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vendredi 17 novembre 2017

  • Thème de la Journée mondiale des communications sociales 2018

    La prochaine Journée mondiale des communications sociales, dimanche 13 mai 2018, aura pour thème : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32). Fausses nouvelles et journalisme de paix.
    Le thème que le pape François a choisi pour la 52ème Journée Mondiale des Communications Sociales 2018 concerne les « fausses nouvelles » ou « fake news », c’est-à-dire les informations dénuées de fondement qui contribuent à générer et à alimenter une forte polarisation des opinions. Il s’agit souvent d’une manipulation des faits, avec de possibles répercussions sur les comportements individuels et collectifs. Dans un contexte où les sociétés de référence des réseaux sociaux et le monde des institutions et de la politique ont commencé à affronter ce phénomène, l’Eglise veut elle aussi offrir sa contribution en proposant une réflexion sur les causes, les logiques et les conséquences de la désinformation dans les médias et en aidant à la promotion d’un journalisme professionnel, qui cherche toujours la vérité, et donc d’un journalisme de paix qui encourage la compréhension entre les personnes.
    La Journée Mondiale des Communications Sociales, seule journée mondiale instituée par le Concile Vatican II (« Inter Mirifica », 1963), est célébrée dans de nombreux pays, sur recommandation des évêques du monde, le dimanche qui précède la Pentecôte (en 2018, le 13 mai).
    Le texte du Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Communications Sociales est traditionnellement rendu public à l’occasion de la fête liturgique de Saint François de Sales, patron des journalistes (24 janvier).
    Communiqué du Secrétariat pour la Communication du Saint Siège
    Texte officiel en italien – traduction de Romilda Ferrauto
     


mercredi 15 novembre 2017

  • Mgr Nicolas Souchu, nommé évêque d’Aire et Dax

    Le Pape François a nommé ce mercredi 15 novembre, Mgr Nicolas Souchu évêque du diocèse d’Aire et Dax, il était jusqu’à présent évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo. Mgr Bernard Charrier demeure administrateur apostolique du diocèse d’Aire et Dax jusqu’à la prise possession de Mgr Souchu.
    Ordonné en 1986 pour le diocèse d’Orléans, Mgr Nicolas Souchu fut vicaire à Gien (1986-1992) puis curé in solidum d’Orléans Ouest (1992-1995). Entre 1993 et 1995, Mgr Souchu, fut membre de l’équipe animatrice du séminaire d’Orléans et directeur du premier cycle. Puis, de 1995 à 1999, il fut responsable adjoint de la formation permanente du diocèse d’Orléans ; aumônier régional des Groupes de formation universitaire et responsable de la formation des jeunes prêtres de la région apostolique du Centre. En 1999, Mgr Souchu devint curé de Saint-Marceau et Saint-Jean-le-Blanc et Vicaire épiscopal pour l’agglomération d’Orléans. De 2000 à 2008, il fut vicaire général du diocèse d’Orléans puis entre 2002 et 2008, secrétaire de la Commission épiscopale des ministères ordonnées (CEMIOR). De 2004 à 2006, Mgr Souchu fut modérateur de la paroisse Sainte Jeanne d’Arc d’Orléans ; secrétaire des évêques de la Province de Tours (2003-2008) ; administrateur de la paroisse de Saint-Jean de Braye (2006-2007) et membre de l’équipe d’aumônerie de la Maison d’arrêt d’Orléans (octobre 2008). En novembre 2008, Mgr Souchu fut nommé évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo.
    Au sein de la Conférence des évêques de France, il fut membre du Conseil pour la pastorale des enfants et de jeunes de 2010 à 2016. Depuis 2016, il est membre de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale.
    Une rencontre avec la presse est prévue le mardi 21 novembre à 11h à l’évêché de Dax, 100 avenue Francis Planté, 40100 Dax. Une messe d’au revoir au diocèse de Rennes aura lieu le dimanche 26 novembre à 18h en la cathédrale de Rennes.
    L’installation de Mgr Nicolas Souchu aura lieu le dimanche 17 décembre à 15h30 en la cathédrale de Dax.
    Ci-joint quelques détails biographiques de Mgr Nicolas Souchu.

    Contacts presse
    Diocèse d’Aire et Dax :  P.Denis Cazaux – 06 16 43 20 30
    denis.cazaux@laposte.net
    Diocèse de Rennes : P. Nicolas Guillou –  06 03 22 23 67
    communication@diocese35.fr


  • Nouvelle traduction du Notre Père

    Le 3 décembre 2017, premier dimanche de l’Avent, une nouvelle traduction du Notre-Père entrera en vigueur dans toute forme de liturgie. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
    La nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements le 12 juin 2013, avec l’ensemble de la nouvelle traduction liturgique de la Bible, dont elle fait partie. Les évêques de France ont décidé, à lors de leur dernière assemblée plénière de printemps (28-31 mars 2017), d’une entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père le 3 décembre 2017. Ce jour qui est le premier dimanche de l’Avent marque en effet le début de la nouvelle année liturgique.
    Le dossier de presse est disponible en téléchargement en PDF en bas de page.


lundi 13 novembre 2017

  • Décès du cardinal Bernard Panafieu, archevêque émérite de Marseille

    Le cardinal Bernard Panafieu, archevêque émérite du diocèse de Marseille, est décédé dans sa 87ème année le dimanche 12 novembre 2017. Ses obsèques seront célébrées en la cathédrale Notre-Dame de la Major à Marseille, le vendredi 17 novembre à 15 heures. 
    Mgr Bernard Panafieu est né à Châtellerault (Vienne) le 26 janvier 1931. Après des études au séminaire d’Issy-les-Moulineaux et à l’Institut d’Études sociales, il est ordonné prêtre le 22 avril 1956 en la basilique Notre-Dame de Paris pour le diocèse d’Albi.
    Vicaire à la paroisse Saint-Sauveur de Mazamet (1956-1962), aumônier de lycée à Albi (1962-1967), aumônier des étudiants de Toulouse (1967-1970), après des études à Paris à l’Institut catholique (1971), il sera ensuite curé doyen de Brassac (1971-1974) et secrétaire du Presbyterium d’Albi (1972).
    Mgr Panafieu est ordonné évêque auxiliaire d’Annecy le 9 juin 1974, puis nommé archevêque d’Aix-en-Provence et Arles le 3 décembre 1978. En août 1994, le pape Jean-Paul II le nomme archevêque-coadjuteur du cardinal Coffy à Marseille, à qui il succède comme archevêque métropolitain de Marseille en 1995.
    Mgr Bernard Panafieu a été successivement, président du Comité épiscopal France-Amérique Latine, membre du Conseil permanent des évêques de France, président de la Commission épiscopale du monde scolaire et universitaire, membre de la Commission sociale de l’épiscopat français et président du Comité épiscopal pour les relations avec l’islam.
    Au cours du consistoire du 21 octobre 2003, il a été créé cardinal par le pape Jean-Paul II. Il a été nommé membre du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et du Conseil pontifical Justice et Paix.
    Commandeur de la Légion d’honneur et de l’Ordre des Chevaliers du Saint-Sépulcre, il a été élu, en avril 1996, membre de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille.
    En mai 2006, le cardinal Panafieu s’était retiré à Venasque (84).

    Message de Mgr Georges Pontier
    Chers amis, chers frères et sœurs,
    Le cardinal Bernard Panafieu est décédé cette nuit après une longue fin de vie difficile. Je vous invite à rendre grâce pour sa vie, sa foi, son ministère au service de l’Église qui est à Marseille particulièrement.
    La messe de sépulture aura lieu à la cathédrale de La Major ce vendredi 17 novembre à 15 heures.
    Confions-le à la miséricorde de Dieu. Qu’Il le comble de sa présence et de son amour.
    Que Notre Dame de La Garde le conduise à son Fils bien-aimé.
    + Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France
     

     Message du Pape François

     
    Ayant appris avec peine le décès du Cardinal Bernard Panafieu, Archevêque émérite de Marseille, je vous adresse mes vives condoléances ainsi qu’à sa famille, à ses anciens diocésains et à la Communauté de Notre-Dame de Vie qui l’a entouré pendant ses dernières années. Je demande au Père de toute miséricorde d’accueillir dans sa paix et dans sa lumière ce Pasteur sage qui a su manifester la bonté et l’amour de Dieu au peuple qui lui avait été confié, d’abord comme Évêque auxiliaire d’Annecy, puis comme Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles, et enfin de Marseille. Attentif aux situations de précarité et à la diversité de la population de son diocèse, il apporta une éminente contribution au dialogue entre les cultures et entre les religions, favorisant ainsi une coexistence paisible entre tous. En gage de réconfort, je vous adresse, Excellence, la Bénédiction apostolique, ainsi qu’à votre Auxiliaire, à la famille du Cardinal défunt et à ses proches, à ses anciens diocésains, ainsi qu’à toutes les personnes qui prendront part à la célébration des obsèques.
     Pape François
     

     

     

     

     

     


  • Commentaires du dimanche 19 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 19 novembre 2017
    33éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre des proverbes 31, 10-31
    10 Une femme parfaite, qui la trouvera ?
    Elle est précieuse plus que les perles !
    11 Son mari peut lui faire confiance :
    il ne manquera pas de ressources.
    12 Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine,
    tous les jours de sa vie.
    13 Elle sait choisir la laine et le lin,
    et ses mains travaillent volontiers.
    19 Elle tend la main vers la quenouille,
    ses doigts dirigent le fuseau.
    20 Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre,
    elle tend la main aux malheureux.
    30 Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ;
    seule, la femme qui craint le SEIGNEUR
    mérite la louange.
    31 Célébrez-la pour les fruits de son travail :
    et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

    LE PORTRAIT DE LA FEMME IDEALE
    Chose étonnante, ce que nous venons d’entendre, ce sont les derniers mots du livre des Proverbes : or c’est un éloge de la femme. Voilà qui prouve que les auteurs bibliques ne sont pas misogynes ! Et pourtant, nous n’avons eu qu’un extrait de ce long poème qui termine le livre ; si vous avez la curiosité de lire le texte en entier, c’est-à-dire l’intégralité des versets 10 à 31 du dernier chapitre des Proverbes, vous verrez que c’est en quelque sorte le portrait de la femme idéale ; l’expression « femme parfaite » du premier verset veut dire : celle qu’un homme doit épouser s’il veut être heureux. Or qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Rien justement : elle est travailleuse, elle est fidèle et consacrée à son mari et à sa maison, sans oublier de tendre la main aux pauvres et aux malheureux ; c’est tout, mais voilà des valeurs sûres, nous dit l’auteur, le secret du bonheur. Il n’emploie pas l’expression « secret du bonheur », il appelle cela sagesse, mais c’est la même chose.
    Et vous savez qu’en Israël, on est bien convaincu d’une chose : le secret du bonheur, Dieu seul peut nous l’enseigner, mais c’est fait de choses humbles et modestes de notre vie de tous les jours. Vous connaissez la célèbre phrase qui est dans ce même livre des Proverbes : « La crainte du SEIGNEUR est le commencement de la sagesse. » (Pr 9, 10). (La crainte au sens d’amour et de fidélité, tout simplement).
    Il est intéressant de voir que le livre des Proverbes commence par neuf chapitres qui sont une invitation à cultiver cette vertu de la sagesse qui est l’art de diriger sa vie ; et, à l’autre extrémité de ce livre, se trouve ce poème à la gloire de la femme idéale : celle qui dirige bien sa vie, précisément. La leçon, c’est qu’une telle femme donne à son entourage la seule chose dont Dieu rêve pour l’humanité, à savoir le bonheur.
    Alors, ce n’est pas un hasard, bien sûr, si ce poème se présente de manière particulière : car si vous vous reportez à ce passage dans votre Bible, vous verrez que ce poème est alphabétique ; nous avons déjà rencontré des psaumes alphabétiques ; c’est un procédé habituel : chaque verset commence par une lettre de l’alphabet dans l’ordre ; (en littérature, on appelle cela un acrostiche) ; mais il ne s’agit pas de technique, pas plus que dans les psaumes, il s’agit d’une affirmation de la foi ; la femme idéale, c’est celle qui s’est laissé imprégner par la sagesse de Dieu, elle est un reflet de la sagesse de Dieu ; et donc elle a tout compris, de A à Z.
    LA BIBLE ET LES FEMMES
    Le livre des Proverbes n’est pas le seul à tenir ce genre de discours très positif sur la gent féminine ; on pourrait citer des quantités d’autres phrases de la Bible qui font l’éloge des femmes, du moins de certaines. Il ne faut pas oublier que la Bible a, dès le début, une conception de la femme tout à fait originale ; à Babylone, par exemple, on pensait que la femme a été créée après l’homme (sous-entendu l’homme a pu fort bien se passer de femme) ; au contraire, le poème de la création (le premier chapitre de la Genèse) qui a été rédigé par les prêtres pendant l’Exil à Babylone, justement, affirme clairement : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). (C’est-à-dire dès le début).
    Et le deuxième récit de la création dans la Genèse, et qui est plus ancien, raconte de manière très imagée la création de la femme aussitôt après l’homme ; il la décrit soigneusement comme une égale, puisqu’elle est de la même nature que lui « os de ses os, chair de sa chair » (Gn 2, 18-24). Ils sont tellement égaux d’ailleurs, qu’ils portent le même nom : homme et femme, en français, ne sont pas de la même racine : mais, en hébreu, ils se disent ish au masculin, ishshah au féminin ; ce qui dit bien à la fois la similitude des deux et la particularité de chacun.
    Et le texte va plus loin, puisqu’il précise bien que la femme est un cadeau fait à l’homme pour son bonheur : « Le SEIGNEUR Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul (entendez il n’est pas heureux pour l’homme d’être seul), je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; et le texte hébreu précise « qui soit pour lui comme son vis-à-vis » (Gn 2, 18) ; un vis-à-vis, c’est-à-dire un égal avec lequel on puisse dialoguer, dans un véritable face-à-face avec tout ce que cela comporte de révélation mutuelle, et de découverte de chacun dans le regard de l’autre.
    La suite du texte biblique raconte la déchirure qui s’est introduite peu à peu dans des relations qui auraient dû être faites de confiance et de dialogue : le soupçon s’est installé entre l’humanité et son créateur ; et des relations faussées se sont peu à peu elles aussi instaurées entre l’homme et la femme : désormais tout repose non sur le dialogue, mais sur le pouvoir : qui se fait séduction d’un côté, domination de l’autre ; « Ton désir te portera vers l’homme, dit Dieu, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3,16). Et quand le théologien biblique écrit ce texte vers l’an 1000 av.J.C., il y a des milliers d’années que l’expérience quotidienne vérifie cette analyse.
    L’ALLIANCE DU COUPLE, IMAGE DE L’ALLIANCE DE DIEU
    Et voilà que notre livre des Proverbes se prend de nouveau à rêver du couple idéal : ici l’homme peut se reposer entièrement sur sa compagne « son mari peut lui faire confiance… Elle fait son bonheur »… (v. 11… 12). L’auteur a même eu l’idée, l’audace devrais-je dire, de penser que le couple humain était lié par une véritable Alliance semblable à celle qui unit Dieu à Israël. Dans un autre passage du livre des Proverbes, on peut lire que rompre l’union conjugale c’est rompre du même coup l’Alliance avec Dieu (2, 17).
    Je reviens à notre texte d’aujourd’hui : dans la conclusion de son livre, en somme, l’auteur veut mettre en valeur deux choses qui sont un peu les deux béatitudes de la femme : première béatitude « Heureuse es-tu, toi qui crains le SEIGNEUR » (traduisez « toi qui aimes le SEIGNEUR ») ; deuxième béatitude « Heureuse es-tu : avec tout ce travail humble, tu crées du bonheur ».
    ——————————-
    Compléments
    – Encore une remarque sur ce texte, mais cette fois, de vocabulaire : dans notre traduction liturgique, l’avant-dernier verset dit : « seule, la femme qui craint le SEIGNEUR est digne de louange. » Nous retrouvons ce mot de « crainte » du SEIGNEUR que nous avons appris à lire de manière positive comme un amour filial.
    – Ce qui est étonnant, finalement, c’est que cette femme, présentée par le livre des Proverbes, ne fait rien d’extraordinaire ! Ses activités, telles qu’elles nous sont décrites ici, ressemblent à l’idée que nous nous faisons de la femme au foyer ; et on sait bien que ce n’est pas ce qui attire le plus en ce moment ; mais replaçons-nous dans le contexte historique : l’auteur ne prend pas parti pour ou contre la femme au foyer ; et d’ailleurs, qui dit « femme au foyer » ne dit pas femme cloîtrée, privée de toute vie sociale : dans d’autres versets de ce poème, il montre le rôle social qu’elle tient dans sa ville en participant entre autres à des activités commerciales et à des oeuvres de charité. Grâce à sa liberté de mouvement et à sa disponibilité, elle est un maillon très important du tissu social.
    – Voici quelques autres phrases de la Bible sur la femme : toujours dans le livre des Proverbes, par exemple : « Une femme parfaite est la couronne de son mari. » (Pr 12,4) ; ou encore dans le livre de Ben Sirac : « Heureux celui qui vit avec une femme intelligente. » (Si 25, 8) … « Heureux l’homme qui a une bonne épouse : le nombre de ses jours sera doublé. La femme courageuse fait la joie de son mari : il possèdera le bonheur tout au long de sa vie. » (Si 26,1). « Une lampe qui brille sur le chandelier saint, tel est un beau visage sur un corps bien formé. » (Si 26,17). Et enfin, toujours dans le livre de Ben Sirac : « Pour qui prend femme, c’est déjà la fortune : elle est une aide semblable à lui, une colonne où s’appuyer. Faute de clôture, un domaine est livré aux pillards ; faute d’avoir une femme, on erre à l’aventure en gémissant. » (Si 36, 29-30 ). Et que dire du Cantique des Cantiques !

    PSAUME – 127 (128) 1-5 – Psaume des montées
    1 Heureux qui craint le SEIGNEUR
    et marche selon ses voies !
    2 Tu te nourriras du travail de tes mains :
    Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !
    3 Ta femme sera dans ta maison
    comme une vigne généreuse,
    et tes fils, autour de la table,
    comme des plants d’olivier.
    4 Voilà comment sera béni
    l’homme qui craint le SEIGNEUR.
    5 De Sion que le SEIGNEUR te bénisse !
    Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

    DIEU VEUT LE BONHEUR DE L’HOMME
    Ce psaume est l’un des plus courts du psautier. Mais son contenu n’en est pas moins important. Car, après tout, il parle de la seule chose qui compte, le bonheur. On ne dira jamais assez que Dieu nous a créés pour nous rendre heureux ; cette évidence parcourt toute la Bible, ce qui était une audace par rapport aux pays voisins.
    Moïse déjà l’avait compris, puisque quand il a voulu décider son beau-frère à le suivre pour lui servir de guide dans le désert du Sinaï, il lui a promis « Viens avec nous. pour que nous te rendions heureux, car le SEIGNEUR a promis du bonheur pour Israël. » (Nb 10, 29). Le psaume 34/35 met la même assurance dans la bouche de David : « Le SEIGNEUR a voulu le bonheur de son serviteur. » (Ps 34/35, 27). Mais, si on y réfléchit, c’était déjà vrai pour Abraham : les promesses de Dieu à Abraham représentaient très exactement le bonheur le plus désirable à son époque : une descendance et la prospérité. D’ailleurs, le mot « bénédiction » est bien synonyme de bonheur. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ; » (Gn 12, 3) : cela signifie d’abord que toutes les nations de la terre ne trouveront pas de plus grand souhait à formuler que d’évoquer ta réussite ; elles se diront l’une à l’autre « puisses-tu prospérer comme le grand Abraham » ; plus tard, on comprendra que « toutes les nations de la terre accéderont par toi à la prospérité. » Que peut-on rêver de mieux ? Or c’est Dieu qui lui promet tout cela : dès leur première rencontre, c’est révélateur.
    Et, plus tard, quand on méditera sur les mystères de la Création, on reconnaîtra que Dieu n’a prévu que des choses bonnes : le livre de la Genèse raconte que, quand Dieu, le sixième jour, embrassa du regard l’ensemble de son oeuvre, « il vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1, 31) ; et le mot hébreu, ici, suggère bien une idée de bonheur.
    UNE LOI DICTEE POUR LE BONHEUR DE TOUS
    Au long de l’histoire d’Israël, ce désir de Dieu de voir ses enfants heureux inspire toutes ses paroles et ses initiatives : par exemple il n’y a pas de commandement qui ne soit dicté par ce seul souci. Le livre du Deutéronome qui résume magnifiquement toute la méditation d’Israël sur les fondements de la Loi résonne de recommandations qui n’ont pas d’autre but que de procurer bonheur et longue vie au peuple tout entier : « Garde les lois et les commandements que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi… » (Dt 4, 40) ; ou encore : « Si seulement leur coeur était décidé à … observer tous les jours mes commandements, pour leur bonheur et celui de leurs fils à jamais ! » (Dt 5, 29). Et le fameux texte du « Shema Israël » (la profession de foi) est précédé par ce conseil : « Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre en pratique (les lois et les commandements que je te donne) : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6, 3).
    Notre psaume répond en écho : « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! », craindre le SEIGNEUR, voulant exactement dire « marcher selon ses voies », c’est-à-dire obéir aux commandements qui n’ont été donnés que pour le bonheur de ceux qui les pratiquent.
    Les mots « heureux », « bonheur » « béni » se répètent ; quant aux images, elles évoquent ce que l’on peut rêver de mieux : l’assurance de la subsistance, la paix dans la ville, la paix dans la maison, autour d’une belle famille, et la promesse d’une descendance. « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils ».
    LE BONHEUR AU QUOTIDIEN
    La leçon qui se dégage de tout cela, c’est l’intérêt que Dieu prend à notre vie quotidienne : c’est bien là, dans les réalités très concrètes que se joue notre bonheur. L’Ancien Testament disait déjà très fort que Dieu n’est pas à chercher seulement à l’intérieur des murs de nos églises, mais dans toute notre vie de chaque jour. Il reste que nous sommes libres de nous écarter des chemins du SEIGNEUR, traduisez de transgresser les commandements et du coup de faire notre malheur.
    Ce n’est pas par hasard, peut-être, que notre psaume reprend le vocabulaire et les images du livre de la Genèse. Après la faute, Dieu dit à Adam : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. »… Et à la femme : « C’est dans la peine que tu enfanteras des fils. » Ici, le livre de la Genèse ne fait que constater la spirale du mal qui s’instaure quand on a pris le mauvais chemin ; le jardin de délices s’est transformé en terre de discorde et de malheur. Ce texte du livre de la Genèse sonne comme une mise en garde : au contraire, le psaume qui parle de l’homme fidèle, celui qui craint le SEIGNEUR, lui promet réussite et bonheur familial : « Tu te nourriras du travail de tes mains » et « Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».
    Dans notre première lecture de ce dimanche, le livre des Proverbes dit bien la même chose quand il fait l’éloge de la « femme qui craint le SEIGNEUR », et affirme qu’elle seule est « digne de louange ». En définitive, au long des siècles, notre conception du bonheur peut changer, mais une seule chose compte : ne jamais oublier que le seul but de Dieu est de voir tous ses enfants heureux.
    ——————————–
    Note : Pour la mise en oeuvre liturgique de ce psaume au Temple de Jérusalem, voir le commentaire pour la fête de la Sainte Famille – Année A – tome 1 de « L’INTELLIGENCE DES ECRITURES »

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 5, 1-6
    1 Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur,
    vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre.
    2 Vous savez très bien que le jour du Seigneur
    vient comme un voleur dans la nuit.
    3 Quand les gens diront :
    « Quelle paix ! quelle tranquillité ! »,
    c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux,
    comme les douleurs sur la femme enceinte :
    ils ne pourront pas y échapper.
    4 Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres,
    ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.
    5 En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ;
    nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.
    6 Alors, ne restons pas endormis comme les autres,
    mais soyons vigilants et restons sobres.

    QUAND VIENDRA LE JOUR DU SEIGNEUR ?
    Ce qui était le grand sujet de préoccupation des Thessaloniciens, au moment où Paul leur écrit cette première lettre, c’était la venue du Seigneur, ce qu’ils appelaient le « Jour du Seigneur ». Et ils vivaient dans cette attente, tout comme Paul lui-même vivait tendu de tout son être vers ce jour. Car le mot attente est ambigu peut-être pour nous ; il y a des attentes passives ; mais celle de Paul, celle des Thessaloniciens est une attente impatiente, j’aurais envie de dire fervente. On sent bien l’impatience des Chrétiens derrière la phrase de Paul : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin que je vous en parle. » Et, dans sa deuxième lettre à cette communauté, Paul juge utile de préciser : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. » (2 Thes 2, 1). Chaque fois que des soi-disant prophètes parlent de fin du monde, il nous suffira de relire cette mise en garde de Paul. Je note au passage que Paul ne parle pas du « retour » du Seigneur, il parle de sa « venue ». Car il est invisible, oui, mais il n’est pas absent. Ainsi, on ne peut donc pas parler de « retour » comme s’il était absent.
    LE GENRE APOCALYPTIQUE, UN GENRE LITTERAIRE
    Pour en parler, Paul emploie tout un vocabulaire et même un genre littéraire un peu surprenant pour nous, mais très familier à ses lecteurs du premier siècle ; c’est ce qu’on appelle le « genre apocalyptique » (c’est-à-dire de dévoilement de la face cachée des choses) ; quand on parle de « voleur dans la nuit », quand on évoque les « douleurs de la femme enceinte », de « catastrophe qui s’abat sur vous » tout cela sur fond d’opposition entre lumière et ténèbres, vous avez toute chance d’être en présence d’un texte apocalyptique. Jésus a employé des expressions tout à fait semblables parce que ce genre littéraire était florissant à son époque ; une époque où justement, l’attente du Messie et de la venue du Royaume de Dieu était très vive.
    L’objectif de ce genre de discours est double : premièrement, conforter la foi des lecteurs pour que rien ne les décourage, quelle que soit la longueur de l’attente ; deuxièmement, les encourager à avoir de l’audace dans le témoignage de leur foi à la face du monde, quelle que soit la dureté du temps présent, et même en cas de persécution.
    Mais pourquoi personne ne peut-il connaître à l’avance le moment de la venue du Seigneur ? Il y a au moins deux raisons :
    Première raison, le temps appartient à Dieu : le prophète Daniel disait « Que le nom de Dieu soit béni, depuis toujours et à jamais ! Car la sagesse et la puissance lui appartiennent. C’est lui qui fait alterner les temps et les moments. » (Daniel 2, 21). Et Jésus lui-même reconnaissait ne pas le savoir : « Ce jour et cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. » (Mt 24, 36). Soit dit en passant, Jésus nous donne là une formidable leçon d’humilité : il accepte de ne pas savoir… il fait confiance à son Père ; même à l’heure extrême, celle de Gethsémani, alors que le combat entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et la haine est à son paroxysme, il fait confiance.
    LE DELAI DEPEND DE NOUS
    Deuxième raison, Saint Pierre dit que ce temps dépend aussi de nous : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. (2 Pi 3, 8-9). Et un peu plus bas, il ajoute « Vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu… »
    Voilà de quoi nous renvoyer à nos responsabilités : mystérieusement, nous collaborons à la venue du Jour de Dieu ; cela peut paraître audacieux ! Mais c’est pourtant ce que nous disent Paul et Pierre. C’est d’ailleurs cela qui fait la grandeur de nos vies : elles sont la matière première du Royaume. Dieu ne le réalise pas sans nous. Pure coïncidence, peut-être, mais c’est justement après cette deuxième lecture que nous allons entendre la parabole des Talents qui nous parlera de la confiance que Dieu nous fait pour bâtir son Royaume !
    Jésus l’avait bien dit à ses disciples qui lui posaient la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » Il leur avait répondu : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une force, quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins… » (Ac 1,6-7). Ce qui était une manière de leur dire leur responsabilité, mais également de bien situer leur action dans celle de l’Esprit. Comme dit la quatrième Prière Eucharistique, « L’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification ».
    Nous n’avons donc pas à nous soucier des temps et des moments, comme dit Jésus, ou des délais et des dates, comme dit Paul, il nous suffit d’essayer concrètement de faire avancer le Royaume, sûrs que nous avons reçu l’Esprit pour cela.
    Je reviens sur l’expression « fils de la lumière » : « Vous frères… vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour … », nous dit Paul. Le jour du Seigneur, ce sera quand l’humanité tout entière sera fille de lumière.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 25, 14-30
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    14 « C’est comme un homme qui partait en voyage :
    il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
    15 À l’un il remit une somme de cinq talents,
    à un autre deux talents,
    au troisième un seul talent,
    à chacun selon ses capacités.
    Puis il partit.
    16 Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents
    s’en alla pour les faire valoir
    et en gagna cinq autres.
    17 De même, celui qui avait reçu deux talents
    en gagna deux autres.
    18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un
    alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
    19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint
    et il leur demanda des comptes.
    20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha,
    présenta cinq autres talents
    et dit :
    ‘Seigneur,
    tu m’as confié cinq talents ;
    voilà, j’en ai gagné cinq autres.’
    21 Son maître lui déclara :
    ‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
    tu as été fidèle pour peu de choses,
    je t’en confierai beaucoup ;
    entre dans la joie de ton seigneur.’
    22 Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi
    et dit :
    ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ;
    voilà, j’en ai gagné deux autres.’
    23 Son maître lui déclara :
    ‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
    tu as été fidèle pour peu de choses,
    je t’en confierai beaucoup ;
    entre dans la joie de ton seigneur.’
    24 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi
    et dit :
    ‘Seigneur,
    je savais que tu es un homme dur :
    tu moissonnes là où tu n’as pas semé,
    tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
    25 J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre.
    Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
    26 Son maître lui répliqua :
    ‘Serviteur mauvais et paresseux,
    tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé,
    que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
    27 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ;
    et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
    28 Enlevez-lui donc son talent
    et donnez-le à celui qui en a dix.
    29 À celui qui a, on donnera encore,
    et il sera dans l’abondance ;
    mais celui qui n’a rien
    se verra enlever même ce qu’il a.
    30 Quant à ce serviteur bon à rien,
    jetez-le dans les ténèbres extérieures ;
    là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

    UNE AFFAIRE DE CONFIANCE
    Il est intéressant de noter combien de fois revient le mot « confier » dans ce texte : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens »… et à son retour, au moment des comptes, les deux premiers serviteurs lui disent « tu m’as confié cinq talents, (deux talents)… J’en ai gagné autant.. » et le maître leur répond « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ».
    Quant au troisième serviteur, le maître lui avait fait confiance, à lui aussi, mais lui, en retour, il a eu peur de ce maître ; tout se joue sur ce malentendu, la confiance d’un côté, la méfiance, de l’autre.
    Les trois serviteurs ont été traités de la même façon par le maître, « chacun selon ses capacités », et le maître ne demande qu’à faire confiance encore plus.
    C’est certainement la première leçon de cette parabole ! Dieu nous fait confiance ; il nous associe à ses affaires, c’est-à-dire à son Royaume, chacun selon nos capacités ; cette expression « chacun selon ses capacités » est là pour nous rassurer. Il ne s’agit pas de nous culpabiliser de ce que nous n’avons pas su faire ; d’ailleurs, le maître n’entre pas dans le détail des comptes avec les deux premiers ; il constate qu’ils sont entrés dans son projet qui est la marche de ses affaires, et c’est de cela qu’il les félicite. C’est la seule chose qui nous est demandée, faire notre petit possible pour le Royaume.
    SAVOIR PRENDRE DES INITIATIVES
    Cette confiance va loin : le maître attend que ses serviteurs prennent des initiatives, des risques même, pendant son absence. C’est bien ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs : s’ils ont pu doubler la somme, c’est qu’ils ont osé risquer de perdre. Tandis que le troisième ne risquait pas de perdre quoi que ce soit ; c’est lui qui a été prudent, pas les autres ; et ce sont les autres qui sont félicités.
    Félicités et encouragés à continuer : le même schéma se répète deux fois ; le maître confie, le serviteur en rendant ses comptes dit « tu m’as confié, voilà ce que j’ai fait » ; le maître félicite et dit « je t’en confierai encore » : on pourrait appeler cela « la spirale de la confiance ».
    Reste une phrase très difficile dans ce texte : « A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a ». On en trouve une autre presque équivalente dans le livre des Proverbes : « Si tu donnes au sage, il devient plus sage, si tu instruis le juste, il progresse encore. » (Pr 9, 9). Prenons une comparaison : quand on a choisi la bonne direction, chaque minute, chaque pas nous rapproche du but ; mais quand on tourne le dos au but du voyage, chaque minute qui passe, chaque pas nous éloigne encore du but.
    LE TALENT QUI NOUS EST CONFIE, C’EST LE PROJET DE DIEU
    Mais revenons aux deux premiers serviteurs puisque ce sont eux qui nous sont donnés en exemple : ils ont cru à la confiance qui leur était faite, et qui était énorme, puisque cinq talents, ou deux (ou même seulement un talent), ce sont des sommes absolument considérables et ils ont osé prendre des initiatives qui étaient risquées. Au moment où Jésus s’apprête à affronter la mort (puisque nous sommes à la fin de l’évangile de Matthieu, juste avant les Rameaux et la Passion) et à confier l’Eglise à ses disciples, la leçon est claire : même si son retour se fait attendre, les disciples de tous les temps auront à gérer le trésor du projet de Dieu : il faudra savoir prendre des initiatives pour faire grandir son Royaume.
    —————————
    Compléments
    Comme il le dit dans l’évangile de Jean : « Je vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16). Et nous n’avons pas à avoir peur car « de crainte, il n’y en a pas dans l’amour. » (1 Jn 4, 18).
    Face à cette confiance du maître, il y a deux attitudes : la première consiste à reconnaître la confiance qui est faite et s’employer à la mériter. C’est l’attitude des deux premiers. Le troisième serviteur adopte l’attitude inverse : le maître confie, mais le serviteur ne voit pas que c’est de la confiance ; il ne l’interprète pas comme cela puisqu’il a peur de ce maître qu’il considère comme exigeant. Il croit avoir tout compris, il a jaugé son patron et décidé qu’il ne méritait pas d’être servi. Or la méfiance de ce troisième serviteur est d’autant plus injuste que le maître a bien pris soin de proportionner l’effort demandé à chacun « selon ses capacités ». Et il rêvait de pouvoir dire à chacun : « Entre dans la joie de ton maître ».


  • Commentaires du dimanche 19 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 19 novembre 2017
    33éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre des proverbes 31, 10-31
    10 Une femme parfaite, qui la trouvera ?
    Elle est précieuse plus que les perles !
    11 Son mari peut lui faire confiance :
    il ne manquera pas de ressources.
    12 Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine,
    tous les jours de sa vie.
    13 Elle sait choisir la laine et le lin,
    et ses mains travaillent volontiers.
    19 Elle tend la main vers la quenouille,
    ses doigts dirigent le fuseau.
    20 Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre,
    elle tend la main aux malheureux.
    30 Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ;
    seule, la femme qui craint le SEIGNEUR
    mérite la louange.
    31 Célébrez-la pour les fruits de son travail :
    et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

    LE PORTRAIT DE LA FEMME IDEALE
    Chose étonnante, ce que nous venons d’entendre, ce sont les derniers mots du livre des Proverbes : or c’est un éloge de la femme. Voilà qui prouve que les auteurs bibliques ne sont pas misogynes ! Et pourtant, nous n’avons eu qu’un extrait de ce long poème qui termine le livre ; si vous avez la curiosité de lire le texte en entier, c’est-à-dire l’intégralité des versets 10 à 31 du dernier chapitre des Proverbes, vous verrez que c’est en quelque sorte le portrait de la femme idéale ; l’expression « femme parfaite » du premier verset veut dire : celle qu’un homme doit épouser s’il veut être heureux. Or qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Rien justement : elle est travailleuse, elle est fidèle et consacrée à son mari et à sa maison, sans oublier de tendre la main aux pauvres et aux malheureux ; c’est tout, mais voilà des valeurs sûres, nous dit l’auteur, le secret du bonheur. Il n’emploie pas l’expression « secret du bonheur », il appelle cela sagesse, mais c’est la même chose.
    Et vous savez qu’en Israël, on est bien convaincu d’une chose : le secret du bonheur, Dieu seul peut nous l’enseigner, mais c’est fait de choses humbles et modestes de notre vie de tous les jours. Vous connaissez la célèbre phrase qui est dans ce même livre des Proverbes : « La crainte du SEIGNEUR est le commencement de la sagesse. » (Pr 9, 10). (La crainte au sens d’amour et de fidélité, tout simplement).
    Il est intéressant de voir que le livre des Proverbes commence par neuf chapitres qui sont une invitation à cultiver cette vertu de la sagesse qui est l’art de diriger sa vie ; et, à l’autre extrémité de ce livre, se trouve ce poème à la gloire de la femme idéale : celle qui dirige bien sa vie, précisément. La leçon, c’est qu’une telle femme donne à son entourage la seule chose dont Dieu rêve pour l’humanité, à savoir le bonheur.
    Alors, ce n’est pas un hasard, bien sûr, si ce poème se présente de manière particulière : car si vous vous reportez à ce passage dans votre Bible, vous verrez que ce poème est alphabétique ; nous avons déjà rencontré des psaumes alphabétiques ; c’est un procédé habituel : chaque verset commence par une lettre de l’alphabet dans l’ordre ; (en littérature, on appelle cela un acrostiche) ; mais il ne s’agit pas de technique, pas plus que dans les psaumes, il s’agit d’une affirmation de la foi ; la femme idéale, c’est celle qui s’est laissé imprégner par la sagesse de Dieu, elle est un reflet de la sagesse de Dieu ; et donc elle a tout compris, de A à Z.
    LA BIBLE ET LES FEMMES
    Le livre des Proverbes n’est pas le seul à tenir ce genre de discours très positif sur la gent féminine ; on pourrait citer des quantités d’autres phrases de la Bible qui font l’éloge des femmes, du moins de certaines. Il ne faut pas oublier que la Bible a, dès le début, une conception de la femme tout à fait originale ; à Babylone, par exemple, on pensait que la femme a été créée après l’homme (sous-entendu l’homme a pu fort bien se passer de femme) ; au contraire, le poème de la création (le premier chapitre de la Genèse) qui a été rédigé par les prêtres pendant l’Exil à Babylone, justement, affirme clairement : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). (C’est-à-dire dès le début).
    Et le deuxième récit de la création dans la Genèse, et qui est plus ancien, raconte de manière très imagée la création de la femme aussitôt après l’homme ; il la décrit soigneusement comme une égale, puisqu’elle est de la même nature que lui « os de ses os, chair de sa chair » (Gn 2, 18-24). Ils sont tellement égaux d’ailleurs, qu’ils portent le même nom : homme et femme, en français, ne sont pas de la même racine : mais, en hébreu, ils se disent ish au masculin, ishshah au féminin ; ce qui dit bien à la fois la similitude des deux et la particularité de chacun.
    Et le texte va plus loin, puisqu’il précise bien que la femme est un cadeau fait à l’homme pour son bonheur : « Le SEIGNEUR Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul (entendez il n’est pas heureux pour l’homme d’être seul), je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; et le texte hébreu précise « qui soit pour lui comme son vis-à-vis » (Gn 2, 18) ; un vis-à-vis, c’est-à-dire un égal avec lequel on puisse dialoguer, dans un véritable face-à-face avec tout ce que cela comporte de révélation mutuelle, et de découverte de chacun dans le regard de l’autre.
    La suite du texte biblique raconte la déchirure qui s’est introduite peu à peu dans des relations qui auraient dû être faites de confiance et de dialogue : le soupçon s’est installé entre l’humanité et son créateur ; et des relations faussées se sont peu à peu elles aussi instaurées entre l’homme et la femme : désormais tout repose non sur le dialogue, mais sur le pouvoir : qui se fait séduction d’un côté, domination de l’autre ; « Ton désir te portera vers l’homme, dit Dieu, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3,16). Et quand le théologien biblique écrit ce texte vers l’an 1000 av.J.C., il y a des milliers d’années que l’expérience quotidienne vérifie cette analyse.
    L’ALLIANCE DU COUPLE, IMAGE DE L’ALLIANCE DE DIEU
    Et voilà que notre livre des Proverbes se prend de nouveau à rêver du couple idéal : ici l’homme peut se reposer entièrement sur sa compagne « son mari peut lui faire confiance… Elle fait son bonheur »… (v. 11… 12). L’auteur a même eu l’idée, l’audace devrais-je dire, de penser que le couple humain était lié par une véritable Alliance semblable à celle qui unit Dieu à Israël. Dans un autre passage du livre des Proverbes, on peut lire que rompre l’union conjugale c’est rompre du même coup l’Alliance avec Dieu (2, 17).
    Je reviens à notre texte d’aujourd’hui : dans la conclusion de son livre, en somme, l’auteur veut mettre en valeur deux choses qui sont un peu les deux béatitudes de la femme : première béatitude « Heureuse es-tu, toi qui crains le SEIGNEUR » (traduisez « toi qui aimes le SEIGNEUR ») ; deuxième béatitude « Heureuse es-tu : avec tout ce travail humble, tu crées du bonheur ».
    ——————————-
    Compléments
    – Encore une remarque sur ce texte, mais cette fois, de vocabulaire : dans notre traduction liturgique, l’avant-dernier verset dit : « seule, la femme qui craint le SEIGNEUR est digne de louange. » Nous retrouvons ce mot de « crainte » du SEIGNEUR que nous avons appris à lire de manière positive comme un amour filial.
    – Ce qui est étonnant, finalement, c’est que cette femme, présentée par le livre des Proverbes, ne fait rien d’extraordinaire ! Ses activités, telles qu’elles nous sont décrites ici, ressemblent à l’idée que nous nous faisons de la femme au foyer ; et on sait bien que ce n’est pas ce qui attire le plus en ce moment ; mais replaçons-nous dans le contexte historique : l’auteur ne prend pas parti pour ou contre la femme au foyer ; et d’ailleurs, qui dit « femme au foyer » ne dit pas femme cloîtrée, privée de toute vie sociale : dans d’autres versets de ce poème, il montre le rôle social qu’elle tient dans sa ville en participant entre autres à des activités commerciales et à des oeuvres de charité. Grâce à sa liberté de mouvement et à sa disponibilité, elle est un maillon très important du tissu social.
    – Voici quelques autres phrases de la Bible sur la femme : toujours dans le livre des Proverbes, par exemple : « Une femme parfaite est la couronne de son mari. » (Pr 12,4) ; ou encore dans le livre de Ben Sirac : « Heureux celui qui vit avec une femme intelligente. » (Si 25, 8) … « Heureux l’homme qui a une bonne épouse : le nombre de ses jours sera doublé. La femme courageuse fait la joie de son mari : il possèdera le bonheur tout au long de sa vie. » (Si 26,1). « Une lampe qui brille sur le chandelier saint, tel est un beau visage sur un corps bien formé. » (Si 26,17). Et enfin, toujours dans le livre de Ben Sirac : « Pour qui prend femme, c’est déjà la fortune : elle est une aide semblable à lui, une colonne où s’appuyer. Faute de clôture, un domaine est livré aux pillards ; faute d’avoir une femme, on erre à l’aventure en gémissant. » (Si 36, 29-30 ). Et que dire du Cantique des Cantiques !

    PSAUME – 127 (128) 1-5 – Psaume des montées
    1 Heureux qui craint le SEIGNEUR
    et marche selon ses voies !
    2 Tu te nourriras du travail de tes mains :
    Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !
    3 Ta femme sera dans ta maison
    comme une vigne généreuse,
    et tes fils, autour de la table,
    comme des plants d’olivier.
    4 Voilà comment sera béni
    l’homme qui craint le SEIGNEUR.
    5 De Sion que le SEIGNEUR te bénisse !
    Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

    DIEU VEUT LE BONHEUR DE L’HOMME
    Ce psaume est l’un des plus courts du psautier. Mais son contenu n’en est pas moins important. Car, après tout, il parle de la seule chose qui compte, le bonheur. On ne dira jamais assez que Dieu nous a créés pour nous rendre heureux ; cette évidence parcourt toute la Bible, ce qui était une audace par rapport aux pays voisins.
    Moïse déjà l’avait compris, puisque quand il a voulu décider son beau-frère à le suivre pour lui servir de guide dans le désert du Sinaï, il lui a promis « Viens avec nous. pour que nous te rendions heureux, car le SEIGNEUR a promis du bonheur pour Israël. » (Nb 10, 29). Le psaume 34/35 met la même assurance dans la bouche de David : « Le SEIGNEUR a voulu le bonheur de son serviteur. » (Ps 34/35, 27). Mais, si on y réfléchit, c’était déjà vrai pour Abraham : les promesses de Dieu à Abraham représentaient très exactement le bonheur le plus désirable à son époque : une descendance et la prospérité. D’ailleurs, le mot « bénédiction » est bien synonyme de bonheur. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ; » (Gn 12, 3) : cela signifie d’abord que toutes les nations de la terre ne trouveront pas de plus grand souhait à formuler que d’évoquer ta réussite ; elles se diront l’une à l’autre « puisses-tu prospérer comme le grand Abraham » ; plus tard, on comprendra que « toutes les nations de la terre accéderont par toi à la prospérité. » Que peut-on rêver de mieux ? Or c’est Dieu qui lui promet tout cela : dès leur première rencontre, c’est révélateur.
    Et, plus tard, quand on méditera sur les mystères de la Création, on reconnaîtra que Dieu n’a prévu que des choses bonnes : le livre de la Genèse raconte que, quand Dieu, le sixième jour, embrassa du regard l’ensemble de son oeuvre, « il vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1, 31) ; et le mot hébreu, ici, suggère bien une idée de bonheur.
    UNE LOI DICTEE POUR LE BONHEUR DE TOUS
    Au long de l’histoire d’Israël, ce désir de Dieu de voir ses enfants heureux inspire toutes ses paroles et ses initiatives : par exemple il n’y a pas de commandement qui ne soit dicté par ce seul souci. Le livre du Deutéronome qui résume magnifiquement toute la méditation d’Israël sur les fondements de la Loi résonne de recommandations qui n’ont pas d’autre but que de procurer bonheur et longue vie au peuple tout entier : « Garde les lois et les commandements que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi… » (Dt 4, 40) ; ou encore : « Si seulement leur coeur était décidé à … observer tous les jours mes commandements, pour leur bonheur et celui de leurs fils à jamais ! » (Dt 5, 29). Et le fameux texte du « Shema Israël » (la profession de foi) est précédé par ce conseil : « Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre en pratique (les lois et les commandements que je te donne) : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6, 3).
    Notre psaume répond en écho : « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! », craindre le SEIGNEUR, voulant exactement dire « marcher selon ses voies », c’est-à-dire obéir aux commandements qui n’ont été donnés que pour le bonheur de ceux qui les pratiquent.
    Les mots « heureux », « bonheur » « béni » se répètent ; quant aux images, elles évoquent ce que l’on peut rêver de mieux : l’assurance de la subsistance, la paix dans la ville, la paix dans la maison, autour d’une belle famille, et la promesse d’une descendance. « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils ».
    LE BONHEUR AU QUOTIDIEN
    La leçon qui se dégage de tout cela, c’est l’intérêt que Dieu prend à notre vie quotidienne : c’est bien là, dans les réalités très concrètes que se joue notre bonheur. L’Ancien Testament disait déjà très fort que Dieu n’est pas à chercher seulement à l’intérieur des murs de nos églises, mais dans toute notre vie de chaque jour. Il reste que nous sommes libres de nous écarter des chemins du SEIGNEUR, traduisez de transgresser les commandements et du coup de faire notre malheur.
    Ce n’est pas par hasard, peut-être, que notre psaume reprend le vocabulaire et les images du livre de la Genèse. Après la faute, Dieu dit à Adam : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. »… Et à la femme : « C’est dans la peine que tu enfanteras des fils. » Ici, le livre de la Genèse ne fait que constater la spirale du mal qui s’instaure quand on a pris le mauvais chemin ; le jardin de délices s’est transformé en terre de discorde et de malheur. Ce texte du livre de la Genèse sonne comme une mise en garde : au contraire, le psaume qui parle de l’homme fidèle, celui qui craint le SEIGNEUR, lui promet réussite et bonheur familial : « Tu te nourriras du travail de tes mains » et « Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».
    Dans notre première lecture de ce dimanche, le livre des Proverbes dit bien la même chose quand il fait l’éloge de la « femme qui craint le SEIGNEUR », et affirme qu’elle seule est « digne de louange ». En définitive, au long des siècles, notre conception du bonheur peut changer, mais une seule chose compte : ne jamais oublier que le seul but de Dieu est de voir tous ses enfants heureux.
    ——————————–
    Note : Pour la mise en oeuvre liturgique de ce psaume au Temple de Jérusalem, voir le commentaire pour la fête de la Sainte Famille – Année A – tome 1 de « L’INTELLIGENCE DES ECRITURES »

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 5, 1-6
    1 Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur,
    vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre.
    2 Vous savez très bien que le jour du Seigneur
    vient comme un voleur dans la nuit.
    3 Quand les gens diront :
    « Quelle paix ! quelle tranquillité ! »,
    c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux,
    comme les douleurs sur la femme enceinte :
    ils ne pourront pas y échapper.
    4 Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres,
    ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.
    5 En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ;
    nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.
    6 Alors, ne restons pas endormis comme les autres,
    mais soyons vigilants et restons sobres.

    QUAND VIENDRA LE JOUR DU SEIGNEUR ?
    Ce qui était le grand sujet de préoccupation des Thessaloniciens, au moment où Paul leur écrit cette première lettre, c’était la venue du Seigneur, ce qu’ils appelaient le « Jour du Seigneur ». Et ils vivaient dans cette attente, tout comme Paul lui-même vivait tendu de tout son être vers ce jour. Car le mot attente est ambigu peut-être pour nous ; il y a des attentes passives ; mais celle de Paul, celle des Thessaloniciens est une attente impatiente, j’aurais envie de dire fervente. On sent bien l’impatience des Chrétiens derrière la phrase de Paul : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin que je vous en parle. » Et, dans sa deuxième lettre à cette communauté, Paul juge utile de préciser : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. » (2 Thes 2, 1). Chaque fois que des soi-disant prophètes parlent de fin du monde, il nous suffira de relire cette mise en garde de Paul. Je note au passage que Paul ne parle pas du « retour » du Seigneur, il parle de sa « venue ». Car il est invisible, oui, mais il n’est pas absent. Ainsi, on ne peut donc pas parler de « retour » comme s’il était absent.
    LE GENRE APOCALYPTIQUE, UN GENRE LITTERAIRE
    Pour en parler, Paul emploie tout un vocabulaire et même un genre littéraire un peu surprenant pour nous, mais très familier à ses lecteurs du premier siècle ; c’est ce qu’on appelle le « genre apocalyptique » (c’est-à-dire de dévoilement de la face cachée des choses) ; quand on parle de « voleur dans la nuit », quand on évoque les « douleurs de la femme enceinte », de « catastrophe qui s’abat sur vous » tout cela sur fond d’opposition entre lumière et ténèbres, vous avez toute chance d’être en présence d’un texte apocalyptique. Jésus a employé des expressions tout à fait semblables parce que ce genre littéraire était florissant à son époque ; une époque où justement, l’attente du Messie et de la venue du Royaume de Dieu était très vive.
    L’objectif de ce genre de discours est double : premièrement, conforter la foi des lecteurs pour que rien ne les décourage, quelle que soit la longueur de l’attente ; deuxièmement, les encourager à avoir de l’audace dans le témoignage de leur foi à la face du monde, quelle que soit la dureté du temps présent, et même en cas de persécution.
    Mais pourquoi personne ne peut-il connaître à l’avance le moment de la venue du Seigneur ? Il y a au moins deux raisons :
    Première raison, le temps appartient à Dieu : le prophète Daniel disait « Que le nom de Dieu soit béni, depuis toujours et à jamais ! Car la sagesse et la puissance lui appartiennent. C’est lui qui fait alterner les temps et les moments. » (Daniel 2, 21). Et Jésus lui-même reconnaissait ne pas le savoir : « Ce jour et cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. » (Mt 24, 36). Soit dit en passant, Jésus nous donne là une formidable leçon d’humilité : il accepte de ne pas savoir… il fait confiance à son Père ; même à l’heure extrême, celle de Gethsémani, alors que le combat entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et la haine est à son paroxysme, il fait confiance.
    LE DELAI DEPEND DE NOUS
    Deuxième raison, Saint Pierre dit que ce temps dépend aussi de nous : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. (2 Pi 3, 8-9). Et un peu plus bas, il ajoute « Vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu… »
    Voilà de quoi nous renvoyer à nos responsabilités : mystérieusement, nous collaborons à la venue du Jour de Dieu ; cela peut paraître audacieux ! Mais c’est pourtant ce que nous disent Paul et Pierre. C’est d’ailleurs cela qui fait la grandeur de nos vies : elles sont la matière première du Royaume. Dieu ne le réalise pas sans nous. Pure coïncidence, peut-être, mais c’est justement après cette deuxième lecture que nous allons entendre la parabole des Talents qui nous parlera de la confiance que Dieu nous fait pour bâtir son Royaume !
    Jésus l’avait bien dit à ses disciples qui lui posaient la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » Il leur avait répondu : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une force, quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins… » (Ac 1,6-7). Ce qui était une manière de leur dire leur responsabilité, mais également de bien situer leur action dans celle de l’Esprit. Comme dit la quatrième Prière Eucharistique, « L’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification ».
    Nous n’avons donc pas à nous soucier des temps et des moments, comme dit Jésus, ou des délais et des dates, comme dit Paul, il nous suffit d’essayer concrètement de faire avancer le Royaume, sûrs que nous avons reçu l’Esprit pour cela.
    Je reviens sur l’expression « fils de la lumière » : « Vous frères… vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour … », nous dit Paul. Le jour du Seigneur, ce sera quand l’humanité tout entière sera fille de lumière.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 25, 14-30
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    14 « C’est comme un homme qui partait en voyage :
    il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
    15 À l’un il remit une somme de cinq talents,
    à un autre deux talents,
    au troisième un seul talent,
    à chacun selon ses capacités.
    Puis il partit.
    16 Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents
    s’en alla pour les faire valoir
    et en gagna cinq autres.
    17 De même, celui qui avait reçu deux talents
    en gagna deux autres.
    18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un
    alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
    19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint
    et il leur demanda des comptes.
    20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha,
    présenta cinq autres talents
    et dit :
    ‘Seigneur,
    tu m’as confié cinq talents ;
    voilà, j’en ai gagné cinq autres.’
    21 Son maître lui déclara :
    ‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
    tu as été fidèle pour peu de choses,
    je t’en confierai beaucoup ;
    entre dans la joie de ton seigneur.’
    22 Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi
    et dit :
    ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ;
    voilà, j’en ai gagné deux autres.’
    23 Son maître lui déclara :
    ‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
    tu as été fidèle pour peu de choses,
    je t’en confierai beaucoup ;
    entre dans la joie de ton seigneur.’
    24 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi
    et dit :
    ‘Seigneur,
    je savais que tu es un homme dur :
    tu moissonnes là où tu n’as pas semé,
    tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
    25 J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre.
    Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
    26 Son maître lui répliqua :
    ‘Serviteur mauvais et paresseux,
    tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé,
    que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
    27 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ;
    et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
    28 Enlevez-lui donc son talent
    et donnez-le à celui qui en a dix.
    29 À celui qui a, on donnera encore,
    et il sera dans l’abondance ;
    mais celui qui n’a rien
    se verra enlever même ce qu’il a.
    30 Quant à ce serviteur bon à rien,
    jetez-le dans les ténèbres extérieures ;
    là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

    UNE AFFAIRE DE CONFIANCE
    Il est intéressant de noter combien de fois revient le mot « confier » dans ce texte : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens »… et à son retour, au moment des comptes, les deux premiers serviteurs lui disent « tu m’as confié cinq talents, (deux talents)… J’en ai gagné autant.. » et le maître leur répond « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ».
    Quant au troisième serviteur, le maître lui avait fait confiance, à lui aussi, mais lui, en retour, il a eu peur de ce maître ; tout se joue sur ce malentendu, la confiance d’un côté, la méfiance, de l’autre.
    Les trois serviteurs ont été traités de la même façon par le maître, « chacun selon ses capacités », et le maître ne demande qu’à faire confiance encore plus.
    C’est certainement la première leçon de cette parabole ! Dieu nous fait confiance ; il nous associe à ses affaires, c’est-à-dire à son Royaume, chacun selon nos capacités ; cette expression « chacun selon ses capacités » est là pour nous rassurer. Il ne s’agit pas de nous culpabiliser de ce que nous n’avons pas su faire ; d’ailleurs, le maître n’entre pas dans le détail des comptes avec les deux premiers ; il constate qu’ils sont entrés dans son projet qui est la marche de ses affaires, et c’est de cela qu’il les félicite. C’est la seule chose qui nous est demandée, faire notre petit possible pour le Royaume.
    SAVOIR PRENDRE DES INITIATIVES
    Cette confiance va loin : le maître attend que ses serviteurs prennent des initiatives, des risques même, pendant son absence. C’est bien ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs : s’ils ont pu doubler la somme, c’est qu’ils ont osé risquer de perdre. Tandis que le troisième ne risquait pas de perdre quoi que ce soit ; c’est lui qui a été prudent, pas les autres ; et ce sont les autres qui sont félicités.
    Félicités et encouragés à continuer : le même schéma se répète deux fois ; le maître confie, le serviteur en rendant ses comptes dit « tu m’as confié, voilà ce que j’ai fait » ; le maître félicite et dit « je t’en confierai encore » : on pourrait appeler cela « la spirale de la confiance ».
    Reste une phrase très difficile dans ce texte : « A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a ». On en trouve une autre presque équivalente dans le livre des Proverbes : « Si tu donnes au sage, il devient plus sage, si tu instruis le juste, il progresse encore. » (Pr 9, 9). Prenons une comparaison : quand on a choisi la bonne direction, chaque minute, chaque pas nous rapproche du but ; mais quand on tourne le dos au but du voyage, chaque minute qui passe, chaque pas nous éloigne encore du but.
    LE TALENT QUI NOUS EST CONFIE, C’EST LE PROJET DE DIEU
    Mais revenons aux deux premiers serviteurs puisque ce sont eux qui nous sont donnés en exemple : ils ont cru à la confiance qui leur était faite, et qui était énorme, puisque cinq talents, ou deux (ou même seulement un talent), ce sont des sommes absolument considérables et ils ont osé prendre des initiatives qui étaient risquées. Au moment où Jésus s’apprête à affronter la mort (puisque nous sommes à la fin de l’évangile de Matthieu, juste avant les Rameaux et la Passion) et à confier l’Eglise à ses disciples, la leçon est claire : même si son retour se fait attendre, les disciples de tous les temps auront à gérer le trésor du projet de Dieu : il faudra savoir prendre des initiatives pour faire grandir son Royaume.
    —————————
    Compléments
    Comme il le dit dans l’évangile de Jean : « Je vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16). Et nous n’avons pas à avoir peur car « de crainte, il n’y en a pas dans l’amour. » (1 Jn 4, 18).
    Face à cette confiance du maître, il y a deux attitudes : la première consiste à reconnaître la confiance qui est faite et s’employer à la mériter. C’est l’attitude des deux premiers. Le troisième serviteur adopte l’attitude inverse : le maître confie, mais le serviteur ne voit pas que c’est de la confiance ; il ne l’interprète pas comme cela puisqu’il a peur de ce maître qu’il considère comme exigeant. Il croit avoir tout compris, il a jaugé son patron et décidé qu’il ne méritait pas d’être servi. Or la méfiance de ce troisième serviteur est d’autant plus injuste que le maître a bien pris soin de proportionner l’effort demandé à chacun « selon ses capacités ». Et il rêvait de pouvoir dire à chacun : « Entre dans la joie de ton maître ».


  • Commentaires du dimanche 19 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 19 novembre 2017
    33éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre des proverbes 31, 10-31
    10 Une femme parfaite, qui la trouvera ?
    Elle est précieuse plus que les perles !
    11 Son mari peut lui faire confiance :
    il ne manquera pas de ressources.
    12 Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine,
    tous les jours de sa vie.
    13 Elle sait choisir la laine et le lin,
    et ses mains travaillent volontiers.
    19 Elle tend la main vers la quenouille,
    ses doigts dirigent le fuseau.
    20 Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre,
    elle tend la main aux malheureux.
    30 Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ;
    seule, la femme qui craint le SEIGNEUR
    mérite la louange.
    31 Célébrez-la pour les fruits de son travail :
    et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

    LE PORTRAIT DE LA FEMME IDEALE
    Chose étonnante, ce que nous venons d’entendre, ce sont les derniers mots du livre des Proverbes : or c’est un éloge de la femme. Voilà qui prouve que les auteurs bibliques ne sont pas misogynes ! Et pourtant, nous n’avons eu qu’un extrait de ce long poème qui termine le livre ; si vous avez la curiosité de lire le texte en entier, c’est-à-dire l’intégralité des versets 10 à 31 du dernier chapitre des Proverbes, vous verrez que c’est en quelque sorte le portrait de la femme idéale ; l’expression « femme parfaite » du premier verset veut dire : celle qu’un homme doit épouser s’il veut être heureux. Or qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Rien justement : elle est travailleuse, elle est fidèle et consacrée à son mari et à sa maison, sans oublier de tendre la main aux pauvres et aux malheureux ; c’est tout, mais voilà des valeurs sûres, nous dit l’auteur, le secret du bonheur. Il n’emploie pas l’expression « secret du bonheur », il appelle cela sagesse, mais c’est la même chose.
    Et vous savez qu’en Israël, on est bien convaincu d’une chose : le secret du bonheur, Dieu seul peut nous l’enseigner, mais c’est fait de choses humbles et modestes de notre vie de tous les jours. Vous connaissez la célèbre phrase qui est dans ce même livre des Proverbes : « La crainte du SEIGNEUR est le commencement de la sagesse. » (Pr 9, 10). (La crainte au sens d’amour et de fidélité, tout simplement).
    Il est intéressant de voir que le livre des Proverbes commence par neuf chapitres qui sont une invitation à cultiver cette vertu de la sagesse qui est l’art de diriger sa vie ; et, à l’autre extrémité de ce livre, se trouve ce poème à la gloire de la femme idéale : celle qui dirige bien sa vie, précisément. La leçon, c’est qu’une telle femme donne à son entourage la seule chose dont Dieu rêve pour l’humanité, à savoir le bonheur.
    Alors, ce n’est pas un hasard, bien sûr, si ce poème se présente de manière particulière : car si vous vous reportez à ce passage dans votre Bible, vous verrez que ce poème est alphabétique ; nous avons déjà rencontré des psaumes alphabétiques ; c’est un procédé habituel : chaque verset commence par une lettre de l’alphabet dans l’ordre ; (en littérature, on appelle cela un acrostiche) ; mais il ne s’agit pas de technique, pas plus que dans les psaumes, il s’agit d’une affirmation de la foi ; la femme idéale, c’est celle qui s’est laissé imprégner par la sagesse de Dieu, elle est un reflet de la sagesse de Dieu ; et donc elle a tout compris, de A à Z.
    LA BIBLE ET LES FEMMES
    Le livre des Proverbes n’est pas le seul à tenir ce genre de discours très positif sur la gent féminine ; on pourrait citer des quantités d’autres phrases de la Bible qui font l’éloge des femmes, du moins de certaines. Il ne faut pas oublier que la Bible a, dès le début, une conception de la femme tout à fait originale ; à Babylone, par exemple, on pensait que la femme a été créée après l’homme (sous-entendu l’homme a pu fort bien se passer de femme) ; au contraire, le poème de la création (le premier chapitre de la Genèse) qui a été rédigé par les prêtres pendant l’Exil à Babylone, justement, affirme clairement : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). (C’est-à-dire dès le début).
    Et le deuxième récit de la création dans la Genèse, et qui est plus ancien, raconte de manière très imagée la création de la femme aussitôt après l’homme ; il la décrit soigneusement comme une égale, puisqu’elle est de la même nature que lui « os de ses os, chair de sa chair » (Gn 2, 18-24). Ils sont tellement égaux d’ailleurs, qu’ils portent le même nom : homme et femme, en français, ne sont pas de la même racine : mais, en hébreu, ils se disent ish au masculin, ishshah au féminin ; ce qui dit bien à la fois la similitude des deux et la particularité de chacun.
    Et le texte va plus loin, puisqu’il précise bien que la femme est un cadeau fait à l’homme pour son bonheur : « Le SEIGNEUR Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul (entendez il n’est pas heureux pour l’homme d’être seul), je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; et le texte hébreu précise « qui soit pour lui comme son vis-à-vis » (Gn 2, 18) ; un vis-à-vis, c’est-à-dire un égal avec lequel on puisse dialoguer, dans un véritable face-à-face avec tout ce que cela comporte de révélation mutuelle, et de découverte de chacun dans le regard de l’autre.
    La suite du texte biblique raconte la déchirure qui s’est introduite peu à peu dans des relations qui auraient dû être faites de confiance et de dialogue : le soupçon s’est installé entre l’humanité et son créateur ; et des relations faussées se sont peu à peu elles aussi instaurées entre l’homme et la femme : désormais tout repose non sur le dialogue, mais sur le pouvoir : qui se fait séduction d’un côté, domination de l’autre ; « Ton désir te portera vers l’homme, dit Dieu, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3,16). Et quand le théologien biblique écrit ce texte vers l’an 1000 av.J.C., il y a des milliers d’années que l’expérience quotidienne vérifie cette analyse.
    L’ALLIANCE DU COUPLE, IMAGE DE L’ALLIANCE DE DIEU
    Et voilà que notre livre des Proverbes se prend de nouveau à rêver du couple idéal : ici l’homme peut se reposer entièrement sur sa compagne « son mari peut lui faire confiance… Elle fait son bonheur »… (v. 11… 12). L’auteur a même eu l’idée, l’audace devrais-je dire, de penser que le couple humain était lié par une véritable Alliance semblable à celle qui unit Dieu à Israël. Dans un autre passage du livre des Proverbes, on peut lire que rompre l’union conjugale c’est rompre du même coup l’Alliance avec Dieu (2, 17).
    Je reviens à notre texte d’aujourd’hui : dans la conclusion de son livre, en somme, l’auteur veut mettre en valeur deux choses qui sont un peu les deux béatitudes de la femme : première béatitude « Heureuse es-tu, toi qui crains le SEIGNEUR » (traduisez « toi qui aimes le SEIGNEUR ») ; deuxième béatitude « Heureuse es-tu : avec tout ce travail humble, tu crées du bonheur ».
    ——————————-
    Compléments
    – Encore une remarque sur ce texte, mais cette fois, de vocabulaire : dans notre traduction liturgique, l’avant-dernier verset dit : « seule, la femme qui craint le SEIGNEUR est digne de louange. » Nous retrouvons ce mot de « crainte » du SEIGNEUR que nous avons appris à lire de manière positive comme un amour filial.
    – Ce qui est étonnant, finalement, c’est que cette femme, présentée par le livre des Proverbes, ne fait rien d’extraordinaire ! Ses activités, telles qu’elles nous sont décrites ici, ressemblent à l’idée que nous nous faisons de la femme au foyer ; et on sait bien que ce n’est pas ce qui attire le plus en ce moment ; mais replaçons-nous dans le contexte historique : l’auteur ne prend pas parti pour ou contre la femme au foyer ; et d’ailleurs, qui dit « femme au foyer » ne dit pas femme cloîtrée, privée de toute vie sociale : dans d’autres versets de ce poème, il montre le rôle social qu’elle tient dans sa ville en participant entre autres à des activités commerciales et à des oeuvres de charité. Grâce à sa liberté de mouvement et à sa disponibilité, elle est un maillon très important du tissu social.
    – Voici quelques autres phrases de la Bible sur la femme : toujours dans le livre des Proverbes, par exemple : « Une femme parfaite est la couronne de son mari. » (Pr 12,4) ; ou encore dans le livre de Ben Sirac : « Heureux celui qui vit avec une femme intelligente. » (Si 25, 8) … « Heureux l’homme qui a une bonne épouse : le nombre de ses jours sera doublé. La femme courageuse fait la joie de son mari : il possèdera le bonheur tout au long de sa vie. » (Si 26,1). « Une lampe qui brille sur le chandelier saint, tel est un beau visage sur un corps bien formé. » (Si 26,17). Et enfin, toujours dans le livre de Ben Sirac : « Pour qui prend femme, c’est déjà la fortune : elle est une aide semblable à lui, une colonne où s’appuyer. Faute de clôture, un domaine est livré aux pillards ; faute d’avoir une femme, on erre à l’aventure en gémissant. » (Si 36, 29-30 ). Et que dire du Cantique des Cantiques !

    PSAUME – 127 (128) 1-5 – Psaume des montées
    1 Heureux qui craint le SEIGNEUR
    et marche selon ses voies !
    2 Tu te nourriras du travail de tes mains :
    Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !
    3 Ta femme sera dans ta maison
    comme une vigne généreuse,
    et tes fils, autour de la table,
    comme des plants d’olivier.
    4 Voilà comment sera béni
    l’homme qui craint le SEIGNEUR.
    5 De Sion que le SEIGNEUR te bénisse !
    Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

    DIEU VEUT LE BONHEUR DE L’HOMME
    Ce psaume est l’un des plus courts du psautier. Mais son contenu n’en est pas moins important. Car, après tout, il parle de la seule chose qui compte, le bonheur. On ne dira jamais assez que Dieu nous a créés pour nous rendre heureux ; cette évidence parcourt toute la Bible, ce qui était une audace par rapport aux pays voisins.
    Moïse déjà l’avait compris, puisque quand il a voulu décider son beau-frère à le suivre pour lui servir de guide dans le désert du Sinaï, il lui a promis « Viens avec nous. pour que nous te rendions heureux, car le SEIGNEUR a promis du bonheur pour Israël. » (Nb 10, 29). Le psaume 34/35 met la même assurance dans la bouche de David : « Le SEIGNEUR a voulu le bonheur de son serviteur. » (Ps 34/35, 27). Mais, si on y réfléchit, c’était déjà vrai pour Abraham : les promesses de Dieu à Abraham représentaient très exactement le bonheur le plus désirable à son époque : une descendance et la prospérité. D’ailleurs, le mot « bénédiction » est bien synonyme de bonheur. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ; » (Gn 12, 3) : cela signifie d’abord que toutes les nations de la terre ne trouveront pas de plus grand souhait à formuler que d’évoquer ta réussite ; elles se diront l’une à l’autre « puisses-tu prospérer comme le grand Abraham » ; plus tard, on comprendra que « toutes les nations de la terre accéderont par toi à la prospérité. » Que peut-on rêver de mieux ? Or c’est Dieu qui lui promet tout cela : dès leur première rencontre, c’est révélateur.
    Et, plus tard, quand on méditera sur les mystères de la Création, on reconnaîtra que Dieu n’a prévu que des choses bonnes : le livre de la Genèse raconte que, quand Dieu, le sixième jour, embrassa du regard l’ensemble de son oeuvre, « il vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1, 31) ; et le mot hébreu, ici, suggère bien une idée de bonheur.
    UNE LOI DICTEE POUR LE BONHEUR DE TOUS
    Au long de l’histoire d’Israël, ce désir de Dieu de voir ses enfants heureux inspire toutes ses paroles et ses initiatives : par exemple il n’y a pas de commandement qui ne soit dicté par ce seul souci. Le livre du Deutéronome qui résume magnifiquement toute la méditation d’Israël sur les fondements de la Loi résonne de recommandations qui n’ont pas d’autre but que de procurer bonheur et longue vie au peuple tout entier : « Garde les lois et les commandements que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi… » (Dt 4, 40) ; ou encore : « Si seulement leur coeur était décidé à … observer tous les jours mes commandements, pour leur bonheur et celui de leurs fils à jamais ! » (Dt 5, 29). Et le fameux texte du « Shema Israël » (la profession de foi) est précédé par ce conseil : « Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre en pratique (les lois et les commandements que je te donne) : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6, 3).
    Notre psaume répond en écho : « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! », craindre le SEIGNEUR, voulant exactement dire « marcher selon ses voies », c’est-à-dire obéir aux commandements qui n’ont été donnés que pour le bonheur de ceux qui les pratiquent.
    Les mots « heureux », « bonheur » « béni » se répètent ; quant aux images, elles évoquent ce que l’on peut rêver de mieux : l’assurance de la subsistance, la paix dans la ville, la paix dans la maison, autour d’une belle famille, et la promesse d’une descendance. « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils ».
    LE BONHEUR AU QUOTIDIEN
    La leçon qui se dégage de tout cela, c’est l’intérêt que Dieu prend à notre vie quotidienne : c’est bien là, dans les réalités très concrètes que se joue notre bonheur. L’Ancien Testament disait déjà très fort que Dieu n’est pas à chercher seulement à l’intérieur des murs de nos églises, mais dans toute notre vie de chaque jour. Il reste que nous sommes libres de nous écarter des chemins du SEIGNEUR, traduisez de transgresser les commandements et du coup de faire notre malheur.
    Ce n’est pas par hasard, peut-être, que notre psaume reprend le vocabulaire et les images du livre de la Genèse. Après la faute, Dieu dit à Adam : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. »… Et à la femme : « C’est dans la peine que tu enfanteras des fils. » Ici, le livre de la Genèse ne fait que constater la spirale du mal qui s’instaure quand on a pris le mauvais chemin ; le jardin de délices s’est transformé en terre de discorde et de malheur. Ce texte du livre de la Genèse sonne comme une mise en garde : au contraire, le psaume qui parle de l’homme fidèle, celui qui craint le SEIGNEUR, lui promet réussite et bonheur familial : « Tu te nourriras du travail de tes mains » et « Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».
    Dans notre première lecture de ce dimanche, le livre des Proverbes dit bien la même chose quand il fait l’éloge de la « femme qui craint le SEIGNEUR », et affirme qu’elle seule est « digne de louange ». En définitive, au long des siècles, notre conception du bonheur peut changer, mais une seule chose compte : ne jamais oublier que le seul but de Dieu est de voir tous ses enfants heureux.
    ——————————–
    Note : Pour la mise en oeuvre liturgique de ce psaume au Temple de Jérusalem, voir le commentaire pour la fête de la Sainte Famille – Année A – tome 1 de « L’INTELLIGENCE DES ECRITURES »

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 5, 1-6
    1 Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur,
    vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre.
    2 Vous savez très bien que le jour du Seigneur
    vient comme un voleur dans la nuit.
    3 Quand les gens diront :
    « Quelle paix ! quelle tranquillité ! »,
    c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux,
    comme les douleurs sur la femme enceinte :
    ils ne pourront pas y échapper.
    4 Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres,
    ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.
    5 En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ;
    nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.
    6 Alors, ne restons pas endormis comme les autres,
    mais soyons vigilants et restons sobres.

    QUAND VIENDRA LE JOUR DU SEIGNEUR ?
    Ce qui était le grand sujet de préoccupation des Thessaloniciens, au moment où Paul leur écrit cette première lettre, c’était la venue du Seigneur, ce qu’ils appelaient le « Jour du Seigneur ». Et ils vivaient dans cette attente, tout comme Paul lui-même vivait tendu de tout son être vers ce jour. Car le mot attente est ambigu peut-être pour nous ; il y a des attentes passives ; mais celle de Paul, celle des Thessaloniciens est une attente impatiente, j’aurais envie de dire fervente. On sent bien l’impatience des Chrétiens derrière la phrase de Paul : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin que je vous en parle. » Et, dans sa deuxième lettre à cette communauté, Paul juge utile de préciser : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. » (2 Thes 2, 1). Chaque fois que des soi-disant prophètes parlent de fin du monde, il nous suffira de relire cette mise en garde de Paul. Je note au passage que Paul ne parle pas du « retour » du Seigneur, il parle de sa « venue ». Car il est invisible, oui, mais il n’est pas absent. Ainsi, on ne peut donc pas parler de « retour » comme s’il était absent.
    LE GENRE APOCALYPTIQUE, UN GENRE LITTERAIRE
    Pour en parler, Paul emploie tout un vocabulaire et même un genre littéraire un peu surprenant pour nous, mais très familier à ses lecteurs du premier siècle ; c’est ce qu’on appelle le « genre apocalyptique » (c’est-à-dire de dévoilement de la face cachée des choses) ; quand on parle de « voleur dans la nuit », quand on évoque les « douleurs de la femme enceinte », de « catastrophe qui s’abat sur vous » tout cela sur fond d’opposition entre lumière et ténèbres, vous avez toute chance d’être en présence d’un texte apocalyptique. Jésus a employé des expressions tout à fait semblables parce que ce genre littéraire était florissant à son époque ; une époque où justement, l’attente du Messie et de la venue du Royaume de Dieu était très vive.
    L’objectif de ce genre de discours est double : premièrement, conforter la foi des lecteurs pour que rien ne les décourage, quelle que soit la longueur de l’attente ; deuxièmement, les encourager à avoir de l’audace dans le témoignage de leur foi à la face du monde, quelle que soit la dureté du temps présent, et même en cas de persécution.
    Mais pourquoi personne ne peut-il connaître à l’avance le moment de la venue du Seigneur ? Il y a au moins deux raisons :
    Première raison, le temps appartient à Dieu : le prophète Daniel disait « Que le nom de Dieu soit béni, depuis toujours et à jamais ! Car la sagesse et la puissance lui appartiennent. C’est lui qui fait alterner les temps et les moments. » (Daniel 2, 21). Et Jésus lui-même reconnaissait ne pas le savoir : « Ce jour et cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. » (Mt 24, 36). Soit dit en passant, Jésus nous donne là une formidable leçon d’humilité : il accepte de ne pas savoir… il fait confiance à son Père ; même à l’heure extrême, celle de Gethsémani, alors que le combat entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et la haine est à son paroxysme, il fait confiance.
    LE DELAI DEPEND DE NOUS
    Deuxième raison, Saint Pierre dit que ce temps dépend aussi de nous : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. (2 Pi 3, 8-9). Et un peu plus bas, il ajoute « Vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu… »
    Voilà de quoi nous renvoyer à nos responsabilités : mystérieusement, nous collaborons à la venue du Jour de Dieu ; cela peut paraître audacieux ! Mais c’est pourtant ce que nous disent Paul et Pierre. C’est d’ailleurs cela qui fait la grandeur de nos vies : elles sont la matière première du Royaume. Dieu ne le réalise pas sans nous. Pure coïncidence, peut-être, mais c’est justement après cette deuxième lecture que nous allons entendre la parabole des Talents qui nous parlera de la confiance que Dieu nous fait pour bâtir son Royaume !
    Jésus l’avait bien dit à ses disciples qui lui posaient la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » Il leur avait répondu : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une force, quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins… » (Ac 1,6-7). Ce qui était une manière de leur dire leur responsabilité, mais également de bien situer leur action dans celle de l’Esprit. Comme dit la quatrième Prière Eucharistique, « L’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification ».
    Nous n’avons donc pas à nous soucier des temps et des moments, comme dit Jésus, ou des délais et des dates, comme dit Paul, il nous suffit d’essayer concrètement de faire avancer le Royaume, sûrs que nous avons reçu l’Esprit pour cela.
    Je reviens sur l’expression « fils de la lumière » : « Vous frères… vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour … », nous dit Paul. Le jour du Seigneur, ce sera quand l’humanité tout entière sera fille de lumière.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 25, 14-30
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    14 « C’est comme un homme qui partait en voyage :
    il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
    15 À l’un il remit une somme de cinq talents,
    à un autre deux talents,
    au troisième un seul talent,
    à chacun selon ses capacités.
    Puis il partit.
    16 Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents
    s’en alla pour les faire valoir
    et en gagna cinq autres.
    17 De même, celui qui avait reçu deux talents
    en gagna deux autres.
    18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un
    alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
    19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint
    et il leur demanda des comptes.
    20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha,
    présenta cinq autres talents
    et dit :
    ‘Seigneur,
    tu m’as confié cinq talents ;
    voilà, j’en ai gagné cinq autres.’
    21 Son maître lui déclara :
    ‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
    tu as été fidèle pour peu de choses,
    je t’en confierai beaucoup ;
    entre dans la joie de ton seigneur.’
    22 Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi
    et dit :
    ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ;
    voilà, j’en ai gagné deux autres.’
    23 Son maître lui déclara :
    ‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
    tu as été fidèle pour peu de choses,
    je t’en confierai beaucoup ;
    entre dans la joie de ton seigneur.’
    24 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi
    et dit :
    ‘Seigneur,
    je savais que tu es un homme dur :
    tu moissonnes là où tu n’as pas semé,
    tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
    25 J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre.
    Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
    26 Son maître lui répliqua :
    ‘Serviteur mauvais et paresseux,
    tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé,
    que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
    27 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ;
    et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
    28 Enlevez-lui donc son talent
    et donnez-le à celui qui en a dix.
    29 À celui qui a, on donnera encore,
    et il sera dans l’abondance ;
    mais celui qui n’a rien
    se verra enlever même ce qu’il a.
    30 Quant à ce serviteur bon à rien,
    jetez-le dans les ténèbres extérieures ;
    là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

    UNE AFFAIRE DE CONFIANCE
    Il est intéressant de noter combien de fois revient le mot « confier » dans ce texte : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens »… et à son retour, au moment des comptes, les deux premiers serviteurs lui disent « tu m’as confié cinq talents, (deux talents)… J’en ai gagné autant.. » et le maître leur répond « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ».
    Quant au troisième serviteur, le maître lui avait fait confiance, à lui aussi, mais lui, en retour, il a eu peur de ce maître ; tout se joue sur ce malentendu, la confiance d’un côté, la méfiance, de l’autre.
    Les trois serviteurs ont été traités de la même façon par le maître, « chacun selon ses capacités », et le maître ne demande qu’à faire confiance encore plus.
    C’est certainement la première leçon de cette parabole ! Dieu nous fait confiance ; il nous associe à ses affaires, c’est-à-dire à son Royaume, chacun selon nos capacités ; cette expression « chacun selon ses capacités » est là pour nous rassurer. Il ne s’agit pas de nous culpabiliser de ce que nous n’avons pas su faire ; d’ailleurs, le maître n’entre pas dans le détail des comptes avec les deux premiers ; il constate qu’ils sont entrés dans son projet qui est la marche de ses affaires, et c’est de cela qu’il les félicite. C’est la seule chose qui nous est demandée, faire notre petit possible pour le Royaume.
    SAVOIR PRENDRE DES INITIATIVES
    Cette confiance va loin : le maître attend que ses serviteurs prennent des initiatives, des risques même, pendant son absence. C’est bien ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs : s’ils ont pu doubler la somme, c’est qu’ils ont osé risquer de perdre. Tandis que le troisième ne risquait pas de perdre quoi que ce soit ; c’est lui qui a été prudent, pas les autres ; et ce sont les autres qui sont félicités.
    Félicités et encouragés à continuer : le même schéma se répète deux fois ; le maître confie, le serviteur en rendant ses comptes dit « tu m’as confié, voilà ce que j’ai fait » ; le maître félicite et dit « je t’en confierai encore » : on pourrait appeler cela « la spirale de la confiance ».
    Reste une phrase très difficile dans ce texte : « A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a ». On en trouve une autre presque équivalente dans le livre des Proverbes : « Si tu donnes au sage, il devient plus sage, si tu instruis le juste, il progresse encore. » (Pr 9, 9). Prenons une comparaison : quand on a choisi la bonne direction, chaque minute, chaque pas nous rapproche du but ; mais quand on tourne le dos au but du voyage, chaque minute qui passe, chaque pas nous éloigne encore du but.
    LE TALENT QUI NOUS EST CONFIE, C’EST LE PROJET DE DIEU
    Mais revenons aux deux premiers serviteurs puisque ce sont eux qui nous sont donnés en exemple : ils ont cru à la confiance qui leur était faite, et qui était énorme, puisque cinq talents, ou deux (ou même seulement un talent), ce sont des sommes absolument considérables et ils ont osé prendre des initiatives qui étaient risquées. Au moment où Jésus s’apprête à affronter la mort (puisque nous sommes à la fin de l’évangile de Matthieu, juste avant les Rameaux et la Passion) et à confier l’Eglise à ses disciples, la leçon est claire : même si son retour se fait attendre, les disciples de tous les temps auront à gérer le trésor du projet de Dieu : il faudra savoir prendre des initiatives pour faire grandir son Royaume.
    —————————
    Compléments
    Comme il le dit dans l’évangile de Jean : « Je vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16). Et nous n’avons pas à avoir peur car « de crainte, il n’y en a pas dans l’amour. » (1 Jn 4, 18).
    Face à cette confiance du maître, il y a deux attitudes : la première consiste à reconnaître la confiance qui est faite et s’employer à la mériter. C’est l’attitude des deux premiers. Le troisième serviteur adopte l’attitude inverse : le maître confie, mais le serviteur ne voit pas que c’est de la confiance ; il ne l’interprète pas comme cela puisqu’il a peur de ce maître qu’il considère comme exigeant. Il croit avoir tout compris, il a jaugé son patron et décidé qu’il ne méritait pas d’être servi. Or la méfiance de ce troisième serviteur est d’autant plus injuste que le maître a bien pris soin de proportionner l’effort demandé à chacun « selon ses capacités ». Et il rêvait de pouvoir dire à chacun : « Entre dans la joie de ton maître ».


  • Homélie du dimanche 19 novembre

    Dimanche 19 novembre 2017
    33éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre des Proverbes : 31. 10 à 31: « Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre. »
    Psaume 127 :  » Tu te nourriras du travail de tes mains. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes. 5. 1 à 6 : » Vous êtes tous des fils de la lumière. Nous n’appartenons pas à la nuit. »
    Evangile selon saint Matthieu : 25. 14 à 30 : « Entre dans la joie de ton maître. »
    ***
    LE TEMPS DE L’ABSENCE
    Matthieu et Luc rapportent une parabole semblable. Pour saint Luc, les serviteurs se voient confier des responsabilités plus grandes. (Luc 19. 12 à 27) Saint Matthieu l’envisage comme précédent le Jugement dernier. « Entre dans la joie de ton maître », est-il répété par deux fois.
    La leçon est claire, l’absence du maître représente celle de Dieu durant la vie terrestre. Son retour est à la fin des temps. La question posée alors par saint Matthieu est de savoir ce que les serviteurs ont fait de ce qu’ils ont reçu et de ce temps accordé.
    Le retour du Seigneur est une certitude de la foi. Le temps de l’absence du Seigneur est, en fait, le temps d’une absence apparente et ne peut devenir un temps mort. Il doit être, au contraire, le temps où nous devons développer les dons, « les talents » reçus et qui ne sont pas les nôtres. La liturgie le dit à maintes reprises :« Nous ne pourrons jamais t’offrir que les biens venus de toi ». (1er dimanche de l’Avent)
    UNE REPONSE DURANT L’ATTENTE
    Cette grâce de Dieu ne couvre pas seulement de simples dispositions naturelles à cultiver. C’est déjà beaucoup que de ne pas les gaspiller dans l’égoisme, l’enfermement sur soi-même, le narcissisme, le plaisir, le péché. Ces dons de Dieu sont d’une autre dimension et d’un autre enjeu puisqu’ils sont destinées à épanouir toute notre vie, non seulement humaine et spirituelle, mais aussi surnaturelle. non pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le monde que Dieu nous a confié.
    Les deux premiers serviteurs de la parabole ont mis en valeur les talents en utilisant ce temps de l’absence. Ils les ont augmentés par leurs efforts, leur savoir-faire et leur dévouement à la pensée du maître.
    Ils savaient qui il était et ce qu’il attendait d’eux. Ils l’ont réalisé en toute confiance, à la différence du troisième serviteur.
    UN MAITRE QUI SAIT AIMER
    En recevant cette parabole, nous sommes devant la même question que ces deux serviteurs fidèles : »Qu’attend-il de nous, ce Dieu d’amour et de miséricorde ? » Que faisons-nous de notre vie ?
    L’attitude du troisième serviteur nous donne une réponse particulièrement provoquante. Dieu serait-il pour nous un maître qui nous paralyse de peur ou qui, par son absence apparente, devient étranger aux motivations qui conduisent notre vie ? Ou bien encore, n’avons-nous comme but que d’éviter un châtiment futur en sauvegardant le minimum, sans d’autre souci que de conserver le bien confié et de ne pas nous embarrasser de tout effort qui diminuerait ainsi notre bien-être matériel, et même spirituel. Dieu est-il à ce point si absent de notre vie ? Dieu est-il un adversaire dont nous ne voulons pas dépendre ?
    Par contre si Dieu est tel que nous le révèle Jésus, il est un Père dont l’amour n’a pour dessein que de nous inviter à partager la joie de son Royaume. Il nous invite à mettre en oeuvre toute notre énergie pour déployer, en toute confiance et dans la pleine liberté, les dons qu’il nous a confiés.
    UN DYNAMISME RESPONSABLE
    Cette dépendance que nous vivons par rapport à Dieu n’est pas la soumission passive à une autorité arbitraire. Et c’est là le paradoxe de la foi. Fondée sur l’amour, la dépendance qui est la nôtre vid-à-vis de Dieu, est la condition nécessaire d’une relation vivante. Elle est l’affirmation de notre fidélité en réponse à la fidélité du Seigneur. Le temps que Dieu nous donne est l’espace indispensable pour nous construire dans notre humanité responsable et atteindre la dimension divine qui doit être la nôtre en Jésus-Christ.
    « Nous sommes des fils de Lumière », nous dit saint Paul dans la lecture de ce dimanche (1 Thes. 5. 5) « En Lui était la Vie et la Vie était lumière des hommes. » (Jean 1. 4) A nous qui sommes lumière (Matthieu 5. 14) d’en vivre toute la réalité (Matthieu 6.22) en Jésus-Christ, lumière du monde.
    La femme vaillante, dont la première lecture nous trace le portrait, ne se replie ni sur elle-même ni sur sa vie familiale. Si elle donne le bonheur à son mari, si elle « travaille avec entrain », dans le même temps  » elle ouvre ses doigts en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. » Sa crainte du Seigneur n’est pas faite de peu. Elle est toute imprégnée d’amour.
    Il en est ainsi sur le chemin de la vie que parcourt le croyant. Il prend conscience de son extrême faiblesse d’homme pécheur par rapport à la grandeur infinie de Dieu. Il progresse dans l’accueil de la main que Dieu lui tend par ses frères. Confiant et libéré de sa peur, il trouve « avec entrain » un nouveau dynamisme dans son action. « Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité… » (prière d’ouverture de ce dimanche)
    ***
    Le serviteur qui a enterré son talent, a aussi enterré toute sa joie confiante. Ceux qui ont misé sur la confiance de leur maître, découvrent l’accueil de la joie. « Nous n’appartenons pas à la nuit. Nous sommes des fils de la lumière. »
    Ils ont remis à leur maître ce qu’il leur avait confié et plus encore. A nous de vivre dans la même attitude : « Que l’offrande placée sous ton regard nous obtienne la grâce de vivre pour toi et nous donne l’éternité bienheureuse. » (Prière sur les offrandes de ce dimanche)
     


  • Homélie du dimanche 19 novembre

    Dimanche 19 novembre 2017
    33éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre des Proverbes : 31. 10 à 31: « Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre. »
    Psaume 127 :  » Tu te nourriras du travail de tes mains. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes. 5. 1 à 6 : » Vous êtes tous des fils de la lumière. Nous n’appartenons pas à la nuit. »
    Evangile selon saint Matthieu : 25. 14 à 30 : « Entre dans la joie de ton maître. »
    ***
    LE TEMPS DE L’ABSENCE
    Matthieu et Luc rapportent une parabole semblable. Pour saint Luc, les serviteurs se voient confier des responsabilités plus grandes. (Luc 19. 12 à 27) Saint Matthieu l’envisage comme précédent le Jugement dernier. « Entre dans la joie de ton maître », est-il répété par deux fois.
    La leçon est claire, l’absence du maître représente celle de Dieu durant la vie terrestre. Son retour est à la fin des temps. La question posée alors par saint Matthieu est de savoir ce que les serviteurs ont fait de ce qu’ils ont reçu et de ce temps accordé.
    Le retour du Seigneur est une certitude de la foi. Le temps de l’absence du Seigneur est, en fait, le temps d’une absence apparente et ne peut devenir un temps mort. Il doit être, au contraire, le temps où nous devons développer les dons, « les talents » reçus et qui ne sont pas les nôtres. La liturgie le dit à maintes reprises :« Nous ne pourrons jamais t’offrir que les biens venus de toi ». (1er dimanche de l’Avent)
    UNE REPONSE DURANT L’ATTENTE
    Cette grâce de Dieu ne couvre pas seulement de simples dispositions naturelles à cultiver. C’est déjà beaucoup que de ne pas les gaspiller dans l’égoisme, l’enfermement sur soi-même, le narcissisme, le plaisir, le péché. Ces dons de Dieu sont d’une autre dimension et d’un autre enjeu puisqu’ils sont destinées à épanouir toute notre vie, non seulement humaine et spirituelle, mais aussi surnaturelle. non pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le monde que Dieu nous a confié.
    Les deux premiers serviteurs de la parabole ont mis en valeur les talents en utilisant ce temps de l’absence. Ils les ont augmentés par leurs efforts, leur savoir-faire et leur dévouement à la pensée du maître.
    Ils savaient qui il était et ce qu’il attendait d’eux. Ils l’ont réalisé en toute confiance, à la différence du troisième serviteur.
    UN MAITRE QUI SAIT AIMER
    En recevant cette parabole, nous sommes devant la même question que ces deux serviteurs fidèles : »Qu’attend-il de nous, ce Dieu d’amour et de miséricorde ? » Que faisons-nous de notre vie ?
    L’attitude du troisième serviteur nous donne une réponse particulièrement provoquante. Dieu serait-il pour nous un maître qui nous paralyse de peur ou qui, par son absence apparente, devient étranger aux motivations qui conduisent notre vie ? Ou bien encore, n’avons-nous comme but que d’éviter un châtiment futur en sauvegardant le minimum, sans d’autre souci que de conserver le bien confié et de ne pas nous embarrasser de tout effort qui diminuerait ainsi notre bien-être matériel, et même spirituel. Dieu est-il à ce point si absent de notre vie ? Dieu est-il un adversaire dont nous ne voulons pas dépendre ?
    Par contre si Dieu est tel que nous le révèle Jésus, il est un Père dont l’amour n’a pour dessein que de nous inviter à partager la joie de son Royaume. Il nous invite à mettre en oeuvre toute notre énergie pour déployer, en toute confiance et dans la pleine liberté, les dons qu’il nous a confiés.
    UN DYNAMISME RESPONSABLE
    Cette dépendance que nous vivons par rapport à Dieu n’est pas la soumission passive à une autorité arbitraire. Et c’est là le paradoxe de la foi. Fondée sur l’amour, la dépendance qui est la nôtre vid-à-vis de Dieu, est la condition nécessaire d’une relation vivante. Elle est l’affirmation de notre fidélité en réponse à la fidélité du Seigneur. Le temps que Dieu nous donne est l’espace indispensable pour nous construire dans notre humanité responsable et atteindre la dimension divine qui doit être la nôtre en Jésus-Christ.
    « Nous sommes des fils de Lumière », nous dit saint Paul dans la lecture de ce dimanche (1 Thes. 5. 5) « En Lui était la Vie et la Vie était lumière des hommes. » (Jean 1. 4) A nous qui sommes lumière (Matthieu 5. 14) d’en vivre toute la réalité (Matthieu 6.22) en Jésus-Christ, lumière du monde.
    La femme vaillante, dont la première lecture nous trace le portrait, ne se replie ni sur elle-même ni sur sa vie familiale. Si elle donne le bonheur à son mari, si elle « travaille avec entrain », dans le même temps  » elle ouvre ses doigts en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. » Sa crainte du Seigneur n’est pas faite de peu. Elle est toute imprégnée d’amour.
    Il en est ainsi sur le chemin de la vie que parcourt le croyant. Il prend conscience de son extrême faiblesse d’homme pécheur par rapport à la grandeur infinie de Dieu. Il progresse dans l’accueil de la main que Dieu lui tend par ses frères. Confiant et libéré de sa peur, il trouve « avec entrain » un nouveau dynamisme dans son action. « Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité… » (prière d’ouverture de ce dimanche)
    ***
    Le serviteur qui a enterré son talent, a aussi enterré toute sa joie confiante. Ceux qui ont misé sur la confiance de leur maître, découvrent l’accueil de la joie. « Nous n’appartenons pas à la nuit. Nous sommes des fils de la lumière. »
    Ils ont remis à leur maître ce qu’il leur avait confié et plus encore. A nous de vivre dans la même attitude : « Que l’offrande placée sous ton regard nous obtienne la grâce de vivre pour toi et nous donne l’éternité bienheureuse. » (Prière sur les offrandes de ce dimanche)
     


  • Homélie du dimanche 19 novembre

    Dimanche 19 novembre 2017
    33éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre des Proverbes : 31. 10 à 31: « Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre. »
    Psaume 127 :  » Tu te nourriras du travail de tes mains. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes. 5. 1 à 6 : » Vous êtes tous des fils de la lumière. Nous n’appartenons pas à la nuit. »
    Evangile selon saint Matthieu : 25. 14 à 30 : « Entre dans la joie de ton maître. »
    ***
    LE TEMPS DE L’ABSENCE
    Matthieu et Luc rapportent une parabole semblable. Pour saint Luc, les serviteurs se voient confier des responsabilités plus grandes. (Luc 19. 12 à 27) Saint Matthieu l’envisage comme précédent le Jugement dernier. « Entre dans la joie de ton maître », est-il répété par deux fois.
    La leçon est claire, l’absence du maître représente celle de Dieu durant la vie terrestre. Son retour est à la fin des temps. La question posée alors par saint Matthieu est de savoir ce que les serviteurs ont fait de ce qu’ils ont reçu et de ce temps accordé.
    Le retour du Seigneur est une certitude de la foi. Le temps de l’absence du Seigneur est, en fait, le temps d’une absence apparente et ne peut devenir un temps mort. Il doit être, au contraire, le temps où nous devons développer les dons, « les talents » reçus et qui ne sont pas les nôtres. La liturgie le dit à maintes reprises :« Nous ne pourrons jamais t’offrir que les biens venus de toi ». (1er dimanche de l’Avent)
    UNE REPONSE DURANT L’ATTENTE
    Cette grâce de Dieu ne couvre pas seulement de simples dispositions naturelles à cultiver. C’est déjà beaucoup que de ne pas les gaspiller dans l’égoisme, l’enfermement sur soi-même, le narcissisme, le plaisir, le péché. Ces dons de Dieu sont d’une autre dimension et d’un autre enjeu puisqu’ils sont destinées à épanouir toute notre vie, non seulement humaine et spirituelle, mais aussi surnaturelle. non pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le monde que Dieu nous a confié.
    Les deux premiers serviteurs de la parabole ont mis en valeur les talents en utilisant ce temps de l’absence. Ils les ont augmentés par leurs efforts, leur savoir-faire et leur dévouement à la pensée du maître.
    Ils savaient qui il était et ce qu’il attendait d’eux. Ils l’ont réalisé en toute confiance, à la différence du troisième serviteur.
    UN MAITRE QUI SAIT AIMER
    En recevant cette parabole, nous sommes devant la même question que ces deux serviteurs fidèles : »Qu’attend-il de nous, ce Dieu d’amour et de miséricorde ? » Que faisons-nous de notre vie ?
    L’attitude du troisième serviteur nous donne une réponse particulièrement provoquante. Dieu serait-il pour nous un maître qui nous paralyse de peur ou qui, par son absence apparente, devient étranger aux motivations qui conduisent notre vie ? Ou bien encore, n’avons-nous comme but que d’éviter un châtiment futur en sauvegardant le minimum, sans d’autre souci que de conserver le bien confié et de ne pas nous embarrasser de tout effort qui diminuerait ainsi notre bien-être matériel, et même spirituel. Dieu est-il à ce point si absent de notre vie ? Dieu est-il un adversaire dont nous ne voulons pas dépendre ?
    Par contre si Dieu est tel que nous le révèle Jésus, il est un Père dont l’amour n’a pour dessein que de nous inviter à partager la joie de son Royaume. Il nous invite à mettre en oeuvre toute notre énergie pour déployer, en toute confiance et dans la pleine liberté, les dons qu’il nous a confiés.
    UN DYNAMISME RESPONSABLE
    Cette dépendance que nous vivons par rapport à Dieu n’est pas la soumission passive à une autorité arbitraire. Et c’est là le paradoxe de la foi. Fondée sur l’amour, la dépendance qui est la nôtre vid-à-vis de Dieu, est la condition nécessaire d’une relation vivante. Elle est l’affirmation de notre fidélité en réponse à la fidélité du Seigneur. Le temps que Dieu nous donne est l’espace indispensable pour nous construire dans notre humanité responsable et atteindre la dimension divine qui doit être la nôtre en Jésus-Christ.
    « Nous sommes des fils de Lumière », nous dit saint Paul dans la lecture de ce dimanche (1 Thes. 5. 5) « En Lui était la Vie et la Vie était lumière des hommes. » (Jean 1. 4) A nous qui sommes lumière (Matthieu 5. 14) d’en vivre toute la réalité (Matthieu 6.22) en Jésus-Christ, lumière du monde.
    La femme vaillante, dont la première lecture nous trace le portrait, ne se replie ni sur elle-même ni sur sa vie familiale. Si elle donne le bonheur à son mari, si elle « travaille avec entrain », dans le même temps  » elle ouvre ses doigts en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. » Sa crainte du Seigneur n’est pas faite de peu. Elle est toute imprégnée d’amour.
    Il en est ainsi sur le chemin de la vie que parcourt le croyant. Il prend conscience de son extrême faiblesse d’homme pécheur par rapport à la grandeur infinie de Dieu. Il progresse dans l’accueil de la main que Dieu lui tend par ses frères. Confiant et libéré de sa peur, il trouve « avec entrain » un nouveau dynamisme dans son action. « Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité… » (prière d’ouverture de ce dimanche)
    ***
    Le serviteur qui a enterré son talent, a aussi enterré toute sa joie confiante. Ceux qui ont misé sur la confiance de leur maître, découvrent l’accueil de la joie. « Nous n’appartenons pas à la nuit. Nous sommes des fils de la lumière. »
    Ils ont remis à leur maître ce qu’il leur avait confié et plus encore. A nous de vivre dans la même attitude : « Que l’offrande placée sous ton regard nous obtienne la grâce de vivre pour toi et nous donne l’éternité bienheureuse. » (Prière sur les offrandes de ce dimanche)
     


mercredi 8 novembre 2017

  • L’Assemblée plénière des évêques de France vient de s’achever

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    L’Assemblée plénière des évêques de France s’est tenue à Lourdes du vendredi 3 au mercredi 8 novembre 2017. Cette assemblée a réuni 119 évêques en activité, 17 évêques émérites ainsi que des représentants de Conférences épiscopales étrangères. Étaient aussi présents le nonce apostolique Mgr Luigi Ventura, les responsables de la Conférence des religieux et religieuses en France (CORREF), la présidente du Service des moniales, la Présidente de la Conférence nationale des instituts séculiers de France, les directeurs des Services nationaux de la Conférence des évêques de France. Était aussi invité Monsieur Étienne Lhermenault, président du Conseil national des évangéliques de France.
    Quatre sujets ont plus particulièrement été travaillés par les évêques durant cette assemblée.
    La ratio
    La récente parution de la ratio fundamentalis (règle de fonctionnement des séminaires) invite les évêques de France à travailler à l’élaboration d’une ratio nationalis adaptée à la France. Mgr Jorge Carlos Patron Wong, secrétaire chargé des séminaires pour la congrégation pour le clergé (Vatican) est venu présenter la ratio fundamentalis et ses enjeux. Il a rappelé les défis que posent l’élaboration de la ratio nationalis et notamment : le dialogue et de la nécessaire communion épiscopale, la pastorale des vocations, la formation permanente et les formateurs.
    Réunis en forums, les évêques ont réfléchi aux questions liées à la propédeutique (année de discernement avant le séminaire) et à son caractère obligatoire ; à la pastorale de vocations ; à la communauté formée dans les séminaires et à la formation continue. A l’issue, Mgr Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris, président de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale (CEMOLEME) a présenté les enjeux pour la France de la Ratio nationalis.
    L’Assemblée plénière a confié à Mgr Jérôme Beau, en lien avec le Conseil national des grands séminaires (CNGS), l’élaboration d’un texte de base pour la Ratio nationalis, texte qui sera soumis au vote de l’Assemblée.
    Par ailleurs, prenant acte du caractère obligatoire de l’année de propédeutique pour tous les candidats, l’assemblée a donné mission à la CEMOLEME de lui présenter les modalités de mise en place des propédeutiques.
    Le synode des évêques pour les jeunes, la foi et le discernement vocationnel
    Cette Assemblée plénière a été l’occasion de présenter aux évêques la synthèse des réponses au questionnaire diffusé au premier semestre 2017 en vue de la préparation du synode. Cette synthèse met en relief trois désirs des jeunes aujourd’hui : un désir d’intériorité, un désir d’action et de responsabilité, un désir de vie et de temps communautaires.
    Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins et président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes a présenté les enjeux de la démarche synodale entamée en France.
    Les évêques de France ont élu les quatre évêques délégués et les deux évêques suppléants qui les représenteront au synode. Ces évêques seront ensuite nommés par le Pape.
    L’évolution des structures de la Conférence des évêques de France (CEF)
    Au cours de trois séquences (dont une en forums), les évêques ont réfléchi aux principes directeurs qui peuvent guider une évolution des structures de la CEF.
    Ils ont confié à un groupe ad hoc la charge de travailler à l’évolution des structures de la CEF dans l’esprit de ces principes directeurs. Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF conduira ses travaux.
    Les chrétiens orientaux
    Mgr Yousif Tomas Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanieh est venu présenter aux évêques la situation des chrétiens d’Irak. Il a évoqué l’évolution du monde musulman, et les perspectives et défis de l’après Daech soulignant les dangers des communautarismes.
    Il en appelé encore à l’aide des évêques de France tout en les remerciant de l’aide déjà apportée.
    Mgr Pascal Gollnisch, vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France, Mgr Jean Teyrouz évêque de l’Éparchie de Sainte-Croix de Paris des Arméniens catholiques de France, Mgr  Maroun Nasser Gemayel, évêque de l’Éparchie de Notre-Dame-du-Liban de Paris des Maronites de France et Mgr Borys Gudziak, évêque  de l’Éparchie de Saint-Vladimir-le-Grand pour les Ukrainiens de rite byzantin de France ont présenté aux évêques les communautés catholiques qui leur sont attachées.
    En marge de ces quatre sujets, l’Assemblée plénière à pris quelques décisions et procédé à des votes et élections.
    État généraux de la bioéthique
    L’Assemblée a approuvé la mise en place d’un groupe de travail sous la responsabilité de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes en vue des Etats généraux de la bioéthique.
    Avec Mgr Pierre d’Ornellas travailleront Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges, Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude ainsi que des experts.
    Ce groupe de travail proposera une organisation afin que les catholiques puissent débattre entre eux et que tous puissent être pris en compte et écoutés, sans jugement les uns sur les autres et dans un esprit évangélique.
    Il tâchera d’élaborer une parole réfléchie, argumentée et livrable en temps opportun à l’occasion des débats publics lors des Etats généraux de la bioéthique. Cela permettra aussi aux catholiques d’exercer pleinement leur mission de citoyen en participant au débat pour le bien de tous les français.
    Denier de l’Église
    Cette Assemblée plénière a été l’occasion de dévoiler l’action nationale de communication prévue pour la fin de l’année 2017 telle que les évêques l’avaient décidée lors de l’Assemblée plénière de mars 2017. Cette action, inédite, vise à compléter et soutenir l’action de collecte du Denier des diocèses et des paroisses (en savoir plus).
    Divers
    Par ailleurs, les évêques ont élu Mgr Antoine Hérouard, évêque auxiliaire de Lille, comme leur représentant à la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE).
    L’Assemblée plénière a aussi donné son accord pour l’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Mme Elisabeth de France.
    Elle a a approuvé l’inscription au propre de France de la mémoire obligatoire de Sainte Jeanne Jugan ainsi que la nouvelle traduction du martyrologe romain, la traduction de la préface de la fête de Sainte Marie Madeleine, intégrée dans le missel (22 juillet) et l’érection du sanctuaire de Saint Bonaventure en basilique mineure à Lyon.

           Retrouvez aussi les échos de l’Assemblée plénière sur le site eglise.catholique.fr
     
    « Les clefs de l’Eglise »
    Une présentation des sujets de l’Assemblée plénière par Mgr Olivier Ribadeau Dumas, Secrétaire général de la CEF et Porte-parole

    La présentation de la synthèse du synode par Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux et membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes

    Présentation des enjeux de la réforme des structures de la CEF par Mgr Pierre-Marie Carré, Archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF
    « Nos évêques se confient »
    Les évêques de France se réunissent deux fois par an, en assemblée plénière, à Lourdes, haut-lieu de spiritualité de l’Eglise universelle. Qu’ils aient été consacrés évêques il y a quelques mois ou qu’ils exercent depuis de longues années, ce rendez-vous est un moment incontournable de partage, de réflexion et de prière en commun. Quel regard portent-ils sur l’assemblée plénière ? Réponses en vidéo.
    Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges
    Mgr Philippe Ballot, évêque de Chambéry, Maurienne et Tarentaise
    Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix
    Mgr Georges Soubrier, évêque émérite de Nantes

    Discours de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la CEF
    Discours d’ouverture du vendredi 3 novembre

    Discours de clôture du mercredi 8 novembre
    Les homélies
    Dimanche 5 novembre (messe télévisée) par Mgr Georges Pontier

    Mardi 7 novembre par le cardinal André Vingt-Trois
    Les coulisses de la messe télévisée  
    Voir la vidéo

     


  • L’Assemblée plénière des évêques de France vient de s’achever

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    L’Assemblée plénière des évêques de France s’est tenue à Lourdes du vendredi 3 au mercredi 8 novembre 2017. Cette assemblée a réuni 119 évêques en activité, 17 évêques émérites ainsi que des représentants de Conférences épiscopales étrangères. Étaient aussi présents le nonce apostolique Mgr Luigi Ventura, les responsables de la Conférence des religieux et religieuses en France (CORREF), la présidente du Service des moniales, la Présidente de la Conférence nationale des instituts séculiers de France, les directeurs des Services nationaux de la Conférence des évêques de France. Était aussi invité Monsieur Étienne Lhermenault, président du Conseil national des évangéliques de France.
    Quatre sujets ont plus particulièrement été travaillés par les évêques durant cette assemblée.
    La ratio
    La récente parution de la ratio fundamentalis (règle de fonctionnement des séminaires) invite les évêques de France à travailler à l’élaboration d’une ratio nationalis adaptée à la France. Mgr Jorge Carlos Patron Wong, secrétaire chargé des séminaires pour la congrégation pour le clergé (Vatican) est venu présenter la ratio fundamentalis et ses enjeux. Il a rappelé les défis que posent l’élaboration de la ratio nationalis et notamment : le dialogue et de la nécessaire communion épiscopale, la pastorale des vocations, la formation permanente et les formateurs.
    Réunis en forums, les évêques ont réfléchi aux questions liées à la propédeutique (année de discernement avant le séminaire) et à son caractère obligatoire ; à la pastorale de vocations ; à la communauté formée dans les séminaires et à la formation continue. A l’issue, Mgr Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris, président de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale (CEMOLEME) a présenté les enjeux pour la France de la Ratio nationalis.
    L’Assemblée plénière a confié à Mgr Jérôme Beau, en lien avec le Conseil national des grands séminaires (CNGS), l’élaboration d’un texte de base pour la Ratio nationalis, texte qui sera soumis au vote de l’Assemblée.
    Par ailleurs, prenant acte du caractère obligatoire de l’année de propédeutique pour tous les candidats, l’assemblée a donné mission à la CEMOLEME de lui présenter les modalités de mise en place des propédeutiques.
    Le synode des évêques pour les jeunes, la foi et le discernement vocationnel
    Cette Assemblée plénière a été l’occasion de présenter aux évêques la synthèse des réponses au questionnaire diffusé au premier semestre 2017 en vue de la préparation du synode. Cette synthèse met en relief trois désirs des jeunes aujourd’hui : un désir d’intériorité, un désir d’action et de responsabilité, un désir de vie et de temps communautaires.
    Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins et président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes a présenté les enjeux de la démarche synodale entamée en France.
    Les évêques de France ont élu les quatre évêques délégués et les deux évêques suppléants qui les représenteront au synode. Ces évêques seront ensuite nommés par le Pape.
    L’évolution des structures de la Conférence des évêques de France (CEF)
    Au cours de trois séquences (dont une en forums), les évêques ont réfléchi aux principes directeurs qui peuvent guider une évolution des structures de la CEF.
    Ils ont confié à un groupe ad hoc la charge de travailler à l’évolution des structures de la CEF dans l’esprit de ces principes directeurs. Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF conduira ses travaux.
    Les chrétiens orientaux
    Mgr Yousif Tomas Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanieh est venu présenter aux évêques la situation des chrétiens d’Irak. Il a évoqué l’évolution du monde musulman, et les perspectives et défis de l’après Daech soulignant les dangers des communautarismes.
    Il en appelé encore à l’aide des évêques de France tout en les remerciant de l’aide déjà apportée.
    Mgr Pascal Gollnisch, vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France, Mgr Jean Teyrouz évêque de l’Éparchie de Sainte-Croix de Paris des Arméniens catholiques de France, Mgr  Maroun Nasser Gemayel, évêque de l’Éparchie de Notre-Dame-du-Liban de Paris des Maronites de France et Mgr Borys Gudziak, évêque  de l’Éparchie de Saint-Vladimir-le-Grand pour les Ukrainiens de rite byzantin de France ont présenté aux évêques les communautés catholiques qui leur sont attachées.
    En marge de ces quatre sujets, l’Assemblée plénière à pris quelques décisions et procédé à des votes et élections.
    État généraux de la bioéthique
    L’Assemblée a approuvé la mise en place d’un groupe de travail sous la responsabilité de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes en vue des Etats généraux de la bioéthique.
    Avec Mgr Pierre d’Ornellas travailleront Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges, Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude ainsi que des experts.
    Ce groupe de travail proposera une organisation afin que les catholiques puissent débattre entre eux et que tous puissent être pris en compte et écoutés, sans jugement les uns sur les autres et dans un esprit évangélique.
    Il tâchera d’élaborer une parole réfléchie, argumentée et livrable en temps opportun à l’occasion des débats publics lors des Etats généraux de la bioéthique. Cela permettra aussi aux catholiques d’exercer pleinement leur mission de citoyen en participant au débat pour le bien de tous les français.
    Denier de l’Église
    Cette Assemblée plénière a été l’occasion de dévoiler l’action nationale de communication prévue pour la fin de l’année 2017 telle que les évêques l’avaient décidée lors de l’Assemblée plénière de mars 2017. Cette action, inédite, vise à compléter et soutenir l’action de collecte du Denier des diocèses et des paroisses (en savoir plus).
    Divers
    Par ailleurs, les évêques ont élu Mgr Antoine Hérouard, évêque auxiliaire de Lille, comme leur représentant à la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE).
    L’Assemblée plénière a aussi donné son accord pour l’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Mme Elisabeth de France.
    Elle a a approuvé l’inscription au propre de France de la mémoire obligatoire de Sainte Jeanne Jugan ainsi que la nouvelle traduction du martyrologe romain, la traduction de la préface de la fête de Sainte Marie Madeleine, intégrée dans le missel (22 juillet) et l’érection du sanctuaire de Saint Bonaventure en basilique mineure à Lyon.

           Retrouvez aussi les échos de l’Assemblée plénière sur le site eglise.catholique.fr
     
    « Les clefs de l’Eglise »
    Une présentation des sujets de l’Assemblée plénière par Mgr Olivier Ribadeau Dumas, Secrétaire général de la CEF et Porte-parole

    La présentation de la synthèse du synode par Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux et membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes

    Présentation des enjeux de la réforme des structures de la CEF par Mgr Pierre-Marie Carré, Archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF
    « Nos évêques se confient »
    Les évêques de France se réunissent deux fois par an, en assemblée plénière, à Lourdes, haut-lieu de spiritualité de l’Eglise universelle. Qu’ils aient été consacrés évêques il y a quelques mois ou qu’ils exercent depuis de longues années, ce rendez-vous est un moment incontournable de partage, de réflexion et de prière en commun. Quel regard portent-ils sur l’assemblée plénière ? Réponses en vidéo.
    Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges
    Mgr Philippe Ballot, évêque de Chambéry, Maurienne et Tarentaise
    Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix
    Mgr Georges Soubrier, évêque émérite de Nantes

    Discours de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la CEF
    Discours d’ouverture du vendredi 3 novembre

    Discours de clôture du mercredi 8 novembre
    Les homélies
    Dimanche 5 novembre (messe télévisée) par Mgr Georges Pontier

    Mardi 7 novembre par le cardinal André Vingt-Trois
    Les coulisses de la messe télévisée  
    Voir la vidéo

     


  • L’Assemblée plénière des évêques de France vient de s’achever

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    L’Assemblée plénière des évêques de France s’est tenue à Lourdes du vendredi 3 au mercredi 8 novembre 2017. Cette assemblée a réuni 119 évêques en activité, 17 évêques émérites ainsi que des représentants de Conférences épiscopales étrangères. Étaient aussi présents le nonce apostolique Mgr Luigi Ventura, les responsables de la Conférence des religieux et religieuses en France (CORREF), la présidente du Service des moniales, la Présidente de la Conférence nationale des instituts séculiers de France, les directeurs des Services nationaux de la Conférence des évêques de France. Était aussi invité Monsieur Étienne Lhermenault, président du Conseil national des évangéliques de France.
    Quatre sujets ont plus particulièrement été travaillés par les évêques durant cette assemblée.
    La ratio
    La récente parution de la ratio fundamentalis (règle de fonctionnement des séminaires) invite les évêques de France à travailler à l’élaboration d’une ratio nationalis adaptée à la France. Mgr Jorge Carlos Patron Wong, secrétaire chargé des séminaires pour la congrégation pour le clergé (Vatican) est venu présenter la ratio fundamentalis et ses enjeux. Il a rappelé les défis que posent l’élaboration de la ratio nationalis et notamment : le dialogue et de la nécessaire communion épiscopale, la pastorale des vocations, la formation permanente et les formateurs.
    Réunis en forums, les évêques ont réfléchi aux questions liées à la propédeutique (année de discernement avant le séminaire) et à son caractère obligatoire ; à la pastorale de vocations ; à la communauté formée dans les séminaires et à la formation continue. A l’issue, Mgr Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris, président de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale (CEMOLEME) a présenté les enjeux pour la France de la Ratio nationalis.
    L’Assemblée plénière a confié à Mgr Jérôme Beau, en lien avec le Conseil national des grands séminaires (CNGS), l’élaboration d’un texte de base pour la Ratio nationalis, texte qui sera soumis au vote de l’Assemblée.
    Par ailleurs, prenant acte du caractère obligatoire de l’année de propédeutique pour tous les candidats, l’assemblée a donné mission à la CEMOLEME de lui présenter les modalités de mise en place des propédeutiques.
    Le synode des évêques pour les jeunes, la foi et le discernement vocationnel
    Cette Assemblée plénière a été l’occasion de présenter aux évêques la synthèse des réponses au questionnaire diffusé au premier semestre 2017 en vue de la préparation du synode. Cette synthèse met en relief trois désirs des jeunes aujourd’hui : un désir d’intériorité, un désir d’action et de responsabilité, un désir de vie et de temps communautaires.
    Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins et président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes a présenté les enjeux de la démarche synodale entamée en France.
    Les évêques de France ont élu les quatre évêques délégués et les deux évêques suppléants qui les représenteront au synode. Ces évêques seront ensuite nommés par le Pape.
    L’évolution des structures de la Conférence des évêques de France (CEF)
    Au cours de trois séquences (dont une en forums), les évêques ont réfléchi aux principes directeurs qui peuvent guider une évolution des structures de la CEF.
    Ils ont confié à un groupe ad hoc la charge de travailler à l’évolution des structures de la CEF dans l’esprit de ces principes directeurs. Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF conduira ses travaux.
    Les chrétiens orientaux
    Mgr Yousif Tomas Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanieh est venu présenter aux évêques la situation des chrétiens d’Irak. Il a évoqué l’évolution du monde musulman, et les perspectives et défis de l’après Daech soulignant les dangers des communautarismes.
    Il en appelé encore à l’aide des évêques de France tout en les remerciant de l’aide déjà apportée.
    Mgr Pascal Gollnisch, vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France, Mgr Jean Teyrouz évêque de l’Éparchie de Sainte-Croix de Paris des Arméniens catholiques de France, Mgr  Maroun Nasser Gemayel, évêque de l’Éparchie de Notre-Dame-du-Liban de Paris des Maronites de France et Mgr Borys Gudziak, évêque  de l’Éparchie de Saint-Vladimir-le-Grand pour les Ukrainiens de rite byzantin de France ont présenté aux évêques les communautés catholiques qui leur sont attachées.
    En marge de ces quatre sujets, l’Assemblée plénière à pris quelques décisions et procédé à des votes et élections.
    État généraux de la bioéthique
    L’Assemblée a approuvé la mise en place d’un groupe de travail sous la responsabilité de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes en vue des Etats généraux de la bioéthique.
    Avec Mgr Pierre d’Ornellas travailleront Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges, Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude ainsi que des experts.
    Ce groupe de travail proposera une organisation afin que les catholiques puissent débattre entre eux et que tous puissent être pris en compte et écoutés, sans jugement les uns sur les autres et dans un esprit évangélique.
    Il tâchera d’élaborer une parole réfléchie, argumentée et livrable en temps opportun à l’occasion des débats publics lors des Etats généraux de la bioéthique. Cela permettra aussi aux catholiques d’exercer pleinement leur mission de citoyen en participant au débat pour le bien de tous les français.
    Denier de l’Église
    Cette Assemblée plénière a été l’occasion de dévoiler l’action nationale de communication prévue pour la fin de l’année 2017 telle que les évêques l’avaient décidée lors de l’Assemblée plénière de mars 2017. Cette action, inédite, vise à compléter et soutenir l’action de collecte du Denier des diocèses et des paroisses (en savoir plus).
    Divers
    Par ailleurs, les évêques ont élu Mgr Antoine Hérouard, évêque auxiliaire de Lille, comme leur représentant à la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE).
    L’Assemblée plénière a aussi donné son accord pour l’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Mme Elisabeth de France.
    Elle a a approuvé l’inscription au propre de France de la mémoire obligatoire de Sainte Jeanne Jugan ainsi que la nouvelle traduction du martyrologe romain, la traduction de la préface de la fête de Sainte Marie Madeleine, intégrée dans le missel (22 juillet) et l’érection du sanctuaire de Saint Bonaventure en basilique mineure à Lyon.

           Retrouvez aussi les échos de l’Assemblée plénière sur le site eglise.catholique.fr
     
    « Les clefs de l’Eglise »
    Une présentation des sujets de l’Assemblée plénière par Mgr Olivier Ribadeau Dumas, Secrétaire général de la CEF et Porte-parole

    La présentation de la synthèse du synode par Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux et membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes

    Présentation des enjeux de la réforme des structures de la CEF par Mgr Pierre-Marie Carré, Archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF
    « Nos évêques se confient »
    Les évêques de France se réunissent deux fois par an, en assemblée plénière, à Lourdes, haut-lieu de spiritualité de l’Eglise universelle. Qu’ils aient été consacrés évêques il y a quelques mois ou qu’ils exercent depuis de longues années, ce rendez-vous est un moment incontournable de partage, de réflexion et de prière en commun. Quel regard portent-ils sur l’assemblée plénière ? Réponses en vidéo.
    Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges
    Mgr Philippe Ballot, évêque de Chambéry, Maurienne et Tarentaise
    Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix
    Mgr Georges Soubrier, évêque émérite de Nantes

    Discours de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la CEF
    Discours d’ouverture du vendredi 3 novembre

    Discours de clôture du mercredi 8 novembre
    Les homélies
    Dimanche 5 novembre (messe télévisée) par Mgr Georges Pontier

    Mardi 7 novembre par le cardinal André Vingt-Trois
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  • Discours de clôture de l’Assemblée plénière des évêques de France – Novembre 2017

    3 novembre 2017 : Ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France. présidence de la Conférence épiscopale des évêques de France : Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF, Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille et président et Mgr Pierre-Marie CARRE, archevêque de Montpellier, vice-président. Lourdes (65), France.
    L’assemblée plénière qui s’achève nous a permis de vivre des moments fraternels, riches et profonds. C’est un moment fort de l’exercice de notre collégialité épiscopale : nous avons prié ensemble, célébré l’eucharistie. Nous avons porté dans la prière ceux qui sont confiés à notre ministère ainsi que notre pays confronté à des défis bien divers. Notre ministère nous met en contact avec les diverses composantes de la société et souvent avec ceux qui rencontrent le plus de difficultés. De nombreux chrétiens sont engagés avec d’autres à leur côté. Une fois encore notre attention a été attirée sur la population de personnes d’origine roumaine, ballotées d’un lieu à l’autre, sans que des propositions de logement plus dignes leur soient faites. Ils sont même ici ou là l’objet de violences verbales ou physiques inacceptables. Leurs projets comme leurs progrès dans l’intégration dans notre pays sont ainsi sans cesse réduits à zéro et tout est à recommencer. Nous n’ignorons pas la complexité de cette situation. Des différences culturelles, des conditions sanitaires dangereuses, des proximités difficiles dans la durée conduisent à des incompréhensions profondes qui empêchent de voir les possibilités réelles de trouver des solutions réalistes et raisonnables. Nous dénonçons les manques de respect de ces personnes et nous invitons les pouvoirs publics à s’engager dans la proposition de solutions pérennes et dignes. Nous remercions et encourageons ceux qui s’engagent à leur côté dans un esprit de service et le désir vrai de les accompagner sur un chemin d’intégration.
    Notre prière a rejoint ceux qui aujourd’hui se préparent à être prêtres dans les séminaires de France. Nous avons pris un temps long pour réfléchir à leur formation et à l’élaboration d’une future « Ratio Nationalis ». Si l’état des lieux nous a mis devant la réalité de la baisse du nombre des vocations et de la situation de certains de nos séminaires, nous avons aussi rendu grâce pour les séminaristes de nos diocèses et nous voulons remercier les formateurs qui, jour après jour, sont donnés à la tâche enthousiasmante de former les prêtres que Dieu nous donne.
    Tournés vers l’avenir, après avoir écouté Monseigneur Patron Wong, nous avons étudié la « Ratio Fundamentalis » et avons décidé d’avancer dans les réformes nécessaires de nos séminaires. Prenant en compte le caractère désormais obligatoire de la propédeutique, nous étudierons les points de passages incontournables de cette année. Après un premier travail entre formateurs et Évêques, nous reprendrons cette question à partir du texte de base d’une Ratio Nationalis qui nous sera proposée.
    « La publication de cette nouvelle Ratio est destinée à donner un nouvel élan, y compris à la pastorale des vocations, en posant un acte de foi ». Son idée de fond est que les Séminaires puissent « former des disciples missionnaires « passionnés » pour le Maître, des pasteurs ayant « l’odeur des brebis », qui vivent au milieu d’elles pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu.  Cette formation intégrale qui tient compte de toutes les dimensions du séminariste, l’amène à faire partie, avec l’ordination, de la « famille » du presbyterium, au service d’une communauté concrète. »*
    Notre attention aux jeunes générations a été stimulée par l’approche du synode des évêques à Rome en octobre prochain. La synthèse des réponses au questionnaire reçu nous a décrit une génération en recherche de sens, soucieuse d’avoir des repères, généreuse aussi dans ses engagements. Nous n’oublions pas que ces jeunes sont divers ; que si certains ont une vie relativement facile, d’autres sont marqués par le handicap, les difficultés à trouver un travail, la fragilité des liens familiaux. Nous voulons redire à tous qu’ils sont le présent de notre Église et la richesse de notre société. Nous les exhortons à prendre toute leur place dans nos communautés, à avoir l’audace d’affirmer leur foi paisiblement dans la recherche d’un dialogue qui sera toujours fécond. Avec le Pape François, nous leur renouvelons notre confiance : ils sont les piliers d’un monde à venir où le respect de la création et de l’autre seront des réalités tangibles.
    L’actualisation des structures de la conférence des évêques est devenue une tâche nécessaire, onze ans après la publication des statuts qui la régissent. Les réalités changent si vite aujourd’hui dans la société comme dans l’Église. Il s’agit là d’une tâche qui dépasse l’objectif organisationnel. L’évangélisation est l’horizon de l’Église. Notre mission d’évêques diocésains s’exerce pour ce service. La conférence épiscopale est ce lieu où nous portons ensemble notre mission. Nous nous soutenons pour toute la part qui le nécessite. Ainsi sommes-nous entrés dans ce travail par un partage sur notre collégialité qui trouve sa source dans notre ordination épiscopale, qui nous associe à la vie et aux besoins de toutes les Églises, en communion avec le Saint Père. Les conférences épiscopales sont données pour permettre aux évêques d’une même nation de se concerter, de se donner les moyens nécessaires pour le bon exercice de la charge de chacun. Les défis de la mission ne sont pas contenus dans les frontières de chaque diocèse. Ils les débordent de toute part. Déjà la province permet un premier niveau de collaboration proche du terrain. Celui du pays nous situe à l’intérieur des réalités culturelles, sociétales et législatives communes et permet de se donner les moyens d’expertises ou les soutiens pastoraux que chacun ne peut trouver localement. Cette session nous a permis de rentrer dans ces perspectives, de définir l’objet précis qui nous occupe et de dessiner l’esprit dans lequel nous voulons aller ensemble. Du travail reste encore à accomplir. Il faudra préciser les priorités qui nous apparaissent pour aujourd’hui et en fonction d’elles, organiser les structures pertinentes pour les mettre en œuvre. L’équipe chargée de conduire cette réflexion va poursuivre son travail et nous guidera dans les prochaines assemblées. Ainsi pourrons-nous ensemble nous accorder sur les objectifs de fond comme sur les moyens que nous souhaitons mettre pour les atteindre. C’est un appel à avancer ensemble, à être attentifs aux réalités diverses de nos diocèses, aux besoins de chacun, aux répercussions de la vie des uns sur celles des autres. Nous sommes invités au souci des autres Églises, celles de notre pays et celles du monde entier. C’est ensemble que nous avançons. L’humilité, l’ouverture aux autres, la collaboration, la confiance, la complémentarité, l’écoute commune de ce que dit aujourd’hui l’Esprit à nos Églises sont à la racine de notre travail commun. Nous remercions tous ceux et celles qui nous aident aujourd’hui tant au secrétariat général que dans les divers services de la conférence. Leur travail nous est indispensable.
    Le témoignage de Mgr Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanié a été un moment particulièrement fort de notre assemblée. Son témoignage sur la situation en Irak, sa perception des enjeux, la place, la vie des chrétiens dans cette région du monde, tout cela nous a touchés en deçà toutefois d’une réalité bien plus dure et inconcevable pour nous. Son courage apostolique est une leçon pour nous. Il est habité par l’amour de son peuple, de son pays, de ses fidèles et bien au-delà. L’avenir des jeunes et avec lui, celui du pays inspire ses initiatives. Il ne regarde pas ce qui sépare ou divise mais bien ce qui remet debout, ce qui permet de tenir. Son initiative pour les étudiants que nous avons soutenue bien modestement est au service de l’avenir du pays, de l’avenir de ces jeunes et de celui de la communauté chrétienne. Pour rester là-bas, il faut avoir un projet porteur d’avenir. Il leur a offert la possibilité de poursuivre leurs études en ce temps de guerre. Il leur a donné d’expérimenter la vie ensemble, chrétiens, yézidis, musulmans sunnites et chiites.  Cette expérience est une semence d’avenir pour le pays. Tout ce qui favorise la rencontre, la culture, l’éducation est indispensable pour vaincre les peurs, les préjugés, les caricatures. Plus encore, Mgr Mirkis nous a montré trop brièvement comment les chrétiens traversent de telles épreuves unis au Christ, réconfortés par Lui, sauvés par Lui de la haine, de la peur, de la violence. N’a -t-il pas fait référence à cette phrase de Jésus à ses disciples, rapportée par l’évangéliste Jean au chapitre seizième de son évangile : « l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Ils agissent ainsi parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi. » Quelle lumière ! Quel réconfort ! Il est des moments où les évènements exigent du croyant des choix lumineux, crucifiants, mais signes de la profondeur de la confiance en Christ et en son évangile. C’est ce courage-là qui permet à cette communauté chrétienne de tenir, de chanter sa confiance en Dieu et de croire en un avenir possible. A plusieurs moments de l’assemblée, nous avons évoqué la situation des chrétiens d’un occident marqué par la sécularisation profonde, l’absence de Dieu, la perte du sens de la dignité de tout homme, la soumission exacerbée aux désirs individuels. Ici aussi, nous ne pourrons pas exister sans des choix de vie en rupture avec ceux qu’une culture dominante impose comme libérateurs, au nom d’une conception d’une égalité qui ne se déploie qu’en certains domaines de la vie. Oui, nous devons choisir la défense de la vie, le témoignage d’une vie de famille solide, le refus du repli identitaire, un mode de vie sobre, libre par rapport à la course à toujours plus d’argent, à l’égoïsme. Notre foi en Dieu nous pousse à trouver notre liberté dans le fruit de sa rencontre plutôt que dans la possession des biens matériels ou la soumission à nos insatiables désirs. Elle nous pousse aussi à avoir le courage de refuser de poser des actes que notre conscience refuse.
    Grâce aux interventions des Évêques de rites orientaux, nous avons entendu l’histoire de ces peuples arméniens, libanais, ukrainiens qui les a conduits à l’exil, sans oublier les fidèles d’autres Églises orientales. Ils sont chez nous, s’insèrent souvent mais sont marqués par des ruptures culturelles profondes qui rejaillissent parfois sur leur vie de famille. Ils sont nos frères au titre supplémentaire de la foi en Christ. Leur accueil, leur présence est une richesse pour nous. Leur témoignage de foi intense nous interpelle. Notre fraternité les réconforte.
    Avant de conclure je voudrais exprimer notre reconnaissance à Mgr Nicolas Brouwet pour l’excellent accueil que nous trouvons ici à Lourdes, pour ceux qui sont à notre service et pour la générosité des sanctuaires à notre égard.
    Nous allons repartir dans nos diocèses. Nous continuerons à servir la communion et la mission dans nos Églises diocésaines. Nous vivrons d’une manière autre la communion entre nous par le souci les uns des autres, la charité et la prière. Le 19 Novembre, nous vivrons la Journée mondiale des pauvres, telle que le Pape François l’a demandé à toute l’Église. Nous savons bien que c’est le souci des plus pauvres qui nous garde de nous replier sur nous-mêmes. Par leur fréquentation, souvent le Seigneur vient à nous, nous décentre, élargit l’espace de notre tente, adoucit nos cœurs et prépare en nous cet amour dont l’aimerons toujours.
    Je voudrais terminer en reprenant un extrait de la lecture faite ici-même hier à l’office des Vêpres. Elle est tirée de la lettre aux Romains au chapitre douzième : « Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon : priez avec persévérance. »
    * extraits de l’introduction de la Ratio et de la première conférence de Mgr Patron Wong)
    +Mgr Georges Pontier,
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


  • Discours de clôture de l’Assemblée plénière des évêques de France – Novembre 2017

    3 novembre 2017 : Ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France. présidence de la Conférence épiscopale des évêques de France : Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF, Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille et président et Mgr Pierre-Marie CARRE, archevêque de Montpellier, vice-président. Lourdes (65), France.
    L’assemblée plénière qui s’achève nous a permis de vivre des moments fraternels, riches et profonds. C’est un moment fort de l’exercice de notre collégialité épiscopale : nous avons prié ensemble, célébré l’eucharistie. Nous avons porté dans la prière ceux qui sont confiés à notre ministère ainsi que notre pays confronté à des défis bien divers. Notre ministère nous met en contact avec les diverses composantes de la société et souvent avec ceux qui rencontrent le plus de difficultés. De nombreux chrétiens sont engagés avec d’autres à leur côté. Une fois encore notre attention a été attirée sur la population de personnes d’origine roumaine, ballotées d’un lieu à l’autre, sans que des propositions de logement plus dignes leur soient faites. Ils sont même ici ou là l’objet de violences verbales ou physiques inacceptables. Leurs projets comme leurs progrès dans l’intégration dans notre pays sont ainsi sans cesse réduits à zéro et tout est à recommencer. Nous n’ignorons pas la complexité de cette situation. Des différences culturelles, des conditions sanitaires dangereuses, des proximités difficiles dans la durée conduisent à des incompréhensions profondes qui empêchent de voir les possibilités réelles de trouver des solutions réalistes et raisonnables. Nous dénonçons les manques de respect de ces personnes et nous invitons les pouvoirs publics à s’engager dans la proposition de solutions pérennes et dignes. Nous remercions et encourageons ceux qui s’engagent à leur côté dans un esprit de service et le désir vrai de les accompagner sur un chemin d’intégration.
    Notre prière a rejoint ceux qui aujourd’hui se préparent à être prêtres dans les séminaires de France. Nous avons pris un temps long pour réfléchir à leur formation et à l’élaboration d’une future « Ratio Nationalis ». Si l’état des lieux nous a mis devant la réalité de la baisse du nombre des vocations et de la situation de certains de nos séminaires, nous avons aussi rendu grâce pour les séminaristes de nos diocèses et nous voulons remercier les formateurs qui, jour après jour, sont donnés à la tâche enthousiasmante de former les prêtres que Dieu nous donne.
    Tournés vers l’avenir, après avoir écouté Monseigneur Patron Wong, nous avons étudié la « Ratio Fundamentalis » et avons décidé d’avancer dans les réformes nécessaires de nos séminaires. Prenant en compte le caractère désormais obligatoire de la propédeutique, nous étudierons les points de passages incontournables de cette année. Après un premier travail entre formateurs et Évêques, nous reprendrons cette question à partir du texte de base d’une Ratio Nationalis qui nous sera proposée.
    « La publication de cette nouvelle Ratio est destinée à donner un nouvel élan, y compris à la pastorale des vocations, en posant un acte de foi ». Son idée de fond est que les Séminaires puissent « former des disciples missionnaires « passionnés » pour le Maître, des pasteurs ayant « l’odeur des brebis », qui vivent au milieu d’elles pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu.  Cette formation intégrale qui tient compte de toutes les dimensions du séminariste, l’amène à faire partie, avec l’ordination, de la « famille » du presbyterium, au service d’une communauté concrète. »*
    Notre attention aux jeunes générations a été stimulée par l’approche du synode des évêques à Rome en octobre prochain. La synthèse des réponses au questionnaire reçu nous a décrit une génération en recherche de sens, soucieuse d’avoir des repères, généreuse aussi dans ses engagements. Nous n’oublions pas que ces jeunes sont divers ; que si certains ont une vie relativement facile, d’autres sont marqués par le handicap, les difficultés à trouver un travail, la fragilité des liens familiaux. Nous voulons redire à tous qu’ils sont le présent de notre Église et la richesse de notre société. Nous les exhortons à prendre toute leur place dans nos communautés, à avoir l’audace d’affirmer leur foi paisiblement dans la recherche d’un dialogue qui sera toujours fécond. Avec le Pape François, nous leur renouvelons notre confiance : ils sont les piliers d’un monde à venir où le respect de la création et de l’autre seront des réalités tangibles.
    L’actualisation des structures de la conférence des évêques est devenue une tâche nécessaire, onze ans après la publication des statuts qui la régissent. Les réalités changent si vite aujourd’hui dans la société comme dans l’Église. Il s’agit là d’une tâche qui dépasse l’objectif organisationnel. L’évangélisation est l’horizon de l’Église. Notre mission d’évêques diocésains s’exerce pour ce service. La conférence épiscopale est ce lieu où nous portons ensemble notre mission. Nous nous soutenons pour toute la part qui le nécessite. Ainsi sommes-nous entrés dans ce travail par un partage sur notre collégialité qui trouve sa source dans notre ordination épiscopale, qui nous associe à la vie et aux besoins de toutes les Églises, en communion avec le Saint Père. Les conférences épiscopales sont données pour permettre aux évêques d’une même nation de se concerter, de se donner les moyens nécessaires pour le bon exercice de la charge de chacun. Les défis de la mission ne sont pas contenus dans les frontières de chaque diocèse. Ils les débordent de toute part. Déjà la province permet un premier niveau de collaboration proche du terrain. Celui du pays nous situe à l’intérieur des réalités culturelles, sociétales et législatives communes et permet de se donner les moyens d’expertises ou les soutiens pastoraux que chacun ne peut trouver localement. Cette session nous a permis de rentrer dans ces perspectives, de définir l’objet précis qui nous occupe et de dessiner l’esprit dans lequel nous voulons aller ensemble. Du travail reste encore à accomplir. Il faudra préciser les priorités qui nous apparaissent pour aujourd’hui et en fonction d’elles, organiser les structures pertinentes pour les mettre en œuvre. L’équipe chargée de conduire cette réflexion va poursuivre son travail et nous guidera dans les prochaines assemblées. Ainsi pourrons-nous ensemble nous accorder sur les objectifs de fond comme sur les moyens que nous souhaitons mettre pour les atteindre. C’est un appel à avancer ensemble, à être attentifs aux réalités diverses de nos diocèses, aux besoins de chacun, aux répercussions de la vie des uns sur celles des autres. Nous sommes invités au souci des autres Églises, celles de notre pays et celles du monde entier. C’est ensemble que nous avançons. L’humilité, l’ouverture aux autres, la collaboration, la confiance, la complémentarité, l’écoute commune de ce que dit aujourd’hui l’Esprit à nos Églises sont à la racine de notre travail commun. Nous remercions tous ceux et celles qui nous aident aujourd’hui tant au secrétariat général que dans les divers services de la conférence. Leur travail nous est indispensable.
    Le témoignage de Mgr Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanié a été un moment particulièrement fort de notre assemblée. Son témoignage sur la situation en Irak, sa perception des enjeux, la place, la vie des chrétiens dans cette région du monde, tout cela nous a touchés en deçà toutefois d’une réalité bien plus dure et inconcevable pour nous. Son courage apostolique est une leçon pour nous. Il est habité par l’amour de son peuple, de son pays, de ses fidèles et bien au-delà. L’avenir des jeunes et avec lui, celui du pays inspire ses initiatives. Il ne regarde pas ce qui sépare ou divise mais bien ce qui remet debout, ce qui permet de tenir. Son initiative pour les étudiants que nous avons soutenue bien modestement est au service de l’avenir du pays, de l’avenir de ces jeunes et de celui de la communauté chrétienne. Pour rester là-bas, il faut avoir un projet porteur d’avenir. Il leur a offert la possibilité de poursuivre leurs études en ce temps de guerre. Il leur a donné d’expérimenter la vie ensemble, chrétiens, yézidis, musulmans sunnites et chiites.  Cette expérience est une semence d’avenir pour le pays. Tout ce qui favorise la rencontre, la culture, l’éducation est indispensable pour vaincre les peurs, les préjugés, les caricatures. Plus encore, Mgr Mirkis nous a montré trop brièvement comment les chrétiens traversent de telles épreuves unis au Christ, réconfortés par Lui, sauvés par Lui de la haine, de la peur, de la violence. N’a -t-il pas fait référence à cette phrase de Jésus à ses disciples, rapportée par l’évangéliste Jean au chapitre seizième de son évangile : « l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Ils agissent ainsi parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi. » Quelle lumière ! Quel réconfort ! Il est des moments où les évènements exigent du croyant des choix lumineux, crucifiants, mais signes de la profondeur de la confiance en Christ et en son évangile. C’est ce courage-là qui permet à cette communauté chrétienne de tenir, de chanter sa confiance en Dieu et de croire en un avenir possible. A plusieurs moments de l’assemblée, nous avons évoqué la situation des chrétiens d’un occident marqué par la sécularisation profonde, l’absence de Dieu, la perte du sens de la dignité de tout homme, la soumission exacerbée aux désirs individuels. Ici aussi, nous ne pourrons pas exister sans des choix de vie en rupture avec ceux qu’une culture dominante impose comme libérateurs, au nom d’une conception d’une égalité qui ne se déploie qu’en certains domaines de la vie. Oui, nous devons choisir la défense de la vie, le témoignage d’une vie de famille solide, le refus du repli identitaire, un mode de vie sobre, libre par rapport à la course à toujours plus d’argent, à l’égoïsme. Notre foi en Dieu nous pousse à trouver notre liberté dans le fruit de sa rencontre plutôt que dans la possession des biens matériels ou la soumission à nos insatiables désirs. Elle nous pousse aussi à avoir le courage de refuser de poser des actes que notre conscience refuse.
    Grâce aux interventions des Évêques de rites orientaux, nous avons entendu l’histoire de ces peuples arméniens, libanais, ukrainiens qui les a conduits à l’exil, sans oublier les fidèles d’autres Églises orientales. Ils sont chez nous, s’insèrent souvent mais sont marqués par des ruptures culturelles profondes qui rejaillissent parfois sur leur vie de famille. Ils sont nos frères au titre supplémentaire de la foi en Christ. Leur accueil, leur présence est une richesse pour nous. Leur témoignage de foi intense nous interpelle. Notre fraternité les réconforte.
    Avant de conclure je voudrais exprimer notre reconnaissance à Mgr Nicolas Brouwet pour l’excellent accueil que nous trouvons ici à Lourdes, pour ceux qui sont à notre service et pour la générosité des sanctuaires à notre égard.
    Nous allons repartir dans nos diocèses. Nous continuerons à servir la communion et la mission dans nos Églises diocésaines. Nous vivrons d’une manière autre la communion entre nous par le souci les uns des autres, la charité et la prière. Le 19 Novembre, nous vivrons la Journée mondiale des pauvres, telle que le Pape François l’a demandé à toute l’Église. Nous savons bien que c’est le souci des plus pauvres qui nous garde de nous replier sur nous-mêmes. Par leur fréquentation, souvent le Seigneur vient à nous, nous décentre, élargit l’espace de notre tente, adoucit nos cœurs et prépare en nous cet amour dont l’aimerons toujours.
    Je voudrais terminer en reprenant un extrait de la lecture faite ici-même hier à l’office des Vêpres. Elle est tirée de la lettre aux Romains au chapitre douzième : « Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon : priez avec persévérance. »
    * extraits de l’introduction de la Ratio et de la première conférence de Mgr Patron Wong)
    +Mgr Georges Pontier,
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


  • Discours de clôture de l’Assemblée plénière des évêques de France – Novembre 2017

    3 novembre 2017 : Ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France. présidence de la Conférence épiscopale des évêques de France : Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF, Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille et président et Mgr Pierre-Marie CARRE, archevêque de Montpellier, vice-président. Lourdes (65), France.
    L’assemblée plénière qui s’achève nous a permis de vivre des moments fraternels, riches et profonds. C’est un moment fort de l’exercice de notre collégialité épiscopale : nous avons prié ensemble, célébré l’eucharistie. Nous avons porté dans la prière ceux qui sont confiés à notre ministère ainsi que notre pays confronté à des défis bien divers. Notre ministère nous met en contact avec les diverses composantes de la société et souvent avec ceux qui rencontrent le plus de difficultés. De nombreux chrétiens sont engagés avec d’autres à leur côté. Une fois encore notre attention a été attirée sur la population de personnes d’origine roumaine, ballotées d’un lieu à l’autre, sans que des propositions de logement plus dignes leur soient faites. Ils sont même ici ou là l’objet de violences verbales ou physiques inacceptables. Leurs projets comme leurs progrès dans l’intégration dans notre pays sont ainsi sans cesse réduits à zéro et tout est à recommencer. Nous n’ignorons pas la complexité de cette situation. Des différences culturelles, des conditions sanitaires dangereuses, des proximités difficiles dans la durée conduisent à des incompréhensions profondes qui empêchent de voir les possibilités réelles de trouver des solutions réalistes et raisonnables. Nous dénonçons les manques de respect de ces personnes et nous invitons les pouvoirs publics à s’engager dans la proposition de solutions pérennes et dignes. Nous remercions et encourageons ceux qui s’engagent à leur côté dans un esprit de service et le désir vrai de les accompagner sur un chemin d’intégration.
    Notre prière a rejoint ceux qui aujourd’hui se préparent à être prêtres dans les séminaires de France. Nous avons pris un temps long pour réfléchir à leur formation et à l’élaboration d’une future « Ratio Nationalis ». Si l’état des lieux nous a mis devant la réalité de la baisse du nombre des vocations et de la situation de certains de nos séminaires, nous avons aussi rendu grâce pour les séminaristes de nos diocèses et nous voulons remercier les formateurs qui, jour après jour, sont donnés à la tâche enthousiasmante de former les prêtres que Dieu nous donne.
    Tournés vers l’avenir, après avoir écouté Monseigneur Patron Wong, nous avons étudié la « Ratio Fundamentalis » et avons décidé d’avancer dans les réformes nécessaires de nos séminaires. Prenant en compte le caractère désormais obligatoire de la propédeutique, nous étudierons les points de passages incontournables de cette année. Après un premier travail entre formateurs et Évêques, nous reprendrons cette question à partir du texte de base d’une Ratio Nationalis qui nous sera proposée.
    « La publication de cette nouvelle Ratio est destinée à donner un nouvel élan, y compris à la pastorale des vocations, en posant un acte de foi ». Son idée de fond est que les Séminaires puissent « former des disciples missionnaires « passionnés » pour le Maître, des pasteurs ayant « l’odeur des brebis », qui vivent au milieu d’elles pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu.  Cette formation intégrale qui tient compte de toutes les dimensions du séminariste, l’amène à faire partie, avec l’ordination, de la « famille » du presbyterium, au service d’une communauté concrète. »*
    Notre attention aux jeunes générations a été stimulée par l’approche du synode des évêques à Rome en octobre prochain. La synthèse des réponses au questionnaire reçu nous a décrit une génération en recherche de sens, soucieuse d’avoir des repères, généreuse aussi dans ses engagements. Nous n’oublions pas que ces jeunes sont divers ; que si certains ont une vie relativement facile, d’autres sont marqués par le handicap, les difficultés à trouver un travail, la fragilité des liens familiaux. Nous voulons redire à tous qu’ils sont le présent de notre Église et la richesse de notre société. Nous les exhortons à prendre toute leur place dans nos communautés, à avoir l’audace d’affirmer leur foi paisiblement dans la recherche d’un dialogue qui sera toujours fécond. Avec le Pape François, nous leur renouvelons notre confiance : ils sont les piliers d’un monde à venir où le respect de la création et de l’autre seront des réalités tangibles.
    L’actualisation des structures de la conférence des évêques est devenue une tâche nécessaire, onze ans après la publication des statuts qui la régissent. Les réalités changent si vite aujourd’hui dans la société comme dans l’Église. Il s’agit là d’une tâche qui dépasse l’objectif organisationnel. L’évangélisation est l’horizon de l’Église. Notre mission d’évêques diocésains s’exerce pour ce service. La conférence épiscopale est ce lieu où nous portons ensemble notre mission. Nous nous soutenons pour toute la part qui le nécessite. Ainsi sommes-nous entrés dans ce travail par un partage sur notre collégialité qui trouve sa source dans notre ordination épiscopale, qui nous associe à la vie et aux besoins de toutes les Églises, en communion avec le Saint Père. Les conférences épiscopales sont données pour permettre aux évêques d’une même nation de se concerter, de se donner les moyens nécessaires pour le bon exercice de la charge de chacun. Les défis de la mission ne sont pas contenus dans les frontières de chaque diocèse. Ils les débordent de toute part. Déjà la province permet un premier niveau de collaboration proche du terrain. Celui du pays nous situe à l’intérieur des réalités culturelles, sociétales et législatives communes et permet de se donner les moyens d’expertises ou les soutiens pastoraux que chacun ne peut trouver localement. Cette session nous a permis de rentrer dans ces perspectives, de définir l’objet précis qui nous occupe et de dessiner l’esprit dans lequel nous voulons aller ensemble. Du travail reste encore à accomplir. Il faudra préciser les priorités qui nous apparaissent pour aujourd’hui et en fonction d’elles, organiser les structures pertinentes pour les mettre en œuvre. L’équipe chargée de conduire cette réflexion va poursuivre son travail et nous guidera dans les prochaines assemblées. Ainsi pourrons-nous ensemble nous accorder sur les objectifs de fond comme sur les moyens que nous souhaitons mettre pour les atteindre. C’est un appel à avancer ensemble, à être attentifs aux réalités diverses de nos diocèses, aux besoins de chacun, aux répercussions de la vie des uns sur celles des autres. Nous sommes invités au souci des autres Églises, celles de notre pays et celles du monde entier. C’est ensemble que nous avançons. L’humilité, l’ouverture aux autres, la collaboration, la confiance, la complémentarité, l’écoute commune de ce que dit aujourd’hui l’Esprit à nos Églises sont à la racine de notre travail commun. Nous remercions tous ceux et celles qui nous aident aujourd’hui tant au secrétariat général que dans les divers services de la conférence. Leur travail nous est indispensable.
    Le témoignage de Mgr Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanié a été un moment particulièrement fort de notre assemblée. Son témoignage sur la situation en Irak, sa perception des enjeux, la place, la vie des chrétiens dans cette région du monde, tout cela nous a touchés en deçà toutefois d’une réalité bien plus dure et inconcevable pour nous. Son courage apostolique est une leçon pour nous. Il est habité par l’amour de son peuple, de son pays, de ses fidèles et bien au-delà. L’avenir des jeunes et avec lui, celui du pays inspire ses initiatives. Il ne regarde pas ce qui sépare ou divise mais bien ce qui remet debout, ce qui permet de tenir. Son initiative pour les étudiants que nous avons soutenue bien modestement est au service de l’avenir du pays, de l’avenir de ces jeunes et de celui de la communauté chrétienne. Pour rester là-bas, il faut avoir un projet porteur d’avenir. Il leur a offert la possibilité de poursuivre leurs études en ce temps de guerre. Il leur a donné d’expérimenter la vie ensemble, chrétiens, yézidis, musulmans sunnites et chiites.  Cette expérience est une semence d’avenir pour le pays. Tout ce qui favorise la rencontre, la culture, l’éducation est indispensable pour vaincre les peurs, les préjugés, les caricatures. Plus encore, Mgr Mirkis nous a montré trop brièvement comment les chrétiens traversent de telles épreuves unis au Christ, réconfortés par Lui, sauvés par Lui de la haine, de la peur, de la violence. N’a -t-il pas fait référence à cette phrase de Jésus à ses disciples, rapportée par l’évangéliste Jean au chapitre seizième de son évangile : « l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Ils agissent ainsi parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi. » Quelle lumière ! Quel réconfort ! Il est des moments où les évènements exigent du croyant des choix lumineux, crucifiants, mais signes de la profondeur de la confiance en Christ et en son évangile. C’est ce courage-là qui permet à cette communauté chrétienne de tenir, de chanter sa confiance en Dieu et de croire en un avenir possible. A plusieurs moments de l’assemblée, nous avons évoqué la situation des chrétiens d’un occident marqué par la sécularisation profonde, l’absence de Dieu, la perte du sens de la dignité de tout homme, la soumission exacerbée aux désirs individuels. Ici aussi, nous ne pourrons pas exister sans des choix de vie en rupture avec ceux qu’une culture dominante impose comme libérateurs, au nom d’une conception d’une égalité qui ne se déploie qu’en certains domaines de la vie. Oui, nous devons choisir la défense de la vie, le témoignage d’une vie de famille solide, le refus du repli identitaire, un mode de vie sobre, libre par rapport à la course à toujours plus d’argent, à l’égoïsme. Notre foi en Dieu nous pousse à trouver notre liberté dans le fruit de sa rencontre plutôt que dans la possession des biens matériels ou la soumission à nos insatiables désirs. Elle nous pousse aussi à avoir le courage de refuser de poser des actes que notre conscience refuse.
    Grâce aux interventions des Évêques de rites orientaux, nous avons entendu l’histoire de ces peuples arméniens, libanais, ukrainiens qui les a conduits à l’exil, sans oublier les fidèles d’autres Églises orientales. Ils sont chez nous, s’insèrent souvent mais sont marqués par des ruptures culturelles profondes qui rejaillissent parfois sur leur vie de famille. Ils sont nos frères au titre supplémentaire de la foi en Christ. Leur accueil, leur présence est une richesse pour nous. Leur témoignage de foi intense nous interpelle. Notre fraternité les réconforte.
    Avant de conclure je voudrais exprimer notre reconnaissance à Mgr Nicolas Brouwet pour l’excellent accueil que nous trouvons ici à Lourdes, pour ceux qui sont à notre service et pour la générosité des sanctuaires à notre égard.
    Nous allons repartir dans nos diocèses. Nous continuerons à servir la communion et la mission dans nos Églises diocésaines. Nous vivrons d’une manière autre la communion entre nous par le souci les uns des autres, la charité et la prière. Le 19 Novembre, nous vivrons la Journée mondiale des pauvres, telle que le Pape François l’a demandé à toute l’Église. Nous savons bien que c’est le souci des plus pauvres qui nous garde de nous replier sur nous-mêmes. Par leur fréquentation, souvent le Seigneur vient à nous, nous décentre, élargit l’espace de notre tente, adoucit nos cœurs et prépare en nous cet amour dont l’aimerons toujours.
    Je voudrais terminer en reprenant un extrait de la lecture faite ici-même hier à l’office des Vêpres. Elle est tirée de la lettre aux Romains au chapitre douzième : « Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon : priez avec persévérance. »
    * extraits de l’introduction de la Ratio et de la première conférence de Mgr Patron Wong)
    +Mgr Georges Pontier,
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


mardi 7 novembre 2017

  • Le monde a besoin du dynamisme des jeunes

    Le Pape François a convoqué un Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » Il se tiendra à Rome, en octobre 2018. Ce Synode concerne tous les jeunes de 16 à 29 ans, chrétiens ou non, de tous les continents.
    Le Pape, au nom de l’Église Catholique, veut dire à ces jeunes qu’ils sont attendus et que le monde a besoin de leur dynamisme, de leur générosité, de leur engagement pour plus de fraternité. Il veut aussi leur signifier qu’il entend leurs inquiétudes et que l’Église est disponible pour les épauler alors que l’avenir est incertain et qu’ils peinent parfois à donner un sens à leur vie, à oser l’engagement. Ce monde, en effet, s’il est passionnant et rempli de richesses, est instable et traversé par bien des peurs. Aussi, il souhaiterait dire aux jeunes que l’Église peut leur offrir une boussole pour ne pas se perdre : le Christ et son Évangile de Vie.
    Alors le Pape invite les jeunes et ceux qui les accompagnent à faire un bout de chemin avec l’Église dont il est le pasteur. C’est l’étymologie du mot « Synode » : faire chemin ensemble ! De janvier à juin 2017, les responsables de la Pastorale des jeunes du monde entier ont été consultés afin de lui présenter les 16-29 ans et lui décrire ce qu’ils vivaient avec eux. Les jeunes eux-mêmes lui ont exprimé leurs questions, leurs désirs et ce qu’ils attendaient de l’Église Catholique grâce à une consultation mise en ligne. Ils seront 300 de tous les continents, en mars prochain, réunis à Rome pour un temps préparatoire au Synode.
    Toute cette riche consultation, lors du Synode, permettra aux évêques délégués par leur conférence épiscopale de réfléchir à la manière dont l’Église pourra faire découvrir aux jeunes qu’ils sont aimés de Dieu en ce temps qui est le nôtre, appelés par Lui à donner du sens à leur vie en se mettant au service de leurs frères, à la suite du Christ.
    « Je souhaite vous rappeler les paroles que Jésus dit un jour aux disciples qui lui demandaient : « Maître, où habites-tu ? ». Il répondit : « Venez et voyez » (Jn 1, 38-39). Vers vous aussi Jésus tourne son regard et vous invite à aller chez lui. Chers jeunes, avez-vous rencontré ce regard ? Avez-vous entendu cette voix ? Avez ressenti cette ardeur à vous mettre en route ? (…) Cet appel continue à résonner dans votre âme pour l’ouvrir à la joie complète. »[1]
    +Laurent PERCEROU
    Évêque de Moulins
    Président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes

    Le dossier de presse avec la synthèse nationale française du questionnaire adressé aux jeunes se trouve
    en téléchargement en bas de page


  • Le monde a besoin du dynamisme des jeunes

    Le Pape François a convoqué un Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » Il se tiendra à Rome, en octobre 2018. Ce Synode concerne tous les jeunes de 16 à 29 ans, chrétiens ou non, de tous les continents.
    Le Pape, au nom de l’Église Catholique, veut dire à ces jeunes qu’ils sont attendus et que le monde a besoin de leur dynamisme, de leur générosité, de leur engagement pour plus de fraternité. Il veut aussi leur signifier qu’il entend leurs inquiétudes et que l’Église est disponible pour les épauler alors que l’avenir est incertain et qu’ils peinent parfois à donner un sens à leur vie, à oser l’engagement. Ce monde, en effet, s’il est passionnant et rempli de richesses, est instable et traversé par bien des peurs. Aussi, il souhaiterait dire aux jeunes que l’Église peut leur offrir une boussole pour ne pas se perdre : le Christ et son Évangile de Vie.
    Alors le Pape invite les jeunes et ceux qui les accompagnent à faire un bout de chemin avec l’Église dont il est le pasteur. C’est l’étymologie du mot « Synode » : faire chemin ensemble ! De janvier à juin 2017, les responsables de la Pastorale des jeunes du monde entier ont été consultés afin de lui présenter les 16-29 ans et lui décrire ce qu’ils vivaient avec eux. Les jeunes eux-mêmes lui ont exprimé leurs questions, leurs désirs et ce qu’ils attendaient de l’Église Catholique grâce à une consultation mise en ligne. Ils seront 300 de tous les continents, en mars prochain, réunis à Rome pour un temps préparatoire au Synode.
    Toute cette riche consultation, lors du Synode, permettra aux évêques délégués par leur conférence épiscopale de réfléchir à la manière dont l’Église pourra faire découvrir aux jeunes qu’ils sont aimés de Dieu en ce temps qui est le nôtre, appelés par Lui à donner du sens à leur vie en se mettant au service de leurs frères, à la suite du Christ.
    « Je souhaite vous rappeler les paroles que Jésus dit un jour aux disciples qui lui demandaient : « Maître, où habites-tu ? ». Il répondit : « Venez et voyez » (Jn 1, 38-39). Vers vous aussi Jésus tourne son regard et vous invite à aller chez lui. Chers jeunes, avez-vous rencontré ce regard ? Avez-vous entendu cette voix ? Avez ressenti cette ardeur à vous mettre en route ? (…) Cet appel continue à résonner dans votre âme pour l’ouvrir à la joie complète. »[1]
    +Laurent PERCEROU
    Évêque de Moulins
    Président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes

    Le dossier de presse avec la synthèse nationale française du questionnaire adressé aux jeunes se trouve
    en téléchargement en bas de page


  • Le monde a besoin du dynamisme des jeunes

    Le Pape François a convoqué un Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » Il se tiendra à Rome, en octobre 2018. Ce Synode concerne tous les jeunes de 16 à 29 ans, chrétiens ou non, de tous les continents.
    Le Pape, au nom de l’Église Catholique, veut dire à ces jeunes qu’ils sont attendus et que le monde a besoin de leur dynamisme, de leur générosité, de leur engagement pour plus de fraternité. Il veut aussi leur signifier qu’il entend leurs inquiétudes et que l’Église est disponible pour les épauler alors que l’avenir est incertain et qu’ils peinent parfois à donner un sens à leur vie, à oser l’engagement. Ce monde, en effet, s’il est passionnant et rempli de richesses, est instable et traversé par bien des peurs. Aussi, il souhaiterait dire aux jeunes que l’Église peut leur offrir une boussole pour ne pas se perdre : le Christ et son Évangile de Vie.
    Alors le Pape invite les jeunes et ceux qui les accompagnent à faire un bout de chemin avec l’Église dont il est le pasteur. C’est l’étymologie du mot « Synode » : faire chemin ensemble ! De janvier à juin 2017, les responsables de la Pastorale des jeunes du monde entier ont été consultés afin de lui présenter les 16-29 ans et lui décrire ce qu’ils vivaient avec eux. Les jeunes eux-mêmes lui ont exprimé leurs questions, leurs désirs et ce qu’ils attendaient de l’Église Catholique grâce à une consultation mise en ligne. Ils seront 300 de tous les continents, en mars prochain, réunis à Rome pour un temps préparatoire au Synode.
    Toute cette riche consultation, lors du Synode, permettra aux évêques délégués par leur conférence épiscopale de réfléchir à la manière dont l’Église pourra faire découvrir aux jeunes qu’ils sont aimés de Dieu en ce temps qui est le nôtre, appelés par Lui à donner du sens à leur vie en se mettant au service de leurs frères, à la suite du Christ.
    « Je souhaite vous rappeler les paroles que Jésus dit un jour aux disciples qui lui demandaient : « Maître, où habites-tu ? ». Il répondit : « Venez et voyez » (Jn 1, 38-39). Vers vous aussi Jésus tourne son regard et vous invite à aller chez lui. Chers jeunes, avez-vous rencontré ce regard ? Avez-vous entendu cette voix ? Avez ressenti cette ardeur à vous mettre en route ? (…) Cet appel continue à résonner dans votre âme pour l’ouvrir à la joie complète. »[1]
    +Laurent PERCEROU
    Évêque de Moulins
    Président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes

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  • Action de communication nationale sur le Denier

    En 2016, le Denier (et autres dons assimilés) progresse de 1,1% : le montant total collecté est de 254 534 702 €. Les dons dits «ISF» s’élèvent à plus de 9 millions d’euros et représentent 4% de ces dons. Le don moyen passe de 217 € à 226 €. Le nombre de donateurs continue à baisser et passe à 1 128 000 donateurs, soit 40 000 de moins par rapport à 2015
    Sous l’impulsion des évêques, l’action nationale de communication qui commencera dès la fin décembre 2017 est le fruit d’un travail engagé depuis 4 ans. Elle est le résultat d’une action concertée et validée pas à pas.


  • Action de communication nationale sur le Denier

    En 2016, le Denier (et autres dons assimilés) progresse de 1,1% : le montant total collecté est de 254 534 702 €. Les dons dits «ISF» s’élèvent à plus de 9 millions d’euros et représentent 4% de ces dons. Le don moyen passe de 217 € à 226 €. Le nombre de donateurs continue à baisser et passe à 1 128 000 donateurs, soit 40 000 de moins par rapport à 2015
    Sous l’impulsion des évêques, l’action nationale de communication qui commencera dès la fin décembre 2017 est le fruit d’un travail engagé depuis 4 ans. Elle est le résultat d’une action concertée et validée pas à pas.


  • Action de communication nationale sur le Denier

    En 2016, le Denier (et autres dons assimilés) progresse de 1,1% : le montant total collecté est de 254 534 702 €. Les dons dits «ISF» s’élèvent à plus de 9 millions d’euros et représentent 4% de ces dons. Le don moyen passe de 217 € à 226 €. Le nombre de donateurs continue à baisser et passe à 1 128 000 donateurs, soit 40 000 de moins par rapport à 2015
    Sous l’impulsion des évêques, l’action nationale de communication qui commencera dès la fin décembre 2017 est le fruit d’un travail engagé depuis 4 ans. Elle est le résultat d’une action concertée et validée pas à pas.


lundi 6 novembre 2017

  • Commentaires du dimanche 12 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 12 novembre 2017
    32éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre de la Sagesse 6, 12 – 16
    12 La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas.
    Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment,
    elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent.
    13 Elle devance leurs désirs
    en se faisant connaître la première.
    14 Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas :
    il la trouvera assise à sa porte.
    15 Penser à elle est la perfection du discernement,
    et celui qui veille à cause d’elle
    sera bientôt délivré du souci.
    16 Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ;
    au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ;
    dans chacune de leurs pensées,
    elle vient à leur rencontre.

    Avec Aragon, les amoureux chantent « Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ? » : les croyants le chantent encore plus ; la foi est bien l’histoire d’une rencontre. Dans ce texte du livre de la Sagesse, comme dans toute la Bible, il s’agit de la foi d’Israël, de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Car l’auteur du livre de la Sagesse est un croyant ! Je dis « l’auteur » à défaut de pouvoir être plus précise ! On ne sait pas qui il est : une seule chose est sûre : ce livre intitulé « Livre de la sagesse de Salomon » n’est très certainement pas du grand roi Salomon, le fils de David, qui a régné vers 950 av.J.C. Ce Livre a été écrit en grec (et non en hébreu) par un Juif anonyme, à Alexandrie en Egypte, environ cinquante ans seulement, peut-être moins, avant la naissance de Jésus-Christ. Le passage que la liturgie nous offre ici fait partie de tout un ensemble de recommandations aux rois ; évidemment, l’attribution du livre au roi dont la Sagesse était proverbiale donnait toute latitude à l’auteur pour donner des conseils.
    Le chapitre 6 commence par : « Or donc, rois, écoutez et comprenez, laissez-vous instruire, vous dont la juridiction s’étend à toute la terre… C’est à vous, ô princes, que vont mes paroles, afin que vous appreniez la Sagesse et ne trébuchiez pas ». Son discours tient en trois points :
    Premièrement, la Sagesse est la chose la plus précieuse du monde : et là, ce livre au titre trop sérieux recèle des envolées littéraires auxquelles on ne s’attendait pas : « La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas ». Ou encore : « Elle est un effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la gloire du Tout-Puissant… elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu et une image de sa bonté. » (Sg 4, 25-26). Elle est tellement précieuse qu’on la compare à la plus désirable des femmes : « Elle est plus radieuse que le soleil et surpasse toute constellation. Comparée à la lumière, sa supériorité éclate : la nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la Sagesse. » (Sg 7, 29-30). « C’est elle que j’ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j’ai cherché à en faire mon épouse et je suis devenu l’amant de sa beauté. » (Sg 8, 2).
    Deuxièmement, la Sagesse est à notre portée, ou, plus exactement, elle se met à notre portée : « Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment… elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. » Au passage, il faut admirer ce style très balancé que nous trouvons si souvent dans la Bible, en particulier chez les prophètes et dans les psaumes. Mais surtout, il y a dans ces deux phrases parallèles une affirmation fondamentale : c’est qu’il n’y a pas de conditions pour rencontrer Dieu ; pas de conditions d’intelligence, de mérite ou de valeur personnelle… Jésus le redira sous une autre forme : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira… Quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe, on ouvrira. » (Mt 7, 7-9).
    Et l’auteur attribue au roi Salomon cette confidence : « J’ai prié et le discernement m’a été donné, j’ai imploré et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. » (Sg 7,7). Il nous suffit de la désirer : la seule condition, évidemment, la chercher, la désirer ardemment : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube » dit le psaume. « Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte » ; toujours cette affirmation qu’elle est tout près de nous, et qu’il nous suffit de la chercher… manière aussi de dire que nous sommes libres ; Dieu ne nous force jamais la main.
    Troisièmement, non seulement, elle répond à notre attente, mais elle-même nous recherche, elle nous devance ! Et là, il faut quand même de l’audace… Pourtant, l’auteur le dit en toutes lettres : « Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première »… « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle. » Dieu prend l’initiative de se révéler à l’homme ; car, on l’a deviné, la Sagesse n’est autre que Dieu lui-même inspirant notre conduite. Plus tard, Saint Paul dira de Jésus-Christ qu’il est la Sagesse de Dieu : « Il est Christ, Puissance de Dieu, Sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24 – 30). « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle » : de nous-mêmes, nous ne pourrions pas atteindre Dieu. Et la dignité dont il est question ici, c’est seulement ce désir de Dieu : la seule dignité qui nous est demandée, c’est d’avoir un coeur qui cherche Dieu. Serait-ce cela la « robe des noces » de la parabole ?
    Et voilà pourquoi il peut y avoir rencontre, Alliance : on sait bien que, pour qu’il y ait vraiment rencontre intime entre deux êtres, il faut que les deux le désirent ; et c’est ce que nous dit le passage d’aujourd’hui : Dieu est à la recherche de l’homme ; il faut et il suffit que l’homme soit à la recherche de Dieu : « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre ».
    On peut se poser la question : sur quels critères peut-on juger qu’un roi (ou quiconque) aura été sage ou non ? Voici ce qu’en dit Jérémie : « Que le sage ne se vante pas de sa sagesse, que le vaillant ne se vante pas de sa vaillance, que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Mais qui veut se vanter, qu’il se vante de ceci : avoir de l’intelligence et me connaître, car je suis le SEIGNEUR qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre. Oui, c’est cela qui me complaît, oracle du SEIGNEUR ! » (Jr 9, 22-23). Voilà donc les critères de la vraie sagesse : celle qui se traduit par la bonté, le droit, la justice.
    Notre auteur dit quelque chose d’équivalent : « C’est lui (le Très-Haut) qui examinera vos actes… Si vous, les ministres de sa royauté n’avez pas jugé selon le droit, ni respecté la loi, ni agi selon la volonté de Dieu… (sous-entendu « il vous jugera ») » (Sg 6, 3-4). Décidément, où qu’on se tourne dans la Bible, cela revient toujours au même : la seule chose qui nous est demandée, c’est d’agir selon la volonté de Dieu : « Ce ne sont pas ceux qui disent ‘Seigneur, Seigneur’, mais ceux qui font la volonté de mon Père… » et le prophète Michée précise : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu (d’autres traductions disent « la vigilance » dans la marche avec ton Dieu) (Mi 6, 8). Toutes les autres lectures de ce trente-deuxième dimanche nous parleront de cette vigilance.

    PSAUME – 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 7-8
    2 Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube :
    mon âme a soif de toi ;
    après toi languit ma chair,
    terre aride, altérée, sans eau.
    3 Je t’ai contemplé au sanctuaire,
    j’ai vu ta force et ta gloire.
    4 Ton amour vaut mieux que la vie :
    tu seras la louange de mes lèvres !
    5 Toute ma vie je vais te bénir,
    lever les mains en invoquant ton nom.
    6 Comme par un festin je serai rassasié :
    la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.
    7 Dans la nuit, je me souviens de toi
    et je reste des heures à te parler.
    8 Oui, tu es venu à mon secours :
    je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

    « Je crie de joie à l’ombre de tes ailes » : c’est beau, mais c’est quand même étonnant ! En fait, il faut se transporter en pensée, à l’intérieur du Temple de Jérusalem (avant sa destruction, bien sûr, en 587 av.J.C. par Nabuchodonosor)… et supposer que nous sommes prêtres ou lévites. Là, dans le lieu le plus sacré, le « Saint des Saints », se trouvait l’Arche d’Alliance : attention, quand nous disons Arche aujourd’hui, nous risquons de penser à une oeuvre architecturale imposante : les Parisiens penseront peut-être à ce qu’ils appellent la Grande Arche de la Défense… Pour Israël, c’est tout autre chose ! Il s’agit de ce qu’ils avaient de plus sacré1 : un petit coffret de bois précieux, recouvert d’or, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui abritait les tables de la Loi. Sur ce coffret, veillaient deux énormes statues de chérubins.
    Les « Chérubins » n’ont pas été inventés par Israël : le mot vient de Mésopotamie. C’étaient des êtres célestes, à corps de lion, et face d’homme, et surtout des ailes immenses. En Mésopotamie, ils étaient honorés comme des divinités… En Israël au contraire, on prend bien soin de montrer qu’ils ne sont que des créatures : ils sont représentés comme des protecteurs de l’Arche, mais leurs ailes déployées sont considérées comme le marchepied du trône de Dieu. Ici, un prêtre en prière dans le Temple, à l’ombre des ailes des chérubins se sent enveloppé de la tendresse de son Dieu depuis l’aube jusqu’à la nuit.2
    Les autres images de ce psaume sont toutes également empruntées au vocabulaire des lévites : « Je t’ai contemplé au sanctuaire » : ils étaient les seuls à pénétrer dans la partie sainte du Temple… « toute ma vie, je vais te bénir » : effectivement toute leur vie était consacrée à la louange de Dieu… « lever les mains en invoquant ton nom » : là nous voyons le lévite en prière, les mains levées… « Comme par un festin je serai rassasié », c’est une allusion à certains sacrifices qui étaient suivis d’un repas de communion pour tous les assistants, et d’autre part, on sait que les lévites recevaient pour leur nourriture une part de la viande des sacrifices… « Dans la nuit, je me souviens de toi, je reste des heures à te parler » : lorsqu’ils étaient de service à Jérusalem, leur vie entière se déroulait dans l’enceinte du Temple.
    En fait, ce psaume est une métaphore : ce lévite, c’est Israël tout entier qui, depuis l’aube de son histoire et jusqu’à la fin des temps, s’émerveille de l’intimité que Dieu lui propose : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi… » Et quand il dit « dès l’aube », il veut dire depuis l’aube des temps : depuis toujours le peuple d’Israël est en quête de son Dieu. « Mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » : en Israël, ces expressions sont très réalistes : la terre désertique, assoiffée, qui n’attend que la pluie pour revivre, c’est une expérience habituelle, très suggestive.
    Depuis l’aube de son histoire, Israël a soif de son Dieu, une soif d’autant plus grande qu’il a expérimenté la présence, l’intimité proposée par Dieu. Et donc, à un deuxième niveau, c’est l’expérience du peuple qui affleure dans ce psaume : par exemple « mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » est certainement une allusion au séjour dans le désert après la sortie d’Egypte et à l’expérience terrible de la soif à Massa et Meriba (Ex 17). La plus belle prière est certainement celle qui jaillit de notre pauvreté spirituelle, comme la plainte du déshydraté : « J’ai soif ».
    « Je t’ai contemplé au sanctuaire » est une allusion aux manifestations de Dieu au Sinaï, le lieu sacré où le peuple a contemplé son Dieu qui lui offrait l’Alliance. « J’ai vu ta force et ta gloire », dans la mémoire d’Israël, cela évoque les prodiges de l’Exode pour libérer son peuple de l’esclavage en Egypte. Tout autant que la formule « Tu es venu à mon secours » : on n’oubliera jamais, de mémoire d’homme, en Israël, cette phrase de Dieu à Moïse : « Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer. » (Ex 3, 7).
    Quand on méditait sur cette libération apportée par Dieu, on comparait parfois celui-ci à un aigle apprenant à ses petits à voler : « Il est comme l’aigle qui encourage sa nichée : il plane au-dessus de ses petits, il déploie toute son envergure, il les prend et les porte sur ses ailes. » (Dt 32, 11). En écho on lit dans le livre de l’Exode, au moment de la célébration de l’Alliance : « Tu diras ceci à la maison de Jacob… Vous avez vu vous-mêmes comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai fait arriver jusqu’à moi. » (Ex 19, 4). Si bien que les ailes des chérubins dans le Temple prenaient encore une autre signification. Elles sont les ailes protectrices de celui qui apprend à Israël le chemin de la liberté.
    Toutes ces évocations d’une vie d’Alliance, d’intimité sans ombre sont peut-être la preuve que ce psaume a été écrit dans une période moins lumineuse ! Où l’on a bien besoin de s’accrocher aux souvenirs du passé. Tout n’est pas si rose et les derniers versets (que la liturgie ne nous fait pas chanter), disent fortement, violemment même l’attente de la disparition du mal sur la terre, par exemple : « Ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre »… Israël attend la pleine réalisation des promesses de Dieu, les cieux nouveaux, la terre nouvelle, et la délivrance de tout mal et de toute persécution.
    L’expression « je te cherche dès l’aube… mon âme a soif » dit aussi que cette quête n’est pas encore comblée : Israël est le peuple de l’attente, de l’espérance : « Mon âme attend le Seigneur, plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore. » (Ps 129/130, 6). Quand Jésus parle de veille, de vigilance dans la parabole des vierges sages et des vierges folles (qui sera notre évangile de ce trente-deuxième dimanche), c’est à cela qu’il pense : une recherche permanente de Dieu.
    Aujourd’hui à la suite du peuple juif, le peuple chrétien reprend à son compte cette prière, cette soif, cette attente : le psaume 62/63 fait partie de la prière des Heures du dimanche matin de la première semaine. Car dans la liturgie chrétienne, le dimanche, jour de la Résurrection du Christ, est le jour privilégié où nous célébrons la totalité du mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple, depuis l’aube de son histoire, dans l’attente de l’avènement définitif de son Royaume.
    ——————————-
    Note
    L’Arche d’Alliance est perdue depuis l’Exil à Babylone et personne ne sait ce qu’elle est devenue.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 4, 13-18
    13 Frères,
    nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance
    au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ;
    il ne faut pas que vous soyez abattus
    comme les autres, qui n’ont pas d’espérance.
    14 Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ;
    de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis,
    Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.
    15 Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci :
    nous les vivants,
    nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur,
    nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis.
    16 Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine,
    le Seigneur lui-même descendra du ciel,
    et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord.
    17 Ensuite, nous les vivants,
    nous qui sommes encore là,
    nous serons emportés sur les nuées du ciel,
    en même temps qu’eux,
    à la rencontre du Seigneur.
    Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.
    18 Réconfortez-vous donc les uns les autres
    avec ce que je viens de dire.

    On se demande souvent ce que les Chrétiens ont de plus que les autres ; Saint Paul vient de nous donner une réponse : nous avons reçu en cadeau l’espérance ! D’après lui, c’est ce qui nous distingue : « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres qui n’ont pas d’espérance ». Une espérance qui ne repose ni sur des raisonnements, ni sur des convictions, ni sur de quelconques prédictions… mais sur un événement qui est le socle de notre foi : à savoir la Résurrection de Jésus-Christ.
    Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul va jusqu’à dire : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14). De deux choses l’une : ou bien Christ est ressuscité ou bien il ne l’est pas. S’il n’est pas ressuscité, alors notre foi est un château de cartes qui ne peut que s’écrouler. « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire… Dès lors, même ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 17-19). Si c’est cela, nous avons été trompés et l’avenir est bouché.
    Mais, bien sûr, Paul continue, toujours dans cette lettre aux Corinthiens : « Mais non : Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts. » (1 Co 15, 20). « Prémices », c’est-à-dire premier-né de l’humanité vivante. Paul fait allusion, ici, à la coutume de l’offrande des prémices dans l’Ancien Testament : lorsqu’on offrait à Dieu la première gerbe de la récolte, ou l’animal premier-né du troupeau, ces offrandes (ces « prémices ») représentaient la totalité de la récolte, l’ensemble du troupeau. De la même manière, Jésus ressuscité est « prémices » de toute l’humanité.
    Et alors nous pouvons contempler ce projet de Dieu : le Dieu vivant a conçu un peuple de vivants ; et c’est pour cela que nous sommes le peuple de l’espérance ; rappelons-nous la discussion de Jésus avec les Sadducéens (Mt 22, 23s) : à l’époque du Christ, la foi en la Résurrection était un progrès tout récent de la théologie juive ; les Pharisiens y croyaient, mais pas encore les Sadducéens : ils donnaient pour argument la complexité des rapports dans l’au-delà pour une femme qui aurait eu sur terre successivement sept maris : « A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle la femme, puisque tous l’ont eue pour femme ? » Jésus leur répond, d’abord, qu’il ne faut pas envisager la Résurrection comme une copie de notre vie sur la terre, la perspective de la mort en moins ; mais surtout, il affirme la Résurrection : « Pour ce qui est de la Résurrection des morts, n’avez-vous pas lu la parole que Dieu vous a dite : ‘Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob’ ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
    Cette parole-là lui a permis, à lui, Jésus, le premier, d’affronter la mort. Quand il annonce sa Passion à ses disciples, il annonce toujours en même temps sa Résurrection (Mt 16, 16 par ex) ; cette parole-là doit nous permettre à notre tour d’affronter la vie sans angoisse excessive à la pensée de son terme inéluctable, et d’affronter la mort, le jour venu. Comme dit Paul encore : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la Création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu … elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 17-23).
    Cet enfantement, c’est celui du dessein bienveillant de Dieu : s’il y a un moment où nous devons nous souvenir à tout prix que le dessein de Dieu est bienveillant, c’est quand nous envisageons notre mort ; et alors, il ne nous reste plus qu’à nous laisser faire puisque sa volonté est bonne pour nous : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. » (Ep 1, 9-10).
    Ce projet de Dieu, c’est donc un peuple de vivants qui ne font qu’un en Jésus-Christ, comme un seul homme. Au fond, ce qui nous est le plus difficile à imaginer, c’est ce projet d’union : « Réunir l’univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ ». C’est certainement à cela que Paul pensait lorsqu’il écrivait : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?… Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rm 8, 35-39).
    Rien ne pourra nous séparer de lui, rien, pas même la mort biologique : c’est pour cela que Paul emploie l’image du sommeil ; quelqu’un qui dort est bien vivant ! Et donc ceux qui nous ont quittés ne seront pas séparés du Christ. Comme dit Paul dans notre texte d’aujourd’hui : « Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur ». Voilà qui devrait nous permettre de nous réconforter mutuellement. Paul lui-même en a eu peut-être parfois besoin puisqu’il dit dans la deuxième lettre aux Corinthiens : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. » (2 Co 4, 16-17) ; et dans la lettre aux Philippiens : « Notre cité à nous est dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire, avec la force qui le rend capable aussi de tout soumettre à son pouvoir. » (Phi 3, 20-21).
    Pour terminer, imaginons le dernier jour, celui que Jésus appelle « l’avènement du Fils de l’Homme » : le journaliste de service écrira « Ils se sont tous levés comme un seul homme » !

    EVANGILE – selon saint Matthieu 25, 1 – 13
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    1 « Le royaume des Cieux sera comparable
    à dix jeunes filles invitées à des noces,
    qui prirent leur lampe
    pour sortir à la rencontre de l’époux.
    2 Cinq d’entre elles étaient insouciantes,
    et cinq étaient prévoyantes :
    3 les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
    4 tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes,
    des flacons d’huile.
    5 Comme l’époux tardait,
    elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
    6 Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
    ‘Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’
    7 Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent
    et se mirent à préparer leur lampe.
    8 Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes :
    ‘Donnez-nous de votre huile,
    car nos lampes s’éteignent.’
    9 Les prévoyantes leur répondirent :
    ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
    allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’
    10 Pendant qu’elles allaient en acheter,
    l’époux arriva.
    Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces,
    et la porte fut fermée.
    11 Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent :
    ‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
    12 Il leur répondit :
    ‘Amen, je vous le dis :
    je ne vous connais pas.’
    13 Veillez donc,
    car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

    « Le Royaume des cieux est semblable à dix jeunes filles invitées à des noces … » Cette comparaison très positive avec des noces prouve bien que Jésus n’a pas imaginé cette parabole pour nous inquiéter ; il nous invite à nous transporter déjà au terme du voyage, quand le Royaume sera accompli et il nous dit « Ce sera comme un soir de noce » : d’entrée de jeu, on peut donc déjà déduire que même la dernière parole « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » ne doit pas nous faire peur, ce n’est jamais le but de Jésus. A nous de déchiffrer ce qu’elle veut dire.
    C’est une parabole, c’est-à-dire que c’est la leçon finale qui compte. Ce n’est pas une allégorie, il n’y a donc pas à chercher des correspondances entre chaque détail de l’histoire et des situations ou des personnes concrètes. Enfin, ne nous scandalisons pas de ces prévoyantes qui refusent de partager, ce n’est pas une parabole sur le partage.
    Toutes ces précautions prises, il reste à découvrir ce que peut vouloir dire cette fameuse dernière phrase « Veillez donc ». Pour commencer, reprenons les éléments de la parabole : des noces, une invitation ; dix jeunes filles, cinq d’entre elles sont insouciantes, cinq sont prévoyantes ; les prévoyantes ont de l’huile en réserve, les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile… or il est vrai qu’une lampe à huile sans huile n’est plus une lampe à huile… C’est aussi insensé que de mettre une lampe sous le boisseau : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » (Mt 5, 15).
    L’époux tarde à venir et tout notre petit monde s’endort, les prévoyantes comme les autres : on peut noter au passage que ce sommeil ne leur est pas reproché, ce qui prouve que le mot de la fin « Veillez » n’interdit pas de dormir, ce qui est pour le moins paradoxal ! L’époux finit quand même par arriver et l’on connaît la suite : les prévoyantes entrent dans la salle de noces, les insouciantes se voient fermer la porte avec cette phrase dont on ne sait pas dire si elle est dure ou attristée « Je ne vous connais pas » leur dit l’époux. Et cette fameuse conclusion : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
    Chose curieuse, Jésus a déjà traité à peu près le même thème dans une autre parabole, celle des deux maisons : l’une est bâtie sur le roc, l’autre sur le sable. « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé » : l’une des deux a résisté, l’autre s’est écroulée ; jusque-là rien de surprenant, on aurait pu s’en douter ; mais voici que Jésus s’explique : celui qui a bâti sur le roc, c’est « tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique… » ; que sont ces fameuses « paroles qu’il vient de dire » ? Nous sommes au chapitre 7 de Saint Matthieu ; quelques lignes auparavant, on a pu lire : « Ce n’est pas en me disant ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le royaume des Cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?’ Alors je leur déclarerai : ‘Je ne vous ai jamais connus. Ecartez-vous de moi, vous qui commettez le mal. » (Mt 7, 21-27).
    Et Jésus continue : « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique, est comparable à un homme prévoyant* qui a construit sa maison sur le roc… ». Dans la parabole des deux maisons, le lien est donc clair : « Je ne vous connais pas, car vous commettez le mal » ; en d’autres termes, « vous faites de très belles choses (prophéties, miracles…) mais vous n’aimez pas vos frères » ; ici, dans la parabole des dix vierges, cela revient au même : c’est « Je ne vous connais pas, vous n’êtes pas la lumière du monde… vous êtes appelées à l’être, mais il n’y a pas d’huile dans vos lampes ».
    Les deux fois, Jésus emploie cette même formule « Je ne vous connais pas » : ce n’est pas un verdict sans appel, c’est un constat triste : « Je ne vous connais pas encore », « Vous n’êtes pas encore prêts pour le Royaume, vous n’êtes pas prêts pour les noces » ; il faut sans doute l’entendre au sens de « Je ne vous reconnais pas » : vous ne me ressemblez pas, vous n’êtes pas en communion avec moi.
    Le rapprochement avec la parabole des deux maisons peut encore nous éclairer : celle-ci était la conclusion du discours sur la montagne dans lequel Jésus proclamait « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes…Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 43-48).
    « Veiller », c’est donc vivre au jour le jour cette ressemblance avec le Père pour laquelle nous sommes faits : c’est aimer comme lui ; chose impossible, sommes-nous tentés de dire… heureusement cette ressemblance d’amour est cadeau ; comme nous l’ont dit les autres lectures de ce dimanche, il nous suffit de la désirer ; de le chercher, comme dit le psaume « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube » ; d’aller à la rencontre de cette Sagesse dont nous parlait la première lecture, celle qui se traduit par la bonté, le droit, la justice. Veiller, en fin de compte, c’est être toujours prêt à le recevoir. Cette rencontre de l’époux se fait non pas au bout du temps, à la fin de l’histoire terrestre de chacun, mais à chaque jour du temps ; c’est à chaque jour du temps qu’il nous modèle à son image.
    —————————–
    *Le mot grec qui a été traduit en français par « prévoyant » est bien le même dans les deux paraboles (Mt 7,24 // Mt 25,2).
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    Compléments
    – Il y a plusieurs manières d’envisager le temps qui passe ; pour un Chrétien, elle ne peut être que positive : c’est le temps qui prépare la venue du Seigneur, « l’avènement du Fils de l’Homme ». Jean-Sébastien Bach a traité ce thème dans un choral intitulé « Le choral du veilleur » et qui est en fait une variation sur la parabole des jeunes filles prévoyantes et des jeunes filles insouciantes ; il commence par un pas de danse très gai sur un registre un peu haut : vous les avez reconnues, ce sont les jeunes filles insouciantes ; puis, plus bas, intervient gravement la musique du cantique « Adoro te devote » : ce sont les vierges prévoyantes en train de méditer ; enfin au pédalier, s’installe un rythme régulier, appuyé, qui symbolise le temps qui s’écoule.
    – « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » : Personne ne peut remplir ma lampe à ma place. Il y va de ma liberté et de ma responsabilité.


  • Commentaires du dimanche 12 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 12 novembre 2017
    32éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre de la Sagesse 6, 12 – 16
    12 La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas.
    Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment,
    elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent.
    13 Elle devance leurs désirs
    en se faisant connaître la première.
    14 Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas :
    il la trouvera assise à sa porte.
    15 Penser à elle est la perfection du discernement,
    et celui qui veille à cause d’elle
    sera bientôt délivré du souci.
    16 Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ;
    au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ;
    dans chacune de leurs pensées,
    elle vient à leur rencontre.

    Avec Aragon, les amoureux chantent « Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ? » : les croyants le chantent encore plus ; la foi est bien l’histoire d’une rencontre. Dans ce texte du livre de la Sagesse, comme dans toute la Bible, il s’agit de la foi d’Israël, de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Car l’auteur du livre de la Sagesse est un croyant ! Je dis « l’auteur » à défaut de pouvoir être plus précise ! On ne sait pas qui il est : une seule chose est sûre : ce livre intitulé « Livre de la sagesse de Salomon » n’est très certainement pas du grand roi Salomon, le fils de David, qui a régné vers 950 av.J.C. Ce Livre a été écrit en grec (et non en hébreu) par un Juif anonyme, à Alexandrie en Egypte, environ cinquante ans seulement, peut-être moins, avant la naissance de Jésus-Christ. Le passage que la liturgie nous offre ici fait partie de tout un ensemble de recommandations aux rois ; évidemment, l’attribution du livre au roi dont la Sagesse était proverbiale donnait toute latitude à l’auteur pour donner des conseils.
    Le chapitre 6 commence par : « Or donc, rois, écoutez et comprenez, laissez-vous instruire, vous dont la juridiction s’étend à toute la terre… C’est à vous, ô princes, que vont mes paroles, afin que vous appreniez la Sagesse et ne trébuchiez pas ». Son discours tient en trois points :
    Premièrement, la Sagesse est la chose la plus précieuse du monde : et là, ce livre au titre trop sérieux recèle des envolées littéraires auxquelles on ne s’attendait pas : « La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas ». Ou encore : « Elle est un effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la gloire du Tout-Puissant… elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu et une image de sa bonté. » (Sg 4, 25-26). Elle est tellement précieuse qu’on la compare à la plus désirable des femmes : « Elle est plus radieuse que le soleil et surpasse toute constellation. Comparée à la lumière, sa supériorité éclate : la nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la Sagesse. » (Sg 7, 29-30). « C’est elle que j’ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j’ai cherché à en faire mon épouse et je suis devenu l’amant de sa beauté. » (Sg 8, 2).
    Deuxièmement, la Sagesse est à notre portée, ou, plus exactement, elle se met à notre portée : « Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment… elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. » Au passage, il faut admirer ce style très balancé que nous trouvons si souvent dans la Bible, en particulier chez les prophètes et dans les psaumes. Mais surtout, il y a dans ces deux phrases parallèles une affirmation fondamentale : c’est qu’il n’y a pas de conditions pour rencontrer Dieu ; pas de conditions d’intelligence, de mérite ou de valeur personnelle… Jésus le redira sous une autre forme : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira… Quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe, on ouvrira. » (Mt 7, 7-9).
    Et l’auteur attribue au roi Salomon cette confidence : « J’ai prié et le discernement m’a été donné, j’ai imploré et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. » (Sg 7,7). Il nous suffit de la désirer : la seule condition, évidemment, la chercher, la désirer ardemment : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube » dit le psaume. « Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte » ; toujours cette affirmation qu’elle est tout près de nous, et qu’il nous suffit de la chercher… manière aussi de dire que nous sommes libres ; Dieu ne nous force jamais la main.
    Troisièmement, non seulement, elle répond à notre attente, mais elle-même nous recherche, elle nous devance ! Et là, il faut quand même de l’audace… Pourtant, l’auteur le dit en toutes lettres : « Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première »… « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle. » Dieu prend l’initiative de se révéler à l’homme ; car, on l’a deviné, la Sagesse n’est autre que Dieu lui-même inspirant notre conduite. Plus tard, Saint Paul dira de Jésus-Christ qu’il est la Sagesse de Dieu : « Il est Christ, Puissance de Dieu, Sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24 – 30). « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle » : de nous-mêmes, nous ne pourrions pas atteindre Dieu. Et la dignité dont il est question ici, c’est seulement ce désir de Dieu : la seule dignité qui nous est demandée, c’est d’avoir un coeur qui cherche Dieu. Serait-ce cela la « robe des noces » de la parabole ?
    Et voilà pourquoi il peut y avoir rencontre, Alliance : on sait bien que, pour qu’il y ait vraiment rencontre intime entre deux êtres, il faut que les deux le désirent ; et c’est ce que nous dit le passage d’aujourd’hui : Dieu est à la recherche de l’homme ; il faut et il suffit que l’homme soit à la recherche de Dieu : « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre ».
    On peut se poser la question : sur quels critères peut-on juger qu’un roi (ou quiconque) aura été sage ou non ? Voici ce qu’en dit Jérémie : « Que le sage ne se vante pas de sa sagesse, que le vaillant ne se vante pas de sa vaillance, que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Mais qui veut se vanter, qu’il se vante de ceci : avoir de l’intelligence et me connaître, car je suis le SEIGNEUR qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre. Oui, c’est cela qui me complaît, oracle du SEIGNEUR ! » (Jr 9, 22-23). Voilà donc les critères de la vraie sagesse : celle qui se traduit par la bonté, le droit, la justice.
    Notre auteur dit quelque chose d’équivalent : « C’est lui (le Très-Haut) qui examinera vos actes… Si vous, les ministres de sa royauté n’avez pas jugé selon le droit, ni respecté la loi, ni agi selon la volonté de Dieu… (sous-entendu « il vous jugera ») » (Sg 6, 3-4). Décidément, où qu’on se tourne dans la Bible, cela revient toujours au même : la seule chose qui nous est demandée, c’est d’agir selon la volonté de Dieu : « Ce ne sont pas ceux qui disent ‘Seigneur, Seigneur’, mais ceux qui font la volonté de mon Père… » et le prophète Michée précise : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu (d’autres traductions disent « la vigilance » dans la marche avec ton Dieu) (Mi 6, 8). Toutes les autres lectures de ce trente-deuxième dimanche nous parleront de cette vigilance.

    PSAUME – 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 7-8
    2 Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube :
    mon âme a soif de toi ;
    après toi languit ma chair,
    terre aride, altérée, sans eau.
    3 Je t’ai contemplé au sanctuaire,
    j’ai vu ta force et ta gloire.
    4 Ton amour vaut mieux que la vie :
    tu seras la louange de mes lèvres !
    5 Toute ma vie je vais te bénir,
    lever les mains en invoquant ton nom.
    6 Comme par un festin je serai rassasié :
    la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.
    7 Dans la nuit, je me souviens de toi
    et je reste des heures à te parler.
    8 Oui, tu es venu à mon secours :
    je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

    « Je crie de joie à l’ombre de tes ailes » : c’est beau, mais c’est quand même étonnant ! En fait, il faut se transporter en pensée, à l’intérieur du Temple de Jérusalem (avant sa destruction, bien sûr, en 587 av.J.C. par Nabuchodonosor)… et supposer que nous sommes prêtres ou lévites. Là, dans le lieu le plus sacré, le « Saint des Saints », se trouvait l’Arche d’Alliance : attention, quand nous disons Arche aujourd’hui, nous risquons de penser à une oeuvre architecturale imposante : les Parisiens penseront peut-être à ce qu’ils appellent la Grande Arche de la Défense… Pour Israël, c’est tout autre chose ! Il s’agit de ce qu’ils avaient de plus sacré1 : un petit coffret de bois précieux, recouvert d’or, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui abritait les tables de la Loi. Sur ce coffret, veillaient deux énormes statues de chérubins.
    Les « Chérubins » n’ont pas été inventés par Israël : le mot vient de Mésopotamie. C’étaient des êtres célestes, à corps de lion, et face d’homme, et surtout des ailes immenses. En Mésopotamie, ils étaient honorés comme des divinités… En Israël au contraire, on prend bien soin de montrer qu’ils ne sont que des créatures : ils sont représentés comme des protecteurs de l’Arche, mais leurs ailes déployées sont considérées comme le marchepied du trône de Dieu. Ici, un prêtre en prière dans le Temple, à l’ombre des ailes des chérubins se sent enveloppé de la tendresse de son Dieu depuis l’aube jusqu’à la nuit.2
    Les autres images de ce psaume sont toutes également empruntées au vocabulaire des lévites : « Je t’ai contemplé au sanctuaire » : ils étaient les seuls à pénétrer dans la partie sainte du Temple… « toute ma vie, je vais te bénir » : effectivement toute leur vie était consacrée à la louange de Dieu… « lever les mains en invoquant ton nom » : là nous voyons le lévite en prière, les mains levées… « Comme par un festin je serai rassasié », c’est une allusion à certains sacrifices qui étaient suivis d’un repas de communion pour tous les assistants, et d’autre part, on sait que les lévites recevaient pour leur nourriture une part de la viande des sacrifices… « Dans la nuit, je me souviens de toi, je reste des heures à te parler » : lorsqu’ils étaient de service à Jérusalem, leur vie entière se déroulait dans l’enceinte du Temple.
    En fait, ce psaume est une métaphore : ce lévite, c’est Israël tout entier qui, depuis l’aube de son histoire et jusqu’à la fin des temps, s’émerveille de l’intimité que Dieu lui propose : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi… » Et quand il dit « dès l’aube », il veut dire depuis l’aube des temps : depuis toujours le peuple d’Israël est en quête de son Dieu. « Mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » : en Israël, ces expressions sont très réalistes : la terre désertique, assoiffée, qui n’attend que la pluie pour revivre, c’est une expérience habituelle, très suggestive.
    Depuis l’aube de son histoire, Israël a soif de son Dieu, une soif d’autant plus grande qu’il a expérimenté la présence, l’intimité proposée par Dieu. Et donc, à un deuxième niveau, c’est l’expérience du peuple qui affleure dans ce psaume : par exemple « mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » est certainement une allusion au séjour dans le désert après la sortie d’Egypte et à l’expérience terrible de la soif à Massa et Meriba (Ex 17). La plus belle prière est certainement celle qui jaillit de notre pauvreté spirituelle, comme la plainte du déshydraté : « J’ai soif ».
    « Je t’ai contemplé au sanctuaire » est une allusion aux manifestations de Dieu au Sinaï, le lieu sacré où le peuple a contemplé son Dieu qui lui offrait l’Alliance. « J’ai vu ta force et ta gloire », dans la mémoire d’Israël, cela évoque les prodiges de l’Exode pour libérer son peuple de l’esclavage en Egypte. Tout autant que la formule « Tu es venu à mon secours » : on n’oubliera jamais, de mémoire d’homme, en Israël, cette phrase de Dieu à Moïse : « Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer. » (Ex 3, 7).
    Quand on méditait sur cette libération apportée par Dieu, on comparait parfois celui-ci à un aigle apprenant à ses petits à voler : « Il est comme l’aigle qui encourage sa nichée : il plane au-dessus de ses petits, il déploie toute son envergure, il les prend et les porte sur ses ailes. » (Dt 32, 11). En écho on lit dans le livre de l’Exode, au moment de la célébration de l’Alliance : « Tu diras ceci à la maison de Jacob… Vous avez vu vous-mêmes comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai fait arriver jusqu’à moi. » (Ex 19, 4). Si bien que les ailes des chérubins dans le Temple prenaient encore une autre signification. Elles sont les ailes protectrices de celui qui apprend à Israël le chemin de la liberté.
    Toutes ces évocations d’une vie d’Alliance, d’intimité sans ombre sont peut-être la preuve que ce psaume a été écrit dans une période moins lumineuse ! Où l’on a bien besoin de s’accrocher aux souvenirs du passé. Tout n’est pas si rose et les derniers versets (que la liturgie ne nous fait pas chanter), disent fortement, violemment même l’attente de la disparition du mal sur la terre, par exemple : « Ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre »… Israël attend la pleine réalisation des promesses de Dieu, les cieux nouveaux, la terre nouvelle, et la délivrance de tout mal et de toute persécution.
    L’expression « je te cherche dès l’aube… mon âme a soif » dit aussi que cette quête n’est pas encore comblée : Israël est le peuple de l’attente, de l’espérance : « Mon âme attend le Seigneur, plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore. » (Ps 129/130, 6). Quand Jésus parle de veille, de vigilance dans la parabole des vierges sages et des vierges folles (qui sera notre évangile de ce trente-deuxième dimanche), c’est à cela qu’il pense : une recherche permanente de Dieu.
    Aujourd’hui à la suite du peuple juif, le peuple chrétien reprend à son compte cette prière, cette soif, cette attente : le psaume 62/63 fait partie de la prière des Heures du dimanche matin de la première semaine. Car dans la liturgie chrétienne, le dimanche, jour de la Résurrection du Christ, est le jour privilégié où nous célébrons la totalité du mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple, depuis l’aube de son histoire, dans l’attente de l’avènement définitif de son Royaume.
    ——————————-
    Note
    L’Arche d’Alliance est perdue depuis l’Exil à Babylone et personne ne sait ce qu’elle est devenue.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 4, 13-18
    13 Frères,
    nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance
    au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ;
    il ne faut pas que vous soyez abattus
    comme les autres, qui n’ont pas d’espérance.
    14 Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ;
    de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis,
    Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.
    15 Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci :
    nous les vivants,
    nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur,
    nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis.
    16 Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine,
    le Seigneur lui-même descendra du ciel,
    et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord.
    17 Ensuite, nous les vivants,
    nous qui sommes encore là,
    nous serons emportés sur les nuées du ciel,
    en même temps qu’eux,
    à la rencontre du Seigneur.
    Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.
    18 Réconfortez-vous donc les uns les autres
    avec ce que je viens de dire.

    On se demande souvent ce que les Chrétiens ont de plus que les autres ; Saint Paul vient de nous donner une réponse : nous avons reçu en cadeau l’espérance ! D’après lui, c’est ce qui nous distingue : « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres qui n’ont pas d’espérance ». Une espérance qui ne repose ni sur des raisonnements, ni sur des convictions, ni sur de quelconques prédictions… mais sur un événement qui est le socle de notre foi : à savoir la Résurrection de Jésus-Christ.
    Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul va jusqu’à dire : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14). De deux choses l’une : ou bien Christ est ressuscité ou bien il ne l’est pas. S’il n’est pas ressuscité, alors notre foi est un château de cartes qui ne peut que s’écrouler. « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire… Dès lors, même ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 17-19). Si c’est cela, nous avons été trompés et l’avenir est bouché.
    Mais, bien sûr, Paul continue, toujours dans cette lettre aux Corinthiens : « Mais non : Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts. » (1 Co 15, 20). « Prémices », c’est-à-dire premier-né de l’humanité vivante. Paul fait allusion, ici, à la coutume de l’offrande des prémices dans l’Ancien Testament : lorsqu’on offrait à Dieu la première gerbe de la récolte, ou l’animal premier-né du troupeau, ces offrandes (ces « prémices ») représentaient la totalité de la récolte, l’ensemble du troupeau. De la même manière, Jésus ressuscité est « prémices » de toute l’humanité.
    Et alors nous pouvons contempler ce projet de Dieu : le Dieu vivant a conçu un peuple de vivants ; et c’est pour cela que nous sommes le peuple de l’espérance ; rappelons-nous la discussion de Jésus avec les Sadducéens (Mt 22, 23s) : à l’époque du Christ, la foi en la Résurrection était un progrès tout récent de la théologie juive ; les Pharisiens y croyaient, mais pas encore les Sadducéens : ils donnaient pour argument la complexité des rapports dans l’au-delà pour une femme qui aurait eu sur terre successivement sept maris : « A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle la femme, puisque tous l’ont eue pour femme ? » Jésus leur répond, d’abord, qu’il ne faut pas envisager la Résurrection comme une copie de notre vie sur la terre, la perspective de la mort en moins ; mais surtout, il affirme la Résurrection : « Pour ce qui est de la Résurrection des morts, n’avez-vous pas lu la parole que Dieu vous a dite : ‘Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob’ ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
    Cette parole-là lui a permis, à lui, Jésus, le premier, d’affronter la mort. Quand il annonce sa Passion à ses disciples, il annonce toujours en même temps sa Résurrection (Mt 16, 16 par ex) ; cette parole-là doit nous permettre à notre tour d’affronter la vie sans angoisse excessive à la pensée de son terme inéluctable, et d’affronter la mort, le jour venu. Comme dit Paul encore : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la Création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu … elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 17-23).
    Cet enfantement, c’est celui du dessein bienveillant de Dieu : s’il y a un moment où nous devons nous souvenir à tout prix que le dessein de Dieu est bienveillant, c’est quand nous envisageons notre mort ; et alors, il ne nous reste plus qu’à nous laisser faire puisque sa volonté est bonne pour nous : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. » (Ep 1, 9-10).
    Ce projet de Dieu, c’est donc un peuple de vivants qui ne font qu’un en Jésus-Christ, comme un seul homme. Au fond, ce qui nous est le plus difficile à imaginer, c’est ce projet d’union : « Réunir l’univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ ». C’est certainement à cela que Paul pensait lorsqu’il écrivait : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?… Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rm 8, 35-39).
    Rien ne pourra nous séparer de lui, rien, pas même la mort biologique : c’est pour cela que Paul emploie l’image du sommeil ; quelqu’un qui dort est bien vivant ! Et donc ceux qui nous ont quittés ne seront pas séparés du Christ. Comme dit Paul dans notre texte d’aujourd’hui : « Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur ». Voilà qui devrait nous permettre de nous réconforter mutuellement. Paul lui-même en a eu peut-être parfois besoin puisqu’il dit dans la deuxième lettre aux Corinthiens : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. » (2 Co 4, 16-17) ; et dans la lettre aux Philippiens : « Notre cité à nous est dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire, avec la force qui le rend capable aussi de tout soumettre à son pouvoir. » (Phi 3, 20-21).
    Pour terminer, imaginons le dernier jour, celui que Jésus appelle « l’avènement du Fils de l’Homme » : le journaliste de service écrira « Ils se sont tous levés comme un seul homme » !

    EVANGILE – selon saint Matthieu 25, 1 – 13
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    1 « Le royaume des Cieux sera comparable
    à dix jeunes filles invitées à des noces,
    qui prirent leur lampe
    pour sortir à la rencontre de l’époux.
    2 Cinq d’entre elles étaient insouciantes,
    et cinq étaient prévoyantes :
    3 les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
    4 tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes,
    des flacons d’huile.
    5 Comme l’époux tardait,
    elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
    6 Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
    ‘Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’
    7 Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent
    et se mirent à préparer leur lampe.
    8 Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes :
    ‘Donnez-nous de votre huile,
    car nos lampes s’éteignent.’
    9 Les prévoyantes leur répondirent :
    ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
    allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’
    10 Pendant qu’elles allaient en acheter,
    l’époux arriva.
    Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces,
    et la porte fut fermée.
    11 Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent :
    ‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
    12 Il leur répondit :
    ‘Amen, je vous le dis :
    je ne vous connais pas.’
    13 Veillez donc,
    car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

    « Le Royaume des cieux est semblable à dix jeunes filles invitées à des noces … » Cette comparaison très positive avec des noces prouve bien que Jésus n’a pas imaginé cette parabole pour nous inquiéter ; il nous invite à nous transporter déjà au terme du voyage, quand le Royaume sera accompli et il nous dit « Ce sera comme un soir de noce » : d’entrée de jeu, on peut donc déjà déduire que même la dernière parole « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » ne doit pas nous faire peur, ce n’est jamais le but de Jésus. A nous de déchiffrer ce qu’elle veut dire.
    C’est une parabole, c’est-à-dire que c’est la leçon finale qui compte. Ce n’est pas une allégorie, il n’y a donc pas à chercher des correspondances entre chaque détail de l’histoire et des situations ou des personnes concrètes. Enfin, ne nous scandalisons pas de ces prévoyantes qui refusent de partager, ce n’est pas une parabole sur le partage.
    Toutes ces précautions prises, il reste à découvrir ce que peut vouloir dire cette fameuse dernière phrase « Veillez donc ». Pour commencer, reprenons les éléments de la parabole : des noces, une invitation ; dix jeunes filles, cinq d’entre elles sont insouciantes, cinq sont prévoyantes ; les prévoyantes ont de l’huile en réserve, les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile… or il est vrai qu’une lampe à huile sans huile n’est plus une lampe à huile… C’est aussi insensé que de mettre une lampe sous le boisseau : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » (Mt 5, 15).
    L’époux tarde à venir et tout notre petit monde s’endort, les prévoyantes comme les autres : on peut noter au passage que ce sommeil ne leur est pas reproché, ce qui prouve que le mot de la fin « Veillez » n’interdit pas de dormir, ce qui est pour le moins paradoxal ! L’époux finit quand même par arriver et l’on connaît la suite : les prévoyantes entrent dans la salle de noces, les insouciantes se voient fermer la porte avec cette phrase dont on ne sait pas dire si elle est dure ou attristée « Je ne vous connais pas » leur dit l’époux. Et cette fameuse conclusion : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
    Chose curieuse, Jésus a déjà traité à peu près le même thème dans une autre parabole, celle des deux maisons : l’une est bâtie sur le roc, l’autre sur le sable. « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé » : l’une des deux a résisté, l’autre s’est écroulée ; jusque-là rien de surprenant, on aurait pu s’en douter ; mais voici que Jésus s’explique : celui qui a bâti sur le roc, c’est « tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique… » ; que sont ces fameuses « paroles qu’il vient de dire » ? Nous sommes au chapitre 7 de Saint Matthieu ; quelques lignes auparavant, on a pu lire : « Ce n’est pas en me disant ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le royaume des Cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?’ Alors je leur déclarerai : ‘Je ne vous ai jamais connus. Ecartez-vous de moi, vous qui commettez le mal. » (Mt 7, 21-27).
    Et Jésus continue : « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique, est comparable à un homme prévoyant* qui a construit sa maison sur le roc… ». Dans la parabole des deux maisons, le lien est donc clair : « Je ne vous connais pas, car vous commettez le mal » ; en d’autres termes, « vous faites de très belles choses (prophéties, miracles…) mais vous n’aimez pas vos frères » ; ici, dans la parabole des dix vierges, cela revient au même : c’est « Je ne vous connais pas, vous n’êtes pas la lumière du monde… vous êtes appelées à l’être, mais il n’y a pas d’huile dans vos lampes ».
    Les deux fois, Jésus emploie cette même formule « Je ne vous connais pas » : ce n’est pas un verdict sans appel, c’est un constat triste : « Je ne vous connais pas encore », « Vous n’êtes pas encore prêts pour le Royaume, vous n’êtes pas prêts pour les noces » ; il faut sans doute l’entendre au sens de « Je ne vous reconnais pas » : vous ne me ressemblez pas, vous n’êtes pas en communion avec moi.
    Le rapprochement avec la parabole des deux maisons peut encore nous éclairer : celle-ci était la conclusion du discours sur la montagne dans lequel Jésus proclamait « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes…Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 43-48).
    « Veiller », c’est donc vivre au jour le jour cette ressemblance avec le Père pour laquelle nous sommes faits : c’est aimer comme lui ; chose impossible, sommes-nous tentés de dire… heureusement cette ressemblance d’amour est cadeau ; comme nous l’ont dit les autres lectures de ce dimanche, il nous suffit de la désirer ; de le chercher, comme dit le psaume « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube » ; d’aller à la rencontre de cette Sagesse dont nous parlait la première lecture, celle qui se traduit par la bonté, le droit, la justice. Veiller, en fin de compte, c’est être toujours prêt à le recevoir. Cette rencontre de l’époux se fait non pas au bout du temps, à la fin de l’histoire terrestre de chacun, mais à chaque jour du temps ; c’est à chaque jour du temps qu’il nous modèle à son image.
    —————————–
    *Le mot grec qui a été traduit en français par « prévoyant » est bien le même dans les deux paraboles (Mt 7,24 // Mt 25,2).
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    Compléments
    – Il y a plusieurs manières d’envisager le temps qui passe ; pour un Chrétien, elle ne peut être que positive : c’est le temps qui prépare la venue du Seigneur, « l’avènement du Fils de l’Homme ». Jean-Sébastien Bach a traité ce thème dans un choral intitulé « Le choral du veilleur » et qui est en fait une variation sur la parabole des jeunes filles prévoyantes et des jeunes filles insouciantes ; il commence par un pas de danse très gai sur un registre un peu haut : vous les avez reconnues, ce sont les jeunes filles insouciantes ; puis, plus bas, intervient gravement la musique du cantique « Adoro te devote » : ce sont les vierges prévoyantes en train de méditer ; enfin au pédalier, s’installe un rythme régulier, appuyé, qui symbolise le temps qui s’écoule.
    – « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » : Personne ne peut remplir ma lampe à ma place. Il y va de ma liberté et de ma responsabilité.


  • Commentaires du dimanche 12 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 12 novembre 2017
    32éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre de la Sagesse 6, 12 – 16
    12 La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas.
    Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment,
    elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent.
    13 Elle devance leurs désirs
    en se faisant connaître la première.
    14 Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas :
    il la trouvera assise à sa porte.
    15 Penser à elle est la perfection du discernement,
    et celui qui veille à cause d’elle
    sera bientôt délivré du souci.
    16 Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ;
    au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ;
    dans chacune de leurs pensées,
    elle vient à leur rencontre.

    Avec Aragon, les amoureux chantent « Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ? » : les croyants le chantent encore plus ; la foi est bien l’histoire d’une rencontre. Dans ce texte du livre de la Sagesse, comme dans toute la Bible, il s’agit de la foi d’Israël, de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Car l’auteur du livre de la Sagesse est un croyant ! Je dis « l’auteur » à défaut de pouvoir être plus précise ! On ne sait pas qui il est : une seule chose est sûre : ce livre intitulé « Livre de la sagesse de Salomon » n’est très certainement pas du grand roi Salomon, le fils de David, qui a régné vers 950 av.J.C. Ce Livre a été écrit en grec (et non en hébreu) par un Juif anonyme, à Alexandrie en Egypte, environ cinquante ans seulement, peut-être moins, avant la naissance de Jésus-Christ. Le passage que la liturgie nous offre ici fait partie de tout un ensemble de recommandations aux rois ; évidemment, l’attribution du livre au roi dont la Sagesse était proverbiale donnait toute latitude à l’auteur pour donner des conseils.
    Le chapitre 6 commence par : « Or donc, rois, écoutez et comprenez, laissez-vous instruire, vous dont la juridiction s’étend à toute la terre… C’est à vous, ô princes, que vont mes paroles, afin que vous appreniez la Sagesse et ne trébuchiez pas ». Son discours tient en trois points :
    Premièrement, la Sagesse est la chose la plus précieuse du monde : et là, ce livre au titre trop sérieux recèle des envolées littéraires auxquelles on ne s’attendait pas : « La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas ». Ou encore : « Elle est un effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la gloire du Tout-Puissant… elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu et une image de sa bonté. » (Sg 4, 25-26). Elle est tellement précieuse qu’on la compare à la plus désirable des femmes : « Elle est plus radieuse que le soleil et surpasse toute constellation. Comparée à la lumière, sa supériorité éclate : la nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la Sagesse. » (Sg 7, 29-30). « C’est elle que j’ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j’ai cherché à en faire mon épouse et je suis devenu l’amant de sa beauté. » (Sg 8, 2).
    Deuxièmement, la Sagesse est à notre portée, ou, plus exactement, elle se met à notre portée : « Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment… elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. » Au passage, il faut admirer ce style très balancé que nous trouvons si souvent dans la Bible, en particulier chez les prophètes et dans les psaumes. Mais surtout, il y a dans ces deux phrases parallèles une affirmation fondamentale : c’est qu’il n’y a pas de conditions pour rencontrer Dieu ; pas de conditions d’intelligence, de mérite ou de valeur personnelle… Jésus le redira sous une autre forme : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira… Quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe, on ouvrira. » (Mt 7, 7-9).
    Et l’auteur attribue au roi Salomon cette confidence : « J’ai prié et le discernement m’a été donné, j’ai imploré et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. » (Sg 7,7). Il nous suffit de la désirer : la seule condition, évidemment, la chercher, la désirer ardemment : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube » dit le psaume. « Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte » ; toujours cette affirmation qu’elle est tout près de nous, et qu’il nous suffit de la chercher… manière aussi de dire que nous sommes libres ; Dieu ne nous force jamais la main.
    Troisièmement, non seulement, elle répond à notre attente, mais elle-même nous recherche, elle nous devance ! Et là, il faut quand même de l’audace… Pourtant, l’auteur le dit en toutes lettres : « Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première »… « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle. » Dieu prend l’initiative de se révéler à l’homme ; car, on l’a deviné, la Sagesse n’est autre que Dieu lui-même inspirant notre conduite. Plus tard, Saint Paul dira de Jésus-Christ qu’il est la Sagesse de Dieu : « Il est Christ, Puissance de Dieu, Sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24 – 30). « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle » : de nous-mêmes, nous ne pourrions pas atteindre Dieu. Et la dignité dont il est question ici, c’est seulement ce désir de Dieu : la seule dignité qui nous est demandée, c’est d’avoir un coeur qui cherche Dieu. Serait-ce cela la « robe des noces » de la parabole ?
    Et voilà pourquoi il peut y avoir rencontre, Alliance : on sait bien que, pour qu’il y ait vraiment rencontre intime entre deux êtres, il faut que les deux le désirent ; et c’est ce que nous dit le passage d’aujourd’hui : Dieu est à la recherche de l’homme ; il faut et il suffit que l’homme soit à la recherche de Dieu : « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre ».
    On peut se poser la question : sur quels critères peut-on juger qu’un roi (ou quiconque) aura été sage ou non ? Voici ce qu’en dit Jérémie : « Que le sage ne se vante pas de sa sagesse, que le vaillant ne se vante pas de sa vaillance, que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Mais qui veut se vanter, qu’il se vante de ceci : avoir de l’intelligence et me connaître, car je suis le SEIGNEUR qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre. Oui, c’est cela qui me complaît, oracle du SEIGNEUR ! » (Jr 9, 22-23). Voilà donc les critères de la vraie sagesse : celle qui se traduit par la bonté, le droit, la justice.
    Notre auteur dit quelque chose d’équivalent : « C’est lui (le Très-Haut) qui examinera vos actes… Si vous, les ministres de sa royauté n’avez pas jugé selon le droit, ni respecté la loi, ni agi selon la volonté de Dieu… (sous-entendu « il vous jugera ») » (Sg 6, 3-4). Décidément, où qu’on se tourne dans la Bible, cela revient toujours au même : la seule chose qui nous est demandée, c’est d’agir selon la volonté de Dieu : « Ce ne sont pas ceux qui disent ‘Seigneur, Seigneur’, mais ceux qui font la volonté de mon Père… » et le prophète Michée précise : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu (d’autres traductions disent « la vigilance » dans la marche avec ton Dieu) (Mi 6, 8). Toutes les autres lectures de ce trente-deuxième dimanche nous parleront de cette vigilance.

    PSAUME – 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 7-8
    2 Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube :
    mon âme a soif de toi ;
    après toi languit ma chair,
    terre aride, altérée, sans eau.
    3 Je t’ai contemplé au sanctuaire,
    j’ai vu ta force et ta gloire.
    4 Ton amour vaut mieux que la vie :
    tu seras la louange de mes lèvres !
    5 Toute ma vie je vais te bénir,
    lever les mains en invoquant ton nom.
    6 Comme par un festin je serai rassasié :
    la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.
    7 Dans la nuit, je me souviens de toi
    et je reste des heures à te parler.
    8 Oui, tu es venu à mon secours :
    je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

    « Je crie de joie à l’ombre de tes ailes » : c’est beau, mais c’est quand même étonnant ! En fait, il faut se transporter en pensée, à l’intérieur du Temple de Jérusalem (avant sa destruction, bien sûr, en 587 av.J.C. par Nabuchodonosor)… et supposer que nous sommes prêtres ou lévites. Là, dans le lieu le plus sacré, le « Saint des Saints », se trouvait l’Arche d’Alliance : attention, quand nous disons Arche aujourd’hui, nous risquons de penser à une oeuvre architecturale imposante : les Parisiens penseront peut-être à ce qu’ils appellent la Grande Arche de la Défense… Pour Israël, c’est tout autre chose ! Il s’agit de ce qu’ils avaient de plus sacré1 : un petit coffret de bois précieux, recouvert d’or, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui abritait les tables de la Loi. Sur ce coffret, veillaient deux énormes statues de chérubins.
    Les « Chérubins » n’ont pas été inventés par Israël : le mot vient de Mésopotamie. C’étaient des êtres célestes, à corps de lion, et face d’homme, et surtout des ailes immenses. En Mésopotamie, ils étaient honorés comme des divinités… En Israël au contraire, on prend bien soin de montrer qu’ils ne sont que des créatures : ils sont représentés comme des protecteurs de l’Arche, mais leurs ailes déployées sont considérées comme le marchepied du trône de Dieu. Ici, un prêtre en prière dans le Temple, à l’ombre des ailes des chérubins se sent enveloppé de la tendresse de son Dieu depuis l’aube jusqu’à la nuit.2
    Les autres images de ce psaume sont toutes également empruntées au vocabulaire des lévites : « Je t’ai contemplé au sanctuaire » : ils étaient les seuls à pénétrer dans la partie sainte du Temple… « toute ma vie, je vais te bénir » : effectivement toute leur vie était consacrée à la louange de Dieu… « lever les mains en invoquant ton nom » : là nous voyons le lévite en prière, les mains levées… « Comme par un festin je serai rassasié », c’est une allusion à certains sacrifices qui étaient suivis d’un repas de communion pour tous les assistants, et d’autre part, on sait que les lévites recevaient pour leur nourriture une part de la viande des sacrifices… « Dans la nuit, je me souviens de toi, je reste des heures à te parler » : lorsqu’ils étaient de service à Jérusalem, leur vie entière se déroulait dans l’enceinte du Temple.
    En fait, ce psaume est une métaphore : ce lévite, c’est Israël tout entier qui, depuis l’aube de son histoire et jusqu’à la fin des temps, s’émerveille de l’intimité que Dieu lui propose : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi… » Et quand il dit « dès l’aube », il veut dire depuis l’aube des temps : depuis toujours le peuple d’Israël est en quête de son Dieu. « Mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » : en Israël, ces expressions sont très réalistes : la terre désertique, assoiffée, qui n’attend que la pluie pour revivre, c’est une expérience habituelle, très suggestive.
    Depuis l’aube de son histoire, Israël a soif de son Dieu, une soif d’autant plus grande qu’il a expérimenté la présence, l’intimité proposée par Dieu. Et donc, à un deuxième niveau, c’est l’expérience du peuple qui affleure dans ce psaume : par exemple « mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » est certainement une allusion au séjour dans le désert après la sortie d’Egypte et à l’expérience terrible de la soif à Massa et Meriba (Ex 17). La plus belle prière est certainement celle qui jaillit de notre pauvreté spirituelle, comme la plainte du déshydraté : « J’ai soif ».
    « Je t’ai contemplé au sanctuaire » est une allusion aux manifestations de Dieu au Sinaï, le lieu sacré où le peuple a contemplé son Dieu qui lui offrait l’Alliance. « J’ai vu ta force et ta gloire », dans la mémoire d’Israël, cela évoque les prodiges de l’Exode pour libérer son peuple de l’esclavage en Egypte. Tout autant que la formule « Tu es venu à mon secours » : on n’oubliera jamais, de mémoire d’homme, en Israël, cette phrase de Dieu à Moïse : « Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer. » (Ex 3, 7).
    Quand on méditait sur cette libération apportée par Dieu, on comparait parfois celui-ci à un aigle apprenant à ses petits à voler : « Il est comme l’aigle qui encourage sa nichée : il plane au-dessus de ses petits, il déploie toute son envergure, il les prend et les porte sur ses ailes. » (Dt 32, 11). En écho on lit dans le livre de l’Exode, au moment de la célébration de l’Alliance : « Tu diras ceci à la maison de Jacob… Vous avez vu vous-mêmes comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai fait arriver jusqu’à moi. » (Ex 19, 4). Si bien que les ailes des chérubins dans le Temple prenaient encore une autre signification. Elles sont les ailes protectrices de celui qui apprend à Israël le chemin de la liberté.
    Toutes ces évocations d’une vie d’Alliance, d’intimité sans ombre sont peut-être la preuve que ce psaume a été écrit dans une période moins lumineuse ! Où l’on a bien besoin de s’accrocher aux souvenirs du passé. Tout n’est pas si rose et les derniers versets (que la liturgie ne nous fait pas chanter), disent fortement, violemment même l’attente de la disparition du mal sur la terre, par exemple : « Ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre »… Israël attend la pleine réalisation des promesses de Dieu, les cieux nouveaux, la terre nouvelle, et la délivrance de tout mal et de toute persécution.
    L’expression « je te cherche dès l’aube… mon âme a soif » dit aussi que cette quête n’est pas encore comblée : Israël est le peuple de l’attente, de l’espérance : « Mon âme attend le Seigneur, plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore. » (Ps 129/130, 6). Quand Jésus parle de veille, de vigilance dans la parabole des vierges sages et des vierges folles (qui sera notre évangile de ce trente-deuxième dimanche), c’est à cela qu’il pense : une recherche permanente de Dieu.
    Aujourd’hui à la suite du peuple juif, le peuple chrétien reprend à son compte cette prière, cette soif, cette attente : le psaume 62/63 fait partie de la prière des Heures du dimanche matin de la première semaine. Car dans la liturgie chrétienne, le dimanche, jour de la Résurrection du Christ, est le jour privilégié où nous célébrons la totalité du mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple, depuis l’aube de son histoire, dans l’attente de l’avènement définitif de son Royaume.
    ——————————-
    Note
    L’Arche d’Alliance est perdue depuis l’Exil à Babylone et personne ne sait ce qu’elle est devenue.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 4, 13-18
    13 Frères,
    nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance
    au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ;
    il ne faut pas que vous soyez abattus
    comme les autres, qui n’ont pas d’espérance.
    14 Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ;
    de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis,
    Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.
    15 Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci :
    nous les vivants,
    nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur,
    nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis.
    16 Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine,
    le Seigneur lui-même descendra du ciel,
    et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord.
    17 Ensuite, nous les vivants,
    nous qui sommes encore là,
    nous serons emportés sur les nuées du ciel,
    en même temps qu’eux,
    à la rencontre du Seigneur.
    Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.
    18 Réconfortez-vous donc les uns les autres
    avec ce que je viens de dire.

    On se demande souvent ce que les Chrétiens ont de plus que les autres ; Saint Paul vient de nous donner une réponse : nous avons reçu en cadeau l’espérance ! D’après lui, c’est ce qui nous distingue : « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres qui n’ont pas d’espérance ». Une espérance qui ne repose ni sur des raisonnements, ni sur des convictions, ni sur de quelconques prédictions… mais sur un événement qui est le socle de notre foi : à savoir la Résurrection de Jésus-Christ.
    Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul va jusqu’à dire : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14). De deux choses l’une : ou bien Christ est ressuscité ou bien il ne l’est pas. S’il n’est pas ressuscité, alors notre foi est un château de cartes qui ne peut que s’écrouler. « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire… Dès lors, même ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 17-19). Si c’est cela, nous avons été trompés et l’avenir est bouché.
    Mais, bien sûr, Paul continue, toujours dans cette lettre aux Corinthiens : « Mais non : Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts. » (1 Co 15, 20). « Prémices », c’est-à-dire premier-né de l’humanité vivante. Paul fait allusion, ici, à la coutume de l’offrande des prémices dans l’Ancien Testament : lorsqu’on offrait à Dieu la première gerbe de la récolte, ou l’animal premier-né du troupeau, ces offrandes (ces « prémices ») représentaient la totalité de la récolte, l’ensemble du troupeau. De la même manière, Jésus ressuscité est « prémices » de toute l’humanité.
    Et alors nous pouvons contempler ce projet de Dieu : le Dieu vivant a conçu un peuple de vivants ; et c’est pour cela que nous sommes le peuple de l’espérance ; rappelons-nous la discussion de Jésus avec les Sadducéens (Mt 22, 23s) : à l’époque du Christ, la foi en la Résurrection était un progrès tout récent de la théologie juive ; les Pharisiens y croyaient, mais pas encore les Sadducéens : ils donnaient pour argument la complexité des rapports dans l’au-delà pour une femme qui aurait eu sur terre successivement sept maris : « A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle la femme, puisque tous l’ont eue pour femme ? » Jésus leur répond, d’abord, qu’il ne faut pas envisager la Résurrection comme une copie de notre vie sur la terre, la perspective de la mort en moins ; mais surtout, il affirme la Résurrection : « Pour ce qui est de la Résurrection des morts, n’avez-vous pas lu la parole que Dieu vous a dite : ‘Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob’ ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
    Cette parole-là lui a permis, à lui, Jésus, le premier, d’affronter la mort. Quand il annonce sa Passion à ses disciples, il annonce toujours en même temps sa Résurrection (Mt 16, 16 par ex) ; cette parole-là doit nous permettre à notre tour d’affronter la vie sans angoisse excessive à la pensée de son terme inéluctable, et d’affronter la mort, le jour venu. Comme dit Paul encore : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la Création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu … elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 17-23).
    Cet enfantement, c’est celui du dessein bienveillant de Dieu : s’il y a un moment où nous devons nous souvenir à tout prix que le dessein de Dieu est bienveillant, c’est quand nous envisageons notre mort ; et alors, il ne nous reste plus qu’à nous laisser faire puisque sa volonté est bonne pour nous : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. » (Ep 1, 9-10).
    Ce projet de Dieu, c’est donc un peuple de vivants qui ne font qu’un en Jésus-Christ, comme un seul homme. Au fond, ce qui nous est le plus difficile à imaginer, c’est ce projet d’union : « Réunir l’univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ ». C’est certainement à cela que Paul pensait lorsqu’il écrivait : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?… Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rm 8, 35-39).
    Rien ne pourra nous séparer de lui, rien, pas même la mort biologique : c’est pour cela que Paul emploie l’image du sommeil ; quelqu’un qui dort est bien vivant ! Et donc ceux qui nous ont quittés ne seront pas séparés du Christ. Comme dit Paul dans notre texte d’aujourd’hui : « Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur ». Voilà qui devrait nous permettre de nous réconforter mutuellement. Paul lui-même en a eu peut-être parfois besoin puisqu’il dit dans la deuxième lettre aux Corinthiens : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. » (2 Co 4, 16-17) ; et dans la lettre aux Philippiens : « Notre cité à nous est dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire, avec la force qui le rend capable aussi de tout soumettre à son pouvoir. » (Phi 3, 20-21).
    Pour terminer, imaginons le dernier jour, celui que Jésus appelle « l’avènement du Fils de l’Homme » : le journaliste de service écrira « Ils se sont tous levés comme un seul homme » !

    EVANGILE – selon saint Matthieu 25, 1 – 13
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    1 « Le royaume des Cieux sera comparable
    à dix jeunes filles invitées à des noces,
    qui prirent leur lampe
    pour sortir à la rencontre de l’époux.
    2 Cinq d’entre elles étaient insouciantes,
    et cinq étaient prévoyantes :
    3 les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
    4 tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes,
    des flacons d’huile.
    5 Comme l’époux tardait,
    elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
    6 Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
    ‘Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’
    7 Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent
    et se mirent à préparer leur lampe.
    8 Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes :
    ‘Donnez-nous de votre huile,
    car nos lampes s’éteignent.’
    9 Les prévoyantes leur répondirent :
    ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
    allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’
    10 Pendant qu’elles allaient en acheter,
    l’époux arriva.
    Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces,
    et la porte fut fermée.
    11 Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent :
    ‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
    12 Il leur répondit :
    ‘Amen, je vous le dis :
    je ne vous connais pas.’
    13 Veillez donc,
    car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

    « Le Royaume des cieux est semblable à dix jeunes filles invitées à des noces … » Cette comparaison très positive avec des noces prouve bien que Jésus n’a pas imaginé cette parabole pour nous inquiéter ; il nous invite à nous transporter déjà au terme du voyage, quand le Royaume sera accompli et il nous dit « Ce sera comme un soir de noce » : d’entrée de jeu, on peut donc déjà déduire que même la dernière parole « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » ne doit pas nous faire peur, ce n’est jamais le but de Jésus. A nous de déchiffrer ce qu’elle veut dire.
    C’est une parabole, c’est-à-dire que c’est la leçon finale qui compte. Ce n’est pas une allégorie, il n’y a donc pas à chercher des correspondances entre chaque détail de l’histoire et des situations ou des personnes concrètes. Enfin, ne nous scandalisons pas de ces prévoyantes qui refusent de partager, ce n’est pas une parabole sur le partage.
    Toutes ces précautions prises, il reste à découvrir ce que peut vouloir dire cette fameuse dernière phrase « Veillez donc ». Pour commencer, reprenons les éléments de la parabole : des noces, une invitation ; dix jeunes filles, cinq d’entre elles sont insouciantes, cinq sont prévoyantes ; les prévoyantes ont de l’huile en réserve, les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile… or il est vrai qu’une lampe à huile sans huile n’est plus une lampe à huile… C’est aussi insensé que de mettre une lampe sous le boisseau : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » (Mt 5, 15).
    L’époux tarde à venir et tout notre petit monde s’endort, les prévoyantes comme les autres : on peut noter au passage que ce sommeil ne leur est pas reproché, ce qui prouve que le mot de la fin « Veillez » n’interdit pas de dormir, ce qui est pour le moins paradoxal ! L’époux finit quand même par arriver et l’on connaît la suite : les prévoyantes entrent dans la salle de noces, les insouciantes se voient fermer la porte avec cette phrase dont on ne sait pas dire si elle est dure ou attristée « Je ne vous connais pas » leur dit l’époux. Et cette fameuse conclusion : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
    Chose curieuse, Jésus a déjà traité à peu près le même thème dans une autre parabole, celle des deux maisons : l’une est bâtie sur le roc, l’autre sur le sable. « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé » : l’une des deux a résisté, l’autre s’est écroulée ; jusque-là rien de surprenant, on aurait pu s’en douter ; mais voici que Jésus s’explique : celui qui a bâti sur le roc, c’est « tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique… » ; que sont ces fameuses « paroles qu’il vient de dire » ? Nous sommes au chapitre 7 de Saint Matthieu ; quelques lignes auparavant, on a pu lire : « Ce n’est pas en me disant ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le royaume des Cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?’ Alors je leur déclarerai : ‘Je ne vous ai jamais connus. Ecartez-vous de moi, vous qui commettez le mal. » (Mt 7, 21-27).
    Et Jésus continue : « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique, est comparable à un homme prévoyant* qui a construit sa maison sur le roc… ». Dans la parabole des deux maisons, le lien est donc clair : « Je ne vous connais pas, car vous commettez le mal » ; en d’autres termes, « vous faites de très belles choses (prophéties, miracles…) mais vous n’aimez pas vos frères » ; ici, dans la parabole des dix vierges, cela revient au même : c’est « Je ne vous connais pas, vous n’êtes pas la lumière du monde… vous êtes appelées à l’être, mais il n’y a pas d’huile dans vos lampes ».
    Les deux fois, Jésus emploie cette même formule « Je ne vous connais pas » : ce n’est pas un verdict sans appel, c’est un constat triste : « Je ne vous connais pas encore », « Vous n’êtes pas encore prêts pour le Royaume, vous n’êtes pas prêts pour les noces » ; il faut sans doute l’entendre au sens de « Je ne vous reconnais pas » : vous ne me ressemblez pas, vous n’êtes pas en communion avec moi.
    Le rapprochement avec la parabole des deux maisons peut encore nous éclairer : celle-ci était la conclusion du discours sur la montagne dans lequel Jésus proclamait « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes…Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 43-48).
    « Veiller », c’est donc vivre au jour le jour cette ressemblance avec le Père pour laquelle nous sommes faits : c’est aimer comme lui ; chose impossible, sommes-nous tentés de dire… heureusement cette ressemblance d’amour est cadeau ; comme nous l’ont dit les autres lectures de ce dimanche, il nous suffit de la désirer ; de le chercher, comme dit le psaume « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube » ; d’aller à la rencontre de cette Sagesse dont nous parlait la première lecture, celle qui se traduit par la bonté, le droit, la justice. Veiller, en fin de compte, c’est être toujours prêt à le recevoir. Cette rencontre de l’époux se fait non pas au bout du temps, à la fin de l’histoire terrestre de chacun, mais à chaque jour du temps ; c’est à chaque jour du temps qu’il nous modèle à son image.
    —————————–
    *Le mot grec qui a été traduit en français par « prévoyant » est bien le même dans les deux paraboles (Mt 7,24 // Mt 25,2).
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    Compléments
    – Il y a plusieurs manières d’envisager le temps qui passe ; pour un Chrétien, elle ne peut être que positive : c’est le temps qui prépare la venue du Seigneur, « l’avènement du Fils de l’Homme ». Jean-Sébastien Bach a traité ce thème dans un choral intitulé « Le choral du veilleur » et qui est en fait une variation sur la parabole des jeunes filles prévoyantes et des jeunes filles insouciantes ; il commence par un pas de danse très gai sur un registre un peu haut : vous les avez reconnues, ce sont les jeunes filles insouciantes ; puis, plus bas, intervient gravement la musique du cantique « Adoro te devote » : ce sont les vierges prévoyantes en train de méditer ; enfin au pédalier, s’installe un rythme régulier, appuyé, qui symbolise le temps qui s’écoule.
    – « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » : Personne ne peut remplir ma lampe à ma place. Il y va de ma liberté et de ma responsabilité.


  • Homélie du dimanche 12 novembre

    Dimanche 12 novembre 2017
    32éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du Livre de la Sagesse : 6. 12 à 16 : »Elle se laisse aisément contempler. »
    Psaume 62 : « Comme par un festin, je serai rassasié. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.4. 13 à 18 : »Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils. »
    Evangile selon saint Matthieu : 25. 1 à 13 : »Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui. »
    ***
    Les lectures dominicales de ce mois de novembre sont toutes orientées vers notre rencontre de Dieu par le Christ Jésus et par la responsabilité qui est la nôtre dans cette démarche en vue de participer à la vie du Royaume, au jour où il viendra nous y appeler à le rejoindre.
    UNE ATTENTE
    Dans la parabole des dix jeunes filles, Jésus nous propose une réflexion sur la vigilance qui doit être l’attitude spirituelle fondamentale de tout croyant qui se prépare au banquet des noces éternelles. Dieu peut nous sembler lointain, si lointain même parfois, qu’il nous paraît absent.
    Si la réalité de cette présence peut nous paraître irréelle en effet, ou du moins irréalisable, elle n’en reste pas moins réelle et réalisable. Tout priant, tous ceux qui oeuvrent pour la justice et pour la paix, tous ceux en qui brûle le feu d’un amour offert aux autres et à Dieu, tous ceux-là irriguent la terre et rejoignent le Christ en sa sainteté. Ils le rejoignent parce qu’unis à l’offrande de sa vie, ils participent ainsi au salut du monde et à la Résurrection du Seigneur.
    UNE ATTENTE VIGILANTE
    Elle ne peut être une attente angoissée ou fiévreuse. Pour en saisir toute la richesse, il nous faut apprendre à maîtriser nos impressions qui sont faites de crainte vis-à-vis de Dieu. Le message évangélique ne doit pas générer en nous l’idée d’une catastrophe finale au seuil de la vie éternelle qui nous est offerte. Nous savons qu’il est amour, tendresse et miséricorde.
    Cette perspective devient source de notre joie, au travers des contradictions nées de nos faiblesses et de nos fautes, car il nous invite à une toute autre attitude. Partant de l’exemple tout simple et de bon sens du devoir de prévoyance dans les affaires matérielles, Jésus nous montre bien que l’angoisse et l’affolement sont le propre des insensées, des imprévoyantes qui sont surprises et désemparées devant l’événement. Celles qui surent prévoir, se sont aussi endormies, non dans l’insouciance, mais dans la paix et la sérénité. L’assurance de n’être pas prises au dépourvu leur donne le calme au moment du réveil.
    UNE ATTENTE D’AMOUR
    Nous vivons déjà en lui, par lui et avec lui les activités quotidiennes de notre vie humaine et spirituelle. La préparation de la rencontre dernière et définitive est d’un autre ordre que l’acquisition d’assurances, puisqu’elle est dictée par une attente d’amour, de fête et de joie à venir. L’important est d’être prêt. Nous avons donné à notre vie une orientation qui corresponde à l’Evangile. Attendre avec nos lampes allumées, cela veut dire : vivre une authentique relation à Dieu en le servant chaque jour, en l’accueillant dans le service de nos frères.
    D’autres que nous, en vivant pleinement leur vocation d’homme, vivent aussi l’Evangile sans le savoir, sans en avoir conscience, sans avoir reçu la grâce de la lumière. « Rappelle-toi, Seigneur qui cherchent avec droiture… ceux dont toi seul connais la foi. » Le Fils de l’Homme reconnaîtra comme siens ceux qui l’ont servi à travers leurs frères (Evangile du dimanche 21 novembre).
    UNE ATTENTE FIDELE
    Ce service quotidien n’implique donc pas la peur puisqu’il est fait d’une fidélité à notre vocation, telle que Dieu nous demande de la réaliser. La vigilance, c’est de prendre en compte ce que nous sommes et d’en assumer les responsabilités. On ne prépare le ciel qu’en étant attentif à ce que nous avons à vivre sur la terre.
    Ceux qui sont passés à côté du prochain sur le chemin de Jéricho à Jérusalem, qui est la Cité de Dieu (Luc 10. 33) , sont ainsi passés à côté de Dieu sans le reconnaître et sans l’accueillir malgré toutes ses invitations. Ils n’ont pas partagé, dans leurs attitudes, l’essentiel de l’attitude de Dieu à l’égard de leurs frères.
    Si nous l’avons partagée, nous devenons icône du Christ « qui a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la Bonne Nouvelle du salut, aux captifs la délivrance, aux affligés la joie. »(prière eucharistique n°4)
    Nous y trouverons la paix intérieure et la joie, accueillant le Maître à son retour, sans avoir laissé s’éteindre la flamme de l’amour. Le Père nous introduira en sa demeure, reconnaissant en nous l’icône de son Fils.
    ***
    « A nous qui sommes tes enfants, accorde l’héritage de la vie éternelle, où nous pourrons, avec la création toute entière, enfin libérée du péché et de la mort, te glorifier par le Christ notre Seigneur, par qui tu donnes au monde toute grâce et tout bien. » (prière eucharistique n°4)
    « Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté. » (Prière d’ouverture de ce dimanche)

     


  • Homélie du dimanche 12 novembre

    Dimanche 12 novembre 2017
    32éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du Livre de la Sagesse : 6. 12 à 16 : »Elle se laisse aisément contempler. »
    Psaume 62 : « Comme par un festin, je serai rassasié. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.4. 13 à 18 : »Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils. »
    Evangile selon saint Matthieu : 25. 1 à 13 : »Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui. »
    ***
    Les lectures dominicales de ce mois de novembre sont toutes orientées vers notre rencontre de Dieu par le Christ Jésus et par la responsabilité qui est la nôtre dans cette démarche en vue de participer à la vie du Royaume, au jour où il viendra nous y appeler à le rejoindre.
    UNE ATTENTE
    Dans la parabole des dix jeunes filles, Jésus nous propose une réflexion sur la vigilance qui doit être l’attitude spirituelle fondamentale de tout croyant qui se prépare au banquet des noces éternelles. Dieu peut nous sembler lointain, si lointain même parfois, qu’il nous paraît absent.
    Si la réalité de cette présence peut nous paraître irréelle en effet, ou du moins irréalisable, elle n’en reste pas moins réelle et réalisable. Tout priant, tous ceux qui oeuvrent pour la justice et pour la paix, tous ceux en qui brûle le feu d’un amour offert aux autres et à Dieu, tous ceux-là irriguent la terre et rejoignent le Christ en sa sainteté. Ils le rejoignent parce qu’unis à l’offrande de sa vie, ils participent ainsi au salut du monde et à la Résurrection du Seigneur.
    UNE ATTENTE VIGILANTE
    Elle ne peut être une attente angoissée ou fiévreuse. Pour en saisir toute la richesse, il nous faut apprendre à maîtriser nos impressions qui sont faites de crainte vis-à-vis de Dieu. Le message évangélique ne doit pas générer en nous l’idée d’une catastrophe finale au seuil de la vie éternelle qui nous est offerte. Nous savons qu’il est amour, tendresse et miséricorde.
    Cette perspective devient source de notre joie, au travers des contradictions nées de nos faiblesses et de nos fautes, car il nous invite à une toute autre attitude. Partant de l’exemple tout simple et de bon sens du devoir de prévoyance dans les affaires matérielles, Jésus nous montre bien que l’angoisse et l’affolement sont le propre des insensées, des imprévoyantes qui sont surprises et désemparées devant l’événement. Celles qui surent prévoir, se sont aussi endormies, non dans l’insouciance, mais dans la paix et la sérénité. L’assurance de n’être pas prises au dépourvu leur donne le calme au moment du réveil.
    UNE ATTENTE D’AMOUR
    Nous vivons déjà en lui, par lui et avec lui les activités quotidiennes de notre vie humaine et spirituelle. La préparation de la rencontre dernière et définitive est d’un autre ordre que l’acquisition d’assurances, puisqu’elle est dictée par une attente d’amour, de fête et de joie à venir. L’important est d’être prêt. Nous avons donné à notre vie une orientation qui corresponde à l’Evangile. Attendre avec nos lampes allumées, cela veut dire : vivre une authentique relation à Dieu en le servant chaque jour, en l’accueillant dans le service de nos frères.
    D’autres que nous, en vivant pleinement leur vocation d’homme, vivent aussi l’Evangile sans le savoir, sans en avoir conscience, sans avoir reçu la grâce de la lumière. « Rappelle-toi, Seigneur qui cherchent avec droiture… ceux dont toi seul connais la foi. » Le Fils de l’Homme reconnaîtra comme siens ceux qui l’ont servi à travers leurs frères (Evangile du dimanche 21 novembre).
    UNE ATTENTE FIDELE
    Ce service quotidien n’implique donc pas la peur puisqu’il est fait d’une fidélité à notre vocation, telle que Dieu nous demande de la réaliser. La vigilance, c’est de prendre en compte ce que nous sommes et d’en assumer les responsabilités. On ne prépare le ciel qu’en étant attentif à ce que nous avons à vivre sur la terre.
    Ceux qui sont passés à côté du prochain sur le chemin de Jéricho à Jérusalem, qui est la Cité de Dieu (Luc 10. 33) , sont ainsi passés à côté de Dieu sans le reconnaître et sans l’accueillir malgré toutes ses invitations. Ils n’ont pas partagé, dans leurs attitudes, l’essentiel de l’attitude de Dieu à l’égard de leurs frères.
    Si nous l’avons partagée, nous devenons icône du Christ « qui a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la Bonne Nouvelle du salut, aux captifs la délivrance, aux affligés la joie. »(prière eucharistique n°4)
    Nous y trouverons la paix intérieure et la joie, accueillant le Maître à son retour, sans avoir laissé s’éteindre la flamme de l’amour. Le Père nous introduira en sa demeure, reconnaissant en nous l’icône de son Fils.
    ***
    « A nous qui sommes tes enfants, accorde l’héritage de la vie éternelle, où nous pourrons, avec la création toute entière, enfin libérée du péché et de la mort, te glorifier par le Christ notre Seigneur, par qui tu donnes au monde toute grâce et tout bien. » (prière eucharistique n°4)
    « Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté. » (Prière d’ouverture de ce dimanche)

     


  • Homélie du dimanche 12 novembre

    Dimanche 12 novembre 2017
    32éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du Livre de la Sagesse : 6. 12 à 16 : »Elle se laisse aisément contempler. »
    Psaume 62 : « Comme par un festin, je serai rassasié. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.4. 13 à 18 : »Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils. »
    Evangile selon saint Matthieu : 25. 1 à 13 : »Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui. »
    ***
    Les lectures dominicales de ce mois de novembre sont toutes orientées vers notre rencontre de Dieu par le Christ Jésus et par la responsabilité qui est la nôtre dans cette démarche en vue de participer à la vie du Royaume, au jour où il viendra nous y appeler à le rejoindre.
    UNE ATTENTE
    Dans la parabole des dix jeunes filles, Jésus nous propose une réflexion sur la vigilance qui doit être l’attitude spirituelle fondamentale de tout croyant qui se prépare au banquet des noces éternelles. Dieu peut nous sembler lointain, si lointain même parfois, qu’il nous paraît absent.
    Si la réalité de cette présence peut nous paraître irréelle en effet, ou du moins irréalisable, elle n’en reste pas moins réelle et réalisable. Tout priant, tous ceux qui oeuvrent pour la justice et pour la paix, tous ceux en qui brûle le feu d’un amour offert aux autres et à Dieu, tous ceux-là irriguent la terre et rejoignent le Christ en sa sainteté. Ils le rejoignent parce qu’unis à l’offrande de sa vie, ils participent ainsi au salut du monde et à la Résurrection du Seigneur.
    UNE ATTENTE VIGILANTE
    Elle ne peut être une attente angoissée ou fiévreuse. Pour en saisir toute la richesse, il nous faut apprendre à maîtriser nos impressions qui sont faites de crainte vis-à-vis de Dieu. Le message évangélique ne doit pas générer en nous l’idée d’une catastrophe finale au seuil de la vie éternelle qui nous est offerte. Nous savons qu’il est amour, tendresse et miséricorde.
    Cette perspective devient source de notre joie, au travers des contradictions nées de nos faiblesses et de nos fautes, car il nous invite à une toute autre attitude. Partant de l’exemple tout simple et de bon sens du devoir de prévoyance dans les affaires matérielles, Jésus nous montre bien que l’angoisse et l’affolement sont le propre des insensées, des imprévoyantes qui sont surprises et désemparées devant l’événement. Celles qui surent prévoir, se sont aussi endormies, non dans l’insouciance, mais dans la paix et la sérénité. L’assurance de n’être pas prises au dépourvu leur donne le calme au moment du réveil.
    UNE ATTENTE D’AMOUR
    Nous vivons déjà en lui, par lui et avec lui les activités quotidiennes de notre vie humaine et spirituelle. La préparation de la rencontre dernière et définitive est d’un autre ordre que l’acquisition d’assurances, puisqu’elle est dictée par une attente d’amour, de fête et de joie à venir. L’important est d’être prêt. Nous avons donné à notre vie une orientation qui corresponde à l’Evangile. Attendre avec nos lampes allumées, cela veut dire : vivre une authentique relation à Dieu en le servant chaque jour, en l’accueillant dans le service de nos frères.
    D’autres que nous, en vivant pleinement leur vocation d’homme, vivent aussi l’Evangile sans le savoir, sans en avoir conscience, sans avoir reçu la grâce de la lumière. « Rappelle-toi, Seigneur qui cherchent avec droiture… ceux dont toi seul connais la foi. » Le Fils de l’Homme reconnaîtra comme siens ceux qui l’ont servi à travers leurs frères (Evangile du dimanche 21 novembre).
    UNE ATTENTE FIDELE
    Ce service quotidien n’implique donc pas la peur puisqu’il est fait d’une fidélité à notre vocation, telle que Dieu nous demande de la réaliser. La vigilance, c’est de prendre en compte ce que nous sommes et d’en assumer les responsabilités. On ne prépare le ciel qu’en étant attentif à ce que nous avons à vivre sur la terre.
    Ceux qui sont passés à côté du prochain sur le chemin de Jéricho à Jérusalem, qui est la Cité de Dieu (Luc 10. 33) , sont ainsi passés à côté de Dieu sans le reconnaître et sans l’accueillir malgré toutes ses invitations. Ils n’ont pas partagé, dans leurs attitudes, l’essentiel de l’attitude de Dieu à l’égard de leurs frères.
    Si nous l’avons partagée, nous devenons icône du Christ « qui a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la Bonne Nouvelle du salut, aux captifs la délivrance, aux affligés la joie. »(prière eucharistique n°4)
    Nous y trouverons la paix intérieure et la joie, accueillant le Maître à son retour, sans avoir laissé s’éteindre la flamme de l’amour. Le Père nous introduira en sa demeure, reconnaissant en nous l’icône de son Fils.
    ***
    « A nous qui sommes tes enfants, accorde l’héritage de la vie éternelle, où nous pourrons, avec la création toute entière, enfin libérée du péché et de la mort, te glorifier par le Christ notre Seigneur, par qui tu donnes au monde toute grâce et tout bien. » (prière eucharistique n°4)
    « Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté. » (Prière d’ouverture de ce dimanche)

     


dimanche 5 novembre 2017

  • Homélie de Mgr Georges Pontier, dimanche 5 novembre

    Comme chaque année, la messe qui a lieu lors de l’Assemblée plénière des évêques, est filmée dans le cadre de l’émission du Jour du Seigneur. Retrouvez ici le texte de l’homélie prononcée ce dimanche 5 novembre par Mgr Georges Pontier.
    Chers Frères et Sœurs, chers téléspectateurs,
    Les propos de Jésus adressés aux foules et à ses disciples sont rudes. Ils sont accusateurs à l’égard des scribes et des pharisiens qui enseignent dans la chaire de Moïse : « Ils disent et ne font pas. » Ils enseignent et ne mettent pas en pratique. « Faites et observez ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas d’après leurs actes car ils disent et ne font pas ! » Nous autres évêques qui sommes réunis à Lourdes, nous avons envie de nous faire tout petits en entendant cela. Nous sommes chargés d’enseigner et il nous arrive de ne pas vivre toujours ce que nous enseignons. Jésus a le don de mettre à jour les contradictions, les inconséquences, les orgueils déplacés.
    Pour guérir de cela Jésus invite à l’humilité, à la confiance, au service. Il cherche la guérison de nos cœurs et le salut de nos âmes. Nous sommes tous à des moments ou à d’autres en responsabilité. Les enfants savent faire remarquer à leurs parents les failles dans leurs comportements et les jeunes ne s’en privent pas face à leurs éducateurs. Nous sommes tous tentés de nous faire des donneurs de leçons ou pire de faire peser sur les autres des charges qu’ils ne peuvent pas porter. Nous ne sommes pas chargés d’alourdir la marche des autres, mais de les accompagner avec d’autant plus de bienveillance, de patience et de délicatesse que la route se fait dure pour eux. L’humilité dans les propos comme dans les postures est une bonne compagne. Elle évite cette recherche vaine du désir de se faire remarquer ou de celui de se prendre pour le sauveur des hommes. Les titres ou les costumes ne contribuent pas toujours à demeurer dans l’attitude humble du serviteur.
    Il nous est bon une fois encore de contempler le Christ Jésus. Il est le fils de Dieu fait homme et pourtant il se fait semblable à nous en toute chose à l’exception du péché. Il est venu montrer le chemin du serviteur et lave les pieds de ses disciples. Il appelle à la confiance en Dieu et à l’amour des ennemis et voilà qu’il s’abandonne au Père et implore le pardon. Sa manière d’être et de vivre ont confirmé ses paroles. C’est en voyant sa façon de mourir que le centurion romain proclame : « Vraiment cet homme était fils de Dieu. » Oui, Lui qui s’est abaissé, il a été élevé. Élevé sur la Croix, élevé jusqu’auprès de son Père.
    Nous voilà remis en ce jour devant l’authenticité de notre parole de chrétiens en ce monde d’aujourd’hui. Elle ne peut pas être enfermée dans la proclamation de slogans ou la seule dénonciation de dérives diverses. Elle ne sera recevable que si elle est donnée à travers des témoignages de vie, des choix faits effectivement au nom du Christ et de l’Évangile. Sans cesse nous devons nous demander si nos vies concrètes ne démentent pas ce que nous annonçons. Je pense en particulier au choix de cette sobriété de vie dont parle souvent le Pape François ou encore à nos actes en faveur de l’accueil des enfants handicapés, des vieillards, des étrangers.
    Au fond chers Amis, rappelons-nous ce que dit encore Jésus dans ce passage : « Vous êtes tous frères. Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est au ciel ». Il a souvent repris cet enseignement qui nous libère de l’orgueil et du désespoir, de la violence et du chacun pour soi.
    Puissions-nous vivre les uns pour les autres, dans l’humilité, la confiance et le service.
    + Mgr Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France

    Dans les coulisses de la messe télévisée

    Assemblée plénière : dans les coulisses de la messe télévisée from tv.catholique.fr on Vimeo.
    La messe télévisée du "Jour du Seigneur" est une institution.
    Retransmise en direct sur France 2 depuis plus de 60 ans, elle est diffusée chaque dimanche, dans une paroisse différente, pour rendre compte des différents lieux et traditions de l’Eglise catholique en France. Certains dispositifs exceptionnels, nécessitent des moyens logistiques importants. C’est le cas de la messe de Lourdes, en novembre, avec les évêques de France réunis en assemblée plénière.
    Deux jours d’installation, de préparation et de répétitions sont nécessaires pour la préparer.


  • Homélie de Mgr Georges Pontier, dimanche 5 novembre

    Comme chaque année, la messe qui a lieu lors de l’Assemblée plénière des évêques, est filmée dans le cadre de l’émission du Jour du Seigneur. Retrouvez ici le texte de l’homélie prononcée ce dimanche 5 novembre par Mgr Georges Pontier.
    Chers Frères et Sœurs, chers téléspectateurs,
    Les propos de Jésus adressés aux foules et à ses disciples sont rudes. Ils sont accusateurs à l’égard des scribes et des pharisiens qui enseignent dans la chaire de Moïse : « Ils disent et ne font pas. » Ils enseignent et ne mettent pas en pratique. « Faites et observez ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas d’après leurs actes car ils disent et ne font pas ! » Nous autres évêques qui sommes réunis à Lourdes, nous avons envie de nous faire tout petits en entendant cela. Nous sommes chargés d’enseigner et il nous arrive de ne pas vivre toujours ce que nous enseignons. Jésus a le don de mettre à jour les contradictions, les inconséquences, les orgueils déplacés.
    Pour guérir de cela Jésus invite à l’humilité, à la confiance, au service. Il cherche la guérison de nos cœurs et le salut de nos âmes. Nous sommes tous à des moments ou à d’autres en responsabilité. Les enfants savent faire remarquer à leurs parents les failles dans leurs comportements et les jeunes ne s’en privent pas face à leurs éducateurs. Nous sommes tous tentés de nous faire des donneurs de leçons ou pire de faire peser sur les autres des charges qu’ils ne peuvent pas porter. Nous ne sommes pas chargés d’alourdir la marche des autres, mais de les accompagner avec d’autant plus de bienveillance, de patience et de délicatesse que la route se fait dure pour eux. L’humilité dans les propos comme dans les postures est une bonne compagne. Elle évite cette recherche vaine du désir de se faire remarquer ou de celui de se prendre pour le sauveur des hommes. Les titres ou les costumes ne contribuent pas toujours à demeurer dans l’attitude humble du serviteur.
    Il nous est bon une fois encore de contempler le Christ Jésus. Il est le fils de Dieu fait homme et pourtant il se fait semblable à nous en toute chose à l’exception du péché. Il est venu montrer le chemin du serviteur et lave les pieds de ses disciples. Il appelle à la confiance en Dieu et à l’amour des ennemis et voilà qu’il s’abandonne au Père et implore le pardon. Sa manière d’être et de vivre ont confirmé ses paroles. C’est en voyant sa façon de mourir que le centurion romain proclame : « Vraiment cet homme était fils de Dieu. » Oui, Lui qui s’est abaissé, il a été élevé. Élevé sur la Croix, élevé jusqu’auprès de son Père.
    Nous voilà remis en ce jour devant l’authenticité de notre parole de chrétiens en ce monde d’aujourd’hui. Elle ne peut pas être enfermée dans la proclamation de slogans ou la seule dénonciation de dérives diverses. Elle ne sera recevable que si elle est donnée à travers des témoignages de vie, des choix faits effectivement au nom du Christ et de l’Évangile. Sans cesse nous devons nous demander si nos vies concrètes ne démentent pas ce que nous annonçons. Je pense en particulier au choix de cette sobriété de vie dont parle souvent le Pape François ou encore à nos actes en faveur de l’accueil des enfants handicapés, des vieillards, des étrangers.
    Au fond chers Amis, rappelons-nous ce que dit encore Jésus dans ce passage : « Vous êtes tous frères. Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est au ciel ». Il a souvent repris cet enseignement qui nous libère de l’orgueil et du désespoir, de la violence et du chacun pour soi.
    Puissions-nous vivre les uns pour les autres, dans l’humilité, la confiance et le service.
    + Mgr Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France

    Dans les coulisses de la messe télévisée

    Assemblée plénière : dans les coulisses de la messe télévisée from tv.catholique.fr on Vimeo.
    La messe télévisée du "Jour du Seigneur" est une institution.
    Retransmise en direct sur France 2 depuis plus de 60 ans, elle est diffusée chaque dimanche, dans une paroisse différente, pour rendre compte des différents lieux et traditions de l’Eglise catholique en France. Certains dispositifs exceptionnels, nécessitent des moyens logistiques importants. C’est le cas de la messe de Lourdes, en novembre, avec les évêques de France réunis en assemblée plénière.
    Deux jours d’installation, de préparation et de répétitions sont nécessaires pour la préparer.


  • Homélie de Mgr Georges Pontier, dimanche 5 novembre

    Comme chaque année, la messe qui a lieu lors de l’Assemblée plénière des évêques, est filmée dans le cadre de l’émission du Jour du Seigneur. Retrouvez ici le texte de l’homélie prononcée ce dimanche 5 novembre par Mgr Georges Pontier.
    Chers Frères et Sœurs, chers téléspectateurs,
    Les propos de Jésus adressés aux foules et à ses disciples sont rudes. Ils sont accusateurs à l’égard des scribes et des pharisiens qui enseignent dans la chaire de Moïse : « Ils disent et ne font pas. » Ils enseignent et ne mettent pas en pratique. « Faites et observez ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas d’après leurs actes car ils disent et ne font pas ! » Nous autres évêques qui sommes réunis à Lourdes, nous avons envie de nous faire tout petits en entendant cela. Nous sommes chargés d’enseigner et il nous arrive de ne pas vivre toujours ce que nous enseignons. Jésus a le don de mettre à jour les contradictions, les inconséquences, les orgueils déplacés.
    Pour guérir de cela Jésus invite à l’humilité, à la confiance, au service. Il cherche la guérison de nos cœurs et le salut de nos âmes. Nous sommes tous à des moments ou à d’autres en responsabilité. Les enfants savent faire remarquer à leurs parents les failles dans leurs comportements et les jeunes ne s’en privent pas face à leurs éducateurs. Nous sommes tous tentés de nous faire des donneurs de leçons ou pire de faire peser sur les autres des charges qu’ils ne peuvent pas porter. Nous ne sommes pas chargés d’alourdir la marche des autres, mais de les accompagner avec d’autant plus de bienveillance, de patience et de délicatesse que la route se fait dure pour eux. L’humilité dans les propos comme dans les postures est une bonne compagne. Elle évite cette recherche vaine du désir de se faire remarquer ou de celui de se prendre pour le sauveur des hommes. Les titres ou les costumes ne contribuent pas toujours à demeurer dans l’attitude humble du serviteur.
    Il nous est bon une fois encore de contempler le Christ Jésus. Il est le fils de Dieu fait homme et pourtant il se fait semblable à nous en toute chose à l’exception du péché. Il est venu montrer le chemin du serviteur et lave les pieds de ses disciples. Il appelle à la confiance en Dieu et à l’amour des ennemis et voilà qu’il s’abandonne au Père et implore le pardon. Sa manière d’être et de vivre ont confirmé ses paroles. C’est en voyant sa façon de mourir que le centurion romain proclame : « Vraiment cet homme était fils de Dieu. » Oui, Lui qui s’est abaissé, il a été élevé. Élevé sur la Croix, élevé jusqu’auprès de son Père.
    Nous voilà remis en ce jour devant l’authenticité de notre parole de chrétiens en ce monde d’aujourd’hui. Elle ne peut pas être enfermée dans la proclamation de slogans ou la seule dénonciation de dérives diverses. Elle ne sera recevable que si elle est donnée à travers des témoignages de vie, des choix faits effectivement au nom du Christ et de l’Évangile. Sans cesse nous devons nous demander si nos vies concrètes ne démentent pas ce que nous annonçons. Je pense en particulier au choix de cette sobriété de vie dont parle souvent le Pape François ou encore à nos actes en faveur de l’accueil des enfants handicapés, des vieillards, des étrangers.
    Au fond chers Amis, rappelons-nous ce que dit encore Jésus dans ce passage : « Vous êtes tous frères. Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est au ciel ». Il a souvent repris cet enseignement qui nous libère de l’orgueil et du désespoir, de la violence et du chacun pour soi.
    Puissions-nous vivre les uns pour les autres, dans l’humilité, la confiance et le service.
    + Mgr Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France

    Dans les coulisses de la messe télévisée

    Assemblée plénière : dans les coulisses de la messe télévisée from tv.catholique.fr on Vimeo.
    La messe télévisée du "Jour du Seigneur" est une institution.
    Retransmise en direct sur France 2 depuis plus de 60 ans, elle est diffusée chaque dimanche, dans une paroisse différente, pour rendre compte des différents lieux et traditions de l’Eglise catholique en France. Certains dispositifs exceptionnels, nécessitent des moyens logistiques importants. C’est le cas de la messe de Lourdes, en novembre, avec les évêques de France réunis en assemblée plénière.
    Deux jours d’installation, de préparation et de répétitions sont nécessaires pour la préparer.


vendredi 3 novembre 2017

  • Assemblée plénière de novembre 2017 : discours d’ouverture par Mgr Georges Pontier

    Une Bonne Nouvelle pour notre temps
    Le texte des Béatitudes a été proclamé dans nos églises pour la récente fête de Toussaint. Cette succession des neuf interpellations du Christ commençant chacune par le mot « Heureux », donne un programme de vie au service de la conquête de la liberté intérieure soumise aux addictions multiples de l’existence, au service encore de l’engagement pour la justice et pour la paix. Il permet de relire le temps des épreuves subies à cause de la foi en Christ et met en son centre le sommet de l’amour : « la miséricorde ». On y trouve une charte de vie personnelle et collective. On y trouve la manière dont Dieu s’est fait homme parmi nous.
    Les écoutant et revenant à elles, j’y ai vu une bonne nouvelle pour notre temps. J’y ai perçu cette source du bonheur que chacun recherche. J’y ai entendu l’appel que le Christ nous adresse à les mettre en pratique. Elles expriment une part du contenu de notre témoignage de vie chrétienne dans cette société que Dieu aime et sauve.
    Encourager le dialogue en toutes circonstances
    N’est-il pas vrai que notre monde est traversé par de grandes tensions qui sèment le trouble et que seuls le dialogue, la justice, la confiance et la réconciliation entre les peuples peuvent apaiser ? L’histoire de notre Europe en est un exemple réconfortant. Des nations en guerre durant des siècles ont trouvé le chemin de la paix, le courage de se faire confiance en vivant la réconciliation et la coopération. Nous sommes invités à nous regarder avec respect, à privilégier le dialogue. Il n’y a pas d’autres chemins pour obtenir la paix et bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Nous encourageons les artisans de paix qui œuvrent en tous pays et en toutes situations. Ils nous émerveillent par leur constance, leur persévérance, leur obstination à toute épreuve. Ils finissent toujours par gagner. Ce n’est pas dans le repli sur soi ni la recherche des seuls intérêts nationaux ou catégoriels que l’on peut offrir un horizon de bonheur pour aujourd’hui et pour demain. « Amour et vérité se rencontrent, Justice et paix s’embrassent » chante le psaume 84. Nous invitons les responsables politiques à faire confiance au dialogue, à la rencontre, à la justice, à la force de la réconciliation, toujours possible. Nous savons que cela va être le chantier qui attend les pays engagés dans les conflits du Moyen Orient. Daesch a perdu une bonne partie de sa capacité de nuisance sur le territoire de la Syrie et de l’Irak.  Mais il n’a sûrement pas perdu ce qu’il a semé en termes de méfiance, de violence, de haine, de désir de vengeance. Ceux qui s’étaient alliés pour cette guerre ne vont-ils pas chercher à tirer avantage pour eux-mêmes plutôt que pour l’ensemble des peuples vivant dans cette région ? L’exil a déjà vidé ces pays de populations trop nombreuses. Les dégâts matériels sont terrifiants. Les réparer prendra du temps et de l’argent. Mais qui redonnera la confiance qui permet de vivre ensemble ? Qui redonnera l’estime réciproque et la nécessaire réconciliation ? Nous le croyons : les religions lorsqu’elles promeuvent la fraternité et le pardon sont source de paix. Nous accueillerons ici-même dans quelques jours Mgr Yousif Thomas Mirkis, Archevêque de Kirkouk et de Souleymanié, dans la région kurde de l’Irak. Il nous partagera ce qu’il perçoit de ce temps de l’après-guerre encore si incertain, des perspectives de reprise d’une vie plus paisible et des conditions d’un avenir durable. Nous avons soutenu ces deux dernières années ses initiatives en faveur de la formation de jeunes étudiants réfugiés dans cette zone. Nous espérons que les responsables politiques locaux et ceux des grandes puissances contribueront à bâtir un contexte favorable à une paix durable, indispensable pour une reprise d’une vie possible dans cette région. Nous prions à cette intention. Nous rendons grâce pour les nombreuses initiatives locales porteuses d’avenir.
    Un certain nombre de Syriens et d’Irakiens ont rejoint notre pays. Parmi eux, des chrétiens se retrouvent dans nos diocèses et nous les accompagnons de notre mieux. Nous prendrons le temps d’écouter nos trois confrères éparques des Églises arménienne, maronite et ukrainienne. Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient et vicaire général de l’archevêque de Paris, ordinaire des catholiques de rite oriental en France, nous rejoindra pour regarder avec nous les questions qui se posent à ces communautés. Et nous n’oublierons pas les douloureux événements qui continuent à marquer l’Ukraine.
    Vaincre la peur et choisir l’espoir
    La violence s’exprime sous des formes bien diverses dans notre monde. Les conflits en Afrique et en Asie ne manquent pas et nous voulons rendre hommage aux confrères de ces pays pour leur action en faveur de la paix chez eux. Marseille a été frappée après bien d’autres voici un mois à la gare St Charles. Mauranne et Laura, deux cousines qui fêtaient ensemble leurs anniversaires ont été sauvagement assassinées. Leur faute était sûrement d’être jeunes, belles et en ce lieu au mauvais moment. Leur vie a été brisée, leurs familles ébranlées. La solidarité s’est évidemment manifestée. La communauté chrétienne les a accompagnées à Eguilles comme à Rillieux la Pape.  Marseille-Espérance qui regroupe autour du Maire de Marseille les responsables des diverses communautés de croyants s’est aussitôt réunie pour condamner ces actes et pour soutenir l’engagement en faveur du respect et de l’estime réciproque entre tous les Marseillais. Nous ne voulons pas que des Français aient peur les uns des autres. Nous sommes ensemble contre ce fléau de la violence aveugle. Nous voulons travailler à guérir les germes de violence présents dans les cœurs et les esprits. Nous sommes reconnaissants pour le travail des forces de l’ordre et de nos militaires qui accomplissent une difficile mission. Nous faisons confiance à nos gouvernants pour assurer au mieux notre sécurité dans le respect total des libertés publiques.
    Bien d’autres formes de violence existent aussi dans ce monde et dans notre pays également. Comment ne pas penser ici à ceux qui n’ont pas de logement ou de travail, à ceux qui connaissent des conditions de vie trop dures ? Le Pape François vient d’instituer la Journée mondiale des Pauvres qui sera célébrée le 19 novembre prochain. Selon le Saint-Père, « cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité » (Message pour la Journée mondiale des Pauvres § 6) C’est un vrai défi pour notre pays de s’unir pour relever ces déficits de justice sociale et briser par-là les germes de violence, de révolte et de désespoir que cela engendre. On peut se réjouir de voir des efforts faits dans ce sens. Au-delà de ce qui est à la charge de l’État et des collectivités territoriales, trouvent place des initiatives citoyennes. Je pense aux colocations qui se développent et même aux initiatives diverses telle celle de l’association Lazare qui propose à de jeunes professionnels de vivre avec des gens de la rue. Cela donne de l’espoir.
    Je ne peux pas taire encore la situation de ceux qui manquent de patrie, de ceux qui fuient la leur à cause des problèmes de guerre, de misère, de climat, de conditions de vie devenues insupportables. Ils viennent jusque chez nous chercher une terre accueillante. Bien sûr il appartient aux États de fixer les règles de ces flux migratoires.  Nous nous réjouissons de l’accord conclu entre les pouvoirs publics, des Églises chrétiennes et la communauté « Sant’Egidio » en faveur de couloirs humanitaires, contournant ainsi les plans des passeurs et les aléas de l’immigration illégale. Mais quand les personnes sont là à nos portes, quand nous voyons ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces mineurs étrangers isolés dont le nombre ne cesse d’augmenter, comment résister à une indifférence qui déshumanise, comment ne pas comprendre les gestes de ceux qui vivent un accueil risqué ? Oui, l’esprit de solidarité n’est pas mort dans notre pays. Beaucoup savent s’en emparer et en payent parfois le prix fort. Plus d’un en ont fait leur projet de vie, leur engagement. Ils sont des artisans de paix et de fraternité. Ils savent pleurer avec ceux qui pleurent. Ils savent risquer l’amitié et l’accueil. Ils en recueillent des fruits de joie et un peu de fierté. Ils sont témoins de la richesse de la rencontre, du courage et de la foi qui soutient ceux qui sont partis de chez eux dans une aventure aux contours inconnus. Certains évoquent souvent les racines chrétiennes de l’Europe. Les uns pour les protéger dans un espace étroit et tranquille, les autres pour s’en inspirer. Le christianisme porte la vision d’une fraternité universelle de l’humanité. Cette expression permet de dépasser toutes les peurs et de s’engager dans l’audace de l’accueil. Nous nous réjouissons de voir beaucoup de jeunes vivre de cet idéal en s’engageant sur cette voie ici ou en donnant quelques années de leur vie au service du développement des peuples dans une expérience dont ils reviennent grandis.
    Avoir sa place dans une société en débats
    Ces questions et bien d’autres suscitent des débats profonds dans notre société. L’époque est incertaine, les intérêts souvent inconciliables, les ambitions aveuglantes. Notre pays a du mal à trouver un projet accepté par une majorité. Nous nous sommes exprimés dans un document qui a suscité un réel intérêt : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Nous constations que dans une société marquée par la prééminence des projets individuels, par un sentiment d’insécurité dû aux attentats terroristes, par le manque de perspectives de progrès et de partage juste des richesses nationales, des fractures se creusaient entre citoyens, des coupables étaient recherchés et désignés, la confiance se délitait. Nous insistions sur la nécessité de bâtir ensemble un nouveau projet social qui fasse place à tous, aux plus fragiles en particulier. Nous insistions sur la nécessité de la confiance qui permet l’existence d’un débat fructueux entre les diverses composantes de la société. Nous rappelions la fragilité de nos démocraties quand les intérêts catégoriels ou individuels sont sans limites. Nous regrettions les invectives violentes, les propos irresponsables dangereux. Ce qui doit fonder l’exercice du pouvoir, « c’est, disions-nous, le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées. » (p.21) Ce débat, nous voulons y participer. Certains nous en refusent le droit, convaincus que la place des religions doit rester dans les limites closes des maisons et des célébrations cultuelles. Nous ne le pensons pas. La société est faite de citoyens aux diverses convictions dont certaines sont religieuses. Ils n’en sont pas moins des citoyens loyaux, cherchant le bien de tous et de chacun. Nous nous réjouissons de la part que les membres de nos communautés prennent en bien des domaines, dans celui de l’enseignement, de la santé, de la solidarité, de l’accueil des plus fragiles, de la défense de la vie, de la famille et des droits de l’homme, de la recherche de la paix. Beaucoup essaient de vivre cet idéal dans l’exercice de leur profession et nous constatons leur dynamisme même dans des situations les plus difficiles. Je pense en particulier à ceux qui s’investissent dans les chantiers de ce que nous appelons l’Église en périphérie ou dans les initiatives en milieu rural. Oui, c’est notre joie de voir les chrétiens refuser le repli sur soi et avoir le souci du bien de tous, de ceux qui ont le plus de difficultés pour vivre.
    Dans quelques mois sera lancé le chantier de la révision des lois de bioéthique, et peut être de la loi sur la fin de vie. Cela donnera lieu à des débats importants. Ces débats seront féconds à la mesure de la qualité du dialogue, qui présidera aux échanges. Si les progrès de la science nécessitent de réfléchir à frais nouveaux, la réflexion ne peut se contenter des acquis scientifiques : elle doit aussi et surtout s’enrichir de la conception raisonnable que chacun se fait de la personne humaine et de sa dignité. Elle doit dépasser le seul objectif d’aller de révision en révision pour obtenir ce que l’on veut imposer.
    Pour notre part, nous nous réjouissons de voir que du temps sera accordé pour ces débats. Nous nous y engagerons avec toute la force de la raison humaine, soutenus par des experts. Nous voulons rappeler que la dignité de la personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle, est inaliénable. C’est d’ailleurs une des raisons qui pousse l’Église à proscrire radicalement la peine de mort, comme vient de le déclarer le pape François. Nul ne peut prendre la place de Dieu ! Si nous comprenons l’apport bénéfique des progrès scientifiques, nous souhaitons qu’ils ne deviennent pas immédiatement la source incontestée de soi-disant droits nouveaux. Il y va du juste respect de chacun.
    S’agissant de l’enfant, nous ne pouvons que redire la beauté du mystère de la vie. Accueillir un nouveau-né est une des expériences humaines les plus belles et les plus riches. Nous le percevons bien sur le visage des nouveaux parents. Nous comprenons l’épreuve de ceux qui sont confrontés à la réalité de la stérilité. Leur souffrance appelle un accompagnement compréhensif. Pour autant, on ne peut en déduire qu’il y aurait un droit à l’enfant pour toute personne ou pour tout couple qui souhaiterait en avoir un. L’enfant est un don et non un bien qu’on pourrait acheter et s’offrir à tout prix. Il est à accueillir et à accompagner avec beaucoup de respect, d’affection et de disponibilité. L’attitude d’accueil de la vie reçue comme un don gratuit est humanisante. Elle prépare et fortifie le véritable respect entre les êtres humains : nul ne peut mettre la main sur son semblable, en aucune circonstance.
    Les concepts d’égalité et de liberté employés pour justifier des évolutions de la législation sont souvent utilisés d’une manière erronée, parfois sous le coup de l’émotion entretenue médiatiquement. Il s’agit alors d’uniformisation et de concession aux désirs individuels, sous peine de discrimination et sans réflexion anthropologique. Or, en s’appuyant seulement sur ce raisonnement, on risque fort de créer d’autres injustices qui seront comme des sources latentes de violences. Et que penser du principe de précaution qui est utilisé en certains domaines d’application des sciences et qui serait rejeté pour les techniques biomédicales ? Personne ne peut souhaiter fragiliser une société en brouillant les repères de la filiation, en taisant les droits et le bien primordial de l’enfant et en déconstruisant les liens entre générations. La loi n’est pas le résultat de désirs individuels qu’il faudrait autoriser, mais l’expression d’une conception de l’être humain fondée sur un humanisme partagé en vue du bien commun.
    Tout cela mérite réflexion, prudence et sagesse. Grâce au dialogue véritable, les voies du respect du plus fragile seront discernées et encouragées. Nous continuerons à porter le souci d’une loi juste pour la paix en notre société et pour son bien.
    A l’écoute des jeunes
    Au mois d’octobre 2018, dans moins d’un an se tiendra à Rome autour du pape François un synode ordinaire des Évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. » Les jeunes désignent ici les jeunes adultes de 16 à 29 ans. Ils sont divers. Nos Églises diocésaines saisissent cette opportunité pour se mettre à leur écoute, pour faciliter leur participation à la vie des communautés chrétiennes. Le monde dans lequel ils vivent évolue à grande vitesse. Ils ont besoin de soutiens pour leur vie chrétienne et pour avancer dans leur recherche spirituelle. Certains sont rejoints par des mouvements ou des communautés, d’autres se retrouvent dans des paroisses qui leur sont dédiées. Des temps forts leur sont proposés.  Cette étape de leur vie est importante. L’accès à un métier est parfois difficile. L’avancée vers une vie affective stable ne l’est pas moins. Certains sont habités par un réel souci spirituel et nous savons qu’un nombre certes moindre est traversé par la question de la vie religieuse ou de la vocation presbytérale. Beaucoup de générosité se manifeste dans leur vie : année sabbatique, service civil, expérience à l’étranger, engagement humanitaire. Tout cela nous réjouit et manifeste la qualité humaine qui est la leur. Nous partagerons les initiatives prises dans nos diocèses en ce domaine. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous les acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations dans nos diocèses.
    Notre premier temps de travail sera consacré à l’élaboration d’une ratio nationale sur la formation des futurs prêtres inspirée par la Ratio fundamentalis que nous venons de recevoir de la congrégation romaine compétente. Les enjeux sont multiples. Nous poursuivrons ce qui a déjà été échangé entre nous en nous laissant parfois sur notre faim. Tout cela nous permet de redire notre confiance dans cette jeunesse et parmi elle à ceux et celles qui portent le souci d’une vie spirituelle profonde. Nous les encourageons à se tourner vers le Christ dont la rencontre est source de joie, de paix, de lumière. L’Eglise est là pour accompagner leur recherche et leur partager les trésors de l’évangile. Elle les remercie pour la place qu’ils tiennent dans la vie de nos communautés, pour les initiatives qu’ils prennent dans la vie de la société.
    Continuer avec détermination la lutte contre la pédophilie
    Près d’un an et demi après la décision des évêques de France de mettre en œuvre de nouvelles mesures, le travail pour lutter contre la pédophilie s’amplifie. Des cellules d’écoute et d’accueil des victimes fonctionnent dans nos diocèses. Les évêques se sont rendus disponibles pour rencontrer et écouter le témoignage de ceux qui le souhaitaient. Certains d’entre eux ont fait des propositions spirituelles à des personnes ayant été victimes. Nous sommes profondément marqués par ces rencontres et par les conséquences traumatiques vécues par ces personnes et leur famille. Ainsi tant au niveau national qu’au niveau local, la « Cellule permanente de lutte contre la pédophilie » continue de mettre en place un travail de fond -sessions de prévention et de formation- pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église en France.
    Nous sommes conscients que le champ de travail demeure vaste tant pour l’Église que pour la société dans la lutte contre les violences sexuelles et notamment celles faites aux personnes vulnérables. Pour ne parler que de l’Église, il est clair qu’il nous faut encore aller plus loin dans la compréhension de ce qui se joue dramatiquement dans ces crimes sexuels et dans l’existence de ceux et celles qui en ont été victimes. Il nous faut tout mettre en œuvre pour tendre vers la tolérance « zéro » à laquelle nous appelle le pape François. Ce travail, et celui que nous menons contre les dérives sectaires dans les communautés catholiques, se poursuit avec détermination et humilité.
    Chrétiens ensemble
    Les Cinq cents ans de la Réforme permettent des rencontres fructueuses entre protestants et catholiques. Celles-ci permettent de se remettre ensemble devant le visage du Christ, devant sa vie, son Évangile, devant la mission confiée. Nous sommes attentifs à sa prière pour l’unité de ses disciples comme à celle de l’envoi pour annoncer son amour infini et miséricordieux pour tous les hommes. Le visage du Christ renouvelle ceux qui le contemplent. Il est une véritable bonne Nouvelle. Il apaise la soif de sens que beaucoup recherchent.
    Conclusion
    Notre Église continue sa mission essentielle qui est celle d’annoncer l’Évangile à tous. Elle le fait avec des moyens limités que ce soit en ce qui concerne les personnes disponibles et les financements. Nous le constatons dans nos diocèses où nous cherchons à nous adapter au mieux. C’est vrai également en ce qui concerne la Conférence épiscopale. Celle-ci est l’un des lieux, avec la Province, où notre collégialité se manifeste de manière concrète. Nous aurons à échanger sur notre pratique avant de poursuivre la réflexion sur l’actualisation des structures de notre Conférence.
    Durant ces journées d’assemblée, nous nous tournerons souvent vers le Seigneur dans la prière pour nous-mêmes, pour l’ensemble des chrétiens, pour notre Pape François. Nous prierons pour notre monde, notre pays. Nous lui rendrons grâce pour son amour infini, pour l’œuvre de son Esprit en ce temps qui est le nôtre. Nous demanderons à Notre Dame de Lourdes d’accompagner nos travaux de sa présence maternelle et de nous entraîner à la rencontre des souffrants et des petits.
    Mgr Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


  • Assemblée plénière de novembre 2017 : discours d’ouverture par Mgr Georges Pontier

    Une Bonne Nouvelle pour notre temps
    Le texte des Béatitudes a été proclamé dans nos églises pour la récente fête de Toussaint. Cette succession des neuf interpellations du Christ commençant chacune par le mot « Heureux », donne un programme de vie au service de la conquête de la liberté intérieure soumise aux addictions multiples de l’existence, au service encore de l’engagement pour la justice et pour la paix. Il permet de relire le temps des épreuves subies à cause de la foi en Christ et met en son centre le sommet de l’amour : « la miséricorde ». On y trouve une charte de vie personnelle et collective. On y trouve la manière dont Dieu s’est fait homme parmi nous.
    Les écoutant et revenant à elles, j’y ai vu une bonne nouvelle pour notre temps. J’y ai perçu cette source du bonheur que chacun recherche. J’y ai entendu l’appel que le Christ nous adresse à les mettre en pratique. Elles expriment une part du contenu de notre témoignage de vie chrétienne dans cette société que Dieu aime et sauve.
    Encourager le dialogue en toutes circonstances
    N’est-il pas vrai que notre monde est traversé par de grandes tensions qui sèment le trouble et que seuls le dialogue, la justice, la confiance et la réconciliation entre les peuples peuvent apaiser ? L’histoire de notre Europe en est un exemple réconfortant. Des nations en guerre durant des siècles ont trouvé le chemin de la paix, le courage de se faire confiance en vivant la réconciliation et la coopération. Nous sommes invités à nous regarder avec respect, à privilégier le dialogue. Il n’y a pas d’autres chemins pour obtenir la paix et bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Nous encourageons les artisans de paix qui œuvrent en tous pays et en toutes situations. Ils nous émerveillent par leur constance, leur persévérance, leur obstination à toute épreuve. Ils finissent toujours par gagner. Ce n’est pas dans le repli sur soi ni la recherche des seuls intérêts nationaux ou catégoriels que l’on peut offrir un horizon de bonheur pour aujourd’hui et pour demain. « Amour et vérité se rencontrent, Justice et paix s’embrassent » chante le psaume 84. Nous invitons les responsables politiques à faire confiance au dialogue, à la rencontre, à la justice, à la force de la réconciliation, toujours possible. Nous savons que cela va être le chantier qui attend les pays engagés dans les conflits du Moyen Orient. Daesch a perdu une bonne partie de sa capacité de nuisance sur le territoire de la Syrie et de l’Irak.  Mais il n’a sûrement pas perdu ce qu’il a semé en termes de méfiance, de violence, de haine, de désir de vengeance. Ceux qui s’étaient alliés pour cette guerre ne vont-ils pas chercher à tirer avantage pour eux-mêmes plutôt que pour l’ensemble des peuples vivant dans cette région ? L’exil a déjà vidé ces pays de populations trop nombreuses. Les dégâts matériels sont terrifiants. Les réparer prendra du temps et de l’argent. Mais qui redonnera la confiance qui permet de vivre ensemble ? Qui redonnera l’estime réciproque et la nécessaire réconciliation ? Nous le croyons : les religions lorsqu’elles promeuvent la fraternité et le pardon sont source de paix. Nous accueillerons ici-même dans quelques jours Mgr Yousif Thomas Mirkis, Archevêque de Kirkouk et de Souleymanié, dans la région kurde de l’Irak. Il nous partagera ce qu’il perçoit de ce temps de l’après-guerre encore si incertain, des perspectives de reprise d’une vie plus paisible et des conditions d’un avenir durable. Nous avons soutenu ces deux dernières années ses initiatives en faveur de la formation de jeunes étudiants réfugiés dans cette zone. Nous espérons que les responsables politiques locaux et ceux des grandes puissances contribueront à bâtir un contexte favorable à une paix durable, indispensable pour une reprise d’une vie possible dans cette région. Nous prions à cette intention. Nous rendons grâce pour les nombreuses initiatives locales porteuses d’avenir.
    Un certain nombre de Syriens et d’Irakiens ont rejoint notre pays. Parmi eux, des chrétiens se retrouvent dans nos diocèses et nous les accompagnons de notre mieux. Nous prendrons le temps d’écouter nos trois confrères éparques des Églises arménienne, maronite et ukrainienne. Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient et vicaire général de l’archevêque de Paris, ordinaire des catholiques de rite oriental en France, nous rejoindra pour regarder avec nous les questions qui se posent à ces communautés. Et nous n’oublierons pas les douloureux événements qui continuent à marquer l’Ukraine.
    Vaincre la peur et choisir l’espoir
    La violence s’exprime sous des formes bien diverses dans notre monde. Les conflits en Afrique et en Asie ne manquent pas et nous voulons rendre hommage aux confrères de ces pays pour leur action en faveur de la paix chez eux. Marseille a été frappée après bien d’autres voici un mois à la gare St Charles. Mauranne et Laura, deux cousines qui fêtaient ensemble leurs anniversaires ont été sauvagement assassinées. Leur faute était sûrement d’être jeunes, belles et en ce lieu au mauvais moment. Leur vie a été brisée, leurs familles ébranlées. La solidarité s’est évidemment manifestée. La communauté chrétienne les a accompagnées à Eguilles comme à Rillieux la Pape.  Marseille-Espérance qui regroupe autour du Maire de Marseille les responsables des diverses communautés de croyants s’est aussitôt réunie pour condamner ces actes et pour soutenir l’engagement en faveur du respect et de l’estime réciproque entre tous les Marseillais. Nous ne voulons pas que des Français aient peur les uns des autres. Nous sommes ensemble contre ce fléau de la violence aveugle. Nous voulons travailler à guérir les germes de violence présents dans les cœurs et les esprits. Nous sommes reconnaissants pour le travail des forces de l’ordre et de nos militaires qui accomplissent une difficile mission. Nous faisons confiance à nos gouvernants pour assurer au mieux notre sécurité dans le respect total des libertés publiques.
    Bien d’autres formes de violence existent aussi dans ce monde et dans notre pays également. Comment ne pas penser ici à ceux qui n’ont pas de logement ou de travail, à ceux qui connaissent des conditions de vie trop dures ? Le Pape François vient d’instituer la Journée mondiale des Pauvres qui sera célébrée le 19 novembre prochain. Selon le Saint-Père, « cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité » (Message pour la Journée mondiale des Pauvres § 6) C’est un vrai défi pour notre pays de s’unir pour relever ces déficits de justice sociale et briser par-là les germes de violence, de révolte et de désespoir que cela engendre. On peut se réjouir de voir des efforts faits dans ce sens. Au-delà de ce qui est à la charge de l’État et des collectivités territoriales, trouvent place des initiatives citoyennes. Je pense aux colocations qui se développent et même aux initiatives diverses telle celle de l’association Lazare qui propose à de jeunes professionnels de vivre avec des gens de la rue. Cela donne de l’espoir.
    Je ne peux pas taire encore la situation de ceux qui manquent de patrie, de ceux qui fuient la leur à cause des problèmes de guerre, de misère, de climat, de conditions de vie devenues insupportables. Ils viennent jusque chez nous chercher une terre accueillante. Bien sûr il appartient aux États de fixer les règles de ces flux migratoires.  Nous nous réjouissons de l’accord conclu entre les pouvoirs publics, des Églises chrétiennes et la communauté « Sant’Egidio » en faveur de couloirs humanitaires, contournant ainsi les plans des passeurs et les aléas de l’immigration illégale. Mais quand les personnes sont là à nos portes, quand nous voyons ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces mineurs étrangers isolés dont le nombre ne cesse d’augmenter, comment résister à une indifférence qui déshumanise, comment ne pas comprendre les gestes de ceux qui vivent un accueil risqué ? Oui, l’esprit de solidarité n’est pas mort dans notre pays. Beaucoup savent s’en emparer et en payent parfois le prix fort. Plus d’un en ont fait leur projet de vie, leur engagement. Ils sont des artisans de paix et de fraternité. Ils savent pleurer avec ceux qui pleurent. Ils savent risquer l’amitié et l’accueil. Ils en recueillent des fruits de joie et un peu de fierté. Ils sont témoins de la richesse de la rencontre, du courage et de la foi qui soutient ceux qui sont partis de chez eux dans une aventure aux contours inconnus. Certains évoquent souvent les racines chrétiennes de l’Europe. Les uns pour les protéger dans un espace étroit et tranquille, les autres pour s’en inspirer. Le christianisme porte la vision d’une fraternité universelle de l’humanité. Cette expression permet de dépasser toutes les peurs et de s’engager dans l’audace de l’accueil. Nous nous réjouissons de voir beaucoup de jeunes vivre de cet idéal en s’engageant sur cette voie ici ou en donnant quelques années de leur vie au service du développement des peuples dans une expérience dont ils reviennent grandis.
    Avoir sa place dans une société en débats
    Ces questions et bien d’autres suscitent des débats profonds dans notre société. L’époque est incertaine, les intérêts souvent inconciliables, les ambitions aveuglantes. Notre pays a du mal à trouver un projet accepté par une majorité. Nous nous sommes exprimés dans un document qui a suscité un réel intérêt : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Nous constations que dans une société marquée par la prééminence des projets individuels, par un sentiment d’insécurité dû aux attentats terroristes, par le manque de perspectives de progrès et de partage juste des richesses nationales, des fractures se creusaient entre citoyens, des coupables étaient recherchés et désignés, la confiance se délitait. Nous insistions sur la nécessité de bâtir ensemble un nouveau projet social qui fasse place à tous, aux plus fragiles en particulier. Nous insistions sur la nécessité de la confiance qui permet l’existence d’un débat fructueux entre les diverses composantes de la société. Nous rappelions la fragilité de nos démocraties quand les intérêts catégoriels ou individuels sont sans limites. Nous regrettions les invectives violentes, les propos irresponsables dangereux. Ce qui doit fonder l’exercice du pouvoir, « c’est, disions-nous, le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées. » (p.21) Ce débat, nous voulons y participer. Certains nous en refusent le droit, convaincus que la place des religions doit rester dans les limites closes des maisons et des célébrations cultuelles. Nous ne le pensons pas. La société est faite de citoyens aux diverses convictions dont certaines sont religieuses. Ils n’en sont pas moins des citoyens loyaux, cherchant le bien de tous et de chacun. Nous nous réjouissons de la part que les membres de nos communautés prennent en bien des domaines, dans celui de l’enseignement, de la santé, de la solidarité, de l’accueil des plus fragiles, de la défense de la vie, de la famille et des droits de l’homme, de la recherche de la paix. Beaucoup essaient de vivre cet idéal dans l’exercice de leur profession et nous constatons leur dynamisme même dans des situations les plus difficiles. Je pense en particulier à ceux qui s’investissent dans les chantiers de ce que nous appelons l’Église en périphérie ou dans les initiatives en milieu rural. Oui, c’est notre joie de voir les chrétiens refuser le repli sur soi et avoir le souci du bien de tous, de ceux qui ont le plus de difficultés pour vivre.
    Dans quelques mois sera lancé le chantier de la révision des lois de bioéthique, et peut être de la loi sur la fin de vie. Cela donnera lieu à des débats importants. Ces débats seront féconds à la mesure de la qualité du dialogue, qui présidera aux échanges. Si les progrès de la science nécessitent de réfléchir à frais nouveaux, la réflexion ne peut se contenter des acquis scientifiques : elle doit aussi et surtout s’enrichir de la conception raisonnable que chacun se fait de la personne humaine et de sa dignité. Elle doit dépasser le seul objectif d’aller de révision en révision pour obtenir ce que l’on veut imposer.
    Pour notre part, nous nous réjouissons de voir que du temps sera accordé pour ces débats. Nous nous y engagerons avec toute la force de la raison humaine, soutenus par des experts. Nous voulons rappeler que la dignité de la personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle, est inaliénable. C’est d’ailleurs une des raisons qui pousse l’Église à proscrire radicalement la peine de mort, comme vient de le déclarer le pape François. Nul ne peut prendre la place de Dieu ! Si nous comprenons l’apport bénéfique des progrès scientifiques, nous souhaitons qu’ils ne deviennent pas immédiatement la source incontestée de soi-disant droits nouveaux. Il y va du juste respect de chacun.
    S’agissant de l’enfant, nous ne pouvons que redire la beauté du mystère de la vie. Accueillir un nouveau-né est une des expériences humaines les plus belles et les plus riches. Nous le percevons bien sur le visage des nouveaux parents. Nous comprenons l’épreuve de ceux qui sont confrontés à la réalité de la stérilité. Leur souffrance appelle un accompagnement compréhensif. Pour autant, on ne peut en déduire qu’il y aurait un droit à l’enfant pour toute personne ou pour tout couple qui souhaiterait en avoir un. L’enfant est un don et non un bien qu’on pourrait acheter et s’offrir à tout prix. Il est à accueillir et à accompagner avec beaucoup de respect, d’affection et de disponibilité. L’attitude d’accueil de la vie reçue comme un don gratuit est humanisante. Elle prépare et fortifie le véritable respect entre les êtres humains : nul ne peut mettre la main sur son semblable, en aucune circonstance.
    Les concepts d’égalité et de liberté employés pour justifier des évolutions de la législation sont souvent utilisés d’une manière erronée, parfois sous le coup de l’émotion entretenue médiatiquement. Il s’agit alors d’uniformisation et de concession aux désirs individuels, sous peine de discrimination et sans réflexion anthropologique. Or, en s’appuyant seulement sur ce raisonnement, on risque fort de créer d’autres injustices qui seront comme des sources latentes de violences. Et que penser du principe de précaution qui est utilisé en certains domaines d’application des sciences et qui serait rejeté pour les techniques biomédicales ? Personne ne peut souhaiter fragiliser une société en brouillant les repères de la filiation, en taisant les droits et le bien primordial de l’enfant et en déconstruisant les liens entre générations. La loi n’est pas le résultat de désirs individuels qu’il faudrait autoriser, mais l’expression d’une conception de l’être humain fondée sur un humanisme partagé en vue du bien commun.
    Tout cela mérite réflexion, prudence et sagesse. Grâce au dialogue véritable, les voies du respect du plus fragile seront discernées et encouragées. Nous continuerons à porter le souci d’une loi juste pour la paix en notre société et pour son bien.
    A l’écoute des jeunes
    Au mois d’octobre 2018, dans moins d’un an se tiendra à Rome autour du pape François un synode ordinaire des Évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. » Les jeunes désignent ici les jeunes adultes de 16 à 29 ans. Ils sont divers. Nos Églises diocésaines saisissent cette opportunité pour se mettre à leur écoute, pour faciliter leur participation à la vie des communautés chrétiennes. Le monde dans lequel ils vivent évolue à grande vitesse. Ils ont besoin de soutiens pour leur vie chrétienne et pour avancer dans leur recherche spirituelle. Certains sont rejoints par des mouvements ou des communautés, d’autres se retrouvent dans des paroisses qui leur sont dédiées. Des temps forts leur sont proposés.  Cette étape de leur vie est importante. L’accès à un métier est parfois difficile. L’avancée vers une vie affective stable ne l’est pas moins. Certains sont habités par un réel souci spirituel et nous savons qu’un nombre certes moindre est traversé par la question de la vie religieuse ou de la vocation presbytérale. Beaucoup de générosité se manifeste dans leur vie : année sabbatique, service civil, expérience à l’étranger, engagement humanitaire. Tout cela nous réjouit et manifeste la qualité humaine qui est la leur. Nous partagerons les initiatives prises dans nos diocèses en ce domaine. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous les acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations dans nos diocèses.
    Notre premier temps de travail sera consacré à l’élaboration d’une ratio nationale sur la formation des futurs prêtres inspirée par la Ratio fundamentalis que nous venons de recevoir de la congrégation romaine compétente. Les enjeux sont multiples. Nous poursuivrons ce qui a déjà été échangé entre nous en nous laissant parfois sur notre faim. Tout cela nous permet de redire notre confiance dans cette jeunesse et parmi elle à ceux et celles qui portent le souci d’une vie spirituelle profonde. Nous les encourageons à se tourner vers le Christ dont la rencontre est source de joie, de paix, de lumière. L’Eglise est là pour accompagner leur recherche et leur partager les trésors de l’évangile. Elle les remercie pour la place qu’ils tiennent dans la vie de nos communautés, pour les initiatives qu’ils prennent dans la vie de la société.
    Continuer avec détermination la lutte contre la pédophilie
    Près d’un an et demi après la décision des évêques de France de mettre en œuvre de nouvelles mesures, le travail pour lutter contre la pédophilie s’amplifie. Des cellules d’écoute et d’accueil des victimes fonctionnent dans nos diocèses. Les évêques se sont rendus disponibles pour rencontrer et écouter le témoignage de ceux qui le souhaitaient. Certains d’entre eux ont fait des propositions spirituelles à des personnes ayant été victimes. Nous sommes profondément marqués par ces rencontres et par les conséquences traumatiques vécues par ces personnes et leur famille. Ainsi tant au niveau national qu’au niveau local, la « Cellule permanente de lutte contre la pédophilie » continue de mettre en place un travail de fond -sessions de prévention et de formation- pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église en France.
    Nous sommes conscients que le champ de travail demeure vaste tant pour l’Église que pour la société dans la lutte contre les violences sexuelles et notamment celles faites aux personnes vulnérables. Pour ne parler que de l’Église, il est clair qu’il nous faut encore aller plus loin dans la compréhension de ce qui se joue dramatiquement dans ces crimes sexuels et dans l’existence de ceux et celles qui en ont été victimes. Il nous faut tout mettre en œuvre pour tendre vers la tolérance « zéro » à laquelle nous appelle le pape François. Ce travail, et celui que nous menons contre les dérives sectaires dans les communautés catholiques, se poursuit avec détermination et humilité.
    Chrétiens ensemble
    Les Cinq cents ans de la Réforme permettent des rencontres fructueuses entre protestants et catholiques. Celles-ci permettent de se remettre ensemble devant le visage du Christ, devant sa vie, son Évangile, devant la mission confiée. Nous sommes attentifs à sa prière pour l’unité de ses disciples comme à celle de l’envoi pour annoncer son amour infini et miséricordieux pour tous les hommes. Le visage du Christ renouvelle ceux qui le contemplent. Il est une véritable bonne Nouvelle. Il apaise la soif de sens que beaucoup recherchent.
    Conclusion
    Notre Église continue sa mission essentielle qui est celle d’annoncer l’Évangile à tous. Elle le fait avec des moyens limités que ce soit en ce qui concerne les personnes disponibles et les financements. Nous le constatons dans nos diocèses où nous cherchons à nous adapter au mieux. C’est vrai également en ce qui concerne la Conférence épiscopale. Celle-ci est l’un des lieux, avec la Province, où notre collégialité se manifeste de manière concrète. Nous aurons à échanger sur notre pratique avant de poursuivre la réflexion sur l’actualisation des structures de notre Conférence.
    Durant ces journées d’assemblée, nous nous tournerons souvent vers le Seigneur dans la prière pour nous-mêmes, pour l’ensemble des chrétiens, pour notre Pape François. Nous prierons pour notre monde, notre pays. Nous lui rendrons grâce pour son amour infini, pour l’œuvre de son Esprit en ce temps qui est le nôtre. Nous demanderons à Notre Dame de Lourdes d’accompagner nos travaux de sa présence maternelle et de nous entraîner à la rencontre des souffrants et des petits.
    Mgr Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


  • Assemblée plénière de novembre 2017 : discours d’ouverture par Mgr Georges Pontier

    Une Bonne Nouvelle pour notre temps
    Le texte des Béatitudes a été proclamé dans nos églises pour la récente fête de Toussaint. Cette succession des neuf interpellations du Christ commençant chacune par le mot « Heureux », donne un programme de vie au service de la conquête de la liberté intérieure soumise aux addictions multiples de l’existence, au service encore de l’engagement pour la justice et pour la paix. Il permet de relire le temps des épreuves subies à cause de la foi en Christ et met en son centre le sommet de l’amour : « la miséricorde ». On y trouve une charte de vie personnelle et collective. On y trouve la manière dont Dieu s’est fait homme parmi nous.
    Les écoutant et revenant à elles, j’y ai vu une bonne nouvelle pour notre temps. J’y ai perçu cette source du bonheur que chacun recherche. J’y ai entendu l’appel que le Christ nous adresse à les mettre en pratique. Elles expriment une part du contenu de notre témoignage de vie chrétienne dans cette société que Dieu aime et sauve.
    Encourager le dialogue en toutes circonstances
    N’est-il pas vrai que notre monde est traversé par de grandes tensions qui sèment le trouble et que seuls le dialogue, la justice, la confiance et la réconciliation entre les peuples peuvent apaiser ? L’histoire de notre Europe en est un exemple réconfortant. Des nations en guerre durant des siècles ont trouvé le chemin de la paix, le courage de se faire confiance en vivant la réconciliation et la coopération. Nous sommes invités à nous regarder avec respect, à privilégier le dialogue. Il n’y a pas d’autres chemins pour obtenir la paix et bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Nous encourageons les artisans de paix qui œuvrent en tous pays et en toutes situations. Ils nous émerveillent par leur constance, leur persévérance, leur obstination à toute épreuve. Ils finissent toujours par gagner. Ce n’est pas dans le repli sur soi ni la recherche des seuls intérêts nationaux ou catégoriels que l’on peut offrir un horizon de bonheur pour aujourd’hui et pour demain. « Amour et vérité se rencontrent, Justice et paix s’embrassent » chante le psaume 84. Nous invitons les responsables politiques à faire confiance au dialogue, à la rencontre, à la justice, à la force de la réconciliation, toujours possible. Nous savons que cela va être le chantier qui attend les pays engagés dans les conflits du Moyen Orient. Daesch a perdu une bonne partie de sa capacité de nuisance sur le territoire de la Syrie et de l’Irak.  Mais il n’a sûrement pas perdu ce qu’il a semé en termes de méfiance, de violence, de haine, de désir de vengeance. Ceux qui s’étaient alliés pour cette guerre ne vont-ils pas chercher à tirer avantage pour eux-mêmes plutôt que pour l’ensemble des peuples vivant dans cette région ? L’exil a déjà vidé ces pays de populations trop nombreuses. Les dégâts matériels sont terrifiants. Les réparer prendra du temps et de l’argent. Mais qui redonnera la confiance qui permet de vivre ensemble ? Qui redonnera l’estime réciproque et la nécessaire réconciliation ? Nous le croyons : les religions lorsqu’elles promeuvent la fraternité et le pardon sont source de paix. Nous accueillerons ici-même dans quelques jours Mgr Yousif Thomas Mirkis, Archevêque de Kirkouk et de Souleymanié, dans la région kurde de l’Irak. Il nous partagera ce qu’il perçoit de ce temps de l’après-guerre encore si incertain, des perspectives de reprise d’une vie plus paisible et des conditions d’un avenir durable. Nous avons soutenu ces deux dernières années ses initiatives en faveur de la formation de jeunes étudiants réfugiés dans cette zone. Nous espérons que les responsables politiques locaux et ceux des grandes puissances contribueront à bâtir un contexte favorable à une paix durable, indispensable pour une reprise d’une vie possible dans cette région. Nous prions à cette intention. Nous rendons grâce pour les nombreuses initiatives locales porteuses d’avenir.
    Un certain nombre de Syriens et d’Irakiens ont rejoint notre pays. Parmi eux, des chrétiens se retrouvent dans nos diocèses et nous les accompagnons de notre mieux. Nous prendrons le temps d’écouter nos trois confrères éparques des Églises arménienne, maronite et ukrainienne. Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient et vicaire général de l’archevêque de Paris, ordinaire des catholiques de rite oriental en France, nous rejoindra pour regarder avec nous les questions qui se posent à ces communautés. Et nous n’oublierons pas les douloureux événements qui continuent à marquer l’Ukraine.
    Vaincre la peur et choisir l’espoir
    La violence s’exprime sous des formes bien diverses dans notre monde. Les conflits en Afrique et en Asie ne manquent pas et nous voulons rendre hommage aux confrères de ces pays pour leur action en faveur de la paix chez eux. Marseille a été frappée après bien d’autres voici un mois à la gare St Charles. Mauranne et Laura, deux cousines qui fêtaient ensemble leurs anniversaires ont été sauvagement assassinées. Leur faute était sûrement d’être jeunes, belles et en ce lieu au mauvais moment. Leur vie a été brisée, leurs familles ébranlées. La solidarité s’est évidemment manifestée. La communauté chrétienne les a accompagnées à Eguilles comme à Rillieux la Pape.  Marseille-Espérance qui regroupe autour du Maire de Marseille les responsables des diverses communautés de croyants s’est aussitôt réunie pour condamner ces actes et pour soutenir l’engagement en faveur du respect et de l’estime réciproque entre tous les Marseillais. Nous ne voulons pas que des Français aient peur les uns des autres. Nous sommes ensemble contre ce fléau de la violence aveugle. Nous voulons travailler à guérir les germes de violence présents dans les cœurs et les esprits. Nous sommes reconnaissants pour le travail des forces de l’ordre et de nos militaires qui accomplissent une difficile mission. Nous faisons confiance à nos gouvernants pour assurer au mieux notre sécurité dans le respect total des libertés publiques.
    Bien d’autres formes de violence existent aussi dans ce monde et dans notre pays également. Comment ne pas penser ici à ceux qui n’ont pas de logement ou de travail, à ceux qui connaissent des conditions de vie trop dures ? Le Pape François vient d’instituer la Journée mondiale des Pauvres qui sera célébrée le 19 novembre prochain. Selon le Saint-Père, « cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité » (Message pour la Journée mondiale des Pauvres § 6) C’est un vrai défi pour notre pays de s’unir pour relever ces déficits de justice sociale et briser par-là les germes de violence, de révolte et de désespoir que cela engendre. On peut se réjouir de voir des efforts faits dans ce sens. Au-delà de ce qui est à la charge de l’État et des collectivités territoriales, trouvent place des initiatives citoyennes. Je pense aux colocations qui se développent et même aux initiatives diverses telle celle de l’association Lazare qui propose à de jeunes professionnels de vivre avec des gens de la rue. Cela donne de l’espoir.
    Je ne peux pas taire encore la situation de ceux qui manquent de patrie, de ceux qui fuient la leur à cause des problèmes de guerre, de misère, de climat, de conditions de vie devenues insupportables. Ils viennent jusque chez nous chercher une terre accueillante. Bien sûr il appartient aux États de fixer les règles de ces flux migratoires.  Nous nous réjouissons de l’accord conclu entre les pouvoirs publics, des Églises chrétiennes et la communauté « Sant’Egidio » en faveur de couloirs humanitaires, contournant ainsi les plans des passeurs et les aléas de l’immigration illégale. Mais quand les personnes sont là à nos portes, quand nous voyons ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces mineurs étrangers isolés dont le nombre ne cesse d’augmenter, comment résister à une indifférence qui déshumanise, comment ne pas comprendre les gestes de ceux qui vivent un accueil risqué ? Oui, l’esprit de solidarité n’est pas mort dans notre pays. Beaucoup savent s’en emparer et en payent parfois le prix fort. Plus d’un en ont fait leur projet de vie, leur engagement. Ils sont des artisans de paix et de fraternité. Ils savent pleurer avec ceux qui pleurent. Ils savent risquer l’amitié et l’accueil. Ils en recueillent des fruits de joie et un peu de fierté. Ils sont témoins de la richesse de la rencontre, du courage et de la foi qui soutient ceux qui sont partis de chez eux dans une aventure aux contours inconnus. Certains évoquent souvent les racines chrétiennes de l’Europe. Les uns pour les protéger dans un espace étroit et tranquille, les autres pour s’en inspirer. Le christianisme porte la vision d’une fraternité universelle de l’humanité. Cette expression permet de dépasser toutes les peurs et de s’engager dans l’audace de l’accueil. Nous nous réjouissons de voir beaucoup de jeunes vivre de cet idéal en s’engageant sur cette voie ici ou en donnant quelques années de leur vie au service du développement des peuples dans une expérience dont ils reviennent grandis.
    Avoir sa place dans une société en débats
    Ces questions et bien d’autres suscitent des débats profonds dans notre société. L’époque est incertaine, les intérêts souvent inconciliables, les ambitions aveuglantes. Notre pays a du mal à trouver un projet accepté par une majorité. Nous nous sommes exprimés dans un document qui a suscité un réel intérêt : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Nous constations que dans une société marquée par la prééminence des projets individuels, par un sentiment d’insécurité dû aux attentats terroristes, par le manque de perspectives de progrès et de partage juste des richesses nationales, des fractures se creusaient entre citoyens, des coupables étaient recherchés et désignés, la confiance se délitait. Nous insistions sur la nécessité de bâtir ensemble un nouveau projet social qui fasse place à tous, aux plus fragiles en particulier. Nous insistions sur la nécessité de la confiance qui permet l’existence d’un débat fructueux entre les diverses composantes de la société. Nous rappelions la fragilité de nos démocraties quand les intérêts catégoriels ou individuels sont sans limites. Nous regrettions les invectives violentes, les propos irresponsables dangereux. Ce qui doit fonder l’exercice du pouvoir, « c’est, disions-nous, le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées. » (p.21) Ce débat, nous voulons y participer. Certains nous en refusent le droit, convaincus que la place des religions doit rester dans les limites closes des maisons et des célébrations cultuelles. Nous ne le pensons pas. La société est faite de citoyens aux diverses convictions dont certaines sont religieuses. Ils n’en sont pas moins des citoyens loyaux, cherchant le bien de tous et de chacun. Nous nous réjouissons de la part que les membres de nos communautés prennent en bien des domaines, dans celui de l’enseignement, de la santé, de la solidarité, de l’accueil des plus fragiles, de la défense de la vie, de la famille et des droits de l’homme, de la recherche de la paix. Beaucoup essaient de vivre cet idéal dans l’exercice de leur profession et nous constatons leur dynamisme même dans des situations les plus difficiles. Je pense en particulier à ceux qui s’investissent dans les chantiers de ce que nous appelons l’Église en périphérie ou dans les initiatives en milieu rural. Oui, c’est notre joie de voir les chrétiens refuser le repli sur soi et avoir le souci du bien de tous, de ceux qui ont le plus de difficultés pour vivre.
    Dans quelques mois sera lancé le chantier de la révision des lois de bioéthique, et peut être de la loi sur la fin de vie. Cela donnera lieu à des débats importants. Ces débats seront féconds à la mesure de la qualité du dialogue, qui présidera aux échanges. Si les progrès de la science nécessitent de réfléchir à frais nouveaux, la réflexion ne peut se contenter des acquis scientifiques : elle doit aussi et surtout s’enrichir de la conception raisonnable que chacun se fait de la personne humaine et de sa dignité. Elle doit dépasser le seul objectif d’aller de révision en révision pour obtenir ce que l’on veut imposer.
    Pour notre part, nous nous réjouissons de voir que du temps sera accordé pour ces débats. Nous nous y engagerons avec toute la force de la raison humaine, soutenus par des experts. Nous voulons rappeler que la dignité de la personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle, est inaliénable. C’est d’ailleurs une des raisons qui pousse l’Église à proscrire radicalement la peine de mort, comme vient de le déclarer le pape François. Nul ne peut prendre la place de Dieu ! Si nous comprenons l’apport bénéfique des progrès scientifiques, nous souhaitons qu’ils ne deviennent pas immédiatement la source incontestée de soi-disant droits nouveaux. Il y va du juste respect de chacun.
    S’agissant de l’enfant, nous ne pouvons que redire la beauté du mystère de la vie. Accueillir un nouveau-né est une des expériences humaines les plus belles et les plus riches. Nous le percevons bien sur le visage des nouveaux parents. Nous comprenons l’épreuve de ceux qui sont confrontés à la réalité de la stérilité. Leur souffrance appelle un accompagnement compréhensif. Pour autant, on ne peut en déduire qu’il y aurait un droit à l’enfant pour toute personne ou pour tout couple qui souhaiterait en avoir un. L’enfant est un don et non un bien qu’on pourrait acheter et s’offrir à tout prix. Il est à accueillir et à accompagner avec beaucoup de respect, d’affection et de disponibilité. L’attitude d’accueil de la vie reçue comme un don gratuit est humanisante. Elle prépare et fortifie le véritable respect entre les êtres humains : nul ne peut mettre la main sur son semblable, en aucune circonstance.
    Les concepts d’égalité et de liberté employés pour justifier des évolutions de la législation sont souvent utilisés d’une manière erronée, parfois sous le coup de l’émotion entretenue médiatiquement. Il s’agit alors d’uniformisation et de concession aux désirs individuels, sous peine de discrimination et sans réflexion anthropologique. Or, en s’appuyant seulement sur ce raisonnement, on risque fort de créer d’autres injustices qui seront comme des sources latentes de violences. Et que penser du principe de précaution qui est utilisé en certains domaines d’application des sciences et qui serait rejeté pour les techniques biomédicales ? Personne ne peut souhaiter fragiliser une société en brouillant les repères de la filiation, en taisant les droits et le bien primordial de l’enfant et en déconstruisant les liens entre générations. La loi n’est pas le résultat de désirs individuels qu’il faudrait autoriser, mais l’expression d’une conception de l’être humain fondée sur un humanisme partagé en vue du bien commun.
    Tout cela mérite réflexion, prudence et sagesse. Grâce au dialogue véritable, les voies du respect du plus fragile seront discernées et encouragées. Nous continuerons à porter le souci d’une loi juste pour la paix en notre société et pour son bien.
    A l’écoute des jeunes
    Au mois d’octobre 2018, dans moins d’un an se tiendra à Rome autour du pape François un synode ordinaire des Évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. » Les jeunes désignent ici les jeunes adultes de 16 à 29 ans. Ils sont divers. Nos Églises diocésaines saisissent cette opportunité pour se mettre à leur écoute, pour faciliter leur participation à la vie des communautés chrétiennes. Le monde dans lequel ils vivent évolue à grande vitesse. Ils ont besoin de soutiens pour leur vie chrétienne et pour avancer dans leur recherche spirituelle. Certains sont rejoints par des mouvements ou des communautés, d’autres se retrouvent dans des paroisses qui leur sont dédiées. Des temps forts leur sont proposés.  Cette étape de leur vie est importante. L’accès à un métier est parfois difficile. L’avancée vers une vie affective stable ne l’est pas moins. Certains sont habités par un réel souci spirituel et nous savons qu’un nombre certes moindre est traversé par la question de la vie religieuse ou de la vocation presbytérale. Beaucoup de générosité se manifeste dans leur vie : année sabbatique, service civil, expérience à l’étranger, engagement humanitaire. Tout cela nous réjouit et manifeste la qualité humaine qui est la leur. Nous partagerons les initiatives prises dans nos diocèses en ce domaine. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous les acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations dans nos diocèses.
    Notre premier temps de travail sera consacré à l’élaboration d’une ratio nationale sur la formation des futurs prêtres inspirée par la Ratio fundamentalis que nous venons de recevoir de la congrégation romaine compétente. Les enjeux sont multiples. Nous poursuivrons ce qui a déjà été échangé entre nous en nous laissant parfois sur notre faim. Tout cela nous permet de redire notre confiance dans cette jeunesse et parmi elle à ceux et celles qui portent le souci d’une vie spirituelle profonde. Nous les encourageons à se tourner vers le Christ dont la rencontre est source de joie, de paix, de lumière. L’Eglise est là pour accompagner leur recherche et leur partager les trésors de l’évangile. Elle les remercie pour la place qu’ils tiennent dans la vie de nos communautés, pour les initiatives qu’ils prennent dans la vie de la société.
    Continuer avec détermination la lutte contre la pédophilie
    Près d’un an et demi après la décision des évêques de France de mettre en œuvre de nouvelles mesures, le travail pour lutter contre la pédophilie s’amplifie. Des cellules d’écoute et d’accueil des victimes fonctionnent dans nos diocèses. Les évêques se sont rendus disponibles pour rencontrer et écouter le témoignage de ceux qui le souhaitaient. Certains d’entre eux ont fait des propositions spirituelles à des personnes ayant été victimes. Nous sommes profondément marqués par ces rencontres et par les conséquences traumatiques vécues par ces personnes et leur famille. Ainsi tant au niveau national qu’au niveau local, la « Cellule permanente de lutte contre la pédophilie » continue de mettre en place un travail de fond -sessions de prévention et de formation- pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église en France.
    Nous sommes conscients que le champ de travail demeure vaste tant pour l’Église que pour la société dans la lutte contre les violences sexuelles et notamment celles faites aux personnes vulnérables. Pour ne parler que de l’Église, il est clair qu’il nous faut encore aller plus loin dans la compréhension de ce qui se joue dramatiquement dans ces crimes sexuels et dans l’existence de ceux et celles qui en ont été victimes. Il nous faut tout mettre en œuvre pour tendre vers la tolérance « zéro » à laquelle nous appelle le pape François. Ce travail, et celui que nous menons contre les dérives sectaires dans les communautés catholiques, se poursuit avec détermination et humilité.
    Chrétiens ensemble
    Les Cinq cents ans de la Réforme permettent des rencontres fructueuses entre protestants et catholiques. Celles-ci permettent de se remettre ensemble devant le visage du Christ, devant sa vie, son Évangile, devant la mission confiée. Nous sommes attentifs à sa prière pour l’unité de ses disciples comme à celle de l’envoi pour annoncer son amour infini et miséricordieux pour tous les hommes. Le visage du Christ renouvelle ceux qui le contemplent. Il est une véritable bonne Nouvelle. Il apaise la soif de sens que beaucoup recherchent.
    Conclusion
    Notre Église continue sa mission essentielle qui est celle d’annoncer l’Évangile à tous. Elle le fait avec des moyens limités que ce soit en ce qui concerne les personnes disponibles et les financements. Nous le constatons dans nos diocèses où nous cherchons à nous adapter au mieux. C’est vrai également en ce qui concerne la Conférence épiscopale. Celle-ci est l’un des lieux, avec la Province, où notre collégialité se manifeste de manière concrète. Nous aurons à échanger sur notre pratique avant de poursuivre la réflexion sur l’actualisation des structures de notre Conférence.
    Durant ces journées d’assemblée, nous nous tournerons souvent vers le Seigneur dans la prière pour nous-mêmes, pour l’ensemble des chrétiens, pour notre Pape François. Nous prierons pour notre monde, notre pays. Nous lui rendrons grâce pour son amour infini, pour l’œuvre de son Esprit en ce temps qui est le nôtre. Nous demanderons à Notre Dame de Lourdes d’accompagner nos travaux de sa présence maternelle et de nous entraîner à la rencontre des souffrants et des petits.
    Mgr Georges Pontier
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


mercredi 1er novembre 2017

  • Intention de prière du pape François pour novembre 2017

    Intention de prière : Chrétiens d’Asie, acteurs de dialogue et de paix

    Prions  pour les chrétiens d’Asie afin qu’en témoignant de l’Évangile par le parole et l’action, ils favorisent le dialogue, la  paix et la compréhension réciproque, particulièrement avec les membres d’autres religions.

    Prier au coeur du monde consacre son numéro à cette intention

     


mardi 31 octobre 2017

  • Homélie du dimanche 5 novembre

    Dimanche 5 novembre 2017
    31éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Livre de Malachie : 1.14 à 2.10 : « N’avons-nous pas tous un seul Père ?… Pourquoi nous trahir les uns les autres. »
    Psaume 130 : « Je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui me dépassent. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.2. 7 à 13 : »Non pas une parole d’homme, mais la parole de Dieu qui est à l’oeuvre en vous. »
    Evangile selon saint Matthieu : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. »
    ***
    SOYEZ LOGIQUES
    Ne faisons pas dire aux paroles de Jésus autre chose que ce qu’elles expriment au moment où il les prononce et à l’égard de qui il prend position.
    Il ne récuse pas l’autorité des scribes et des pharisiens. Quand elle s’appuie sur l’autorité de Moïse et qu’ils l’enseignent d’une manière authentique, on ne peut mettre en doute la valeur de cet enseignement. « Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. »
    Ce qui est en cause, c’est la manière dont ils vivent cette Loi qu’ils enseignent. « Ils disent et ne font pas. » ou, plus exactement ils pervertissent l’Alliance dont ils sont les témoins et les messagers. Malachie ne dit pas autre chose aux prêtres de son temps : »Vous avez perverti mon alliance avec vous. Vous n’avez pas suivi mes chemins. Vous avez agi avec partialité en accommodant la Loi. »
    RESTEZ DONC A VOTRE PLACE.
    Par leur manière d’agir, en effet, les Pharisiens du temps de Jésus trahissent le Peuple de Dieu dont ils sont les membres, sans n’être rien de plus que les autres, sinon le fait d’être des serviteurs de la Loi. Or ils agissent comme séparés de ce Peuple, dispensés des exigences qui les concernent tout autant. C’est trahir leur appartenance au même Peuple de Dieu, pour reprendre l’expression de Malachie : « Nous trahir les uns les autres ». (Malachie 2.10) Grande est leur responsabilité puisqu’ils doivent en être les serviteurs : »Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. »
    « Nous n’avons qu’un seul Père, qui est dans les cieux », ne prenez pas sa place. Pour cette raison, le reproche du Christ est grave. Non seulement ils ne sont plus les serviteurs de la Loi, mais ils l’utilisent à leur service en se parant de titres qui ne sont dûs qu’à Dieu. Plus encore ils agissent en son lieu et place par des commandements qu’ils ajoutent aux commandements de la Loi donnée par Dieu.
    Dieu seul est saint, Dieu seul est grand, Dieu seul est Seigneur, Dieu seul doit avoir la place d’honneur, Dieu seul est celui qui nous donne la connaissance, non par une « parole d’homme, mais par sa parole qui est à l’oeuvre en nous ». (1. Thes. 2.13)
    LA MANIERE D’AGIR DU CHRIST
    Le vrai message de l’évangile de ce dimanche ne se réduit pas à une question de vocabulaire. Il n’est pas de cesser de saluer un prêtre du nom de « Père » ou un religieux du nom de « maître des novices ». C’est pour chacun de vivre au quotidien le reflet de l’amour de Dieu tel que le Christ nous l’a reflété en sa vie.
    Pour le Christ, l’autorité n’est pas ni un pouvoir, ni un privilège. Elle doit être humblement assumée pour servir les autres. Ce fut ainsi qu’il agit lui-même au soir du Jeudi-Saint, alors qu’il commençait l’ultime phase rédemptrice de sa Passion. Le geste du lavement des pieds de ses apôtres est «signifiant». «Je vous ai donné un exemple.» (Jean 13.15)
    Si nous mettons en synoptique saint Paul aux Philippiens, les attitudes de Jésus durant les heures de sa Passion et les remarques du Christ aux Pharisiens, nous recevons tout un enseignement à transposer pour le vivre à notre tour.
    « Avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que personne ne recherche son propre intérêt, mais que chacun veille à celui des autres. Comportez-vous entre vous, comme on le fait quand on connaît le Christ Jésus. Lui qui est de condition divine, il n’a pas considéré cela comme une proie pour être en égalité avec Dieu. Il s’est vidé de lui-même (ékénosein, en grec) prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes et reconnu comme tel parmi les hommes. Il s’est abaissé lui-même devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Philippiens 2. 5 à 11)
    CONTRAINTE ET LIBERTE
    Le contraste entre les Pharisiens et Jésus est «signifiant» jusque dans ses conséquences.
    Les Pharisiens utilisent leur pouvoir pour enfermer leurs frères dans des contraintes qui les rendent incapables d’accomplir la Loi authentique. Elle devient une entrave à leur liberté, enfermés qu’ils sont dans le savoir de ces spécialistes. Il n’y a pas d’autres «maître à penser» que Dieu. C’est abuser de sa fonction d’enseignant que de s’ériger en maître parce qu’on est chargé de transmettre la Parole, la pensée et la volonté de Dieu.
    L’autorité de Jésus est tout autre. Elle est exclusivement au service de la libération des hommes : »La vérité vous rendra libres. » (Jean 8. 32) Il pardonne, il guérit, il remet debout, il redonne un avenir, une chance, une capacité d’être responsable. Et s’il propose l’exigence de la Loi, c’est pour donner un guide qui permette de se conduire sur le chemin de la vraie vie. « Je vous dis cela pour que votre joie soit complète ». (Jean 15. 11)Il suffit de regarder s’épanouir la Samaritaine, Zachée, Marie-Madeleine, les aveugles, les mendiants.
    UN MESSAGE POUR NOTRE TEMPS
    Fils d’un même Père, frères au service les uns des autres, cette attitude se doit d’être vécue aujourd’hui. La question de l’autorité n’a rien perdu de son autorité. Les déviances sont dans notre société avec le pouvoir, les « influences » et l’argent. C’est vrai aussi dans le domaine religieux quand les motivations utilisées deviennent dominatrices dans les déviances des sectes.
    L’inquiétude, la précarité, la solitude de nos frères sont les signes que nous avons un peu oublié l’Evangile. Notre mission est d’être frères, serviteurs de nos frères. C’est d’être humblement à l’écoute des tâtonnements de chacun, sans lui asséner nos fallacieuses certitudes de « maîtres ». C’est d’apporter convivialité, chaleur humaine et paix intérieure à ceux qui cherchent un peu de paix auprès de nous.
    ***
    « Comportez-vous entre vous comme on le fait quand on connaît Jésus-Christ. » nous dit saint Paul (Philippiens 2. 5).
    A quoi peut aboutir le fait d’être au premier rang, de recevoir des grandes salutations, d’être chargé de titres pompeux ?
    « De plus en plus, Seigneur exerce en nous ta puissance, afin que, fortifiés par tes sacrements, nous devenions capables, avec ta grâce, d’entrer en possession des biens qu’ils promettent » c’est-à-dire l’essentiel qui est de partager la vie divine, avec notre Père du ciel et nos frères de la terre. (Prière après la communion)


lundi 30 octobre 2017

  • La Toussaint : signe de l’espérance en la vie éternelle

    Comme son nom l’indique, la Toussaint est la fête de tous les saints. Chaque 1er novembre, l’Église honore ainsi la foule innombrable de ceux qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ. La fête de la Toussaint est inséparable du jour de prière pour les défunts, que l’Église commémore le 2 novembre.

    Des ressources sur la Toussaint sous forme de questions sont disponibles sur le site eglise.catholique.fr


  • « Nos églises sont une chance pour l’évangélisation » Mgr Jacques Habert

    Mgr Jacques HABERT, évêque de Séez Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
    Mgr Jacques Habert est l’évêque de Séez (Orne). Il est responsable du groupe de travail « Les églises, un nouvel enjeu pastoral » qui a mené durant deux ans une réflexion sur l’utilisation de nos 42 000 clochers.
    Pourquoi la Conférence des évêques de France (CEF) a-t-elle mené cette réflexion sur l’utilisation des églises ?
    Un groupe de travail s’était penché en 2009 sur les désaffectations d’églises. Le rapport Minnerath qui l’avait suivi abordait cette question sous un angle essentiellement juridique, nous avons voulu continuer à étudier cette problématique sur un plan plus pastoral. La question était de savoir comment utiliser nos églises, comment favoriser le dialogue entre ceux qui sont concernés par cette question : les curés, les communautés chrétiennes, les associations de sauvegarde du patrimoine, les élus et le monde culturel. Les conclusions de notre travail ont été présentées au collège des Bernardins à Paris en mars dernier.
    Comment vont nos églises ?
    Il faut tordre le cou à l’idée fausse selon laquelle beaucoup d’églises sont désaffectées, volées, ou vendues. Il y en a finalement très peu, mais nous sommes conscients que les choses peuvent évoluer dans les années à venir et qu’il faut rester vigilant. La question des églises est très liée à celle du monde rural qui s’est désertifié. Aujourd’hui, beaucoup d’églises n’ont presque plus d’utilité. Certains villages n’ont plus de curé ni de communauté chrétienne. Mais nous sentons un grand attachement des villageois à leur clocher, y compris chez ceux qui ne pratiquent pas. Nous souhaitons mobiliser les diocésains afin qu’ils procèdent à un inventaire, qu’ils nous disent sur quelles églises porter plus particulièrement notre attention, et quelles sont celles qui doivent simplement être ouvertes.
    Comment un prêtre situé en zone rurale peut-il s’occuper à la fois de plusieurs clochers ?
    Savoir comment s’occuper de nos églises est un enjeu pastoral. Dans mon diocèse par exemple, deux jeunes prêtres sont à la tête de quarante ou cinquante clochers. L’un d’eux veut tous les faire vivre. Cet été, il a mobilisé ses paroissiens pour nettoyer les églises, il y a célébré la messe. Cela lui a pris un temps considérable, il s’est épuisé, mais cela a porté des fruits et il était très heureux. L’autre a préféré en choisir une dizaine pour en faire des lieux vivants, accueillants, et il ne se rend dans ses autres clochers que pour y célébrer des enterrements ou des mariages. Ce sont deux écoles intéressantes. Chacun agit à sa manière. Je ne peux pas dire qui a raison et qui a tort.
    Quel risque encourt une église qui n’est plus fréquentée ?
    La loi de 1905 autorise le maire à demander la désaffectation d’une église dans laquelle il n’y a eu aucune célébration pendant six mois. C’est en réalité très rarement appliqué. Je n’ai, pour ma part, reçu aucune demande de ce type dans mon diocèse, bien que deux ou trois cents églises soient dans ce cas.
    Pensez-vous qu’il est préférable de raser une église plutôt que de la voir transformée en salle de sport ou en restaurant ?
    Dès lors qu’une église est désaffectée, l’Église n’a plus rien à dire sur son utilisation. Nous n’avons plus le bâtiment en main. Le maire qui en est propriétaire peut choisir de la démolir ou d’en faire autre chose. Certaines affectations nous peinent, mais, du fait du décret d’exécration, ce ne sont plus des églises.
    Comment expliquer la construction de nouvelles églises tandis que certaines sont laissées à l’abandon ?
    Tout simplement parce que certains lieux connaissent un tel afflux d’habitants qu’il faut construire des églises. Dans les diocèses de Meaux, de Pontoise et d’Évry, fleurissent des villes nouvelles. Les chrétiens ont besoin d’un bâtiment pour se réunir et prier.
    Que préconisez-vous pour faire vivre nos églises ?
    Nos églises sont entre les mains des communautés. Il faut les ouvrir tous les jours, les entretenir, les nettoyer. Quelques jours par semaine, on peut venir y réciter le chapelet, faire un temps d’adoration, lire la parole de Dieu, prier avec les enfants du catéchisme. Elles doivent être des lieux accueillants. Les gens doivent pouvoir y venir pour se recueillir. Les touristes attirés par son architecture peuvent aussi y rencontrer Dieu si elle est mise en valeur, s’il y a une croix magnifique, une belle statue de la Vierge, et qu’une visite organisée leur explique la signification des vitraux. Certes, ces églises dont nous héritons sont une lourde charge pour les curés, mais elles sont aussi des chances pour l’évangélisation.
    Êtes-vous optimiste pour l’avenir de nos églises ?
    Je suis confiant. Depuis que je suis arrivé dans mon diocèse en 2010, j’ai béni des dizaines d’églises rénovées qui menaçaient ruine. Certes, je vois les curés qui ont quarante clochers à gérer et qui croulent sous un nombre de tâches impressionnant. Mais ce groupe de travail a permis de mobiliser les communautés chrétiennes autour de ce sujet. Par ailleurs, la Conférence des évêques de France a mis en place une cellule de veille destinée à venir en aide aux diocèses confrontés à des questions compliquées sur telle désaffectation ou telle utilisation culturelle.
    Cet article a été reproduit avec l’aimable autorisation de Famille Chrétienne

    MISE EN PLACE D’UNE CELLULE VEILLE « ÉGLISES »
    Structure opérationnelle de soutien institutionnel proposant une expertise et une aide à la réflexion sur les problématiques liées aux églises dans la société française aujourd’hui.
    Dans la suite du groupe de travail initié et animé par Mgr Jacques Habert, évêque de Séez, ainsi que dans le prolongement du colloque sur «Les églises, un enjeu pour tous !», une cellule de veille est mise en place au sein de la Conférence des évêque de France.
    Ses missions et son fonctionnement :
    Cette cellule de veille aura pour mission première d’être un lieu d’écoute, de rencontres, afin de relayer informations et difficultés après les avoir mutualisées. Des réponses pourront ainsi être apportées en fonction des expertises et du temps disponible de chacun des membres, et des personnes ressources pourront être sollicitées ponctuellement dans ce cadre. Un cahier des charges concernant l’étendue plus précise du champ d’action de cette cellule, rythme de rencontres etc., est à l’étude.
    Sa composition :
    MGR JACQUES HABERT, évêque de Séez,
    ANNE-VIOLAINE HARDEL, directrice du service juridique de la CEF,
    MAUD DE BEAUCHESNE, responsable du service Art sacré,
    BENOÎT DE SAGAZAN, rédacteur en chef du Monde de la Bible.
    D’ores et déjà, une adresse courriel lui est dédiée : celluleveille.eglises@cef.fr


  • Commentaires du dimanche 5 novembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 5 novembre 2017
    31éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre de Malachie 1,14b- 2,2b. 8-10
    1, 14 Je suis un Grand Roi,
    dit le SEIGNEUR de l’univers,
    et mon Nom inspire la crainte parmi les nations.
    2, 1 Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement :
    2 Si vous n’écoutez pas,
    si vous ne prenez pas à coeur de glorifier mon Nom,
    – dit le SEIGNEUR de l’univers, –
    j’enverrai sur vous la malédiction,
    je maudirai les bénédictions que vous prononcerez.
    8 Vous vous êtes écartés de la route,
    vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude,
    vous avez détruit mon Alliance avec mon serviteur Lévi,
    dit le SEIGNEUR de l’univers.
    9 A mon tour je vous ai méprisés,
    abaissés devant tout le peuple,
    puisque vous n’avez pas gardé mes chemins,
    mais agi avec partialité dans l’application de la Loi.
    10 Et nous, n’avons-nous pas tous un seul Père ?
    N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ?
    Pourquoi nous trahir les uns les autres,
    profanant ainsi l’Alliance de nos pères ?

    Malachie accumule les reproches : les prêtres et le peuple, tout le monde se fait rappeler à l’ordre. Les prêtres sont accusés de « détruire l’alliance », les laïcs de la « profaner ». Chose intéressante, ce n’est pas le même mot : cela veut dire au moins que les responsabilités se situent à des niveaux différents.
    Déjà, à entendre le ton violent de ce texte, on peut deviner un peu le contexte : nous sommes au cinquième siècle avant J.C. probablement vers 470 ; depuis le retour de l’Exil à Babylone, on assiste à un relâchement moral et religieux, c’est-à-dire tout le contraire de ce qu’on aurait imaginé ; de loin, en Exil, on avait imaginé ce retour : retour au pays, mais surtout retour à la vie de foi, de prière, et de fraternité qui était l’idéal de l’Alliance proposée par Dieu.
    Dieu, lui, n’a pas changé, dit Malachie qui commence son livre par ces mots : « Je vous aime », dit le SEIGNEUR (Ml 1, 2) et par « Je suis Père » (Ml 1, 6). Sur cette base, le prophète rappelle au peuple d’Israël, prêtres et laïcs, les exigences de la fidélité à un tel amour. Les prêtres sont les serviteurs de la Parole : donc ils doivent l’annoncer sans la dénaturer ; leur fidélité à l’Alliance de Dieu se vérifie dans leur fidélité à annoncer cette parole… Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie méritaient un sévère rappel à l’ordre. Quant au peuple tout entier, c’est dans la qualité des relations mutuelles qu’il vit sa fidélité à l’amour paternel de Dieu. Il est très intéressant de voir comme dans un livre extrêmement court, Malachie dit les trois points les plus importants de la foi juive : 1) Dieu est Père, 2) il propose son Alliance, 3) cette Alliance se vit indissociablement dans le service de Dieu ET dans le service des frères. Tout cela, nous le trouvons ramassé dans le texte d’aujourd’hui.
    Quelques mots, d’abord, sur cette formule un peu étonnante : « Je suis un Grand Roi et mon Nom inspire la crainte parmi les nations ». « Le grand roi », c’est le titre que se faisaient donner les rois d’Assyrie, dans leurs heures de gloire (on en a des traces dans le livre des Rois) ; ne nous étonnons donc pas que le prophète l’applique à Dieu, pour bien affirmer qu’il n’y a qu’un grand roi véritable, le Dieu d’Israël. Mais, en fait, cette phrase est pleine d’ironie ; car c’est exactement ce que les prêtres faisaient chanter aux pèlerins à Jérusalem : des phrases comme « Le SEIGNEUR est roi à tout jamais » (Ps 9/10, 16), « Le SEIGNEUR, le tout-puissant, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23/24, 10), « Le SEIGNEUR est le grand Dieu, le grand roi au-dessus de tous les dieux » (Ps 94/95, 3) étaient habituelles dans les psaumes. On trouve même des formules qui semblent être le modèle de Malachie : « Le SEIGNEUR, le Très-Haut, est terrible ; il est le grand roi sur toute la terre… Car le roi de toute la terre, c’est Dieu… Dieu règne sur les nations » (Ps 46/47, 3s) ou mieux encore : « Le SEIGNEUR est roi : Que les peuples tremblent !… Le SEIGNEUR est grand dans Sion et il domine tous les peuples : qu’ils célèbrent ton nom grand et terrible ! (Ps 98/99, 1s). En parodiant ces belles prières, Malachie insinue : c’est bien beau de faire chanter tous ces cantiques ; mais vous êtes les premiers, vous les prêtres, à trahir votre prétendu roi.
    Or, de la part des prêtres, c’était particulièrement grave ; comme disait le livre du Deutéronome, la première fonction de la tribu de Lévi (c’est-à-dire les prêtres), c’était d’assurer la prédication et le culte. Voici comment la définissait le livre du Deutéronome : « Ils ont gardé ta parole et maintenu ton Alliance, ils enseignent tes ordonnances à Jacob et ta Loi à Israël ; ils présentent l’encens à tes narines et l’holocauste sur ton autel » (Dt 33, 9-10). Tout cela, c’était le programme, si l’on peut dire… mais qui d’entre nous peut se vanter d’être fidèle en tout point à sa mission ? Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie, particulièrement, méritaient un sévère rappel à l’ordre.
    Plus leur mission était noble et haute, plus ils étaient coupables ; dans d’autres versets qui ne font pas partie de la lecture liturgique de ce dimanche, Malachie rappelle la grandeur des débuts du sacerdoce avec Moïse et Aaron ; la confiance de Dieu reposait sur eux : « Mon alliance avec la tribu de Lévi était vie et paix, je les lui accordais, ainsi que la crainte, et il me craignait. Devant mon nom, il restait saisi. La loi de vérité était dans sa bouche, et rien de mal ne se trouvait sur ses lèvres. Dans la paix et la droiture, il marchait avec moi ; nombreux furent ceux qu’il ramena de la faute. En effet, les lèvres du prêtre gardent la connaissance de la Loi, et l’on recherche l’instruction de sa bouche, car il est le messager du SEIGNEUR de l’univers. » (Ml 2, 5-7).
    Mais qui dit mission dit responsabilité ; c’est à ceux à qui on a fait le plus confiance qu’on fera les plus durs reproches ! C’est pourquoi Malachie continue : « Vous, au contraire, vous vous êtes écartés de la route… » Alors il ne faut pas s’étonner des conséquences : Malachie constate que le clergé a perdu toute influence et toute considération ; à ceux qui s’en étonnent, il donne l’explication : votre attitude défigure l’image de Dieu, ne vous étonnez pas que le peuple se détourne de cette caricature. D’où cette phrase terrible : « Je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple ».
    On retrouve dans ce livre de Malachie des échos du livre du Deutéronome (dont on sait bien que certaines parties sont très tardives) ; c’est bien en tout cas le même courant théologique qui s’exprime : « Si tu ne veilles pas à mettre en pratique toutes les paroles de cette Loi, paroles écrites dans ce livre, pour que tu craignes ce Nom glorieux et redoutable, « Le SEIGNEUR ton Dieu », alors le SEIGNEUR te frappera de manière stupéfiante, toi et ta descendance, il te frappera de plaies graves et tenaces… » (Dt 28, 58-59).
    Et Malachie n’est pas le seul à le dire ! Par exemple Osée : « Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai et tu ne seras plus mon prêtre » (Os 4, 5) ; et plus tard Jérémie : « Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu » (Jr 2, 8).
    Voilà pour les prêtres, au tour des laïcs maintenant ! Malachie est moins violent mais tout aussi clair : quand nous nous maltraitons mutuellement, nous profanons l’Alliance ; son argument est tout simple (d’une « simplicité biblique », dirait-on) : « N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » L’unique fondement de la morale est là, dans le projet du Dieu Créateur : il est notre Père, donc nous sommes tous frères ; il y a là toute la Loi et les prophètes.

    PSAUME – 130 (131), Psaume des montées
    1 SEIGNEUR, je n’ai pas le coeur fier
    ni le regard ambitieux ;
    je ne poursuis ni grands desseins,
    ni merveilles qui me dépassent.
    2 Non, mais je tiens mon âme
    égale et silencieuse ;
    mon âme est en moi comme un enfant,
    comme un petit enfant contre sa mère.
    3 Attends le SEIGNEUR, Israël,
    maintenant et à jamais.

    Chose curieuse : d’habitude, le psaume est complètement en harmonie avec la première lecture, et souvent on peut se dire « Il en est l’écho le plus fidèle ». Aujourd’hui, c’est le contraire : la parole du prophète Malachie était violente, sévère… Il fustigeait les prêtres aussi bien que le peuple qui trahissaient l’idéal de l’Alliance ; en réponse, le psaume est plein de douceur ; ce contraste est certainement voulu et l’on peut parier qu’il comporte la plus grande leçon à retenir de la liturgie de ce trente-et-unième dimanche !
    Nous pouvons entrer dans ce psaume par la dernière phrase : comme souvent, elle donne la clé de ce qui précède : « Attends le SEIGNEUR, Israël, maintenant et à jamais ». Attends, c’est-à-dire, en langage biblique, espère (Chouraqui traduit « souhaite »). Ce qui signifie non pas une attente passive, comme on attend patiemment le train qui viendra à son heure… mais l’attente du croyant, l’attente active, impatiente, ardente de la réalisation des promesses de Dieu. Pour Israël, ce mot « attendre » vise toujours la venue du Messie au Jour qu’on appelle le « Jour » de Dieu. C’est cette attente, cette espérance qui colore le présent : tout au long de l’histoire biblique, le peuple d’Israël vit debout, tourné vers l’avenir ; « Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur n’attend l’aurore », dit le psaume 129/130. C’est cette foi indéracinable dans les promesses de Dieu qui nourrit son espérance et lui permet d’affronter le présent, quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de s’endormir aujourd’hui, en attendant demain : il s’agit de vivre de toutes ses forces l’aujourd’hui de Dieu qui inlassablement fait surgir son projet, étape par étape.
    Mais ce n’est quand même pas toujours évident de garder confiance. Le peuple d’Israël en sait quelque chose. Alors le poète prend une comparaison, pour le moins audacieuse ; il avait sûrement sous les yeux une maman et son bébé : le petit enfant, dans les bras de sa maman, joue contre joue, tout tranquille. Nous avons tous vu ce spectacle merveilleux d’un bébé qui pleure, et tout d’un coup, c’est magique : sa maman le prend dans les bras et le voilà apaisé ! C’est exactement cette image-là que le psaume 130/131 nous propose ; ici, le petit enfant dont il s’agit, c’est le peuple d’Israël et la maman, c’est Dieu lui-même… il faut oser quand même ! Et si cet enfant-là s’apaise, c’est parce qu’il sait que le projet de Dieu, son Royaume de bonheur arrive. Il faut seulement savoir attendre.
    Soyons clairs : le texte biblique ne dit pas une seule fois que Dieu est féminin : quand on lui donne un titre pris dans le vocabulaire de la famille, c’est toujours celui de Père, jamais celui de mère. Donc, ne faisons pas dire au texte ce qu’il ne dit pas ! Son message, c’est « l’attitude d’Israël doit être empreinte de confiance paisible » et l’image que vous en connaissez et qui s’en rapproche le plus, c’est celle du nourrisson dans les bras maternels. Par exemple, on connaît cette phrase d’Isaïe : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15).
    La différence, c’est que le nourrisson n’a pas d’effort à faire pour trouver la paix dans les bras de sa maman ; pour Israël, au contraire, il y faut un effort constant, répété ; en hébreu, l’expression « je tiens mon âme égale et silencieuse » traduit un effort résolu pour apaiser les mouvements d’angoisse. Evidemment, si le psalmiste a eu besoin d’inventer cette comparaison rassurante, c’est justement parce que cela n’allait pas de soi.
    Pour en arriver à cet abandon humblement accepté, (le mot « abandon » le dit bien), il a fallu renoncer à tout rêve de grandeur : « SEIGNEUR, je n’ai pas le coeur fier, ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent ». Ce psaume assez récent (il date probablement d’après l’Exil) traduit une nouvelle étape spirituelle en Israël : tout rêve de grandeur évanoui, on s’émerveille seulement d’être le peuple aimé de Dieu.
    Pourtant, les rêves de grandeur, les « merveilles » de Dieu faisaient très normalement partie de la foi d’Israël : le mot « merveilles » évoque inévitablement les prodiges de l’Exode ; les « grands desseins », les heures de gloire, faisaient habituellement partie des promesses des prophètes. On se rappelle toutes les promesses concernant Jérusalem ; par exemple « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi… Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi… » (Is 60, 1-4). Comment entendre ces paroles sans rêver de jours glorieux plus beaux encore que le règne de Salomon dont la grandeur restait un modèle ?
    En renonçant à tout rêve de grandeur et de domination politique, Israël découvre son nouveau rôle de témoin de Dieu au milieu des nations : non plus un Dieu de puissance et de gloire, mais un Dieu de tendresse. Dieu a lentement, patiemment mené son peuple jusqu’à cette ultime étape spirituelle : il a fallu des siècles pour découvrir son vrai visage. Tant qu’on imaginait un Dieu marchant à la tête des armées, on ne pouvait envisager son salut qu’en termes de victoires politiques et de domination universelle ; désormais, arrivés au bout de ce chemin spirituel, on attend bien le salut universel, mais, cette fois, c’est en termes de tendresse et de fraternité.
    Et là on comprend mieux ce contraste que nous avons relevé plus haut entre la lecture de Malachie et ce psaume : le prophète se montre sévère et même violent envers des prédicateurs indignes de leur mission ; le psaume apporte une conclusion, un peu comme si l’on disait à ces prédicateurs : voilà les sentiments qui devraient vous habiter, quittez vos idées de grandeur et de domination, puisque nous sommes tous les enfants d’un même Père.
    A son tour, Jésus s’inscrit dans cette même ligne : « Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux ».

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 2, 7b…13
    Frères,
    7 nous avons été pleins de douceur avec vous,
    comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.
    8 Ayant pour vous une telle affection,
    nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu,
    mais jusqu’à nos propres vies,
    car vous nous étiez devenus très chers.
    9 Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues :
    c’est en travaillant nuit et jour,
    pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous,
    que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu.
    13 Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu :
    quand vous avez reçu la parole de Dieu
    que nous vous faisions entendre,
    vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement,
    non pas une parole d’hommes,
    mais la parole de Dieu
    qui est à l’œuvre en vous, les croyants.

    « Frères, nous avons été pleins de douceur avec vous » : le mot grec qui a été traduit ici par « douceur » n’est employé que deux fois par Paul, la seconde dans la deuxième lettre à Timothée : « Le serviteur du Seigneur doit être doux envers tous » (2 Tim 2, 24). C’est une recommandation à ceux qui exercent l’autorité ; douceur ne signifie donc pas mièvrerie, on dit bien qu’elle est la vertu des forts. D’ailleurs l’image d’une mère qui entoure de soins ses nourrissons n’exclut pas la fermeté : une vraie mère sait faire preuve d’autorité au beau sens de ce mot qui veut dire « faire grandir ». Cette image de la mère, Paul, le Pharisien, connaisseur des Ecritures, l’a héritée de l’Ancien Testament : nous l’avons entendue par exemple dans le psaume 130/131, qui nous est également proposé ce dimanche ; mais elle se trouve aussi dans des paroles d’Isaïe : « Car le SEIGNEUR le déclare : Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. » (Is 66,12-13).
    Et comme une mère pleine d’affection, les apôtres ne délivrent pas seulement un message, ils se livrent eux-mêmes totalement : « Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Evangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies… ». Pour que les Thessaloniciens ne soient pas privés de l’Evangile, Paul et ses compagnons étaient prêts à donner leur vie. Et ce n’est pas une image : on se souvient que la prédication de Paul, Silas et Timothée, dans toutes les villes où ils sont passés, et particulièrement à Thessalonique, a rencontré l’hostilité, la persécution et le risque de mort. C’est bien pour cela qu’ils ont dû quitter précipitamment cette jeune communauté et qu’ils sont allés porter l’Evangile ailleurs.
    On ne peut qu’être frappé, dans un passage aussi court, de l’insistance de Paul sur les expressions « l’Evangile de Dieu » et « la Parole de Dieu » : « Nous voudrions vous donner l’Evangile de Dieu » (au verset 8), « Nous vous avons annoncé l’Evangile de Dieu » (verset 9), « Vous avez reçu de notre bouche la Parole de Dieu… non pas une parole d’hommes, mais la Parole de Dieu » (verset 13). De cette insistance de Paul, il semble qu’on peut retenir au moins trois choses :
    Premièrement, l’urgence d’annoncer la Parole ; la Parole nous est confiée ; si nous ne la disons pas, qui la dira ? Dans la lettre aux Corinthiens, Paul parle d’une charge qui s’impose à lui : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. » (1 Co 9,16-17). Paul dit ici exactement la même chose aux Thessaloniciens : « Vous vous rappelez nos peines et nos fatigues : c’est en travaillant nuit et jour pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous, que nous vous avons annoncé l’Evangile de Dieu ».
    Deuxièmement, cette parole annoncée par les apôtres n’est pas seulement parole d’hommes : « Quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants. » L’apôtre du Nouveau Testament est ce qu’était le prophète dans l’Ancien Testament, c’est-à-dire la « bouche de Dieu » ; l’homme parle, mais c’est l’Esprit de Dieu qui se fait entendre à travers lui ; c’est dire à la fois la grandeur et les limites du rôle des prédicateurs : ils disent les paroles de la foi, mais la foi, c’est Dieu qui la donne.
    « Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, écrira encore Saint Paul aux Corinthiens, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » (1 Co 2,4-5). Rappelez-vous la phrase de Bernadette Soubirous, lorsqu’elle rapportait au curé de Lourdes plutôt sceptique les paroles de la « Dame » : « Elle ne m’a pas demandé de vous le faire croire, elle m’a demandé de vous le dire ». Il y a là un détachement et une humilité de l’apôtre ; cette parole lui appartient si peu, qu’il ne prétend pas en maîtriser les effets.
    Troisièmement, parce qu’elle est accueillie et reconnue comme Parole de Dieu, cette parole est efficace et transforme le coeur et la vie des croyants. Mais cela implique la liberté du cœur qui reçoit la Parole : « Par Jésus-Christ, nous avons reçu grâce et mission d’apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes » (Rm 1,5). On sait bien ce que veut dire le mot « obéissance » pour Paul : obéir (ob-audire en latin) c’est mettre son oreille devant la parole, c’est écouter avec confiance parce qu’on a reconnu une parole d’amour. L’apôtre ne peut conduire ses auditeurs que jusqu’à l’écoute de la Parole ; et c’est là que leur liberté entre en jeu ; dans une deuxième étape, dans leur coeur, l’écoute de la parole peut se faire « obéissance de la foi » c’est-à-dire écoute confiante et libre soumission. Alors tout s’éclaire et la vie prend sens ; d’expérience, on le sait bien : chaque fois qu’on essaie de découvrir un peu mieux la Parole de Dieu, c’est notre acte de foi préalable qui nous permet de déchiffrer un peu le mystère du dessein bienveillant de Dieu. C’est peut-être cela la bonne terre dont parle la Parabole du semeur.
    Finalement, la convergence des textes de ce dimanche est très grande : après les reproches que le prophète Malachie adressait aux prêtres du peuple d’Israël, Paul, dans sa lettre à l’Eglise de Thessalonique, apparaît comme le modèle du pasteur : porteur d’une parole qui n’est pas la sienne, mais celle de Dieu, il ne vit que pour la donner en nourriture à la communauté des disciples. Une tendresse maternelle l’unit à cette communauté, peines et fatigues ne comptent plus pour lui : il s’est complètement oublié lui-même. Sa plus grande joie est de constater que les Thessaloniciens ont découvert à travers son message la Parole qui les fait vivre.
    ——————————-
    Complément
    Ce passage mérite d’être lu dans son contexte. Voici les versets précédents : Paul y dresse la liste des tentations auxquelles lui et ses compagnons n’ont pas succombé : « Jamais, nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, jamais de motifs intéressés, Dieu en est témoin ; jamais nous n’avons recherché la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous ni auprès d’autres personnes. Alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d’apôtres du Christ, au contraire, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. » (1 Thess 2, 5-7).

    EVANGILE – selon saint Matthieu 23,1-12
    En ce temps-là,
    1 Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
    2 et il déclara :
    « Les scribes et les pharisiens enseignent
    dans la chaire de Moïse.
    3 Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire,
    faites-le et observez-le.
    Mais n’agissez pas d’après leurs actes,
    car ils disent et ne font pas.
    4 Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter,
    et ils en chargent les épaules des gens ;
    mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
    5 Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens :
    ils élargissent leurs phylactères
    et rallongent leurs franges ;
    6 ils aiment les places d’honneur dans les dîners,
    les sièges d’honneur dans les synagogues
    7 et les salutations sur les places publiques ;
    ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
    8 Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi,
    car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner,
    et vous êtes tous frères.
    9 Ne donnez à personne sur terre le nom de père,
    car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
    10 Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres,
    car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
    11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
    12 Qui s’élèvera sera abaissé,
    qui s’abaissera sera élevé. »

    On pourrait appeler ce texte « les pièges de l’autorité » ou « conseils aux autorités », si vous préférez ; qu’il s’agisse des parents, des autorités religieuses (dans n’importe quelle religion, d’ailleurs) ou des autorités politiques, ou autres, les pièges ou les travers sont les mêmes. Ici, Jésus les a tous rassemblés en un seul portrait qui devient, du coup, caricatural. Bien évidemment, aucun Pharisien ne répondait à ce portrait-robot ; au contraire, les Pharisiens, dans leur ensemble, étaient des gens très respectables, soucieux d’être fidèles à l’Alliance de Dieu ; et l’exemple de Paul, le Pharisien qui pouvait se vanter d’observer scrupuleusement la Loi (Phi 3,6b) est là pour le prouver ; mais l’important était la leçon que Jésus voulait dégager pour ses interlocuteurs, qui étaient, d’après ce texte, « la foule et les disciples ». Car, après ce portrait, Jésus va dire « Pour vous » : pour vous, ne tombez pas dans ces pièges, dans ces travers que je viens de décrire.
    Premier piège : « ils disent et ne font pas » ; deuxième piège : pratiquer l’autorité comme une domination et non comme un service ; troisième piège : vouloir paraître ; quatrième piège : se croire important ! Avoir le goût des honneurs. On voit bien tout de suite que ce sont des travers communs à beaucoup de gens investis d’une charge quelle qu’elle soit !
    Premier piège, « ils disent et ne font pas » : ce travers est tellement humain que de nombreux commentaires juifs de la Bible insistaient sur l’importance de pratiquer ce qu’on enseigne : « Apprendre, garder et faire, il n’y a rien au-dessus » (« sifré », commentaire rabbinique sur le Deutéronome) ; « Celui qui apprend pour ne pas pratiquer, il vaudrait mieux pour lui qu’il ne fût pas créé » (idem sur le Lévitique) ; « C’est pour cela qu’a été donnée la Tora : pour apprendre, pour enseigner, pour garder et pour accomplir » (idem sur les Nombres) ; un autre commentaire rabbinique (Yebamot) disait : « Belles sont les paroles dans la bouche de qui les pratique, beau celui qui les enseigne et beau celui qui les pratique ». Jésus en dira autant : « Celui qui observera les commandements et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux » (Mt 5,19). « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7, 21).
    Deuxième piège, pratiquer l’autorité comme une domination et non comme un service : « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » L’avoir, le savoir, le pouvoir, peuvent être prétexte à domination ou à supériorité ; alors que cela peut aussi bien être vécu comme un merveilleux moyen de servir les autres : encore ne faudrait-il jamais oublier que tout ce que nous possédons nous est seulement confié comme une responsabilité à exercer au bénéfice de tous. Il y a pire encore, c’est d’asseoir son autorité sur un soi-disant « droit divin » : les religions n’y échappent pas toujours, les pouvoirs politiques non plus ; et c’est la source de combien de conflits sanglants.
    Troisième piège, vouloir paraître : « Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères1 et rallongent leurs franges. » Qui n’est jamais tombé dans ce travers d’aimer paraître, d’attirer sur soi la considération et l’intérêt ? Et pourtant, peu importe le nom du prédicateur (ou du théologien, ou du bibliste) : pourvu que, à travers ses paroles, l’auditoire ait entendu la Parole de Dieu.
    Quatrième piège, se croire important, avoir le goût des honneurs : « Ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi ». Pourtant, les titres, les décorations gardent un sens : mais ce n’est pas la personne titrée ou décorée qui est en jeu, ce sont plus profondément les valeurs qu’elle représente. Il faut être très humble pour porter sans ridicule les honneurs dûs à son rang.
    Après cette énumération, le texte se retourne : « Pour vous » dit Jésus ; c’est la clé de ce texte qui nous invite à un nouveau mode de vie et de relation. Matthieu le rapporte un peu plus haut : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 25-28).
    « Ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, ne donnez à personne sur terre le nom de Père… ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres ». « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dit Paul : tout maître est d’abord un écolier. Tout enseignant est d’abord un serviteur, et même doublement serviteur : serviteur de la vérité, serviteur de ses élèves, de leur cheminement, de leur maturation. Voici, encore une fois, dans les paroles de Jésus, un appel à la liberté : que ceux qui portent un titre ne prennent pas les honneurs pour eux et se comportent en serviteurs ; que ceux qui n’en portent pas ne tombent pas dans la servilité ou la courtisanerie !
    « Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ». On peut, bien sûr, continuer à employer les titres de père et de maître, mais en leur donnant leur vrai sens et pas davantage ! « Abbé » venait de « Abba » ; « Père », « Pope », « Pape » sonnent comme « Papa » : au fond, c’est la même chose ! Ceux à qui nous donnons ces noms-là sont parmi nous le rappel vivant que nous n’avons qu’un seul et unique « Père » qui est dans les cieux.
    Jésus termine en disant : « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé ». Nous ne sommes pas dans le registre de la récompense ou de la punition. Il ne s’agit pas non plus de prendre plaisir à s’humilier. Beaucoup plus profondément, il y a là une des grandes lois de la vie : la force de l’humilité. Dans le mot « humilité », il y a « humus » (terre). Le secret c’est d’être assez lucide pour se reconnaître petit, à ras de terre ; et alors on est tout étonné de se nourrir des richesses de nos frères et de la grâce de Dieu.
    ——————————
    Note
    1 – Les phylactères (tefilines en hébreu) sont ces deux petits cubes de cuir noir que les Juifs portent l’un sur le front, l’autre sur le bras gauche à hauteur du cœur. Ils contiennent quatre passages de la Torah : Ex 13, 1-10 ; Ex 13, 11-16 ; Dt 6, 4-9 ; Dt 11, 13-21.


  • Homélie du mercredi 1er novembre

    1er novembre 2017
    Fête de tous les saints

    Une foule immense, qui, sans les connaître ni les avoir entendues ont vécu les béatitudes et la « chance » qu’elles donnent à ceux qui les mettent en pratique.
    Quelle chance vous avez d’avoir fait cela … Chanceux, comme l’ont dit en Québecois ou dans les villages de France.
    Mais qui sont-ils ceux qui viennent de tous ces horizons ?
    Combien de Marie Madeleine, à qui le Christ peut dire : « Il leur sera beaucoup pardonné parce qu’elles ont beaucoup aimé »…luc 7.47 » « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume… » Mt 21.31

    Combien de Zachée, de profiteurs et d’escrocs, qui lui ont ouvert leur cœur ?: « Descend vite, je vais chez toi… Chez un pécheur il est allé loger »Luc 19 .7

    Combien de condamnés dans les mines romaines, les camps de concentration ou les goulags, oubliés des hommes ? « Souviens-toi de moi dans ton Royaume… Aujourd’hui même… »Luc 23.43

    Combien de Pharisiens qui un jour ont recueilli le Christ victime de l’amour au pied de sa croix. ? Jean 19.39

    Combien d’incroyants qui, sans être saint Pierre à Césarée de Philippe et sans que nous le sachions, lui ont dit : « Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu. »Marc 15.39
    Le ciel est peuplé de non conformistes.
    Et les autres quand ont-ils découvert cela ? le chaman de Sibérie ou le nomade du Sahara, le shinto du Japon ou l’hindou des bords du Gange, l’Inca de la Cordillère des Andes et l’aborigène de l’Australie, Spartacus et les esclaves crucifiés et tant de milliards d’autres qui n’ont jamais entendu la parole de l’Evangile, mais qui l’ont vécu car la grâce de Dieu ne peut négliger les enfants qu’il a éveillés à la vie.
    « Toi qui es la source de toute sainteté .. » (PE II) « Toute la création proclame ta louange, car c’est toi qui donnes la vie, c’est Toi qui sanctifies toutes choses. » (PE III)
    « Souviens-toi de tous les hommes qui ont quitté ce monde et dont tu connais la droiture, reçois-les dans ton Royaume où nous espérons être comblés de ta gloire ensemble et pour l’éternité » (PE III)
    Bienheureux les pauvres de cœur, car ils peuvent accueillir le don de sa vie, car tout vient de Dieu. Ils ont remis leur vie entre les mains du Père, dans l’attitude du pauvre qui a tout à recevoir.
    Et les fruits de ce don qu’ils ont accueilli, c’est la paix intérieure et une plus grande liberté.
    Ils avaient reçu son souffle de vie et son souffle d’amour . Ils ont accueilli ce grand mystère, sans savoir qu’il était le mystère même de la vie trinitaire.

    Heureux ceux qui ont soif et faim de la justice, ils seront rassasiés.
    Le secret des saints, de tous les saints, c’est de devenir collectionneurs de positif, de vivre avec enthousiasme, intensément, avec la passion de Dieu.
    Ils n’ont pas attendu les conditions idéales. Ils sont partis sur le chemin que Dieu leur a ouvert. Pas à pas, comme si chaque jour était le premier du reste de leur vie. Et puis un jour, ce premier jour fut le premier de la vision totale de ce Dieu vers qui ils marchaient, parfois à tâtons, parfois en tombant. Le Christ est bien tombé sur son chemin de croix.
    Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde.
    Ils ont pris le risque d’aimer et de porter en eux et autour d’eux la joie d’être enfants de Dieu. Les saints ne sont pas des statues de plâtre, ils sont des vivants. Et puis un jour, ils ont découvert que leurs manquements à la morale ont moins d’importance que les manquements à l’amour. « Il lui est beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimée. (Luc 7.47)
    Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu
    Par de simples gestes d’amour, ils ont fait jaillir la vie dans les cœurs.
    Ils ont ainsi participé au don de la vie que Dieu fait à tout homme. Et pour cela ils l’ont accueillie en eux, en assumant cette merveille que d’être fils et filles de Dieu, avec les richesses qu’Il leur a données, avec les faiblesses que la force de la grâce et de l’Esprit-Saint leur a fait surmonter.

    Ils sont devenus semblables à Lui, imparfaitement sans doute. Mais le salut leur est donné par notre Dieu et par l’Agneau. Ils seront éternellement semblables à Lui parce qu’ils le verront tel qu’il est.

    Si Dieu ne pardonnait pas, son Paradis resterait vide ….


jeudi 26 octobre 2017

  • 1ère université de la solidarité et de la diaconie

    Nous y sommes ! Nous allons vivre un grand moment d’Église. Nous allons poursuivre l’expérience de Diaconia 2013 ici même à Lourdes, où nous avons découvert la force de la Parole des plus pauvres d’entre nous, une Église pauvre pour les pauvres où ceux qui ont des vies difficiles auront toute leur place, comme le souhaite le pape François.
    Université de la solidarité, pour être « solides ensemble ».
    Université de la diaconie : « la diaconie c’est Dieu qui élargit ses mains. » Quelle chance de vivre cette Université au moment de la fête de la Toussaint, qui va nous relier à tous les pauvres de cœur, à tous ces croyants anonymes qui ont vécu l’évangile des Béatitudes, qui ont suivi le Christ Serviteur et ont témoigné de l’amour du Père pour toute l’humanité de tous les temps. »
    Mgr Jacques Blaquart
    Évêque d’Orléans,
    Président du Conseil de la solidarité
    L’Université de la Solidarité et de la Diaconie se tiendra à Lourdes du lundi 30 octobre au jeudi 2 novembre 2017 dans le Sanctuaire et la Cité Saint-Pierre. Elle est proposée, à l’initiative de groupes chrétiens composés majoritairement de personnes vivant des situations de grandes pauvretés et d’exclusion sociale, par le Conseil de la Solidarité de l’Église en France. Celui-ci l’organise avec le Réseau Saint Laurent, réunissant ces groupes et leurs accompagnateurs et avec l’aide logistique du Secours Catholique à la Cité Saint-Pierre de Lourdes. Ce temps de formation réunira 500 personnes parmi les plus pauvres et ceux qui les accompagnent, ainsi que les délégués diocésains à la solidarité et à la diaconie, afin de partager les expériences de savoir-faire, savoir-être, de savoirs et de sens, dans la dynamique de la démarche Diaconia.
    Toute information sur le site http://servonslafraternite.net

    Contacts presse sur place :
    Mathias Terrier, Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes : 06 21 61 09 77
    mterrier@lourdes-france.com
    Claire Ozoux, Cité Saint-Pierre : 06 78 39 91 21
    claire.ozoux@secours-catholique.org


lundi 23 octobre 2017

  • Commentaires du dimanche 29 octobre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 29 octobre 2017
    30éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre de l’Exode 22, 20-26
    Ainsi parle le SEIGNEUR :
    20 « Tu n’exploiteras pas l’immigré,
    tu ne l’opprimeras pas,
    car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte.
    21 Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin.
    22 Si tu les accables et qu’ils crient vers moi,
    j’écouterai leur cri.
    23 Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée :
    vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
    24 Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple,
    à un pauvre parmi tes frères,
    tu n’agiras pas envers lui comme un usurier :
    tu ne lui imposeras pas d’intérêts.
    25 Si tu prends en gage le manteau de ton prochain,
    tu le lui rendras avant le coucher du soleil.
    26 C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ;
    c’est le manteau dont il s’enveloppe,
    la seule couverture qu’il ait pour dormir.
    S’il crie vers moi, je l’écouterai,
    car moi, je suis compatissant ! »

    LES LOIS DITES DE MOÏSE
    Le livre de l’Exode contient plusieurs textes de lois qui sont tous attribués à Moïse : en réalité, Moïse en personne n’a promulgué qu’un premier ensemble de lois ; puis au long de la vie du peuple d’Israël, de nouvelles lois adaptées aux nouvelles conditions sociales ont vu le jour et ont été insérées dans le livre de l’Exode, à la suite des premières. Tout comme notre Code civil ou pénal est régulièrement modifié, complété et pourtant c’est le même livre et il continue à porter le même nom. Mais les lois nouvelles reflètent le contexte nouveau dans lequel elles ont été votées ; elles répondent à de nouvelles questions, de nouvelles formes de délits : toute loi est toujours de circonstance !
    En fait, toutes les lois données par Moïse et par ses successeurs, à des époques différentes, dans des conditions de vie différentes, ont été rassemblées là à la suite du Décalogue (ou des Dix Paroles du Sinaï), parce qu’elles en étaient la suite logique, au long des siècles et de l’évolution historique d’Israël.
    QUOI DE NEUF EN ISRAËL ?
    Israël n’est ni le premier ni le seul peuple à avoir promulgué des lois ; on a retrouvé au Proche-Orient des codes de lois beaucoup plus anciens : à Ur par exemple, (la patrie d’Abraham), on connaît un code qui date de 2050 av.J.C. ; et le fameux code d’Hammourabi (qui se trouve au Musée du Louvre) remonte à environ 1750, toujours av.J.C. Ces codes ont des quantités de points communs1 : dans toutes les civilisations, la loi est faite pour protéger les faibles : rien d’étonnant donc à ce que la Loi d’Israël, comme les autres, défende les intérêts de la veuve, de l’orphelin, de l’immigré, de l’emprunteur. Mais ce qui est nouveau ici c’est le fondement de la Loi.
    AU NOM DU DIEU LIBÉRATEUR
    Le fondement de la Loi d’Israël, c’est la libération d’Egypte : ou, plus exactement, c’est la double expérience de l’esclavage en Egypte et de la libération par Dieu. Et parce que Dieu s’est révélé comme celui qui entend la plainte des humiliés, qui leur rend leur liberté et leur dignité, très logiquement, il continue à travers la Loi à prendre la défense des humiliés. Si bien que toutes les lois bibliques sont émaillées de rappels : rappel de la souffrance endurée quand on était esclaves, humiliés… rappels de l’oeuvre de Dieu libérant son peuple. Par exemple, les premiers mots du Décalogue ne sont pas encore un commandement mais un rappel : « Je suis le SEIGNEUR ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage » (Ex 20, 2) ; ou encore « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Egypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi » (Ex 19, 4).
    Et si Dieu a libéré son peuple c’est parce qu’il a entendu le cri des malheureux : « Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob… » (Ex 2, 23-24). De même dans l’épisode du buisson ardent : « Le SEIGNEUR dit : J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer » (Exode 3,7).
    Voilà le fondement de toute Loi en Israël : le Dieu qui entend le cri des malheureux, qui connaît leurs souffrances et donc prend leur défense. « Car moi, je suis compatissant » dit la dernière phrase de notre texte.2
    Pour ce peuple qui a fait l’expérience de l’humiliation, il n’est pas difficile de se mettre à la place des humiliés : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte. »3 Traduisez : parce que vous savez ce que c’est qu’être humilié, vous n’humilierez personne. Ce n’est pas affaire de raisonnement, de beaux sentiments, c’est affaire d’expérience, quelque chose comme « vous savez ce que c’est, alors mettez-vous à leur place ».
    Petite précision au passage : l’immigré dont il s’agit ici, c’est l’étranger qui réside durablement dans le pays, qui s’y installe ; il ne s’agit pas de l’étranger de passage, du touriste, qui bénéficiait de l’hospitalité proverbiale en Orient.
    LA RÈGLE D’OR : SE METTRE À LA PLACE
    Les quelques commandements du texte d’aujourd’hui relèvent tous de la même logique : mettez-vous à la place du pauvre, de l’emprunteur, de la veuve, de l’orphelin ; ne les maltraitez pas, car Dieu entend leur cri ; nous sommes encore au tout début de la Révélation biblique (même si ces textes sont postérieurs à Moïse) mais déjà on sait que Dieu est concerné par la souffrance humaine, et qu’il vient au secours des pauvres et des humiliés.
    Malheureusement, pour l’instant, il faut encore menacer pour que la loi soit respectée : « Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée ». Un jour viendra, nous le savons, où l’homme éduqué peu à peu par Dieu et par la Loi n’aura plus besoin de menaces, car il aura appris à voir en tout homme un frère.
    ——————————
    Notes
    1 – Parmi les points communs les plus frappants, on remarque la formulation de type qu’on appelle « casuistique » : par exemple « Si tu prêtes de l’argent … » ou « Si tu prends en gage le manteau de quelqu’un… ». Mais ce qui est intéressant pour nous, ce sont les nouveautés que la Loi d’Israël apporte par rapport aux peuples voisins.
    2 – Verset 26 : le mot « compatissant » n’est pas à entendre ici au sens latin (« compatir », en latin, signifie « souffrir avec »). En hébreu, le mot employé dans ce texte signifie « bienveillant », « ayant pitié ».
    3 – Un peu plus loin, le même thème est repris : « Tu n’opprimeras pas l’émigré : vous connaissez vous-mêmes la vie de l’émigré, car vous avez été émigrés au pays d’Egypte » (Ex 23, 9).
    Compléments
    – Les lois nouvelles reflètent le contexte nouveau dans lequel elles ont été votées.
    Prenons un exemple : supposons que vous soyez dans une galerie de tableaux et que vos yeux s’arrêtent sur une Annonciation ; si la Vierge est représentée en costume Renaissance, vous saurez que le peintre ne vivait certainement pas au temps de Jésus, au premier siècle en Israël… de la même manière, des textes juridiques rédigés après l’installation en Canaan reflètent la société de leur temps et non plus le contexte sociologique de l’Exode. Par exemple, dans ce même chapitre 22, il y a un l’article qui prévoit le cas d’un « voleur surpris à percer le mur d’une maison » (Ex 22, 1) ; il ne date certainement pas des campements sous tente dans le désert du Sinaï ! C’est également le cas dans le texte de ce dimanche : si on s’intéresse au sort des émigrés, c’est que le peuple est installé en Israël, qu’il peut désormais considérer ce pays comme sa terre et que des étrangers viennent à leur tour s’y installer. Toutes conditions, évidemment, non réunies dans le Sinaï pendant l’Exode. Autre chose est un peuple de pasteurs nomades, autre chose un peuple installé, sédentarisé.

    PSAUME – 17 (18) 2-3, 4. 20, 47. 51ab
    2 Je t’aime, SEIGNEUR, ma force :
    3 SEIGNEUR, mon roc, ma forteresse,
    Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
    mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
    4 Louange à Dieu ! Quand je fais appel au SEIGNEUR,
    je suis sauvé de tous mes ennemis.
    20 Lui m’a dégagé, mis au large,
    il m’a libéré, car il m’aime.
    47 Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher !
    Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire.
    51 Il donne à son roi de grandes victoires,
    il se montre fidèle à son messie pour toujours.

    QUAND JE FAIS APPEL AU SEIGNEUR, JE SUIS SAUVÉ
    Pour comprendre ce psaume, il faut connaître l’histoire de David : on sait qu’à plusieurs reprises, celui-ci a été poursuivi par le roi Saül. Et le Seigneur l’a secouru. Je vous rappelle son histoire. Cela se passe un peu avant l’an mille avant J.C. A l’époque le roi légitime d’Israël, choisi par Dieu et consacré par l’onction d’huile du prophète Samuel, ce n’était pas David (pas encore), mais Saül, le premier roi d’Israël.
    Mais celui-ci ne remplissait plus sa mission ; son règne, bien commencé, se terminait mal. Au lieu d’écouter le prophète, il avait sciemment transgressé ses ordres, et le prophète Samuel l’avait désavoué. C’est alors qu’il avait choisi David encore très jeune pour qu’il soit formé à la cour et qu’il succède plus tard à Saül. Saül est donc resté le roi en titre jusqu’à sa mort, mais il a dû supporter de voir grandir à la cour David, son rival de plus en plus populaire et à qui tout réussissait. Si bien qu’une haine farouche remplit peu à peu le coeur de Saül et qu’il essaya, à plusieurs reprises, mais vainement, de se débarrasser de David. Une fois entre autres, Saül poursuivait David et c’est dans une caverne que David a trouvé refuge. D’où l’expression : « Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite… » Choisi, à sa grande surprise, pour être le futur roi, David savait qu’il pouvait compter sur la protection de Dieu : « Quand je fais appel au SEIGNEUR, je suis sauvé de tous mes ennemis. » Ou encore : « Dieu, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire ! »
    Le deuxième livre de Samuel dit que David a chanté ce psaume pour remercier Dieu de l’avoir délivré de tous ses ennemis, à commencer par Saül ; et si vous avez la curiosité de consulter ce deuxième livre de Samuel au chapitre 22, vous y retrouverez le texte de ce psaume 17/18 presque à l’identique. Cela ne prouve pas que, historiquement, David a dit textuellement ces paroles-là, mais que le rédacteur final du livre de Samuel a pensé que ce psaume s’appliquait particulièrement bien à David.
    Mais, bien sûr, le vrai sujet du psaume, comme toujours, n’est pas un personnage particulier, pas même le roi David : c’est le peuple tout entier. Et quand il veut rendre grâce à Dieu pour son soutien et sa sollicitude au long des siècles, il se compare au roi David poursuivi par Saül.
    LE ROCHER D’ISRAËL
    Le peuple d’Israël tout entier, lui aussi, peut dire ces versets en toute vérité : « SEIGNEUR, mon roc… Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite… Lui m’a dégagé, mis au large, il m’a libéré car il m’aime. Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher ! … » Tout d’abord, bien avant David, on avait expérimenté qu’une caverne dans un rocher peut être un lieu d’asile ; le livre des Juges en donne des exemples ; dire que Dieu est notre Rocher, c’est donc d’abord dire qu’il est notre secours, notre appui le plus sûr. Par exemple, on trouve dans le Deutéronome le fameux cantique de Moïse au Rocher d’Israël : « C’est le nom du SEIGNEUR que j’invoque ; à notre Dieu, reportez la grandeur. Il est le Rocher : son œuvre est parfaite ; tous ses chemins ne sont que justice. Dieu de vérité, non pas de perfidie, il est juste, il est droit. » (Dt 32, 3-4). A une époque où on pense que chaque peuple a son dieu protecteur, on admet bien que les autres peuples puissent avoir leur rocher, mais il ne vaut quand même pas celui d’Israël ; on trouve dans le même cantique cette phrase superbe : « Le Rocher de nos ennemis n’est pas comme notre Rocher » (Dt 32, 31).
    LE ROCHER DE MASSA ET MERIBA
    Moïse, quand il parle de rocher, lui donne certainement encore un autre sens ; on a là évidemment un écho de la libération d’Egypte (« Le SEIGNEUR m’a libéré car il m’aime ») et aussi de l’Exode, la longue marche au Sinaï ; tout au long de ce périple éprouvant, dans la chaleur, la faim, la soif, parmi les scorpions et les serpents brûlants, la présence de Dieu, sa sollicitude ont été le secours du peuple ; une sollicitude qui est allée jusqu’à faire couler l’eau du Rocher : c’est le célèbre passage de Massa et Meriba ; là où on a eu tellement soif qu’on a eu peur d’en mourir et qu’on a accusé Moïse de vouloir la mort du peuple… L’histoire de cette révolte hante la mémoire d’Israël car elle est typique des doutes qui assaillent le croyant ; mais ici, ce n’est pas la révolte qui est évoquée, c’est la bonté de Dieu qui répond à la révolte par un don plus grand encore :
    « Là, le peuple souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le SEIGNEUR : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Et Dieu répondit « Tu frapperas le Rocher, il en sortira de l’eau et le peuple boira » (Ex 17, 3-6).
    Quand le peuple d’Israël chante ce psaume, il rappelle donc cette présence fidèle depuis toujours à ses côtés de Celui dont le Nom même est « Je suis avec vous » ; mais ce rappel est aussi la source de son espérance ; car tout comme David, ce peuple attend la réalisation des promesses du Dieu fidèle, la venue du Messie qui libèrera définitivement l’humanité. « Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher ! Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire. Il donne à son roi de grandes victoires, il se montre fidèle à son Messie pour toujours ».
    —————————-
    Complément
    David et Goliath
    Vous vous rappelez également la lutte entre David et Goliath : David armé d’une simple fronde affrontait le géant équipé de pied en cap et armé jusqu’aux dents ; vexé de l’accoutrement excessivement simple de son rival, Goliath lui avait dit : « Suis-je un chien pour que tu viennes à moi armé de bâtons ?…Viens ici que je donne ta chair aux oiseaux et aux bêtes des champs ». Et David lui avait répondu : « Toi, tu viens à moi armé d’une épée, d’une lance et d’un javelot ; moi, je viens à toi, armé du nom du SEIGNEUR le Tout-Puissant, le Dieu des armées d’Israël que tu as défié. Aujourd’hui même le SEIGNEUR te remettra entre mes mains… et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël. Et toute cette assemblée le saura : ce n’est ni par l’épée, ni par la lance que le SEIGNEUR donne la victoire, mais le SEIGNEUR est le maître de la guerre et il vous livrera entre nos mains » (1S 17, 43-47).

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 1, 5c-10
    Frères,
    5 vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous
    pour votre bien.
    6 Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur,
    en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves,
    avec la joie de l’Esprit Saint.
    7 Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants
    de Macédoine et de Grèce.
    8 Et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Grèce
    qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti,
    mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout
    que nous n’avons pas besoin d’en parler.
    9 En effet, les gens racontent, à notre sujet,
    l’accueil que nous avons reçu chez vous ;
    ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu
    en vous détournant des idoles,
    afin de servir le Dieu vivant et véritable,
    10 et afin d’attendre des cieux son Fils
    qu’il a ressuscité d’entre les morts,
    Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

    DANS UN MONDE HOSTILE
    Partout où il passe, Paul entend parler du rayonnement de la jeune communauté de Thessalonique ; il en déduit que sa prédication a porté son fruit. La Parole accueillie par les Thessaloniciens dans la joie les a transformés en profondeur et, du coup, ils sont devenus un modèle pour les autres… comme une traînée de poudre.
    Pourtant les conditions de leur conversion n’étaient pas faciles : puisque Paul précise qu’ils ont accueilli la Parole « au milieu de bien des épreuves ». Paul fait allusion ici à l’hostilité de certains Juifs à la prédication chrétienne ; Paul, lui-même, Silvain et Timothée ont essuyé les premiers ce refus de l’Evangile par ceux à qui il était destiné en priorité ; maintenant, c’est la nouvelle communauté chrétienne de Thessalonique qui relève le flambeau et qui rencontre à son tour la persécution ; mais elle tient bon comme l’ont fait avant elle le Christ lui-même puis ses apôtres ; c’est le sens de la phrase « Vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint ». Apparemment, la joie est un élément important de l’accueil de la Parole !… cette joie intérieure qui est la signature de l’Esprit Saint.
    « Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles » ; évidemment, on se demande de quelles « idoles » il s’agit… cela peut vouloir dire soit divinité païenne, soit (pour des Juifs) une fausse image de Dieu. Or la communauté chrétienne naissante de Thessalonique était très mélangée : d’après les Actes des Apôtres « certains des Juifs se laissèrent convaincre et furent gagnés par Paul et Silas, ainsi qu’une multitude de Grecs adorateurs de Dieu et bon nombre de femmes de la haute société. » (Ac 17, 4).
    TOURNÉS VERS DIEU COMME LE CHRIST
    Avant leur adhésion au Christianisme, ces divers groupes ne pratiquaient pas la même religion ; on n’a aucune précision sur la pratique religieuse des femmes dont Paul parle ici, et il y avait peut-être parmi elles et parmi les Grecs, des gens qui pratiquaient le culte des divinités païennes ; (on sait qu’au moins vingt divinités païennes différentes étaient vénérées à Thessalonique : on en a retrouvé des traces sur des colonnes) ; mais les Juifs et les Grecs réputés « adorateurs de Dieu » ne vénéraient certainement pas des idoles au sens strict : au contraire ils vénéraient le même Dieu que Paul, le Dieu vivant d’Israël. Seulement, on pouvait adorer le Dieu d’Israël et avoir quand même besoin de se convertir : Paul en savait quelque chose ! Lui aussi était adorateur du vrai Dieu, Juif convaincu et c’est au nom même de ses convictions et de l’idée qu’il se faisait de Dieu qu’il avait commencé par persécuter les Chrétiens ; maintenant, il était passé de l’autre côté de la barrière, si on peut dire, et donc il comprenait très bien ce qui se passait. Face à la prédication chrétienne, certains adoptaient l’attitude de Paul, avant sa conversion, d’autres suivaient le Paul du chemin de Damas. La distance entre les deux, c’est l’abandon de ses idées toutes faites sur Dieu, ses idoles, et la découverte du vrai Dieu tel qu’il s’est manifesté en Jésus-Christ.
    Ici, Paul emploie une expression superbe : « Vous vous êtes convertis à Dieu », littéralement « vous vous êtes tournés vers Dieu » ; en grec ce sont les mots mêmes que Saint Jean emploie pour parler de la relation de dialogue sans ombre, de communion, qui unit le Père et le Fils : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). Parce qu’ils ont accepté d’ouvrir leur coeur à la Parole de l’apôtre, les Thessaloniciens ont reçu la grâce de la conversion, du retournement. Désormais, eux aussi, comme le Christ, ils sont tournés vers Dieu et cela leur a donné tous les courages pour tenir bon malgré la persécution. Comme dit Saint Jean, encore, dans le Prologue, « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).
    Désormais, ils sont à l’abri de « la colère qui vient », dit saint Paul. La « colère de Dieu », c’est une expression classique pour évoquer la fin des temps. Pour les croyants, ce n’est plus une inquiétude, au contraire. Ce sera le jour de la délivrance, où Dieu supprimera tout ce qui fait du mal à l’homme.
    L’IMPATIENCE DES CROYANTS
    Désormais, en Jésus-Christ, on ne craint plus le jugement de Dieu, au contraire on est impatient de voir s’accomplir pleinement le projet de Dieu ; il y a là, c’est très net dans tout le Nouveau Testament, et en particulier chez Saint Paul, un élément très important de la foi chrétienne, l’attente, une attente fervente, ardente, passionnée ; celle qui nous fait dire chaque jour avec impatience « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »… et cette volonté, nous le savons bien, c’est que la Bonne Nouvelle de l’amour soit proclamée et vécue partout et par tous.
    ————————-
    Compléments
    – Dès l’Ancien Testament, on avait compris que la colère de Dieu ne vise pas l’homme lui-même ; elle vise le mal qui abîme l’homme. Mais Jésus-Christ est celui qui instaure définitivement le règne de l’amour sur la terre ; celui qui croit en Jésus-Christ vit dans l’amour et triomphe du mal et de la mort à son tour. Encore une phrase de l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jn 5, 24).

    EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 34-40
    En ce temps-là,
    34 les pharisiens,
    apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens,
    se réunirent,
    35 et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus
    pour le mettre à l’épreuve :
    36 « Maître, dans la Loi,
    quel est le grand commandement ? »
    37 Jésus lui répondit :
    « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
    de tout ton cœur,
    de toute ton âme et de tout ton esprit.
    38 Voilà le grand, le premier commandement.
    39 Et le second lui est semblable :
    Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
    40 De ces deux commandements
    dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

    « MAÎTRE, DANS LA LOI, QUEL EST LE GRAND COMMANDEMENT ? »
    « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Les Pharisiens posent à Jésus une question qui pour eux était classique. On sait que la loi comporte six cent treize commandements ; et ils avaient l’habitude de discuter à longueur de temps pour savoir quel commandement était le plus important ; quand un conflit de devoirs se présentait, il fallait bien hiérarchiser les divers commandements.
    La réponse de Jésus va les surprendre en les emmenant bien au-delà du terrain juridique.
    Le contexte, ici, est important : nous sommes, chez Saint Matthieu, dans la dernière étape de la vie terrestre de Jésus, entre son entrée triomphale à Jérusalem et sa Passion. Les discussions se succèdent entre celui que la foule a reconnu comme le Messie et les autorités religieuses, qui, croient-elles, ont, seules, autorité pour reconnaître le véritable Messie. Jésus a raconté trois paraboles (celle des deux fils, celle des vignerons homicides et enfin celle du banquet nuptial et de la robe de noces). C’est le tour des autorités religieuses, maintenant, de lui poser trois questions, dans l’intention de le prendre au piège : celle sur l’impôt à payer à César, celle sur la résurrection des morts et enfin, celle d’aujourd’hui : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
    NON PAS UN COMMANDEMENT MAIS DEUX !
    On interroge Jésus sur la Loi, il puise sa réponse dans la Loi ; mais il refuse d’établir une hiérarchie entre les six cent-treize commandements de la Loi : il cite deux commandements tous deux inscrits dans la Loi d’Israël et il les place au même niveau : Tu aimeras le Seigneur, tu aimeras ton prochain.
    « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit » : c’est dans le Livre du Deutéronome au chapitre 6, cela fait partie de la profession de foi juive, le Shema Israël ;
    « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c’est dans le livre du Lévitique (Lv 19, 18).
    Et il dit « ces deux-là donnent sens à tous les autres » : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
    Il est vrai que la Loi, mais aussi les Prophètes liaient déjà très fort ces deux commandements ; pour la Loi, il suffit de relire le Décalogue, ce que nous appelons les dix commandements : les commandements concernant la conduite envers Dieu sont immédiatement suivis des commandements concernant la conduite envers les autres. Et l’ensemble de la Loi, nous l’avons revu avec le texte du livre de l’Exode qui nous est proposé en première lecture, quand elle dictait la conduite envers les autres, spécialement envers les pauvres, les veuves, les orphelins, les immigrés, le faisait au nom du Dieu de l’Alliance, ce Dieu que l’on devait aimer de tout son coeur et de toute son âme…
    Quant aux Prophètes, ils n’avaient fait que rappeler ce lien entre les deux commandements : Isaïe, par exemple : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? (Is 58, 6). Ou encore Michée : « Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6, 8).
    En résumé, dans la Loi comme chez les Prophètes, la grande leçon c’était « si vous voulez être les fils du Dieu qui vous a libérés, soyez des libérateurs à votre tour ». Ce qui veut dire que l’expression « tu aimeras » engage une conduite concrète, beaucoup plus qu’un sentiment.
    SORTIR DU LÉGALISME
    Ce faisant, Jésus invite ses interlocuteurs à sortir de l’esprit légaliste : il les appelle à une conversion radicale : avec Dieu on n’est pas dans le domaine du calcul, de ce qu’il faut faire pour être en règle ; on est sous la seule loi de l’amour. Saint Paul, l’ancien Pharisien scrupuleux, qui a fait l’expérience de cette conversion, dira dans la lettre aux Romains « Vous n’êtes plus sous la loi mais sous la grâce » (Rm 6, 14). Et si l’on entre dans la logique de l’amour, ces deux commandements sont semblables, dit Jésus, ils sont de même nature ; bien sûr, car il n’y a pas deux sortes d’amour ! Celui dont on aimerait Dieu et celui dont on aimerait nos frères ; le second est la vérification du premier ; comme dit Saint Jean : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20).
    Jésus met en garde les Pharisiens : il y a des manières d’appliquer la loi qui la trahissent ; elle a été donnée par Dieu pour être un chemin de liberté et de vie, mais on peut très bien en faire un esclavage et même parfois un chemin de mort : par exemple quand le commandement du repos sabbatique vous conduit à laisser à l’abandon un malade ou un mourant, la loi qui dicte le service du frère est trahie.
    Donc, ce que Jésus cherche à faire comprendre aux Pharisiens, c’est qu’ils risquent, au nom même de la Loi, d’oublier le commandement de l’amour.
    Il est certain que c’est un thème cher à Saint Matthieu : lui, le seul des évangélistes à citer deux fois la phrase du prophète Osée « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices » (Osée 6, 6)1 ; lui aussi, le seul à rapporter la parabole du jugement dernier « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
    ————————-
    Note
    1 – Matthieu cite cette phrase du prophète Osée une première fois dans le récit de sa vocation (Mt 9, 13) ; la deuxième fois, c’est précisément à l’occasion d’une controverse de Jésus avec les Pharisiens sur une question similaire à celle de ce dimanche. Il s’agit de l’épisode des épis arrachés dans un champ de blé par les disciples un jour de sabbat. Les Pharisiens reprochent à Jésus ce manquement : « Vois tes disciples qui font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat. » Jésus leur répond : « Si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné ces hommes. » (Mt 12, 1-8).


  • Homélie du dimanche 29 octobre

    Dimanche 29 octobre 2017
    30éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre de l’Exode : 22.20 à 26 : »Je suis compatissant. »
    Psaume 17 : « Il m’a libéré car il m’aime. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Th. 5 à 10 : »Afin de servir le Dieu vivant et véritable. »
    Evangile selon saint Matthieu : 22. 34 à 40 : »Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture, la Loi et les Prophètes, dépend de ces deux commandements. »
    ***
    DIEU AVANT TOUT
    Ce docteur de la Loi, qui pose une nouvelle question à Jésus, ne l’entraîne pas dans des domaines du comportement politico-religieux de dimanche dernier, entre César ou Dieu. Il semble vouloir vérifier l’orthodoxie fondamentale de ce Jésus qui s’en va et s’en vient avec les femmes de mauvaises vies, qui va déjeuner avec n’importe qui, qui outrepasse la Loi en se disant « Maître du sabbat » (Matthieu 12.8)
    Ce questionneur semble représenter la tendance stricte du pharisaïsme. Il n’y a qu’un seul Dieu. Il n’y a qu’un seul grand commandement qui se trouve dans le « Shema Israël » que tout juif pieux doit réciter plusieurs fois par jour. (Deutéronome 6. 4) Dieu est le seul et nul ne peut contester cette priorité absolue. L’interprétation rigoriste de ce texte suppose que l’amour que l’on porte à Dieu se résume à la prière et au culte. Tout le reste est, sinon secondaire, du moins « inessentiel ».
    Parmi les centaines de prescriptions de la Loi, il n’est pas d’autre loi plus fondamentale sinon celle-là. Demander à Jésus d’envisager une autre « grande » prescription, c’est le contraindre à un choix qui sépare, à une préférence qui exclut.
    L’AMOUR NE PEUT EXCLURE
    Jésus ne s’esquive pas par une réponse à double sens. Il ne s’enferme pas dans la seule affirmation du Deutéronome, comme veut l’obliger le pharisien. Il prend la Torah dans son ensemble et il appuie sa réponse sur le Livre du Lévitique (Lév. 19) où se répète comme un refrain cette affirmation  » Je suis Yahvé, votre Dieu ! … tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis Yahvé ! »
    Le pharisien qui a tronqué la Parole de Dieu, en la réduisant à une seule n’est pas dupe en entendant l’affirmation de Jésus s’ouvrir à toute la Torah. L’Ecriture forme un tout : »Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture dépend de ces deux commandements. » L’amour de Dieu et le culte qui doit lui être rendu, sont inséparables de tous ces préceptes révélés dans le Lévitique. Il ne donne pas priorité de l’un sur l’autre. « Voici le second qui lui est semblable ».
    Il n’y a qu’un seul et même amour qui signifié dans l’un comme dans l’autre texte. Jésus ne restreint pas, il ouvre la Loi et les Prophètes, ces prophètes qui ont toujours lié l’authenticité du culte au « droit et à la justice », comme l’a dit le livre du Lévitique. Dès le début de sa prédication, Jésus l’avait affirmé ainsi : rien ne peut être supprimé de la Loi. Elle doit être reçue dans sa plénitude (Matthieu . 18)
    VOUS SEREZ SAINTS COMME JE SUIS SAINT
    La réponse de Jésus manifeste ainsi l’écart entre l’univers clos des pharisiens et l’ouverture extraordinaire qu’offre la Bonne Nouvelle du Christ. La jonction du premier et du deuxième commandement « qui lui est semblable » donne la clé non seulement de toute la Loi et des prophètes, mais dans le même temps de sa propre vie de Messie et Sauveur puisque, dans sa mort, il va donner à son message la preuve ultime de cette unité de Dieu avec les hommes. « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jean 3. 16)… Il nous a donné son Fils unique qui offre sa vie à son Père pour le salut de tous les hommes.
    L’amour en Dieu est inséparable de l’amour qu’il porte à ses enfants, à tous ses enfants qui sont nos frères. Comment pourrions-nous manifester à Dieu notre reconnaissance pour l’amour que nous recevons de lui dans ce don gratuit, sinon en le partageant avec nos frères ? Comment prétendre aimer Dieu si nous n’aimons pas comme il aime, ce qu’il aime, et ceux qu’il aime, c’est-à-dire nos frères « image de Dieu » ? « Celui-là est un menteur », nous rappelle saint Jean (1 Jean 4. 20)
    COMME SOI MEME
    Ce « comme soi-même » n’est pas une invitation à l’égocentrisme. Saint Luc, évoquant cette même question du pharisien, va nous entraîner jusqu’à la parabole du Bon Samaritain dans la réponse à : »Qui est mon prochain ? » (Luc 10. 26) Il nous donne ainsi une lecture et une interprétation.
    Le « comme soi-même » est en effet une excellente référence pour juger de l’amour que l’on porte à Dieu et à nos frères. Dans la Bible, il n’y a nulle part de commandement qui demande de s’aimer soi-même. Mais il y a la règle d’or de saint Matthieu 7. 12 : « Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, pareillement vous aussi, faites-le pour eux. C’est cela la Loi et les Prophètes ». La même affirmation que dans la discussion sur les deux commandements.
    L’expérience porte conseil. Quand on a été soi-même éprouvé, on sait bien qu’il ne suffit pas d’entendre : »Ah oui, je connais çà moi aussi … » pour se sentir compris et aimé. Il nous faut partager un amour qui engage tout l’homme et tous les hommes, à commencer par soi-même. Car, déjà, s’aimer soi-même, s’assumer dans la joie, n’est pas si simple.
    Le « comme soi-même » n’est ni un repli ni une suffisance auto-satisfaite qui conduiraient, l’une comme l’autre, à la solitude désabusée et douloureuse. C’est le don qui est source de la joie. L’amour donné au prochain nous apprend le sens profond de notre propre bonheur, comme l’amour que Dieu nous porte, nous apprend le sens profond de propre bonheur. Le Christ en parle à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint : »Demeurez en mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et demeure en son amour. Je vous dis cela pour que la joie, la mienne, soit en vous et que votre joie trouve sa plénitude. » (Jean 15. 10 et 11)
    ***
    L’art des fausses questions pratiqué par les pharisiens n’a pas disparu de nos jours, même s’il prend des formes plus subtiles en justifiant n’importe quel comportement sous prétexte qu’il n’y a pas de solution satisfaisante. Les situations de notre temps sont sans doute complexes. On vote même des lois générales pour que les comportements particuliers soient ainsi justifiés. L’amour ne sera jamais remplacé par un simple et précaire pacte de solidarité. L’amour est un don total.
    En liant les deux commandements, le message du Christ demeure la clé de la compréhension de ce que nous sommes. « Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ et souviens-toi qu’il s’est livré pour le salut de tous. En Lui qui t’a glorifié jusqu’à t’offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. Que tous les peuples de la terre fassent monter vers toi l’action de grâce de Jésus ton Fils, notre Sauveur. » (Oraison de ce dimanche sur les offrandes)


vendredi 20 octobre 2017

  • « Nous avons vu Jésus »

    Présent lors de la première du spectacle « Jésus, de Nazareth à Jérusalem », le mardi 17 octobre, le père Gaultier de Chaillé livre ses impressions après cette soirée.
    Nous avons applaudi avec joie lors de la première de la comédie musicale Jésus, de Nazareth à Jérusalem, ce 17 octobre, au Palais des sports de la porte de Versailles. Voici quelques réactions « à chaud », après ce spectacle pas comme les autres…
    On a tous une sorte d’imaginaire sur Jésus : chacun le voit à sa manière, selon une projection façonnée par la lecture des Évangiles, les enseignements, la prière et les œuvres qu’il a vues. Nous avons tous « notre » Jésus qui n’est jamais celui d’un autre et il est toujours tentant de voir les œuvres qui le représentent sous l’angle du manque par rapport à notre idée.
    Une œuvre courageuse
    La fresque musicale Jésus, de Nazareth à Jérusalem est une œuvre d’artiste. Elle n’est ni un traité de théologie, ni un cours de catéchisme. Ça n’est surtout pas une œuvre objective puisque c’est une œuvre d’art. Certains diront sans doute que ça n’est pas de l’art du niveau du retable d’Issenheim, d’une Passion de Bach ou d’un film de Pasolini. Non, ce spectacle n’est pas du registre de ces grands classiques de l’histoire de l’art ! Il est la modeste et courageuse contribution de quelques fous qui, en pleine époque de mépris de la religion et spécialement du christianisme, proposent leur propre lecture des Évangiles.
    Comme les auteurs l’ont toujours clamé, ce spectacle ne se positionne pas sur le plan de la foi. Il présente avec beaucoup d’honnêteté et de générosité le Jésus raconté par les Évangiles. Les personnages qui l’entourent sont façonnés dans une pâte humaine, épaisse et riche, tout en nuances pour rendre compte des drames qui les habitent. Le spectateur trouve ainsi sa place avec son propre questionnement : qui aurais-je été parmi ceux-là ? Chacun se sent inclus dans les rangs de ceux qui vivent le drame de l’histoire du Christ au milieu des hommes. Aurais-je été du côté des forts, avec Caïphe le politicien ou Pilate le philosophe assuré ? Aurais-je eu le cœur torturé comme saint Pierre, Marie Madeleine ou même Judas ? Aurais-je fait partie des anonymes qui peuplent la scène, acclamant puis huant, au gré de ce que les autres m’auraient conduit à faire ?
    La seule qui échappe à cette identification est Marie, mère aux sept douleurs. Dans la conscience du glaive qui sera planté dans sa chair, elle est là, depuis le début, à accompagner Jésus, à part, « entre toutes les femmes ».
    Venez applaudir Jésus !
    Oui, nous aurions peut-être aimé que la Cène soit traitée d’une manière plus eucharistique, nous aurions sans doute écrit différemment le chant de Marie Madeleine, nous aurions certainement voulu voir Jésus doté d’une plus grande force de caractère mais c’est ainsi que les auteurs le voient, eux. Et ils l’ont fait ! Ils ont osé lancer ce spectacle malgré tous les regards en coin, les moqueries et les risques qu’ils ont pris. Leur audace mérite les honneurs ; rien que pour cela, ils ont notre estime et nos prières.
    Nous leur souhaitons le succès qu’ils méritent et ne pouvons que vous inviter à aller voir ce spectacle en famille, en aumônerie, en classe ou avec vos groupe d’amis ! Pourquoi pas non plus y inviter des non-croyants ? Que le plus grand nombre puisse entendre parler de Jésus : comme le dit l’un des passages les plus entraînants du spectacle, « la Bonne Nouvelle, c’est Lui ! ».
    Jésus, de Nazareth à Jérusalem, du 17 octobre au 3 décembre 2017 au Palais des sports de Paris, puis dans toute la France.
    Source de l’article : Padreblog


lundi 16 octobre 2017

  • Commentaires du dimanche 22 octobre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 22 octobre 2017
    29éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre d’Isaïe 45,1-6
    1 Ainsi parle le SEIGNEUR à son messie, à Cyrus,
    qu’il a pris par la main,
    pour lui soumettre les nations et désarmer les rois,
    pour lui ouvrir les portes à deux battants,
    car aucune porte ne restera fermée :
    4 « A cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu,
    je t’ai appelé par ton nom,
    je t’ai donné un titre,
    alors que tu ne me connaissais pas.
    5 Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre :
    hors moi, pas de Dieu.
    Je t’ai rendu puissant,
    alors que tu ne me connaissais pas,
    6 pour que l’on sache, de l’Orient à l’Occident,
    qu’il n’y a rien en dehors de moi. »
    Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre

    PAROLE DU SEIGNEUR AU ROI CYRUS
    Quand Isaïe écrit ce texte, les Juifs sont en exil à Babylone depuis presque cinquante ans ; depuis que, en 587, les armées de Nabuchodonosor ont conquis Jérusalem, pillé et dévasté le Temple et emmené comme prisonniers de guerre les survivants encore valides. Et voici que, de toute la région, parviennent les bruits des conquêtes du nouveau maître du monde, Cyrus, le roi de Perse. Or, curieusement, ces bruits sont une bonne nouvelle pour les Juifs déportés à Babylone : tout le monde sait que bientôt toute la région appartiendra à ce nouvel empereur Cyrus à qui rien ne résiste.
    Tout le monde sait aussi, car c’est assez inhabituel pour impressionner les foules, que contrairement à tous les autres souverains du temps, celui-là pratique une politique humanitaire : il laisse la vie sauve aux vaincus, ne dévaste pas, ne pille pas, ne déplace pas les populations ; dans tous les pays qu’il conquiert, il rencontre des populations déplacées par les vainqueurs : (c’est le cas des Juifs exilés à Babylone par Nabuchodonosor) ; à chaque fois, il les renvoie dans leur pays, leur rend les biens volés par les conquérants précédents et leur donne même les moyens de reconstruire leur pays. Sans doute a-t-il compris qu’un empereur a tout intérêt à être le maître de peuples heureux.
    C’est dans ce contexte qu’Isaïe prononce cette prophétie qui sonne comme une extraordinaire profession de foi : il commence par dire « Ainsi parle le SEIGNEUR à son messie, à Cyrus » : en réalité, il ne parle pas directement à Cyrus lui-même qui ne lira jamais le livre d’un obscur prophète juif : plus vraisemblablement, le message d’Isaïe est adressé aux exilés pour leur redonner espoir, un espoir qui repose sur deux convictions :
    Première conviction, Dieu reste fidèle à son Alliance, il n’abandonne pas son peuple élu : c’est le sens de l’expression « A cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu ». N’oublions pas que cette phrase est prononcée au moment même où on aurait toutes les raisons d’en douter. Si Israël peut être tombé aussi bas, avoir tout perdu, non seulement son indépendance politique, mais pire sa liberté, sa terre, son Temple, son roi… on peut quand même se demander si Dieu n’a pas abandonné son peuple… et certains se le demandent. C’est pour eux justement que le prophète Isaïe proclame de toutes ses forces « Jacob est toujours le serviteur de Dieu, Israël est toujours son élu ».
    DIEU, LE SEUL SEIGNEUR
    Deuxième conviction, Dieu reste le maître des événements : « Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu ». Traduisez Cyrus, lui-même, le grand roi païen, est dans sa main : les expressions « donner un titre », « prendre par la main », « ouvrir les portes à deux battants » sont des allusions aux rites du sacre des rois : effectivement, le jour de son sacre, le nouveau roi recevait le nom de fils de Dieu, puis l’onction d’huile ; désormais il était dans la main de Dieu ; pour entrer dans la salle du trône, les portes s’ouvraient, symbole de toutes les portes des villes ennemies qui céderaient bientôt devant lui. Isaïe multiplie les allusions au sacre des rois d’Israël comme si Dieu lui-même avait choisi et sacré Cyrus comme roi à son service. Mais c’est Dieu qui garde l’initiative.
    Ce texte n’est donc pas, malgré les apparences, une hymne à la gloire du roi Cyrus. On pourrait dire, au contraire, qu’il le remet à sa place ! Car la tentation d’idolâtrie était réelle en milieu babylonien. Et ce même chapitre 45 d’Isaïe comporte d’autres vigoureuses mises en garde contre l’idolâtrie et l’affirmation répétée que Dieu est Unique. C’est donc précisément au moment où Cyrus vole de victoires en victoires qu’Isaïe rappelle au peuple juif que Dieu est le seul Seigneur véritable ; Cyrus lui-même est dans sa main : Dieu saura faire tourner le succès de ce roi païen au profit de son peuple élu. Et ce roi païen ne saura même pas lui-même qu’il sert bien involontairement les projets de Dieu ; Isaïe insiste bien : « A cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas… Je t’ai rendu puissant alors que tu ne me connaissais pas ». A la limite la phrase est écrite de telle manière que le peuple élu semble le plus important, lui qui est pourtant dans une situation apparemment désespérée.
    Mais c’est cela la foi du prophète justement : l’espoir qui repose sur ces deux convictions peut se traduire : « Puisque Dieu reste le maître et qu’il ne vous oublie pas, alors gardez courage ! De cette domination, de cette botte étrangère, Dieu saura faire sortir du bien. Aucun pouvoir humain, si grand soit-il, ne résiste à Dieu ».
    On connaît la suite : l’avenir a donné raison à Isaïe ; Cyrus a effectivement conquis Babylone en 539. Il a autorisé les Juifs, dès 538, à rentrer à Jérusalem, en leur rendant les biens volés par Nabuchodonosor et en leur donnant une subvention pour reconstruire le Temple de Jérusalem.
    Dernière remarque : Cyrus est appelé « messie » parce qu’il a été choisi par Dieu pour libérer son peuple. Il n’est pourtant ni roi, ni prêtre, ni prophète en Israël, mais le plus important c’est l’oeuvre qu’il accomplit. On peut en déduire que chaque fois que quelqu’un agit dans le sens d’une libération véritable des hommes, il accomplit l’oeuvre de Dieu.
    ———————————
    Compléments à Isaïe 45
    On ne peut quand même pas dire que l’histoire se répète toujours ! Un prophète juif a pu aller jusqu’à dire qu’un roi d’Iran était le Messie ! Les temps ont bien changé…
    Bien sûr, parmi les auditeurs d’Isaïe, certains ont trouvé qu’il poussait l’audace un peu loin. Cela nous vaut une superbe réplique du prophète (quelques lignes plus bas dans ce même chapitre 45) : c’est Dieu qui parle « Au sujet de l’oeuvre réalisée par mes mains, est-ce que vous me donneriez des ordres par hasard ? » (Is 45, 11).
    Insistance sur « Je suis le SEIGNEUR, il n’y a pas d’autre dieu que moi » = preuve des innombrables tentations de fausses pistes : cela est d’une brûlante actualité.

    PSAUME – 95 (96), 1.3, 4-5, 7-8, 9-10ac
    1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
    chantez au SEIGNEUR, terre entière,
    3 racontez à tous les peuples sa gloire,
    à toutes les nations, ses merveilles !
    4 Il est grand, le SEIGNEUR, hautement loué,
    redoutable au-dessus de tous les dieux :
    5 néant tous les dieux des nations !
    Lui, le SEIGNEUR, a fait les cieux.
    7 Rendez au SEIGNEUR, familles des peuples,
    rendez au SEIGNEUR la gloire et la puissance,
    8 rendez au SEIGNEUR la gloire de son nom.
    Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis.
    9 Adorez le SEIGNEUR, éblouissant de sainteté :
    tremblez devant lui, terre entière.
    10 Allez dire aux nations : « Le SEIGNEUR est roi ! »
    Il gouverne les peuples avec droiture.

    COMME SI C’ÉTAIT DÉJÀ LA FIN DU MONDE
    Une espèce de frémissement, d’exaltation court sous tous ces versets. Pourquoi est-on tout vibrants ? C’est la foi qui fait vibrer ce peuple, ou plutôt c’est l’espérance… qui est la joie de la foi… l’espérance qui permet d’affirmer avec certitude ce qu’on ne possède pas encore.
    Car on est en pleine anticipation : il faut lire les derniers versets pour comprendre que ce psaume nous transporte déjà à la fin du monde, en ce jour béni où tous les peuples sans exception reconnaîtront Dieu comme le seul Dieu. Les voici : « Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du SEIGNEUR, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ! » C’est ce jour-là que l’on attend, que l’on chante déjà. Imaginons un peu cette scène que nous décrit le psaume : nous sommes à Jérusalem … et plus précisément dans le Temple ; tous les peuples, toutes les nations, toutes les races se pressent aux abords du Temple, l’esplanade grouille de monde, les marches du parvis du Temple sont noires de monde, la ville de Jérusalem n’y suffit pas… aussi loin que porte le regard, les foules affluent… il en vient de partout, il en vient du bout du monde. Et toute cette foule immense chante à pleine gorge, c’est une symphonie ; que chantent-ils ? « Dieu règne ! » C’est une clameur immense, superbe, gigantesque… Une clameur qui ressemble à l’ovation qu’on faisait à chaque nouveau roi le jour de son sacre, mais cette fois, ce n’est pas le peuple d’Israël qui acclame un roi de la terre, c’est l’humanité tout entière qui acclame le roi du monde : « Il est grand, le SEIGNEUR, hautement loué, redoutable » (toutes ces expressions sont empruntées au vocabulaire de cour).
    QUAND LE MONDE ENTIER ENTRE DANS LA FÊTE
    En fait, c’est beaucoup plus encore que l’humanité : la terre elle-même en tremble. Et voilà que les mers aussi entrent dans la symphonie : on dirait qu’elles mugissent. Et les campagnes entrent dans la fête, les arbres dansent. A-t-on déjà vu des arbres danser ? Et bien oui, ce jour-là ils dansent !
    Bien sûr, si on y réfléchit, c’est normal ! Les mers sont moins bêtes que les hommes ! Elles, elles savent qui les a faites, qui est leur Créateur ! Elles mugissent pour Lui, elles l’acclament à leur manière. Les arbres des forêts, eux aussi, sont moins bêtes que les hommes : ils savent reconnaître leur Créateur : parmi des tas d’idoles, de faux dieux, pas d’erreur possible, les arbres ne s’y laissent pas prendre.
    Les hommes, eux, se sont laissé berner longtemps… Il suffit de se rappeler l’insistance d’Isaïe dans notre première lecture de ce vingt-neuvième dimanche pour dire « Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre ; hors moi, pas de Dieu ». Ce qui prouve que, du temps d’Isaïe, l’idolâtrie, sous une forme ou sous une autre n’était pas loin ! On entend ici cette même pointe contre l’idolâtrie : « néant tous les dieux des nations ». Il est incroyable que les hommes aient mis si longtemps à reconnaître leur Céateur, leur Père… qu’il ait fallu leur redire cent fois cette évidence que le Seigneur est « redoutable au-dessus de tous les dieux » ; que « c’est LUI, le Seigneur, (sous-entendu « et personne d’autre ») qui a fait les cieux ».
    Mais cette fois c’est arrivé ! Et on vient à Jérusalem pour acclamer Dieu parce qu’enfin on a entendu la bonne nouvelle ; et si on a pu l’entendre c’est parce qu’elle était clamée à nos oreilles depuis des siècles ! Oui, « de jour en jour, Israël avait proclamé son salut »… de jour en jour Israël avait raconté l’oeuvre de Dieu, ses merveilles, traduisez son oeuvre incessante de libération… de jour en jour Israël avait témoigné que Dieu l’avait libéré de l’Egypte d’abord, puis de toutes les sortes d’esclavage : et le plus terrible des esclavages, c’est de se tromper de Dieu, c’est de mettre sa confiance dans de fausses valeurs, des faux dieux qui ne peuvent que décevoir, des idoles…
    LA VOCATION DES CROYANTS
    Israël a cette chance immense, cet honneur inouï, ce bonheur de savoir et d’être chargé de dire que notre Dieu, est le seul Dieu ; comme le dit la profession de foi juive, le « Shema Israël » : « Ecoute Israël, le SEIGNEUR ton Dieu est le SEIGNEUR UN ». C’est le mystère de la vocation d’Israël dont on n’a pas fini de s’émerveiller ; comme le dit le livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu : il n’y en a pas d’autre. » (Dt 4,32). Mais le peuple choisi n’a jamais oublié que s’il lui a été donné de voir, c’est pour qu’il le fasse savoir.
    Et alors, enfin, la bonne nouvelle a été entendue jusqu’aux extrémités de la terre… et tous se pressent pour entrer dans la Maison de leur Père.
    Nous sommes là en pleine anticipation ! En attendant que ce rêve se réalise, le peuple d’Israël fait retentir ce psaume pour renouveler sa foi et son espérance, pour puiser la force de faire entendre la bonne nouvelle dont il est chargé.

    DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 1, 1 – 5
    1 Paul, Silvain et Timothée,
    à l’Église de Thessalonique
    qui est en Dieu le Père
    et dans le Seigneur Jésus Christ.
    À vous, la grâce et la paix.
    2 À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous,
    en faisant mémoire de vous dans nos prières.
    3 Sans cesse, nous nous souvenons
    que votre foi est active,
    que votre charité se donne de la peine,
    que votre espérance tient bon
    en notre Seigneur Jésus Christ,
    en présence de Dieu notre Père.
    4 Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu,
    vous avez été choisis par lui.
    5 En effet, notre annonce de l’Évangile
    n’a pas été, chez vous, simple parole,
    mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude.

    LE PREMIER ÉCRIT CHRÉTIEN
    Voilà le premier écrit chrétien ! Nous avons tellement l’habitude de voir les évangiles figurer en tête du Nouveau Testament que nous risquons d’oublier qu’ils sont postérieurs aux lettres de Paul. La Première lettre aux Thessaloniciens date d’une vingtaine d’années seulement après la Résurrection du Christ ; et on a donc là les premières affirmations de la prédication chrétienne. C’est la première fois qu’on essaie de formuler par écrit cette découverte inouïe du mystère de Jésus-Christ. Nous sommes vers l’année 50 et, déjà, l’évangile est annoncé très loin de Jérusalem ! Thessalonique est en Europe, au Nord de la Grèce, dans cette région qu’on appelle la Macédoine ; mais avant d’arriver jusque-là, Paul a déjà eu le temps de fonder des communautés dans tout le Sud, le centre et même la côte Ouest de la Turquie.
    C’est par les Actes des Apôtres qu’on sait comment les choses se sont passées ; Paul était en mission sur la côte ouest de la Turquie, quand une nuit, il a eu une vision : un Macédonien le suppliait de venir chez eux : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ». Et Luc qui était du voyage raconte : « A la suite de cette vision, nous avons immédiatement cherché à partir pour la Macédoine, car nous étions convaincus que Dieu venait de nous appeler à y annoncer la Bonne Nouvelle » (Ac 16,10).
    PAUL, SILVAIN ET TIMOTHEE EN EUROPE
    Voilà donc nos missionnaires (Paul, Luc et Silas) sur la côte grecque ; la ville de Philippes est leur première étape (nous lisions ces temps-ci la lettre aux Philippiens) et vous savez que cela a failli très mal se terminer : d’abord bien accueillis, ils ont bientôt été accusés de troubler l’ordre public, battus et jetés en prison ; un providentiel tremblement de terre est passé par là et, finalement, on les a libérés en les priant de quitter la ville.
    C’est de là qu’ils sont passés à Thessalonique. Dès leur arrivée, Paul s’est adressé aux Juifs pendant l’office du samedi matin à la synagogue, et cela trois samedis de suite. D’après les Actes des Apôtres, sa prédication était toujours la même : « Pendant trois sabbats, il discuta avec eux à partir des Écritures, dont il ouvrait le sens pour établir que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts ; il ajoutait : « Le Christ, c’est ce Jésus que moi, je vous annonce. » Le texte ajoute « Certains des Juifs se laissèrent convaincre… avec une grande multitude de Grecs qui adoraient Dieu et avec un bon nombre de femmes de notables ».
    Nous savons donc déjà de quoi est composée la communauté de Thessalonique à laquelle s’adresse cette lettre. Mais, comme d’habitude, Paul n’a pas suscité que de l’enthousiasme : toujours d’après les Actes, « Les Juifs, pris de jalousie, ramassèrent sur la place publique quelques vauriens ; ayant provoqué des attroupements, ils semaient le trouble dans la ville » (Ac 17, 5), si bien que très vite il a paru plus prudent que Paul et Silas quittent la ville. Paul a donc quitté cette nouvelle communauté trop vite et est resté un moment inquiet à son sujet ; quand il écrit cette lettre que nous débutons aujourd’hui, il vient enfin d’être rassuré par Silas et Timothée qui étaient restés derrière lui en Macédoine et qui lui en rapportent d’excellentes nouvelles. Cela explique le ton particulièrement joyeux de ce début de lettre : c’est le soulagement qui suit l’inquiétude.
    « Paul, Silvain (autre nom de Silas), et Timothée, à l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ. A vous la grâce et la paix. A tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous ». Dès cette première phrase, on est surpris de la solennité de cette salutation : cette communauté est toute petite, et il l’appelle pompeusement « l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ ». Ce respect immense de Paul pour les communautés chrétiennes, même modestes, est caractéristique de toutes ses lettres. Et c’est certainement cela qui motive l’action de grâce et même la jubilation qui est elle aussi un trait dominant de tous ses débuts de lettres, même quand il n’a pas que des compliments à faire à ses correspondants. Quels que soient leurs défauts, leurs imperfections, il voit d’abord en eux l’action de Dieu.
    Ces quelques lignes contiennent déjà d’énormes affirmations théologiques ; j’en vois au moins deux :
    DIEU UN EN TROIS PERSONNES
    Premièrement, ce texte est trinitaire ; le mot « Trinité » n’y est pas bien sûr, on ne l’emploiera que plus tard ; mais Jésus est appelé « Seigneur », titre réservé à Dieu dans l’Ancien Testament, et l’action de grâce est adressée aux trois Personnes : « Nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en Notre Seigneur Jésus-Christ, en présence de Dieu notre Père… En effet, notre annonce de l’Evangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint… ».
    Deuxièmement, c’est Paul qui a prêché mais c’est l’Esprit Saint qui a agi ; voilà qui met toute prédication à sa place : quand les croyants (que ce soit Israël, les disciples de Jésus ou les Thessaloniciens), se montrent disponibles à la Parole et se laissent transformer par elle, c’est à l’Esprit de Dieu que nous le devons.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 15 – 21
    En ce temps-là,
    15 les pharisiens allèrent tenir conseil
    pour prendre Jésus au piège
    en le faisant parler.
    16 Ils lui envoient leurs disciples,
    accompagnés des partisans d’Hérode :
    « Maître, lui disent-ils, nous le savons :
    tu es toujours vrai
    et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ;
    tu ne te laisses influencer par personne,
    car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
    17 Alors, donne-nous ton avis :
    Est-il permis, oui ou non,
    de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
    18 Connaissant leur perversité, Jésus dit :
    « Hypocrites !
    pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
    19 Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
    Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
    20 Il leur dit :
    « Cette effigie et cette inscription,
    de qui sont-elles ? »
    21 Ils répondirent :
    « De César. »
    Alors il leur dit :
    « Rendez donc à César ce qui est à César,
    et à Dieu ce qui est à Dieu. »

    UNE QUESTION-PIÈGE
    « Est-il permis de payer l’impôt à l’empereur ? » Jésus répond en traitant les questionneurs « d’hypocrites » ! Pourquoi « hypocrites » ? Parce que cette soi-disant question n’en est pas une… Hypocrites pour deux raisons : hypocrites, premièrement, parce que cette question, il y a longtemps qu’ils l’ont résolue. A Jérusalem, où se passe la scène, il n’est pas question de faire autrement, sauf à se mettre hors-la-loi, ce qu’ils n’ont pas l’intention de faire, ni les uns ni les autres, qu’ils soient Pharisiens ou partisans d’Hérode. Payer l’impôt à l’empereur, « Rendre à César ce qui est à César », ils le font et Jésus ne leur donne pas tort.
    Mais hypocrites, aussi, deuxièmement, parce qu’ils ne posent pas une question, ils tendent un piège, ils cherchent à prendre Jésus en faute… » Et le ton faussement respectueux qui précède la question force encore le trait : « Maître, lui disent-ils, nous le savons, tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ». Toutes ces amabilités ne sont qu’un préambule pour une question-piège1 ; et ce piège-là, logiquement, Jésus ne devrait pas s’en sortir ; de deux choses l’une : ou bien il incite ses compatriotes à refuser l’impôt prélevé au profit de l’occupant romain et il sera facile de le dénoncer aux autorités, comme résistant ou même comme révolutionnaire et il sera condamné…
    ou bien il conseille de payer l’impôt et on pourra le discréditer aux yeux du peuple comme collaborateur, ce qui va bien dans le sens de ses mauvaises fréquentations… mais pire, il perd toute chance d’être reconnu comme le Messie ; car le Messie attendu doit être un roi indépendant et souverain sur le trône de Jérusalem, ce qui passe forcément par une révolte contre l’occupant romain. Et puisqu’il a prétendu être le Messie, aux yeux du peuple et des autorités religieuses, il méritera la mort, ce n’est qu’un imposteur et un blasphémateur.
    Le piège est bien verrouillé ; de toute manière il est perdu et c’est bien cela qu’on cherche : la première occasion sera la bonne pour le faire mourir ; la Passion se profile déjà à l’horizon, nous sommes dans les tout derniers moments à Jérusalem. Dans sa réponse, Jésus montre bien qu’il a compris : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » Il n’est pas dupe du piège qu’on lui tend…
    Pourtant il est interdit de penser qu’il pourrait chercher à embarrasser ses interlocuteurs ; Jésus n’a jamais cherché à mettre quiconque dans l’embarras ou à tendre un piège à quelqu’un ; ce serait indigne du Dieu dont la lumière éclaire les bons et les méchants.
    Jésus ne répond donc pas au piège par un autre piège. Il traite la question comme une question et il y répond vraiment. Sa réponse tient en trois points : « Rendez à César ce qui est à César » … « Ne rendez à César que ce qui est à César » … « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ».
    « RENDEZ À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR »
    Premièrement, « Rendez à César ce qui est à César », y compris en payant l’impôt. C’est tout simplement reconnaître que César est actuellement le détenteur du pouvoir, ce qui est la pure vérité. Rien à voir avec de la servile collaboration ; au contraire, c’est accepter une situation de fait ; dans la perspective de l’Ancien Testament on considère que tout pouvoir vient de Dieu Jésus lui-même, au cours de sa Passion, dira à Pilate : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en-haut » (Jean 19,11). D’autre part, et Isaïe nous l’a rappelé dans notre première lecture de ce dimanche, en parlant du roi Cyrus, Dieu peut faire tourner toute royauté humaine au bien de son peuple… or nos pharisiens connaissent mieux que nous le texte d’Isaïe sur Cyrus ; ils savent donc très bien que tout pouvoir, même païen, est dans la main de Dieu. Notons quand même en passant que le César du moment s’appelait en réalité « Tibère ». (Le nom « César » était devenu un titre).
    Deuxièmement, « Ne rendez à César que ce qui est à César » : quand César (c’est-à-dire l’empereur romain) exige l’impôt, il est dans son droit, mais quand il exige d’être appelé Seigneur, quand il exige qu’on lui rende un culte, il vous expose à l’idolâtrie ; et là, il ne faut pas transiger. A l’époque où Matthieu écrit son Evangile, cette hypothèse était une réalité. De nombreux martyrs ont payé de leur vie ce refus de rendre un culte à l’empereur romain.
    « RENDEZ À DIEU CE QUI EST À DIEU »
    Troisièmement, « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». La vraie question est là : Etes-vous sûrs de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ? En l’occurrence, il s’agit de reconnaître en Jésus celui qui vient de Dieu, celui qui « est à Dieu ».
    Sans vouloir tirer de ce texte une théorie du pouvoir politique que, manifestement, Jésus n’a pas voulu y mettre, parce qu’il ne s’est pas placé sur ce terrain-là, on peut retenir de cet évangile une fois de plus une étonnante leçon de liberté. César n’est que César ; les rois de la terre ne sont en réalité que des roitelets. Leur royauté est passagère et le royaume de Dieu est d’un tout autre ordre : c’est au sein même des royaumes de la terre que toute oeuvre d’amour et de fraternité fait grandir le seul vrai royaume, le Royaume de Dieu.
    ——————————–
    Note
    Question-piège, oui, mais tous les compliments que ses adversaires viennent de lui adresser pour se moquer sont profondément vrais : « Maître, tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. » Très certainement, l’évangéliste rapporte avec bonheur ces compliments qu’il estime bien mérités.


  • Homélie du dimanche 22 octobre

    Dimanche 22 octobre 2017
    29éme dimanche du Temps Ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre du prophète Isaïe : 45.1 à 6 :”Je t’ai rendu puissant …Je suis le Seigneur, il n’y en a point d’autre.”
    Psaume 95 :”Rendez au Seigneur la gloire et la puissance.”
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Th. 1. 1 à 5 :” à l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus-Christ le Seigneur.”
    Evangile selon saint Matthieu : 22. 15 à 21 :”Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.”
    ***
    Jésus refuse le simplisme de la question et situe le problème au niveau de l’essentiel, qui est la place de Dieu chaque fois que nous sommes devant une question vitale qui demande de chacun et chacune d’entre nous une réponse qui engage notre vie.
    TU ENSEIGNES LE CHEMIN DE DIEU
    Ces pharisiens, qui voulaient lui tendre un piège, sont, en fait, enfermés sur eux-mêmes par leur propre question et par la manière dont ils l’ont posée :”Toi qui es toujours vrai…toi qui enseignes le chemin de Dieu.” Ils se sont placés sur le terrain même où Jésus évolue à l’aise, celui de la relation avec son Père.
    “Est-il permis ?” Ils attendaient une réponse au dilemme du “permis-défendu” dans lequel bien souvent d’ailleurs nous nous enfermons nous-mêmes. Or nous vivons dans la foi et nous avons à découvrir et à approfondir la pensée de Dieu, révélée par le Christ, puis à la traduire dans notre comportement personnel, en fonction même de cette foi, et non pas selon une réponse rigide et par avance schématisée..
    Puisqu’ils demandent le chemin de Dieu, Jésus entraîne les pharisiens dans cette direction. Et c’est là toute sa pédagogie. Isaïe envers Cyrus a souligné de la même manière le sens de toute situation humaine :”Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre.” (Isaïe 45. 4)
    L’IMPOT A CESAR.
    Une pièce de monnaie, comme un billet de banque, est un programme par ce qui y est présenté, l’annonce d’une politique, l’illustration d’un passé dans lequel on veut enraciner le présent.
    Même si c’est de moins en moins perceptible au travers de nos cartes de crédit, par exemple, les rapports d’argent traduisent notre situation :”Je consulte votre banque” nous dit le distributeur anonyme. Par les liens sociaux qu’ils établissent, ils traduisent aussi des types de relation entre les hommes. L’argent permet d’acheter un objet, d’occuper un logement, de recevoir le fruit de son travail. Il sert aussi bien à couvrir le nécessaire qu’à accaparer une place et une domination.
    “ L’argent a le parfum de la domination ou du service, il sent la sueur et parfois même le sang. Il est toujours plus que sa matérialité, et l’Evangile l’a bien compris -Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent (Matthieu 6. 24) – L’évangile de ce dimanche ne concerne pas l’argent pris isolément, il porte sur sa signification.” (Mgr Albert Rouet)
    Payer ou non l’impôt, c’était rester à la surface des choses. Il nous faut aller plus loin que l’effigie, lire au-delà de l’inscription, découvrir quelle réalité elles expriment, quelle est la hiérarchie des valeurs.
    AU DELA D’UNE EFFIGIE.
    Comme pour toute chose et toute situation humaines, une vérité plus profonde nous attend au-delà de tous les signes terrestres. Les pharisiens le savaient bien et c’est pourquoi ils posent cette question à Jésus.
    En demandant une pièce d’argent, Jésus leur rappelle qu’ils l’utilisent couramment, sauf dans les offrandes versées au Temple. Sur cette pièce, il y a, gravée, l’effigie de l’empereur. Or un vrai juif refuse la représentation en images, non seulement de Dieu qui est transcendance, mais aussi d’un homme, et spécialement d’un empereur qui se prend pour un dieu. La seule image de Dieu, selon la parole divine du livre de la Genèse, c’est l’homme vivant :”Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance”. (Genèse 1. 26)
    Cette pièce doit être rendue à son propriétaire. “Rendez à César…” Cela ne signifie pas l’autonomie du domaine politique par rapport au domaine religieux. La politique en effet est un des lieux concrets d’exercice de la charité. La loi morale doit s’y manifester de plein droit, car c’est l’un des moyens par lesquels, en aimant ses frères, le chrétien manifeste son amour de Dieu.
    Il y a un lien entre ces deux domaines, puisqu’on ne peut servir Dieu en dehors des médiations humaines. La relation ne signifie pas la confusion et toute sacralisation du pouvoir politique est idolâtre. Ce qui intéresse Jésus, c’est “Dieu seul”. Il faut rendre à Dieu ce qui lui appartient, à savoir l’homme. Jésus n’esquive donc pas une question délicate. Il ouvre une perspective nouvelle dans une vision étriquée du politique.
    Il nous offre la seule liberté possible, celle de choisir en notre âme et conscience, ce qui va dans le sens d’une plus grande humanisation des rapports sociaux. “César” n’a pas l’exclusivité du domaine humain et matérielle et “Dieu” celui du domaine spirituel. L’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le vieux fonds religieux des pharisiens avait bien dit en affirmant :”Tu enseignes le vrai chemin de Dieu.”Sa réponse ne dissocie pas les deux domaines, César et Dieu, elle les unit en donnant priorité à Dieu.
    Rendre à César ce qui est à César, c’est en définitive accepter l’incarnation, c’est accepter la réalité humaine, c’est accepter le chemin qui nous permet, dans un juste comportement vis-à-vis de “César” de pouvoir rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire la totalité de l’homme.
    ***
    Dieu scrute et purifie nos intentions et donc l’usage de nos biens. Il nous veut libérés du caractère sacré que nous conférons trop souvent aux biens matériels. Il nous guide et nous donne l’échelle de valeur de nos choix. Il nous met en face de cette échelle des valeurs.
    Les oraisons de la liturgie du 29ème dimanche nous font prier en ce sens : Ne pas nous enfermer dans l’humain : ”Accorde-nous, Seigneur, de te servir à cet autel en toute liberté. Ainsi ta grâce pourra nous purifier dans le mystère que nous célébrons.” (prière sur les offrandes) – Prendre le chemin de Dieu : “ Assure-nous tes bienfaits ici-bas et instruis-nous des richesses de ton Royaume.” (prière après la communion). L’unité de notre vie “En cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur” (prière après le Notre Père).


vendredi 13 octobre 2017

  • Le cardinal Lustiger, une « destinée française »

    Le 5 août 2007 disparaissait le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Dix ans après sa mort, le temps est venu pour les historiens de poser les fondements d’une approche scientifique de son action. C’est l’objet du colloque organisé au Collège des Bernardins jusqu’au 14 octobre. À cette occasion, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire du diocèse de Paris, revient sur l’héritage laissé par le cardinal Lustiger.
    M’inspirant de titres d’Irène Némirovsky[1] ou de Mona Ouzouf[2], j’aimerais dire que le cardinal Lustiger a incarné une « destinée française ».
    Né à Paris de parents fraîchement immigrés, il a su assimiler grâce à l’école l’histoire et la culture françaises, toujours il s’est éprouvé français en sa chair. En lui, comme en beaucoup de Français de son temps issus de l’immigration, cette qualité ne représentait pas tant une identité dans laquelle se couler par mimétisme qu’une capacité formidable d’être un homme tenant sa place dans l’histoire universelle. Ses parents, juifs polonais nourris des idéaux et des idées socialistes du Bund, étaient arrivés en France sans aucune nostalgie à entretenir, tout tournés vers un avenir à s’approprier par le travail des mains et de la raison, par la dignité d’une vie droite et ouverte aux autres, par la détermination à contribuer, à leur échelle, au bien de la communauté humaine dans laquelle ils se trouvaient enfin accueillis en êtres humains tout simplement.
    Sa lecture clandestine de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, a ouvert au jeune Jean-Marie Lustiger un chemin d’appropriation de l’histoire longue de sa famille. Par-delà la mémoire des époques de pogroms et des temps de pauvreté, il s’est découvert appartenir à un peuple chargé d’une mission particulière au profit de l’histoire commune des hommes. Cette découverte, loin de le conduire à se particulariser encore, a plutôt redoublé en lui ce que lui permettait sa qualité de Français : porter l’histoire universelle, mais alors non pas seulement à la mesure des projets que les hommes se donnent mais encore selon la responsabilité que Dieu confie à chaque homme en son œuvre de rédemption et de communion.
    La persécution nazie des Juifs avec les complicités qu’elle a rencontrées dans la société française – et avec les refus et les résistances qu’elle a suscités- l’a atteint en sa chair la plus intime ; elle l’a obligé à tirer de lui un pardon consciemment consenti. Son appropriation si forte de la France, blessée en son cœur, a été revivifiée de l’intérieur par ce pardon.
    Devenu prêtre, il a eu à célébrer la réconciliation offerte à l’humanité et à chacun des hommes par Dieu bafoué et rejeté, et il l’a fait forcément à partir de son expérience propre du pardon donné. Sa nomination comme évêque à Orléans, où il avait été baptisé et où il avait appris la déportation de sa mère, a cristallisé en lui encore l’énergie de ce pardon et en a fait un don singulier pour le bien de l’Église entière et de la société française en particulier. Il a pu en tirer une lucidité singulière devant les courants qui traversent les Français et une liberté intérieure étonnante pour les nommer sans haine et sans complaisance, appelant à reconnaître l’attraction du mal si souvent inaperçue et à recevoir la promesse d’une réconciliation toujours plus haute.
    Au jeune Français qui n’avait pas beaucoup de questions à se poser sur lui-même que j’ai pu être, le cardinal Lustiger a rendu l’immense service de le mettre devant les arêtes du dessein de Dieu. Il occupait un lieu singulier pour regarder et comprendre l’histoire et la culture françaises et à partir de là pour développer une intelligence vraiment spirituelle de l’histoire de l’humanité et des cultures du monde. On peut prolonger ses intuitions pastorales, on peut les infléchir pour les adapter aux défis et aux possibilités d’époques nouvelles et donc différentes. Nul ne peut imiter sa position spirituelle singulière ; on peut en revanche en conserver la mémoire vivante, et on y a tout intérêt pour continuer à annoncer la bonne nouvelle du Christ Jésus comme une parole tranchante et pénétrante.
    + Mgr Eric de Moulins Beaufort, évêque auxiliaire de Paris
    [1] Irène Némirovski, Suite française, Paris, Gallimard, 2006.
    [2] Mona Ouzouf, Composition française, Paris, Gallimard, 2009.


jeudi 12 octobre 2017

  • Démission de Mgr Alain Castet, évêque de Luçon

    Le Pape François, a accepté la démission, de la charge d’évêque de Luçon que lui a présenté Mgr Alain Castet, fonction qu’il occupait depuis 2008.
    Né le 10 mai 1950 à Floirac (Gironde).  Il fut ordonné prêtre le 28 juin 1975 pour le diocèse de Paris, puis nommé évêque de Luçon par le Pape Benoît XVI le 14 avril 2008. Il reçut l’ordination épiscopale et pris possession de son siège en l’église-cathédrale Notre-Dame de l’Assomption à Luçon, le 29 juin 2008.
    Après des études au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux (1968-1975), il fut vicaire de la paroisse Saint-Sulpice (1975-1979) ; aumônier du lycée Saint-Jean-de-Passy (1979-1986) ; vicaire à Notre-Dame-de-Grâce de Passy (1986-1990) ; aumônier du collège La Tour (1986-1992) ; curé de Saint-Antoine de Padoue (1990-1995) ; curé de Saint-Pierre-du-Gros-Caillou (1995-2003) ; doyen du doyenné Orsay-Breteuil (1998-2008) ; curé de Saint-François-Xavier des Missions étrangères de Paris (2003-2008) ; membre du bureau du conseil presbytéral (2006-2008).
    Au sein de la Conférence des évêques de France, Mgr Castet est membre du Conseil pour les mouvements et associations de fidèles.
    Contact presse :
    M. Grégoire Moreau : 06 73 31 77 10 – gregoire.moreau@catho85.org

    Communiqué de Mgr Castet
    Après avoir été éprouvé par des ennuis de santé récurrents, j’ai pris la décision devant Dieu, en accord avec mes conseils médicaux, de présenter au Saint-Père ma renonciation à la charge d’évêque de Luçon. Le pape a bien voulu l’accepter. Cette décision prend effet le jeudi 12 octobre à 12h.
    Je confie chacun et chacune d’entre vous à la bienveillance de Dieu. Je garde la ferme certitude qu’Il accompagnera notre Eglise, lui donnant de rester fidèle à sa grande tradition de générosité apostolique.
    Je ne doute pas que vous demeurerez en communion avec celui que le Saint-Père me donnera comme successeur.
    Priez pour moi comme je prie pour vous.
    + Alain Castet
    Evêque émérite de Luçon


mardi 10 octobre 2017

  • « Il n’existe pas un seul célibat mais des célibats » Mgr Hervé Gosselin

    Monseigneur Hervé Gosselin, évêque du diocèse d’Angoulême est l’ancien responsable du Foyer de Tressaint, un lieu où les retraites spirituelles s’adressent à tous les états de vie (célibataires, couples, prêtres, religieux ou consacrés). Il a dirigé et rédigé l’édito de la nouvelle édition du Documents épiscopat consacré aux célibataires.
    L’intitulé de la revue a choisi de mettre les termes de : « célibats » et « célibataires » au pluriel. Pourquoi ce choix ?
    Il n’existe pas un seul célibat mais des célibats. Cela correspond aujourd’hui à des formes de vie, car le célibat peut être plus ou moins heureux, équilibré ou ouvert. Les articles étayent d’ailleurs ce célibat non choisi, celui qui n’est pas consacré.
    Vous employez les mots de « laissés pour compte » pour décrire les célibataires.  C’est un terme fort…
    Les célibataires ont l’impression d’être « laissés pour compte » car, ils vivent leur vie par défaut. C’est l’image qu’ils perçoivent d’eux-mêmes et que leur renvoient la société. Ne pas être marié à 35-40 ans suscite des questions de l’entourage. On pense que l’autre a un problème. Nous avons du mal à accueillir le fait qu’une personne vive seule. Lorsque celle-ci souligne que ce n’est pas son choix, ça devient encore plus énigmatique. Les célibataires ont besoin d’être réhabilités au sein du groupe. Nous avons du mal à trouver du sens au célibat même si nous connaissons tous des personnes très épanouies, qui trouvent leur place dans la société, ou à travers des engagements d’église.
    La réflexion sur la famille a été abordée lors des synodes d’octobre 2014 et octobre 2015. Qu’est-ce qui a déclenché ce questionnement des célibataires vivants seuls ?
    Amoris Laetitia n’aborde pas la question des célibataires. Certes, l’Église est un peu pauvre sur le sujet mais cela ne signifie pas pour autant que le Pape François ne traitera jamais ce thème. C’est un vrai sujet à part entière. Il faut prendre compte ces personnes qui ont leur place au sein de la communauté chrétienne. Elles méritent une véritable attention.
    Quelles actions l’Église peut-elle mener pour pallier ce manque ?
    La dimension spirituelle me parait capitale. L’Église peut mener une réflexion, proposer un accompagnement et engager des propositions pour les frères et sœurs célibataires. Les paroisses, les diocèses et autres mouvements d’églises qui organisent déjà des week-ends entre célibataires peuvent continuer de favoriser la rencontre. Ces groupes permettent de réfléchir à l’avenir de la parole de Dieu. En parallèle, il faut inciter les célibataires à sortir de chez eux pour rencontrer quelqu’un et construire un couple. De nombreux couples se sont rencontrés, par exemple, aux Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ).
    La revue met l’accent sur le ressentiment douloureux que représente le célibat à travers diverses frustrations : affectives, économiques et sociales et familiales.  En quoi cela peut-il représenter une réelle souffrance ?
    Vivre célibataire toute sa vie revient à traverser les étapes du deuil. On traverse des phases : espoir, révolte, dépression. On est obligés de respecter ces moments et parfois de renoncer à son idéal de vie. Certes, il y a de nombreuses frustrations et aussi de la souffrance. Mais, j’ai envie de dire qu’il y a aussi des pointes positives dans le célibat. L’expérience du célibat peut être formatrice humainement. Il serait intéressant d’entendre des témoignages positifs de célibataires aujourd’hui mariés qui ont traversé cette période difficile mais qui sont désormais heureux.
    La conclusion met en exergue les verbes « accepter », « prendre soin » et « inviter ». En quoi ces trois verbes peuvent-ils réconforter les célibataires ?
    Il faut accepter la réalité. Les célibataires doivent se centrer sur la vie d’aujourd’hui en sachant que les choses peuvent changer demain. Ce n’est pas parce qu’on a l’impression d’être « laissés pour compte » que la vie ne peut pas être vécue à 100 %.  Le verbe « inviter » permet à l’Église d’approfondir ce sujet. Le monde chrétien n’est pas composé que de personnes mariés ou de religieux, il y a aussi les célibataires. Ils peuvent vivre l’amour de manière différente en consentant que cela ne soit pas un état de vie clairement identifié. On sait bien que nous sommes tous de passage ; ce qui compte, c’est le don de soi. C’est pour cette raison que je souhaite citer Saint-Augustin : « Aimes et fais ce que tu veux ».

    CÉLIBATS, CÉLIBATAIRES
    QUELLES PERSPECTIVES EN ÉGLISE ?
    36 pages – 5 €
    Auteur : Claire Lesegretain
    La parole d’Église sur le célibat est pauvre, voire inexistante. Ce document présente une réflexion positive sur cet état de vie et distingue la vocation que Dieu adresse à chaque baptisé. Des éléments d’analyse et des pistes de recherche esquissent ici des propositions pouvant aider à accueillir le célibat dans le monde, comme une authentique vocation bénie de Dieu… Car la Bonne Nouvelle de l’Évangile est aussi pour les célibataires !


lundi 9 octobre 2017

  • Commentaires du dimanche 15 octobre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 15 octobre 2017
    28éme dimanche du Temps Ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre d’Isaïe 25, 6-10a
    6 Le SEIGNEUR de l’univers,
    préparera pour tous les peuples, sur sa montagne,
    un festin de viandes grasses et de vins capiteux,
    un festin de viandes succulentes et de vins décantés.
    7 Sur cette montagne, il fera disparaître
    le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples
    et le linceul qui couvre toutes les nations.
    8 Il fera disparaître la mort pour toujours.
    Le SEIGNEUR Dieu essuiera les larmes sur tous les visages,
    et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple.
    Le SEIGNEUR a parlé.
    9 Et ce jour-là, on dira :
    « Voici notre Dieu,
    en lui nous espérions, et il nous a sauvés ;
    c’est lui le SEIGNEUR, en lui nous espérions ;
    exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »
    10 Car la main du SEIGNEUR reposera sur cette montagne.

    Un festin pour tous les peuples
    Un festin : c’est l’image que le prophète Isaïe a choisie pour décrire l’aboutissement du projet de Dieu. Ce projet, nous le savons bien, c’est une humanité enfin unie, enfin pacifiée : s’asseoir à la même table, partager le même repas, faire la fête ensemble, c’est bien une image de paix. « Le SEIGNEUR de l’univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ».
    Bien sûr, cette évocation est d’ordre poétique, symbolique : Isaïe ne cherche pas à décrire de façon réaliste ce qui se passera concrètement. Il veut nous dire « finies les guerres, les souffrances, les injustices », et il écrit « tous les peuples seront à la fête ». Et si ce chapitre a été écrit, comme on le croit, pendant ou après l’Exil à Babylone, on comprend que le rêve de fête se traduise par des images d’opulence.
    On ne sait pas exactement quand ce texte a pu être écrit, mais il est clair que c’est dans une période difficile ! Si le prophète juge utile de proclamer « En ce jour-là, on dira « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés », il faut se dire qu’il cherche à remonter le moral de ses compatriotes ! Et il faut traduire : « Allez mes frères, dites-vous que dans quelque temps, vous ne regretterez pas d’avoir fait confiance… et je vais vous dire la fin de l’histoire : nous marchons lentement mais sûrement vers le jour de la paix définitive ; vous allez pouvoir redresser la tête ».
    Je note que les promesses du salut ne sont pas réservées au seul peuple d’Israël : le festin préparé sur la montagne est pour tous les peuples : « Le SEIGNEUR de l’univers, préparera pour tous les peuples sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples. » Cette prise de conscience de l’universalisme du projet de Dieu a été tardive en Israël, mais ici c’est très clair.
    C’est lui qui l’a promis
    Et la seule vraie bonne raison d’y croire, c’est qu’il s’agit d’une promesse de Dieu : « Le SEIGNEUR a parlé », dit Isaïe. La voilà la phrase centrale du texte, pour le prophète, celle qui justifie son optimisme à toute épreuve. Le prophète est quelqu’un qui sait, qui a expérimenté l’oeuvre incessante de Dieu pour libérer son peuple. On ne peut pas être prophète (ou simplement témoin de la foi) si on n’a pas, d’une manière ou d’une autre, fait l’expérience personnelle ou collective de l’oeuvre de Dieu.
    Or le peuple d’Israël prend bien soin de ressourcer perpétuellement sa foi dans la mémoire de l’oeuvre de Dieu. Et c’est parce qu’il ne l’oublie jamais qu’il peut traverser les heures d’épreuve. Comme Dieu a libéré son peuple des chaînes de l’Egypte, il continue au long des siècles à le libérer ; or les pires chaînes de l’homme, c’est l’incapacité à vivre en paix, à pratiquer la justice, à demeurer dans l’Alliance de Dieu. Si Dieu pousse son oeuvre jusqu’au bout (et Isaïe ne doute pas qu’il le fera), viendra le jour où tous les peuples vivront en paix et dans la fidélité à l’Alliance. Car c’est lui (le SEIGNEUR) qui l’a promis.
    Il fera disparaître la mort pour toujours
    Reste une phrase difficile : « Il fera disparaître la mort pour toujours » ; difficile… précisément parce qu’elle semble trop claire ! « Il fera disparaître la mort pour toujours » : quand nous lisons cette phrase aujourd’hui, nous sommes tentés de la lire à la lumière de notre foi chrétienne d’aujourd’hui et donc de prêter au prophète des pensées qui n’étaient pas les siennes. Dieu seul sait, évidemment, ce qu’Isaïe avait dans la tête, mais très certainement ce n’est pas encore ici une affirmation de la Résurrection au sens chrétien du terme ; le peuple d’Israël a peu à peu découvert, dès avant le Christ, la foi en la résurrection de la chair, mais très tardivement, bien après que le livre d’Isaïe ait été définitivement mis par écrit.
    De quelle mort parle Isaïe ? Parle-t-il de mort physique ou de mort spirituelle ? De mort individuelle ou de mort collective, c’est-à-dire la disparition du peuple d’Israël ?
    Pour l’homme de la Bible, la mort biologique individuelle fait partie de l’horizon ; elle est prévue, inéluctable, mais pas triste quand elle intervient normalement au soir d’une longue vie comblée. Pour l’individu, la seule mort que l’on craint c’est la disparition prématurée d’êtres jeunes ou la mort brutale, à la guerre par exemple. Isaïe évoque peut-être cela ici. Cela voudrait dire alors : il n’y aura plus jamais de mort brutale ou de mort prématurée. Le troisième Isaïe dit exactement cela.
    Peut-être pense-t-il également à la mort spirituelle, car, parfois dans la Bible, on parle de mort et de vie dans un sens qui n’est pas biologique : pour le croyant de cette époque-là, vivre pleinement, c’est vivre sur la terre en Alliance avec Dieu (aujourd’hui on dirait en communion avec Dieu). Et ce qui est appelé mort, c’est la rupture d’Alliance avec Dieu. Et donc, ce qu’Isaïe entrevoit, c’est le Jour où on vivra en paix avec Dieu et avec soi-même ; les forces de mort seront détruites, la haine, l’injustice, la guerre.
    Troisième hypothèse, peut-être Isaïe, ici, ne parle-t-il pas d’abord des individus, il parle du peuple dont la déchéance présente ressemble à une mort programmée. Grâce à sa foi dans les promesses de Dieu, Isaïe sait que ce peuple renaîtra.
    Depuis la Résurrection du Christ, en tout cas, la mort biologique a changé de visage. Il ne nous est pas interdit de penser : « Isaïe ne croyait pas si bien dire ! »
    —————————-
    Compléments à Isaïe 25
    – Ce texte fait partie de ce qu’on appelle « L’Apocalypse d’Isaïe » (chap. 24-27). Quatre chapitres qui sont comme une vision de la fin du monde. Par avance, le prophète nous « dévoile » (c’est le sens du mot Apocalypse) les événements de la fin de l’histoire. D’ailleurs le chapitre 25, dont est tiré le passage d’aujourd’hui commence par une action de grâce : « SEIGNEUR, tu es mon Dieu, je t’exalte et je célèbre ton Nom, car tu as réalisé des projets merveilleux, conçus depuis longtemps, constants et immuables (25, 1). Là, le prophète parle au passé, comme si nous étions déjà parvenus à la fin de l’histoire et, comme s’il se retournait en arrière, il dit « Tu as réalisé des projets merveilleux, conçus depuis longtemps, constants et immuables ».
    – « Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples » (verset 7) : le voile qui est traduit ici « voile de deuil » pourrait se traduire également le « voile d’ignorance » (celui qui empêche de voir et de comprendre). cf Is 29, 10-12 ; 2 Co 3, 12-18.
    – « Sur sa montagne » : l’expression désigne Jérusalem. Puisqu’il n’entrevoit pas encore d’horizon autre que terrestre, on ne s’étonne pas qu’Isaïe situe l’avenir à Jérusalem, puisque c’est le lieu de la Présence de Dieu au milieu de son peuple.

    PSAUME – 22 (23)
    1 Le SEIGNEUR est mon berger :
    je ne manque de rien.
    2 Sur des prés d’herbe fraîche,
    il me fait reposer.
    Il me mène vers les eaux tranquilles
    3 et me fait revivre ;
    il me conduit par le juste chemin
    pour l’honneur de son nom.
    4 Si je traverse les ravins de la mort,
    je ne crains aucun mal,
    car tu es avec moi,
    ton bâton me guide et me rassure.
    5 Tu prépares la table pour moi
    devant mes ennemis ;
    tu répands le parfum sur ma tête,
    ma coupe est débordante.
    6 Grâce et bonheur m’accompagnent
    tous les jours de ma vie ;
    j’habiterai la maison du SEIGNEUR
    pour la durée de mes jours.

    Le SEIGNEUR est mon berger
    Ce psaume 22/23 (que nous connaissons bien pour avoir chanté « Le SEIGNEUR est mon berger, rien ne saurait me manquer »), ce psaume a un petit air bucolique tout à fait trompeur ! En fait, en quelques lignes seulement, puisque nous venons de l’entendre en entier, il aborde tous les aspects de notre vie ; contrairement aux apparences, il ne s’agit pas du tout d’une promenade champêtre ; il s’agit de la vie et de la mort ; de la peur des ennemis et de la foi en Dieu plus forte que toutes les menaces. Et il est très suggestif d’entendre ce psaume, en écho à la première lecture de ce vingt-huitième dimanche, première lecture tirée du livre d’Isaïe.
    Ce psaume ne parle que de la vie dans l’Alliance avec Dieu, et nous avons vu avec Isaïe que seule cette vie mérite le nom de « Vie » ; toute situation de rupture avec Dieu s’appelle « Mort » quand on est croyant.
    J’habiterai la Maison du SEIGNEUR
    La Maison du Seigneur, c’est le Temple de Jérusalem. Une seule catégorie de personnes pouvait dire en vérité : « J’habiterai la Maison du SEIGNEUR tous les jours de ma vie », c’étaient les lévites.
    Vous connaissez l’institution des lévites ; d’après le livre de la Genèse, Lévi est l’un des douze fils de Jacob, ces douze fils qui ont donné leurs noms aux douze tribus d’Israël ; mais la tribu de Lévi a depuis le début une place à part : au moment du partage de la terre promise entre les tribus, cette tribu n’a pas eu de territoire, pour être entièrement vouée au service du culte. On dit que c’est Dieu lui-même qui est leur héritage.
    Les lévites vivaient dispersés dans les villes des autres tribus, vivant des dîmes qui leur étaient versées et ils montaient chaque année à Jérusalem pour y assurer leur service à tour de rôle. A Jérusalem, ils étaient consacrés au service du Temple et le gardaient nuit et jour.
    Ce psaume évoque donc la joie qui habite le lévite dont la vie tout entière est consacrée à Dieu : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du SEIGNEUR pour la durée de mes jours ». Mais, en réalité, si on parle du lévite, c’est pour mieux exprimer l’expérience du peuple tout entier.
    Le peuple d’Israël comme un lévite
    Comme le lévite a un sort particulier au sein du peuple d’Israël, de la même manière, Israël a un sort particulier au milieu des nations. C’est le mystère du choix de Dieu qui a élu ce peuple précis, sans autre raison apparente que sa souveraine liberté : chaque génération s’émerveille à son tour de ce choix, de cette Alliance proposée. Vous connaissez cette phrase du Deutéronome : « Interroge donc les jours du début, ceux d’avant toi, depuis le jour où Dieu créa l’humanité sur terre, interroge d’un bout à l’autre du monde ; est-il rien arrivé d’aussi grand ? A-t-on rien entendu de pareil ?… A toi, il t’a été donné de voir… » (Dt 4, 32).
    A ce peuple choisi librement par Dieu, il a été donné d’entrer le premier dans l’intimité de Dieu, bien sûr pas pour en jouir égoïstement, mais pour ouvrir la porte aux autres. En définitive, comme Isaïe nous l’a rappelé, c’est l’humanité tout entière qui entrera dans l’intimité de Dieu. Nous le lisons dans la première lecture de ce dimanche : le festin sur la montagne de Dieu est préparé pour tous les peuples.
    Ce festin dont parle Isaïe, on en avait déjà un avant-goût dans les repas de communion qui suivaient les sacrifices d’action de grâce au temple de Jérusalem : ce repas prenait les allures d’une joyeuse festivité entre amis avec une « coupe débordante » dans l’odeur des « parfums » (v. 5) : « Tu prépares la table pour moi… Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante ».
    Le peuple d’Israël comme une brebis
    Il reste que, pour l’instant, historiquement, quand on chante ce psaume au Temple de Jérusalem, ce n’est encore qu’un avant-goût du bonheur promis pour la fin des temps. Il faut encore affronter bien des épreuves. Au sein de ces épreuves, il n’y a pas d’autre refuge que la confiance. Alors, on recourt à une autre image : Israël est comparé à une brebis : son berger c’est Dieu ; on retrouve là un thème habituel dans la Bible : dans le langage de cour du Proche-Orient, les rois étaient couramment appelés les bergers du peuple ; le prophète Ezéchiel a repris cette image : il parlait des « bergers » d’Israël, et tout le monde comprenait qu’il s’agissait des rois.
    Or, depuis les rois Saül et David, le peuple a eu de multiples bergers dont bien peu ont été de bons bergers selon les vues de Dieu. Lui seul mérite vraiment le nom de berger attentif aux besoins véritables de son troupeau : « Le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles », là où rien ne manque.
    Au milieu des difficultés du monde
    Même quand il « traverse les ravins de la mort », comme dit le psaume, le peuple d’Israël sait que le Seigneur, comme un berger, le « mène vers des eaux tranquilles et le fait revivre ». Car il y a bien d’autres dangers sur le long chemin de l’histoire, ce sont les multiples ennemis… mais quoi qu’il arrive, il ne craint rien. Dieu est avec lui : « Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure… tu prépares la table pour moi devant mes ennemis » (v. 5).
    Cette tranquille assurance du croyant s’appuie sur toute son expérience de la sollicitude de Dieu pour son peuple depuis tant de siècles. Les jours de découragement, il répète les paroles d’Isaïe : « Ce jour-là (sous-entendu à la fin des temps) on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés » (Is 25, 9).
    —————————
    Note sur Psaume 22/23
    – Les lévites : Un des modèles de vie en communion avec Dieu, dans l’Ancien Testament, c’était le lévite. On disait que c’est Dieu lui-même qui est leur héritage : image que nous connaissons bien car elle a été reprise dans un autre psaume : « Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage ! » (Ps 15/16).
    Nous connaissons mieux, peut-être, le psaume 15/16 sous la forme qu’il a prise dans un negro spiritual : « Tu es, Seigneur, le lot de mon coeur, tu es mon héritage : en toi, Seigneur, j’ai mis mon bonheur, toi mon seul partage ».

    DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens 4, 12-14. 19-20
    Frères,
    12 je sais vivre de peu,
    je sais aussi être dans l’abondance.
    J’ai été formé à tout et pour tout :
    à être rassasié et à souffrir la faim,
    à être dans l’abondance et dans les privations.
    13 Je peux tout
    en celui qui me donne la force.
    14 Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires
    quand j’étais dans la gêne.
    19 Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse,
    magnifiquement,
    dans le Christ Jésus.
    20 Gloire à Dieu notre Père
    pour les siècles des siècles. Amen.

    Paul et les problèmes d’argent
    C’est depuis sa prison, probablement à Ephèse, dans les années 50, que Paul écrit aux Chrétiens de Philippes ; ils viennent de lui envoyer une aide financière par l’intermédiaire d’un certain Epaphrodite ; et Paul les en remercie ; cela nous vaut une superbe réflexion sur l’usage des biens de ce monde : « Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance… être rassasié et souffrir la faim, être dans l’abondance et dans les privations… » Et Paul parle d’expérience puisqu’il ajoute : « J’ai été formé à tout et pour tout ». Et il fait même allusion à un vrai problème d’argent : « Vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne ».
    Il y a là une leçon de liberté par rapport aux biens matériels. Ce n’est pas de la philosophie, ce n’est pas du stoïcisme, puisqu’il ajoute « Je peux tout en celui qui me donne la force (sous-entendu le Christ) ».
    En même temps, Paul n’a ni fausse honte pour accepter une aide bienvenue, ni fausse pudeur pour parler d’argent. La vraie liberté par rapport à l’argent ne consiste pas à faire semblant de ne pas en avoir besoin ou envie ; il serait indécent vis-à-vis de tous les pauvres de la terre d’afficher de l’indifférence pour les biens matériels, quand on a la chance de ne pas en manquer.
    Si on regarde bien, la Bible propose tout un enseignement sur l’usage des richesses. On peut retenir trois points principaux : Premièrement, les richesses sont une chance, elles méritent bien leur nom de « richesses ». Deuxièmement, elles peuvent aussi devenir un risque, une « pauvreté ». Troisièmement, contrairement aux apparences, nous ne sommes pas propriétaires de nos richesses, nous en sommes intendants.
    Les richesses sont une chance
    Premièrement, les richesses sont une chance, elles méritent bien leur nom de « richesses ». Aucun auteur biblique n’a jamais dit que les richesses étaient mauvaises en elles-mêmes : bien au contraire puisque la prospérité est reconnue comme un don de Dieu. Comme le dit Qohélet (l’Ecclésiaste) : « Si Dieu donne à quelqu’un biens et richesses avec pouvoir d’en profiter, d’en prendre sa part et de jouir ainsi de son travail, c’est là un don de Dieu » (Qo 5,18).
    Les richesses sont aussi un risque
    Deuxièmement, elles peuvent aussi devenir un risque, une « pauvreté »… et cela de deux manières : d’abord la richesse amassée pour elle-même devient un esclavage. « Nul ne peut avoir deux maîtres », on le sait bien. Et si la Bible fustige ceux qui accumulent des biens matériels, c’est d’abord parce qu’ils y perdent leur liberté. Par exemple, le livre du Deutéronome dit du roi : « Qu’il n’aille pas multiplier le nombre de ses chevaux… Son argent et son or, qu’il ne les multiplie pas à l’excès ! » (Dt 17, 16-17). C’est Salomon qui est visé, lui, dont le livre des Rois racontait : « À Jérusalem, le roi fit abonder l’argent autant que les pierres, et les cèdres autant que les sycomores dans le Bas-Pays. » (1 Rois 10,27). On trouve chez tous les prophètes une croisade contre l’accumulation des richesses quand elles deviennent un but en elles-mêmes.
    D’autre part, la richesse accumulée par les uns engendre la pauvreté des autres et cela on le sait bien. Il suffit de lire les diatribes du prophète Amos par exemple : « Ecoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays… » (Am 8,4) ou celles d’Isaïe : « Malheureux, vous qui ajoutez maison à maison, qui joignez champ à champ, jusqu’à occuper toute la place et habiter, seuls, au milieu du pays ! » (Is 5, 8).
    Nous sommes seulement des intendants
    Enfin, troisièmement, contrairement aux apparences, nous ne sommes pas propriétaires de nos richesses, nous en sommes intendants pour nous-mêmes et pour les autres. C’est le sens du geste d’offrande que nous faisons à chaque célébration de l’Eucharistie : nous apportons le pain et le vin qui symbolisent toutes les richesses de la terre et tout le travail humain : nous ne les donnons pas à Dieu… au contraire, nous reconnaissons qu’ils lui appartiennent déjà et qu’il nous les a confiés pour le bonheur de tous les hommes : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes… » Peu à peu, ce geste répété nous fait entrevoir le mystère du plan de Dieu : ces biens reconnus comme ne nous appartenant pas, nous pourrons les partager et c’est ainsi que pourra s’instaurer le royaume de justice.
    Dans la Lettre à Timothée, Paul fait en quelque sorte la synthèse de tout cet enseignement biblique : « Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie. (1 Tm 6,17-19).
    Au fond, il nous est simplement demandé d’être des serviteurs fidèles et sensés, comme dit Saint Matthieu : « Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Amen, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. » (Mt 24, 45).
    —————————
    Compléments
    – On trouve chez tous les prophètes une croisade contre l’accumulation des richesses, par exemple Zacharie : « Tyr s’est construit une forteresse, elle a accumulé de l’argent, épais comme la poussière et de l’or comme la boue des rues, mais voici que le Seigneur s’en emparera, il abattra son rempart dans la mer, et elle-même, le feu la dévorera » (Za 9, 3-4).
    – « Ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins, pour qu’un jour ce qu’ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins » : peut-être est-ce cela que Jésus appelle « se faire des amis avec les richesses d’iniquité » ? Vous connaissez sa fameuse phrase : « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur pour qu’une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (Luc 16, 9).
    – Enfin Saint Paul lui-même précise bien qu’il nous est demandé de partager, mais non pas de nous ruiner ! Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, il écrit : « Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, mais de rétablir l’égalité. En cette occasion, ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins, pour qu’un jour ce qu’ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins : cela fera l’égalité » (2 Co 8, 13-14).

    EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 1-14
    En ce temps-là,
    1 Jésus se mit de nouveau à parler
    aux grands prêtres et aux pharisiens,
    et il leur dit en paraboles :
    2 « Le royaume des Cieux est comparable
    à un roi qui célébra les noces de son fils.
    3 Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités,
    mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
    4 Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités :
    ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet,
    mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ;
    tout est prêt : venez à la noce.’
    5 Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent,
    l’un à son champ, l’autre à son commerce ;
    6 les autres empoignèrent les serviteurs,
    les maltraitèrent et les tuèrent.
    7 Le roi se mit en colère,
    il envoya ses troupes,
    fit périr les meurtriers
    et incendia leur ville.
    8 Alors il dit à ses serviteurs :
    ‘Le repas de noce est prêt,
    mais les invités n’en étaient pas dignes.
    9 Allez donc aux croisées des chemins :
    tous ceux que vous trouverez,
    invitez-les à la noce.’
    10 Les serviteurs allèrent sur les chemins,
    rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent,
    les mauvais comme les bons,
    et la salle de noce fut remplie de convives.
    11 Le roi entra pour examiner les convives,
    et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.
    12 Il lui dit :
    ‘Mon ami, comment es-tu entré ici,
    sans avoir le vêtement de noce ?’
    L’autre garda le silence.
    13 Alors le roi dit aux serviteurs :
    ‘Jetez-le, pieds et poings liés,
    dans les ténèbres du dehors ;
    là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’
    14 Car beaucoup sont appelés,
    mais peu sont élus. »

    Voici deux paraboles qui se suivent et ne se ressemblent pas ! Celle de l’invitation au repas de noce et celle du renvoi de l’homme qui ne portait pas la robe de noce. Certains pensent que ces deux paraboles n’étaient pas liées à l’origine : il serait contradictoire d’exiger une tenue de cérémonie de quelqu’un qu’on a ramassé sur la route ; mais si Matthieu les juxtapose volontairement c’est qu’il y a un enseignement à tirer de ce rapprochement. Prenons-les l’une après l’autre.
    L’Alliance entre Dieu et l’humanité ressemble à des noces
    « Un roi célébrait les noces de son fils »… et ce n’est pas n’importe quel roi, puisque, d’entrée de jeu, nous sommes prévenus, il s’agit du « Royaume des cieux » : cette seule expression nous suggère donc irrésistiblement qu’il s’agit de l’Alliance entre Dieu et l’humanité, Alliance qui s’accomplit en Jésus-Christ ; lui-même dans les évangiles se présente comme l’époux. Et d’ailleurs le mot « noce » revient sept fois dans cette parabole.
    Cette symbolique des noces n’est pas très habituelle dans notre langage chrétien aujourd’hui et pourtant c’est dans ces termes-là que les textes tardifs de la Bible parlent du projet de Dieu sur l’humanité. Depuis les dernières prophéties d’Isaïe jusqu’à l’Apocalypse, en passant par le Cantique des Cantiques, et les livres de Sagesse, pour n’en citer que quelques-uns, l’amour de Dieu pour l’humanité est décrit en termes d’amour conjugal. Et c’est bien pour cela que Saint Paul dit que le mariage est « la meilleure image de la relation de Dieu avec l’humanité ».
    Le peuple juif premier invité
    Mais dans l’Ancien Testament, il était clair que cette annonce et l’accomplissement du salut universel de l’humanité passaient par Israël ; le peuple élu était en mission pour toute l’humanité ; c’est dans ce sens qu’on a appris à lire la phrase de Dieu à Abraham « en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3). Pour reprendre la comparaison de la noce, on dira que les Juifs étaient les premiers invités à la noce ; et le maître comptait sur eux pour élargir ensuite l’invitation et faire entrer derrière eux toute l’humanité.
    Mais on sait la suite : la grande majorité des Juifs a refusé de reconnaître en Jésus le Messie. Dans la parabole, ils sont représentés par ces invités qui refusent de venir à la noce et vont jusqu’à maltraiter les serviteurs qui venaient les chercher. Que va-t-il se passer ? Dans la parabole, les serviteurs remplissent la salle de convives invités à la dernière minute. Dans la lettre aux Romains, Paul commente en disant que ce refus d’Israël, non seulement ne va pas faire obstacle à la noce, mais va même favoriser l’entrée de tous les peuples dans la salle du festin. « Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives ».
    La robe de noces
    Passons à la deuxième parabole : un homme, invité de la dernière heure, entre sans habit de noce ; il est bien incapable de répondre à la question « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? » Alors il est chassé. Cela ne signifie certainement pas qu’il lui fallait satisfaire à une exigence de comportement, que le vêtement de noce pourrait symboliser un mérite quelconque… Dès qu’on parle de « mérite » on dénature la grâce de Dieu, qui, par définition, est gratuite ! Avec Dieu, il n’y a pas de conditions à remplir. La première parabole dit bien que tous ont pu rentrer, les mauvais comme les bons.
    Alors, que peut signifier cette deuxième parabole ? Regardons la multitude qui entre dans la salle du festin des noces. Bons ou mauvais, tous ont été invités, tous ont accepté et ont revêtu la robe de fête : ils ont su accepter l’invitation imprévue et s’y sont préparés. Un seul n’a pas jugé utile de le faire : il n’a pas su apprécier l’aubaine de cette proposition inespérée et l’accueillir avec reconnaissance. A la question « comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? », il aurait suffi d’un mot d’excuse ou de regret, mais il garde le silence. Ne pas se préparer pour un banquet, c’est s’en moquer et mépriser celui qui nous invite. Au fond, tout comme les premiers invités, il a péché par indifférence ou par suffisance. Conclusion : la première vertu qui nous est demandée, c’est l’humilité.
    ———————————-
    Complément
    – Les premiers invités ayant décliné l’invitation, ce sont d’autres qui sont entrés : historiquement, c’est ce qui s’est passé : dans les Actes des Apôtres, on voit se répéter plusieurs fois le même scénario : chaque fois qu’il aborde une nouvelle ville, Paul se rend d’abord à la synagogue et commence par annoncer aux Juifs que Jésus est le Messie attendu ; certains le croient et deviennent chrétiens ; mais quand le succès de Paul commence à sortir des limites de la synagogue, et que des païens deviennent chrétiens à leur tour, ceux des Juifs qui ne se sont pas laissé convaincre prennent peur et chassent Paul. C’est exactement ce qui s’est passé à Antioche de Pisidie : « C’est à vous d’abord que devait être adressée la Parole de Dieu ! Puisque vous la repoussez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, alors nous nous tournons vers les païens. » (Ac 13, 46).
    A Iconium, à Thessalonique, il s’est passé la même chose (Ac 14, 1) ; et c’est parce que les apôtres étaient chassés de ville en ville que l’Evangile s’est répandu de ville en ville. Une des leçons de la première parabole est alors que le refus d’Israël ne fait pas définitivement obstacle au projet de Dieu. De la même manière que les prostituées et les publicains ont pris la place des autorités religieuses du temps de Jésus, de la même manière, quelques années plus tard, au moment où Matthieu écrivait son Evangile, les païens sont entrés en masse dans l’Eglise grâce au refus des Juifs. D’un mal Dieu fait toujours sortir un bien.
    – La robe de noce : autre interprétation possible : dans le vocabulaire du Nouveau Testament, on le sait, cette robe nuptiale, c’est celle des baptisés ; nous savons bien que ce que nous appelons aujourd’hui une « robe de baptême » est en réalité une « robe de mariée » ! La deuxième parabole concernerait donc les baptisés : ce sont eux qui sont entrés dans la salle des noces. Mais l’habit ne fait pas le moine, on le sait. Ce que Jésus rappellerait ici, ce sont les exigences qui découlent de notre Baptême. Comme il le dit lui-même « Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur ! qu’on entrera dans le Royaume des cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7, 21).


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