandon aux mains des bourreaux… et puis, miraculeusement, il en a réchappé, il n’est pas mort. Traduisez : Israël est rentré d’Exil. Et, désormais, il se laisse aller à sa joie et il la dit à tous, il la crie encore plus fort qu’il n’a crié sa détresse. Le récit de la crucifixion n’est donc pas au centre du psaume, il est là pour mettre en valeur l’action de grâce de celui (Israël) qui vient d’échapper à l’horreur .
    Du sein de sa détresse, Israël n’a jamais cessé d’appeler au secours et il n’a pas douté un seul instant que Dieu l’écoutait. Son grand cri que nous connaissons bien : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est bien un cri de détresse devant le silence de Dieu, mais ce n’est ni un cri de désespoir, ni encore moins un cri de doute. Bien au contraire ! C’est la prière de quelqu’un qui souffre, qui ose crier sa souffrance. Au passage, nous voilà éclairés sur notre propre prière quand nous sommes dans la souffrance quelle qu’elle soit : nous avons le droit de crier, la Bible nous y invite.
    Ce psaume est donc en fait le chant du retour de l’Exil : Israël rend grâce. Il se souvient de la douleur passée, de l’angoisse, du silence apparent de Dieu ; il se sentait abandonné aux mains de ses ennemis … Mais il continuait à prier, la prière à elle toute seule prouve bien qu’on n’a pas complètement perdu espoir, sinon on ne prierait même plus ! Israël continuait à se rappeler l’Alliance, et tous les bienfaits de Dieu.
    LE PSAUME 21 COMME UN EX-VOTO
    Au fond, ce psaume est l’équivalent de nos ex-voto : au milieu d’un grand danger, on a prié et on a fait un voeu ; du genre « si j’en réchappe, j’offrirai un ex-voto à tel ou tel saint » ; (le mot « ex-voto » veut dire justement « à la suite d’un voeu ») ; une fois délivré, on tient sa promesse.
    Dans certaines églises du Midi de la France, par exemple, les murs sont couverts de tableaux qui représentent les circonstances du danger auquel on a échappé ; ce peut être un incendie, un accident, un naufrage… on voit aussi parfois une jeune femme en train de mourir en couches avec déjà toute une ribambelle d’enfants autour de son lit ; la représentation de ce qui a failli arriver est toujours dramatique ; et on voit les parents et les proches éplorés qui assistent impuissants ; ce sont eux qui ont promis de faire exécuter ce tableau si celui qui était en danger en réchappait. En général, le tableau est divisé en trois parties ; le danger encouru… les proches en prière, et, en haut de la toile, dans un coin du ciel, le saint ou la sainte qui nous a secourus, ou bien la Vierge. Et c’est l’ex-voto tout entier lui-même qui est l’action de grâce dont on a le coeur plein quand enfin tout se termine bien.
    Notre psaume 21/22 ressemble exactement à cela : il décrit bien l’horreur de l’Exil, la détresse du peuple d’Israël et de Jérusalem assiégée par Nabuchodonosor, le sentiment d’impuissance devant l’épreuve ; et ici l’épreuve, c’est la haine des hommes ; il dit la prière de supplication : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » qu’on peut traduire « Pourquoi, en vue de quoi, m’as-tu abandonné à la haine de mes ennemis ? » Et Dieu sait si le peuple d’Israël a affronté de nombreuses fois la haine des hommes. Mais ce psaume dit encore plus, tout comme nos ex-voto, l’action de grâce de celui qui reconnaît devoir à Dieu seul son salut. « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères… Je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR ! » Et les derniers versets du psaume ne sont qu’un cri de reconnaissance ; malheureusement, nous ne les chanterons pas pendant la messe de ce dimanche des Rameaux … (peut-être parce que nous sommes censés les connaître par coeur ?) : « Les pauvres mangeront, ils seront rassasiés ; ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent. A vous toujours, la vie et la joie ! La terre se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR, chaque famille de nations se prosternera devant lui… Moi, je vis pour lui, ma descendance le servira. On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre ! »

    DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul aux Philippiens 2, 6-11
    6 Le Christ Jésus,
    ayant la condition de Dieu,
    ne retint pas jalousement
    le rang qui l’égalait à Dieu.
    7 Mais il s’est anéanti,
    prenant la condition de serviteur,
    devenant semblable aux hommes.
    8 Reconnu homme à son aspect,
    il s’est abaissé,
    devenant obéissant jusqu’à la mort
    et la mort de la croix.
    9 C’est pourquoi Dieu l’a exalté.
    Il l’a doté du Nom
    qui est au-dessus de tout nom,
    10 afin qu’au nom de Jésus
    tout genou fléchisse
    au ciel, sur terre et aux enfers,
    11 Et que toute langue proclame :
    « Jésus-Christ est Seigneur »
    à la gloire de Dieu le Père.

    JESUS, SERVITEUR DE DIEU
    Pendant l’Exil à Babylone, au sixième siècle avant Jésus-Christ, le prophète Isaïe, de la part de Dieu bien sûr, avait assigné une mission et un titre à ses contemporains ; le titre était celui de Serviteur de Dieu. Il s’agissait, au cœur même des épreuves de l’Exil, de rester fidèles à la foi de leurs pères et d’en témoigner au milieu des païens de Babylone, fut-ce au prix des humiliations et de la persécution. Dieu seul pouvait leur donner la force d’accomplir cette mission.
    Lorsque les premiers Chrétiens ont été affrontés au scandale de la croix, ils ont médité le mystère du destin de Jésus, et n’ont pas trouvé de meilleure explication que celle-là : « Jésus s’est anéanti, prenant la condition de serviteur ». Lui aussi a bravé l’opposition, les humiliations, la persécution. Lui aussi a cherché sa force auprès de son Père parce qu’il n’a jamais cessé de lui faire confiance.
    Mais il était Dieu, me direz-vous. Pourquoi n’a-t-il pas recherché la gloire et les honneurs qui reviennent à Dieu ? Mais, justement, parce qu’il est Dieu, il veut sauver les hommes. Il agit donc en homme et seulement en homme pour montrer le chemin aux hommes. Paul dit : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. » C’est justement parce qu’il est de condition divine, qu’il ne revendique rien. Il sait, lui, ce qu’est l’amour gratuit… il sait bien que ce n’est pas bon de revendiquer, il ne juge pas bon de « revendiquer » le droit d’être traité à l’égal de Dieu… Et pourtant c’est bien cela que Dieu veut nous donner ! Donner comme un cadeau. Et c’est effectivement cela qui lui a été donné en définitive.1
    J’ai bien dit comme un cadeau et non pas comme une récompense. Car il me semble que l’un des pièges de ce texte est la tentation que nous avons de le lire en termes de récompense ; comme si le schéma était : Jésus s’est admirablement comporté et donc il a reçu une récompense admirable ! Si j’ose parler de tentation, c’est que toute présentation du plan de Dieu en termes de calcul, de récompense, de mérite, ce que j’appelle des termes arithmétiques est contraire à la « grâce » de Dieu… La grâce, comme son nom l’indique, est gratuite ! Et, curieusement, nous avons beaucoup de mal à raisonner en termes de gratuité ; nous sommes toujours tentés de parler de mérites ; mais si Dieu attendait que nous ayons des mérites, c’est là que nous pourrions être inquiets… La merveille de l’amour de Dieu c’est qu’il n’attend pas nos mérites pour nous combler ; c’est en tout cas ce que les hommes de la Bible ont découvert grâce à la Révélation. On s’expose à des contresens si on oublie que tout est don gratuit de Dieu.
    LE PROJET DE DIEU EST GRATUIT
    Pour Paul, c’est une évidence que le don de Dieu est gratuit. Essayons de résumer la pensée de Paul : le projet de Dieu (son « dessein bienveillant ») c’est de nous faire entrer dans son intimité, son bonheur, son amour parfait. Ce projet est absolument gratuit, ce qui évidemment n’a rien d’étonnant, puisque c’est un projet d’amour. Ce don de Dieu, cette entrée dans sa vie divine, il nous suffit de l’accueillir avec émerveillement, tout simplement ; pas question de le mériter, c’est « cadeau » si j’ose dire. Avec Dieu, tout est cadeau. Mais nous nous excluons nous-mêmes de ce don gratuit si nous adoptons une attitude de revendication ; si nous nous conduisons à l’image de la femme du jardin d’Eden : elle prend le fruit défendu, elle s’en empare, comme un enfant « chipe » sur un étalage… Jésus-Christ, au contraire, n’a été que accueil (ce que Saint Paul appelle « obéissance »), et parce qu’il n’a été que accueil du don de Dieu et non revendication, il a été comblé. Et il nous montre le chemin, nous n’avons qu’à suivre, c’est-à-dire l’imiter.
    Il reçoit le Nom qui est au-dessus de tout nom : c’est bien le Nom de Dieu justement ! Dire de Jésus qu’il est Seigneur, c’est dire qu’il est Dieu : dans l’Ancien Testament, le titre de « Seigneur » était réservé à Dieu. La génuflexion aussi, d’ailleurs : « afin qu’au Nom de Jésus, tout genou fléchisse »… C’est une allusion à une phrase du prophète Isaïe: « Devant moi tout genou fléchira et toute langue prêtera serment, dit Dieu » (Is 45, 23).
    Jésus a vécu sa vie d’homme dans l’humilité et la confiance, même quand le pire est arrivé, c’est-à-dire la haine des hommes et la mort. J’ai dit « confiance » ; Paul, lui, parle « d’obéissance ». « Obéir », « ob-audire » en latin, c’est littéralement « mettre son oreille (audire) « devant » (ob) la parole : c’est l’attitude du dialogue parfait, sans ombre ; c’est la totale confiance ; si on met son oreille devant la parole, c’est parce qu’on sait que cette parole n’est qu’amour, on peut l’écouter sans crainte.
    L’hymne se termine par « toute langue proclame Jésus-Christ est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père » : la gloire, c’est la manifestation, la révélation de l’amour infini, de l’amour personnifié ; autrement dit, en voyant le Christ porter l’amour à son paroxysme, et accepter de mourir pour nous révéler jusqu’où va l’amour de Dieu, nous pouvons dire comme le centurion « Oui, vraiment, celui-là est le Fils de Dieu »… puisque Dieu, c’est l’amour.
    ——————————–
    Note 1 C’est bien la même question dans l’épisode des Tentations (que nous avons lu pour le premier dimanche de Carême) : le diviseur (c’est le sens du mot diable/diabolos en grec) ne lui propose que des choses qui font partie du plan de Dieu ! Mais lui refuse de s’en emparer. Il compte sur son Père pour les lui donner. Le Tentateur lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, tu peux tout te permettre, ton Père ne peut rien te refuser : transforme les pierres en pains quand tu as faim… jette-toi en bas de la montagne, il te protègera… adore-moi, je te ferai régner sur le monde entier… » Mais Jésus attend tout de Dieu seul.
    Compléments
    Nous connaissons bien ce texte : on l’appelle souvent « l’Hymne de l’Epître aux Philippiens » : parce qu’on a l’impression que Paul ne l’a pas écrite lui-même, mais qu’il a cité une hymne que l’on chantait habituellement dans la liturgie.

    EVANGILE – Extraits de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Saint Marc : Mc 15, 1…39
    15, 1 : Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême.
    Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
    2 Celui-ci l’interrogea :
    « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »
    3 Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
    4 Pilate lui demanda à nouveau : «Tu ne réponds rien?
    Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
    5 Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
    16 Les soldats l’emmenèrent à I’intérieur du palais,
    c’est-à-dire dans le Prétoire.
    Alors ils rassemblent toute la garde,
    17 ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
    18 Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant :
    « Salut, roi des Juifs. »
    19 Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui,
    et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
    20 Quand ils se furent bien moqués de lui,
    ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.
    Puis, de là, ils l’emmenèrent pour le crucifier,
    21 et ils réquisitionnent, pour porter sa croix,
    un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
    22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
    23 Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
    24 Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
    25 C’était la troisième heure (c’est-à-dire neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.
    26 L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots :
    «Le roi des Juifs».
    39 Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, s’écria :
    «Vraiment, cet homme était Fils de Dieu!»

    LA SOLITUDE DE JESUS ET SON SILENCE
    Tout d’abord, on notera deux particularités de la Passion chez Marc : la solitude de Jésus et son silence.
    La solitude de Jésus : dans la Passion selon Saint Marc, Jésus est particulièrement seul ; après le reniement de Pierre, Marc ne note plus plus aucune présence amicale à ses côtés ; les femmes sont citées, mais seulement après sa mort.
    Quant à son silence, il est impressionnant : quelques mots seulement au procès, et ensuite, note Marc, « Jésus ne répondit plus rien ». Et Pilate lui-même s’en étonne.
    « Pilate l’interrogeait de nouveau : Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné. » (Mc 15, 4-5)
    Puis, sur la croix une seule parole : « Eloï, Eloï, lama sabactani ? » Interprétés par un soldat romain, ces mots sonnent comme un cri de désespoir ; mais un Juif ne s’y serait pas trompé : ce sont les premiers d’un chant de victoire ; puisque, nous l’avons vu en étudiant le psaume 21/22, celui-ci n’est aucunement un cri de désespoir, ni même de doute !
    Devant cette solitude et ce silence de Jésus, on se demande forcément « quel est son secret ? ». Il passe en peu de temps de la popularité à la déchéance, de l’entrée royale dans la ville à l’exclusion et l’exécution hors de la ville, de la reconnaissance comme envoyé de Dieu (« Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ») à la condamnation pour blasphème et à l’exécution au nom de la Loi, ce qui signifiait aux yeux de tous qu’il était maudit de Dieu. Reconnu comme le Messie, c’est-à-dire le roi d’Israël, le libérateur, le sauveur par ses disciples et toute une foule enthousiaste, il est liquidé rapidement après un procès monté de toutes pièces.
    Il s’est laissé faire dans le triomphe, il se laisse faire plus encore dans la persécution. Ce faisant, il garde encore le secret qu’il a gardé toute sa vie ; c’est seulement après sa Résurrection que ses disciples pourront enfin comprendre.
    Il semble bien que cette sobriété du récit de Marc vise à faire ressortir deux aspects du mystère de Jésus : Messie-Roi et Messie-Prêtre.
    LE MESSIE-ROI QU’ON ATTENDAIT
    Messie-Roi : que ce soit sous forme de question, de dérision, d’affirmation, la royauté du Christ est bien au centre du récit. La première question que Pilate pose à cet homme qu’on lui amène, ligoté, c’est « Es-tu le roi des Juifs ? » Il n’obtient qu’une réponse sibylline « C’est toi qui le dis » (15, 2). Dans la suite, Pilate donne deux fois ce titre à Jésus « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » (v. 9) et « Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ? » (v. 12). Et, curieusement, personne ne dira le contraire ! Suit la parodie des soldats, le manteau, la couronne et les acclamations « Salut, roi des Juifs ! » (15, 18). Et puis, cet écriteau en haut de la croix, mal intentionné peut-être, mais qui annonce quand même à tous les passants « celui-ci est le roi des Juifs » (15, 26). Même les grands prêtres et les scribes en se moquant lui donnent ce titre : « Il en a sauvé d’autres, et il n’est pas capable de se sauver lui-même ! Le Messie, le roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix. » (15, 32).
    LE MESSIE-PRETRE QU’ON ATTENDAIT
    Deuxième aspect du mystère de Jésus mis en lumière par le récit de Marc, il est le Messie-Prêtre : il y avait des grands prêtres en exercice et ce sont eux qui ont joué le premier rôle dans la condamnation et la mort de Jésus. Ce sont eux qui amènent Jésus chez Pilate et qui veillent au bon déroulement des opérations.
    « Dès le matin, les grands prêtres tinrent conseil avec les Anciens, les scribes et le Sanhédrin tout entier. Ils lièrent Jésus, l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. »
    Un peu plus tard, ce sont eux qui excitent la foule pour qu’elle réclame la libération de Barabbas.
    « Les chefs des prêtres soulevèrent la foule pour qu’il leur libérât plutôt Barabbas. » (Mc 15, 11).
    Pilate lui-même n’est pas dupe, puisque Marc précise : « Pilate voyait bien que les grands prêtres l’avaient livré par jalousie. » (Mc 15, 10). Une jalousie justifiée, si l’on veut bien admettre que, de bonne foi, ils se sont inquiétés du succès de Jésus, qui, à leurs yeux, entraînait le peuple vers de fausses espérances.
    Mais le vrai prêtre, le Messie-prêtre qu’on attendait, c’est lui. Car Marc est le seul avec Jean à parler de pourpre pour le vêtement remis à Jésus pour se moquer de lui. Or la pourpre était la couleur des vêtements des rois et des grands prêtres. Suprême dérision : ceux qui portaient cette pourpre passeront à côté de la vérité. C’est d’un païen que vient la première profession de foi : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »


  • Assemblée plénière de printemps 2018 : discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    Mardi 20 mars, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France a inauguré l’Assemblée plénière de printemps avec le discours d’ouverture.
    Avec les membres de nos communautés chrétiennes, nous sommes entrés dimanche dans la quinzaine de la Passion qui nous conduira à la semaine sainte et au triduum pascal. Ce sont de grands moments. Ce sont les plus grandes célébrations chrétiennes de l’année. Nous y accompagnerons plus de quatre mille catéchumènes adultes qui, dans la nuit de Pâques, seront baptisés au terme d’une préparation qui enrichit et stimule la vie de nos paroisses. Nous célébrons ce Dieu qui s’est fait si proche de nous en son Fils Jésus-Christ. Nous contemplons derrière le moment de la Croix l’immense amour qu’Il porte à cette humanité qu’Il ne cesse de créer et de recréer par son Esprit de vie et d’amour. Humblement mais avec confiance, nous lui ouvrons les portes de nos cœurs pour qu’Il les introduise dans ce mystère de Salut. Nous y accueillons le fruit de sa miséricorde infinie. Nous sommes rendus capables d’entrer en communion avec Lui et entre nous. Les portes de la mort ne se ferment plus sur nous. Nous découvrons notre dignité de fils de Dieu. Nous comprenons que la dignité de tout être humain trouve là son fondement : dans ce mystère de filiation divine, de vie éternelle, de fraternité accueillie, de solidarité vécue jusqu’au bout. C’est à cette bienheureuse lumière que nous nous éclairons, lumière inespérée, lumière rayonnante sur le visage du Bien-Aimé qui dit à son voisin du Calvaire : « Aujourd’hui avec moi tu seras dans le paradis » (Luc 23,43).  Oui, notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais celui des vivants !
    Chers amis, tel est bien ce trésor que nous portons dans les vases d’argile que nous sommes. Comme dit l’apôtre Paul (2 Cor.4,7), c’est pour qu’apparaisse mieux que ce trésor ne vient pas de nous mais de la volonté d’amour de Dieu. C’est pour cela que nous nous faisons les défenseurs de tout être humain que nous savons connu et aimé de Dieu. Sa dignité ne dépend ni de la longueur de sa vie, ni de la fragilité de sa vie commençante, ni de la faiblesse de son existence finissante. C’est dans la fragilité de la Croix que le Christ laisse apparaître l’immense amour de Dieu pour tout homme en faisant de sa vie un don de miséricorde pour tous.
    Les Etats généraux de la bioéthique
    Dans notre pays se déroulent durant cette année une grande réflexion sur le monde que nous voulons, sur la vie que nous souhaitons et cela en relation avec les progrès de la science et les possibilités qu’elle offre. Sans hésiter nous disons que nous voulons un monde fraternel, un monde d’espérance, un monde où personne n’est laissé seul, un monde où les solidarités font cesser les pensées de mort, de découragement, d’abandon. Nous nous réjouissons des progrès scientifiques qui permettent à la médecine d’être toujours plus performante dans l’exercice du soin, dans le soulagement de la douleur, dans l’accompagnement des uns et des autres. C’est là sa grandeur. Elle est au service de la vie dans le respect des plus fragiles. Dès sa conception, l’embryon mérite le respect dû à toute personne humaine. Il ne peut être considéré comme un matériau disponible pour des recherches ou des expériences qui ne respecteraient pas sa dignité profonde. A aucun moment de sa vie l’être humain ne peut être considéré indépendamment du caractère profond de sa dignité. Ne pas respecter cette dignité serait risquer d’aller vers une société où l’eugénisme deviendrait légitime, où la personne ayant le moindre handicap se sentirait de trop, où l’on déciderait pour elle qu’elle n’a pas sa place dans la société, où l’on ne saurait plus reconnaître ce que nous apportent ceux et celles qui sont fragiles, âgés, dépendants. Seuls, nous ne sommes rien. Nous sommes des êtres humains confiés les uns aux autres du tout début jusqu’à la fin naturelle de notre existence terrestre. Quand cette solidarité ne se vit plus, ce sont des solutions de mort qui sont alors envisagées et même présentées comme des solutions de progrès et de liberté. Choisir ou donner la mort ne peut être que le signe du désespoir et d’une solitude profonde. Nous invitons au courage de la tendresse et de la présence fraternelle qui permettent à celui qui en bénéficie de se reconnaitre aimé jusqu’au bout et digne d’affection. Nous entrons sereinement et avec toute la richesse de la tradition chrétienne dans ce temps de dialogue voulu par le gouvernement au moment où sont évaluées les questions liées aux lois de bioéthique et aux recherches touchant l’avenir de l’homme. Le plus grand service à rendre est de favoriser une réflexion permettant au plus grand nombre de dépasser des évidences trompeuses. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut percevoir les risques pour notre société de s’engager sur des chemins où les seuls désirs des uns et des autres feraient loi sans se soucier de ce que cela signifierait pour le plus grand nombre, pour les plus fragiles en particulier. On ne peut pas toucher à l’être humain, à sa conception, à sa filiation, à sa fin de vie sans se demander quel monde nous sommes en train de construire. Ce ne serait plus un monde humain et fraternel, mais un monde où le « chacun pour soi » se construirait sur le destin des autres. On ne peut accepter que tout progrès technique doive nécessairement déboucher sur une mise en œuvre concrète au risque de porter atteinte à la dignité incomparable de l’être humain et aux fondements même de la vie sociale. Durant ces jours, nous prendrons le temps de partager sur la manière dont nous sommes engagés dans ces débats de société avec le désir de faire reconnaître avec d’autres les chemins porteurs de vie et d’espérance, les décisions qui rappellent qu’on ne peut avancer sur un chemin tant qu’on n’a pas pu vérifier tous les risques qu’il comporte pour l’avenir des générations futures. C’est ce qu’on pratique dans d’autres domaines et qu’on appelle : le principe de précaution.
    Les migrations dans le monde et la situation des migrants en France
    Durant cette assemblée, nous aurons un long temps de travail au sujet des migrations dans le monde, en Europe et dans notre pays. C’est une réalité difficile et douloureuse. Nous la regarderons dans son ensemble grâce à l’apport de plusieurs spécialistes de la question. Puis nous partagerons entre nous les initiatives qui se vivent dans nos diocèses, les difficultés qu’elles rencontrent, les fruits qu’elles portent. Nous n’ignorons pas le droit pour un État de définir sa politique en ce domaine. Mais nous savons aussi nos devoirs dans l’accueil des migrants qui sont à nos portes et l’enrichissement qui peut s’en suivre si les conditions d’un accueil coordonné, volontaire et généreux sont créées. Le pape François nous y invite de manière récurrente et voit en ce domaine le lieu d’un engagement conforme à l’Évangile. Résonnent à nos oreilles les multiples invitations de la Bible et du Nouveau Testament à prendre soin de l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35). Nous voulons encourager tous ceux qui s’activent pour prendre leur part dans cet accueil des migrants, des mineurs en particulier. Parmi les causes de ces migrations, nous pouvons nommer celles qui viennent des grandes pauvretés, des évolutions climatiques, des guerres et des conflits violents dans le monde ainsi que de leurs conséquences douloureuses. Dans bien des endroits de notre planète, les réalités politiques et humaines sont inquiétantes. Nous ne pouvons pas oublier ce qui se passe en Syrie au mépris du respect des lois internationales. Nous pensons à toutes les victimes civiles et nous nous reconnaissons un devoir doublement fraternel à l’égard des fidèles des communautés chrétiennes qui donnent en cette épreuve le témoignage lumineux de leur foi en la fidélité du Dieu de la Vie. Nous n’oublions pas non plus le pays d’Israël et de la Palestine, la Terre Sainte où Jésus, le Christ a vécu et a inauguré les temps nouveaux, ceux où la réconciliation, le respect du droit et de la justice, le refus de la violence permettent l’avènement d’une paix que Lui seul sait donner, une paix qui passe par le cœur de chacun. Puissent les protagonistes de ce trop long conflit s’engager délibérément dans des décisions qui permettront l’avènement d’une paix juste et durable.
    Nous souhaitons également dire notre proximité et notre encouragement aux Églises de la République démocratique du Congo, de la Centrafrique, du Rwanda et d’autres pays africains qui sont aujourd’hui engagés en faveur d’une avancée de la démocratie, du respect des institutions, de la justice et de la paix dans leur pays. Un profond travail de réconciliation est nécessaire, mais aussi de respect de la constitution que se sont donnés ces pays. Quand on ne recherche pas le bien commun, on s’enferme dans la seule recherche du profit individuel et de celui de son clan ou de ses relations.
    Le synode sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations
    Au mois d’octobre prochain se tiendra le synode ordinaire des évêques à Rome sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations ». Sa préparation permet dans nos diocèses des initiatives diverses et encourageantes. Dimanche prochain, il en sera question dans nos diocèses en pensant aussi aux prochaines journées mondiales de la jeunesse qui auront lieu en janvier 2019 au Panama. Ces jours-ci, plusieurs centaines de jeunes venus du monde entier seront réunis à Rome pour partager leurs expériences et être écoutés par ceux qui ont en charge l’organisation du prochain synode des évêques. Des étudiants et des jeunes professionnels expriment leurs questions, leur recherche de Dieu, celle aussi de communautés chrétiennes vivantes, nourrissantes, ouvertes aux plus petits et aux plus fragiles. De riches expériences se vivent. Nous les partagerons, ainsi que les initiatives aidant les uns et les autres à regarder leur avenir à la lumière de leur foi et des appels de Dieu à cheminer avec lui et à s’engager au service des autres. Nous percevons bien que la vie chrétienne, vécue dans le mariage, dans la vie consacrée, dans le ministère presbytéral est un chemin de bonheur pour ceux et celles qui les vivent, mais également un lieu de témoignage nécessaire à l’annonce de l’Évangile, peut-être le meilleur, en n’oubliant pas celui rendu par ceux qui vivent un célibat non choisi. « Les hommes d’aujourd’hui ont plus besoin de témoins que de maîtres. Et lorsqu’ils suivent des maîtres, c’est parce que leurs maîtres sont devenus des témoins. » disait le pape Paul VI au Conseil des laïcs en 1974. Avec les jeunes générations, nous voulons entendre ces appels du Christ à Le suivre comme L’ont entendu les premiers qui L’ont suivi. Nous voulons répercuter la Bonne Nouvelle de Le connaître, de L’écouter, de Le rencontrer, de Le choisir comme « chemin, vérité et vie » (Jean 14,6). Nous rencontrons aujourd’hui des jeunes adultes insatisfaits par ce que leur offre la seule perspective du profit et de l’accumulation des richesses. Ils veulent donner un sens à leur vie avec la découverte de la joie que donne le service des plus pauvres, des personnes ayant un handicap, celle qui jaillit de l’approfondissement de la vie spirituelle, de la joie de croire et de se savoir aimé par Dieu.
    Le statut de l’Enseignement catholique
    Voici cinq ans, nous votions un nouveau statut de l’Enseignement catholique en France. Nous voilà engagés dans une évaluation de ce qu’il a permis, dans un repérage des faiblesses qu’il a pu révéler, dans les ajustements qu’il nécessite. C’est une tâche importante pour notre Église qui prend sous cette forme sa part dans l’enseignement et l’éducation de l’enfance et de la jeunesse de notre pays. Beaucoup de familles françaises lui confient leurs enfants. Le caractère propre de nos établissements n’est pas toujours perçu de la juste manière. Un profond travail de formation et d’information auprès des enseignants et des parents est essentiel et nécessaire. La réalité de sa présence n’est pas la même suivant nos provinces. Les contraintes budgétaires nécessitent des choix judicieux. L’ouverture à tous demeure une ambition partagée. C’est incontestablement un lieu d’évangélisation et de rencontre que diocèses et congrégations religieuses portent ensemble.
    Faire Église ensemble
    Un événement récent nous a fait percevoir la nécessité de soigner l’accompagnement des mouvements de laïcs, des jeunes particulièrement. Les évêques en charge de cette importante et délicate mission ont su vivre le dialogue, l’interpellation nécessaire, la proposition de formations renouvelées permettant de mieux percevoir le mystère et la mission de l’Église ainsi que la nécessité de vivre dans la communion ecclésiale. Notre difficulté de nommer partout des aumôniers a fragilisé l’accompagnement ecclésial. Il nous faut regarder de plus près ce dont ont besoin les mouvements de jeunes en particulier pour grandir dans leur dimension missionnaire et dans l’accueil de la lumière venant de l’Evangile et de l’enseignement de l’Église. Nous leur redisons nos encouragements et aussi notre désir de les accompagner sur le chemin de leur vie chrétienne. Cela nous engage dans une attitude pleine de bienveillance et de patience, de lucidité et de questionnement sans oublier le travail de l’Esprit dans le cœur de chacun et dans l’action commune. Nous ne sommes pas une Église de parfaits. Le Seigneur est venu guérir et sauver un peuple de pécheurs. C’est sa miséricorde inépuisable qui nous sauve. C’est elle qui déploie une dimension missionnaire qui réveille et touche les cœurs de ceux qui reconnaissent leur faiblesse et leur péché. Le Seigneur a connu les faiblesses de ses apôtres. C’est à eux qu’Il a renouvelé sa confiance et envoyé son Esprit.
    Le 13 mars dernier était le jour du cinquième anniversaire de l’élection du Pape François. Nous lui adressons l’assurance de notre reconnaissance et de notre prière filiales. Nous le remercions pour l’élan nouveau qu’il donne à la vie de nos Églises. Ses interventions comme ses voyages apostoliques sont le plus souvent tournés vers ceux qui ont la vie la plus difficile. Il nous invite à nous ouvrir à la présence de Dieu, à reconnaître en Christ le visage du Dieu invisible, à aimer tout homme comme un frère, à regarder chacun avec espérance, à ouvrir des chemins de fraternité et de soutien. Avec lui, nous faisons nôtres ces verbes qu’il emploie souvent : « accueillir, accompagner, discerner, intégrer ». Nous lui renouvelons la joie que nous aurions à l’accueillir dans notre pays pour un voyage apostolique qui ne manquerait pas de stimuler la vie de nos Églises. Que le Seigneur lui accorde santé, courage et fidélité.
    La lutte contre la pédophilie
    Les drames liés aux abus sexuels commis par des clercs ou des religieux continuent à être pour l’Église entière une occasion de honte et un scandale. Il y a deux ans, nous avons pris des mesures pour permettre un meilleur accompagnement et une réelle écoute des victimes, pour redire notre désir de coopérer pleinement avec la justice de notre pays, pour développer des actions de prévention. Des formations ont été organisées dans bien des diocèses, des rencontres du presbyterium ont porté sur ce thème, des outils ont été mis en place et il serait injuste d’insister toujours sur des faits dont nous mesurons bien l’horreur en taisant tout ce qui a été entrepris pour y remédier. Je remercie ceux qui au sein de notre conférence portent particulièrement cette mission au niveau national. Nous savons bien que ce n’est pas parce que nous avons édicté des mesures que cette question est réglée. Les victimes sont là : elles nous disent que la souffrance ne se prescrit pas. Il nous faut sans cesse être vigilants, prendre soin des victimes et ne pas oublier les auteurs. Le père Hans Zollner, directeur du Centre de protection des mineurs de l’Université Grégorienne, nous aidera à continuer à avancer dans la manifestation de notre compassion vis-à-vis de ceux dont nous savons qu’ils sont marqués à vie. Il nous rappellera également la nécessité de la prévention à laquelle nous attachons une importance particulière.
    Conclusion
    Permettez-moi, pour conclure, de revenir à la fête de Pâques qui approche, et d’y revenir en regardant la Vierge Marie, dont la présence est notée à plusieurs moments dans l’Évangile. Nous ne pouvons pas oublier sa présence douloureuse et espérante au pied de la Croix ni celle avec la communauté des disciples attendant le don que le Christ avait promis. Elle est pour nous un modèle de foi, d’espérance et d’amour. Vénérée ici à Lourdes comme celle qui a parlé à Bernadette, elle nous invite à rejoindre les plus pauvres et les plus humbles. Récemment, l’Église, par la voix de Mgr Jacques Benoit-Gonin vient de reconnaître la guérison miraculeuse dont a bénéficié Sœur Bernadette Moriau en 2008. Elle est signe d’espérance et de fidélité de notre Dieu.
    Que la célébration des jours de la Passion nous introduise dans la joie de la Résurrection de Jésus, le Christ, le Sauveur bienveillant des hommes.

    En vidéo


lundi 19 mars 2018

  • Homélie du dimanche 25 mars

    Dimanche 25 mars 2018
    dimanche des Rameaux et de la Passion du Christ

    Références bibliques :
    La bénédiction des Rameaux :  
    Evangile selon saint Marc : 11. 1 à 10 : » : “Ceux qui marchaient devant et ceux qui le suivaient.” 

    Liturgie de la Parole : 
    Livre d’Isaïe : 50. 4 à 7 : “Je sais que je ne serai pas confondu.”
    Psaume 21: “Tu m’as répondu. Je proclame ton nom devant mes frères.”
    Lettre de saint Paul aux Philippiens : 2. 6 à 11 : “Jésus-Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père.”
    Passion selon saint Marc : 14. 1 à 15. 47 :” Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »
    ********
    Ce ne sont que quelques suggestions plutôt que de commenter longuement ce mystère de la Passion qui, durant une semaine, va marquer la liturgie quotidienne jusqu’au jour de joie de la Résurrection de notre Sauveur et Seigneur Dieu, Jésus-Christ. Chacune de ces suggestions est déjà, à elle seule, une homélie ou un temps de méditation.
    L’ENTREE DANS JERUSALEM
    Jésus la veut toute simple, tout en lui donnant toute sa signification messianique. Par contre, la foule de Jérusalem, celle qui vient de Galilée et de plus loin sans doute pour la fête de la Pâque, se réjouit avec exubérance. C’est bien une entrée messianique qui reprend les paroles du psaume qu’avaient entonné les anges dans la nuit de la Nativité :”Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté.” (Luc 2. 14)
    Marc ne parle pas des pharisiens qui critiquent l’enthousiasme de la foule et que Jésus, lui, accepte parce qu’il vient du coeur,  même s’il est éphémère. « Ces gens participent pleinement à la fête : »Ils étendirent leurs manteaux sur le chemin. »
    UN LANGAGE D’HOMME
    Le passage d’Isaïe est le résumé de toute mission : écouter pour s’instruire, s’instruire pour annoncer :” La Parole me réveille pour que j’écoute, comme celui qui se laisse instruire … Il m’a donné un langage d’homme afin que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus.”
    C’est facile à dire, « Je ne suis pas atteint par les outrages. » Ce n’est facile à vivre ni pour le Christ ni pour nous-mêmes. Des oppositions parfois douloureuses arrêtent notre élan. Et pourtant je dois ne pas cesser d’écouter Dieu et les hommes, de m’instruire par Dieu et par les hommes, d’annoncer Dieu aux hommes mes frères.
    IL N’A PAS REVENDIQUE
    Puisqu’il était devenu « semblable aux homme et reconnu comme tel dans son comportement », Jésus  en accepte toute la réalité. Celle d’être traité par le vie, les événements et les hommes,  comme tout homme est bousculé et meurtri. Celle de subir la souffrance inhérente à la condition humaine qui est une créature limitée dans le temps, limitée dans son bonheur.
    Assumant toute l’humanité, “obéissant jusqu’à la mort”, sauf le péché, il en assume aussi toute la gloire qui est de rejoindre Dieu. Et comme il est de la condition même de Dieu, il partage toute la gloire de l’homme et toute la gloire de Dieu.
    AU DEPART DU CHEMIN DE CROIX
    Pour la lecture de la Passion selon saint Luc (année A), l’Eglise place l’Eucharistie du Jeudi-Saint comme point de départ de ce chemin de croix, et non pas le jardin des Oliviers. Cette année avec Marc (année B) elle commence avec l’onction de Béthanie où une femme verse un parfum coûteux sur la tête de Jésus.
    Les bonnes âmes sont scandalisée : et les pauvres sont-ils oubliés par Jésus ? On lui reproche presque de s’être laissé faire et d’avoir accepté ce geste sans même faire une remarque. Il donne sa réponse : c’est aussi à vous aussi de les prendre en charge et puis cette femme fait tout ce qu’elle pouvait faire, il faut la prendre comme elle est.
    GETHSEMANI
    “Je suis venu pour faire Ta volonté” lui fait dire la lettre aux Hébreux (Héb. 10. 9 et 10) reprenant les paroles des psaumes. Mais elle poursuit et nous inclut dans  cette offrande du Christ :”C’est dans cette volonté, c’est dans cette offrande de tout l’être humain de Jésus, que nous avons été sauvés définitivement.”
    Si ce calice pouvait s’éloigner … Il y a des moments où nos pas dérapent, où nos mains nues lâchent prise, s’écartent ou se referment. Il y a des moments où nos cœurs s’affolent dans les remous d’une vie qui a perdu son sens et des moments où notre esprit s’égare et divague désorienté, quand l’amour se désagrège. Le Christ connaît cela à Gethsémani.
    Quand il rejoint ses apôtres, il ne peut que constater sa propre solitude :”Pourquoi dormez-vous ? ” C’est à Pierre qu’il s’adresse, à celui qui devait affermir la foi des apôtres : »Tu n’as pas eu la force de veiller une heure avec moi. »
    Mais cette solitude ne l’enferme pas sur lui-même. Elle le conduit à une offrande universelle. “Afin que toute langue proclame”, écrit saint Paul aux Philippiens. Parce que vivre est plus fort, je dois sortir de moi et du filet qui m’enserre. Je dois jaillir hors de mes nuits et me tendre vers Dieu pour retrouver, malgré tout, sa lumière.
    C’EST TOI QUI LE DIS
    Quand les chefs juifs interrogent Jésus, il les renvoie à leur propre responsabilité et à leur propre décision :”Si je vous le dis, vous ne me croirez pas. Si j’interroge, vous ne me répondrez pas.”  Il oblige Caïphe à poser lui-même l’affirmation sans qu’il puisse se dérober : “Tu es donc le Fils de Dieu ?” – Jésus n’a qu’à souligner “C’est toi qui le dis”.
    Saint Jean fait remarquer que c’est en tant que grand prêtre de l’année qu’il prononce cette affirmation. Selon la loi, une déclaration solennelle du grand-prêtre en exercice donnait valeur décisive à une affirmation religieuse.
    Avec Pilate, nous quittons le registre religieux du « Fils de Dieu », pour nous situer dans celui de la politique :”Es-tu le roi des Juifs ?” Mais Jésus reprend la même attitude et le même comportement :” C’est toi qui le dis.” Les deux gouvernants de la région vont s’entendre : Pilate le gouverneur romain de la Judée et Hérode le roi de Galilée.
    A l’inverse, c’est lui qui nous  demande de répondre à la même question, celle-là même qu’il a posée à ses disciples : « Et pour vous qui suis-je ? »
    LE RENIEMENT
    Au Jardin des Oliviers, Pierre s’était  cru fort avec son épée, avec ses propres forces et dans l’enthousiasme de son adhésion au Christ qu’il croyait totale. Il a même fait plus que les autres qui s’étaient enfuis. Il a suivi Jésus avec saint Jean.
    Mais voilà que chez Caïphe, il se retrouve lui-même avec lui-même :“Je ne le connais pas, je ne comprends pas ce que tu veux dire.” Il sait très bien ce que veut dire son interlocuteur.
    Et c’est un coq, petite bestiole qui ignore le rôle qu’il tient à ce moment, qui retourne Pierre vers Jésus, ce Pierre qui pendant plus d’une heure était resté avec son premier reniement et sa peur. Dans notre vie, ce sont parfois des petites choses qui sont le signe de Dieu, un rappel de ce qu’il nous a dit.
    Le maître n’était plus là pour lui tendre la main comme au jour où il s’enfonçait dans la tempête en marchant sur le lac. Et voilà que le Christ se rappelle à lui, quand il passe, se retourne et pose son regard sur lui, non pas un regard furtif, mais « posé ». “Pierre se souvient la parole que Jésus lui avait dite.
    Laissons le Christ poser son regard sur nous, dans l’authenticité de son amour miséricordieux qui dépasse toutes nos faiblesses.
    IL N’A PAS REVENDIQUE
    Désormais, Jésus assume son identité avec tant et tant d’hommes rejetés et méprisés. Il est livré au bon plaisir de ses ennemis, mis en marchandage avec un assassin, chargé de la croix douloureuse et infamante de l’esclave, homme humilié au point de n’être plus respecté, homme au corps dégradé, titubant, écrasé et sans force pour porter cette croix.
    Il ne revendique rien pour lui, ni devant la brutalité des gardes, ni devant les pleureuses aux larmes inutiles, ni même devant Simon de Cyrène contraint de partager, sans en savoir le sens, ce portement de croix, ni envers ceux qui ricanent, ni en réponse aux soldats qui lui tendent l’éponge vinaigrée. D’ailleurs pourraient-ils comprendre ? Trois années de prédications, de miracles et de proximité avec les malades et les pauvres ne leur ont pas fait découvrir la personnalité de ce Jésus.
    Comme à Gethsémani, il est seul avec son Père et ne revendique qu’une chose : que soit accordé le pardon à tous ceux qui l’entourent parce qu’il vient l’apporter à tous les hommes  :”Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.”
    UN DIALOGUE INATTENDU
    Au pied de la croix, où se retrouvent Marie et Jean et plus loin quelques femmes, le soldat romain semble être compatissant en donnant à Jésus un peu de boisson calmante. En fait, il accomplit ce geste peut-être par moquerie, peut-être pour savoir la vérité. En prolongeant le supplice il pourra constater si Elie va venir.
    A côté de Jésus, ils sont deux, crucifiés dans la même honte, dans la même souffrance. Il entend leur dialogue où l’un d’eux ricane et l’autre reconnaît sa faute : “Nous avons ce que nous méritons”, comme nous le disons au seuil de chaque Eucharistie :” Je reconnais devant mes frères que j’ai péché.” – “Souviens-toi de moi… “ dit le bon larron;  et nous, nous demandons à nos frères “de prier pour moi, le Seigneur notre Dieu.”
    La réponse de Jésus est immédiate :“Tu seras avec moi dans le Paradis.” Dans un moment où les mots sont difficiles à dire parce qu’il est brisé lui aussi par la torture, le bon larron avait proclamé à sa manière que Jésus était le Seigneur. “Afin que toute langue proclame que Jésus-Christ est le Seigneur”, dit saint Paul dans la lettre aux Philippiens.
    OBSCURITE ET DECHIRURE
    “Le voile du Temple se déchira totalement”. Le Royaume est totalement ouvert. Ce n’est pas une étape dans l’Alliance que Jésus accomplit. C’est pleinement la Nouvelle Alliance en son sang.
    Le Christ a remis son esprit entre les mains de son Père. Les personnes présentes ignorent l’extraordinaire moment qu’elles viennent de vivre, car, hormis Marie et Jean, qui peut penser que ce condamné est l’acteur de la Résurrection, la sienne et la nôtre, qui est la mesure de l’infini de Dieu en réponse à tant d’amour.
    Le centurion rend gloire à Dieu. Marie reçoit le corps inanimé. Joseph d’Arimathie décide de lui-même d’aller trouver Pilate et ensevelit le corps de celui dont il est le disciple. Les saintes femmes s’en retournent chez elles préparer les aromates pour le lendemain de la Pâque. Les lumières de ce sabbat de Pâque commencent à briller. Mais pour les amis de Jésus, c’est encore l’obscurité.
    La gloire de Dieu sera lumière au matin de la Résurrection quand la pierre du tombeau  s’écarte comme s’est déchiré le voile du Temple.
    Au soir de la résurrection, il viendra parmi eux, partager le pain sur la route d’Emmaüs, partager un morceau de poisson grillé (Luc 24. 42). Il leur avait dit au soir du Jeudi-Saint :” J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le Royaume de Dieu.” Le Royaume est commencé.
    ***
    “Tu nous as fortifiés, Seigneur, dans cette communion à tes saints mystères. Et nous Te supplions encore. Toi qui nous as donné, dans la mort de ton Fils, l’espérance des biens auxquels nous croyons, donne-nous dans sa résurrection glorieuse, de parvenir au Royaume que nous attendons.” (Prière après la communion)


vendredi 16 mars 2018

  • 4 258 adultes baptisés dans la nuit de Pâques

    Appel décisif 2018 diocèse de Nanterre
    La célébration de la nuit du Samedi Saint au dimanche de Pâques est « une veille en l’honneur du Seigneur » durant laquelle les catholiques célèbrent Pâques, passage des ténèbres à la lumière, victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi, dans la nuit, le feu et le cierge de Pâques sont allumés, puis la flamme est transmise aux fidèles.
    C’est aussi durant cette veillée – ou Vigile pascale – que sont célébrés les baptêmes d’adultes. Ils sont l’occasion pour les fidèles de renouveler les promesses de leur baptême.
     À l’occasion de la fête de Pâques, 4258 adultes seront baptisés dans la foi catholique cette année en France. De tous âges mais majoritairement entre 18 et 35 ans, de toutes origines sociales et culturelles, ils cheminent en Église depuis plusieurs mois ou plusieurs années et se préparent à recevoir les trois « sacrements de l’initiation », baptême, confirmation, eucharistie.
    Le dossier de presse est téléchargeable en bas de page.


jeudi 15 mars 2018

  • J-4 avant le lancement du pré-synode des jeunes

    Dans quelques jours, près de 300 jeunes se retrouveront pendant une semaine à Rome, du 19 au 24 mars. Envoyés par les conférences épiscopales mais représentant également des mouvements, congrégations, séminaires,  ou encore appelés au titre de divers engagements, ils auront l’occasion d’échanger et de débattre sur leurs désirs et leurs inquiétudes. Ce pré-synode est une implication directe des jeunes dans la démarche synodale voulue par le pape François.
    Appelés par la CEF
    Claire CARALP, 29 ans, Ingénieur agronome à Boulogne-sur-Mer, présidente de la COJP (Coordination des groupes de jeunes professionnels) « Les jeunes pros m’ont choisie pour les représenter auprès de l’Église de France et des évêques, en m’appelant à aller au pré-synode l’Église me demandent d’aller plus loin dans ma représentation des jeunes professionnels qui attendent des propositions fortes adaptées à leur tranche d’âge »
    Adrien LOUANDRE, 23 ans, en 5ème année d’études d’histoire à l’université d’Amiens, membre de l’Ecclesia’s team (Équipe nationale de Pastorale étudiante) et du MRJC (Mouvement rural de la jeunesse chrétienne) de la Somme. Jeune converti et baptisé en 2015 « l’Église me fait confiance et cela me donne de percevoir que j’y ai ma place. Avec le Pape François, je porte une attention particulière aux questions de l’écologie intégrale et des migrants ».
    Eugénie PARIS, 25 ans, laïque en mission ecclésiale pour le diocèse de Rouen comme responsable de la Pastorale étudiante et étudiante en théologie « J’ai envie d’apporter mon expérience de jeune en responsabilité dans l’Église. Cette expérience de mission au service des jeunes m’a transformée et fait dépasser mes peurs qui sont celles de beaucoup de jeunes par rapport à l’engagement : est-ce que je serai capable de répondre à l’appel ? ».
    Appelé par une Communauté
    Fr Romain BERTHELOT, 30 ans, séminariste au sein de la Communauté du Chemin Neuf actuellement à Saragosse, engagé dans auprès des jeunes en Espagne et un des organisateurs du Festival « Welcome to Paradise » : « Je porte particulièrement le souci de l’évangélisation des jeunes : comment rendre audible le message du Christ aujourd’hui ? Comment rejoindre ceux qui sont loin à l’extérieur de l’Église ? Qu’est-ce que l’Esprit-Saint va nous dire ensemble pendant ce pré-synode ? ».
    Jeunes appelés par le Cardinal Baldisseri au titre de leurs engagements en différents domaines
    Mathilde MONTOVERT, jeune de la Communauté du Chemin-Neuf à Lyon. Elle est particulièrement en lien avec la Fraternité Politique des jeunes du Chemin-Neuf « Beaucoup d’autres jeunes auraient aimé aller au pré-synode, on les emmène avec nous, on aura un devoir de transmettre l’expérience que l’on va vivre à Rome. Je suis attentive aux attentes du Pape pour le pré-synode avec le désir que l’Église cherche à évangéliser toujours davantage en accueillant tous les charismes ».
    Maxime RASSION, 20 ans, étudiant en Droit et Sciences-Politiques, non croyant, prendra la parole lundi matin lors de la rencontre avec le Pape François : « N’étant pas catholique, je pars à l’aventure en allant au pré-synode, ouvert au débat et avec plein de questions notamment celles de beaucoup de jeunes de notre génération : comment on se construit sur le fond et pas seulement sur la forme ? Comment apporter sa pierre pour changer ce monde ? »
    Camille TILAK, 24 ans, travaille à l’Institut Jacques Delors/Académie Notre Europe, engagée dans la politique « Non croyante, je ne fais pas partie de l’Église catholique mais suis très curieuse de découvrir un monde inconnu en allant au pré-synode. Je suis engagée en politique, et représente cette voix des gens qui s’engagent pour l’Europe et la culture. »

    Aux côtés des jeunes qui représenteront la France au pré-synode, d’autres participants ont été appelés dans le cadre d’une mission spécifique :
    Éducateurs et formateurs
    Sr Nathalie BECQUART, Xavière, Directrice du Service national pour l’Évangélisation des jeunes et pour les vocations à la (CEF).
    P. Laurent MAZAS, frère de Saint-Jean en charge du Parvis des gentils au Conseil pontifical pour la culture (Vatican)
    Une équipe francophone assurera le Community management du pré-synode sur les réseaux sociaux
    Melchior POISSON, 28 ans, séminariste Légionnaire du Christ à Rome
    Anne THIBOUT, 25 ans, coordinatrice nationale JMJ Panama au Service national pour l’Évangélisation des jeunes et pour les vocations (CEF).
    Charles CALLENS, 27 ans, responsable éditorial Web au Service national pour l’Évangélisation des jeunes et pour les vocations (CEF).
    Pour les médias qui le souhaitent, Romilda FERRAUTO,  correspondante de la CEF à Rome sera sur place pour assurer le travail d’interface entre les participants aux pré-synode et les journalistes.
    Coordonnées : romilda.ferrauto@gmail.com / +39 340 8955454

    INFORMATIONS PRATIQUES
    La réunion pré-synodale se déroulera au Collège pontifical Maria Mater Ecclesiae.
    1.- La réunion pré-synodale n’est pas ouverte à la presse. Toutes les rencontres auront lieu au Collège International Pontifical Maria Mater Ecclesiae, où les journalistes ne pourront pas accéder.
    2.- Seule la première matinée, en présence du Pape sera ouverte à la presse. Cette matinée sera également diffusée en direct par les médias du Vatican. Tous les journalistes qui le demandent peuvent participer.
    3.- Plusieurs moments seront accessibles pour filmer et faire des photos : au début des travaux lundi19/03 après-midi (de 15h30 à 15h40); la prière du mercredi matin 21/03 (de 9h à 9h15); et le Chemin de Croix le vendredi 23/03 au soir (de 17h30 à 19h00 à San Callisto)
    Relations avec la presse
    1.- Les relations avec la presse sont gérées par le service de presse du Saint-Siège.
    2.- La direction de la salle de presse sera présente tout au long de la réunion pré-synodale et assurera le lien avec les journalistes présents à l’extérieur.
    3.-  Trois points presse seront organisés :
    ·         Mardi 20/03 à 13h (rendez-vous avec les jeunes et les participants) ;
    ·         Jeudi 22/03 à 13h (rendez-vous avec les jeunes et les participants) ;
    ·         Samedi 24/03 à 12h30 (conférence de presse pour présenter le document final)
    4.- Tous les journalistes qui souhaitent participer le lundi 19 à la réunion avec le Pape, et les jours suivants et les événements de la salle de presse ou de la séance photo, doivent être accrédités dans la salle de presse.
    Accréditations et contacts
    Tous les journalistes qui viennent de l’extérieur ont besoin d’une accréditation temporaire. Les journalistes avec une accréditation ordinaire doivent aussi faire une demande de participation selon les règles.
    Écrire à l’adresse : sinodo2018@salastampa.va / Téléphone +3906698921


  • Biographie de Padre Pio (1887 – 1968)

    A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Padre Pio (1887 – 1968), il est intéressant de rappeler les grands traits de sa vie, ainsi que la signification spirituelle des stigmates. Biographie.

    Francesco Forgione naît le 25 mai 1887 à Pietrelcina (Italie). Il prend le nom de Pio à son entrée chez les capucins de Morcone (1903). Prêtre en 1910, il réside dans sa famille, pour raisons de santé, jusqu’en 1916. En septembre 1916, il est envoyé au couvent de San Giovanni Rotondo, et y reste jusqu’à sa mort, le 23 septembre 1968.Les stigmates que portait le Padre Pio, attirèrent l’attention des autorités ecclésiastiques et provoquèrent l’attention du Saint-Office, qui ordonna son transfert de S. Giovanni Rotondo (2 juin 1922) et déclara “ ne rien constater de surnaturel dans les faits qui lui sont attribués ”. Le Saint-Office lui interdit tout exercice du ministère, à l’exception de la messe qu’il pouvait célébrer en privé dans la chapelle du couvent. Ces mesures furent rapportées progressivement : le 29 juillet 1933, on permit à Padre Pio de pouvoir de nouveau célébrer la messe dans l’église. Il est autorisé à confesser les hommes, le 25 mars 1934, puis les femmes, le 12 mai de la même année.

    Avant d’avoir atteint l’âge adulte, il comprit qu’il devait combler, en union avec Jésus, l’espace qui sépare les hommes de Dieu. Il mit en œuvre ce programme selon trois moyens : la direction des âmes ; la confession sacramentelle ; la célébration de la messe.

    En matière de direction spirituelle, le Padre Pio vivait et faisait vivre fermement la vérité fondamentale de la foi.

    Se confesser au Padre Pio n’était pas chose aisée avec la perspective d’une rencontre pas toujours amène. Pourtant on se pressait continuellement autour de son confesionnal.

    Le moment le plus exaltant de son activité apostolique était celui de la messe. La centaine de milliers de personne qui y ont assisté ont perçu par cette célébration la hauteur et la plénitude de sa spiritualité.

    Cet intense ministère sacerdotal attira autour du premier prêtre stigmatisé une “ clientèle mondiale ” (Paul VI) qui accourut de tous les coins de la terre pour l’approcher. D’autre part, les gens lui confiaient, en d’innombrables lettres, le fardeau de leurs problèmes matériels et spirituels. L’image du Padre Pio est inséparable du chapelet, signe de sa tendresse envers la mère de Jésus.

    Au plan social, le Padre Pio s’engagea beaucoup pour soulager les souffrances et les misères de nombreuses familles, principalement par la fondation de la “ Maison du Soulagement de la Souffrance ” (inaugurée en 1956). Il fonda également des “ groupes de prière ”.

    En 1954, les capucins décidèrent la construction d’une église plus vaste. L’affluence des foules fut telle qu’il fallut distribuer des numéros d’arrivée pour les confessions. Les lettres arrivèrent par centaines… il en arrivait jusqu’à 10 000 par jour auxquelles s’ajoutaient parfois jusqu’à 700 télégrammes…

    De 1959 à 1964, nouvelles persécutions. De la part des capucins, accusations de malhonnêteté à cause des sommes énormes que le Padre recevait de partout pour son hôpital. Il souffrait à nouveau de mesures visant à restreindre son ministère.

    Enfin le 30 janvier 1964, Paul VI demande que Padre Pio puisse exercer son ministère en toute liberté.

    Décédé le 23 septembre 1968, son corps repose dans l’église de S. Maria delle Grazie à S. Giovanni Rotondo. Les nouvelles générations continuent à venir sur sa tombe. Et dans le monde, “ la fécondité mystérieuse de sa longue vie de prêtre et de fils de saint François d’Assise continue à agir, pourrions-nous dire, selon une croissance visible ” (Jean-Paul II).

    Le 29 novembre 1982, Jean-Paul II signa le décret introduisant la cause de béatification du Padre Pio. L’ouverture officielle du procès eut lieu dans le sanctuaire de S. Maria delle Grazie, le 20 mars 1983. Le 2 mai 1999, le Padre Pio est béatifié.

    Les stigmates. L’attitude de l’Église

    Le Padre Pio est connu comme le “ premier prêtre stigmatisé ” même s’il y a eu auparavant quelques prêtres marqués des plaies du Sauveur. Mais il est le premier qui a porté en permanence les stigmates du Christ pendant plus de cinquante années.

    C’est en 1918 que nous avons, par le biais d’une lettre adressée à son confesseur, son récit de stigmatisation (cf. encadré).

    C’est l’occasion de rappeler l’attitude de l’Église à l’égard de la stigmatisation en général.

    L’Église n’a, en ce domaine, jamais rien défini de façon stricte : les historiens, les médecins, les théologiens sont donc libres de soutenir ou de défendre l’hypothèse qu’ils jugent la plus apte à expliquer le phénomène. Ce sont les vertus qui intéressent l’Église et non pas l’aspect extraordinaire de certains faits, surtout quand il s’agit de personnages béatifiés ou canonisés.

    La bulle de canonisation de saint François d’Assise en 1228 ne fait aucune mention de sa stigmatisation. Ce sont les bulles de Grégoire IX, Alexandre IV, Nicolas III, entre 1237 et 1291, qui prennent la défense des stigmates du saint franciscain contre ses détracteurs médiévaux. Elles ne prétendent pas pour autant en donner une explication convaincante et irréfutable.

    Il arrive également que l’Eglise déclare de façon formelle ne pas engager son autorité à propos de faits de stigmatisation.

    Stigmatisation et sainteté

    Les théologiens de la vie mystique ont toujours affirmé qu’il n’y pas de relation directe entre stigmatisation et sainteté.

    “ Il n’y a pas, de toute manière, de relation intrinsèque et nécessaire entre la stigmatisation et la sainteté, entre celle-ci et celle-là. La sainteté d’un sujet ne se juge pas par sa stigmatisation. On juge de sa stigmatisation par sa sainteté, par l’observation des circonstances morales et spirituelles avec lesquelles la stigmatisation est en affinité et en liaison ” (R. Garrigou-Lagrange et M.B. Lavaud, “ Les circonstances de la stigmatisation ”, “ Etudes carmélitaines ”, oct. 1936). Les phénomènes physiques ne peuvent jamais être une preuve de sainteté.

    Privés de portée religieuse et spirituelle seraient des stigmates qui n’auraient qu’une origine pathologique. Il ne s’agirait que d’un fait anormal et morbide (sinon frauduleux).

    La passion du Christ est rendue en quelque sorte vive et contemporaine à travers les stigmates que les croyants vénèrent. Estimés par les uns comme des amis de Dieu, ayant une mission providentielle à remplir, les stigmatisés sont soupçonnés par les autres, parfois leurs frères dans la foi au Christ, de tares psychologiques et de maladies mentales.

    La destinée des stigmatisés est d’être un objet de division entre humains et d’oppositions réciproques. C’est là un des aspects les plus évidents de leur identification à la croix du Sauveur et à ses plaies salvatrices. La vie du Padre Pio en est d’ailleurs une illustration.

    “ Les contradictions, les humiliations… font aussi partie des stigmates du crucifié et comptent parmi les épines de sa couronne ” (R. Garrigou-Lagrange et M.B. Lavaud, op. cit.).

    D’après l‘Encyclopédie “ Catholicisme ”

     


lundi 12 mars 2018

  • Commentaires du dimanche 18 mars

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 18 mars 2018
    5éme dimanche de Carême

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de Jérémie 31, 31 – 34
    31 Voici venir des jours – oracle du SEIGNEUR -,
    où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda
    une Alliance nouvelle.
    32 Ce ne sera pas comme l’Alliance
    que j’ai conclue avec leurs pères,
    le jour où je les ai pris par la main
    pour les faire sortir du pays d’Egypte :
    mon Alliance, c’est eux qui l’ont rompue,
    alors que moi, j’étais leur maître
    – oracle du SEIGNEUR.
    33 Mais voici quelle sera l’Alliance
    que je conclurai avec la maison d’Israël
    quand ces jours-là seront passés,
    – oracle du SEIGNEUR.
    Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ;
    je l’inscrirai dans leur coeur.
    Je serai leur Dieu,
    et ils seront mon peuple.
    34 Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon,
    ni chacun son frère en disant :
    « Apprends à connaître le SEIGNEUR ! »
    Car tous me connaîtront,
    des plus petits jusqu’aux plus grands
    – oracle du SEIGNEUR.
    Je pardonnerai leurs fautes,
    je ne me rappellerai plus leurs péchés.

    UNE ALLIANCE NOUVELLE
    « Voici venir des jours… » : toute la Bible est tendue vers l’avenir, avec cette certitude inébranlable que les Jours promis par Dieu viendront. La caractéristique des prophètes, c’est de savoir regarder avant tout le monde l’éclosion des bourgeons. « Voici venir des jours où je conclurai avec la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda une Alliance Nouvelle » : nous rencontrons le mot Alliance à chaque pas dans la Bible ; c’est la grande particularité de la foi juive puis chrétienne ! La conviction que Dieu a choisi de se révéler aux hommes par l’intermédiaire d’un peuple qui a la vocation d’être son témoin au milieu des nations. A ce peuple il a proposé son Alliance.
    Au long des siècles, nos frères juifs ont médité cette proposition inouïe du Dieu Tout-Puissant ; il s’agit bien d’une « proposition » de Dieu ; car c’est toujours Dieu qui prend l’initiative : « Voici venir des jours, déclare le SEIGNEUR, où je conclurai avec la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda une Alliance Nouvelle ».
    Hélas, Jérémie est bien obligé de faire un constat d’échec : au long des siècles de l’histoire d’Israël, la proposition a été sans cesse renouvelée de la part de Dieu, et trop souvent mal vécue de la part de l’homme. Mais si l’homme est infidèle, Dieu, lui, ne se lasse pas : « Je conclurai avec la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda une Alliance Nouvelle ».
    Cette expression « Alliance Nouvelle » ne signifie pas que Dieu aurait changé d’avis ; comme s’il y avait eu une première Alliance, puis une deuxième différente… Ce ne sera pas une Alliance différente, mais une nouvelle étape de la même Alliance.
    « Ce ne sera pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir d’Egypte » : pour être fidèle à l’Alliance, c’était bien simple, le chemin était tout tracé, il suffisait de respecter la Loi. Mais, à chaque époque, les prophètes ont dû ouvrir les yeux du peuple élu sur ses manquements à la Loi ; cette fois, la Nouvelle Alliance sera sans faille du côté de l’homme.
    Au passage, vous avez noté l’expression « la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda » : c’est une annonce de réunification du peuple en un seul royaume. Quand le peuple a été divisé en deux, après la mort du roi Salomon, il y avait le royaume de Juda au Sud, et le royaume d’Israël au Nord. Ici l’expression « Je conclurai avec la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda une Alliance Nouvelle » signifie que la promesse de Dieu est valable pour le peuple tout entier, malgré les vicissitudes de l’histoire.
    « Mon Alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’avais des droits sur eux. » Dieu a fait ses preuves, si l’on peut dire, en libérant son peuple de l’esclavage en Egypte ; et l’Alliance entre Dieu et Israël est fondée sur cette expérience ; quand Dieu propose son Alliance à Moïse, Il l’envoie dire au peuple : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait (à l’Egypte), comment je vous ai pris sur des ailes d’aigle et vous ai fait arriver jusqu’à moi. Et maintenant, si vous entendez ma voix et gardez mon Alliance, vous serez ma part personnelle parmi tous les peuples – puisque c’est à moi qu’appartient toute la terre – et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » Et alors le peuple a pris un engagement solennel : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit (c’est-à-dire la Loi), nous le mettrons en pratique ». Et donc, tout manquement à la loi est une rupture de l’Alliance.
    « Mais voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la Maison d’Israël quand ces jours-là seront passés, déclare le SEIGNEUR ». « Ces jours-là », ce sont les jours de l’infidélité du peuple : autrement dit, une nouvelle étape commence ; « Alliance Nouvelle » ne signifie pas « Alliance Autre, différente », mais « Alliance vécue autrement ». Et Dieu continue : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes, je l’inscrirai dans leur coeur ». Au Sinaï, Dieu avait inscrit sa Loi sur des tables de pierre ; désormais cette Loi sera inscrite dans le coeur même de l’homme : tant que la Loi n’est inscrite que sur des tables de pierre ou dans des livres, elle peut bien rester lettre morte ;
    toutes les promesses de conversion les plus sincères (et il y en a eu de nombreuses dans l’histoire d’Israël comme dans chacune de nos vies !) ont toujours été suivies de rechutes.
    Pour que la Loi de Dieu devienne intérieure à l’homme, comme une seconde nature, c’est le coeur même de l’homme qu’il faut changer !
    ILS ME CONNAITRONT
    « Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » : cette appartenance réciproque était le programme, on pourrait dire la devise de l’Alliance. Une appartenance réelle qui s’exprime par le mot « connaître » : dans la Bible, le mot « connaître » n’est pas de l’ordre de l’intelligence ; il s’agit d’une relation d’intimité : on dit que l’époux « connaît son épouse », et l’épouse « connaît » son époux. Et l’Ancien Testament n’hésite pas à employer des mots du langage de l’intimité et de l’amour pour qualifier les relations entre Dieu et son peuple. « Tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands… » Et parce que tous connaîtront Dieu tel qu’Il est, c’est-à-dire le Dieu d’amour, ils pratiqueront de bon coeur la Loi donnée par Dieu pour leur bonheur.
    Cette expression « Alliance Nouvelle » ne se trouve qu’une seule fois dans l’Ancien Testament, ici, chez Jérémie ; mais d’autres prophètes rediront cette même espérance, Ezéchiel par exemple : « Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’enlèverai de votre corps le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes. » (Ez 36, 26-27).
    « Voici venir des jours… », disait Jérémie ; avec Jésus, ces jours sont venus ; en instituant l’Eucharistie, Jésus a fait expressément allusion à la prophétie de Jérémie : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous. » (Luc 22, 20). Il veut dire par là qu’en se donnant à nous, il vient transformer définitivement nos coeurs de pierre en coeurs de chair.
    —————————-
    Compléments
    – C’est beau la foi ! Et les prophètes, comme chacun sait, n’en manquent pas. Quand tout va mal, ils ne disent pas « tout est perdu », au contraire, ils trouvent justement de nouvelles raisons d’espérer ! C’est exactement ce qui se passe ici dans ce texte de Jérémie ; il fait un constat d’échec : le peuple de Dieu, c’est-à-dire lié à Dieu par une Alliance en principe irrévocable de part et d’autre, ne se conduit pas du tout comme il devrait, comme le peuple de Dieu. Cela, c’est le constat d’échec. Mais au lieu de s’en désespérer, Jérémie en déduit que Dieu trouvera bien le moyen de changer le coeur de l’homme.
    – Nous rencontrons le mot Alliance à chaque pas dans la Bible ; à tel point que c’est le titre même de la Bible. Quand nous disons « Ancien Testament », en fait, nous devrions traduire « Ancienne Alliance » et « Nouveau Testament », « Nouvelle Alliance » : parce que le mot grec qui veut dire « Alliance » a été traduit en latin par « Testamentum », ce qui est devenu en français « Testament ». Malheureusement, aujourd’hui, quand nous entendons « Testament » en français, nous pensons acte chez le notaire pour régler la dévolution des biens, ce qui, évidemment, n’a rien à voir avec notre sujet.

    PSAUME – 50 (51), 3-4, 12-13, 14-15
    3 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
    selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
    4 Lave-moi tout entier de ma faute,
    purifie-moi de mon offense.
    12 Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu,
    renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
    13 Ne me chasse pas loin de ta face,
    ne me reprends pas ton esprit saint.
    14 Rends-moi la joie d’être sauvé ;
    que l’esprit généreux me soutienne.
    15 Aux pécheurs j’enseignerai tes chemins,
    vers toi reviendront les égarés.

    QUAND ISRAEL REFLECHIT SUR SON HISTOIRE
    La dernière phrase de Jérémie, dans la première lecture de ce dimanche, était : « Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés » ; cette promesse-là, le peuple d’Israël l’a bien entendue et sa réponse, c’est ce magnifique psaume 50/51, dont nous ne nous lisons malheureusement que quelques versets aujourd’hui ; mais ils sont déjà très riches. Celui qui parle ici, qui dit « Pitié pour moi… mon Dieu… efface mon péché », c’est le peuple juif, au Temple de Jérusalem, après l’Exil à Babylone. Ce psaume a été composé pour être chanté dans des célébrations pénitentielles. Parce qu’il est écrit à la première personne du singulier, on pourrait croire que c’est un individu, un pécheur qui parle : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché ». Mais ce « MOI » est collectif. C’est en réalité le peuple d’Israël tout entier ; ce peuple qui a connu l’horreur de la défaite, la destruction du Temple de Jérusalem, et qui, en Exil, a eu tout loisir de méditer sur son histoire : l’Alliance sans cesse proposée par Dieu et les infidélités répétées du peuple. Il peut dire d’expérience la « grande miséricorde » de Dieu.
    « Ton amour, ta miséricorde » « mon Dieu » : on a un écho ici de toutes les formules habituelles de l’Alliance conclue au Sinaï : c’est là que Dieu lui-même s’est révélé à Moïse comme « le SEIGNEUR Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, qui reste fidèle à des milliers de générations… » (Ex 34, 6). C’est là aussi que Dieu s’est engagé à accompagner son peuple tout au long de son histoire : « Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu et vous serez mon peuple » (Lv 26, 12). Et puisque Dieu est fidèle, on finira par en déduire qu’il ne peut que pardonner inlassablement à son peuple ; la majorité des paroles des prophètes redit cette certitude, par exemple Isaïe :
    « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme malfaisant, ses pensées. Qu’il retourne vers le SEIGNEUR qui lui manifestera sa tendresse, vers notre Dieu qui se surpasse pour pardonner. » (Is 55, 7). Ou encore, dans un texte où c’est Dieu lui-même qui parle :
    « J’ai effacé comme un nuage tes révoltes, comme une nuée, tes fautes ; reviens à moi, car je t’ai racheté » (Is 44, 22)…
    Sans oublier cette autre phrase soufflée par Dieu à Isaïe : « Avec tes fautes, c’est toi qui m’as réduit en servitude ; avec tes perversités, c’est toi qui m’as fatigué ; moi, cependant, moi je suis tel que j’efface, par égard pour moi, tes révoltes, que je ne garde pas tes fautes en mémoire » (Is 43, 24-25).
    LE PECHE LE PLUS GRAVE
    Quand les prophètes parlent du péché d’Israël, il ne faut pas se tromper : il s’agit d’abord de l’unique péché qui est la source de tous les autres, l’idolâtrie ; ce que les prophètes appellent « l’adultère d’Israël » ; c’est-à-dire chaque fois que l’on cherche ailleurs qu’auprès de Dieu et de sa Parole la source de notre bonheur ; nous évoquions dimanche dernier cette parole de Jérémie : « Ils m’abandonnent, moi, la source d’eau vive, dit Dieu, pour se creuser des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau. » (Jr 2, 13). On voit alors ce que veut dire le mot « purifier » dans ce psaume : « Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense » ; spontanément, nous imaginons la pureté comme une sorte de blancheur ; mais toute la pédagogie biblique va nous faire découvrir qu’il s’agit de quelque chose de beaucoup plus profond : il s’agit de retourner à la source d’eau vive, de s’y plonger, pour être renouvelés de fond en comble. Voici Ezéchiel, par exemple : « Je ferai sur vous une aspersion d’eau pure et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. » (Ez 36, 25). Ici on voit bien que le mot « impuretés » signifie « idoles » : c’est-à-dire tout ce qui nous occupe trop l’esprit ou le coeur au point de nous détourner de l’unique source du bonheur, qui est la vie dans l’Alliance avec Dieu et les autres.
    Il nous faut apprendre à croire que Dieu ne déplore nos fautes que parce qu’elles font notre malheur et celui des autres ; comme dit Jérémie « Est-ce bien moi qu’ils offensent ? dit Dieu ; n’est-ce pas plutôt eux-mêmes ? » (Jr 7, 19). Mais pour que nous ne fassions plus notre propre malheur, il faut que Dieu nous transforme, il faut que lui-même renouvelle encore et encore l’Alliance à laquelle nous avons tant de mal à être fidèles. Et c’est bien ce qu’on demande à Dieu dans ce psaume, on lui demande d’agir lui-même : « Efface mon péché »… « Lave-moi »… « Purifie-moi »… « Crée en moi un coeur pur »… « Renouvelle et raffermis mon esprit »… « Rends-moi la joie d’être sauvé »… Le croyant reconnaît que seule l’oeuvre de Dieu peut accomplir ce renouvellement du coeur de l’homme.
    On entend résonner ici l’écho de la superbe annonce de Jérémie dans notre première lecture : « Voici venir des jours où je conclurai avec la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda une Alliance Nouvelle »… « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes, je l’inscrirai dans leur coeur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. » (Jr 31, 31… 33) ; et en écho, Ezéchiel : « Je vous donnerai un coeur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit… » (Ez 36, 25-27 ; Ez 11, 19-20). Et alors, comme dit Jérémie, dans cette même promesse de l’Alliance Nouvelle, « Tous, des plus petits jusqu’aux plus grands, connaîtront Dieu tel qu’il est », c’est-à-dire le Dieu d’amour et de miséricorde. Et ils déborderont de joie et de reconnaissance ; c’est bien ce que dit le dernier verset : « Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins, vers toi reviendront les égarés » : la découverte du vrai visage de Dieu rend inévitablement missionnaire !

    DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 5, 7 – 9
    Le Christ,
    7 pendant les jours de sa vie dans la chair,
    offrit, avec un grand cri et dans les larmes,
    des prières et des supplications
    à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ;
    et il fut exaucé
    en raison de son grand respect.
    8 Bien qu’il soit le Fils,
    il apprit par ses souffrances l’obéissance
    9 et, conduit à sa perfection,
    il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent
    la cause du salut éternel.

    La lettre aux Hébreux s’adresse à des Chrétiens d’origine juive. L’auteur cherche à éclairer leur foi chrétienne toute neuve à partir de leur foi juive et de leur connaissance de l’Ancien Testament. Son objectif est de montrer que l’histoire humaine a franchi avec le Christ une étape décisive : il y avait eu le régime de l’Ancienne Alliance, désormais il y a l’Alliance Nouvelle, annoncée par Jérémie ; cette Alliance Nouvelle est réalisée dans la personne même du Christ. Parce qu’il est à la fois Dieu et homme, pleinement Dieu et pleinement homme, il est l’Homme-Dieu, celui qui unit intimement, irrévocablement Dieu et l’humanité jusque dans sa personne même.
    Et c’est ainsi que s’accomplit la prophétie de Jérémie « Voici venir des jours où je conclurai avec la Maison d’Israël et avec la Maison de Juda une Alliance Nouvelle ».
    Donc très normalement, l’auteur insiste à la fois sur l’humanité et sur la divinité du Christ ; pleinement homme, il est mortel, il connaît la souffrance et l’angoisse devant la mort : « Pendant les jours de sa vie mortelle, le Christ a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort… »
    L’expression « Pendant les jours de sa vie mortelle » dit bien qu’il est homme, mortel…
    Devant la perspective de la persécution, de la Passion, il a prié et supplié Dieu qui pouvait le sauver de la mort. Jusque-là, nous comprenons ; mais l’auteur ajoute « il a été exaucé » ; affirmation plutôt surprenante ! Car, en définitive, malgré sa prière et sa supplication, il est mort… Donc on peut se demander en quoi il a été exaucé…
    Il faut croire que sa prière ne signifiait pas ce que nous imaginons à première vue. Je m’arrête un peu là-dessus : ici, visiblement, l’auteur fait allusion à Gethsémani : le grand cri et les larmes du Christ, sa prière et sa supplication disent son angoisse devant la mort et son désir d’y échapper.
    Cet épisode de Gethsémani est rapporté par les trois évangiles synoptiques à peu près dans les mêmes termes ; les trois évangélistes notent la tristesse et l’angoisse du Christ, en même temps que sa détermination. Saint Luc dit « Jésus priait, disant : Père, si tu veux, éloigne cette coupe loin de moi ! Cependant, que ta volonté soit faite, et non la mienne ! » (Lc 22, 42). Que Jésus ait désiré échapper à la mort, c’est clair ; et il a dit à son Père ce désir ; mais sa prière ne s’arrête pas là ; sa prière, justement, c’est « Que ta volonté soit faite… et non la mienne ». Dans sa prière, le Christ fait passer le désir de son Père avant le sien propre. Voilà déjà une formidable leçon pour nous !
    Le Christ a cette confiance absolue dans son Père : ce que l’auteur de la lettre aux Hébreux traduit par : « Il s’est soumis en tout ». Le mot « soumission » ou « obéissance » dans la Bible, signifie justement cette confiance totale ; parce qu’il sait que la volonté de Dieu n’est que bonne. Dans la prière qu’il nous a enseignée, s’il nous invite à répéter après lui « Que ta volonté soit faite », c’est pour que nous apprenions à souhaiter la réalisation du projet de Dieu parce que Dieu n’a pas d’autre projet que notre bonheur !
    Comme dit Saint Paul dans sa première lettre à Timothée : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tm 2, 4).
    Cette prière du Christ a été doublement exaucée : parce que le salut du monde a été accompli et parce qu’il est ressuscité. En ce sens-là, il a été « sauvé de la mort ».
    L’auteur n’hésite pas non plus à dire que Jésus a aussi, comme tout homme, connu un apprentissage : « Il a appris l’obéissance par les souffrances de sa passion ». Ce mot d’apprentissage signifie qu’il a eu, comme tout homme, un chemin à parcourir : celui de la souffrance et de l’angoisse devant la mort ; et là, l’humanité connaît deux attitudes, la peur de Dieu ou la confiance en Dieu. Et parce qu’il n’a pas quitté la confiance dans le Dieu de la vie, son chemin l’a conduit à la résurrection. On ne peut pas ne pas penser ici à l’épisode de Césarée ; quand Jésus avait commencé à prévenir ses apôtres de ce qu’il lui faudrait affronter, Pierre s’était insurgé : « Jésus-Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des Anciens, des grands-prêtres et des scribes, être mis à mort, et, le troisième jour, ressusciter. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander en disant : Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera pas ! Mais lui, se retournant, dit à Pierre : Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16, 21-23 ; Mc 8, 31-33). A Gethsémani, Jésus a résolument fait passer les vues de Dieu avant les siennes.
    « Et ainsi, continue le texte, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ». Le « salut », c’est précisément connaître Dieu tel qu’il est, le Dieu dont l’amour nous fait vivre. « Obéir » au Christ, c’est, à notre tour, lorsque nous traversons la souffrance, lui faire confiance, suivre son exemple, et donc faire confiance à la volonté du Père. A ses disciples, Jésus a donné son secret : « Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation ». (Mc 14, 38). Il ne s’agit pas de je ne sais quelle arithmétique du genre « si vous priez bien, Dieu vous évitera la tentation »… Il s’agit de la grande réalité de la prière : prier, c’est rester en contact avec Dieu, lui faire confiance ; c’est tout le contraire de la tentation, celle à laquelle pense Jésus : la tentation de soupçonner les intentions de Dieu, de penser qu’il nous veut du mal et donc de nous révolter. Suivre l’exemple du Christ, semble-t-il, c’est premièrement, oser dire à Dieu notre désir, et deuxièmement, lui faire assez confiance pour ajouter aussitôt « Cependant, que ta volonté soit faite, et non la mienne ! »
    —————————-
    Compléments
    – Le mot « perfection » (verset 9) ici a également un autre sens : il s’agit de la « consécration » du grand prêtre ; l’objectif majeur de la Lettre aux Hébreux étant de démontrer que le Christ est vraiment le grand prêtre de la Nouvelle Alliance.
    – Les psychologues qui analysent notre comportement religieux comptent trois étapes dans la croissance spirituelle : première étape, celle de l’enfant, qui ne connaît que son désir ; il tape des pieds en disant « Que ma volonté se fasse ». Deuxième étape, lorsque nous avons pris conscience de notre impuissance à combler par nous-mêmes tous nos désirs, alors on prie Dieu pour qu’il nous y aide : la prière devient « Que ma volonté se fasse avec ton aide ». (Il me semble qu’un certain nombre de nos prières ressemblent à celle-là…) Troisième étape, celle de la foi, c’est-à-dire de la confiance absolue dans le projet de Dieu : « Que ta volonté se fasse et non la mienne ».

    EVANGILE – selon saint Jean 12, 20 – 33
    En ce temps-là,
    20 Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem
    pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
    21 Ils abordèrent Philippe,
    qui était de Bethsaïde en Galilée,
    et lui firent cette demande :
    « Nous voudrions voir Jésus. »
    22 Philippe va le dire à André ;
    et tous deux vont le dire à Jésus.
    23 Alors Jésus leur déclare :
    « L’heure est venue où le Fils de l’homme
    doit être glorifié.
    24 Amen, amen, je vous le dis :
    si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas,
    il reste seul ;
    mais s’il meurt,
    il porte beaucoup de fruit.
    25 Qui aime sa vie la perd ;
    Qui s’en détache en ce monde
    la gardera pour la vie éternelle.
    26 Si quelqu’un veut me servir,
    qu’il me suive ;
    et là où moi je suis,
    là aussi sera mon serviteur.
    Si quelqu’un me sert,
    mon Père l’honorera.
    27 Maintenant, mon âme est bouleversée.
    Que vais-je dire ?
    « Père, sauve-moi de cette heure » ?
    -Mais non ! C’est pour cela
    que je suis parvenu à cette heure-ci !
    28 Père, glorifie ton nom ! »
    Alors, du ciel vint une voix qui disait :
    « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
    29 En l’entendant, la foule qui se tenait là
    disait que c’était un coup de tonnerre.
    D’autres disaient :
    « C’est un ange qui lui a parlé. »
    30 Mais Jésus leur répondit :
    « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix,
    mais pour vous.
    31 Maintenant a lieu le jugement de ce monde ;
    maintenant le prince de ce monde
    va être jeté dehors ;
    32 et moi, quand j’aurai été élevé de terre,
    j’attirerai à moi tous les hommes. »
    33 Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

    L’HEURE DE LA REVELATION
    Nous sommes dans les derniers jours avant la fête de la Pâque à Jérusalem ; il y a de quoi inquiéter les autorités : Jésus a fait ces jours-ci une entrée triomphale dans la ville, le peuple a crié « Hosanna » sur son passage, comme on faisait dans les grandes cérémonies pour acclamer la promesse du Messie ; c’est sûr, la foule le prend pour le Messie. Et Saint Jean raconte que les Pharisiens se sont dit les uns aux autres « Vous le voyez, vous n’arriverez à rien : voilà que le monde se met à sa suite. »
    Et, comme pour leur donner raison, des Grecs (c’est-à-dire des Juifs de la Diaspora) se présentent juste à ce moment-là et s’adressent à ses disciples : « Nous voudrions voir Jésus » ; pas seulement l’apercevoir, mais le rencontrer, lui parler. Il sont « montés à Jérusalem », comme on dit, et ils y sont venus en pèlerins pour « adorer Dieu durant la Pâque » ; en même temps ils souhaitent approcher Jésus ; ils ne savent pas à quel point ils ont raison : c’est en rencontrant Jésus, qu’ils accompliront leur meilleure démarche d’adoration de Dieu. Mais, bien sûr, ils ne le savent pas encore. Jésus, lui, fait le rapprochement : ses disciples viennent lui dire que des Grecs souhaitent le voir ; et il répond « L’Heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié », c’est-à-dire révélé comme Dieu.
    Le mot « glorifier » revient plusieurs fois dans ce texte ; mot difficile pour nous, parce que, dans notre langage courant, la gloire évoque quelque chose qui n’a rien à voir avec Dieu. Pour nous, la gloire, c’est le prestige, l’auréole qui entoure une vedette, sa célébrité, l’importance que les autres lui reconnaissent. Dans la Bible, la gloire de Dieu, c’est sa Présence. Une Présence rayonnante comme le feu du Buisson Ardent où Dieu s’est révélé à Moïse (Ex 3). Et alors le mot « glorifier » veut dire tout simplement « révéler la présence de Dieu ». Quand Jésus dit « Père, glorifie ton nom », on peut traduire « Fais-toi connaître, révèle-toi tel que tu es, révèle-toi comme le Père très aimant qui a conclu avec l’humanité une Alliance d’amour ». Parce que c’est cela, finalement, le salut, le bonheur de l’homme, et il nous a appris que c’est la première chose à demander dans la prière : « Que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite », en d’autres termes, « que tu sois reconnu comme le Dieu d’amour et que vienne ton règne d’amour »… Jésus s’est incarné pour cela : quelques jours plus tard, au cours de son interrogatoire par Pilate, il dira « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37).
    LE PRINCE DE CE MONDE VA ETRE JETE DEHORS
    Pour aller jusqu’au bout de cette révélation, Jésus a accepté de subir la Passion et la croix : au moment d’aborder cette Heure décisive, l’évangile que nous lisons aujourd’hui nous dit bien les sentiments qui habitent Jésus : l’angoisse, la confiance, la certitude de la victoire.
    L’angoisse : « Maintenant, je suis bouleversé », « Dirai-je Père, délivre-moi de cette heure ? » On a là chez Saint Jean, l’écho de Gethsémani : le même aveu de souffrance du Christ, son désir d’échapper à la mort « Père, si tu veux, éloigne cette coupe loin de moi ! » L’angoisse, oui, mais aussi la confiance : « Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! » et aussi cette certitude que « si le grain de blé meurt, il portera du fruit », au sens où de sa mort, un peuple nouveau va naître. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits ». A l’heure extrême où il est bouleversé, où il aborde la Passion « avec un grand cri et dans les larmes » (comme dit la lettre aux Hébreux), Jésus peut continuer à dire « que ta volonté soit faite » en toute confiance : il sait que, de cette mort, Dieu fera surgir la vie pour tous. Angoisse, confiance, et pour finir, la certitude de la victoire « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi »… « Le prince de ce monde va être jeté dehors ». Dans ces deux phrases apparemment dissemblables, c’est de la même victoire qu’il s’agit : celle de la vérité, celle de la révélation de Dieu. Le prince de ce monde, justement, c’est celui qui, depuis le jardin de la Genèse, nous bourre la tête d’idées fausses sur Dieu. Au contraire, en contemplant la croix du Christ, qui nous dit jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité, nous ne pouvons qu’être attirés par lui. La voilà la preuve de l’amour de Dieu : le Fils accepte de mourir de la main des hommes, le Père exauce sa prière « Père, pardonne-leur… » Désormais, en levant les yeux vers la croix, nous y lisons non un instrument de haine et de douleur, mais l’instrument du triomphe de l’amour. Il était venu pour rendre témoignage à la vérité, l’Heure est venue, la mission est accomplie.
    Quand Jésus a prié « Père, glorifie ton nom », Saint Jean nous dit qu’une voix vint du ciel qui disait : « Je l’ai glorifié (mon Nom) et je le glorifierai encore ». « J’ai glorifié mon Nom », c’est-à-dire je me suis révélé tel que je suis ; « et je le glorifierai encore », cela veut dire maintenant l’Heure est venue où en regardant le crucifié, vous découvrirez jusqu’où va l’amour insondable de la Trinité. Et toute cette pédagogie de révélation n’a qu’un seul but : que l’humanité entende enfin la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu : « C’est pour vous, dit Jésus, que cette voix s’est fait entendre. »


  • Homélie du dimanche 18 mars

    Dimanche 18 mars 2018
    5éme dimanche de Carême

    Références bibliques :
    Lecture du prophète Jérémie. 31. 31 à 34 : « Je l’inscrirai dans leur cœur. »
    Psaume 50 : « Renouvelle et affermis en moi mon esprit. »
    Lettre aux Hébreux : 5. 7 à 9 : « Il a appris l’obéissance par les souffrances de sa passion. »
    Evangile selon saint Jean : 12. 20 à 33 : « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. »
    ********
    LE GRAIN TOMBE EN TERRE
    Nous sommes tous et chacun, d’une manière ou d’une autre, en « quête de sens » pour la réalisation de notre existence et de notre personnalité. Mais nous ne pouvons pas la mettre en œuvre seul. Ce ne serait bientôt qu’un repli sur soi-même et donc une solitude. Il nous faut accepter et assumer le fait que nous vivons dans un monde auquel nous sommes intimement liés, qu’il s’agisse de la nature, de notre corps, des hommes nos frères.
    Il n’y a de vie et de vitalité qu’en harmonie avec eux tous. Seul un échange permanent, lucide et généreux est créateur de vie et cet échange nécessite bien des sacrifices pour unir nos points de vue et nos orientations, pour communier en une même réalisation. « Qui garde sa vie pour lui, la perdra. »
    En s’incarnant, le Verbe de Dieu, notre nature, avec toutes ses composantes, y compris sa déchéance et ses limites, hormis le péché et tout ce qui y incline. Nous l’avons vu lors des tentations au désert.
    Il assume cette condition d’homme, y compris la souffrance et la mort, pour lui communiquer la Vie éternelle au contact de sa divinité. Ce contact déifiant de la divinité du Christ avec son humanité ne doit pas être compris d’une façon purement physique, comme mécanique.
    Le rôle décisif revient ici à la volonté humaine du Christ, parfaitement libre et intimement pénétrée par l’agir divin incréé. Il avait traduit cela, à 12 ans, dans sa réponse à la Vierge Marie. : « Je dois être aux affaires de mon Père ».
    QU’IL ME SUIVE
    « Là où je suis sera mon serviteur », c’est-à-dire ce que sera notre vie en Christ dès que nous sommes ses serviteurs. Ce n’est pas à entendre au sens de « demain, plus tard, un jour, au-delà de notre mort. » Selon le contexte, c’est aujourd’hui. C’est placer notre vie là où vit et comme il vit.
    Il nous faut donc reprendre sa pensée pour la faire nôtre, partager les décisions de sa volonté pour les transposer dans notre comportement, entendre sa parole pour la communiquer à nous-mêmes et à nos frères, accomplir ses gestes d’amour pour que les nôtres soient porteurs de grâce comme le furent les siens. La divinisation du chrétien comme celle de l’humanité du Christ se réalise par l’amour qui est union des volontés divine et humaine.
    Et c’est là que nous sommes confrontés à la croix, parce qu’elle est l’acte plénier qui assume l’humanité. Selon le mot à mot du texte grec de saint Jean : « Il a appris, de ce qu’il a souffert, l’obéissance, et, parvenu à son accomplissement, il devint pour tous qui lui obéissent cause du salut éternel. » Le terme grec « obéissance » s’entend au sens actif, ce n’est pas une soumission aveugle, c’est un consentement. De même « Accomplissement » ne signifie pas réaliser, mais conduire à son terme, à sa fin, à son but. (teleiôtheis dit saint Jean)
    MAINTENANT JE SUIS BOULEVERSE
    « Là où je suis.» En évoquant devant ses disciples la situation où il se trouve à cette heure, ce qui l’attend et le conduira aux souffrances de la Passion, le Christ est troublé, bouleversé. « Là où je suis.» …. « Que puis-je dire ? » …C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure … » Il nous faut méditer en une prière silencieuse et contemplative la volonté de Jésus en ce moment où s’interfèrent en Lui les volontés humaine et divine afin que la Gloire de Dieu soit accomplie.
    Dieu se sert des événements de notre humanité pour agir à sa guise à nos yeux, mais l’amour en est la raison d’être. Le Christ, Verbe de Dieu, partage cet amour trinitaire. L’espérance devrait être au cœur des épreuves, mais elle est difficile à vivre, même si nous savons que le matériel s’unit au spirituel.
    La voix qui se fait entendre c’est alors non seulement une confirmation de la mission salvatrice, elle est aussi le témoignage de la communion du Père et du Fils dans une même volonté. Le Père avait ratifié au Jourdain la volonté de Jésus de s’identifier pleinement aux hommes pécheurs. Au Thabor, à la Transfiguration, il avait confirmé aux trois apôtres et à son Eglise, la nature humano-divine de celui à qui ils s’étaient donné. Aujourd’hui, devant la foule, au seuil de la Passion, le Père donne, à ceux qui en sont et seront les témoins, le sens de la vie de Jésus, menée sur les routes de Palestine, puis jusqu’au Calvaire.: « Je l’ai glorifié. Je le glorifierai encore. »
    EN QUETE DE SENS
    L’acceptation de la souffrance et de la mort par le Christ a été un acte humano-divin, capable de changer radicalement leur sens. Il n’a pas assumé une nature humaine idéale. Il a assumé notre nature « en état de mort ». « Il fallait ramener de la mort à la vie notre nature entière », dit saint Grégoire de Nysse (5ème siècle)
    Il nous faut donc mettre la croix de Jésus au centre de notre vie. La croix de Jésus n’est pas seulement un instrument de souffrance, mais aussi et surtout un instrument de victoire, celle du don total d’une volonté par delà les conditions humaines. Ce sont ses dernières paroles : « Tout est accompli. » (Jean 19. 24), et pour nous les transmettre, saint Jean reprend le même terme, mais cette fois avec le verbe à l’indicatif passé, le Christ a tout réalisé.
    Il nous faut mettre la croix au centre de notre vie, car elle fait du sacrifice de Jésus le centre de notre vie, de notre volonté, de nos sentiments. Regarder les hommes et les choses du point de vue de la croix, se persuader que rien n’est plus important au monde que le sacrifice du Christ éternellement présent et offert, c’est une vision qui exige de notre part un changement radical de notre vie.
    Le jour où l’homme comprend la « centralité » de la croix, rayonnante et sanglante, il comprend pourquoi Jésus a répété « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24. 26) La mise au tombeau est le dernier acte de son humanité dans le même temps qu’elle les prémices de la Résurrection.
    C’est en cela que s’accomplira notre « quête de sens. »
    « Morts au péché, vivants pour Dieu dans le Christ Jésus … de même que le Christ a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchons en nouveauté de vie. « (Romains 6. 4) « Là où je suis, sera aussi mon serviteur. »
    ***
    « Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde. » (prière d’ouverture de la messe)
     


vendredi 9 mars 2018

  • L’archevêque Jean-Claude Hollerich S.J. élu nouveau président de la COMECE

    Son Excellence Mgr. Jean-Claude Hollerich S.J., Archevêque de Luxembourg, a été élu Président de la COMECE par les Délégués des Conférences épiscopales de l’Union européenne pour un mandat de 5 ans. Les évêques ont également élu 4 Voce Présidents: Mgr Noël Treanor (Irlande), Mgr Mariano Crociata (Italie), Mgr Jan Vokal (République tchèque) et Mgr Franz-Josef Overbeck (Allemagne).
    Mgr. Hollerich succède à S. Em. le Cardinal Reinhard Marx, qui a tenu les rênes de la COMECE pendant deux mandats et a notamment piloté le processus du Dialogue (Re)Thinking Europe. Mgr. Hollerich se voit confier la responsabilité de présider la COMECE pour la période 2018-2023. Il aura à accompagner le Dialogue entre les institutions européennes et l’Eglise catholique sur la base de l’article 17 TFEU. en capitalisant sur le succès de (Re)Thinking Europe.
    Immédiatement après son élection, le nouveau président Mgr. Hollerich s’est déclaré « prêt à travailler avec toutes les personnes de bonne volonté qui se consacrent au respect et à la protection de la dignité humaine », confirmant ainsi l’engagement de la COMECE à placer la personne humaine et le bien commun au centre des politiques européennes.
    Représentant le Luxembourg, siège de plusieurs institutions de l’UE, depuis novembre 2011, Mgr. Hollerich a contribué à un dialogue actif entre les institutions de l’Union Européenne et l’Église. Lors de la 13ème réunion annuelle de Haut Niveau organisée par la Commission, Mgr. Hollerich a déclaré que les Eglises et les communautés religieuses étaient engagées dans un dialogue avec les acteurs politiques pour contribuer à la construction de l’Europe en tant que projet de paix fondé sur le bien commun. « Les chrétiens – a-t-il rappelé – ne sont pas un groupe d’intérêt parlant en faveur des religions, mais des citoyens européens engagés dans la construction de l’Europe, notre maison commune ».

    Né à Luxembourg en 1958, Mgr Hollerich a été ordonné prêtre en 1990. De 2008 à 2011, il fut vice-recteur pour les Affaires Générales et Estudiantines à la Sophia University à Tokyo. En 2011, Benoît XVI a nommé Jean-Claude Hollerich SJ Archevêque de Luxembourg. Il devient en 2014 Président de la Conférence des Commissions Justice et Paix d’Europe. Depuis 2017, il est également Président de la Commission du CCEE pour les jeunes. Lisez ici sa biographie complète.
    Les délégués des Conférences épiscopales de l’UE à la COMECE ont également élu quatre Vice-Présidents: Mgr Noël Treanor (Irlande), Mgr Mariano Crociata (Italie), Mgr Jan Vokal (République tchèque) et Mgr Franz-Josef Overbeck (Allemagne).
    Au cours de leur Assemblée de Printemps, les évêques ont également nommé les Présidents des Commissions des Affaires Sociales (Mgr. Antoine Herouard – France), des Affaires Juridiques (Mgr. Theodorus Cornelis Maria Hoogenboom – Netherlands) et des Relations Extérieures de l’UE (Mgr. Rimantas Norvila – Lithuania).
    La nouvelle Présidence de la COMECE prendra ses fonctions au cours de la Messe pour l’Europe, qui ce jeudi 8 mars à 19h en l’église Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles, à l’invitation de S. Em. le Cardinal Joseph De Kesel, Archevêque de Malines-Bruxelles.
    Source : COMECE

    La COMECE, la Commission des Episcopats de la Communauté européenne, se compose d’Évêques délégués par les Conférences Épiscopales catholiques des 28 Etats Membres de l’Union Européenne. Un seul évêque représente le Danemark, la Suède et la Finlande ; tandis que le Royaume Uni est représenté par un évêque délégué de la Conférence Épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles, et un évêque délégué de la Conférence Épiscopale Écossaise.


  • Mgr Oscar Romero bientôt canonisé

    La Congrégation pour la Cause des Saints a rendu public, mardi, un décret autorisant la canonisation de Mgr Romero et de Paul VI. Mgr Romero est une figure importante de l’Église d’Amérique latine et est donné comme « saints patrons » des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse à Panama en janvier 2019.
    En 1977, Oscar Romero est nommé archevêque de San Salvador. Prophète de l’espérance, il ne cesse d’annoncer l’Évangile.
    Il dénonce publiquement les agissements, notamment les crimes mais également les injustices sociales, commis par la Junte Révolutionnaire Gouvernementale ayant pris le pouvoir en 1979 et qui conduira à la guerre civile.
    Dans une homélie, le 23 mars 1980, Mgr Romero lance : « Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous prie, je vous supplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : arrêtez la répression ! ». Le lendemain, il est assassiné alors qu’il célébrait la messe.
    En 2015, le pape François déclarait : « Mgr Romero est l’incarnation du bon pasteur ». En effet, il n’a eu de cesse de défendre les brebis qui lui étaient confiées. Toujours fidèle à la Parole du Christ, il a donné sa vie par amour comme le Bon Pasteur.
    La date de canonisation n’est pas encore connue à ce jour.
    Source : équipe nationale JMJ


  • Bienheureux Oscar Romero

    Le Pape François a annoncé cette semaine la canonisation prochaine de l’évêque Óscar Romero, Patron des JMJ de Panama 2019. Un grand homme du Salvador que l’Église d’Amérique Centrale a choisi de donner comme exemple aux jeunes du monde entier.

    Sa vie
    Oscar Arnulfo Romero est né à Ciudad Barrios (au Salvador), le 15 août 1917. Ses parents, Santos et Guadalupe ont eu une fille et six fils. A l’âge de douze ans, il est entré au Petit Séminaire de San Miguel, grâce au soutien spirituel et économique de l’évêque Monseigneur Juan Antonio Duenas. Par la suite, il a été envoyé pour étudier à Rome, où il a été ordonné prêtre le 4 avril 1942.
    De retour au Salvador, il a été chancelier et secrétaire du diocèse de San Miguel, vicaire général, curé de paroisse, directeur d’associations et mouvements apostoliques et recteur de séminaire. Il a été secrétaire exécutif du SEDAC (Secrétariat épiscopal d’Amérique centrale). Il a été évêque auxiliaire de San Salvador et il a été finalement nommé archevêque le 22 février 1977.
    Toute sa mission a porté sur les soins du clergé et du peuple, la célébration de la liturgie, l’attention portée aux malades et aux pauvres, en accord avec les orientations du Concile Medellin y Puebla. Il a annoncé la Bonne Nouvelle, il a dénoncé le péché et éclairé à la lueur de l’Évangile les dures réalités d’un pays soumis à la violence et aux divisions. Il a appelé au dialogue et à la paix, et il a accompagné les victimes, en réclamant continuellement la conversion de ceux qui agissent avec violence, injustice, impunité et corruption, en particulier les hommes riches et puissants les guerilleros et l’armée.
    Son attitude prophétique lui a fait vivre un authentique calvaire : tentatives de manipulation, insultes et menaces. Le 24 mars 1980, il a été assassiné d’un coup de feu, alors qu’il célébrait l’Eucharistie dans la chapelle de l’Hôpital de la Divine Providence. Il a été béatifié le 23 mars 2015.

    Spiritualité
    En tant que bon pasteur, il a consacré sa vie à ses brebis, toujours préoccupé par le peuple du Salvador, en particulier par les plus pauvres et les victimes de la violence. Il s’est occupé comme un père des prêtres et des responsables de pastorale, affrontant courageusement de nombreux cas de persécution, d’emprisonnement et d’assassinat de membres du clergé et de catéchistes.
    Il a défendu inlassablement la paix, appelant tout le monde à la conversion. Il s’est particulièrement appuyé sur la Doctrine sociale de l’Église et a dénoncé toutes les violations des Droits de l’Homme.
    Ses homélies et déclarations ont éclairés la situation conflictuelle du Salvador et ont orienté non sans difficultés l’accomplissement de la mission de l’Église : « La mission de l’Église est de s’identifier aux pauvres, c’est ainsi que l’Église trouve son salut » (11 novembre 1977). «  L’Église, qui défend les droits de Dieu, de la Loi de Dieu, de la dignité humaine de la personne, ne peut pas rester en silence devant tant d’abominations. Nous voulons que le gouvernement prenne au sérieux le fait que les réformes ne servent à rien si elles sont mise en œuvre au prix de tant de sang. Au nom de Dieu et au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel, chaque jour plus fort, je vous supplie, je vous demande, je vous ordonne au nom de Dieu ; Arrêtez la répression » (23 mars 1980).
    Sa mort en martyre a couronné une vie à suivre le Christ, à défendre sa justice, à écouter sa parole avec fidélité et courage malgré les épreuves.

    Un modèle pour la jeunesse
    –          suivre le Christ
    –          « option préférentielle » pour les pauvres
    –          fidélité et courage
    –          engagement pour la justice sociale
    –          appel au dialogue, la paix et la conversion


  • Mgr Jean-Marie Le Vert, nommé évêque auxiliaire de Bordeaux et Bazas

    Le Pape François a nommé ce vendredi 9 mars, Mgr Jean-Marie LE VERT évêque auxiliaire du diocèse de Bordeaux et Bazas, il était jusqu’à présent évêque émérite du diocèse de Quimper et Léon.
    Ordonné prêtre le 10 octobre 1987 pour la Communauté Saint-Martin, en 1995 Mgr Le Vert quitta la Communauté Saint-Martin. Il fut incardiné au sein de l’archidiocèse de Tours. Entre 1990 et 2005, il fut vicaire et curé en paroisse pour l’archidiocèse de Tours. De 1995 à 2005, il occupa plusieurs fonctions et fut aumônier diocésain des étudiants ; prêtre accompagnateur de la pastorale des jeunes ; aumônier régional des étudiants (région Centre-Ouest) et enfin président de la Mission étudiante catholique en France. En 1997, Mgr Le Vert fut professeur de patrologie, de théologie pastorale et de mystère chrétien au séminaire inter diocésain de Tours, fonctions qu’il occupa jusqu’en 2004. De 1998 à 2005, Mgr Le Vert fut responsable diocésain des vocations et des séminaristes avant d’être nommé évêque auxiliaire de Meaux en 2005. Il resta deux ans à Meaux avant d’être nommé évêque de Quimper et Léon en 2007. Depuis 2015, Mgr Le Vert était évêque émérite du diocèse de Quimper et Léon.

    Contact presse
    Diocèse de Bordeaux : P. Jean Rouet
    p.jeanrouet@gmail.com – 06 51 49 52 45


jeudi 8 mars 2018

  • Assemblée plénière de printemps : séance de travail à huis clos

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    Du mardi 20 mars au vendredi 23 mars, les évêques de France se retrouveront, comme à chaque printemps, pour une session de travail et de réflexion commune à Lourdes.
    Cette Assemblée plénière s’ouvrira avec le discours de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France, le mardi 20 mars à 8h50. Le discours sera retransmis en direct par KTO. Comme pour toute assemblée de printemps, il n’y a pas de discours de clôture.
    Les évêques ont choisi de consacrer un temps important de leur assemblée à la question des migrants. La journée du jeudi 22 mars sera en partie dédiée à cette thématique. Ils feront un point sur le sujet des migrants afin d’en préciser les enjeux et les défis pastoraux. En forums, ils aborderont cette question au regard des communautés catholiques; de la mission; de la mobilisation des fidèles et de la prise de parole de l’Église.
    Parmi les autres dossiers à l’ordre du jour de cette rencontre, deux séquences seront dédiées à la lutte contre la pédophilie mardi 20 et mercredi 21 mars. Le Père Hans Zollner sj. membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, interviendra en hémicycle le mardi 20 après-midi.
    Mercredi 21 mars, des temps seront consacrés aux dossiers suivants : « Adaptation des structures de la CEF » (dans la continuité du travail engagé lors de l’Assemblée plénière de novembre 2017) et le « Groupe de travail sur les nouvelles ritualités civiles » présidé par Mgr Christophe Dufour, Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles (intervention en assemblée suivie d’un temps de forums).
    Le jeudi 22 mars, en plus de la séquence sur la question des migrants, un temps en fin d’après-midi sera dévolu à la solidarité financière inter-diocésaine.
    Vendredi 23 mars, les évêques prendront un temps de réflexion autour de la pastorale des 16-30 ans et échangeront en vue d’éclairer leurs frères évêques délégués au synode d’octobre prochain sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Enfin, en hémicycle, les évêques procéderont à une première évaluation du statut de l’enseignement catholique, 5 ans après son adoption. Le travail se poursuivra en novembre prochain.
    Cette assemblée de printemps sera aussi l’occasion d’au moins 3 votes :

    Président du Conseil famille et société (après le départ de Mgr Aupetit en raison de sa nomination en tant qu’archevêque de Paris et membre du Conseil permanent)
    Président du Conseil pour la communication (fin du premier mandat de Mgr Norbert Turini, évêque de Perpignan, rééligible)
    Un membre de la Commission doctrinale

    INFORMATIONS PRATIQUES

    Séance de travail, cette assemblée plénière, se déroulera à huis clos. En conséquence, ni l’hémicycle ni l’atrium ne seront ouverts aux journalistes. Le programme de l’Assemblée plénière est disponible en téléchargement en bas de page.
    La salle Gerlier (située au dessus du point information des sanctuaires) sera à disposition des journalistes souhaitant être présents. La salle sera ouverte à partir du mardi 20 mars à 8h.
    Nous sommes à disposition pour faciliter des prises de contact avec les évêques. En fonction des demandes, des points presse pourront être organisés en fin de journée, à partir de 18h15.
    Une rencontre avec le Père Hans Zollner, sj. sera possible le mardi 20 mars de 14h à 15h. Merci de vous inscrire auprès de Constance Pluviaud (constance.pluviaud@cef.fr) si vous souhaitez y participer. Le Père Zollner sj. parle : allemand, anglais et italien.
    Si vous comptez être présent à Lourdes durant l’Assemblée plénière, merci de vous faire connaître auprès de Constance Pluviaud, en charge des relations avec les médias constance.pluviaud@cef.fr ou 07 62 08 00 59


lundi 5 mars 2018

  • Commentaires du dimanche 11 mars

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 11 mars 2018
    4éme dimanche de Carême

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – 2éme livre des Chroniques 36, 14-16. 19-23
    Sous le règne de Sédécias,
    14 tous les chefs des prêtres et le peuple
    multipliaient les infidélités,
    en imitant toutes les abominations des nations païennes,
    et ils profanaient la Maison que le SEIGNEUR avait consacrée à Jérusalem.
    15 Le Dieu de leurs pères,
    sans attendre et sans se lasser,
    leur envoyait des messagers,
    car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure.
    16 Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu,
    méprisaient ses paroles,
    et se moquaient de ses prophètes ;
    finalement, il n’y eut plus de remède
    à la fureur grandissante du SEIGNEUR contre son peuple.
    19 Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu,
    détruisirent le rempart de Jérusalem,
    incendièrent tous ses palais,
    et réduisirent à rien tous leurs objets précieux.
    20 Nabuchodonosor déporta à Babylone
    ceux qui avaient échappé au massacre ;
    ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils
    jusqu’au temps de la domination des Perses.
    21 Ainsi s’accomplit la parole du SEIGNEUR
    proclamée par Jérémie :
    « La terre sera dévastée et elle se reposera
    durant soixante-dix ans,
    jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos
    tous les sabbats profanés. »
    22 Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse,
    pour que soit accomplie la parole du SEIGNEUR proclamée par Jérémie,
    le SEIGNEUR inspira Cyrus, roi de Perse.
    Et celui-ci fit publier dans tout son royaume,
    – et même consigner par écrit- :
    23 « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse :
    Le SEIGNEUR, le Dieu du ciel,
    m’a donné tous les royaumes de la terre ;
    et il m’a chargé de lui bâtir une Maison
    à Jérusalem, en Juda.
    Quiconque parmi vous fait partie de son peuple,
    que le SEIGNEUR son Dieu soit avec lui,
    et qu’il monte à Jérusalem ! »

    ENTETEMENT DES HOMMES ET PATIENCE DE DIEU
    Dès 598, le roi de Babylone, Nabuchodonosor est le maître à Jérusalem ; il pille et saccage le Temple ;
    il nomme et destitue les rois ; et pour mater les mauvaises volontés, il opère déjà une déportation massive ; le deuxième livre des Rois (chapitre 24) raconte qu’il déporta tout Jérusalem, tous les chefs, tous les gens riches, soit dix mille déportés, tous les artisans du métal, les serruriers, et bien sûr, les militaires si bien qu’il ne resta que les petites gens du pays.
    Il met en place à Jérusalem le roi Sédécias qui régnera de 598 à 587 av.J.C. Mais Sédécias n’est pas plus docile que les autres, ni à Dieu, ni à ses prophètes, ni au souverain du moment, Nabuchodonosor. En 587, celui-ci fait pour la deuxième fois le siège de Jérusalem et écrase la révolte de Sédécias. Le siège dura plus de dix-huit mois et acheva la destruction de Jérusalem. La presque totalité du peuple fut déportée. Généralement, c’est à partir de 587 que l’on décompte la durée de l’Exil à Babylone. Un Exil qui durera jusqu’à ce que Nabuchodonosor soit à son tour écrasé par la nouvelle puissance montante au Moyen-Orient, l’Iran qu’on appelle encore la Perse, à l’époque.
    La politique de Cyrus, roi de Perse, va faire l’affaire des habitants de Jérusalem : systématiquement, il renvoie dans leur pays d’origine toutes les populations déplacées ; la population juive en bénéficie tout comme les autres. C’est tellement inespéré qu’on verra là la main de Dieu !
    « La première année de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole proclamée par Jérémie, le SEIGNEUR inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume, et même consigner par écrit : Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le SEIGNEUR, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir un temple à Jérusalem, en Judée. Tous ceux qui font partie de son peuple, que le SEIGNEUR leur Dieu soit avec eux, et qu’ils montent à Jérusalem! »
    Mais qu’avait donc dit Jérémie ? Il avait tout simplement joué son rôle de prophète : rappelant sans cesse la loi de Dieu et menaçant le peuple des pires châtiments, s’il ne se convertissait pas ! A son grand désespoir, les événements lui avaient donné raison.
    Pour l’auteur des Chroniques, tout cela est clair : Dieu a patienté, patienté ; il a mis son peuple en garde, comme on avertit quelqu’un au bord du précipice ; mais ni le peuple ni le roi n’ont rien voulu entendre : « Tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les pratiques sacrilèges et ils profanaient le Temple de Jérusalem consacré par le SEIGNEUR ».
    En lisant Jérémie, on s’aperçoit que le reproche le plus grave qu’il adresse à son peuple, c’est d’avoir complètement défiguré la religion de l’Alliance : non seulement, on ne respecte plus le sabbat, mais surtout on retombe dans l’idolâtrie, et dans ce qu’elle a de pire à l’époque, les sacrifices humains. Les commandements envers Dieu sont abandonnés… les commandements envers les autres sont abandonnés.
    Dieu, lui, n’oubliait pas son Alliance : il était toujours « Le Dieu de leurs pères » : depuis le temps des patriarches, Abraham, Isaac, Jacob… « Sans attendre et sans se lasser, il envoyait ses messagers » ; ce n’est pas pour défendre ses propres intérêts que Dieu rappelle sans cesse les commandements, par l’intermédiaire de ses prophètes ; Jérémie a cette parole extraordinaire : « Est-ce bien moi qu’ils offensent ? dit Dieu ; n’est-ce pas plutôt eux-mêmes ? Et ils devraient en rougir. » (Jr 7, 19). Ce qu’il veut dire par là, c’est que le peuple libéré par Dieu se fait lui-même esclave de faux dieux et retombe dans des pratiques indignes d’hommes libres. « Ils m’abandonnent, moi, la source d’eau vive, dit Dieu, pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2, 13).
    QUAND LES HOMMES FONT LEUR PROPRE MALHEUR
    Mais on sait comment ils ont traité les prophètes. « Ils tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles et se moquaient de ses prophètes. » Alors est arrivé ce qui devait arriver : le Dieu fidèle à sa Parole avait promis le bonheur si on obéissait aux commandements, et le malheur si on désobéissait ; sa fidélité à cette Parole exigeait qu’il finisse par sévir. « Finalement, il n’y eut plus de remède à la colère grandissante du SEIGNEUR contre son peuple. »
    Nous sommes surpris qu’un texte biblique, relativement tardif, parle encore de « colère » de Dieu, comme si Dieu pouvait, comme nous, se laisser aller à des emportements ; mais c’est le contexte historique qui exige ce genre de discours : le danger de l’idolâtrie est encore présent, visiblement. Pour imposer la foi au Dieu unique, il n’y a pas d’autre moyen que de lui imputer la responsabilité de tous les événements : aussi bien la catastrophe de l’Exil que, ensuite, le retour permis par Cyrus. A cette étape de la réflexion théologique, on pense forcément : s’il n’est pas le Maître de tout, c’est qu’il y a d’autres dieux. Plus tard, au fur et à mesure qu’on progressera dans la Révélation, on découvrira que tous nos sentiments humains de colère et de vengeance sont totalement étrangers à Dieu, le Tout-Autre, car il n’y a en lui qu’une réalité, l’Amour.
    En attendant, l’auteur du livre des Chroniques a déjà trouvé le moyen d’affirmer deux choses capitales de la foi : premièrement, Dieu reste toujours « le Dieu des pères » quelle que soit l’infidélité de son peuple et il fera tout pour l’empêcher de tomber dans le précipice. Deuxièmement, quand le peuple est dans le précipice, il trouvera le moyen de l’en sortir, car rien n’est impossible à Dieu.
    ————————–
    Compléments
    « Soixante-dix ans » (verset 21) : voici un bon exemple de l’utilisation des chiffres dans la Bible ; les premiers départs à Babylone ont lieu en 598 av.J.C. L’édit de Cyrus autorisant le peuple à rentrer à Jérusalem date de 538. L’Exil aura donc duré au maximum soixante ans, et pour le plus grand nombre, il n’aura même duré que cinquante ans. Que signifie donc ce chiffre de soixante-dix ans qui n’est pas vérifié historiquement ? La citation que l’auteur attribue à Jérémie est en fait empruntée à deux livres de la Bible, celui de Jérémie et le Lévitique (Jr 25, 11 ; Jr 29, 10 ; Lv 26, 34-35). Jérémie parle effectivement de soixante-dix ans, mais seulement dans le sens de la longue durée : soixante-dix ans, c’est à peu près la durée de la vie humaine : le psaume 89/90, verset 10, dit explicitement : « soixante-dix ans, c’est la durée de notre vie, quatre-vingt si elle est vigoureuse ».
    Le Lévitique n’emploie pas l’expression soixante-dix ans, mais il donne à l’Exil le sens de réparation pour tous les sabbats profanés. Il faut se rappeler ce qu’était l’année sabbatique : tous les sept ans, la terre elle-même devait être au repos, on ne devait pas la cultiver (du moins telle était la Loi). Mais, tout comme le sabbat hebdomadaire, le sabbat de la terre a été maintes fois violé. L’Exil sera alors pour la Terre Promise comme un sabbat forcé.
    L’auteur du Livre des Chroniques fait donc le lien entre la durée de soixante-dix ans dont parle Jérémie et l’idée de compensation des sabbats. Rapprochement d’autant plus parlant que soixante-dix, c’est dix fois sept, un multiple d’années sabbatiques.
    Par ailleurs, très probablement, pour lui, cette durée de soixante-dix ans correspond à une durée précise : 585 – 515 av.J.C., c’est-à-dire celle de l’interruption du culte : le Temple de Jérusalem n’a été reconstruit qu’en 515 par Zorobabel. Pour lui, la privation du Temple et du culte est encore plus grave, encore plus douloureuse que l’Exil en terre ennemie. Ces relectures successives ne se contredisent pas, mais enrichissent la compréhension. Il nous faut apprendre à lire entre les lignes.
    De même qu’on a interprété l’Exil comme une punition, on interprète le retour d’Exil comme un retour en grâce ; on sait mieux aujourd’hui que la grâce, la faveur de Dieu ne nous ont jamais quittés.

    PSAUME – 136 (137), 1 – 6
    1 Au bord des fleuves de Babylone
    nous étions assis et nous pleurions,
    nous souvenant de Sion ;
    2 aux saules des alentours
    nous avions pendu nos harpes.
    3 C’est là que nos vainqueurs
    nous demandèrent des chansons,
    et nos bourreaux, des airs joyeux :
    « Chantez-nous, disaient-ils,
    quelque chant de Sion. »
    4 Comment chanterions-nous
    un chant du SEIGNEUR
    sur une terre étrangère ?
    5 Si je t’oublie, Jérusalem,
    que ma main droite m’oublie !
    6 Je veux que ma langue
    s’attache à mon palais
    si je perds ton souvenir,
    si je n’élève Jérusalem,
    au sommet de ma joie.

    LA DOULEUR DES EXILES
    Ce psaume parle au passé : c’est donc qu’on est de retour ; effectivement, après le retour de l’Exil à Babylone, on a pris l’habitude de célébrer chaque année une journée de deuil et de pénitence à la date anniversaire de la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor ; au cours d’une célébration pénitentielle, dans le Temple enfin reconstruit, on se souvient de cette période terrible : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ». Tous les exilés du monde peuvent se reconnaître dans cette plainte ; les larmes du souvenir, d’abord, sur une terre étrangère ; les noms de la ville aimée, Sion, Jérusalem, reviennent à chaque strophe. Pire, cette « terre étrangère » est hostile, narquoise et le mal du pays se mêle à l’humiliation : « Nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. » L’un des grands plaisirs du vainqueur est parfois d’humilier les vaincus, on le sait bien : le chagrin même des victimes devient un spectacle pour la joie des bourreaux. Plus grave encore, ces chants de Sion, que les Babyloniens réclament, ce sont les psaumes des pèlerinages : ces chants qui ont accompagné tant de fois la marche fervente de tout un peuple vers le Temple de Jérusalem. Ce serait un véritable parjure de chanter ces chants-là devant des païens : « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? »
    Sion, Jérusalem, ce n’est pas seulement la mère-patrie : c’est d’abord et avant tout la Ville Sainte, la Ville de Dieu. C’est lui qui l’a choisie.
    David venait de conquérir la citadelle des Jébusites, avec l’intention d’y installer sa capitale ; choix militaire et politique, d’abord ; c’était sur une hauteur, la colline de Sion ; et il y a fait transporter l’Arche au cours d’une grande fête. Puis Dieu a fait dire à David, par le prophète Gad, d’acheter le champ d’Arauna le Jébusite, sur une autre colline, un peu plus au Nord ; et c’est là que, plus tard, Salomon construira le Temple.
    LA VILLE SAINTE NE PEUT DISPARAITRE
    Quand on cite Sion ou Jérusalem, dans les psaumes, il ne s’agit pas d’une précision géographique, on vise l’ensemble de la ville, en tant qu’elle est le lieu de Dieu, le lieu qu’il a choisi pour habiter au milieu de son peuple, « Lui que les cieux des cieux ne peuvent contenir » comme disait Salomon (1 R 8, 27). Parce qu’elle est la ville de Dieu, Jérusalem ne peut rester dans l’oubli ; un jour ou l’autre, on en est sûrs, elle sera relevée de ses ruines. On ne doit pas, on ne peut pas oublier Jérusalem, parce qu’on sait que Dieu lui-même ne peut pas l’oublier : comment oublierait-il la promesse faite à Salomon ? « Cette Maison que tu as bâtie (dit Dieu), je l’ai consacrée afin d’y mettre mon Nom à jamais ; mes yeux et mon coeur y resteront toujours. » (1 R 9, 7).
    Et, dans les périodes difficiles, les prophètes alimentent cette espérance : « Sion disait : le SEIGNEUR m’a abandonnée, mon SEIGNEUR m’a oubliée! La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas ! Voici que, sur mes paumes, je t’ai gravée, que tes murailles sont constamment sous ma vue. » (Isaïe 49, 14-16). Au passage, on peut noter que ces murailles, dont parle Isaïe (pendant l’Exil à Babylone), n’existent plus, elles ont été rasées. Et, justement, le prophète n’hésite pas à affirmer « elles sont constamment sous ma vue. »
    Car, pour les croyants, l’espérance est plus forte que tout ; le mot « souvenir » revient plusieurs fois dans le psaume : « Nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion … je veux que ma langue s’attache à mon palais, si je perds ton souvenir ». Ce souvenir comporte des regrets, bien sûr, mais il est aussi et surtout le souvenir des promesses de Dieu et c’est cette mémoire qui a permis de tenir debout jusqu’au jour du retour. (Comme un grand amour, ou une grande foi, donne la force de surmonter les pires épreuves).
    Il faut résolument oublier la catastrophe pour se tourner vers l’avenir : « Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne ressassez plus les faits d’autrefois. Voici que, moi, dit Dieu, je vais faire du neuf, qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? » (Isaïe 43, 18-19).
    RETOUR RIMERA AVEC CONVERSION
    Les larmes que l’on verse sur les bords des fleuves de Babylone, ce sont aussi celles du remords ; il faut que Dieu nous sauve surtout de nous-mêmes. Parce que le pire ennemi de l’homme, c’est lui-même, qui prend sans cesse de fausses pistes. Ce psaume, nous l’avons dit, était chanté au cours d’une célébration pénitentielle ; car on sait bien que les malheurs passés ne sont pas le fruit du hasard : si les habitants de Jérusalem ont connu toutes les horreurs de la guerre, de la déportation, de l’Exil, des travaux forcés imposés par le vainqueur, ils savent qu’ils le doivent à leur conduite insensée, à leurs divisions intérieures, à leurs prétentions politiques… Il a suffi que Dieu les laisse suivre leurs mauvaises pentes. Mais, désormais, on se retourne vers lui, et Dieu promet un nouvel avenir. Dieu va faire revenir son peuple, Dieu va pardonner à son peuple.
    Et le destin futur de Jérusalem est bien plus beau que le passé ! Vous connaissez la prophétie très imagée de Baruch : « Jérusalem, quitte ta robe de souffrance et d’infortune et revêts pour toujours la belle parure de la gloire de Dieu. Couvre-toi du manteau de la justice, celle qui vient de Dieu, et mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel ; car Dieu va montrer ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel ». Et Isaïe affirme que c’est là que se rassembleront toutes les nations quand viendra la fin de l’histoire humaine.
    « Le SEIGNEUR, le tout-puissant va donner, sur cette montagne, un festin pour tous les peuples, un festin de viandes grasses et de vins vieux, de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés. Il fera disparaître sur cette montagne le voile tendu sur tous les peuples, l’enduit plaqué sur toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le SEIGNEUR Dieu essuiera les larmes sur tous les visages et dans tout le pays il enlèvera la honte de son peuple. Il l’a dit, lui, le SEIGNEUR. On dira ce jour-là : c’est lui notre Dieu, nous avons espéré en lui et il nous délivre. C’est le SEIGNEUR en qui nous avons espéré. Exultons, jubilons, puisqu’il nous sauve. » (Isaïe 25, 6).

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul aux Ephésiens 2, 4 – 10
    Frères,
    4 Dieu est riche en miséricorde ;
    à cause du grand amour dont il nous a aimés,
    5 nous qui étions des morts par suite de nos fautes,
    il nous a donné la vie avec le Christ :
    c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.
    6 Avec lui, il nous a ressuscités ;
    et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus.
    7 Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs,
    la richesse surabondante de sa grâce,
    par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus,
    8 C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés,
    et par le moyen de la foi.
    Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
    9 Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil.
    C’est Dieu qui nous a faits,
    10 il nous a créés dans le Christ Jésus,
    en vue de la réalisation d’œuvres bonnes
    qu’il a préparées d’avance
    pour que nous les pratiquions.

    LE DESSEIN BIENVEILLANT DE DIEU
    Une fois de plus, on est émerveillés de la cohérence de toute la Bible ! C’est dans cette même lettre aux Ephésiens, un peu plus haut, que Paul a déployé cette fresque extraordinaire du dessein bienveillant de Dieu qui est pour lui la clé de lecture de toute l’histoire humaine. Ici, il ne fait que continuer et développer cette méditation. Nous connaissons bien cette phrase « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement : réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, (littéralement « récapituler en Christ »), ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ».
    Dans le texte d’aujourd’hui, Paul reprend, développe les deux idées maîtresses de cette phrase : premièrement, le dessein de Dieu est bienveillant, deuxièmement, son projet est de tout réunir en Jésus-Christ.
    Premièrement, le dessein de Dieu est bienveillant : le vocabulaire de Paul est extrêmement répétitif ; cette insistance est évidemment intentionnelle : « Dieu est riche en miséricorde »… « le grand amour dont il nous a aimés »… « le don de Dieu »… « sa bonté pour nous »… « la richesse infinie de sa grâce », et le mot « grâce » revient trois fois dans ces quelques lignes. La richesse de la miséricorde de Dieu n’est pas une découverte de Paul ou du Nouveau Testament : Paul l’a apprise dans son catéchisme juif ; c’était justement la grande découverte du peuple d’Israël : « Comme la tendresse du père pour ses fils, ainsi est la tendresse du SEIGNEUR pour celui qui le craint » (Psaume 102/103, 13).
    Mais, on le sait bien, un amour peut être méconnu : la méprise sans cesse renaissante de l’homme sur les intentions de Dieu est l’un des thèmes majeurs de l’Ancien Testament ; la juxtaposition des deux récits de création dans le livre de la Genèse en est un exemple : premier récit (Gn 1), ce merveilleux poème, scandé par le refrain « Et Dieu vit que cela était bon », parce que le projet de Dieu n’était que bon, son dessein bienveillant ; deuxième récit (Gn 2-3), l’homme n’a pas su résister à la tentation du soupçon : peut-être après tout les intentions de Dieu n’étaient-elles pas si généreuses que cela ? Peut-être était-il inquiet des trop grands progrès de l’humanité ?
    Notre malheur, c’est que cette méfiance nous détourne de Dieu et donc de notre source de vie ; Dieu avait bien prévenu (le fruit de l’arbre de la connaissance de ce qui rend l’homme heureux ou malheureux n’est pas à notre portée), mais sa mise en garde elle-même a été mal interprétée. Paul y revient très souvent : cet homme soupçonneux, détourné de Dieu n’est qu’un vieil homme, proche de la mort ; il n’a même pas la force de revenir à la source, de se rapprocher de Dieu. Il faut que Dieu lui-même l’attire à lui : comme le dit Jésus lui-même dans l’évangile de Jean, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16, 17= évangile de ce dimanche). C’est cela le grand amour dont il nous a aimés.
    Je reviens à Paul : dans un autre passage de la lettre aux Ephésiens, il conclut : « Il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’influence des convoitises trompeuses ; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. » (Eph 4, 22-24).
    TOUT REUNIR EN JESUS-CHRIST
    Deuxièmement, le projet de Dieu est de tout réunir en Jésus-Christ. Paul emploie à plusieurs reprises les expressions « avec lui » et « en lui »… « Dieu nous a fait renaître avec le Christ »… « Avec lui, il nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux »… « Il nous a créés en Jésus-Christ »… « Par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus »…
    C’est un mystère proprement insondable pour nous, et pourtant c’est le centre même de notre foi : l’humanité est appelée à ne faire plus qu’un en Christ, c’est notre vocation ultime ; il faut bien reconnaître que nous en sommes encore loin ; et pourtant toutes les expressions de Paul sont au passé, ce qui veut dire que, dans une certaine mesure au moins, cette solidarité, cette réunion est déjà accomplie.
    Quelques versets plus bas, Paul continue sur ce thème de l’Homme Nouveau : « Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la Croix ; là, il a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches. Et c’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul esprit, nous avons l’accès auprès du Père » (Ep 2, 15-18).
    Enfin Paul précise : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas de vos actes, il n’y a pas à en tirer orgueil. » Cela aussi, l’Ancien Testament l’avait découvert : il suffit d’écouter Moïse parler au peuple dans le Livre du Deutéronome « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples… mais c’est que le SEIGNEUR vous aime… » (Dt 7, 7) ; ou bien encore :
    « Reconnais que ce n’est pas parce que tu es juste que le SEIGNEUR ton Dieu te donne ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide » (Dt 9, 6). Et enfin Isaïe : « Tu vaux cher à mes yeux, tu as du poids et moi, je t’aime. » (Is 43, 4).
    Au fond, il faudrait modifier le proverbe : on dit volontiers « c’est la foi qui sauve »… en réalité, dit Paul, « c’est la grâce qui sauve ». Nous n’y sommes pour rien. Donc, cessons de parler de mérites ! Mais, comme chacun sait, les cadeaux, on est libre de les accepter ou non… La foi, c’est cela, peut-être : tout simplement, accueillir librement et humblement le don gratuit de Dieu.
    ——————————-
    Complément
    Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent que les lettres aux Ephésiens et aux Colossiens ne sont peut-être pas de la main de Paul lui-même mais d’un disciple plus tardif qui aurait repris et développé sa réflexion théologique en parfaite fidélité à l’apôtre.

    EVANGILE – selon saint Jean 3, 14 – 21
    14 De même que le serpent de bronze
    fut élevé par Moïse dans le désert,
    ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
    15 afin qu’en lui tout homme qui croit
    ait la vie éternelle.
    16 Car Dieu a tellement aimé le monde
    qu’il a donné son Fils unique,
    afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
    mais obtienne la vie éternelle.
    17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
    non pas pour juger le monde,
    mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
    18 Celui qui croit en lui échappe au Jugement ;
    celui qui ne croit pas est déjà jugé,
    du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
    19 Et le Jugement, le voici :
    la lumière est venue dans le monde,
    et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,
    parce que leurs oeuvres étaient mauvaises.
    20 Celui qui fait le mal déteste la lumière :
    il ne vient pas à la lumière,
    de peur que ses oeuvres ne soient dénoncées ;
    21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière,
    pour qu’il soit manifesté
    que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

    LE SERPENT DE BRONZE
    Commençons par l’épisode du serpent de bronze ; cela se passe dans le désert du Sinaï pendant l’Exode à la suite de Moïse. Les Hébreux étaient assaillis par des serpents venimeux ; et comme ils n’ont pas la conscience très tranquille (parce qu’une fois de plus ils ont « récriminé », « murmuré », comme dit souvent le livre de l’Exode), ils sont convaincus que c’est une punition du Dieu de Moïse ; ils vont donc supplier Moïse d’intercéder pour eux : « Le peuple vint trouver Moïse en disant : Nous avons péché en critiquant le SEIGNEUR et en te critiquant ; intercède auprès du SEIGNEUR pour qu’il éloigne de nous les serpents ! »
    Dans ces cas-là, d’habitude, il y avait une coutume qui consistait à dresser un serpent de bronze sur une perche. Ce serpent de bronze représentait le dieu guérisseur. Quand un homme était mordu par un serpent, on était convaincu qu’il suffisait de lever les yeux vers le serpent pour être guéri.
    A notre grand étonnement, quand les gens vont trouver Moïse pour se plaindre des serpents, il conseille de faire comme d’habitude.
    Moïse intercéda pour le peuple et le SEIGNEUR lui dit : Fais faire un serpent brûlant (c’est-à-dire venimeux) et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve. Moïse fit un serpent d’airain et le fixa à une hampe ; et lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d’airain et il avait la vie sauve. » (Nb 21, 7-9).
    A première vue, nous sommes en pleine magie, en fait, c’est juste le contraire : Moïse transforme ce qui était jusqu’ici un acte magique en acte de foi. Une fois de plus, comme il l’a fait pour des quantités de rites, Moïse ne brusque pas le peuple, il ne part pas en guerre contre leurs coutumes ; il leur dit : « Faites bien tout comme vous avez l’habitude de faire, mais ne vous trompez pas de dieu, il n’existe qu’un seul Dieu, celui qui vous a libérés d’Egypte. Faites-vous un serpent, et regardez-le : (en langage biblique, « regarder » veut dire « adorer ») ; mais sachez que celui qui vous guérit, c’est le Seigneur, ce n’est pas le serpent. Quand vous regardez le serpent, que votre adoration s’adresse au Dieu de l’Alliance et à personne d’autre, surtout pas à un objet sorti de vos mains ».
    Jésus reprend cet exemple à son propre compte : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». De la même manière qu’il suffisait de lever les yeux avec foi vers le Dieu de l’Alliance pour être guéri physiquement, désormais, il suffit de lever les yeux avec foi vers le Christ en croix pour obtenir la guérison spirituelle.
    ILS LEVERONT LES YEUX VERS CELUI QU’ILS ONT TRANSPERCE
    C’est le même Jean qui dira, au moment de la crucifixion du Christ : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37). Ils « lèveront les yeux », cela veut dire « ils croiront en Lui, ils reconnaîtront en lui l’amour même de Dieu ». Une fois de plus, Jean insiste sur la foi : car nous restons libres ; face à la proposition d’amour de Dieu, notre réponse peut être celle de l’accueil (ce que Jean appelle la foi) ou du refus ; comme il le dit dans le Prologue de son évangile, « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1, 9-12).
    Dans le texte d’aujourd’hui, Jésus lui-même reprend ce thème avec force : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » A noter que le mot « croire » revient cinq fois dans ce passage.
    Mais en même temps que Jésus fait un rapprochement entre le serpent de bronze élevé dans le désert et sa propre élévation sur la croix, il manifeste le saut formidable entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Jésus accomplit, certes, mais tout en lui prend une nouvelle dimension. Tout d’abord, dans le désert, seul le peuple de l’Alliance était concerné ; désormais, en Jésus, c’est tout homme, c’est le monde entier, qui est invité à croire pour vivre. Deux fois il répète « Tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle ». Ensuite, il ne s’agit plus de guérison extérieure, il s’agit désormais de la conversion de l’homme en profondeur ; quand Jean, au moment de la crucifixion du Christ, écrit : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37), il cite une phrase du prophète Zacharie qui dit bien en quoi consiste cette transformation de l’homme, ce salut que Jésus nous apporte : « Ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem, un esprit de bonne volonté et de supplication. Alors ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé » (Za 12, 10). L’esprit de bonne volonté et de supplication, c’est tout le contraire des récriminations (ou des murmures) du désert, c’est l’homme enfin convaincu de l’amour de Dieu pour lui.
    Visiblement, pour la première génération chrétienne, la croix était regardée non comme un instrument de supplice, mais comme la plus belle preuve de l’amour de Dieu.
    Comme dit Paul, « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens… Mais ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1, 23-25).
    Il y a donc deux manières de regarder la croix du Christ : elle est, c’est vrai, la preuve de la haine et de la cruauté de l’homme, mais elle est bien plus encore l’emblème de la douceur et du pardon du Christ ; il accepte de la subir pour nous montrer jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité.
    La croix est le lieu même de la manifestation de l’amour de Dieu : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
    Sur le Christ en croix, nous lisons la tendresse de Dieu, quelle que soit la haine des hommes. Et cet amour est contagieux : en le regardant, nous nous mettons à le refléter.


  • Homélie du dimanche 11 mars

    Dimanche 11 mars 2018
    4éme dimanche de Carême

    Références bibliques :
    Livre des Chroniques. 2 Ch. 36. 14 à 23 : « Sans attendre et sans se lasser, il leur envoyait des messagers. »
    Psaume 136 : « Si je perds ton souvenir. »
    Lettre de saint Paul Aux Ephésiens : 2. 4 à 10 : « Dieu est riche en miséricorde. »
    Evangile selon saint Jean. 3. 14 à 21 : « Dieu a tant aimé le monde. »
    ***
    Le Seigneur, malgré ce qui en apparaît à nos yeux, est miséricorde et pardon.
    EXILES ET NON PAS ABANDONNES
    Le monde païen qui entourait le peuple juif se présentait à ses yeux comme un monde de puissance et de facilité. Pourquoi donc vivre avec rigueur morale une alliance qui n’apporte aucune grandeur à ceux qui sont le « Peuple choisi. »
    Les infidélités à la parole de l’Alliance se multiplient. Le temple lui-même devient un lieu où les coutumes païennes contaminent tout le rituel qui devait être l’expression de la relation intime et grandiose entre Israël et le Tout-Puissant.
    « Le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers car il avait pitié de sa demeure et de son Peuple. » Dieu n’a pas changé. Dieu agit envers nous aujourd’hui avec la même insistance, « sans se lasser ». Alors que parfois, c’est nous qui sommes lassés de répondre, alors qu’il nous paraît si lointain, si silencieux.
    Dieu trouvera bien, un jour ou l’autre, le moyen de nous reprendre dans l’amour de ses mains pour nous faire revenir à lui. Ce sera parfois même douloureux, crucifiant, déroutant. Si nous avions la foi, nous pourrions y voir, malgré tout, les signes qu’il nous envoie pour nous bousculer dans notre enfermement sur soi-même et rebâtir, avec nous, une vie nouvelle : »Qu’ils montent à Jérusalem ! »
    CE GRAND AMOUR

    La lettre aux Hébreux s’ouvre par ce rappel qui devrait nous émerveiller : il nous a parlé à maints reprises. Saint Paul dit la même chose aux Ephésiens : « Il nous a fait revivre avec le Christ, à cause du grand amour dont il nous a aimés. » Et quelle est notre réponse ?
    La grâce de Dieu nous vient par la foi dans laquelle nous vivons avec le Christ ressuscité. C’est un don de Dieu dont il nous faut déceler la richesse, une richesse infinie.
    Ce passage des Ephésiens ne demande pas véritablement de commentaires, ils ne seraient que répétition. Il n’est pas de meilleure homélie que le silence d’une méditation où l’on se laisse entraîner par l’Esprit., il s’est manifesté.
    Sans précipitation, sans chercher des phrases savantes et bien équilibrées, reprenons chacun des membres de phrases de ces quelques versets :
    A cause du grand amour … par sa bonté pour nous … c’est bien par grâce que vous êtes sauvés…
    Il nous a fait revivre avec le Christ … et non pas sans le Christ. Par sa bonté pour nous dans le Christ … Il nous a créés en Jésus-Christ. C’est la conclusion même de la prière eucharistique : « Par Lui, avec Lui, et en Lui, tout honneur et toute gloire ! »
    Il n’y a pas à en tirer orgueil, il y a à en tirer la seule et véritable conséquence : « conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous, » pour nous qui aimerions tellement que ce soit nous qui soyons les maîtres de nos décisions. « La voie que nous devons suivre. » Il n’y a pas d’autres chemins que le Christ pour rejoindre la Vie et la Vérité de ce que nous sommes.
    « Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière. » (Jean 3. 21)
    DIEU A TANT AIME LE MONDE
    La comparaison peut paraître insoutenable, mais il faut bien l’évoquer. Dieu vit une telle intensité, un tel infini d’amour que son être ne peut être replié sur lui-même. C’est là ce que nous exprime le mystère trinitaire. Dieu est pleinement père, celui qui engendre la vie, qui lui donne son épanouissement.
    Un tel épanouissement qu’il ne peut s’épuiser dans cette paternité. Il est pleinement fils, engendré, non pas créé, tellement expression de l’amour qui est en Dieu qu’il en est le « logos », la Parole même.
    Une Parole unique, parce que Dieu ne peut être divisé en lui-même : il n’y a qu’un seul Dieu. Mais, dans le même temps, cette Parole est amour et vie, qui ne peut s’enfermer dans le silence de Dieu, mais qui doit aussi engendrer un monde nouveau parmi les hommes.
    Dieu est tellement amour qu’il est Fils et Esprit. Dieu a tellement d’amour à donner qu’il le donne au monde. Il le donne par celui-là même qui est l’identique de sa paternité divine. « Un seul Dieu »….il a donné son fils unique.
    Là encore, il faut nous laisser entraîner dans une méditation, qui ne sera jamais irrespectueuse, car elle tâtonne dans sa recherche d’être plus proche du mystère trinitaire.
    « La lumière est venue. » Laissons-nous aveugler, simplement, en toute vérité. C’est ainsi que nous viendrons à la lumière. Ce ne sont ni les raisonnements, ni les grandes phrases qui peuvent expliquer ce mystère. « Cela ne vient pas de nos actes », nous disait tout à l’heure saint Paul (Ephésiens 2. 9)
    Elle nous permettra dans une vision intérieure de « voir » Dieu : »Celui qui voit le Fils, voit le Père », disait Jésus à ses apôtres, quelques heures avant sa passion, quelques jours avant sa résurrection.
    ***
    La prière après la Communion, au moment même où nous rendons grâce de cette divine présence en nous résume ces réflexions difficiles à exprimer par les mots humains qui nous sont habituels mais qui sont usés par leur usage.
    « Dieu qui éclaires tout homme venant dans ce monde, illumine nos cœurs par la clarté de ta grâce, afin que toutes nos pensées soient dignes de toi et notre amour de plus en plus sincère. » (prière après la communion)
     


jeudi 1er mars 2018

  • Démission de Mgr Pierre Gaschy, vicaire apostolique de Saint-Pierre et Miquelon et rattachement du territoire au diocèse de La Rochelle

    Le Pape François, a accepté la démission de la charge pastorale de Vicaire apostolique des Iles Saint-Pierre et Miquelon, que lui a présentée Mgr Pierre Gaschy, atteint par la limite d’âge, fonction qu’il occupait depuis 2009.
    Mgr Pierre Gaschy est né le 26 juin 1941 à Colmar. Il entre dans la congrégation du Saint-Esprit le 24 septembre 1961 et sera ordonné prêtre en 1969. Il passera la première partie de son ministère en République centrafricaine avant de devenir supérieur de la communauté à Blotzhein (Haut-Rhin) en 1997 puis supérieur régional et membre du conseil provincial de 2001 à 2004.
    En 2009, il est nommé vicaire apostolique des Iles Saint-Pierre et Miquelon, évêque titulaire d’Usinaza.
    Le pape François a également décidé d’unir au diocèse de La Rochelle le territoire de Saint Pierre et Miquelon, archipel français au sud de l’île canadienne de Terre Neuve. Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle se rendra à Saint-Pierre et Miquelon du 4 au 11 avril 2018 pour rencontrer les catholiques de l’archipel.
    Contact presse – diocèse de La Rochelle
    Mme Frédérique Hannoun : 06 73 74 46 22– communication@diocese17.fr


  • Intention de prière du pape François pour mars 2018

    Intention de prière : l’urgence de la formation au discernement spirituel.

    Prions pour que l’Église tout entière reconnaisse l’urgence de la formation au discernement spirituel, au niveau personnel et communautaire.

    Prier au cœur du monde consacre son numéro à cette intention

    Une des belles missions de l’Église est d’aider les personnes à discerner ce qui les conduit à la vie et à poser les bons choix pour grandir en liberté – mission qui demande à la fois ouverture du cœur et formation. Demandons à l’Esprit Saint que l’Église sache reconnaître cette mission comme une urgence pour aujourd’hui et encourage nombre de ses membres (prêtres, consacrés et laïcs) à se former pour cette mission.

    Méditation

    Pour approfondir et méditer l’intention de prière de ce mois, nous vous proposons quelques  extraits de l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium du Pape François (n°169 – 171).
    169 – En ce monde, les ministres ordonnés et les autres agents pastoraux peuvent rendre présent le parfum de la présence proche de Jésus et son regard personnel. L’Église devra initier ses membres – prêtres, personnes consacrées et laïcs – à cet « art  de l’accompagnement », pour que  tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (Ex 3, 5).
    170 – Bien que cela semble évident, l’accompagnement spirituel  doit conduire toujours plus  vers Dieu, en qui nous pouvons atteindre la vraie liberté. Certains se croient libres lorsqu’ils marchent à l’écart du Seigneur, sans s’apercevoir qu’ils  restent existentiellement orphelins, sans un abri, sans une demeure où revenir toujours. Ils cessent d’être pèlerins et se transforment en errants, qui tournent toujours autour d’eux-mêmes sans arriver nulle part.
    171- Plus que jamais nous avons besoin d’hommes et de femmes qui, à partir de leur expérience d’accompagnement, connaissent la manière de procéder, où ressortent la prudence, la capacité de compréhension, l’art d’attendre, la docilité à l’Esprit, pour protéger tous ensemble les brebis qui se confient à nous, des loups qui  tentent de disperser le troupeau. Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre.(…) Pour que les personnes soient capables de décisions  vraiment libres et responsables, il est indispensable de donner du temps, avec une immense patience.


mardi 27 février 2018

  • Saint José Sanchez de Rio

    José Sanchez del Rio, « Joselito », meurt martyr à 15 ans lors de la guerre des Cristeros  au Mexique. A cette époque, beaucoup de chrétiens se sont soulevés et ont lutté contre la législation anti-chrétienne promulguée en 1926 interdisant le culte public et ordonnant la fermeture des églises.

    Sa vie
    Né dans la région de Michoacan, l’une des plus religieuses du Mexique, Joselito a 13 ans quand éclate la guerre civile des Cristeros. Il demande la permission à ses parents de se joindre à l’armée des Cristeros. En raison de son jeune âge, sa mère et le général cristero Gorostieta refusent. A force d’insistance, le général l’admet comme porte-étendard de la Vierge de Guadalupe et non comme soldat armé. Il prie le rosaire durant la nuit avec les membres de l’armée improvisée et les encourage à défendre leur foi.
    Lors d’un affrontement entre les troupes du gouvernement et les cristeros, le 25 janvier 1928, le cheval du général est tué. Sans hésiter, pour qu’il ne soit pas fait prisonnier, Joselito lui donne le sien : « Mon général, prenez mon cheval et sauvez-vous : vous êtes plus nécessaire et manqueriez plus à la cause que moi ». Le 6 février, Joselito est fait prisonnier. Il est emmené devant le général ennemi. Ce dernier lui reproche de combattre contre le gouvernement. En voyant sa détermination et son courage, pour éviter les problèmes, le général lui propose de rejoindre le camp du gouvernement mexicain. José refuse : « Jamais, jamais ! Plutôt mourir ! Je ne vais pas faire union avec les ennemis du Christ Roi ! Fusillez-moi ! »
    Joselito est emprisonné dans l’église de Saint-Jacques de Sahuayo où il a reçu le baptême enfant et qui, depuis la guerre, a été transformée en caserne et prison. Il y prie tous les jours le chapelet. Il demande de l’encre et du papier pour écrire à sa mère. Il lui dit : « Ma chère maman, j’ai été fait prisonnier au combat aujourd’hui. Je crois que je vais mourir ici et maintenant, mais peu importe, maman. Soumets-toi à la volonté de Dieu. Ne te préoccupe pas de ma mort. Avant tout, dis à mes frères de suivre l’exemple que je leur donne. Tu feras alors la volonté de Dieu, sois courageuse et donne-moi ta bénédiction avec celle de mon père. Salue tout le monde de ma part une dernière fois. Tu recevras le cœur de ton fils qui t’aime tant et qui désirais te voir avant sa mort. José Sanchez del Rio ».
    Quatre jours plus tard, dans la nuit du 10 février 1928, il est torturé et exécuté. Deux témoins de son martyre ont raconté que les soldats lui ont arraché la peau de la plante des pieds avec un couteau. Ensuite, ils l’ont fait marcher jusqu’au cimetière pendant qu’ils le frappaient. Ils ont voulu l’obliger à apostasier sa foi par la torture, mais ils n’y sont pas arrivés. Seules ses lèvres remuaient pour crier : « Vive le Christ Roi et Sainte Marie de Guadalupe ! ». Au cimetière, il est tué par balles. Sans recevoir de cercueil ni de linceul, des pelletées de terre recouvrent son corps qui reste sans sépulture.
    Il repose aujourd’hui dans l’église du Sacré-Cœur de Jésus à Shuayo, son village natal.
    Le 20 novembre 2005, José Luis est béatifié. Il est canonisé le 16 octobre 2016 par le pape François.

    Spiritualité
    Sa foi
    Dès son enfance, José Luis vit de sa foi chrétienne. Il participe à la vie de l’Eglise. Il veut donner sa vie à Dieu. Il se donne un objectif : arriver au ciel. « Maman, il n’a jamais été aussi facile de gagner le ciel qu’aujourd’hui, et je ne veux pas perdre cette opportunité », a-t-il répondu à sa mère face au danger lié à la défense de la foi dans la situation que connait le Mexique à l’époque. Le Christ Roi et la Vierge de Guadalupe sont au centre de sa foi qu’il alimente par les sacrements, le chapelet, l’oraison et la catéchèse.
    Force et courage
    Les martyrs sont témoins de la foi. Ils sont capables de donner leur vie pour le Christ et supportent la torture et la souffrance avec Lui. La grâce de Dieu et la puissance de l’Esprit Saint se manifestent dans la faiblesse humaine. La force et le courage du jeune Joselito sont un motif d’admiration et d’imitation du Seigneur. Il est un exemple pour les jeunes d’aujourd’hui. Comme les premiers chrétiens, José n’a pas hésité pas à donner à sa vie pour ne pas renier sa foi. Devant la tombe de l’avocat Anacleto Gonzalez Flores, mort martyr le 1er avril 1927, le garçon demanda à Dieu de pouvoir mourir comme lui en défendant la foi catholique.
    Générosité
    « Il n’y a pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jean 15,13). La parole du Seigneur continue de s’accomplir pour ceux qui offrent leur vie avec une générosité totale au service du Seigneur, de son Evangile et de leurs frères.
    De bien des manières, à travers des gestes de générosité et de sacrifice, mais en particulier à travers le martyre. Joselito a cédé généreusement son cheval au Général cristero en danger. Il a également donné sa vie pour le Christ par le martyre.

    Joselito, un témoin pour la jeunesse :
    –          Donne sa vie pour le Christ
    –          Fidèle à l’Église et à son message
    –          Sens du sacrifice
    –          Dévotion à la Vierge Marie
    Pour aller plus loin :
    – Cristeros, film de Dean Wright avec Andy Garcia et Eva Longoria


  • Commentaires du dimanche 4 mars

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 4 mars 2018
    3éme dimanche de Carême

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de l’Exode 20, 1 – 17
    En ces jours-là, sur le Sinaï,
    1 Dieu prononça toutes les paroles que voici :
    2 « Je suis le SEIGNEUR ton Dieu,
    qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage.
    3 Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi.
    4 Tu ne feras aucune idole,
    aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux,
    ou en-bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
    5 Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux,
    pour leur rendre un culte.
    Car moi, le SEIGNEUR ton Dieu, je suis un Dieu jaloux :
    chez ceux qui me haïssent,
    je punis la faute des pères sur les fils,
    jusqu’à la troisième et la quatrième génération ;
    6 mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements,
    je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération.
    7 Tu n’invoqueras pas en vain le nom du SEIGNEUR ton Dieu,
    car le SEIGNEUR ne laissera pas impuni
    celui qui invoque en vain son nom.
    8 Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier.
    9 Pendant six jours tu travailleras
    et tu feras tout ton ouvrage ;
    10 mais le septième jour est le jour du repos,
    sabbat en l’honneur du SEIGNEUR ton Dieu :
    tu ne feras aucun ouvrage,
    ni toi, ni ton fils, ni ta fille,
    ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes,
    ni l’immigré qui est dans ta ville.
    11 Car en six jours le SEIGNEUR a fait le ciel,
    la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent,
    mais il s’est reposé le septième jour.
    C’est pourquoi le SEIGNEUR a béni le jour du sabbat
    et l’a sanctifié.
    12 Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie
    sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu.
    13 Tu ne commettras pas de meurtre.
    14 Tu ne commettras pas d’adultère.
    15 Tu ne commettras pas de vol.
    16 Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
    17 Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ;
    tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,
    ni son serviteur, ni sa servante,
    ni son boeuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »

    JE SUIS LE SEIGNEUR QUI T’AI FAIT SORTIR D’EGYPTE
    Nos frères juifs appellent ce texte « les Dix Paroles », et non pas « les dix commandements », car la première parole n’est pas un commandement. Or elle est la plus importante !
    « Je suis le SEIGNEUR ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. » Ce verset constitue le prologue, et les commandements suivent ; c’est ce préambule qui justifie tout le reste, qui donne sens à tout le reste. L’originalité de la Loi en Israël, ce n’est pas son contenu, c’est d’abord son fondement : la libération d’Egypte. Israël sait pour toujours que le Dieu libérateur donne la Loi comme un chemin d’apprentissage de la liberté.
    Voici ce que dit le livre du Deutéronome qui est une méditation théologique a posteriori sur les événements de l’Exode et les exigences de l’Alliance avec Dieu : « C’est le SEIGNEUR qui est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Garde ses lois et ses commandements que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi, afin que tu prolonges tes jours sur la terre que le SEIGNEUR ton Dieu te donne, tous les jours. » (Dt 4, 39-40).
    On peut donc lire chacun des commandements comme une entreprise de libération de l’homme, de la part de Dieu, ou si vous préférez, une méthode d’apprentissage de la liberté pour l’homme. C’est le sens, pour commencer de l’interdiction de l’idolâtrie : « Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ». Et, tout au long de l’Ancien Testament, les prophètes, les uns après les autres, se feront les champions de la lutte contre toute idolâtrie. Et ils auront bien du mal.
    Aujourd’hui encore, ils auraient bien du mal, peut-être ; parce que, finalement, la définition d’une idole, c’est ce qui nous occupe au point de faire de nous ses esclaves : ce peut être une secte, mais aussi l’argent, le sexe, une drogue ou une autre, la télévision, ou toute autre occupation qui finit par remplir le champ de nos pensées au point de nous faire oublier le reste.
    « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre » : toute image de Dieu est interdite, car toute image serait fausse ; d’autre part, on ne peut posséder Dieu ; Dieu est le Tout-Autre, l’Inaccessible. C’est par pure grâce (gratuitement) qu’il se fait proche de nous.
    NE PAS RETOMBER D’UN ESCLAVAGE DANS UN AUTRE
    « Tu ne te prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. Car moi, le SEIGNEUR, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. » Le vocabulaire employé est un vocabulaire amoureux. C’est donc dire cet amour passionné, exigeant de Dieu qui veut son peuple libre et heureux. Un amour qui ne supporte pas de rivaux : Dieu n’est pas jaloux de nous, mais de notre liberté ; il veut nous préserver de nous engager sur de fausses pistes.
    « Chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération » ; dans la mentalité de l’époque, on ne pouvait pas concevoir un Dieu qui ne punirait pas ; mais le texte affirme déjà beaucoup plus fortement la fidélité perpétuelle promise par Dieu à ceux qui sont en train de contracter l’Alliance avec lui.
    « Tu n’invoqueras pas en vain le Nom du SEIGNEUR ton Dieu » (verset 7) : Dieu a révélé son Nom à l’homme : c’est-à-dire en langage biblique « Dieu s’est fait connaître à l’homme ». Ce serait monstrueux de tenter d’utiliser ce don merveilleux pour le mal. Et comme Dieu n’a aucun contact avec le mal, ce serait se couper de Dieu, se condamner soi-même. C’est le sens de l’expression : « Car le SEIGNEUR ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom ».2
    Les premiers commandements concernaient notre relation à Dieu. Viennent ensuite les commandements concernant notre relation à autrui, les parents puis tous les autres. « Honore ton père et ta mère… Tu ne porteras pas de témoignage contre ton prochain… » Car relation à Dieu et relation aux autres sont étroitement liées. Les derniers commandements sont en forme négative : simples balises pour une vie en société ; à nous d’inventer leur traduction concrète, positive, dans le quotidien. Chacun de ces commandements, à sa manière, fait oeuvre de libération pour nous-mêmes et pour les autres. En particulier, il libère notre regard : ne pas convoiter ce qui ne nous appartient pas, est bien l’un des chemins de la liberté intérieure.
    ————————–
    Notes
    1 – Le bonheur promis à ceux qui observent la Loi est l’une des grandes insistances du Deutéronome : « Et demain, quand ton fils te demandera : Pourquoi ces exigences, ces lois et ces coutumes que le SEIGNEUR notre Dieu vous a prescrites ? Alors, tu diras à ton fils : Nous étions esclaves du Pharaon en Egypte, mais, d’une main forte, le SEIGNEUR nous a fait sortir d’Egypte… Le SEIGNEUR nous a ordonné de mettre en pratique toutes ces lois et de craindre le SEIGNEUR notre Dieu, pour que nous soyons heureux tous les jours, et qu’il nous garde vivants comme nous le sommes aujourd’hui » (Dt 6, 20…25).
    2 – D’après André Chouraqui, ce commandement s’inscrit dans le contexte judiciaire : il s’agit de faux serment prononcé pour se disculper. Au tribunal, les serments étaient toujours prononcés au nom de Dieu : le seul fait d’accepter de prêter serment d’innocence était considéré comme une preuve de non-culpabilité ; eh bien, un coupable qui jurerait (au nom de Dieu) d’être innocent ne peut espérer être acquitté par Dieu.

    PSAUME – 18 (19), 8-9. 10-11
    8 La loi du SEIGNEUR est parfaite,
    qui redonne vie ;
    la charte du SEIGNEUR est sûre,
    qui rend sages les simples.
    9 Les préceptes du SEIGNEUR sont droits,
    ils réjouissent le coeur ;
    le commandement du SEIGNEUR est limpide,
    il clarifie le regard.
    10 La crainte qu’il inspire est pure,
    elle est là pour toujours ;
    les décisions du SEIGNEUR sont justes
    et vraiment équitables :
    11 plus désirables que l’or,
    qu’une masse d’or fin,
    plus savoureuses que le miel
    qui coule des rayons.

    LA LOI, CADEAU DU SEIGNEUR
    On est toujours étonnés de découvrir à quel point le peuple d’Israël aime la Loi parce qu’il la considère comme un cadeau de Dieu, le SEIGNEUR du Sinaï, Celui qui a révélé son Nom à Moïse, Celui qui a choisi ce peuple parmi tous les peuples de la terre, et l’a libéré… Celui qui a proposé à ce peuple son Alliance pour l’accompagner dans toute son existence… Celui, enfin, qui poursuit son oeuvre de libération en proposant sa Loi…
    Il ne faut jamais oublier qu’avant toute autre chose, le peuple juif a expérimenté la libération apportée par son Dieu. Et les « commandements » sont dans la droite ligne de la sortie d’Egypte : ils sont une entreprise de libération. Dieu a « fait sortir » (c’est l’expression consacrée) son peuple des chaînes de l’esclavage, il le fera sortir de toutes les autres chaînes qui empêchent l’homme d’être heureux. C’est cela l’Alliance Eternelle.
    L’Exode était route vers la Terre Promise ; l’obéissance à la Loi est cheminement vers la véritable Terre Promise, la Patrie future de l’humanité. C’est dans le Livre du Deutéronome qu’on trouve les plus belles méditations sur la Loi ; par exemple : « Interroge donc les jours du début, ceux d’avant toi, depuis le jour où Dieu créa l’humanité sur la terre, interroge d’un bout à l’autre du monde : est-il rien arrivé d’aussi grand ? A-t-on rien entendu de pareil ?… A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu : il n’y en a pas d’autre que lui… Reconnais-le aujourd’hui et réfléchis : c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Garde ses lois et ses commandements que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi, afin que tu prolonges tes jours sur la terre que le SEIGNEUR ton Dieu te donne, tous les jours. » (Dt 4, 32… 40). Ou tout simplement, « Puisses-tu écouter Israël, garder et pratiquer ce qui te rendra heureux » (Dt 6, 3). Notre psaume répond en écho : « Les préceptes du SEIGNEUR sont droits, ils réjouissent le coeur ».
    LE CODE DE LA ROUTE DE LA LIBERTE
    La grande certitude acquise au long de l’histoire biblique, c’est que Dieu veut l’homme heureux, et il lui en donne le moyen, un moyen bien simple : il suffit d’écouter la Parole de Dieu inscrite dans la Loi. Le chemin est balisé, les commandements sont comme des poteaux indicateurs sur le bord de la route, pour alerter notre regard sur un danger éventuel : « Le commandement du SEIGNEUR est limpide, il clarifie le regard ». Au jour le jour, la Loi est notre maître, elle nous enseigne : la racine du mot « Torah » en hébreu signifie d’abord « enseigner ». « La charte du SEIGNEUR est sûre, qui rend sages les simples ».
    Le mot « simples » ici, n’est pas péjoratif ; il ne veut pas dire « les simples d’esprit », on signifie plutôt « les humbles » ; ce sont ceux qui acceptent tout humblement de se laisser enseigner par Dieu, ceux qui cherchent de tout leur cœur à suivre la Loi de Dieu. Celui qui prie dans ce psaume est bien dans cet état d’esprit puisqu’un peu plus loin, il supplie Dieu de l’aider à persévérer dans l’humilité : « Préserve ton serviteur de l’orgueil : qu’il n’ait sur moi aucune emprise. Alors je serai sans reproche, pur d’un grand péché. »
    C’est à ces humbles que s’adresse le livre du Deutéronome : « Et maintenant, Israël, qu’est-ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur ». (Dt 10,12-13). Et le prophète Michée reprend en écho : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu ». (Mi 6, 8). Il n’y a pas d’autre exigence, il n’y a pas non plus d’autre chemin pour être heureux.
    Pour dire le bonheur que construisent les croyants jour après jour, lorsqu’ils suivent tout simplement, mais fidèlement, la Loi de Dieu, l’auteur de notre psaume nous propose deux images : « Les décisions du SEIGNEUR sont justes et vraiment équitables, plus désirables que l’or, qu’une masse d’or fin, plus savoureuses que le miel qui coule des rayons. » Manière de dire, la vraie richesse de vos vies, le vrai bonheur, c’est l’Alliance avec Dieu.
    Ce fut la grande expérience spirituelle d’Israël, pendant l’Exode dans le désert du Sinaï : expérience paradoxale puisque le désert, justement, est un lieu de pauvreté. Mais c’est là, précisément, que l’on a expérimenté la plus grande richesse du monde, la présence de Dieu. Le livre du Deutéronome, quand il rappelle au peuple toute la sollicitude que Dieu lui a prodiguée pendant l’Exode, dit : « Il rencontre son peuple au pays du désert, Il lui fait sucer le miel dans le creux des pierres » (Dt 32, 13). La manne, aussi, parce qu’elle est douce et parce qu’elle est cadeau de Dieu, est comparée à du miel : « C’était comme de la graine de coriandre, c’était blanc, avec un goût de beignets au miel » (Ex 16, 31). Désormais on parlera des oignons d’Egypte, mais du miel de Canaan : il y a pourtant du miel aussi en Egypte, mais, quand les descendants de Jacob étaient en Egypte, ils n’avaient pas encore fait l’expérience de l’Exode et de la Présence de Dieu.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul aux Corinthiens 1, 22-25
    Frères,
    22 alors que les Juifs réclament des signes miraculeux,
    et que les Grecs recherchent une sagesse,
    23 nous, nous proclamons un Messie crucifié,
    scandale pour les Juifs,
    folie pour les nations païennes.
    24 Mais pour ceux que Dieu appelle,
    qu’ils soient Juifs ou Grecs,
    ce Messie, ce Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
    25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes,
    et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

    UN CRUCIFIE PEUT-IL ETRE LE MESSIE ?
    On sait bien que Paul a consacré toutes ses énergies à annoncer à ses contemporains que Jésus de Nazareth était le Messie. On sait également qu’il s’adressait à des Juifs et à des non-Juifs, ceux qu’il appelle tantôt les Grecs tantôt les païens. Or, par ses origines, il connaissait bien le monde juif, et les Ecritures ; en même temps, parce qu’il avait vécu une grande partie de sa jeunesse avec sa famille à Tarse, c’est-à-dire hors d’Israël, il connaissait bien le monde grec. Pour ces raisons, il était mieux placé que personne pour comprendre les difficultés des uns et des autres à entendre sa prédication : « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs ».
    Commençons par les Juifs : pour eux, il était littéralement scandaleux de prétendre que Jésus de Nazareth, le crucifié puisse être le Messie. On peut les comprendre : depuis plusieurs siècles, l’Ancien Testament promettait le Messie ; et sa venue devait être accompagnée de signes bien précis : la restauration de la dynastie de David sur le trône de Jérusalem et l’instauration d’une paix générale et définitive. Sur ce point, Jésus les a plutôt déçus ! Plus grave encore, il est mort crucifié ; or tout le monde connaissait par cœur une certaine phrase du livre du Deutéronome ; voici ce qu’elle disait : quand un homme a été condamné à mort au nom de la Loi, quand il a été exécuté, et qu’on a suspendu son corps à un arbre (c’était une manière de faire un exemple), alors il est maudit de Dieu. (Dt 21, 22-23). Or c’est très exactement ce qui est arrivé à Jésus, donc il est maudit de Dieu, donc il n’est pas le Messie. Tout cela est parfaitement logique et c’est bien avec ce raisonnement que Paul a commencé par s’opposer de très bonne foi aux tout premiers chrétiens.
    Quant aux païens, ils ne pouvaient pas non plus prendre au sérieux le personnage de Jésus : « Le monde grec recherche une sagesse », nous dit Paul. Or Jésus ne se situait pas sur ce terrain-là. Il parlait d’amour et de respect des autres, d’humilité et de confiance en Dieu. Rien à voir avec les discours philosophiques.
    A Athènes, on n’a pas écouté longtemps ce qu’ils ont appelé les balivernes de Paul !
    Mais depuis le chemin de Damas, Paul était bien obligé de se rendre à l’évidence : Christ est ressuscité, donc il est bien l’envoyé de Dieu. Que cela nous surprenne (comme les Grecs) ou nous scandalise (comme les Juifs) ne change rien à l’affaire ! Paul s’est donc trouvé confronté à une question terrible : Jésus était bien l’envoyé de Dieu et pourtant de bonne foi les hommes l’ont éliminé ! Comment les hommes ont-ils pu se tromper à ce point ? Et comment ce crucifié peut-il être le Messie ? Ce sont les deux questions qui l’ont habité certainement très longtemps. Et on voit bien que le mystère et même le scandale de ce Messie inattendu est au coeur de toutes ses lettres.
    UN AMOUR QUI VA JUSQU’A LA CROIX
    A force de relire les Ecritures et de méditer sur le scandale de la croix du Christ, il a découvert ce que personne n’avait imaginé : non seulement, la croix ne doit pas nous scandaliser, au contraire, elle doit nous émerveiller ! Car la croix est justement le lieu où Dieu se révèle !!! Et c’est en cela qu’elle nous délivre ! Car, enfin, nous connaissons Dieu tel qu’il est !!! Car la croix est le lieu de la révélation du plus grand amour ! Un amour capable d’aller jusque-là.
    En définitive, Paul ira jusqu’à dire que la croix du Christ est le plus beau titre de gloire des Chrétiens. Il dit par exemple, dans la lettre aux Galates : (je ne veux) « pour moi, pas d’autre titre de gloire que la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Ga 6, 14) ; non seulement Jésus n’est pas un pécheur qui mérite d’être maudit mais il a accepté de souffrir pour ouvrir nos coeurs à l’incroyable amour de Dieu pour l’humanité. Et la phrase de pardon qu’il a prononcée sur la croix nous fait découvrir jusqu’où va l’amour de Dieu pour les hommes.
    Quant à ceux qui trouvent les manières de Dieu non conformes à la raison humaine, Paul n’a qu’une réponse, dans cette même lettre aux Corinthiens : « Puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. » (1 Co 1, 21) et un peu plus bas : « Que personne ne s’abuse : si quelqu’un parmi vous se croit sage à la manière de ce monde, qu’il devienne fou pour être sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. » (1 Co 3, 13). Jésus l’avait déjà dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits » (Mt 11,25). Notre témoignage ne peut que s’offrir sans défense : tous nos beaux raisonnements ne mèneront jamais personne à la foi ; devant le mystère de Dieu qui se manifeste dans le visage défiguré du Christ en croix entre deux bandits, tous nos édifices intellectuels s’écroulent comme des châteaux de cartes. Bienheureuse insuffisance qui peut rassurer tous les piètres prédicateurs que nous sommes… quand nous essayons de tout notre coeur de convaincre quelqu’un de la foi chrétienne, ne nous inquiétons pas de notre insuffisance ! Elle est structurelle, parce que ce mystère de Dieu ne peut que nous échapper. Ce n’est pas pour rien qu’au beau milieu de l’Eucharistie, au moment du récit de la Pâque, justement, nous disons « Il est grand, le mystère de la foi » !

    EVANGILE – selon saint Jean 2, 13-25
    13 Comme la Pâque juive était proche,
    Jésus monta à Jérusalem.
    14 Dans le Temple, il trouva installés
    les marchands de boeufs, de brebis et de colombes,
    et les changeurs.
    15 Il fit un fouet avec des cordes,
    et les chassa tous du Temple ainsi que les brebis et les boeufs,
    il jeta par terre la monnaie des changeurs,
    renversa leurs comptoirs,
    16 et dit aux marchands de colombes :
    « Enlevez cela d’ici.
    Cessez de faire de la maison de mon Père
    une maison de commerce. »
    17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit :
    L’amour de ta maison fera mon tourment.
    18 Des Juifs l’interpellèrent :
    « Quel signe peux-tu nous donner
    pour agir ainsi ? »
    19 Jésus leur répondit :
    « Détruisez ce sanctuaire,
    et en trois jours je le relèverai ! »
    20 Les Juifs lui répliquèrent :
    « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire,
    et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
    21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
    22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts,
    ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ;
    ils crurent à l’Ecriture
    et à la parole que Jésus avait dite.
    23 Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque,
    beaucoup crurent en son nom,
    à la vue des signes qu’il accomplissait.
    24 Jésus, lui, ne se fiait pas à eux,
    parce qu’il les connaissait tous
    25 et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ;
    lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

    LA COLERE DU PROPHETE
    Mettons-nous à la place de ceux qui ont assisté à cette colère de Jésus : il y a longtemps qu’on trouve sur l’esplanade du Temple des marchands d’animaux ; quand on vient en pèlerinage à Jérusalem, parfois de très loin, on s’attend bien à trouver sur place des bêtes à acheter pour les offrir en sacrifice. Quant aux changeurs de monnaie, on en a besoin aussi : on est sous occupation romaine, et les pièces frappées à l’effigie de l’empereur sont indignes de figurer à la quête ! Et pourtant, en ville, elles sont indispensables. Donc, en arrivant au Temple, on change ce qu’il faut contre de la monnaie juive. Alors, qu’est-ce qui le prend ?
    Comme souvent, il agit d’abord, il explique ensuite, mais on ne comprend pas bien, ou pas du tout. On comprendra plus tard : « Quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Ecriture et à la parole que Jésus avait dite ». (verset 22). Et encore, tout le monde ne comprendra pas…
    Pour l’instant, la violence de Jésus est inattendue, ses paroles encore plus ! Et le reproche qu’il fait aux vendeurs (« Ne faites pas de la Maison de mon Père une maison de trafic ») laisse entendre qu’il se prend pour un prophète ; Jérémie avait lancé : « Cette Maison sur laquelle mon Nom a été proclamé, la prenez-vous donc pour une caverne de bandits ? » (Jr 7, 11). Mieux, il se prend carrément pour le Messie : car le prophète Zacharie avait annoncé : « Il n’y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur le tout-puissant en ce jour-là » (sous-entendu le jour de la venue du Messie ; Za 14, 10). Et, pire encore peut-être, en parlant du Temple de Jérusalem, il ose dire « la maison de mon Père ».
    Devant cette prétention, il y a deux attitudes possibles : ouvrir grand ses oreilles pour essayer de comprendre (c’est ce que font les disciples), ou bien remettre ce prétentieux, ce faux messie à sa place (c’est l’attitude de ceux que Jean appelle « les Juifs »). En réalité, Juifs, ils le sont tous. Mais certains ont déjà vu Jésus à l’oeuvre : et depuis le Baptême au bord du Jourdain, depuis les noces de Cana, ils ont pressenti plusieurs fois que Jésus était bien le Messie ; alors ils sont préparés à reconnaître dans l’attitude de Jésus un geste prophétique.
    D’autant plus qu’à vrai dire, tout le monde sait que les animaux des sacrifices ne devraient pas être là : normalement, les marchands de bestiaux auraient dû se trouver dans la vallée du Cédron et sur les pentes du mont des Oliviers. Peu à peu, ils se sont rapprochés du temple jusqu’à s’installer sur l’esplanade ! C’est cela que Jésus leur reproche, à juste titre.
    Alors une phrase du psaume 68/69 revient à la mémoire des disciples : « Le zèle de ta maison m’a dévoré ». C’est la plainte de quelqu’un qui est persécuté à cause de sa foi : « Dieu d’Israël, c’est à cause de toi que je supporte l’insulte… Oui, le zèle pour ta maison m’a dévoré ; ils t’insultent et leurs insultes retombent sur moi. » (Ps 68/69, 8-10). Le psaume parle au passé : « Le zèle pour ta maison m’a dévoré », alors que Jean reprend cette phrase au futur : « Le zèle de ta maison me dévorera ». Manière d’annoncer la persécution qui attend Jésus et qui commence déjà d’ailleurs ! Nous sommes encore au tout début de l’évangile de Jean, mais le procès de Jésus est déjà esquissé. A lui, bientôt, s’appliquera pleinement la plainte des persécutés pour la justice : « L’amour de ta maison fera mon tourment ».
    DETRUISEZ CE TEMPLE, ET EN TROIS JOURS JE LE RELEVERAI
    Car ceux que Jean appelle les « Juifs » n’ont pas, à son égard, la même bienveillance que les disciples. Pour eux, il n’est rien : un Galiléen (et peut-il sortir quelque chose de bon de par là-bas ?) et il se permet de critiquer les pratiques habituelles du Temple. Soyons justes : ils n’ont pas forcément tort de lui demander de se justifier… « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » La réponse de Jésus deviendra lumineuse pour les croyants après la Résurrection : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ». Pour l’instant, c’est le quiproquo total : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple1, et toi, en trois jours, tu le relèverais » ; en bonne logique, on ne peut pas leur donner tort. Un homme tout seul ne peut évidemment pas entreprendre des travaux pareils ! Il ne peut y arriver ni en trois jours, ni en quarante-six ans, ni en toute une vie !
    Ce Temple magnifique, respecté de tous, parce qu’il est le signe manifeste de la présence de Dieu au milieu de son peuple, ce Temple n’attend rien du charpentier de Nazareth. Avec son histoire de trois jours, il est un peu court…
    Encore que… pour un Juif, habitué de l’Ecriture, trois jours c’était un chiffre dont on parlait souvent : c’était habituellement une manière symbolique d’affirmer « Dieu interviendra certainement » ; on lit cela dans le livre d’Osée, par exemple ; or, le livre d’Osée, nos Juifs le connaissaient sur le bout du doigt, sûrement ! Oui, mais… les prophètes, on a l’habitude qu’ils parlent comme cela, de façon énigmatique, symbolique… mais lui, à leurs yeux, ce n’est pas un prophète !
    Tout le problème est là, d’après Jean : et s’il a placé cet épisode du Temple au début du ministère public de Jésus alors que les trois autres évangiles le placent au contraire tout à la fin, c’est peut-être pour nous alerter : il y a des a priori qui empêchent Dieu de parler. Les disciples n’avaient pas de ces a priori, ils ont pu accompagner Jésus pas à pas et le découvrir peu à peu ; au contraire, ses opposants se sont enfermés dans leurs certitudes ; ils sont, du coup, passés à côté de cette révélation extraordinaire, qu’ils attendaient pourtant de tout leur coeur : désormais, la Présence de Dieu n’est pas dans une construction de pierre, mais au coeur même de l’humanité, dans le corps du Ressuscité.
    ————————–
    Note
    1 – Quand ils comptent quarante-six ans, les Juifs ne parlent pas de la construction du Temple à partir de rien ! Ils parlent des travaux de restauration entrepris par Hérode : ces travaux d’agrandissement et de décoration avaient débuté en 19 av.J.C. ; donc, nous sommes probablement en 27 de notre ère.


lundi 26 février 2018

  • Homélie du dimanche 4 mars

    Dimanche 4 mars 2018
    3éme dimanche de Carême

    Références bibliques :
    Livre de l’Exode. 20. 1-17 : « Tu ne prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. »
    Psaume 18 : « Le commandement du Seigneur est limpide : il clarifie le regard. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 1. 22 à 25 : « La folie de Dieu est plus sage que l’homme. »
    Evangile selon saint Jean. 2. 13 à 25 : « Il les trouva installés dans le Temple. »
    ***
    Il n’est pas difficile de remettre dans notre contexte contemporain les textes bibliques de ce dimanche et l’épisode du Temple. Nous connaissons nos idoles : la réussite industrielle, le pétrole. Nous connaissons la sagesse des hommes, qui devient une immense folie. Nous connaissons le temple de notre propre personnalité qui est envahit par de multiples contraintes matérielles.
    DEVANT DES IMAGES
    Le Seigneur se situe devant son Peuple comme celui qui est vivant, qui est attentif à leur situation et qui les accompagne dans la liberté. Il a fait sortir son Peuple de l’Egypte. Il n’est pas cette statue immobile et sans vie devant laquelle on se prosterne. Elle peut être aux yeux de ses fidèles une expression de la force, de la puissance. Elle ne représente pas un être qui aime et dont l’amour est la réalité même.
    Ce ne sont que des images. Il est un Dieu qui veille sur ses fidèles et les bénit. Il est un Dieu créateur qui, depuis le premier jour, ne peut être assimilé au mal : « Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. » C’est lui qui a créé ce monde et qui peut dire de son œuvre : « Et Dieu vit que cela était bon. »
    Son œuvre ne peut exprimer que cette réalité et ce respect de son œuvre dans toutes les relations et toutes les situations où nous nous trouvons. C’est là tout le sens des dix commandements qu’il nous rappelle.
    « La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie. » (psaume 18)
    Si aujourd’hui nous plaçons devant nos yeux des images de Jésus, de la Vierge Marie, des saints, ce n’est pas pour les adorer. C’est parce que le mystère de l’Incarnation a rendu possible l’accès au mystère divin dans une personne vivante, avec un corps au travers duquel Dieu fait homme a pu nous exprimer son amour, jusqu’à la mort et la mort de la croix.
    C’est là le sens profond du culte des « icônes ». Ces images, ces statues ne sont pas des idoles. Elles ne détournent pas du Christ Jésus, elles nous y conduisent, malgré certains excès d’un culte populaire. Et là il nous faudrait raviver la théologie orientale et orthodoxe des icônes.
    LA FOLIE DE DIEU
    Ce Jésus que nous avons contemplé dimanche dernier au jour de sa Transfiguration est un éblouissement devant lequel les trois disciples sont bouleversés, dans le même temps qu’ils veulent en prolonger la contemplation, pour leur satisfaction personnelle : « Il est heureux que nous soyons ici. »
    Mais le Christ leur rappelle alors que cette gloire ne peut en rester là et qu’ils doivent découvrir au jour le jour qu’elle est la véritable folie de Dieu. C’est une folie d’amour qui va identifié le Christ à toutes les situations que connaissent les hommes. Si nous voulons être identifiés au Christ, il nous faut passer aussi par cette folie d’amour qu’est la passion, la mort et la résurrection.
    C’est ce qu’il leur a rappelé en descendant du Thabor. Le crucifix n’est pas une idole. C’est Dieu qui se présente à nous dans la réalité même du salut qu’il accomplit ainsi. Une croix vide du Christ, n’est plus que deux montants de bois, même s’ils sont symboliques. Une croix où le Christ est offert à son Père par la haine et l’incompréhension des hommes, insère la passion de Jésus dans la passion douloureuse des hommes d’aujourd’hui, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine.
    DE FONDATION EN FONDATION
    Qui ne rêve pas de bâtir l’avenir ? Qui ne rêve pas de créer des institutions qui en tiennent compte par des « prospectives » audacieuses ou coûteuses ? Qui ne rêve pas de reconstituer un monde meilleur au prix du sang des innocents ?
    L’avenir, Dieu l’a bâti en des gestes de folies et non sur des mécènes généreux ou orgueilleux. Bâtir sur le Christ, c’est détruire le temple de nos matérialismes , qu’ils s’appellent « sociétés multinationales » aux mécanismes complexes, « associations » aux statuts bien réfléchis, « fondations de ceci ou de cela. » Il n’y a qu’une fondation qui tienne, celle qui est bâti sur le roc du Christ, c’est-à-dire sur l’amour humble, pauvre, incompris, dépouillé.
    Le Christ nous rappelle que le temple de Dieu doit être débarrassé de tout ce qui n’est pas à son service et pour sa gloire. « Nous sommes les temples du Saint-Esprit », nous répète saint Paul. Etonnons-nous que parfois la grâce de Dieu y fasse un nettoyage vigoureux pour nous débarrasser de tout ce qui y est déplacé : l’orgueil, l’égoïsme, la possession …
    « La faiblesse de Dieu est alors plus forte que l’homme. » (1ère Cor. 1. 25) Les fondations humaines sont emportées par les ouragans. « La maison bâtie sur le sable… »
    CHASSES DU TEMPLE
    Il est bon de remarquer que le Christ s’il est vigoureux, n’est pas un homme qui s’emporte alors dans une colère aveugle. Les bœufs et les brebis sont chassés avec un fouet. Les pièces de monnaie sont jetées au sol, c’est tout ce à quoi elles peuvent prétendre, puisque ce ne sont que des objets matériels.
    Il y a une nuance que saint Jean a remarqué, lui le coléreux qui voulait que la foudre tombe sur un village qui n’accueillait pas Jésus. Il note son attitude : « Il dit aux marchands de colombes : Enlevez cela d’ici. » Il y a une délicatesse dans la violence de tout ce remue-ménage.
    Quand Dieu nous bouscule, il n’est pas aveugle. Il sait nuancer son intervention. A nous de savoir aussi y être sensible.
    C’est là encore une de nos réactions spontanées quand le malheur, la souffrance, la mort nous frappent. Mais pourquoi ? mais ce qu’il fait de nous est incompréhensible de la part de Dieu. En tous cas, il devrait s’y prendre autrement envers nous puisqu’on dit qu’il est amour.
    Les marchands du temple s’étaient installés sans tenir compte de la loi liturgique qui voulait que cette maison de Dieu soit une maison de prière, que tout soit un geste qui monte vers l’Eternel et non pas des gestes mercantiles qui aillent dans la poche des vendeurs ou des changeurs. Ils savaient cela, ils ont profité de la liberté qui leur était donnée.
    Dieu a donné à chacun de nous la liberté d’agir selon ses commandements, selon les orientations de son amour. Bien souvent en agissant autrement, cette liberté devient occasion de haines entre les hommes et non pas de mains ouvertes envers nos frères.
    Nous connaissons nos limites humains, parce que nous sommes des créatures immergées dans une création périssable. C’est dur à entendre et plus dur encore à vivre. Nous ne pouvons nous égaler à l’infini de la perfection du Dieu Trinité. A nous d’assumer aujourd’hui ce que nous sommes pour un temps avant de rejoindre cet infini de la vie trinitaire à laquelle nous sommes déjà appelés. A nous d’aider nos frères souffrants, durant ce cheminement terrestre.
    ***
    « Tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage. Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nus avons conscience de nos fautes. Patiemment relève-nous avec amour. » (Prière d’ouverture de la messe)
     


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