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mercredi 21 février 2018

  • « Votre mission est unique et nécessaire » – Déclaration du Conseil permanent aux agriculteurs

    Comme en 2016, une délégation d’évêques se rendra au Salon International de l’Agriculture de février 2018. Témoins à la fois de la passion avec laquelle les agriculteurs exercent leur métier et des difficultés auxquelles ils sont confrontés, les évêques veulent ainsi leur manifester leur proximité, leur attention et leur soutien.
    Nous savons que la crise agricole que vous traversez est toujours là, profonde, complexe et multiforme. Beaucoup parmi vous souffrent et s’inquiètent pour leur avenir. Face à cette réalité, nous ne pouvons pas nous satisfaire des approches et des discours marqués par la situation de l’après-guerre et les années de forte croissance économique et d’amélioration des conditions de vie qui l’ont suivie. Aujourd’hui, nous mesurons à quel point les temps ont changé. Notre rapport au monde, au travail, à l’économie, à la technologie, à la terre, à la création soulève bien des questions et nous met devant de nouveaux défis, dont celui du respect de l’environnement, que nous sommes appelés à relever tous ensemble.
    Ces défis dépassent votre seule profession : ils nous concernent tous et ils ont une dimension internationale. Ils nous interrogent notamment sur la société que nous voulons pour aujourd’hui et pour demain. Ils nous conduisent aussi à questionner les processus économiques tant mondiaux que locaux, pour que soit mieux pris en compte tout ce qui touche à la sauvegarde de notre maison commune et à son avenir. Et nous ne voulons pas ignorer vos solitudes et vos inquiétudes devant ces défis universels.
    Mais alors, quelle agriculture voulons-nous pour demain ? Quels changements et conversions devons-nous opérer dans nos modes de vie ?
    Nous ne pouvons pas nous résigner à un avenir incertain pour l’agriculture.  Voilà pourquoi, comme pasteurs de l’Église catholique, nous voulons vous adresser un message de soutien.
    Nous croyons qu’il est vital que le travail agricole soit reconnu par l’ensemble de la société. Cette reconnaissance doit passer par une juste rémunération de votre travail, ce qui, hélas, n’est pas le cas dans bon nombre de filières. Votre travail permet de produire ces aliments dont nous avons tous besoin pour vivre. L’agriculture doit garder sa noble mission : offrir une nourriture de qualité, la plus accessible à tous, et contribuer à l’entretien des espaces ruraux auxquels nous sommes tant attachés.
    La terre avec son sol vivant est la matière principale de votre métier ; c’est elle que vous travaillez. C’est d’elle que dépend notre pain quotidien. Aussi est-il vital de prendre soin de cette terre, de la protéger, comme le pape François nous y invite dans son Encyclique Laudato si’. Cultivons « cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement », parlons « le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde », ne soyons pas le « dominateur, consommateur ou pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats » (Laudato si’, n° 11).
    La capacité à s’émerveiller devant la Création est le terreau de la conversion écologique attendue par beaucoup. Par votre métier, vous savez que cet étonnement et cet émerveillement se cultivent au quotidien. Vous êtes porteurs d’un savoir-faire unique que vous devez développer et transmettre.  C’est ainsi que notre terre pourra continuer à procurer à tous le pain quotidien sans être abimée et dégradée.Nous souhaitons que toute notre société prenne vraiment les moyens de vous écouter, de recueillir les fruits de votre savoir-faire et devienne ainsi toujours plus soucieuse d’une écologie intégrale.
    Car la crise socio-environnementale que nous affrontons « requiert une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus, et simultanément pour préserver la nature » (Laudato si’, n° 139).Nous sommes témoins qu’au milieu des changements, souvent sources d’inquiétude, se développent de nombreuses initiatives créatrices et innovantes, pour produire dans le respect de l’environnement et la recherche d’une qualité croissante, pour progresser dans les domaines de la coopération et de la mutualisation des moyens. Nous encourageons et soutenons toutes ces initiatives.
    Dans l’histoire, votre professionnalisme et votre amour de la terre ont témoigné de votre capacité à vivre des transitions, à surmonter bien des obstacles. Face à l’ampleur des défis d’aujourd’hui et à la lumière de la Foi, nous vous redisons notre confiance, notre solidarité et notre soutien. Nous appelons la société entière à œuvrer pour une meilleure reconnaissance de votre travail, de votre mission unique et nécessaire.
    Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France
    Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, président de la CEF
    Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF
    Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF
    Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris
    Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois
    Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez
    Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise
    Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux
    Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun
    Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers


  • Salon de l’agriculture 2018 : visite d’une délégation d’évêques

    Comme en 2016, une délégation d’évêques se rendra au Salon International de l’Agriculture de février 2018. Témoins à la fois de la passion avec laquelle les agriculteurs exercent leur métier et des difficultés auxquelles ils sont confrontés, les évêques veulent ainsi leur manifester leur proximité, leur attention et leur soutien.
    Programme de la journée :

    10h – 10h45 : Visite de l’espace « Élevage »
    De 11h à 13h : Visites des différents organisations professionnelles agricoles nationales
    De 13h à 15h : Pause déjeuner
    De 15h à 15h45 : Visite de l’Odyssée végétale
    De 16h à 17h30 : Temps libre en région
    17h30 : Départ de la porte de Versailles pour la messe de 18h30 à Saint-Antoine de Padoue (52 Boulevard Lefebvre, 75015 Paris)
    18h10 : Célébration des vêpres
    18h30 : Messe

    Télécharger le dossier de presse en cliquant sur l’image


lundi 19 février 2018

  • Commentaires du dimanche 25 février

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 25 février 2018
    2éme dimanche de Carême

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de la Genèse 22, 1-2. 9a. 10-13. 15-18
    1 En ces jours-là,
    Dieu mit Abraham à l’épreuve.
    Il lui dit : « Abraham ! »
    Celui-ci répondit : « Me voici ! »
    2 Dieu dit :
    « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac,
    va au pays de Moriah,
    et là tu l’offriras en holocauste
    sur la montagne que je t’indiquerai. »
    9 Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué.
    Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ;
    puis il lia son fils Isaac
    et le mit sur l’autel par-dessus le bois.
    10 Abraham étendit la main
    et saisit le couteau pour immoler son fils.
    11 Mais l’Ange du SEIGNEUR l’appela du haut du ciel et dit :
    « Abraham ! Abraham ! »
    Il répondit : « Me voici ! »
    12 L’Ange lui dit :
    « Ne porte pas la main sur le garçon !
    Ne lui fais aucun mal !
    Je sais maintenant que tu crains Dieu :
    tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
    13 Abraham leva les yeux et vit un bélier
    retenu par les cornes dans un buisson.
    Il alla prendre le bélier
    et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
    15 Du ciel, l’Ange du SEIGNEUR appela une seconde fois Abraham :
    16 Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du SEIGNEUR :
    parce que tu as fait cela,
    parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,
    17 je te comblerai de bénédictions,
    je rendrai ta descendance aussi nombreuse
    que les étoiles du ciel
    et que le sable au bord de la mer,
    et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis.
    18 Puisque tu as écouté ma voix,
    toutes les nations de la terre
    s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction
    par le nom de ta descendance. »

    UN TEXTE A LIRE DANS LA FOI
    Le malheur de ce texte, c’est qu’il y a deux manières de le lire ! La manière épouvantable qui imagine Dieu donnant un ordre à Abraham pour le seul plaisir de voir si Abraham obéira… et seulement ensuite, arrive le contr’ordre : « Ne porte pas la main sur l’enfant »…
    On a envie de dire : Il était temps ! Et, toujours dans cette même optique, (épouvantable !) on pense que, parce qu’Abraham s’est bien conduit, parce qu’il a fait ce qui lui était commandé (deux fois de suite, il répond seulement « me voici »…), Dieu lui promet monts et merveilles.
    Mais, cela, c’est une lecture païenne ! Avec un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense et punit souverainement… un Dieu tel que nous l’imaginons parfois, et pas tel qu’Il est vraiment.
    La lecture de la foi est toute différente ; vous savez, comme on dit qu’on regarde celui ou celle qu’on aime avec les « yeux de l’amour », il existe des « yeux de la foi ». D’ailleurs, si nous avions eu le temps de lire ce texte en entier, tel que la Bible le raconte (ici, nous avons eu la lecture liturgique qui est malheureusement très abrégée), vous auriez constaté que le thème du regard est très présent dans ces lignes : les mots « voir, regarder, lever les yeux » reviennent tout le temps ; le nom même de Moriah est un jeu de mots sur le verbe voir : il veut dire à la fois « Le SEIGNEUR voit » et « Le SEIGNEUR est vu ». Manière de dire que la foi est un peu comme une paire de lunettes qu’on chausse pour regarder Dieu et le monde.
    Donc, si vous voulez bien, je vous propose une lecture croyante de ce texte, une lecture avec les yeux de la foi.
    Premièrement, quand ce texte est écrit, il y a mille ans au moins que tout le monde sait qu’Isaac n’a pas été tué par Abraham, et qu’il a au contraire vécu jusqu’à un âge très avancé. L’auteur de ce récit ne nous propose donc pas une sorte de film à suspense.
    Sur ce point, on peut penser que certains tableaux représentant l’offrande d’Isaac forcent un peu trop le trait sur ce suspense.
    Deuxièmement, quand ce texte est écrit (seulement vers 700 av.J.C. alors qu’Abraham a vécu au deuxième millénaire av.J.C.), on sait parfaitement bien que Dieu refuse absolument les sacrifices humains !1 Et cela depuis toujours. On sait aussi qu’il est bien difficile d’obéir à cette interdiction quand les peuples environnants pratiquent, eux, des sacrifices humains. Cela exige une conversion du regard de l’homme sur Dieu. Et donc les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »
    Cette fameuse Promesse, nous la connaissons par les chapitres précédents du livre de la Genèse : « Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre… Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre… Contemple le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter : telle sera ta descendance… C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom… » (toutes ces promesses se trouvent dans les chapitres 12 à 21 de la Genèse).
    DIEU N’A PAS OUBLIE SA PROMESSE
    Au moment d’éprouver Abraham, Dieu prend soin de lui rappeler cette promesse pour lui montrer qu’il ne l’a pas oubliée. Cela commence dès le premier mot : « Abraham… ». Dieu l’appelle, non par son nom de naissance, Abram, mais par le nom qu’Il lui a donné depuis qu’ils ont fait Alliance, « Abraham » qui veut dire « Père des multitudes ». « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… »
    Dans la lecture païenne, on dira : non seulement Dieu lui demande une chose horrible, mais en plus il s’amuse à « retourner le fer dans la plaie », comme on dit…
    L’autre lecture c’est : si Dieu insiste « ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… », c’est une manière de dire : Je n’ai pas oublié ma Promesse, je n’ai pas oublié que c’est sur lui, Isaac, que tous nos espoirs reposent… « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… »
    Isaac, son nom veut dire « l’enfant du rire » : rappelle-toi, Abraham, tu as ri quand je te l’ai promis ; et Sara aussi a ri… tu n’y croyais plus à cette naissance, à ton âge, et elle est venue, parce que je te l’ai promis. « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… » Une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre (Gn 13), aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15).
    Vous avez remarqué, certainement, au passage, que j’ai employé une curieuse formule ; j’ai imaginé que Dieu dit à Abraham « C’est sur Isaac que tous nos espoirs reposent … » :
    elle est là la différence entre la lecture païenne et la lecture de la foi : le païen soupçonne Dieu de se désintéresser de lui ;
    le croyant découvre que l’espoir de l’homme peut être aussi l’espoir de Dieu, il croit que les intérêts de l’humanité et ceux de Dieu sont les mêmes, puisque Dieu s’est engagé dans l’aventure de l’Alliance ; croire, j’y reviens toujours, c’est croire, malgré tout ce qui peut arriver, que le dessein de Dieu n’est que bienveillant !
    Justement, Abraham avait la foi jusque-là ; jusqu’à croire que, d’une manière qui lui échappait, mais d’une manière certaine, Dieu accomplirait sa Promesse de lui donner une descendance, par Isaac et non par un autre ; et c’est pour cela qu’Abraham est donné en exemple à ses descendants ; et c’est pour cela aussi que Dieu a pu éprouver sa foi jusque-là.
    Et, du coup, grâce à cette foi invincible d’Abraham, un tournant unique, décisif a été franchi dans l’histoire de la Révélation. Abraham a découvert que quand Dieu dit « sacrifie », il ne dit pas « tue » ; comme si le sang lui faisait plaisir ! Dieu a bien dit à Abraham « offre-moi ton fils en sacrifice » ; et Abraham a découvert que cela veut seulement dire « fais-le vivre, sans jamais oublier que c’est moi qui te l’ai donné ». Désormais, on saura pour toujours en Israël que Dieu ne veut jamais la mort de l’homme, sous aucun motif.
    Alors, parce qu’Abraham n’a pas quitté la confiance, il peut réentendre à nouveau la promesse dont il n’a jamais douté : « Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis. Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Ce qui est l’exacte reprise des Promesses des chapitres 12 à 21 de la Genèse.
    Encore aujourd’hui, cette promesse de Dieu n’est pas accomplie : la descendance innombrable existe, certes, mais qu’elle soit source de bénédictions pour l’humanité tout entière à commencer par elle-même, c’est encore à venir ! Quand on voit quelle est la rudesse des luttes entre les descendants eux-mêmes ! Méritent d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient que sa Promesse se réalisera, quoi qu’il arrive, simplement parce que Dieu l’a promis et qu’il est fidèle. Ou plutôt… Méritent, à vrai dire, d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient à cette Promesse et oeuvrent de toutes leurs forces pour qu’elle advienne !
    ——————————-
    Note
    1 – Sur l’interdiction des sacrifices humains, lire Dt 18, 10 ; Jr 7, 31 ; Jr 19, 5. On peut penser que le récit concernant l’offrande d’Isaac (ce que les Juifs appellent la « ligature d’Isaac ») a été composé pour rassurer les croyants à qui l’on rappelait l’interdiction des sacrifices humains. A une époque où la tentation réapparaissait d’imiter cette pratique en usage dans les peuples voisins, on rappelait l’exemple d’Abraham : lui, le modèle des croyants, avait compris que Dieu n’en a jamais voulu.

    PSAUME – 115 (116), 10. 15, 16ac-17, 18-19
    10 Je crois, et je parlerai,
    moi qui ai beaucoup souffert.
    15 Il en coûte au SEIGNEUR !
    de voir mourir les siens !
    16 Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
    moi, dont tu brisas les chaînes ?
    17 Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
    j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.
    18 Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
    oui, devant tout son peuple,
    19 à l’entrée de la maison du SEIGNEUR,
    au milieu de Jérusalem !

    IL EN COUTE AU SEIGNEUR DE VOIR MOURIR LES SIENS
    C’est le peuple croyant qui parle ; il a expérimenté, au sein même de la souffrance, que Dieu était son allié « Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert… moi dont tu brisas les chaînes ». La souffrance dont il parle, c’est celle de l’esclavage en Egypte : dix fois Pharaon a promis la liberté, mais toujours en définitive, il s’est comporté en ennemi ; seul Dieu a soutenu l’effort de libération de son peuple, et a couvert sa fuite.
    Je vous cite les premiers versets que nous n’avons pas lus aujourd’hui et qui expliquent ce contexte : « Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert, moi qui ai dit dans ma fuite : l’homme n’est que mensonge. Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? (verset 12). Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ? »
    Les chaînes dont le peuple d’Israël parle ici, ce sont celles de l’Egypte ; mais au cours des siècles, on a connu bien d’autres chaînes, bien d’autres esclavages. Et chacun de nous sait que, même apparemment libre, on peut se forger des chaînes.
    C’en est une, entre autres, et bien pire encore, que d’avoir une fausse image de Dieu : d’imaginer un Dieu qui serait rival de l’homme, par exemple (comme la mythologie mésopotamienne) ou d’imaginer un Dieu avide de sacrifices humains par exemple (comme la religion cananéenne). Quand le peuple hébreu s’est installé en Canaan, il a été en contact avec une religion qui exigeait des sacrifices humains ; et il a fallu résister, pas toujours avec succès, à cette contamination. Quand tout va mal, quand on a peur de la guerre, ou d’une catastrophe, on ferait bien n’importe quoi ; et si quelqu’un nous convainc que, pour l’obtenir, il faut satisfaire telle exigence de telle divinité, nous sommes prêts à tout…
    C’est comme cela que, au huitième siècle, av.J.C., le roi Achaz a sacrifié son fils, croyant qu’il fallait aller jusque-là pour sauver son royaume.
    C’est précisément pour cela qu’a été écrit le récit de l’épreuve d’Abraham, dans le livre de la Genèse. La découverte extraordinaire qu’Abraham a faite, c’est : Dieu veut que tout homme vive ; aucune mort ne l’honore, il ne veut pas de ce genre de sacrifices… Et quand on entend dans le psaume « Il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens… », on comprend que ce psaume nous soit proposé aujourd’hui, en écho au récit de l’épreuve d’Abraham.
    Cette découverte, « Il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens… » n’est jamais acquise une fois pour toutes.
    Le serpent du Jardin de la Genèse insinuait que Dieu préférerait voir l’homme mourir… et justement le récit biblique affirmait que cette pensée est une tentation à laquelle il ne faut pas succomber.
    La tentation renaît sans cesse de voir en Dieu un rival de notre liberté et de notre vie. Lui qui semble pouvoir jouer avec notre vie à sa guise.
    Evidemment, notre relation à Dieu dépend de l’image que nous nous faisons de lui :
    Dans le schéma païen, on pourrait dire qu’il y a deux étapes : 1) l’homme souhaite quelque chose ; 2) pour l’obtenir, il essaie d’amadouer la divinité par tous les moyens possibles, y compris un sacrifice humain, s’il le faut.
    Le psaume d’aujourd’hui traduit l’attitude croyante, qui est un retournement complet de ce schéma : il y a deux étapes, oui, mais inversées.
    Premièrement, en Israël, on sait que c’est Dieu qui a l’initiative depuis toujours ; avec Adam, avec Noé, avec Abraham, chaque fois c’est Dieu qui a appelé l’homme à l’existence et à l’Alliance pour le bonheur de l’homme et non pour son profit, à lui, Dieu. Puis, quand le peuple a souffert en Egypte, Dieu est venu à son secours : « Le SEIGNEUR dit à Moïse : J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups des chefs de corvée. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens… Et maintenant, puisque le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi, puisque j’ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va, maintenant ; je t’envoie vers Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël ». (Ex 3, 7… 10). Et Dieu a libéré son peuple.
    Deuxièmement, et c’est la conséquence, tout geste de l’homme vis-à-vis de Dieu n’est qu’une réponse ; par exemple, quand le peuple rend grâce, il ne fait que reconnaître l’oeuvre de Dieu ; « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? »
    JE TIENDRAI MES PROMESSES AU SEIGNEUR
    Et désormais l’action de grâce se manifestera non seulement par des sacrifices au Temple, mais aussi et surtout par un comportement quotidien fait d’obéissance à la volonté de Dieu. « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du SEIGNEUR. Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR, oui, devant tout son peuple, à l’entrée de la maison du SEIGNEUR, au milieu de Jérusalem. »
    Bien sûr, ce psaume prend tout son sens quand on sait qu’il fait partie des psaumes du Hallel, (les psaumes 112/113 à 117/118 qui étaient chantés à l’occasion de la fête juive de la Pâque) ; Jésus l’a donc chanté le soir du Jeudi-Saint.
    Marc note : « Après avoir chanté les psaumes, (il s’agit des psaumes du jour, donc du Hallel, et en particulier de ce psaume-ci), ils sortirent pour aller au mont des Oliviers. » (Mc 14, 26).1
    Et ce qui est très frappant, c’est la parenté entre ce psaume que Jésus a chanté le Jeudi soir et celui qu’il dira sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (le psaume 21/22). L’un et l’autre évoquent la douleur : nous venons d’entendre le cri du psaume 21/22 (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »), et je vous rappelle le premier verset d’aujourd’hui : « Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert ». L’un et l’autre se terminent par l’action de grâce, et presque dans les mêmes termes ; Psaume 21/22 : « Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses… Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR, glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob… Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte ».
    En écho, notre psaume d’aujourd’hui, reprend la même résolution : « Je tiendrai mes promesses2 au SEIGNEUR, oui, devant tout son peuple, à l’entrée de la maison du SEIGNEUR, au milieu de Jérusalem !
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    Notes
    1 – Les psaumes 112/113 et 113/114 sont chantés au début du repas pascal, les psaumes 114/115 à 117/118, à la fin.
    2 – On peut penser que le psaume 115/116 est un ex-voto tout comme le psaume 21/22.

    DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul aux Romains 8, 31b-34
    Frères,
    31 si Dieu est pour nous,
    qui sera contre nous ?
    32 Il n’a pas épargné son propre Fils,
    mais il l’a livré pour nous tous :
    comment pourrait-il,
    avec lui, ne pas nous donner tout ?
    33 Qui accusera ceux que Dieu a choisis ?
    Dieu est celui qui rend juste :
    34 alors, qui pourra condamner ?
    Le Christ Jésus est mort ;
    bien plus, il est ressuscité,
    il est à la droite de Dieu,
    il intercède pour nous.

    DIEU A TELLEMENT AIME LE MONDE
    Ces quelques lignes sont extraites d’une longue contemplation émerveillée de Paul : Dieu a tellement aimé les hommes qu’il n’hésite pas à leur livrer son Fils ; celui-ci a tellement aimé les hommes qu’il s’est abandonné entre leurs mains ; désormais son Esprit est en nous et plus rien ne peut nous séparer de l’Amour infini du Père, du Fils et de l’Esprit. Et, dans la lettre de Paul, le paragraphe que nous lisons ici commence par les mots « Que dire de plus ? »
    Arrivé là, peut-être devine-t-il la question que beaucoup d’entre nous se posent : « Vous ne parlez que d’amour, mais où est la justice de Dieu là-dedans ? » Alors Paul développe ce thème de la justice de Dieu ; vous avez entendu les mots « accuser, justifier, condamner » : ils suggèrent le cadre d’un procès. Paul imagine l’humanité comparaissant devant un tribunal. Et là, une fois encore, il est en droite ligne de l’Ancien Testament ; car le thème du jugement de Dieu court tout au long de l’histoire biblique ; et comme tous les autres mots du vocabulaire de la foi, celui de « jugement » a changé de sens au fur et à mesure que les croyants découvraient le vrai visage de Dieu. Nous, hommes, nous imaginons toujours la justice en forme de balance ; mais le Dieu tout-Autre a une tout autre conception de la justice. Son jugement n’est jamais condamnation, emprisonnement, mais toujours salut, libération.
    L’un des plus beaux textes dans ce sens est peut-être le premier chant du Serviteur dans le livre d’Isaïe : « Voici mon serviteur… j’ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations, il fera paraître le jugement, il ne criera pas, il n’élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre sa clameur ; il ne brisera pas le roseau ployé, il n’éteindra pas la mèche qui s’étiole ; à coup sûr, il fera paraître le jugement. » (Is 42, 1-3). C’est un jugement tout en douceur qui nous est décrit là. Et Isaïe dit un peu plus loin ce que sera le verdict : le Serviteur va « ouvrir les yeux aveuglés, tirer du cachot le prisonnier, de la maison d’arrêt, les habitants des ténèbres. » (Is 42, 7). Autrement dit, le jugement de Dieu est une levée d’écrou. Assortie cependant d’un envoi en mission pour aller annoncer à l’humanité tout entière jusqu’où va l’amour de Dieu.
    Alors, dit Paul, « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Qui pourrait bien se permettre d’être contre nous ? Qui pourrait se permettre de juger à la place de Dieu ? « Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Puisque c’est Dieu qui justifie. » Or la preuve que « Dieu est pour nous », il nous l’a donnée en livrant son Fils entre nos mains : « Il n’a pas épargné son propre Fils, mais Il l’a livré pour nous tous » ; il n’a pas « éloigné cette coupe » comme le Christ le demandait à Gethsémani ; il ne l’a pas fait échapper miraculeusement à la haine des hommes.
    « Il l’a livré » : en bonne logique, avant la venue du Christ, la situation de l’humanité était sans issue : c’est le thème que Saint Paul développe dans ses huit premiers chapitres ; les hommes se sont enfermés dans une sorte d’esclavage ; les païens sont esclaves d’idoles, des dieux qui n’en sont pas et cela leur inspire toute sorte de conduites aberrantes, de fanatismes, de haines, de désordres ; quant aux Juifs, pourtant bénéficiaires de la révélation, ils n’ont pas su reconnaître le Christ ; ils l’ont sacrifié à une fausse interprétation de la Loi.
    DIEU VEUT QUE TOUS LES HOMMES SOIENT SAUVES
    Face à ce désastre, à cet échec de l’humanité, c’est Dieu qui a pris l’initiative de nous donner un Sauveur ; ce que l’homme était incapable de faire par lui-même pour son salut, Dieu l’a réalisé. Le comble : c’est au nom même de la Loi donnée par Dieu que le fils de Dieu a été exécuté comme s’il était un pécheur public ; et Dieu laisse faire cette folie humaine. La croix manifeste l’amour du Père autant qu’elle manifeste l’amour du Fils : Dieu laisse faire pour que nous découvrions jusqu’où va son amour pour nous. C’est en contemplant la mort du Christ que nous pouvons enfin ouvrir les yeux sur l’immensité de l’amour de Dieu.
    « Il l’a livré pour nous tous » : c’est l’une des grandes insistances de Paul : « pour tous » ; l’amour, par hypothèse, est gratuit.
    La lettre aux Ephésiens (reprenant une phrase de Ben Sirac) dit : « Le Maître est dans les cieux et il ne fait aucune différence entre les hommes » (Ep 6, 9).
    La lettre à Timothée y insiste : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un seul Dieu, qu’un seul médiateur aussi entre Dieu et les hommes, un homme, Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous. » (1 Tm 2, 4-6). Et vous savez bien que le mot « rançon » veut dire « libération » ; il s’agit de nous libérer définitivement de notre effroyable méprise : nous n’arrivons jamais à croire que Dieu n’est qu’amour. Et justement, le salut, c’est d’ouvrir enfin les yeux.
    Dans la lettre à Timothée que je citais il y a un instant, il faut lire « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés c’est-à-dire parviennent à la connaissance de la vérité », cette vérité que Dieu est Amour.
    Un peu plus haut, dans cette lettre aux Romains, Paul affirme : « Maintenant, la justice de Dieu a été manifestée… il n’y a pas de différence : tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus-Christ ». (Rm 3, 21… 24).
    Et la lettre aux Ephésiens, reprend une phrase superbe d’Isaïe : « Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches » (Ep 2, 17).
    Enfin, Paul termine ce chapitre en disant : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rm 8, 39).
    La grande phrase du Carême, c’est « convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle ! » Voilà que la Nouvelle est encore bien meilleure que nous n’osons le croire.

    EVANGILE – selon saint Marc 9, 2 – 10
    En ce temps-là,
    2 Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean,
    et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne.
    Et il fut transfiguré devant eux.
    3 Ses vêtements devinrent resplendissants,
    d’une blancheur telle
    que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
    4 Elie leur apparut avec Moïse,
    et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
    5 Pierre alors prend la parole
    et dit à Jésus :
    « Rabbi, il est bon que nous soyons ici !
    Dressons donc trois tentes :
    une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie. »
    6 De fait, Pierre ne savait que dire,
    tant leur frayeur était grande.
    7 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,
    et de la nuée une voix se fit entendre :
    « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ;
    écoutez-le ! »
    8 Soudain, regardant tout autour,
    ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
    9 Ils descendirent de la montagne,
    et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu,
    avant que le Fils de l’homme
    soit ressuscité d’entre les morts.
    10 Et ils restèrent fermement attachés à cette parole,
    tout en se demandant entre eux ce que voulait dire :
    « ressusciter d’entre les morts ».

    JESUS LEUR ORDONNA DE NE RACONTER A PERSONNE
    Chaque année, le deuxième dimanche de Carême nous fait relire l’un des trois récits de la Transfiguration dans les évangiles ; je ne m’attacherai donc ici qu’à un aspect de ce texte de Marc, un aspect un peu surprenant, il faut bien le dire :
    « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » On peut se demander pourquoi Jésus donne une telle consigne de secret à ses disciples.
    Tout d’abord, qu’ont-ils vu ? Jésus leur est apparu ici en gloire sur une montagne entre deux des plus grandes figures d’Israël : Moïse le libérateur, celui qui a transmis la Loi ; et Elie le prophète de l’Horeb. Nous qui connaissons la fin de l’histoire, si j’ose dire, nous savons (ce que les disciples ne savent pas encore) que, quelque temps plus tard, Jésus sera sur une autre montagne, crucifié entre deux brigands.
    Jésus, lui, sait bien que la plus grande difficulté de la foi des apôtres sera de reconnaître dans ces deux visages du Messie l’image même du Père : « Qui m’a vu a vu le Père » dira Jésus à Philippe la veille de sa mort. (Jn 14, 9). Je crois qu’on a là une phrase-clé du mystère du Christ.
    Car ces deux images, la gloire et la souffrance, sont les deux faces du même amour de Dieu pour l’humanité tel qu’il s’est incarné en Jésus-Christ ; comme dit Saint Paul dans la lettre aux Romains, l’amour de Dieu est « manifesté » (rendu visible) en Jésus-Christ (Rm 8, 39). Et, à plusieurs reprises, Jésus lui-même a fait le lien entre gloire et souffrance en parlant du Fils de l’homme ; mais il est encore trop tôt pour que les disciples comprennent et acceptent ce mystère du Messie souffrant. C’est pour cela, probablement, que Jésus leur recommande de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, « jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts ».
    Je reprends cette phrase : « Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Et Marc nous dit qu’ils ont obéi tout en se demandant ce que pouvait bien vouloir dire « ressusciter d’entre les morts ». On peut penser que les disciples croyaient bien à la résurrection des morts, comme la majorité des Juifs de leur époque, mais qu’ils l’imaginaient seulement pour la fin des temps. Et donc, ils ne voyaient peut-être pas le sens de cette consigne de silence « jusqu’à la résurrection des morts » c’est-à-dire « jusqu’à la fin des temps » !
    Autre surprise pour eux, certainement, ce titre de Fils de l’homme que, visiblement, Jésus s’attribuait à lui-même : quand il parlait du Fils de l’homme, on pensait tout de suite au prophète Daniel qui parlait du Messie en l’appelant « fils d’homme » ; mais ce « fils d’homme » était en réalité un être collectif, puisque le prophète l’appelait aussi « le peuple des Saints du Très-Haut » ; à l’époque de Jésus, cette idée d’un Messie collectif était courante dans certains milieux, dans lesquels on parlait volontiers aussi du Reste d’Israël, c’est-à-dire le petit noyau fidèle qui sauverait le monde.
    Mais, évidemment, Jésus, à lui tout seul, ne pouvait pas être considéré comme un être collectif ! Là encore, il faudra attendre la Résurrection et même la Pentecôte pour que les disciples de Jésus de Nazareth comprennent que Jésus a pris la tête du « peuple des Saints du Très-Haut » et que tous les baptisés de par le monde sont invités à ne faire qu’un avec lui pour sauver l’humanité.
    Deux bonnes raisons donc pour les inviter à ne pas raconter tout de suite ce qu’ils n’avaient pas encore compris. En attendant, il leur est demandé d’écouter, seul chemin pour entrer dans les mystères de Dieu. « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-le ».
    « CELUI-CI EST MON FILS BIEN-AIME, ECOUTEZ-LE »
    L’expression « Ecoutez-le » retentit aux oreilles des apôtres comme un écho de cette profession de foi qu’ils récitent tous les jours, puisqu’ils sont Juifs, « Shema Israël », « Ecoute Israël ».
    C’est un appel à la confiance quoi qu’il arrive. Confiance qui sera durement éprouvée dans les mois qui viennent : car la Transfiguration a lieu au moment-charnière du ministère de Jésus : le ministère en Galilée se termine, Jésus va maintenant prendre le chemin de Jérusalem et de la croix. Le titre de « Bien-Aimé » va dans le même sens : car c’était l’un des noms que le prophète Isaïe donnait à celui qu’il appelait le Serviteur de Dieu ; il disait que ce Messie connaîtrait la souffrance et la persécution pour sauver son peuple.
    Mais Jésus estime que tout cela doit encore demeurer secret : précisément parce que les disciples ne sont pas encore prêts à comprendre (et les foules encore moins) le mystère de la Personne du Christ : cette lueur de gloire de la Transfiguration ne doit pas tromper ceux qui en ont été spectateurs : ce n’est pas la marque du succès et de la gloire à la manière humaine, c’est le rayonnement de l’amour ; on est loin des rêves de triomphe politique et de puissance magique qui habitent encore les apôtres et qui les habiteront jusqu’à la fin. En leur donnant cette consigne de silence, Jésus leur fait entrevoir que seule la Résurrection éclairera son mystère.
    Pour l’instant, il faut redescendre de la montagne, résister à la tentation de s’installer ici à l’écart, sous la tente, mais au contraire affronter l’hostilité, la persécution, la mort.
    La vision s’est effacée : « Ils ne virent plus désormais que Jésus seul » ; cette phrase résonne comme un rappel de la réalité présente, inéluctable.
    La gloire du Christ, bien réelle, ne le dispense pas des exigences de sa mission. Peut-être la consigne de silence qu’il donne à ses disciples traduit-elle sa volonté de ne pas se soustraire à ce qui l’attend et de surmonter pour lui-même la tentation d’y échapper ?


  • Appel décisif pour les catéchumènes

    Premier week-end de Carême, les 17 et 18 février 2018 ont été marqués, pour les catéchumènes, par la célébration de l’appel décisif. Jeunes et adultes ont reçu l’écharpe violette et inscrit leur nom dans un registre. Retour en tweets et en images.

    Dans plusieurs diocèses en France, des adultes terminent leur cheminement vers les sacrements de l’initiation chrétienne : baptême, confirmation, eucharistie.
    Durant les trois dernières dimanches de carême qui précédent cette date, les catéchumènes (futurs baptisés) recevront à travers la prière du prêtre et de l’assemblée chrétienne une ultime préparation en paroisse. L’appel décisif est une étape importante qui officialise devant la famille, les parrains et marraines, l’évêque et les chrétiens présents que l’adulte va être baptisé, confirmé et recevoir la première des communions.
    Le cœur de la célébration de l’appel décisif est l’appel personnel de chaque adulte par l’évêque, suivi de la remise de l’écharpe violette, portée par le parrain ou la marraine, et de l’inscription du nom sur le livre des catéchumènes.

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  • Homélie du dimanche 25 février

    Dimanche 25 février 2018
    2éme dimanche de Carême

    Références bibliques :
    Livre de la Genèse : 22. 1 à 18 : « Puisque tu m’as obéi… »
    Psaume 115 : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur ?. »
    Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 31 à 34 : « Il n’a pas refusé son propre Fils…. »
    Evangile selon saint Marc : 9. 2 à 10 : « Ils ne virent plus que lui, Jésus, seul, avec eux. »

    **
    En ce deuxième dimanche de Carême, si grande est la force spirituelle qui ressort du message de la Transfiguration du Seigneur au point que nous sommes tentés de ne lire qu’avec moins d’attention, la réponse d’Abraham et l’assurance de saint Paul.
    LE PROJET DE DIEU
    Le projet de Dieu, pour chacun de nous, est de nous conduire à lui, mais le chemin qu’il nous demande de suivre est celui-là même du Christ, comme il le fut pour le Christ, n’est pas de vivre une aventure, fut-elle celle de la foi. Le désir de la foi, c’est de rejoindre l’infini. Le désir de l’amour, c’est de vivre sa durée. Le désir de l’être, c’est Dieu, alors que nous ne le connaissons pas dans l’infini de sa réalité.
    Quand Abraham quitte Ur en Chaldée, il ignore de quoi seront faits les lendemains. De quelles joies ? de quelles épreuves ? de quels détachements ? Il ne connaît rien du projet de Dieu sur lui, mais, pour lui, ce Dieu qui lui parle est plus que son pays, que sa patrie, que la famille, la maison de son père.
    C’est bien aussi notre vie.
    PREND TON FILS, CELUI QUE TU AIMES

    Et puis, un jour, ce qui nous est demandé dépasse notre humaine compréhension. Ce fils, Isaac, est l’unique espoir d’une descendance et c’est lui qui doit être sacrifié. La foi d’Abraham assume ce paradoxe. C’était une épreuve, et ce fils, « cet unique, celui que tu aimes », devient l’avenir même du Peuple de Dieu, parce qu’Abraham a préféré Dieu à tout autre amour.
    Saint Paul appuie sa foi sur l’assurance même de l’amour que Dieu nous porte.
    « Qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous. » Paul n’a pas vécu ce que Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur la montagne au jour de la Transfiguration. Et pourtant il a vécu lui aussi une indicible lumière sur le chemin de Damas et il peut alors déclarer à son disciple Timothée : « Il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce… Maintenant elle est devenue visible à nos yeux «  (2 Tim. 1. 9)
    Et c’est cela qui est dit aux disciples sur le Thabor. La gloire de Dieu passe par le chemin de l’humilité, de l’épreuve et de l’amour.
    REJOINDRE LA PAQUE DU SEIGNEUR.
    Dans sa marche vers Pâques et Jérusalem, Jésus gravit cette montagne de Galilée. Saint Marc nous précise : « Une haute montagne », ce qui n’est pas sans rappeler celle de l’Horeb où Dieu parla à son peuple, au Sinaï. La montagne où Moïse ne pouvait regarder en face la lumière de Dieu, que les apôtres ont pu voir un instant, sans en mourir.
    La tradition chrétienne, dès les premiers temps, l’a identifiée au mont Thabor. Les nombreux sanctuaires, qui ne sont plus que ruines aujourd’hui, nous le disent. C’est la plus haute montagne de Galilée, toute autre que la montagne sainte de Jérusalem. C’est aussi un endroit merveilleux d’où l’on découvre la vallée fertile d’Esdrelon vers la mer et, de l’autre côté, jusqu’au lac de Tibériade.
    Jésus emmène donc Pierre, Jacques et Jean, à l’écart, selon une expression de l’Evangile, qui signifie à la fois moment de repos, moment d’intimité avec ses disciples et moment de prière avec son Père.
    Et c’est là que la lumière jaillit de tout l’être humain de Jésus. Si la liturgie de l’Eglise nous fait lire cet épisode chaque deuxième dimanche du Carême, c’est que la Transfiguration donne tout son sens à notre démarche vers Pâques, qui est celle de notre « intégration » dans la vie divine par le Christ ressuscité..
    Le Christ est plénitude de Dieu, « lumière née de la lumière ». Il l’unit à sa nature humaine, à son corps même, dans le mystère de son union à la splendeur divine. C’est ce à quoi il nous propose de participer, à notre tour, puisque la grâce de notre baptême et des sacrements réalise en nous cette divinisation.
    Pendant ces quarante jours, nous sommes « guidés par l’Esprit » (1er dimanche de Carême) et tentés dans le désert qui est le nôtre. Aujourd’hui, nous avons à gravir, avec lui, la montagne qui est celle du Thabor, qui, demain, sera celle du Calvaire. Aujourd’hui, il nous demande de nous laisser englober dans la nuée lumineuse, comme elle qui couvrit les trois apôtres de son ombre.
    La lumière, c’est le Christ mais aujourd’hui nous sommes avec lui dans l’obscurité de son humanité avant d’être révélée dans la lumière du matin de Pâques. « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts » (Matthieu 17. 9).
    Et saint Marc souligne bien cette présence du Christ à nos côtés : »seul avec eux… » Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes ne sont plus là. Le Christ nous suffit, même si aujourd’hui nous nous demandons comme les trois disciples, « se demandant entre eux ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts. »
    Ils n’osent pas questionner ce Jésus avec qui ils ont vécu un moment d’extraordinaire mystère. Saint Paul nous le dit : »Il est ressuscité, il est à la droite de Dieu. »
    LA LOI ET LES PROPHETES
    Ce n’est qu’à partir de la Résurrection que les apôtres comprendront pleinement le sens d’un événement qui les avait bouleversés autrefois, sans qu’ils puissent alors en saisir toute la portée.
    Revenons un instant sur cette présence qui entoure le Christ, le Messie annoncé par la Loi et les Prophètes. En effet au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur, Moïse et Elie, ces deux sommets de l’Ancien Testament, représentant la Loi et les Prophètes. Moïse, l’homme de l’Exode vers la terre promise, dont on ne sait où se trouve précisément son lieu de sépulture sur le mont Nébo (Deutéronome 34). Elie fut enlevé au ciel (2 Rois 2. 1 à 15)
    Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais de l’extérieur, après la révélation du mont Sinaï (Exode 43. 29), il était reflet. Au Thabor, le visage du Christ leur apparaît comme une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses « vêtements », c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.
    Ils s’entretiennent avec lui, (saint Luc nous le précise), « de l’exode qu’il allait accomplir à Jérusalem » c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par la Passion et la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes, entrant dans la Terre Promise, au jour de la Résurrection.
    MON FILS BIEN AIME
    Partis prier avec lui, ils entrevoient sa gloire. Ils l’avaient découvert comme le nouveau Moïse et le nouvel Elie auxquels ces prophètes du passé rendaient témoignage. Mais surtout ils perçoivent Dieu lui-même, si l’on ose parler ainsi, reconnaissant en Jésus son Fils. Jésus le villageois de Nazareth, le guérisseur, le prédicateur qui révèle aux foules de Galilée le sens de la Parole de Dieu.
    « Le Fils bien-aimé », c’était l’humble charpentier qui se présentait à Jean-Baptiste. Aujourd’hui c’est le Messie de gloire.
    Au Thabor, Jésus est lui-même en même temps qu’il est le Tout-Autre, Parole de Dieu incarnée qui manifeste la splendeur naturelle de la gloire divine qu’il possède en lui-même et qu’il avait conservée dans son Incarnation, même si elle était cachée sous le voile de la chair. Sa divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair. Et la gloire divine est devenue gloire du corps assumé.
    Il n’est pas le Fils bien aimé, par adoption, privilège ou mission temporaire. Il l’est par nature, et cela de toute éternité. La théologie dira, c’est son essence même, c’est sa substance.
    Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne, ce que Dieu ratifiait de sa Parole, n’était pas un simple spectacle nouveau, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine, y compris le corps, et de son union avec la splendeur divine. « La divinité de celui qui a prit notre humanité » (prière de l’offertoire de la messe).
    NOTRE DIVINISATION
    « Lumière née de la lumière,  » (Confession de la foi), lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle est celle du Royaume de Dieu venu en Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint. « Je suis la lumière du monde. »
    Mais il l’a promis à ses disciples quand il nous a dit : « Vous êtes la lumière du monde. » Nous sommes ainsi un autre lui-même, c’est « notre vocation sainte, non pas à cause de nos actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce.  »
    « Devenue visible à nos yeux parce que le Sauveur, le Christ Jésus s’est manifestée,  » elle deviendra l’héritage permanent des élus dans le Royaume. Elle n’est pas seulement un objet de contemplation passagère, elle est aussi grâce déifiante qui nous permet de « voir » Dieu. « Dans ta lumière, nous verrons la lumière » (Psaume 35. 10). Nous recevons de cette contemplation la vie divine que le Christ, et lui seul, vit en plénitude. Il est la lumière de Dieu assumée en un homme, accessible aux hommes.
    Il nous faut alors aller jusqu’au terme de cette affirmation et de cette réalité. Il n’est aucun geste de Jésus, aucune de ses gestes corporels, que ce soient son partage aux repas où on l’invite, son corps étendu dans la souffrance de la croix, son geste attentif aux enfants qui s’approchent de lui, il n’est aucun geste de l’homme en lui, comme en nous, qui ne puisse pas et ne doive pas participer à cette divinisation.
    C’est là que réside la grâce sacramentelle de l’eau qui immerge le baptisé, de l’union d’amour de l’homme et de la femme qui fait jaillir la vie dans la création de Dieu, de la parole qui nous réconcilie, de l’imposition des mains qui font du pain et du vin le corps et le sang du Christ.
    LA VIVRE AU QUOTIDIEN
    Mais la vision a disparu. Les apôtres retrouvent le paysage de la Galilée. Ils ne peuvent vivre aujourd’hui dans l’éternité de la vision divine. Jésus est au milieu d’eux et redevient l’ami quotidien, fascinant, mystérieux, attachant. Ils viennent de vivre dans un instant qui est plus qu’une lumière d’espérance puisqu’ils ont découvert une autre réalité dont ils mesureront la richesse au travers du temps et de la mesure de leur pauvreté et de leur faiblesse.
    Mais aujourd’hui et dans les jours à venir, c’est à travers l’humiliation et la souffrance qui viennent pour Jésus, comme pour nous, que désormais la lumière doit briller. « C’est toi mon fils bien-aimé » a dit le Seigneur au moment du baptême de Jésus au Jourdain. « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le » leur a-t-il dit au Thabor. Cette première phrase est celle des chants du « Serviteur souffrant » du prophète Isaïe (Isaïe 42. 1 à 7 et les autres passages). Elle est également une parole de tendresse, comme une grande lumière qui accompagnera Jésus lors de sa traversée de la mort.
    « Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la Gloire » (Luc 24. 26) dira Jésus aux disciples d’Emmaüs. Il reprendra avec eu ce qu’en avait dit l’Ecriture, comme au jour de la Transfiguration il s’en entretenait de « cet exode » avec Moïse et avec Elie.
    Au coeur des mystère dans lesquels nous vivons parfois, au milieu de toutes les questions qui se posent sur le sens de nos vies, sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, il est bon de nous rappeler la grande lumière qui est celle du Christ, donnée visiblement, en un instant, aux apôtres à la Transfiguration. Et qui nous est donnée et que, parfois, nous ressentons nous aussi en un instant de grâce.
    « L’exemple du Seigneur invite la foi des croyants à comprendre que, sans avoir à douter des promesses de bonheur, nous devons pourtant, parmi les épreuves de cette vie, demander la patience avant la gloire » (le pape saint Léon).
    « Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » (Prière d’ouverture de la messe).
     


vendredi 16 février 2018

  • Lancement de l’espace eglise-bioethique.fr

    À l’occasion des États généraux de la bioéthique lancés le 18 janvier, la Conférence des évêques de France, ouvre un nouvel espace sur son site : eglise-bioethique.fr. La CEF publie des fiches rédigées par le groupe de travail « Église et bioéthique » pour expliquer les enjeux des sujets abordés lors des États généraux.
    En mars 2017, à l’issue de leur Assemblée plénière d’automne, les évêques de France lançaient un groupe de travail « Église & bioéthique », placé sous la responsabilité de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes. Ce groupe de travail a proposé une organisation afin que les catholiques puissent débattre entre eux et que tous puissent être pris en compte et écoutés, sans jugement les uns sur les autres et dans un esprit évangélique (voir communiqué « États généraux de la bioéthique : quel monde voulons-nous pour demain ? »).
    Une de ses missions résidait dans l’élaboration d’une parole réfléchie, argumentée et livrable en temps opportun à l’occasion des débats publics lors des États généraux de la bioéthique. Cela afin de permettre aux catholiques et à toute personne de bonne volonté d’exercer pleinement leur mission de citoyen en participant au débat pour le bien de tous les français.
    Le groupe de travail propose donc aujourd’hui 10 fiches apportant chacune des éclairages sur les enjeux éthiques et scientifiques posés par les différents thèmes de ces États généraux de la bioéthique. Sont en ligne :

    La thérapie génique germinale
    Le don d’organes
    Le diagnostic prénatal
    La fin de vie
    L’assistance médicale à la procréation
    L’intelligence artificielle
    Les interactions biologie-psychisme
    L’utilisation des biotechnologies
    La recherche sur l’embryon humain
    La gestation pour autrui

    D’autres fiches à venir

    Ces fiches ont été travaillées par le groupe de travail « Église & bioéthique » composé des membres suivants :
    Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes,
    Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges,
    Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes,
    Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio,
    Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême,
    Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude
    P. Brice de Malherbe, diocèse de Paris
    P. Bruno Saintôt, s.j.
    Pour accompagner la diffusion de ces fiches et rappeler les fondamentaux de l’Église sur ces questions, un nouvel espace est accessible dès aujourd’hui à l’adresse suivante :
    eglise-bioethique.fr


lundi 12 février 2018

  • Le pape François, premier pèlerin inscrit des JMJ de Panama !

    Mgr José Domingo Ulloa Mendieta
    Sa Sainteté le Pape François s’est inscrit hier, dimanche 11 février, de façon inattendue, comme premier pèlerin des Journées Mondiales de la Jeunesse, Panama 2019, donnant ainsi le lancement formel du processus d’inscription des pèlerins à cet événement international.
    Après avoir terminé la traditionnelle prière de l’Angélus, depuis le balcon de son bureau qui donne sur la Place Saint Pierre, le Saint Père a pu s’inscrire électroniquement. Le Saint-Père s’est inscrit en compagnie de deux jeunes à l’aide d’une tablette électronique et a déclaré: «Aujourd’hui s’ouvre l’inscription aux Journées mondiales de la jeunesse qui auront lieu au Panama en janvier 2019. (…) Je me suis inscrit En tant que pèlerin, j’invite tous les jeunes du monde à être fidèles et enthousiastes à cet événement de grâce et de fraternité, à assister au Panama et à participer à leurs propres communautés. »
    En apprenant la nouvelle, l’Archevêque de Panama, José Domingo Ulloa Mendieta, président du Comité Organisateur Local (COL) a signalé:

    Je viens de me lever et de découvrir avec une grande surprise que le premier pèlerin, le Pape François s’est inscrit (…) Nous sommes agréablement surpris.Nous sommes reconnaissants pour ce geste plus particulièrement aujourd’hui, alors que nous célébrons Notre Dame de Lourdes. La lecture que je fais de ce contexte que nous offre le Saint Père est que Marie envoie un message à tous les jeunes du monde, qui est que nous ne devons pas avoir peur, ajouta l’Archevêque.

    Après les tests qui doivent être effectués sur la plateforme, les inscriptions pour les pèlerins du monde ouvrent aujourd’hui, lundi 12 février à 8h00 (heure du Panama), comme nous en a informé Víctor Chang, Secrétaire Exécutif du COL.
    Le mode d’emploi détaillé du processus d’inscription se trouve dans les cinq langues officielles, bien que le dispositif d’inscription n’inclue pas le portugais.
    Article rédigé par l’équipe organisatrice au Panama


  • Commentaires du dimanche 18 février

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 18 février 2018
    1er dimanche de Carême

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de la Genèse 9, 8 – 15
    8 Dieu dit à Noé et à ses fils :
    9 « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous,
    avec votre descendance après vous,
    10 et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous :
    les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre,
    tout ce qui est sorti de l’arche.
    11 Oui, j’établis mon alliance avec vous :
    aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge,
    il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »
    12 Dieu dit encore :
    « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous,
    et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous,
    pour les générations à jamais :
    13 je mets mon arc au milieu des nuages,
    pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre.
    14 Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre,
    et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages,
    15 je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous
    et tous les êtres vivants :
    les eaux ne se changeront plus en déluge,
    pour détruire tout être de chair. »

    L’ARC EN CIEL, SYMBOLE DE L’ALLIANCE
    Dans la Bible, le récit du Déluge et de l’Arche de Noé occupe quatre chapitres. Or notre lecture d’aujourd’hui n’en a retenu que quelques lignes qui sont les dernières parce que ce sont les plus importantes. C’est l’Alliance que Dieu propose à Noé et, à travers lui, à toute l’humanité.
    Dans ces quelques lignes, il y a cinq fois le mot « Alliance » : « J’établis mon Alliance avec vous » dit Dieu ; une promesse qui ne figure nulle part ailleurs que dans la Bible : un véritable pacte entre Dieu et les hommes, un projet bienveillant de Dieu sur l’humanité : voilà une idée que l’homme n’a jamais trouvée tout seul : il a fallu la Révélation biblique.
    Et cette Alliance perpétuelle entre Dieu et les hommes est symbolisée par l’image extraordinaire de l’arc en ciel. Evidemment l’arc-en-ciel existait depuis bien longtemps quand l’auteur de la Genèse a écrit son texte : mais quelle magnifique inspiration ! Cet arc-en-ciel qui semble unir ciel et terre, qui coïncide avec le retour de la lumière après la tristesse de la pluie, c’est un beau symbole pour l’Alliance entre Dieu et l’humanité ; sans compter le jeu de mots qui est valable en hébreu comme en français : dans les deux langues, c’est le même mot qui désigne l’arc en ciel et l’arc de tir qui servait alors pour la guerre : l’image qui nous est suggérée, c’est Dieu qui laisse son arme posée au mur.
    Le message de l’auteur biblique, ici, c’est : chaque fois que vous voyez un arc-en-ciel, souvenez-vous que Dieu est l’ami des hommes. J’ai bien dit « l’auteur biblique ». Il parle d’Alliance entre Dieu et les hommes, il parle d’arc-en-ciel. Mais c’est l’Esprit Saint qui l’inspire. Ailleurs on ne parle pas encore de la même manière. Car la Bible n’est pas le seul livre à parler du Déluge, mais elle est le seul à en parler de cette manière.
    Je m’explique : la Bible n’est pas la première à avoir raconté une histoire de déluge : le récit du livre de la Genèse a été écrit entre 1000 et 500 av.J.C. Or, bien avant, vers 1600 av. J.C., en Mésopotamie circulaient deux légendes (celles d’Atra-Hasis et de Gilgamesh), qui racontent également un déluge : les récits du déluge, celui de la Bible et ceux de Babylone, se ressemblent beaucoup ; si bien qu’il paraît évident que l’auteur biblique connaissait les récits babyloniens. L’histoire est à peu près la même : un héros (qui s’appelle Atra-Hasis ou bien Outnapishtim en Babylonie, Noé dans la Bible) est averti par la divinité d’un déluge imminent. Il construit un bateau et y fait monter toute sa famille et des spécimens de tous les animaux ; les écluses du ciel s’ouvrent et le déluge engloutit la terre ; lorsque la pluie cesse, le bateau s’arrête et le capitaine lâche des oiseaux qui partent en reconnaissance pour voir où en est l’asséchement de la terre. Quand la terre est redevenue habitable, le héros quitte l’arche avec sa famille et offre un sacrifice.
    L’EXPLICATION DU DELUGE A BABYLONE ET DANS LA BIBLE
    Il y a donc d’énormes ressemblances entre le récit biblique et ses ancêtres babyloniens ; mais il y a aussi des différences, et ce sont elles qui nous intéressent. C’est là que l’on peut déchiffrer la Révélation.
    En ce qui concerne la cause du déluge, pour commencer, partout à cette époque, on est persuadé que Dieu est la cause première de tous les événements ; donc, dans les récits babyloniens et biblique, il ne fait aucun doute que le déluge a été commandé par la divinité ; mais ce n’est pas pour les mêmes raisons : à Babylone, on raconte que les dieux sont fatigués par les hommes qu’ils avaient créés pour leur bon plaisir et leur service, et qui, en fin de compte, troublent leur tranquillité ; dans la Bible, le message est tout différent : les hommes ne sont pas les jouets des caprices de Dieu ; c’est leur conduite mauvaise qui a contrecarré le projet initial ; voilà ce que dit la Bible : « Le SEIGNEUR vit que la méchanceté de l’homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son coeur n’était porté qu’à concevoir le mal et le SEIGNEUR se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre. Il s’en affligea et dit : J’effacerai sur la surface du sol l’homme que j’ai créé… Mais Noé trouva grâce aux yeux du SEIGNEUR ».
    Ce qui veut dire que, pour l’auteur biblique, premièrement, les hommes sont responsables de leur destin ; deuxièmement, Dieu n’engloutit pas les innocents avec les coupables.
    Autre différence, à la fin du voyage, le déluge une fois terminé, dans l’épopée de Gilgamesh, le héros babylonien est emmené au ciel et devient lui-même une divinité : il échappe définitivement au sort de l’humanité. La Bible entrevoit tout autre chose : Noé reste un homme avec lequel Dieu renouvelle son projet de la Création. L’auteur emploie les mêmes mots pour Noé et pour Adam : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre… » (Gn 9, 2 et Gn 1, 28). Et Dieu plante définitivement son arc dans les nuages pour faire Alliance avec l’humanité.

    PSAUME – 24 (25), 4-5ab, 6-7, 8-9
    SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies,
    fais-moi connaître ta route.
    Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
    car tu es le Dieu qui me sauve.
    Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse,
    ton amour qui est de toujours.
    Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse,
    dans ton amour, ne m’oublie pas.
    Il est droit, il est bon, le SEIGNEUR,
    lui qui montre aux pécheurs le chemin.
    Sa justice dirige les humbles,
    il enseigne aux humbles son chemin.

    TU ES LE DIEU QUI ME SAUVE
    Le psaume 24/25 est l’un de ceux qui nous sont proposés le plus souvent par la liturgie : ce qui veut dire qu’il doit être pour nous le modèle de la prière par excellence. Effectivement, on y trouve rassemblés les thèmes majeurs de la prière et de la foi d’Israël. Dans les quelques versets d’aujourd’hui, j’en retiens au moins trois :
    Dieu nous sauve, Dieu nous enseigne, Dieu nous aime. Et c’est parce qu’il nous aime qu’il nous sauve et nous enseigne.
    Premier thème : le Dieu qui sauve ; c’est le premier article du credo d’Israël, et le verbe « sauver » dans la foi juive, est synonyme de « libérer ». Dieu a libéré son peuple de l’esclavage en Egypte, d’abord ; il l’a libéré de l’Exil à Babylone, ensuite : deux expériences de salut, de libération accompagnées d’un formidable déplacement géographique ; le don de la terre Promise, la première fois, puis le retour à Jérusalem.
    Mais il y a d’autres esclavages, et donc d’autres libérations : Dieu en se révélant progressivement à son peuple, l’a, par le fait même, libéré des idoles ; le pire esclavage au monde est celui de l’idolâtrie. Parce que, même en prison ou en esclavage, on peut encore arriver à garder sa liberté intérieure ; mais quand on est sous la coupe d’une idole, il n’y a plus de liberté intérieure.
    Ne serait-ce pas même la définition d’une idole : ce qui occupe nos pensées au point de prendre la première place dans notre vie, et en définitive, de penser à notre place !
    Ce Dieu libérateur invite ceux qui croient en lui à être à leur tour des libérateurs ; en ce début de Carême, il n’est pas inutile de nous rappeler le fameux texte d’Isaïe : « Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs ! N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras : devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas. Alors ta lumière poindra comme l’aurore… ta justice marchera devant toi et la gloire du SEIGNEUR sera ton arrière-garde. » (Is 58, 6-8).
    IL ENSEIGNE AUX HUMBLES SON CHEMIN
    Deuxième thème de la foi d’Israël : la Loi est un cadeau de Dieu ; c’est la conséquence de la découverte que Dieu nous libère ; la Loi est donnée à Israël pour lui enseigner à vivre en peuple libre et pour être à son tour libérateur. « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies… Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi… Le SEIGNEUR enseigne aux humbles son chemin… Il montre aux pécheurs le chemin, sa justice dirige les humbles ».
    Après avoir dicté la Loi à Moïse, Dieu lui a dit, comme une confidence : « Si seulement leur coeur était décidé à me craindre et à observer tous les jours tous mes commandements, pour leur bonheur et celui de leurs fils, à jamais ! » (Dt 5, 29) et Moïse a dit au peuple : « Vous veillerez à agir comme vous l’a ordonné le SEIGNEUR votre Dieu sans vous écarter ni à droite ni à gauche. Vous marcherez toujours sur le chemin que le SEIGNEUR votre Dieu vous a prescrit afin que vous restiez en vie, que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession » (Dt 5, 32 – 33).
    On notera au passage l’image du chemin : « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route… Le Seigneur montre aux pécheurs le chemin, il enseigne aux humbles son chemin. » Et le verbe « diriger » évoque bien lui aussi l’image d’un chemin : « Dirige-moi par ta vérité… Sa justice dirige les humbles ».
    L’image du chemin est typique des psaumes pénitentiels : parce que le péché, au fond, c’est une fausse route. Celui qui parle ici et qui demande à Dieu de lui indiquer le bon chemin (« SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route… ») est un pécheur qui sait d’expérience qu’il a bien du mal par lui-même à rester sur le droit chemin. En français aussi, soit dit en passant, on emploie l’image du chemin pour désigner notre conduite morale, puisqu’on parle du « droit chemin ». Et, en hébreu, le mot « conversion » signifie « demi-tour ». Dans la Bible, le pécheur qui se convertit fait un véritable demi-tour ; il tourne le dos aux idoles, quelles qu’elles soient, qui le faisaient esclave et il se tourne vers Dieu qui le veut libre. Au fond, le véritable examen de conscience, ce pourrait être celui qui nous fait découvrir ce qui nous empêche d’être libres pour aimer Dieu et nos frères.
    RAPPELLE-TOI, SEIGNEUR, TA TENDRESSE DE TOUJOURS
    Troisième thème de la foi d’Israël : Dieu est Amour, il n’est que Don et Pardon. « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse, ton amour qui est de toujours » ; on reconnaît là un écho de la définition que Dieu a donnée de lui-même à Moïse dans le Sinaï : « Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté… » (Ex 34, 6). Ce qui veut dire, une fois encore, qu’on n’a pas attendu le Nouveau Testament pour accueillir cette révélation. L’amour de Dieu est de toujours, l’Ancien Testament le sait très bien : après l’expérience de la libération d’Egypte, après la découverte de ce Dieu qui propose son Alliance à son peuple, on a pu réfléchir en termes neufs sur l’acte créateur de Dieu ; et, du coup, la conception du peuple d’Israël sur la création s’est mise à différer considérablement de celle des autres peuples. Désormais, on a compris que l’acte créateur de Dieu est un acte d’amour ; si Dieu a créé l’humanité, ce n’est pas pour satisfaire ses caprices ou son désir d’avoir des esclaves, comme on croyait en Mésopotamie, c’est par amour.
    Un amour qui s’étend à l’humanité de tous les pays et de toutes les époques : c’est ce qu’exprime le récit du Déluge, qui est notre première lecture de ce premier dimanche de Carême. En Israël, quand on pense à l’Alliance proposée par Dieu à son peuple élu, on n’oublie jamais qu’elle s’inscrit dans un cadre plus large qui est l’Alliance de Dieu avec toute l’humanité.
    Enfin, puisqu’il est Amour, Dieu n’attend rien en retour : l’amour est toujours gratuit, ou alors ce n’est pas de l’amour ! Il suffit de se laisser combler. Décidément ce psaume 24/25 est tout indiqué pour entrer en Carême !

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Pierre 3, 18 – 22
    Bien-aimés,
    18 le Christ, lui aussi,
    a souffert pour les péchés,
    une seule fois,
    lui, le juste, pour les injustes,
    afin de vous introduire devant Dieu ;
    il a été mis à mort dans la chair,
    mais vivifié dans l’Esprit.
    19 C’est en lui qu’il est parti proclamer son message
    aux esprits qui étaient en captivité.
    20 Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir,
    au temps où se prolongeait la patience de Dieu,
    quand Noé construisit l’arche,
    dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes,
    furent sauvées à travers l’eau.
    21 C’était une figure du baptême
    qui vous sauve maintenant :
    le baptême ne purifie pas de souillures extérieures,
    mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite,
    et il sauve par la résurrection de Jésus Christ,
    22 lui qui est à la droite de Dieu,
    après s’en être allé au ciel,
    lui à qui sont soumis les anges,
    ainsi que les Souverainetés et les Puissances.

    LE CHRIST A ACCEPTE DE SOUFFRIR
    On sait peu de choses sur les circonstances de la rédaction de cette lettre, adressée par saint Pierre à des Chrétiens d’Asie Mineure, ce que nous appelons aujourd’hui la Turquie ; on suppose qu’il s’agit d’une période de persécution, puisque Pierre dit « le Christ a souffert lui aussi. »
    Ce qui explique les encouragements prodigués à plusieurs reprises par l’apôtre ; par exemple : « Au cas où vous auriez à souffrir pour la justice, heureux êtes-vous… Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte (sous-entendu devant les tribunaux). » (1 P 3, 14-15). Et c’est là que commence notre texte d’aujourd’hui par les mots « Car le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes… » Traduisez : votre espérance s’appuie sur la mort et la résurrection du Christ, c’est cet événement pascal qui doit vous donner toutes les audaces.
    En évoquant la souffrance du Christ, Pierre applique à Jésus l’image du Serviteur souffrant d’Isaïe (Is 53) : « Lui, le juste, il a souffert pour les injustes… » Pierre n’a pas besoin d’en dire plus :
    car, un peu plus haut, dans cette même lettre, il a longuement développé ce thème : « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces. Lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche duquel il ne s’est pas trouvé de tromperie ; lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, dans sa souffrance ne menaçait pas, mais s’en remettait au juste Juge ; lui qui, dans son propre corps a porté nos péchés sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont les meurtrissures vous ont guéris. Car vous étiez égarés comme des brebis, mais maintenant vous vous êtes tournés vers le berger et le gardien de vos âmes. » (1 P 2, 21-24).
    Ses lecteurs, visiblement familiers de l’Ancien Testament, comprennent très bien l’allusion. Celui que le prophète Isaïe appelle le « Serviteur » est un envoyé de Dieu : il est persécuté, mais la vision de ses souffrances convertit le cœur de son peuple. Alors ce Serviteur éliminé injustement est reconnu juste et connaît un véritable triomphe : « Il est haut placé, élevé, exalté à l’extrême » disait Isaïe (53, 1). Là encore, Pierre fait l’application à Jésus-Christ : « Dans sa chair, il a été mis à mort, dans l’esprit (c’est-à-dire par l’Esprit), il a été rendu à la vie… (il est ressuscité), il est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu. »
    Et tout ceci, c’était pour nous, « afin de nous introduire devant Dieu » comme dit Pierre. Et l’expression « pour nous » est à entendre au sens le plus large possible : c’est-à-dire que, tous, qui que nous soyons, pouvons bénéficier de cette oeuvre du Christ : « Il est mort pour les injustes ». Même ceux qui, au temps de Noé, n’avaient pas été dignes de monter dans l’Arche, même ceux-là ont entendu désormais le message du salut : « Il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort. Ceux-ci, jadis, s’étaient révoltés au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche. »
    SON EXEMPLE PEUT TRANSFORMER NOS COEURS
    Donc, s’il fallait résumer le début de ce passage, on pourrait dire : le Christ est mort pour tous une fois pour toutes. Reste à savoir comment nous entrons dans ce salut offert : en acceptant de nous attacher au Christ, de nous greffer sur lui pour qu’il nous transforme à son image. Concrètement, Pierre nous dit que cette transformation s’opère « par le Baptême ». Reprenant l’exemple de Noé, il dit : « Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l’eau. C’était une image du Baptême qui vous sauve maintenant… » Il veut dire ici que les baptisés sont comme Noé sortant à l’air libre après le Déluge ; Noé, parce qu’il était un homme au coeur droit, a pu entendre et accepter la proposition d’Alliance de Dieu : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous… » (Gn 9, 9 : notre première lecture). A notre tour, sortant des eaux du Baptême, nous pouvons entrer dans la Nouvelle Alliance : il nous suffit d’être prêts à nous « engager envers Dieu avec une conscience droite ». « Etre baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ. »
    On retrouve ici en filigrane un autre thème cher à Pierre, celui de la pierre d’achoppement : pour celui qui croit, Jésus-Christ est un rocher sur lequel il s’appuie ; pour celui qui refuse de croire, Jésus-Christ est la pierre d’achoppement, le rocher qui fait tomber. L’eau joue le même rôle : cause de mort pour ceux qui refusent de croire, cause de vie pour les baptisés. L’eau a noyé les contemporains de Noé… elle a noyé les Egyptiens (au temps de Moïse) ; la même eau a porté le bateau de Noé et a protégé le peuple en se retirant devant lui et en faisant des remparts de part et d’autre de son passage. La même eau peut faire de nous des frères de Jésus-Christ, par le Baptême : il nous suffit de croire, avec une « conscience droite ».
    Désormais, nous sommes comme Noé : il a été sauvé, mis à part, en quelque sorte, pour être le signe et le témoin de la volonté de Dieu de faire Alliance avec l’humanité tout entière ; à notre tour, baptisés, nous sommes signes et témoins de l’Alliance universelle. Pierre insiste sur cette universalité de la proposition d’Alliance de Dieu : c’est pour cela qu’il note le chiffre « huit » : « Quand Noé construisit l’arche… un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l’eau. » Huit, dès l’Ancien Testament, était le chiffre de la Création nouvelle, puisque la première Création (Gn 1) se déroulait en sept jours. Ces huit personnes (Noé, sa femme, et les trois couples de ses enfants) étaient ceux par qui Dieu reprenait son projet de création. Ce n’était encore qu’une image : la véritable re-création commence avec la résurrection du Christ, la nouvelle humanité naît dans les eaux du Baptême : c’est pour cela que de nombreux baptistères chrétiens des premiers siècles ou des clochers d’églises sont octogonaux.

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 12 – 15
    En ce temps-là,
    Jésus venait d’être baptisé
    12 Aussitôt l’Esprit le pousse au désert
    13 et, dans le désert,
    il resta quarante jours,
    tenté par Satan.
    Il vivait parmi les bêtes sauvages,
    et les anges le servaient.
    14 Après l’arrestation de Jean,
    Jésus partit pour la Galilée
    proclamer l’Evangile de Dieu ;
    15 il disait : « Les temps sont accomplis :
    le règne de Dieu est tout proche.
    Convertissez-vous
    et croyez à l’Evangile. »

    LES TENTATIONS DE JESUS
    Chaque année, le premier dimanche de Carême, nous lisons le récit des Tentations chez l’un des trois évangélistes synoptiques ; cette année, nous les lisons dans Saint Marc, c’est-à-dire dans la version la plus discrète possible : « Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt, l’Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient. »
    Marc ne nous précise pas quelles tentations Jésus a dû affronter, mais la suite de son évangile nous permet de les deviner : ce sont toutes les fois où il a dû dire non ; parce que les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes, et que, homme lui-même, il était entouré d’hommes, il a dû faire sans cesse le choix de la fidélité à son Père.
    L’épisode qui nous vient tout de suite à l’esprit, c’est ce qui s’est passé près de Césarée de Philippe : « En chemin, Jésus interrogeait ses disciples : Qui suis-je, au dire des hommes ? Ils lui dirent Jean le Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, l’un des prophètes. Et lui leur demandait : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Prenant la parole, Pierre lui répond : Tu es le Christ. Alors il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. » (Mc 8, 27-30).
    Cette sévérité même est certainement déjà signe d’un combat intérieur. Et tout de suite après, Marc enchaîne « Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’Homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » (Ce qui, évidemment, cadrait mal avec le titre glorieux qui venait de lui être décerné par Pierre). Et vous connaissez la suite : « Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander. Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre ; il lui dit : Retire-toi ! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » Il y a là, dans la bouche de Jésus l’aveu de ce qui fut la plus forte peut-être des tentations : celle d’échapper aux conséquences tragiques de l’annonce de l’évangile.
    Tentation terriblement subtile : car elle s’accommode parfaitement bien d’un beau discours ; c’est au moment même où Pierre vient de faire la plus belle déclaration, le plus bel examen de théologie (!), qu’il est pour le Christ occasion de tentation.
    Jusqu’à la dernière minute, à Gethsémani, il aura la tentation de reculer devant la souffrance : « Mon âme est triste à en mourir… Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 34-36) Il est bien clair ici que sa volonté doit faire effort pour s’accorder à celle de son Père.
    Jésus a eu certainement, on vient de le voir, la tentation de ne pas souffrir ; il a connu aussi celle de réussir ; là encore, son entourage l’y poussait ; le succès pouvait bien devenir un piège : « Tout le monde te cherche » (Mc 1, 37), lui disaient ses disciples à Capharnaüm ; je vous rappelle le contexte ; le matin du sabbat à la synagogue, d’abord, où il avait délivré un possédé, puis la journée au calme chez Simon et André, où il avait guéri la belle-mère de Pierre ; le soir tous les alentours étaient là, qui avec son malade, qui avec son possédé ; et il avait guéri de nombreux malades ; la nuit suivante, avant l’aube, il était sorti à l’écart pour prier ; déception à la maison quand le jour s’était levé : s’il était parti ?
    « Tout le monde te cherche »… Il avait dû s’arracher : « Allons ailleurs dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Evangile : car c’est pour cela que je suis sorti. » (Mc 1, 38). Pour cela et pas pour autre chose… Elle est là, la tentation : se laisser détourner de sa mission.
    LE CHOIX DE LA FIDELITE
    Cela a commencé très tôt, certainement, quand il a fallu affronter les moqueries de quelques proches ; toute vocation au service des autres impose des arrachements ; sa propre famille a parfois été un obstacle à sa mission : « Les gens de sa parenté vinrent pour s’emparer de lui. Car ils disaient il a perdu la tête » (Mc 3, 21).
    Cette souffrance de l’incompréhension traduit une autre sorte de tentation, celle de convaincre par des actes spectaculaires : « Les Pharisiens vinrent et se mirent à discuter avec Jésus ; pour lui tendre un piège, ils lui demandent un signe qui vienne du ciel. Poussant un profond soupir, Jésus dit : Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? En vérité, je vous le déclare, il ne sera pas donné de signe à cette génération… Et les quittant, il remonta dans la barque et il partit sur l’autre rive. » (Mc 8,11-12). Très certainement, quand Jésus décide brusquement de fausser compagnie à ses interlocuteurs du moment, que ce soient ses amis ou ses adversaires, c’est qu’il a un choix à faire.
    Ce choix est celui de la fidélité à sa mission : qu’il soit le Messie, tout le monde y pense depuis le début ; mais le problème c’est qu’une fois encore, les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres ; par exemple, on attendait, on espérait un Messie politiquement puissant, qui chasserait l’occupant romain et restaurerait la liberté politique d’Israël ; Jésus a dû sans cesse prêcher la seule grandeur de l’amour ; c’est pour cela qu’à plusieurs reprises, il impose le secret à ceux qui ont entrevu son mystère (que ce soit à la Transfiguration ou ailleurs) : il ne veut pas laisser son entourage s’engager sur une fausse piste.
    On ne s’étonne pas non plus qu’il ait vécu paisiblement au désert pendant quarante jours (chiffre symbolique) au milieu des bêtes sauvages : car c’est bien ainsi que le prophète Isaïe avait défini l’harmonie qui règnera dans la création nouvelle : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. » (Is 11). Marc nous dit ici : Jésus est l’homme véritablement libre par rapport à toutes les tentations, le premier-né de l’humanité nouvelle.


  • Homélie du dimanche 18 février

    Dimanche 18 février 2018
    1er dimanche de Carême

    Références bibliques :
    Du livre de la Genèse. 9. 8 à 15 : « Je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre vous et moi et entre tous les êtres. »
    Psaume 24. « Il enseigne aux humbles son chemin. »
    Lettre de saint Pierre. 1 Pierre 3 18 à 22 : « Demander à Dieu une conscience purifiée… il nous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ. »
    Evangile selon saint Marc. 1. 12 à 15 : « Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. »
    ***
    UNE ALLIANCE ENTRE TOUS LES ETRES.
    Il ne serait pas inintéressant de reprendre cette parole du livre de la Genèse : « L’alliance entre vous, moi et tous les êtres. » Cette parole : « tous les êtres » n’est pas à négliger.
    L’homme ne peut se considérer comme étant hors de la création, même s’il est « à l’image et à la ressemblance de Dieu ».
    Créature par son humaine nature, il participe à l’évolution même de cette création matérielle et animale. Il en bénéficie. Il doit aussi la respecter dans une alliance que nous appelons actuellement « sauvegarde de la création ». Il doit l’améliorer. Il doit épanouir toutes les possibilités de la nature, sans en abuser, sans la détériorer, sans la détruire.
    Il en connaît les limites, mais par l’intelligence qu’il a reçue, il peut les repousser, et ce qui lui est demander, c’est de ne jamais les dévier. L’Incarnation du Fils de Dieu parmi les hommes nous dit bien cette richesse de la création, ses failles, ses possibilités, par delà tout événement, puisque c’est par cette Incarnation que la Rédemption est Résurrection.
    D’ailleurs, la tentation même au désert en est une illustration. Le pain n’est pas une fin en soi, il est nourriture comme l’est la Parole de Dieu. « L’homme ne vit pas seulement de pain. » Seulement, mais aussi. Plus tard les noces de Cana seront dans le même registre. « Ils n’ont plus de vin. » Jésus ne répond pas que ce qu’ils ont bu est largement suffisant. C’est Lui qui donne en surabondance des centaines de litres de vin, comme première expression du « vin du Royaume éternel » aux soir du Jeudi-Saint.
    Mais nous sommes au seuil de notre Carême et l’Eglise donne sans aucun doute la préférence à l’Alliance que Jésus ne veut pas briser entre lui, l’Homme-Dieu, et son Père, au moment où Satan tente de rompre cette Alliance.
    LE TEMPS DE L’ALLIANCE NOUVELLE EST ARRIVE
    Dans l’évangile de ce premier dimanche de Carême, saint Marc, à la différence des autres évangélistes, reste très sobre dans son évocation du séjour de Jésus au désert. Pourtant, il nous donne l’essentiel du mystère qu’est le Christ.
    Le baptême de Jésus venait de se vivre au cœur même de la réalité trinitaire. L’Esprit repose sur Lui, comme la colombe sortie de l’arche, au temps de Noé. Au Jourdain, elle témoigne de l’alliance renouvelée. Il a entendu son Père lui dire : »Celui-ci est mon Fils bien-aimé.
    Jésus est « poussé par l’Esprit » et la parole de son Père résonne encore à ses oreilles, à sa mémoire et à son cœur. Elle est toute proche, car c’est bien elle qu’il a médité durant les quarante jour qu’il consacre au silence. Il ne peut la délaisser cette Parole venue du ciel à l’intention de ses futurs disciples. Il l’assume en restant, malgré tout, le Fils bien-aimé et il y répond personnellement par son attitude à l’encontre de Satan.
    Le mystère de la tentation du Christ se situe donc dans ce mystère trinitaire. Il repousse les avances du mal et il reste en totale communion avec son Père, garde ainsi « un cœur pur », celui dont il dira quelques jours plus tard, au sermon sur la montagne : »Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu.» Ils auront la vision, la perception même de Dieu en eux.
    C’est poussé par cet amour vécu dans l’Esprit que le Fils de l’Homme dira : »Tu ne serviras que Dieu seul. » Une réponse qui doit être aussi la nôtre et à laquelle il nous invite à notre tour, par delà toute tentation, puisque nous sommes marqués par la vie trinitaire de notre baptême et des sacrements dont nous vivons.
    « Un cœur purifié reflète Dieu », disait saint Grégoire de Nysse. A nous de demander au Seigneur, ce cœur purifié, selon la parole de saint Pierre aux premiers chrétiens. « Dans sa chair, il a été mis à mort. Dans l’esprit, il a été rendu à la vie…Etre baptisé c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ. » (1 Pierre 3. 21)
    LA MISERE DE L’HOMME
    Jésus n’avait pas besoin de recevoir le baptême de pénitence. Jean Baptiste le lui avait dit. Toutefois, Jésus a voulu assumer toute notre humanité avec sa misère, et non pas seulement par un simple geste significatif en descendant dans le Jourdain.
    Il a voulu l’assumer dans sa totalité, hormis le péché, mais en partageant toutes les conséquences de ce péché. Et c’est là que se situe sa tentation au désert, qui n’a connu aucun témoin. C’est lui seul qui a pu en parler, nous disant ainsi jusqu’où allait son identification à l’homme, lui qui nous appelle à l’identification divine dans le mystère trinitaire.
    Dans son état originel, selon les premiers chapitres du livre de la Genèse, la nature humaine n’était pas divisée entre le bien et le mal. Tant qu’ils restèrent en alliance avec Dieu, la nature humaine resta « entière ». C’est parce que nos premiers parents ont accepté la première tentation au Jardin d’Eden, que l’unité humaine a été fragmentée par le péché.
    L’homme n’est plus totalement à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il ne « récapitule » plus en lui toute la nature, il n’en récapitule que quelques éclats. Le péché a été cause de la destruction de cette unité. Bien plus, l’homme isolé de Dieu, s’isole de ses frères, les uns tendus contre les autres, et c’est le premier meurtre, celui d’Abel par son frère Caïn.
    A l’inverse, Jésus « récapitule » toute l’humanité, comme elle était en sa réalité première. Le Père peut mettre toute sa joie en son Fils puisque toute sa vie d’homme aura pour sens de redonner vie nouvelle à l’unité fragmentée.
    Et Satan veut refaire ce qu’il a réussi au Jardin d’Eden. Cette fois, c’est au désert. Il veut dissocier celui qui vient de s’y retirer, en l’entraînant à n’être qu’un « éclat » de gloire éphémère au pinacle du Temple, aux horizons des royaumes.
    Les tentations, dont ne parle pas saint Marc, mais qui sont évoquées par Matthieu et Luc, sont dans la ligne même de la première tentation au seuil de l’humanité. Puisque Jésus d’une certaine façon vient « reprendre tout au stade initial » par le salut qu’il porte en lui, puisqu’il « récapitule » en lui-même toute l’humanité dans sa réalité première, sans le péché, Satan, comme aux premiers jours, va tenter de le dissocier de Dieu et de lui-même par les épreuves auxquelles il le soumet.
    Il lui propose les richesses, les biens matériels, le pouvoir. Il sait qu’en tout homme, il y a avidité de domination, qui s’exerce d’une manière ou d’une autre. Il sait qu’en chacun de nous il y a soif de vivre, une soif que rien d’humain ne suffit à épancher, une soif qui appelle une eau jaillissant en vie éternelle (Jean 4. 10 à 16).
    Jésus n’est pas indifférent. Il tient tête en restant en totale communion avec son Père. Il répond avec les paroles mêmes qui expriment la pensée de Dieu.
    Il y eut un soir d’une autre tentation, celle du Jardin des Oliviers. Là encore le Christ a dû choisir, seul avec son humanité. Sa soif de vivre s’est épanchée dans le calice qu’il accepta de boire pour que reste totale sa communion à la volonté de son Père.
    Au désert, lorsqu’il eût éloigné Satan les anges vinrent le servir (Marc 1. 13) Au jardin de l’agonie, ils vinrent le réconforter au moment de sa décision (Luc 22. 43). L’Alliance n’était pas rompue
    INVITES A SUIVRE JESUS.
    Au désert, comme au jardin des Oliviers, Jésus était seul. La présence de son Père pouvait lui sembler bien lointaine. Nous aussi nous connaissons ce désert, cette nuit, cette solitude au moment de toute décision, face à notre conscience, face à nous-même, avec l’impression d’un grand silence de la part de Dieu.
    Si nous avons été aidés par des amis, par la Parole de Dieu, personne ne peut nous remplacer à ce moment ultime qui engage notre personne et tout notre être. C’est moi seul qui peut dire ce « oui » qui m’engage en réponse à la grâce de Dieu sur moi.
    Au désert, Jésus a vécu ce qu’il nous demande de dire et répéter dans le « Notre Père ». S’il a accepté d’être soumis aux tentatives déstabilisantes de Satan, aux tentations, aux épreuves que connaît tout homme un jour ou l’autre, il n’a pas succombé.
    Lorsque nous sommes, comme lui, « soumis à l’épreuve de la tentation », à donner nous aussi la preuve de notre fidélité à Dieu seul, il nous invite à le suivre. Durant ce Carême, c’est ce que sa miséricorde nous propose. Il nous invite à ne pas briser la communion qui est la nôtre avec le Père, comme il l’a demandé au soir du Jeudi-Saint quand il s’adresse à son Père, qui est notre Père : « Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole » (Jean 17. 20).
    ***
    « Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. » (prière d’ouverture de la messe)
     


jeudi 8 février 2018

  • Janvier 2018 : lettre de Mgr d’Ornellas aux catholiques d’Ille-et-Vilaine

    Il est temps que nous réveillons nos consciences endormies et celles de nos contemporains afin que, tous ensemble, nous nous émerveillions devant la beauté de la vie en chaque être humain, de sa conception à sa mort naturelle. Il est juste de prier à cette intention. Il est tout aussi juste que chacun prenne ses responsabilités.
    Chers amis, trouvez les moyens qui vous conviennent pour dire que chaque vie humaine est un trésor sans prix ! Témoignez  de vos expériences, car cela peut toucher les cœurs et convaincre celles et ceux qui en doutent.
    Mgr Pierre d’Ornellas, Archevêque de Rennes

    AUX CATHOLIQUES D’ILLE-ET-VILAINE
    « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
    le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?
    Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
    le couronnant de gloire et d’honneur. »
    Psaume 8,5-56
    Je vous invite à porter votre regard sur la vie humaine. Chère vie humaine, que dis-tu de toi-même ? Permettez-moi de vous partager une méditation. Prenez le temps de la lire jusqu’au bout. D’autant plus que ce 18 janvier, commencent en France les « États généraux de la bioéthique » au cours desquels bien des débats seront relatifs à notre vie. Chacun est invité, d’une manière ou d’une autre, à participer à ces débats. Face aux découvertes scientifiques, quelle vie voulons-nous vivre tous ensemble, avec nos différences ? Quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et demain ?
    Poser son regard sur la vie, c’est se risquer aux plus belles découvertes. Le pape François évoque souvent le « regard contemplatif ». Il s’agit d’un regard désintéressé et gratuit, qui se laisse instruire. Un regard attentif, qui ne se détourne pas en passant vite. Un regard bon, plein de patience et de confiance. Un regard bienveillant, qui n’est pas militant d’une cause. Bref, le regard de celui qui se laisse humblement toucher pour devenir émerveillé.
    Pour évoquer la vie humaine, je veux d’abord dire merci à celles et ceux qui vivent de ce regard. Comment ne pas les saluer ! Ils se rendent proches des personnes fragilisées car elles sont en fin de vie, ou bien âgées et dépendantes, handicapées mentales et physiques, ou en maladie chronique, traumatisées, ou encore emportées par des conduites addictives. Fragilisées car elles sont des femmes enceintes dont l’enfant à naître est porteur de malformations, ou parce qu’elles ont le désir de voir naître leur enfant, ce qui provoque leur rejet, parfois violent. Fragilisées car ce sont de tout petits enfants, qui viennent de naître ou vont naître avec leurs droits propres. De toutes ces personnes et d’autres encore, il est pris soin avec attention, en les accueillant, les accompagnant, les soutenant, les aimant.
    Ceux qui ont ce regard, je les ai vus briser les solitudes et s’engager dans une relation pleine d’empathie et de respect, envers ces personnes en vulnérabilité ! Ils en sortent toujours enrichis. Par leur expérience, ils savent que chacune est un trésor de vie, pour peu qu’on sache prendre du temps pour l’écouter et la recevoir telle qu’elle est. Ils comprennent l’importance de la juste compassion. Ils sont étonnés de leur espérance. Ils témoignent que la vie est belle, qu’elle est toujours incarnée dans des personnes en chair et en os, avec leur histoire, leur éducation et leur culture. Ils reconnaissent que chacune est absolument unique, tout en étant située dans une généalogie familiale qui donne sens à leur vie. Ils savent ainsi que la filiation de chacun doit être respectée avec la plus délicate attention.
    Ils sont une armée humble et silencieuse, qui prennent soin de nos frères et sœurs fragilisés. Ils sont professionnels de santé, acteurs du service à la personne, bénévoles dans des associations ou des aumôneries, anonymes dans leur famille ou leur voisinage.
    Oui, jour après jour, ils marchent à la rencontre de la vie : pour elle, ils se donnent beaucoup et ils en reçoivent beaucoup. Quel admirable échange, au quotidien de relations humaines pleines de qualité et d’intensité, de bonté et de compassion quand les souffrances sont là ! Qu’il est magnifique de prendre soin avec douceur et compétence de telle sorte que ces souffrances soient apaisées le plus possible !
    Ils ont vu que la vie est toujours un don à recevoir. Ils ont conscience que la dignité humaine est inviolable et inaliénable, quelles que soient les fragilités vécues. Ils ont compris que les personnes en grande vulnérabilité faisaient sortir d’eux des ressources insoupçonnées d’humanité. Car ces personnes ont des talents, et il serait dramatique qu’ils demeurent enfouis ou supprimés, par peur, indifférence, exclusion ou mépris. Elles donnent du sens à l’action collective grâce à leurs talents qui ne viennent pas de la force, ni de l’argent ni du pouvoir, mais du cœur, de la capacité à nouer des relations essentielles, à faire confiance, à engendrer la joie.

    Ces contemplatifs de la vie humaine entendent parfois des slogans apparemment assurés et savamment médiatisés. J’avoue que je comprends leur tristesse, voire leur colère, face à ces soit disant certitudes selon lesquelles il serait évident que telle vie humaine ne vaudrait plus la peine d’être vécue ou qu’il est possible de la produire selon nos simples désirs d’adulte. Ils ont d’ailleurs entendu les terribles désespoirs que ces paroles engendrent quand, sûres d’elles, elles disqualifient des vies de personnes très fragilisées qui ont le courage d’aimer la vie et de vivre.
    Ils se demandent alors si notre société n’aurait pas une conscience quelque peu endormie en raison des canons de la performance et de la rentabilité qui modèlent nos désirs. Ils s’interrogent sur nos techniques de plus en plus sophistiquées qui semblent agir comme des étalons de mesure pour évaluer une vie humaine sans défaut. Et même, ils s’inquiètent devant les marchands de rêves d’épanouissement idéal et sans limite, qui risquent de nous aveugler sur les capacités de vraies joies chez ces personnes vivant de grandes vulnérabilités.
    En se mettant à l’école de nos frères et sœurs en situation de vulnérabilité, on apprend que chaque vie humaine est belle et vaut la peine d’être vécue. On s’engage alors avec sollicitude auprès de celles et ceux qui souffrent devant les vulnérabilités dans leurs familles. On se fait proches pour les écouter respectueusement, les aider, les accompagner afin qu’eux aussi finissent peu à peu par découvrir la même chose. Aimer la vie, c’est ne juger personne, mais c’est apporter sa pierre pour que grandisse en notre société une culture de vie, de soin, de relation et d’accompagnement.

    « Chrétiens », c’est-à-dire « disciples » de Jésus, vous y avez une belle part. Vous savez que Dieu est le Dieu de la vie, qu’Il est venu nous révéler la beauté de la vie et qu’Il s’est identifié aux personnes dont la vie apparaissait la moins belle et la plus fragile. Jésus, qui aime la vie, est révolutionnaire ! « Il a fait resplendir la vie » (2 Timothée 1,10). Il a bouleversé le monde en apportant un message et un témoignage qui irriguent peu à peu les sociétés : le Royaume de Dieu appartient aux « petits » et ce sont eux qui le font grandir. Tout le monde le désire, car c’est un Royaume de paix et de justice, de liberté et de solidarité, de fraternité et de vie. Son éthique est guidée par l’amour « en actes et en vérité » (1 Jean 3,18).
    Il est temps que nous réveillions nos consciences endormies et celles de nos contemporains afin que, tous ensemble, nous nous émerveillions devant la beauté de la vie en chaque être humain, de sa conception à sa mort naturelle. Il est juste de prier à cette intention. Il est tout aussi juste que chacun prenne ses responsabilités.
    Chers amis, trouvez les moyens qui vous conviennent pour dire que chaque vie humaine est un trésor sans prix ! Témoignez de vos expériences, car cela peut toucher les cœurs et convaincre celles et ceux qui en doutent.
    Il s’agit de « rendre raison » de la beauté de la vie humaine, don de Dieu, mais « avec douceur et respect », comme nous y invite l’apôtre saint Pierre (1 Pierre 3,15-16).
    Rennes, le 17 janvier 2018
    + Pierre d’Ornellas
    Archevêque de Rennes


mercredi 7 février 2018

  • États généraux de la bioéthique : quel monde voulons-nous pour demain ?

    Depuis le 18 janvier, les débats des États généraux de la bioéthique ont commencé. Leur objectif est simple : permettre à tout citoyen de s’éclairer sur les avancées scientifiques et techniques concernant la bioéthique, se forger un avis et l’exprimer. Ces expressions devront ainsi éclairer les responsables politiques qui porteront la révision de la loi à la fin de l’année 2018. Si l’objectif est simple, les enjeux sont complexes et graves. C’est pourquoi, tous sont invités à participer à ces débats par le dialogue afin de rechercher les voies les plus justes.
    L’Église catholique entend prendre sa place et répondre, elle aussi, à la question de fond que ces États généraux nous posent : quel monde voulons-nous pour demain ?

    Débattre et comprendre
    Ainsi, grâce notamment au travail réalisé par le groupe d’évêques et d’experts présidé par Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, nous invitons les catholiques, ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté, à une prise de conscience des enjeux que ces nouvelles techniques soulèvent.  C’est le respect de l’être humain dans sa dignité et sa vulnérabilité qui est en jeu ; c’est aussi notre société qui est concernée dans son respect de la vocation séculaire de la médecine.
    Dans les diocèses, les paroisses, les aumôneries, les mouvements, les associations, les familles, il s’agit de sensibiliser chacun par l’explication et la formation, afin que la raison et la foi chrétienne portent ensemble une juste vision de l’humanité. Cette vision, déjà largement partagée par le bon sens de beaucoup, doit permettre de regarder avec confiance l’avenir en comprenant le bien des recherches scientifiques et en ne cédant pas aux sirènes idolâtres de la toute-puissance.
    L’homme se sait tout autant habité par la transcendance que par le désir de savoir ; il est foncièrement animé par le besoin de prendre soin des autres.  Et nul doute que la figure du « bon samaritain » est universelle et demeure un guide pour la mise au point et l’usage des techniques biomédicales et des technosciences aujourd’hui et demain.
    Comprendre et s’exprimer
    Ces États généraux de la bioéthique sont annoncés comme une occasion d’entendre et d’intégrer les contributions de tous en vue de la révision annoncée de la loi de 2011.
    Au nom de l’amour désintéressé de l’Église pour tout être humain, les évêques proposent aux catholiques, ainsi qu’à tous les hommes et femmes de bonne volonté, d’apporter leurs contributions par leurs réflexions et leurs témoignages.
    Les Espaces de réflexion éthique régionaux sont organisés dans ce but dans toute la France. Nous les invitons à s’y inscrire. De même, le Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) a mis en place un site internet pour recueillir nos avis de citoyens. Nous devons y apporter notre contribution.
    L’Église catholique saura prendre la parole en contribuant à la sérénité et à l’enrichissement du dialogue, heureusement voulu par le Gouvernement.  Comment se taire alors que la loi dessinera en partie la société de demain ?
    C’est en vue du bien commun dont notre société doit se soucier et dont l’État a la responsabilité, que l’Église catholique s’engage avec détermination dans ces États généraux, comptant sur la sincérité et l’objectivité annoncées du CCNE, chargé de présenter un rapport au Gouvernement.

    Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France
    Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, président de la CEF
    Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF
    Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF
    Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris
    Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois
    Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez
    Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise,
    Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux
    Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun
    Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers


lundi 5 février 2018

  • La dynamique JMJ est lancée !

    Dans moins d’un an, plus de 1000 français seront au Panama pour vivre les Journées Mondiales de la Jeunesse avec des centaines de milliers de jeunes du monde entier. Une « dynamique JMJ » commence à se mettre en place dans les diocèses français. En voici, quelques initiatives.
    Des rencontres de lancement à venir

    Le diocèse de La Réunion a organisé une matinée d’information le samedi 3 février à 9h30 à la maison diocésaine.
    Les jeunes du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron sont invités le mardi 30 janvier à Paul (maison Saint Jacques) ou le mercredi 31 janvier à Bayonne (maison diocésaine) pour réunions d’information en vue des JMJ. (https://www.pastojeunes64.com/jmj/194-jmj-internationales/jmj-2019-panama/819-reunions-d-information-jmj-panama-2019-a-pau-et-a-bayonne)
    Une réunion d’informations a lieu pour le le 17 février à partir de 14h à l’Escale Jeunes pour le diocèse de Besançon. Lien vers l’évènement Facebook : https://www.facebook.com/events/165045727462489/

    Ces réunions sont l’occasion pour les jeunes souhaitant partir aux JMJ d’avoir les premières informations sur ce que propose chaque diocèse pour le Panama. Lors de ces rencontres, un noyau dur de jeunes commence à se constituer en vue du voyage.
    Des soirées de lancement vécues dans la joie
    Pour lancer les JMJ, le diocèse de Nanterre a réuni les jeunes le 26 janvier pour un mini speed-Holy-Mary dating et un dîner aux saveurs du Panama. Le diocèse de Meaux quant à lui, a organisé sa soirée de lancement le 20 janvier autour d’un repas partagé.
    Une formule alliant spiritualité et charité
    Le diocèse de Lille propose aux jeunes de partir aux JMJ de Panama, du 22 janvier au 27 janvier, et de vivre ensuite une mission de coopération internationale en Haïti, du 28 janvier au 2 février. De quoi allier spiritualité et charité en actes ! Pour plus de renseignements : apolline.delesalle@hotmail.fr ou 06 40 59 91 63
    Une affiche créée pour annoncer l’événement
    Pour communiquer sur l’évènement, le diocèse de Créteil a réalisé une affiche. Une affiche personnalisée est un bon moyen de faire connaître la proposition d’un diocèse pour Panama et pour communiquer sur l’événement … Faites appel à vos jeunes pour la créer !
    Des jeunes acteurs du projet
    Lors de leur rencontre JMJ du 6 janvier 2018, les jeunes du diocèse d’Avignon ont choisi le diocèse de Santiago comme diocèse d’accueil pour la semaine en famille. C’est l’un des deux diocèses avec celui de Chitré a avoir été choisi par l’équipe nationale pour accueillir les pèlerins français.
    Pierre Deveaux,
    Membre de l’équipe nationale JMJ

    Si vous avez d’autres initiatives, dates de lancement ou événements à nous communiquer, n’hésitez pas à nous envoyer un mail : jmj2019@cef.fr


  • Commentaires du dimanche 11 février

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 11 février 2018
    6éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre des Lévites 13, 1-2. 45-46
    1 Le SEIGNEUR parla à Moïse et à son frère Aaron et leur dit :
    2 « Quand un homme aura sur la peau
    une tumeur, une inflammation ou une pustule,
    qui soit une tache de lèpre,
    on l’amènera au prêtre Aaron
    ou à l’un des prêtres ses fils.
    45 Le lépreux atteint d’une tache
    portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre,
    il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres,
    et il criera : Impur ! Impur !
    46 Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur.
    C’est pourquoi il habitera à l’écart,
    Son habitation sera hors du camp. »

    LE LEVITIQUE, UN LIVRE A DECOUVRIR
    Le livre du Lévitique n’est pas des plus faciles : il représente vingt-sept chapitres de réglementation souvent très minutieuse ; il n’y est question que du sacerdoce, et des règles à observer dans le culte aussi bien que dans la vie quotidienne pour rester dans l’Alliance avec Dieu. On est visiblement en présence d’un courant théologique particulier, très clérical : dans lequel les prêtres (les lévites, ce que l’on appelle le milieu sacerdotal) sont les intermédiaires privilégiés entre Dieu et le peuple.
    Rien à voir avec le livre du Deutéronome que nous lisions pour le quatrième dimanche, qui relève visiblement d’un autre courant théologique, dans lequel ce sont les prophètes qui sont les porte-parole de Dieu.
    Il faut savoir qu’après l’Exil, alors qu’il n’y avait plus ni roi ni prophète en Israël, ce sont les prêtres qui ont assumé la responsabilité de la survie spirituelle et même politique du peuple de l’Alliance. Car pour eux, et c’est ce qui fait la beauté profonde de ce livre, si on veut bien dépasser la première impression pour lire entre les lignes, l’Alliance proposée par Dieu à Israël est un honneur et une nécessité vitale : le Dieu Saint (c’est-à-dire le Tout-Autre) propose une véritable communion d’amour à ce petit peuple ; il est donc de la plus haute importance pour les fils d’Israël de rester dignes de la rencontre avec le Dieu Saint.
    Nous lisons rarement le Livre du Lévitique, mais, pour ce dimanche, il nous est proposé pour introduire l’évangile qui rapporte un cas de guérison de la lèpre par Jésus. Nous ne pouvons pas comprendre l’importance de ce miracle si nous ne connaissons pas le contexte dans lequel Jésus a agi : car les prescriptions de la loi du Lévitique concernant les lépreux étaient encore en vigueur de son temps.
    Ces prescriptions nous paraissent rudes : quand on a le malheur d’être malade, c’est évidemment une souffrance supplémentaire d’être un exclu. Or c’était très strict ; dès que quelqu’un présentait des signes d’une maladie de peau évolutive du type de la lèpre, il devait aussitôt se présenter au prêtre qui procédait à un examen en règle et qui décidait s’il fallait déclarer cette personne impure ; la déclaration d’impureté était une véritable mise à l’écart de toute vie religieuse, et donc à l’époque, de toute vie sociale. Car, être impur, c’était être inapte au culte et se voir privé de tout contact avec les autres membres du peuple saint qui doivent tout faire pour préserver leur pureté. Ainsi exclu de la communauté des vivants, le lépreux lui-même portait son propre deuil (vêtements déchirés, cheveux en désordre : versets 45-46).
    Job en était un bon exemple : atteint d’une maladie du genre de la lèpre, il en avait tiré lui-même les conséquences et s’était installé sur la décharge publique (Jb 2, 8) : il ne faisait en cela qu’observer cette législation du livre du Lévitique.
    Quand le malade pouvait se considérer comme guéri, il se présentait de nouveau devant le prêtre, lequel procédait à un deuxième examen très approfondi et déclarait la guérison et donc le retour à l’état de pureté et à la vie normale. Cette réintégration du malade guéri s’accompagnait de nombreux rites dits de purification : aspersions, bains, sacrifices.
    LE PRINCIPE DE PRECAUTION
    Pourquoi la lèpre prenait-elle une telle importance dans la vie sociale ? Probablement parce que c’est une maladie éminemment contagieuse, que personne ne savait encore soigner. La sagesse imposait donc la prudence pour préserver le reste de la population. On a là encore une preuve de la hiérarchie des priorités qui avait cours en Israël : le bien-être de l’individu doit céder le pas devant l’intérêt collectif.
    A noter que, à l’époque actuelle, pour préserver une population d’un risque de contamination bactérienne, on n’hésitera pas à prescrire une mise en quarantaine des personnes déjà atteintes. Certains écoliers sont prudemment interdits d’école lorsqu’il y a soupçon de méningite, par exemple. S’il s’agit d’animaux (peste aviaire, vache folle ou autre), on procèdera à des abattages systématiques. Notre vingt-et-unième siècle gère ainsi ce qu’il pense être un indispensable principe de précaution. Conscient pourtant que la personne mise en quarantaine subit une réelle exclusion, le pouvoir politique n’hésite pas à édicter de telles mesures, au nom de l’intérêt commun.
    Par ailleurs, spontanément on pensait que la maladie est toujours la conséquence d’un péché. Car Dieu est juste, nul n’en doute, et, à l’époque, on avait une conception pour ainsi dire arithmétique de la justice : les hommes bons sont récompensés à proportion de leurs mérites et les méchants sont punis selon une juste évaluation de leurs péchés. Cette loi que l’on appelle parfois la « logique de rétribution » ne souffrait, pensait-on, aucune exception. Au point que, devant une personne malade, on déduisait automatiquement qu’elle avait péché. Il y avait donc, là encore, une autre contagion à éviter. C’est pour cela, d’ailleurs, que le lépreux devait s’adresser au prêtre (et non au médecin !) pour déclarer la maladie aussi bien que la guérison.
    Il faut croire qu’au temps de Jésus les choses n’avaient guère changé puisque les lépreux engendraient encore la même répulsion et les mêmes mesures d’exclusion. Il a fallu un long travail de la Révélation pour découvrir que le Dieu miséricordieux est attiré par la misère (c’est le sens même du mot « miséricordieux »), et que nul n’est exclu, ce que Jésus est venu prouver par ses paroles et par ses actes.
    ——————————-
    Complément
    La lèpre fut longtemps considérée comme une maladie irrémédiablement incurable à tel point que les cas de guérison apparaissaient comme des miracles. A cet égard, l’exemple du général syrien, Naaman, est révélateur. Quand il s’était découvert lépreux, il était allé au palais de Damas, demander à son roi d’intervenir en sa faveur auprès du roi d’Israël ; car le bruit courait qu’il y avait là-bas un prophète guérisseur (il s’agit d’Elisée). Ce qui nous intéresse aujourd’hui dans l’histoire de Naaman, c’est la réaction du roi d’Israël qui prouve à quel point la lèpre passait alors pour un fléau sans recours. Quand il reçut la lettre du roi de Damas lui disant « Je t’envoie mon serviteur, le général Naaman, pour que tu le guérisses de sa lèpre », le roi d’Israël fut pris de panique. Le livre des Rois raconte : « Après avoir lu la lettre, le roi déchira ses vêtements et dit : Suis-je Dieu, capable de faire mourir et de faire vivre, pour que celui-là m’envoie quelqu’un pour le délivrer de sa lèpre ? Sachez donc et voyez : il me cherche querelle ! » (2 R 5, 7). Traduisez : bien sûr, je n’ai aucun espoir de sauver Naaman et le roi de Damas m’en voudra et je vais vers une catastrophe ; il est en train de se forger un prétexte pour pouvoir m’attaquer.

    PSAUME – 31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11
    1 Heureux l’homme dont la faute est enlevée,
    et le péché remis !
    2 Heureux l’homme dont le SEIGNEUR ne retient pas l’offense,
    dont l’esprit est sans fraude.
    5 Je t’ai fait connaître ma faute,
    je n’ai pas caché mes torts.
    J’ai dit : je rendrai grâce au SEIGNEUR
    en confessant mes péchés.
    Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute.
    11 Que le SEIGNEUR soit votre joie !
    Exultez, hommes justes !
    Hommes droits, chantez votre allégresse !

    LA JOIE DES PECHEURS PARDONNES
    « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! » Un pécheur pardonné rend grâce : rien d’étonnant, c’est l’expérience millénaire des croyants. A commencer par David, qui est resté dans les mémoires comme le type même du pécheur à la fois repentant et heureux du pardon accordé par Dieu1.
    Et on peut lire dans l’Ancien Testament des récits de célébrations pénitentielles qui étaient de véritables fêtes du pardon. Celle qui fut célébrée à la demande du roi Ezéchias est particulièrement bien décrite : « Le roi Ezéchias réunit les chefs de la ville et il monta à la Maison du SEIGNEUR (le temple). On amena sept taureaux, sept béliers, sept agneaux et sept boucs pour un sacrifice pour le péché à l’intention de la maison royale, du sanctuaire (le Temple avait été profané) et de Juda (le peuple), puis il dit aux prêtres, fils d’Aaron, de les offrir sur l’autel du SEIGNEUR… Ezéchias ordonna d’offrir le sacrifice sur l’autel et, au moment où commençait le sacrifice, commencèrent aussi le chant pour le Seigneur et le jeu des trompettes, avec l’accompagnement des instruments de David, le roi d’Israël. Toute l’assemblée resta prosternée, le chant se prolongea et les trompettes jouèrent, tout cela jusqu’à la fin du sacrifice. Comme on finissait de l’offrir, le roi et tous les assistants avec lui s’inclinèrent et se prosternèrent. Ensuite le roi Ezéchias et les chefs dirent aux lévites de louer le Seigneur (en chantant des psaumes)… et ils le louèrent à coeur joie, puis ils s’agenouillèrent et se prosternèrent. » (2 Ch 29, 20… 30).
    Mais la grande particularité de ce psaume 31/32 est son insistance sur l’importance de l’aveu ; c’est l’objet d’une strophe entière : « Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : je rendrai grâce au SEIGNEUR en confessant mes péchés. » Le livre des Proverbes avait déjà parlé de l’aveu comme condition de l’accueil du pardon de Dieu : « Qui cache ses fautes ne réussira pas ; qui les avoue et y renonce obtiendra miséricorde. » (Pr 28, 13). Non pas que Dieu conditionne son pardon ! Comme on dit que « Dieu est Amour », on peut dire que « Dieu est Pardon » ; car le pardon n’est rien d’autre que l’acte même d’aimer le pécheur. Ou alors on ne pourrait pas dire que Dieu est « miséricordieux », ce qui est pourtant l’une des définitions qu’il a données de lui-même depuis fort longtemps.
    L’IMPORTANCE DE L’AVEU
    Mais l’aveu reste nécessaire (pour nous) car il est l’indispensable opération-vérité ; c’est le sens du verset 2 : « Heureux l’homme… dont l’esprit est sans fraude. »
    L’aveu n’a évidemment pas le pouvoir d’enlever la faute, mais il ouvre notre coeur au pardon de Dieu. Isaïe le dit magnifiquement : « Recherchez le SEIGNEUR puisqu’il se laisse trouver, appelez-le puisqu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme malfaisant ses pensées. Qu’il retourne vers le SEIGNEUR qui lui manifestera sa tendresse, vers notre Dieu qui pardonne abondamment. CAR vos pensées ne sont pas mes pensées – oracle du SEIGNEUR. » (Is 55, 6-8). Ce que la première lettre de Saint Jean retraduit à son tour : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. » (1 Jn 1, 8-9).
    Comment ne pas être rempli de reconnaissance ? Au double sens du terme : « confesser » ses fautes (les reconnaître), c’est du même mouvement « confesser » (reconnaître, déborder de reconnaissance pour) l’amour miséricordieux, pardonnant, de Dieu. Le psaume décrit très bien cette expérience comme celle d’une véritable libération intérieure : le verset 3, que la liturgie de ce dimanche n’a pas retenu, disait la souffrance morale (et peut-être physique ?) de celui qui se refusait encore à l’aveu : « Je me taisais (refus de l’aveu) et mes forces s’épuisaient à gémir tout le jour ; ta main, le jour et la nuit, pesait sur moi ; ma vigueur se desséchait comme l’herbe en été. » Mais après l’aveu, le croyant s’écrie : « Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse, de chants de délivrance tu m’as entouré. »
    Alors il est armé pour devenir un témoin du pardon de Dieu ; il commence par tirer les leçons de son expérience et les offre à son entourage : « L’amour du SEIGNEUR entourera ceux qui comptent sur lui. Que le SEIGNEUR soit votre joie, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse ! » Saint Paul qui a fait, lui aussi, l’expérience personnelle forte du pardon de Dieu, cite ce psaume dans la lettre aux Romains (Rm 4, 6-8) et en tire deux leçons : premièrement, Dieu pardonne non à cause de nos oeuvres, mais gratuitement (l’aveu n’étant pas considéré comme une « oeuvre ») ; deuxièmement ce pardon de Dieu est offert à tout homme (circoncis ou non) : « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! » « Heureux l’homme » veut bien dire « tout homme ». Et la lettre à Timothée dit bien comment cette allégresse du pécheur pardonné devient un témoignage de salut pour tous (et donc une invitation à y entrer) : « S’il m’a été fait miséricorde, dit Paul, c’est afin qu’en moi, le premier, Christ Jésus démontrât toute sa générosité, comme exemple pour ceux qui allaient croire en lui, en vue d’une vie éternelle. » (1 Tm 1, 16).
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    Note
    1 – Le nom de David est rappelé en tête de ce psaume, comme souvent, pour nous inviter à nous couler dans l’attitude spirituelle de celui qui fut le type même du pécheur reconnaissant pour le pardon reçu.
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    Complément
    Par la suite, le roi Manassé a également organisé une grande célébration pénitentielle au Temple de Jérusalem (2 Ch 33, 16).

    NB : Le nouveau Lectionnaire Dominical indique pour ce dimanche le psaume 31 (32), alors que le calendrier liturgique officiel indique le psaume 101 (102). Voici donc le commentaire du psaume 101.
    PSAUME 101 (102), 2-3. 4-5. 6.13. 20-21
    2 SEIGNEUR, entends ma prière :
    que mon cri parvienne jusqu’à toi !
    3 Ne me cache pas ton visage
    le jour où je suis en détresse !
    4 Mes jours s’en vont en fumée,
    mes os comme un brasier sont en feu ;
    5 mon coeur se dessèche comme l’herbe fauchée,
    j’oublie de manger mon pain.
    6 A force de crier ma plainte,
    ma peau colle à mes os.
    13 Mais toi, SEIGNEUR, tu es là pour toujours ;
    d’âge en âge on fera mémoire de toi.
    20 « Des hauteurs, son sanctuaire, le SEIGNEUR s’est penché ;
    du ciel, il regarde la terre
    21 pour entendre la plainte des captifs
    et libérer ceux qui devaient mourir. »

    Nous n’entendons ce dimanche que quelques versets du psaume 101/102, il est beaucoup plus long que cela, puisqu’il comporte vingt-neuf versets, mais cet extrait est bien représentatif de l’ensemble : le psaume tout entier répète d’un bout à l’autre les deux mêmes choses avec autant de force : un appel au secours et la certitude que cet appel est entendu. Tout compte fait, ce sont deux aspects bien caractéristiques de la foi juive en toutes circonstances. Car, dans la Bible, le croyant ne doute jamais que son Dieu l’accompagne à tout instant et entend sa prière.
    Qui est ce plaignant dans le psaume 101 ? Le tout premier verset, ce qu’on appelle la « suscription », précise : « Prière du malheureux qui défaille et se répand en plaintes devant le SEIGNEUR ». Cela ne dit pas vraiment qui est ce malheureux : nous verrons tout à l’heure qu’il s’agit en fait du peuple tout entier, une fois de plus.
    Mais commençons par écouter sa plainte, elle est d’un réalisme poignant : car celui qui parle sait admirablement trouver les mots pour décrire sa souffrance : « Mes jours s’en vont en fumée, mes os comme un brasier sont en feu ; mon coeur se dessèche comme l’herbe fauchée, j’oublie de manger mon pain. A force de crier ma plainte, ma peau colle à mes os. » On croit entendre ici Job le lépreux : « Mes os collent à ma peau et à ma chair » (Jb 19, 20) et on sait quelle répulsion inspirait cette maladie : « Tous mes intimes m’ont en horreur, même ceux que j’aime se sont tournés contre moi. » Si bien que dès qu’une marque suspecte, qui pouvait ressembler à de la lèpre, apparaissait, on devait trembler devant les autres : « Tu m’as creusé des rides qui témoignent contre moi, ma maigreur m’accuse et me charge. » (Jb 16, 8). Et le malade sait bien qu’on parle dans son dos, on suppute sur l’évolution de la maladie, on se dit « tu as vu, il dépérit à vue d’oeil, ses os qu’on ne voyait pas deviennent saillants. » (Jb 33, 21).
    Voici quelques autres versets du psaume 101/102 : « Je ressemble au choucas du désert, je suis comme le hibou des ruines. Je reste éveillé et me voici, comme l’oiseau solitaire sur un toit… Comme pain je mange de la cendre, et je mêle des larmes à ma boisson… Mes jours s’en vont comme l’ombre, et je me dessèche comme l’herbe. »
    Celui qui s’exprime dans ce psaume est donc en pleine détresse ; mais qui est ce plaignant ? Le découpage des versets d’aujourd’hui ne permet pas de répondre ; en revanche, si on lit le psaume en entier, c’est on ne peut plus clair ; il s’agit du peuple d’Israël lui-même, appelé ici tout simplement « Sion ». Car, en réalité, l’évocation d’une maladie terrible n’est ici qu’une métaphore, une comparaison pour évoquer le grand drame vécu par le peuple d’Israël tout entier. Qu’il s’agisse du peuple, c’est une évidence lorsqu’on lit les versets 14 et 15 : « Tu te lèveras par amour pour Sion, car il est temps d’en avoir pitié : oui, le moment est venu ! Tes serviteurs tiennent à ses pierres, et sa poussière leur fait pitié. » Quant à savoir de quel malheur il s’agit, on le comprend à l’évocation de la poussière et des ruines : ce psaume est écrit à un moment où Jérusalem est détruite et l’on demande au Seigneur de la relever. Cela explique des versets comme ceux-ci : « Tous les jours mes ennemis m’outragent… Par ton indignation et ton courroux tu m’as soulevé et rejeté. » (versets 9 et 11).
    Et d’ailleurs la comparaison avec l’herbe fanée, qui revient deux fois dans ce psaume, nous mettait déjà sur la voie ; Isaïe l’avait employée au moment de l’exil à Babylone ; il disait : « le peuple, c’est de l’herbe » (Is 40) ; en écho, notre psaume se plaint : « Mon coeur se dessèche comme l’herbe fauchée ».
    Le malheureux qui s’exprime dans ce psaume, c’est donc le peuple d’Israël, exilé et prisonnier à Babylone, qui ne rêve que de rentrer au pays et de reconstruire Jérusalem.
    Mais en même temps, puisqu’on ne perd jamais la foi, on anticipe sur la reconstruction de la Ville Sainte : « Les nations craindront le nom du SEIGNEUR, et tous les rois de la terre, sa gloire : quand le SEIGNEUR rebâtira Sion… » (versets 16-17). Car cela ne fait pas de doute : depuis la Révélation du buisson ardent, ce peuple sait, de toute certitude, sans aucune hésitation possible, que Dieu entend nos prières : il est silencieux, peut-être, mais il n’est pas sourd. Et dans les moments les plus difficiles, le rôle des prophètes, justement, est de raviver l’espérance. On supplie : « SEIGNEUR, entends ma prière : que mon cri parvienne jusqu’à toi ! Ne me cache pas ton visage le jour où je suis en détresse ! » Mais on sait déjà que Dieu entend notre prière et on affirme : « Toi, SEIGNEUR, tu es là pour toujours ; d’âge en âge on fera mémoire de toi. » C’est pour cela que, déjà, on peut anticiper sur le relèvement de Jérusalem : « Tu te lèveras par amour pour Sion, car il est temps d’en avoir pitié… Des hauteurs, son sanctuaire, le SEIGNEUR s’est penché ; du ciel, il regarde la terre pour entendre la plainte des captifs et libérer ceux qui devaient mourir. »
    Le plus beau peut-être c’est que l’on se réjouit d’avance que le salut accordé au peuple élu soit une occasion de faire découvrir aux autres la grandeur de Dieu : « Les nations craindront le nom du SEIGNEUR… quand le SEIGNEUR rebâtira Sion… On publiera le nom du SEIGNEUR dans Sion et sa louange dans Jérusalem, quand se réuniront peuples et royaumes pour servir le SEIGNEUR. »

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Paul aux Corinthiens 10, 31 – 11, 1
    Frères,
    10, 31 tout ce que vous faites :
    manger, boire, ou toute autre action,
    faites-le pour la gloire de Dieu.
    32 Ne soyez un obstacle pour personne,
    ni pour les Juifs, ni pour les païens,
    ni pour l’Eglise de Dieu.
    33 Ainsi, moi-même,
    en toute circonstance, je tâche de m’adapter à tout le monde,
    sans chercher mon intérêt personnel,
    mais celui de la multitude des hommes,
    pour qu’ils soient sauvés.
    11, 1 Imitez-moi,
    comme moi aussi j’imite le Christ.

    NOTRE VIE QUOTIDIENNE N’EST PAS ORDINAIRE
    Il y a au moins deux leçons dans ce texte : une affirmation théologique, d’abord, qui devrait nous faire voir notre vie quotidienne sous un autre jour ; et ensuite une leçon de comportement.
    L’affirmation théologique est la suivante : parce que Dieu n’a pas dédaigné de se faire homme, aucun des aspects de votre vie n’est méprisable ; Dieu vous a ressemblé en tout, vous pouvez lui ressembler en tout. Car agir « pour sa gloire », cela veut dire que chacun de nos gestes, même les plus ordinaires, peut être un point de ressemblance avec Dieu. Nous ne pourrons plus jamais dire que l’un quelconque de nos gestes « manger, boire, ou n’importe quoi d’autre » serait comme on dit « bassement ordinaire » ! Plus rien n’est méprisable ou indigne ; chacune de nos actions peut être digne de Dieu. Depuis que le Verbe s’est fait chair, comme dit Saint Jean, nous savons que toute notre vie dans la chair peut être révélation de Dieu ; quand on parle du « mystère de l’Incarnation », on devrait dire la « merveille de l’Incarnation ». Voilà donc la grande nouvelle : nos gestes les plus ordinaires peuvent être religieux, vécus avec Dieu ; seulement, si l’on en croit Paul, ces mêmes gestes peuvent aussi devenir des obstacles pour les autres : « Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Eglise de Dieu. »
    Il s’agit ici, encore une fois, du problème posé à la conscience des nouveaux Chrétiens par la coutume païenne de sacrifier des viandes aux idoles : de telles viandes se retrouvaient ensuite (au moins en partie) sur le marché : un chrétien pouvait-il en manger ? (Les chapitres 6 à 11 de cette première lettre aux Corinthiens traitent de ce problème du comportement chrétien).
    La question s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus vaste qui est celui de la liberté : sur ce sujet, le grand principe de Paul, c’est : « Tout est permis, mais tout ne convient pas. » (6, 12 ; 10, 23). « Tout est permis », c’est une manière de dire que celui qui croit en Jésus-Christ ne vit pas sous un régime d’obligations et d’interdits ; pour Paul lui-même, élevé dans le plus grand respect et même l’amour de la loi juive, c’est une découverte capitale. Tous les commandements compliqués, précis, minutieux, concernant la circoncision, les ablutions, le sabbat, tout cela est aboli : Dieu ne demande rien, n’exige rien de tout cela. Plus personne ne peut nous imposer des obligations au nom de Dieu, sauf une, celle d’aimer. Quand il était Juif, Paul croyait être agréable à Dieu en observant fidèlement les six cent-treize commandements énumérés par les docteurs de la Loi ; une fois devenu Chrétien, il découvre que nous ne sommes plus « sous la Loi », comme il dit, mais « sous la grâce » (Rm 6, 14).
    TOUT EST PERMIS, MAIS TOUT NE CONVIENT PAS
    « Tout est permis, mais tout ne convient pas » : tout est permis, donc, mais à certaines conditions. La liberté n’est pas la licence de faire n’importe quoi ! Premièrement, il ne s’agit pas de s’affranchir de la loi juive pour retomber dans un autre régime d’obligations ; dans la lettre aux Galates, il insiste : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés » (Ga 5, 1). Deuxièmement, il reste un commandement, un seul, mais qui doit guider toute notre vie, le commandement d’aimer. Saint Augustin a résumé la doctrine de Paul en une maxime qui devrait nous accompagner toujours : « Aime et fais ce que tu veux ». Cela veut dire que nous sommes libres de prendre des initiatives, libres d’inventer le comportement qui nous paraît le meilleur dans chaque circonstance de notre vie, mais qu’une seule préoccupation doit nous guider dans nos choix, le souci des autres : « Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Eglise de Dieu. » On pourrait traduire « Ne risquez pas de choquer ». Dans les versets qui précèdent tout juste ceux d’aujourd’hui, Paul a dit : « Tout est permis, mais tout n’édifie pas. » (10, 23) : au sens de « tout est permis, mais tout ne construit pas (sous-entendu la communauté) ; il y a des comportements qui sèment la zizanie, et donc détruisent.
    On se rappelle que dans cette même lettre aux Corinthiens, Paul parle de l’utilisation des dons de chacun en donnant un seul critère « Que tout se fasse pour l’édification (au sens de construction) commune. » (1 Co 14, 26). A nous donc de choisir en chaque circonstance le comportement qui convient pour construire notre société.
    Suit un conseil un peu surprenant : « Imitez-moi » ; ce n’est pas de l’orgueil de la part de l’apôtre, évidemment, mais le conseil avisé de celui qui a déjà affronté les difficultés ; lui qui est Juif mais de culture grecque, et qui a fait le chemin du Judaïsme au Christianisme sait bien que l’évangélisation passe par le respect de chacun dans sa différence : « Je tâche de m’adapter à tout le monde ; sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ. » Or, que fait le Christ ? Il accueille tous les hommes, même les exclus, comme le lépreux (dans l’évangile de ce dimanche).
    Accueillir sans mépris, s’adapter sans se renier, voilà deux beaux mots d’ordre pour notre comportement quotidien ; encore nous faut-il apprendre à discerner au jour le jour en quoi consiste concrètement cette liberté : l’Esprit Saint nous a été donné pour cela.

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 40 – 45
    En ce temps-là,
    40 Un lépreux vint auprès de Jésus ;
    il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit :
    « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
    41 Saisi de compassion,
    Jésus étendit la main,
    le toucha et lui dit :
    « Je le veux, sois purifié. »
    42 A l’instant même,
    la lèpre le quitta
    et il fut purifié.
    43 Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt
    en lui disant :
    44 « Attention, ne dis rien à personne,
    mais va te montrer au prêtre,
    et donne pour ta purification
    ce que Moïse a prescrit dans la Loi :
    cela sera pour les gens un témoignage. »
    45 Une fois parti,
    cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle,
    de sorte que Jésus ne pouvait plus
    entrer ouvertement dans une ville,
    mais restait à l’écart,
    dans des endroits déserts.
    De partout cependant on venait à lui.

    LA GUERISON DU LEPREUX
    C’est le premier voyage missionnaire de Jésus : jusqu’ici, il était à Capharnaüm, que les évangélistes présentent comme sa ville d’élection en quelque sorte, au début de sa vie publique ; Jésus y avait accompli de nombreux miracles et il avait dû s’arracher en disant : « Allons ailleurs dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’évangile. » Et Marc ajoute : « Il alla par toute la Galilée ; il prêchait dans leurs synagogues et chassait les démons. » Nous sommes donc quelque part en Galilée, hors de Capharnaüm, quand un lépreux s’approche de lui.
    Il y a en fait dans ce récit deux histoires au lieu d’une : la première, celle qui saute aux yeux, à première lecture, est le récit du miracle ; le lépreux est guéri, il retrouve sa peau saine, et, du même coup, sa place dans la société. Mais en même temps que ce récit de miracle débute ici une tout autre histoire, bien plus longue, bien plus grave, celle du combat incessant que Jésus a dû mener pour révéler le vrai visage de Dieu. Car, en prenant le risque de toucher le lépreux, Jésus a posé un geste audacieux, scandaleux même.
    C’est certainement là-dessus que Marc veut attirer notre attention car les mots « purifier » et « purification » reviennent quatre fois dans ces quelques lignes : c’est dire que c’était un souci du temps ; la pureté, on le sait, était la condition pour entrer en relation avec le Dieu Saint.
    Tous les membres du peuple élu étaient donc très vigilants sur ce sujet. Et le livre du Lévitique (dont nous lisons un extrait en première lecture de ce dimanche) comporte de nombreux chapitres concernant toutes les règles de pureté ; Marc lui-même le rappelle plus loin, dans la suite de son évangile : « Les Pharisiens, comme tous les juifs, ne mangent pas sans s’être lavé soigneusement les mains, par attachement à la tradition des anciens ; en revenant du marché, ils ne mangent pas sans avoir fait des ablutions ; et il y a beaucoup d’autres pratiques traditionnelles auxquelles ils sont attachés : lavage rituel des coupes, des cruches et des plats. » (Mc 7, 3-4).
    Cette recherche de pureté entraînait logiquement l’exclusion de tous ceux que l’on considérait comme impurs ; et malheureusement, à la même époque, on croyait spontanément que le corps est le miroir de l’âme et la maladie, la preuve du péché ; et donc, tout naturellement, on cherchait, par souci de pureté, à éviter tout contact avec les malades : c’est ce que nous avons entendu dans la première lecture « le lépreux, homme impur, habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp. » (Lv 13). Ce qui veut dire que quand Jésus et ce lépreux passent à proximité l’un de l’autre, ils doivent à tout prix s’éviter ; ce qui veut dire aussi, et qui est terrifiant, si on y réfléchit, que, du temps de Jésus, on pouvait être un exclu au nom même de Dieu.
    Le lépreux n’aurait donc jamais dû oser approcher Jésus et Jésus n’aurait jamais dû toucher le lépreux : l’un et l’autre ont transgressé l’exclusion traditionnelle, et c’est de cette double audace que le miracle a pu naître.
    Le lépreux a probablement eu vent de la réputation grandissante de Jésus puisque Marc a affirmé un peu plus haut que « sa renommée s’était répandue partout, dans toute la région de Galilée. » Il s’adresse à Jésus comme s’il était le Messie : « Il tombe à ses genoux et le supplie : Si tu le veux, tu peux me purifier. » D’une part, on ne tombe à genoux que devant Dieu ; et d’autre part, à l’époque de Jésus, on attendait avec ferveur la venue du Messie et on savait qu’il inaugurerait l’ère de bonheur universel ; dans les « cieux nouveaux et la terre nouvelle » promis par Isaïe, il n’y aurait plus larmes ni cris (Is 65, 19), ni voiles de deuil (Is 61, 2). C’est bien cela que le lépreux demande à Jésus, la guérison promise pour les temps messianiques. Et Jésus répond exactement à cette attente : (littéralement) « Je veux, sois purifié. »
    Jésus s’affirme donc ici d’entrée de jeu comme celui qu’on attendait ; plus tard, il dira aux disciples de Jean-Baptiste : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Mt 11, 4-5). Pauvre, ce lépreux l’est vraiment : et de par sa maladie, et de par son attitude empreinte d’humilité : « Si tu veux, tu peux me guérir ». Il suffit de cet élan de foi pour que Jésus puisse agir.
    LE COMBAT DE JESUS CONTRE TOUTE EXCLUSION
    Mais ce miracle de Jésus est aussi le premier épisode de son long combat contre toutes les exclusions : car cette Bonne Nouvelle qu’il annonce et que le lépreux va s’empresser de colporter, c’est que désormais personne ne peut être déclaré impur et exclu au nom de Dieu. La description du monde nouveau dans lequel « les lépreux sont purifiés » est vraiment une « Bonne Nouvelle » pour les pauvres : non seulement les malades et autres lépreux sont guéris, mais ils sont « purifiés » au sens de « amis de Dieu ».
    Ce qui veut dire que si l’on veut ressembler à Dieu, être comme le Dieu qui « entend la plainte des captifs et libère ceux qui doivent mourir » (Ps 101/102), il ne faut exclure personne, mais bien au contraire, se faire proche de tous. Ressembler au Dieu saint, ce n’est pas éviter le contact avec les autres, quels qu’ils soient, c’est développer nos capacités d’amour. C’est très exactement l’attitude de Jésus ici, vis-à-vis du lépreux (Mc 1, 40).
    Et Paul (dans la deuxième lecture de ce dimanche) nous invite tout simplement à imiter le Christ : « Prenez-moi pour modèle, mon modèle à moi, c’est le Christ. » (1 Co 11, 1).
    Il reste que, pour aller jusqu’au bout du commandement d’amour (« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »), Jésus a transgressé la lettre de la Loi : il vient de poser un geste d’une extraordinaire liberté, mais tout le monde n’est pas prêt à comprendre ; d’où la consigne de silence qu’il impose au lépreux purifié : « Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. » Dès le début de sa vie publique, le combat qui va le mener à la mort est ébauché.
    La Passion est déjà évoquée dans ces lignes : Jésus rabaissé plus bas qu’un lépreux, souillé de sang et de crachats, exclu plus qu’aucun autre, exécuté en dehors de la Ville Sainte, sera le Bien-Aimé du Père, l’image même de Dieu : le « Pur » par excellence.
    ——————————–
    Complément
    Jésus était ce que nous appelons aujourd’hui un « pratiquant », puisque nous l’avons vu à la synagogue de Capharnaüm pour la célébration du sabbat. Cela ne l’empêche pas de désobéir à la Loi qui interdisait d’approcher le lépreux.


  • Homélie du dimanche 11 février

    Dimanche 11 février 2018
    6éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Du livre des lévites. 13 1 à 46 : « Sa demeure sera hors du camp ».
    Psaume 101 : « Ne me cache pas ton visage le jour où je suis en détresse. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 10 /11.1 : « Je tâche de m’adapter à tout le monde. Mon modèle, c’est le Christ. »
    Evangile selon saint Marc. 1. 40 à 45 : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
    JESUS A PITIE DE LUI
    A l’époque de Jésus, la lèpre était une source de répulsion et même de terreur. Pour les juifs, le lépreux était un pécheur et le verset 43 le rappelle. Or, ici, cet homme a bravé l’interdit qui l’excluait de la communauté et ne lui permettait aucun contact avec qui que ce soit. Il est entré dans la maison où se trouve Jésus.
    Il est au milieu des auditeurs. Ce qui l’a décidé à enfreindre cette loi très stricte, c’est qu’il est malheureux et n’a qu’une espérance : la bonté de celui dont il a entendu déjà tant de merveilles.
    Il compte sur sa puissance : « Si tu le veux, tu peux me guérir. » Jésus se trouve devant cet homme, et, dans le même temps, à tout ce qui l’exclut de la société.
    Dans les scènes antérieures, rapportées par saint Marc, il y est fait mention soit de la privation de la liberté physique, comme la maladie qui empêche la belle-mère de Pierre de rendre service, soit de la liberté spirituelle comme la possession d’un esprit mauvais.
    Dans les deux cas, cette maladie ou cette possession sont nettement distinguées du mal qui habite le cœur de l’homme.
    Par contre, pour la lèpre, il en était autrement, puisqu’elle est la conséquence du péché, selon la loi juive. A l’occasion de la guérison du paralytique, saint Marc nous dira clairement que Jésus a tout pouvoir contre le péché. Ce sera la lecture de dimanche prochain. Aujourd’hui il le démontre en affrontant cette double exclusion physique et spirituelle et en réintégrant le lépreux dans le peuple de Dieu. Il a pitié de cet homme, comme il a pitié de tout homme qui vit hors de la communauté des enfants de Dieu.
    L’AUTORITE DE JESUS
    Jésus étend la main et touche le lépreux qui est guéri au moment même de ce geste. Jésus ne craint ni l’impureté ni la contagion. Il sait qu’il est la guérison. Son pouvoir vient d’ailleurs, même s’il n’est pas d’une autre humanité que la nôtre et dont il fait les gestes simples : toucher, et sans autre parole que « Je le veux, sois purifié. »
    Et non pas de longues incantations comme le font tant et tant de charlatans. Il sait qu’il ne peut être souillé par cette lèpre comme il n’est pas souillé par le péché. Il est la Vie qui ne peut craindre la corruption.
    D’une certaine manière, il anticipe sa résurrection par cette guérison qui rend pleine vie à celui qui est venu lui demander de vivre comme tous les autres et au milieu d’eux. Ici saint Marc ne mentionne aucun questionnement de la part de ceux qui sont présents, alors qu’en d’autres circonstances, ils murmurent ou pensent : « Qui est-il ? »
    En faisant cette guérison, Jésus ne veut pas se mettre ni hors de la loi ni au-dessus d’elle. Il demande d’un ton sans réplique, et non pas sévère, que le lépreux en accomplisse les exigences en allant se montrer aux prêtres. Il est nécessaire que soit constatée la pureté reconquise et qu’ainsi cette attestation devienne un témoignage sans contestation ultérieure.
    Il nous faut reprendre le sens des termes grecs que Marc emploie. « La lèpre s’est éloignée », (Marc 1. 42) comme une réalité extérieure à cet homme. Il ne devient pas autre, il redevient lui-même. Il est purifié. Il en est de même pour nous tous.
    Quand nous nous retirons du péché, nous redevenons pleinement ce que nous sommes. Puis Jésus lui demande de partir. S’il a retrouvé son intégrité personnelle, le lépreux ne doit pas rester là à se réjouir de lui-même, à passer des heures de commentaires enthousiastes (Marc 1. 45) Jésus lui demande de s’éloigner, car il doit d’abord et sans attendre, réintégrer la communauté.
    D’ABORD POUR LA GLOIRE DE DIEU
    De son côté, Jésus s’éloigne pour se retirer dans des lieux « déserts » afin d’éviter aussi les enthousiasmes déplacés de la foule. Ceux qui veulent le rencontrer doivent entreprendre une démarche personnelle qui les engage parce qu’ils sont dégagés d’une ambiance qui les entraîne à ne voir que la guérison, sans aller à l’essentiel, qui est le message de la Bonne Nouvelle.
    Dès ces premiers moments de sa vie publique, le Seigneur prend bien soin d’éviter que chacun ne s’arrête à lui seul ou ne s’égare que dans des considérations trop humaines. Il le dira clairement, après la multiplication des pains, faisant remarquer à la foule qui le cherche : « Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains et que vous en avez été rassasiés. Travaillez pour la nourriture qui demeure en vie éternelle. » (Jean 6. 26)
    « Je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés », écrit ainsi saint Paul aux Corinthiens. L’Apôtre a pris le Christ pour modèle. (1 Cor. 11. 1)
    Nous devons agir et réagir ainsi. « Tout faire pour la gloire de Dieu » et non pour être admiré personnellement. Sinon cet intérêt personnel devient un obstacle (1 Cor. 10. 33)
    L’homme de Dieu ne se met ni sur le devant de la scène, ni dans le meilleur champ des caméras. Il est là pour conduire à Dieu dont il n’est que le serviteur.
    Dans le désert où bien souvent les hommes s’égarent, s’enlisent et s’affaissent épuisés, il est le chemin qui conduit à son Père, en qui demeure la Vie éternelle.
    ***
    « Accorde-nous, Dieu tout puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. » (prière d’ouverture) Quittons donc les lieux de nos habitudes, de nos égocentrismes satisfaits, de nos prétentions et de nos velléités, pour vivre « l’inlassable recherche des biens spirituels.


vendredi 2 février 2018

  • Mgr Philippe Christory, nommé évêque de Chartres

    Le Pape François a nommé ce vendredi 2 février, Mgr Philippe Christory évêque du diocèse de Chartres, il était jusqu’à présent curé de la paroisse de la Sainte-Trinité (Paris).
    Ordonné prêtre le 27 juin 1992 pour l’archidiocèse de Paris, au titre de la Communauté de l’Emmanuel, Mgr Philippe Christory fut de 1992 à 1998, vicaire de la paroisse de la Sainte-Trinité ; aumônier de « Trinité Jeune » ainsi que du lycée Condorcet.
    Puis, il devint curé de la paroisse Saint-Nicolas des Champs, fonction qu’il occupa de 1998 à 2004. Entre 2001 et 2003, Mgr Christory fut également directeur spirituel du Séminaire de Paris et responsable de la Maison Saint-Martin de Tours (Séminaire de Paris).
    En 2004, il fut mis à la disposition du diocèse de Fréjus-Toulon et devint curé in solidum de Sainte-Maxime et Cogolin, jusqu’en 2007.
    Entre 2002 et 2011, Mgr Christory fut membre du Conseil international de la Communauté de l’Emmanuel. En 2007, il devint curé de la paroisse Saint-Laurent (à Paris) jusqu’en 2014 avant d’être nommé curé de la paroisse de la Sainte-Trinité, fonction qu’il occupa jusqu’à ce jour.
    L’ordination épiscopale de Mgr Christory aura lieu le dimanche 15 avril en la cathédrale de Chartres.
    Ci-joint quelques détails biographiques de Mgr Philippe Christory.

    Contacts presse
    Diocèse de Chartres : Mme Karine Delamaire
    communication@diocesechartres.com – 07 85 28 99 66
    Diocèse de Paris : Karine Dalle
    kdalle@diocese-paris.net – 06 65 87 31 09


jeudi 1er février 2018

  • La Chandeleur : une grande fête chrétienne

    Fête gourmande pour les uns, jour de processions autour de la lumière pour les autres, le 2 février, la Chandeleur est tout cela et bien plus !
    La Chandeleur est le nom populaire de la fête chrétienne qui commémore la Présentation de Jésus au Temple. La tradition juive voulait que le premier garçon né dans une famille soit présenté au Temple de Jérusalem, quarante jours après sa naissance et consacré à Dieu (Luc 2; 22-23). L’Évangile raconte que le vieillard Siméon prit l’Enfant dans ses bras et l’annonça comme « Lumière pour éclairer les nations » (Luc 2,29-32). De cette annonce est née la traditionnelle utilisation de la lumière des cierges pour cette fête. Ainsi la Chandeleur, qui signifie « fête des chandelles », est l’occasion pour les chrétiens de bénir des cierges et d’organiser des processions.
    2 février : journée de la vie consacrée
    Mais le 2 février, l’Église universelle ne célèbre pas que la Chandeleur ! Ce jour est aussi dédié à la Journée de la vie consacrée.
    La première Journée de la vie consacrée fut célébrée en 1997 à l’initiative du pape Jean-Paul II. Elle est pour l’Église l’occasion de prier pour tous les consacrés qui décident de suivre les pas du Christ.

    Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars et Président de la Commission épiscopale pour la vie consacrée, présente la journée du 2 février dans un nouveau numéro des « Clefs de l’Église »

    Cliquez sur l’image pour voir la vidéo


  • Intention de prière du pape François pour février 2018

    Intention de prière : ceux qui ont un pouvoir matériel, politique ou spirituel

    Prions pour que ceux qui ont un pouvoir matériel, politique ou spirituel ne glissent pas vers la corruption.
    Prier au cœur du monde consacre son numéro à cette intention

    La corruption est un mal qui gangrène nos sociétés. Sournoise et discrète au début, elle peut envahir tous les domaines de la vie. Dans certains pays, elle est érigée en système par l’ensemble de la hiérarchie. Mais chacun de nous, s’il a une once de pouvoir, et s’il n’y prend pas garde, peut glisser insensiblement vers des actes pas très clairs, ou même franchement malhonnêtes (emplois au noir, pots de vin…). Prions le Seigneur pour les personnes qui ont du pouvoir, mais demandons-lui aussi de garder nos propres cœurs transparents. Que la justice guérisse ce mal qui ronge les relations sociales !
    Médiation
    Pour approfondir et méditer l’intention de prière de ce mois, nous vous proposons un court extrait d’un discours du pape François à une délégation de l’Association du Droit pénal.
    La corruption est un mal plus grand que le péché. Plus que pardonné, il doit être soigné. La corruption est devenue naturelle, au point de d’arriver à constituer un état personnel et social lié aux mœurs, une pratique habituelle dans les transactions commerciales et financières, dans les appels d’offre publics, dans chaque négociation à laquelle participent des agents de l’Etat. C’est la victoire des apparences sur la réalité et de l’impudence sur la discrétion honorable.
    Toutefois le Seigneur ne se lasse pas de frapper à la porte des corrompus. La corruption ne peut rien contre l’espérance.
    (…) Les formes de corruption qu’il faut poursuivre avec la plus grande sévérité sont celles qui causent  de graves dommages sociaux, aussi bien en matière économique et sociale – comme par exemple les graves fraudes contre l’administration publique ou l’exercice déloyal de l’administration – que dans toute sorte d’obstacles s’opposant au fonctionnement de la justice avec l’intention de procurer l’impunité pour les propres méfaits ou ceux de tiers.
    Pape François


mercredi 31 janvier 2018

  • Saint Jean Bosco, fêté le 31 janvier

    Nous fêtons aujourd’hui (31 janvier) Saint Jean Bosco qui est l’un des saints patrons des JMJ. La façon dont il a choisi de mettre sa vie au service des jeunes et les valeurs qui découlent de ce don sont encore d’actualités deux siècles après. Elles sont pour notre génération un modèle à suivre.
    L’ENFANCE DE SAINT JEAN BOSCO
    Saint Jean Bosco est né le 16 août 1815, dans un hameau près du village de Castelnuovo, dans la région d’Asti. Le Piémont était alors un royaume indépendant dans une Italie éclatée dont la capitale était Turin.
    Les parents de Jean, François Bosco et Marguerite Occhiena, étaient de simples paysans qui vivaient de leur travail, et avaient confiance en la Providence Divine. Quand Jean eut deux ans, son père mourut. Sa mère, ayant mis sa confiance en Dieu, affronta vaillamment la situation, à un moment où la faim envahissait les villages et où les populations mourraient sur les chemins, la bouche pleine de mauvaises herbes.

    Mère, si je puis arriver un jour au sacerdoce, je consacrerai ma vie aux enfants. Je les aimerai et m’en ferai aimer. Je leur donnerai de bons conseils, et me dépenserai sans mesure pour le salut de leurs âmes

    Marguerite, sa mère, fut la personne qui influença le plus Jean Bosco. Femme exigeante et affectueuse, dotée d’une grande intuition pédagogique, elle éduqua son fils dans le travail, dans la connaissance de Dieu et dans l’expérience de sa présence pleine d’amour et d’attention. Cette façon d’agir dans la confiance face à toute difficulté, fut déterminante pour la formation de Jean.
    À l’âge de neuf ans, il fit un rêve qui le marqua pour le reste de sa vie. Il se vit au milieu d’un champ, près de la maison, et d’un groupe d’enfants qui jouaient et s’amusaient. Mais parmi eux, certains s’insultaient et se disputaient. Jean tenta de les calmer à renfort de cris et de coups. Soudain, Jésus apparut sous la forme d’un bel homme qui lui dit : « Ce n’est pas avec des coups, mais avec amour et patience que tu les feras tiens et qu’ils deviendront tes amis. Alors, tu pourras leur enseigner à fuir le péché et agir dans la vertu ». Rempli de confusion, Jean répondit qu’un enfant ignorant comme lui était incapable d’éduquer ces jeunes. L’homme lui indiqua que la figure qui le guiderait dans l’apprentissage de l’obéissance et de la science vraie était sa propre mère, Marie. Celle-ci à son tour lui dit en lui montrant le groupe d’enfants : « Voici ton champ de mission. Sois fort, humble et robuste ». Jean, toujours en rêve, éclata en sanglots sans rien entendre. Alors Marie lui mit la main sur sa tête et lui dit : « Quand l’heure sera venue, tu comprendras tout ». Des années plus tard, alors adulte, Don Bosco reliera ce rêve à sa vocation d’éduquer la jeunesse.
    L’ESPRIT SALÉSIEN VÉCU PAR SAINT JEAN BOSCO

    Sans affection, pas de confiance, et sans confiance, pas d’éducation !

    Jean Bosco prit saint François de Sales comme modèle de vie chrétienne et maître spirituel. Il fut inspiré par son caractère et son zèle apostolique, qu’il appliquera à sa mission d’éducateur des jeunes défavorisés des banlieues ouvrières de Turin.
    L’esprit salésien vécu par Don Bosco se caractérise par une vision optimiste et humaniste du devoir éducatif. Tout jeune, si défavorisé qu’il puisse paraitre, est capable de croître et de se construire en tant que personne. Il appartient à son éducateur de savoir trouver le chemin pour arriver à son cœur et commencer le travail éducatif. Don Bosco est très prompt à la joie, il voyait en elle la manifestation de la félicité qu’apporte l’évangile de Jésus. Ce n’est pas le nombre d’oraisons qui fait le chrétien, mais la joie qui rayonne parce qu’elle amène le trésor de l’évangile en soi.
    Pour Don Bosco, la responsabilité constituait une partie cruciale de la vie, un point essentiel pour « avancer dans la sainteté ». Pour lui, il est nécessaire de commencer par bien faire les choses de chaque jour, accomplir son devoir, afin d’arriver à être de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens.
    La présence de Marie compta beaucoup dans la spiritualité de Don Bosco.  Il l’invoquait sous le vocable d’auxiliatrice des chrétiens, parce qu’il était convaincu de la présence maternelle de Marie dans toute son œuvre, et par-dessus tout, dans son travail éducatif en faveur des jeunes déshérités. Il dédia à Marie Auxiliatrice le sanctuaire qu’il construisit à Turin et lui confia l’institut religieux féminin qui porte son nom.
    Le style éducatif de Don Bosco repose sur un accompagnement suivi des jeunes et sur la construction d’un dialogue approfondi.  La convivialité quotidienne facilite la transmission des valeurs et l’éducation des enfants. L’éducation salésienne se construit à partir de l’amitié, d’un dialogue cordial et affectueux. Dans l’éducation salésienne, les châtiments n’ont pas de sens, c’est à partir de l’affectif que l’on corrige et éduque une personne dans sa totalité, en affectant sa personnalité, son intégration dans la société et son ouverture à la transcendance.
    Pour Don Bosco, les sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation ont une valeur pédagogique indispensable. L’objectif de l’éducation est «d’atteindre la sainteté », c’est-à-dire parvenir à être des chrétiens authentiques, des hommes et des femmes sachant vivre l’évangile chaque jour, avec le sens de la responsabilité et de la joie, engagés dans la vie civile et ecclésiale.
    LA VOCATION DE SAINT JEAN BOSCO

    Sa vocation sacerdotale grandit peu à peu. Il observa dans la rue les prêtres des villages, qui engagés avec zèle dans leur devoir, ne s’adressaient pourtant jamais aux enfants. Ils n’entretenaient de liens  qu’avec les adultes. « Si j’étais prêtre, j’agirais différemment. Je m’approcherais des enfants et des jeunes pour discuter avec eux et leur donner de bons conseils. »
    À l’âge de quatorze ans, il fit la connaissance de Don Calosso, un vieux paroissien d’un petit village voisin. Il trouva en lui une belle âme sœur. Il devint son guide spirituel.  Jean ouvrit son cœur et apprit de cet homme à vivre du fruit des sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, ainsi qu’à prendre chaque jour un moment pour l’oraison personnelle. Ce seront les fondements de sa formation spirituelle.
    Un an après, il entra à l’école, tardivement pour son âge. Sa mémoire et son intelligence éveillée font qu’il avance rapidement, et que, en peu d’années, il rattrapera son retard. Jean devint meneur parmi ses compagnons d’école et de jeux, grâce à sa sympathie, ses facilités scolaires et son honnêteté. Il fonda avec eux la « Société de la joie » qui reposait sur deux règles : tout d’abord éviter tout ce qui n’est pas conforme aux évangiles et ensuite assumer ses responsabilités dans les études et dans la vie chrétienne. Les membres de cette société se réunissaient pour étudier ensemble, assister à la catéchèse et à la messe – et surtout – pour se divertir par le jeu, les petites histoires et la lecture d’aventures.
    À l’âge de vingt ans, une fois ses études initiales et pré-universitaires achevées, se pose la question de son avenir. La vocation sacerdotale lui apparaît clairement, mais, où l’exercer ? En tant que prêtre diocésain ou en tant que religieux ? Après avoir réfléchi un temps, il décida d’entrer dans le monastère de saint François dans la ville de Chieri. Mais il n’est pas en paix et une nuit alors qu’il peine à trouver un sommeil serein, une voix l’interpelle : « Dieu te prépare pour d’autres moissons ». Suite à cela, il se rendit voir un prêtre, parent d’un de ses amis, et décida enfin d’entrer dans le séminaire diocésain de Chieri.
    L’année 1841 fut une des années les plus importantes de la vie de Jean Bosco. Il acheva ses études théologiques et fut ordonné diacre puis prêtre. À la fin de cette même année, il initia de manière d’abord timide, ce qui deviendra des années plus tard l’Œuvre salésienne. Le samedi 27 mars, il reçut le diaconat, et peu de temps après, le 5 juin, jour de Vigile, il fut ordonné prêtre.
    C’est tout un projet de vie qui se révéla à lui lors de la retraite qui précéda son ordination : « Le prêtre ne va pas seul au ciel ou en enfer ; il y va accompagné des personnes qu’il a aidées ou qu’il a scandalisées. Pour cette raison : 1. je m’écarterai de tous ceux qui me distraient de ma vocation sacerdotale ; 2.  je travaillerai sans repos pour l’évangile ; 3. Je ferai tout avec la patience et la douceur de Saint François de Sales ; 4. Chaque jour, je consacrerai un moment à l’oraison personnelle ; 5. Je me tiendrai toujours disponible aux autres, surtout en ce qui concerne l’éducation à la foi. »
    DON BOSCO, ÉDUCATEUR ET FONDATEUR D’UNE FAMILLE RELIGIEUSE
    En 1846, il demanda à sa mère qu’elle l’accompagne à Turin et qu’elle reste vivre avec lui pour devenir la mère de ces enfants orphelins de père, d’affection et d’éducation. Elle accepta avec une grande disponibilité et partit avec son fils s’établir dans la petite maison de Valdocco.
    Dans cette petite maison, Don Bosco commença à loger quelques enfants. Il leur offrit une chambre et le couvert ; il leur chercha du travail, et pendant la nuit et les jours de fête, il leur apprit à lire et à écrire et il leur donna une formation religieuse.
    Marguerite joua quant à elle le rôle de mère : elle les lavait et leur cousait des vêtements, elle leur donnait de bons conseils, ou les grondait si nécessaire. La petite maison Pinardi se révéla trop petite. C’est pour cette raison que Don Bosco se lança alors dans la construction d’une église à côté de la maison. Il la dédiera à son modèle dans l’apostolat de la jeunesse, Saint François de Sales.
    Des années plus tard, il fera à construire une élise plus grande, un sanctuaire marial authentique, dédié à Marie l’Auxiliatrice des chrétiens.
    A partir de 1849, Don Bosco réunit également des jeunes plus âgés et parmi eux certains découvraient un début de vocation sacerdotale. Don Bosco les préparait, en partageant avec eux la responsabilité de l’éducation et du catéchisme des enfants plus jeunes Beaucoup le quittèrent, mais d’autres restèrent avec lui.
    Le 26 janvier 1854, il proposa à quatre d’entre eux de s’engager temporairement dans une expérience pastorale et éducative auprès des enfants, sous le patronage de Saint François de Sales, avec la possibilité de s’engager au-delà, d’une manière permanente. Depuis ce jour, les membres de cette famille de collaborateurs sont appelés salésiens.
    PÈRE ET MAITRE DE LA JEUNESSE

    Don Bosco resta actif jusqu’aux derniers moments de sa vie. En avril 1883, il visita Paris où il fut accueilli avec la réputation d’un saint. En avril 1866, il passa un mois entier à Barcelone où il prêcha et réalisa diverses guérisons.  Il meurt le 31 janvier 1888 à Turin, après être resté alité durant un mois, totalement épuisé. Toute sa vie fut consacrée aux jeunes ouvriers de Turin et du monde.
    J’ai promis à Dieu que tant qu’il me resterait un souffle de vie, ce serait pour mes chers enfants.

    Don Bosco fut déclaré Saint par Pie XI en 1934. Avec le temps, Don Bosco fut reconnu comme patron de la formation professionnelle et des jeunes apprentis, de l’industrie du cinéma à Brasilia, en Patagonie etc. Il fut déclaré Père et Maître de la Jeunesse par Jean Paul II en 1988 à l’occasion du centenaire de sa mort.
     

    Des valeurs toujours d’actualité pour les jeunes d’aujourd’hui.
    Son style de vie :
    – une vision optimiste et humaniste
    – joyeux et avec le sens de la responsabilité
    – importance de l’amitié, du dialogue cordial et affectueux
    – la proximité et les bons conseils
    – l’étude et l’honnêteté
    – leader étudiant
    – amour de l’éducation, des enfants et de la jeunesse
    – la valeur pédagogique de l’Eucharistie et de la Réconciliation
    – la dévotion à Marie Auxiliatrice des chrétiens
    – avoir un projet de vie


lundi 29 janvier 2018

  • MRJC : rencontre entre les responsables du MRJC et les évêques du CMAF (Conseil pour les mouvements et associations de fidèles)

    Un communiqué publié le vendredi 20 janvier par le Conseil d’administration du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) a suscité de nombreuses réactions par voie de presse et de réseaux sociaux, dont celle de la Conférence des évêques de France le samedi 21 janvier lui demandant modification des propos.
    Réunis ordinairement ces 29 et 30 janvier 2018, le Conseil des évêques pour les mouvements et associations de fidèles souhaite apporter les éclairages nécessaires, espérant ainsi sortir de la confusion générée cette semaine.
    Lorsqu’elle est canoniquement reconnue comme mouvement d’Église, une association de fidèles a véritablement la confiance de l’Église catholique pour porter et diffuser une parole conforme au magistère et fidèle à l’Évangile. Elle peut même être soutenue au travers de la nomination d’une aumônerie pour l’accompagner dans sa mission, parfois aussi par la mise à disposition de locaux et de moyens logistiques, selon les capacités des diocèses.
    Sur la base de cette confiance, la liberté de parole est légitime dans la mesure où elle sert la vocation de tout baptisé à transformer le monde à la lumière de l’Évangile. Il est normal d’avoir une diversité d’approches. Si les situations sont éclairées par un même enseignement à portée universelle, les implications concrètes et singulières peuvent être, quant à elles, diverses.
    Le MRJC génère en bien des espaces ruraux des initiatives originales pour retisser et servir les liens des personnes habitant un même territoire. Par son engagement auprès des jeunes, et du travail réalisé avec les collectivités publiques et associations, il est souvent force de proposition là où des progrès sont réalisables pour un développement humain intégral.
    Ce développement s’enracine cependant dans une culture de la vie. C’est pourquoi la Conférence des Évêques a interpellé le MRJC. Car si l’Église entend la souffrance des personnes qui affrontent la perspective d’une naissance difficile, elle ne peut considérer l’avortement comme une réponse appropriée.
    Ce qui est attendu d’un mouvement d’Église sur une question aussi grave est de pouvoir accompagner les personnes tout en envisageant pour notre société de réelles perspectives qui intègrent le principe intangible de la dignité de la personne humaine. Dans la tradition de l’Église catholique, ce principe est à comprendre non seulement entre la naissance et la mort, mais depuis sa conception jusqu’à la mort naturelle.
    Une rencontre suscitée ce jour avec les responsables du MRJC et leur aumônier a permis de clarifier ce sur quoi il y avait eu interpellation, et de nous remettre d’accord sur le pacte de confiance qui oblige un mouvement d’Église.
    Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort-Montbéliard, président du CMAF,
    Mgr Jacques Habert, évêque de Sées, accompagnateur de l’Église en rural,
    Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de de Bayeux-Lisieux, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval, Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, Daniel Guéry, Hervé Inial, Benoît Noblet, P. Joël Morlet, P. Pierre-Yves Pecqueux, secrétaire.


  • Ouverture de l’espace JMJ sur le site eglise.catholique.fr

    Les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) se dérouleront dans moins d’un an, du 22 au 27 janvier 2019 au Panama. Dès à présent, le site eglise.catholique.fr propose un espace dédié à cet événement, accessible par tous.
    Cet espace dédié aux Journées Mondiales de la Jeunesse permet à chacun de se préparer aux prochaines JMJ. Figurent sur cet espace des informations sur le Panama (diocèses, conférence épiscopale) ; sur la préparation des JMJ en France (présentation de la coordinatrice nationale; du logo et de l’hymne) et au Panama ; une carte interactive (à venir) pour trouver les coordonnées des groupes issus de diocèses, communautés ou mouvements qui proposent de vivre ces JMJ au Panama ou en France pour ceux qui ne pourront pas s’y rendre.
    Enfin, cet espace dédié offre diverses informations sur ce que sont les JMJ (histoire, symboles des JMJ, saints patrons, messages des papes, prière officielle).
    Cet espace sera alimenté au fur et à mesure de l’avancée de la préparation de cet événement mondial notamment sur la partie presse.

    jmj2019.fr


  • Commentaires du dimanche 4 février

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 4 février 2018
    5éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de Job 7, 1 … 7
    Job prit la parole et dit :
    1 « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée,
    il fait des journées de manoeuvre.
    2 Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre,
    comme le manoeuvre qui attend sa paye,
    3 depuis des mois je n’ai en partage que le néant,
    je ne compte que des nuits de souffrance.
    4 A peine couché, je me dis :
    Quand pourrai-je me lever ?
    Le soir n’en finit pas :
    je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.
    6 Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand,
    ils s’achèvent faute de fil.
    7 Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle,
    mes yeux ne verront plus le bonheur. »

    LES MALHEURS DE JOB
    Nous n’avons lu ici malheureusement que quelques lignes du livre de Job qui compte quarante-deux chapitres ! Mais nous comprenons déjà qu’il affronte la question la plus terrible de nos vies, celle de la souffrance. Et beaucoup d’entre nous se reconnaîtront dans les plaintes de Job ; car l’une des grandes qualités de ce livre est la vérité, l’actualité des questions qu’il ose poser.
    Vous connaissez l’histoire : « Il était une fois un homme du nom de Job, un homme intègre et droit qui craignait Dieu et s’écartait du mal ». Il était heureux, il était riche… tout allait bien pour lui, dirait-on aujourd’hui. Il avait une femme et de nombreux enfants et son seul souci à leur égard était de les voir rester dans le droit chemin. Bref, en tous points, il était irréprochable.
    Et puis, soudain, tous les malheurs du monde s’abattent sur lui ; en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter, il perd tout : ses richesses, ses troupeaux, et, bien pire, tous ses enfants.
    Il lui reste encore la santé, mais pas pour longtemps : une deuxième vague de malheurs s’abat sur lui ; il est atteint d’une maladie de peau du genre de la lèpre, il devient affreux à voir et sa maladie l’oblige à quitter la ville ; il doit quitter sa maison magnifique pour s’installer sur la décharge publique ; et, dans tout cela, il est horriblement seul : sa propre femme ne le comprend pas.
    Tout au long du livre, Job ne sait que redire sa souffrance, physique, psychologique, morale, l’angoisse devant la mort prématurée, et pourtant l’horreur de vivre, l’incompréhension des amis… et, pire que tout, le silence de Dieu. Il égrène toute cette douleur, dans des termes admirables, d’ailleurs, et répète sans cesse son incompréhension devant l’injustice qu’elle représente à ses yeux. Car, à l’époque où ce livre a été écrit, tout le monde en Israël pensait que la justice de Dieu consiste à récompenser scrupuleusement les bons et à punir les méchants. C’est ce que l’on appelle la « logique de rétribution ». Mais voilà, justement, Job a toujours mené une vie droite et il ne mérite nullement d’être puni.
    OU DONC EST PASSEE LA JUSTICE DE DIEU ?
    Ses amis ne l’entendent pas de cette oreille : ils pensent comme tout le monde et donc lui répètent à longueur de journée le même discours. En gros, cela tourne autour de deux argumentations : premier raisonnement, puisque la souffrance est toujours une punition : si tu souffres, c’est que tu as péché, fais ton examen de conscience ;
    Soyons francs, quand nous disons aujourd’hui « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? » ou « ils ne l’ont pas volé », nous parlons comme eux.
    A quoi Job répond : non, je vous assure, je n’ai pas péché ; et les amis de surenchérir : tu as donc doublement tort ; non seulement, tu as péché (la preuve, c’est que tu souffres), mais en plus tu as l’audace de le nier !
    Deuxième raisonnement, la souffrance est une école de vertu, quelque chose comme « Qui aime bien châtie bien » ;
    par exemple un de ses amis ose lui dire : « Heureux l’homme que Dieu réprimande ! Ne dédaigne donc pas la semonce du Puissant. C’est lui qui, en faisant souffrir répare, lui dont les mains, en brisant, guérissent. » (Jb 5, 17-18).
    Tout au long du livre, Job refuse ces explications trop faciles ; il voudrait bien que cesse tout ce verbiage inutile qui l’enfonce encore dans la solitude ; certaines de ses phrases sont d’ailleurs une leçon pour tous les visiteurs de malades et de souffrants de toute sorte : « Qui vous apprendra le silence, la seule sagesse qui vous convienne ? » (Jb 13, 5)… « Ecoutez-moi, écoutez-moi, c’est ainsi que vous me consolerez » (Jb 21, 2), autrement dit : Vous feriez mieux de vous taire et de m’écouter, c’est la seule manière de me consoler. Lui ne sait que dire, clamer, hurler sa souffrance et sa révolte… mais sans jamais cesser d’affirmer « Dieu ne peut être que juste ». Lui-même va faire un long chemin : au début du livre, il répète sans arrêt « je vous dis que je n’ai pas péché, donc ce qui m’arrive est injuste »… sans s’apercevoir qu’en disant cela, il est bien dans la même logique que ses amis : « si on souffre, c’est qu’on a péché ». Puis peu à peu, la voix de l’expérience parle : il a vu combien de fois des bandits vivre heureux, impunis et mourir sans souffrir pendant que des gens honnêtes, des innocents ont des vies d’enfer et de longues agonies. Non, il n’y a pas de justice, comme on dit. Et ses amis ont tort de prétendre que les bons sont toujours récompensés et les méchants toujours punis. Alors, il comprend qu’il s’est lui-même trompé sur la justice de Dieu. A la fin, à bout d’arguments, il fait acte d’humilité et reconnaît que, Dieu seul sait les mystères de la vie.
    DANS LA SOUFFRANCE, RESTER OBSTINEMENT BLOTTIS DANS LA MAIN DE DIEU
    Alors il est prêt pour la découverte, et Dieu l’attendait là : c’est Lui, désormais qui prend la parole ; il ne lui fait pas de reproche, il dit aux amis de Job que leurs explications ne valent rien ; il va jusqu’à dire : « Seul, Job a bien parlé de moi » ; ce qui veut dire qu’on a le droit de crier, de se révolter ; puis il invite Job à contempler la Création et à reconnaître humblement son ignorance ; comme un père reprend gentiment mais fermement son fils, Dieu fait comprendre à Job que « ses pensées ne sont pas nos pensées » et que si sa justice nous échappe, cela ne nous autorise pas à la contester. Job qui est un homme intègre et droit, on nous l’a dit dès le début, comprend la leçon : il avoue « J’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent… Je ne fais pas le poids, que te répliquerais-je ?… » (Jb 42, 3 ; 40, 4).
    En définitive, le livre de Job ne donne pas d’explication au problème de la souffrance ; si nous en attendions une, nous serons déçus ; mais il nous indique le chemin : ne pas retenir nos cris, mais garder confiance et tenir fort la main de Dieu : puisqu’Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
    Comme dit Claudel, « Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance mais l’habiter par sa présence ».

    PSAUME – 146 (147 a), 1. 3 – 7
    1 Alleluia !
    Il est bon de fêter notre Dieu,
    il est beau de chanter sa louange !
    3 il guérit les coeurs brisés
    et soigne leurs blessures.
    4 Il compte le nombre des étoiles,
    il donne à chacune un nom ;
    5 il est grand, il est fort, notre Maître :
    nul n’a mesuré son intelligence.
    6 Le SEIGNEUR élève les humbles
    et rabaisse jusqu’à terre les impies.
    7 Entonnez pour le SEIGNEUR l’action de grâce,
    jouez pour notre Dieu sur la cithare !

    ALLELUIA, LE CHANT DE LA LIBERATION
    Ce psaume commence par le mot « Alleluia » qui a tellement d’importance dans la tradition juive : c’est l’acclamation qu’on adresse au Dieu qui a libéré son peuple ; voici comment on l’explique : « Dieu nous a fait passer de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie, du deuil au jour de fête, des ténèbres à la brillante lumière, de la servitude à la rédemption. C’est pourquoi chantons devant lui l’Alleluia » (Mishna, Traité Pesahim V, 5).
    On comprend mieux, du coup, la phrase « Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange ! » et on voit bien, aussi, pourquoi il nous est proposé ce dimanche, en écho à la première lecture tirée du livre de Job ; le verset 3 affirme « Dieu guérit les coeurs brisés, il soigne leurs blessures » ; coeur brisé, Job en était un : affronté à la plus cruelle énigme de notre vie, la souffrance. Au sein même de sa douleur, ce qui nous était donné en exemple, chez Job, c’était sa ténacité à vouloir à tout prix entrer en dialogue avec Dieu. Et ce qu’il découvre, en fin de compte, ce n’est pas un coup de baguette magique qui le délivrerait de toutes ses souffrances, mais c’est la présence de Dieu à ses côtés, quoi qu’il arrive.
    Quand on dit « le SEIGNEUR guérit les coeurs brisés, il soigne leurs blessures », il s’agit bien des coeurs, pas des corps ! Cette présence de Dieu auprès des plus petits et de ceux qui souffrent est une des grandes découvertes de l’Ancien Testament : désormais l’homme n’est plus seul face aux difficultés et, pour certains, aux cruautés de l’existence. Le livre de l’Ecclésiastique va jusqu’à dire : « Les larmes de la veuve coulent sur les joues de Dieu » (Si 35, 18).
    Il est probable que les coeurs brisés dont il est question ici, ce sont les Juifs de Jérusalem déportés à Babylone par Nabuchodonosor… L’Alleluia le laissait entendre, et puis, dès le début du psaume, le verset 2 que nous ne lisons pas ce dimanche, parle d’eux justement : « Le SEIGNEUR rebâtit Jérusalem, il rassemble les déportés d’Israël ». Voici donc la première strophe dans son ensemble : « Alleluia ! Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange ! Le SEIGNEUR rebâtit Jérusalem, il rassemble les déportés d’Israël. Il guérit les coeurs brisés, et soigne leurs blessures. »
    Cet « Alleluia » qui est le chant de la libération prend tout son sens avec le rappel de la fin de l’Exil à Babylone. Surtout si on se souvient que ce retour d’Exil est vécu non seulement comme une libération politique, mais peut-être plus encore comme une libération spirituelle : pendant l’Exil, le peuple d’Israël a eu tout loisir de relire son histoire et de faire son examen de conscience ; les prophètes avaient prédit le désastre si on ne se convertissait pas ; et le désastre est arrivé sous les traits de Nabuchodonosor ; le retour au pays, la reconstruction de Jérusalem ouvrent un nouvel avenir : Dieu a pardonné. Désormais, de retour sur la Terre sainte, on va de nouveau essayer d’y vivre saintement.
    Et ne croyez pas qu’on change de sujet avec les versets suivants : « Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom… » Bien sûr, c’est une allusion à la Création ; c’est toujours dans les périodes de grande détresse, que les auteurs bibliques écrivent les plus beaux textes sur la Création : manière de dire que le Créateur qui a tout fait surgir à partir de rien saura nous faire resurgir nous-mêmes, quel que soit l’abîme dans lequel nous sommes tombés.*
    DIEU QUI NOUS A CREES PAR AMOUR NOUS ACCOMPAGNE CHAQUE JOUR
    D’autre part, on sait bien que le premier article de foi pour Israël est « je crois en Dieu libérateur » et le deuxième article seulement « je crois en Dieu créateur » ; la foi au Dieu créateur est lue à la lumière de l’expérience de la libération d’Egypte et de toutes les libérations successives : le Dieu créateur est admiré, loué pour sa toute-puissance, mais surtout pour son projet d’amour sur l’humanité.
    D’ailleurs, chaque fois qu’on parle d’étoiles en Israël, on pense certainement à la fameuse promesse faite à Abraham : une descendance aussi nombreuse que les étoiles.
    Ce projet de Dieu sur l’homme est un rêve de grandeur (à la hauteur des étoiles) ; le Créateur qui a modelé l’homme à partir de la poussière du sol est aussi celui qui, inlassablement, le relève chaque fois que c’est nécessaire pour l’attirer à lui : « Le SEIGNEUR relève les humbles … » Les humbles, les petits, nous les rencontrons souvent dans la Bible : ce sont ceux qui n’ont pas de prétentions devant Dieu, ni de mérites à faire valoir. Les impies, au contraire (on pourrait traduire « les prétentieux ») ne sont pas prêts à accueillir les dons de Dieu. Dans cette phrase « Le SEIGNEUR relève les humbles, et rabaisse jusqu’à terre les impies », on reconnaît le cantique d’Anne, la maman de Samuel et aussi le Magnificat, sans compter quelques psaumes. Jésus aussi avait une prédilection pour les tout-petits : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25).
    Et c’est pour cela que le chant de reconnaissance jaillit du coeur des croyants : « Il est bon de fêter notre Dieu… Il est beau de chanter sa louange ! » Cela est bon de deux manières : d’abord, parce que c’est justice, et aussi parce que c’est notre bonheur. L’homme est ainsi fait qu’il ne trouve son bonheur que dans une relation filiale avec Dieu. Saint Augustin priait ainsi : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ».
    ————————-
    Note
    1 – Par exemple, les textes du deuxième Isaïe pendant l’Exil à Babylone ; ou encore les chapitres 38 à 41 du livre de Job).
    Complément
    Pour une fois la traduction grecque de la Bible nous joue un mauvais tour : car elle a compté deux psaumes différents (146 et 147) là où la Bible en hébreu n’en compte qu’un, numéroté 147. Premier inconvénient, pas bien grave, c’est l’un des rares psaumes qui posent un problème de numérotation. Deuxième conséquence, plus fâcheuse, cela nous prive d’apprécier la construction de l’ensemble de ce cantique unique : il est encadré par le mot Alleluia (au verset 1 et à la fin du verset 20).

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Paul aux Corinthiens 9, 16 … 23
    Frères,
    16 annoncer l’Evangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté,
    c’est une nécessité qui s’impose à moi.
    Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile !
    17 Certes, si je le fais de moi-même,
    je mérite une récompense.
    Mais je ne le fais pas de moi-même,
    c’est une mission qui m’est confiée.
    18 Alors, quel est mon mérite ?
    C’est d’annoncer l’Evangile
    sans rechercher aucun avantage matériel,
    et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Evangile.
    19 Oui, libre à l’égard de tous,
    je me suis fait l’esclave de tous
    afin d’en gagner le plus grand nombre possible.
    22 Avec les faibles, j’ai été faible
    pour gagner les faibles.
    Je me suis fait tout à tous
    pour en sauver à tout prix quelques-uns.
    23 Et tout cela, je le fais à cause de l’Evangile,
    pour y avoir part, moi aussi.

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    Il apparaît dans plusieurs lettres de Saint Paul qu’il se fait une gloire de travailler de ses mains pour ne pas être financièrement à la charge de la communauté chrétienne. Il semble que, dans l’Eglise de Corinthe, certains de ses adversaires aient trouvé dans ce comportement un argument contre lui :
    puisque Paul n’use pas de son droit d’être rétribué, c’est qu’il veut échapper à tout contrôle. Est-il authentiquement l’apôtre qu’il prétend être ?
    Paul présente ici les raisons profondes de sa conduite. S’il se montre à ce point désintéressé, c’est pour que l’on sache bien qu’il « ne roule pas pour lui » ; il ne considère pas l’annonce de la Bonne Nouvelle comme l’exercice d’un métier dont il pourrait tirer quelque avantage que ce soit, mais l’accomplissement de la mission qui lui est confiée. Il est en « service commandé » et c’est cela qui le rend libre.
    « J’annonce l’Evangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi » : Paul n’a pas choisi d’annoncer l’évangile, on le sait bien ; ce n’était pas prévu au programme, pourrait-on dire ! Il était un Juif fervent, cultivé, un Pharisien : tellement fervent qu’il a commencé par persécuter la toute nouvelle secte des Chrétiens. Et puis sa conversion imprévisible a tout changé ; désormais, il a mis son tempérament passionné au service de l’évangile. Pour lui, la prédication est une fonction qui lui a été imposée lors de sa vocation : comme si, à ses yeux, on ne pouvait pas être Chrétien sans être apôtre. Il sait bien que s’il a été appelé par Dieu, c’est POUR le service des autres.
    (ceux qu’il appelle les « païens » ; il le dit dans la lettre aux Galates : « …Celui qui m’a mis à part depuis le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l’annonce parmi les païens… » Ga 1, 15).
    Comment ne pas penser à la vocation de certains prophètes ; Amos, par exemple : « Je n’étais pas prophète, je n’étais pas fils de prophète, j’étais bouvier, je traitais les sycomores ; mais le Seigneur m’a pris de derrière le bétail et le Seigneur m’a dit : Va, prophétise à Israël mon peuple. » (Am 7, 14). Ou encore Jérémie : « La Parole du Seigneur s’adressa à moi : Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu sortes de son ventre, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. (Jr 1, 4-5).
    Un prophète, par hypothèse, est toujours un homme POUR les autres. Dans l’évangile de Marc, que nous lisons dans cette même liturgie, Jésus dit bien que c’est POUR annoncer la Bonne Nouvelle qu’il est venu.
    Cette conscience de sa responsabilité fait dire à Paul une phrase très forte qui nous surprend peut-être : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ! » Cela ne veut pas dire qu’il a peur d’une sanction quelconque ou qu’il ressent une menace extérieure pour le cas où il ne remplirait pas sa mission ; mais quelque chose comme « Si je n’annonçais pas l’Evangile, je serais le plus malheureux des hommes » : cette passion nouvelle pour l’évangile est devenue une seconde nature. Parce que cette découverte qu’il a faite, il brûle de la partager.
    Elle est là sa joie et sa récompense : simplement savoir qu’il a accompli sa mission. Paul n’est pas un prédicateur itinérant qui vend ses talents d’orateur en faisant des conférences payantes ici ou là ; il est en service commandé : « C’est une nécessité qui s’impose à moi… Je ne le fais pas de moi-même, je m’acquitte de la charge que Dieu m’a confiée. »
    Cette dernière expression était celle qu’on employait pour les esclaves ; si bien qu’on pourrait résumer ainsi les versets 17-18 : si j’avais choisi ce métier moi-même, je me ferais payer comme pour tout autre métier ; mais en réalité, je suis devenu l’esclave de Dieu, et un esclave n’est pas payé, comme chacun sait !
    Mais pourtant ma récompense est grande, car c’est un grand honneur et une grande joie d’annoncer l’évangile : traduisez « Ne recevoir aucun salaire, voilà mon salaire » ; cet apparent paradoxe est la merveilleuse expérience quotidienne de tous les serviteurs de l’évangile. Car la gratuité est le seul régime qui s’accorde avec le discours sur la gratuité de l’amour de Dieu. Bien sûr, il faut vivre et assurer sa subsistance ; mais Paul nous dit très fort ici que la prédication de l’Evangile est une charge, une mission, une vocation et non un métier. En accomplissant de tout coeur la tâche qui lui est imposée, l’apôtre est gratifié de la joie de donner : en cela il est à l’image de celui qu’il annonce.
    LES EXIGENCES DE LA VIE FRATERNELLE
    Cette prédication n’est pas seulement paroles mais aussi tout un comportement : « J’ai partagé la faiblesse des faibles, pour gagner les faibles » ; de quelle sorte de faiblesse parle-t-il ? Je m’explique : cette phrase traduit le contexte dans lequel Paul écrit : les membres de la communauté de Corinthe n’ont pas tous eu le même parcours, comme on dit. Certains sont d’anciens Juifs, devenus Chrétiens, comme Paul ; mais les autres sont d’anciens non-Juifs ; ils n’étaient pourtant pas des païens, à proprement parler ; ils avaient une religion, des dieux, des rites… Leur Baptême et leur entrée dans la communauté chrétienne leur ont imposé des changements d’habitudes parfois radicaux. Par exemple, dans leur ancienne religion, ils offraient des sacrifices à leurs idoles et mangeaient ensuite la viande des animaux sacrifiés, dans une sorte de repas sacré. En adhérant à la foi chrétienne, ils ont évidemment abandonné ces pratiques : on sait que l’entrée en catéchuménat imposait des exigences très strictes.
    Mais il peut leur arriver d’être invités par des proches ou des amis païens.
    Par exemple, on a retrouvé des cartes d’invitation à une réception dans un Temple à Corinthe, dont voici le libellé : « Antoine, fils de Ptolémée, t’invite à dîner avec lui à la table du Seigneur Sarapis (l’une des nombreuses divinités de Corinthe), dans les locaux du Sarapeion de Claude… » suivent le jour et l’heure.
    Quand on est un Chrétien sûr de sa foi (Paul dit « fort ») on n’a aucun cas de conscience à accepter ce genre d’invitations : puisque les idoles n’existent pas, on peut bien leur immoler tous les animaux que l’on voudra, ces sacrifices n’ont aucun sens et donc ces repas ne sont pas un blasphème à l’égard du Dieu des Chrétiens. Un Chrétien sûr de sa foi est assez libre pour cela. Et il préfère ne pas peiner sa famille ou ses amis en refusant une invitation.
    Mais il y a des Chrétiens moins sûrs d’eux, ceux que Paul appelle les faibles : ils savent bien, eux aussi, que les idoles ne sont rien… Mais ce genre de problème les trouble encore* ; il ne faudrait ni les choquer ni les inciter à retomber dans leurs anciennes pratiques. Les plus forts devront donc toujours veiller à respecter les plus faibles. C’est le B.A. BA d’une véritable vie fraternelle.
    ————————
    Note
    D’une part, ils risquent d’être choqués en voyant certains Chrétiens participer à ces banquets. D’autre part, s’ils suivent cet exemple, ils risquent de vivre ensuite dans une épouvantable culpabilité. Paul donne alors des conseils de prudence à ceux qui n’ont pas ce genre de scrupules : « Prenez garde que cette liberté même, qui est la vôtre, ne devienne une occasion de chute pour les faibles. Car si l’on te voit, toi qui as la connaissance, attablé dans un temple d’idole, ce spectacle risque de pousser celui dont la conscience est faible à manger lui aussi des viandes sacrifiées… » (1 Co 8, 9-10). Et il conclut « Si un aliment doit faire tomber mon frère, je renoncerai à tout jamais à manger de la viande, plutôt que de faire tomber mon frère » (1 Co 8, 13). Ici, il dit la même chose dans d’autres termes : « J’ai partagé la faiblesse des plus faibles pour gagner aussi les faibles. »
    Complément
    Dans les chapitres 14 et 15 de la lettre aux Romains, Paul reprendra le même thème : « Le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint… Recherchons donc ce qui convient à la paix et à l’édification mutuelle… Tout est pur, certes, mais il est mal de manger quelque chose lorsqu’on est ainsi occasion de chute… C’est un devoir pour nous, les forts, de porter l’infirmité des faibles et de ne pas rechercher ce qui nous plaît » (Rm 14, 17-20 ; 15, 1).

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 29 – 39
    En ce temps-là,
    29 Aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm,
    ils allèrent, avec Jacques et Jean,
    dans la maison de Simon et d’André.
    30 Or, la belle-mère de Simon
    était au lit, elle avait de la fièvre.
    Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.
    31 Jésus s’approcha,
    la saisit par la main,
    et la fit lever.
    La fièvre la quitta,
    et elle les servait.
    32 Le soir venu, après le coucher du soleil,
    on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal
    ou possédés par des démons.
    33 La ville entière se pressait à la porte.
    34 Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,
    et il expulsa beaucoup de démons ;
    il empêchait les démons de parler,
    parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
    35 Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube.
    Il sortit et se rendit dans un endroit désert,
    et là il priait.
    36 Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
    37 Ils le trouvent et lui disent :
    « Tout le monde te cherche. »
    38 Jésus leur dit :
    « Allons ailleurs, dans les villages voisins,
    afin que là aussi je proclame l’Evangile ;
    car c’est pour cela que je suis sorti. »
    39 Et il parcourut toute la Galilée,
    proclamant l’Evangile dans leurs synagogues,
    et expulsant les démons.

    LE REGNE DE DIEU EST COMMENCE
    On dirait presque un reportage : Marc nous dit les lieux et les moments ; mais comme justement les objectifs des évangélistes ne sont jamais d’ordre journalistique, il faut croire que toutes ces précisions ont un sens théologique ; à nous de savoir lire entre les lignes.
    Donc, ceci se passe en Galilée, à Capharnaüm ; un jour de sabbat, puis le soir et le lendemain ; comme chacun sait, le jour pour les Juifs ne se compte pas de minuit à minuit, mais du coucher du soleil au coucher du soleil ; le sabbat commence le vendredi soir au coucher du soleil et finit le samedi soir à l’apparition des premières étoiles ; on sait aussi que le sabbat est un jour réservé à la prière et à l’étude de la Torah, à la synagogue et chez soi ; c’est bien pour cela que les habitants de Capharnaüm amènent leurs malades à Jésus seulement le soir du sabbat ; Marc nous dit : « Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. » En précisant que le soleil est couché, Marc veut peut-être également attirer notre attention : puisque le soleil est couché, nous sommes déjà dimanche, le premier jour de la semaine. On sait le sens que le dimanche a pris pour les premiers chrétiens : il symbolise le début de la création nouvelle.
    Le reste de la journée, Jésus n’a fait qu’une chose : aller à la synagogue de la ville et il est rentré aussitôt après à la maison ; si Marc le précise, c’est sans doute pour nous rappeler que Jésus est un Juif fidèle à la loi. Le matin, à la synagogue, il a délivré un « homme possédé d’un esprit impur » (v. 23), selon l’expression de Marc ; et la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre que Jésus commande aux esprits impurs ; pas étonnant que le soir, après la fin du sabbat, on lui amène tous les malades et les possédés. En filigrane, Marc nous dit déjà : voici le Messie, celui qui annonce et accomplit le Royaume.
    Curieusement, les démons connaissent l’identité de Jésus, et Jésus leur interdit de parler : « Il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. »
    Eux savent ce qui a été révélé lors du Baptême de Jésus par Jean-Baptiste et que l’esprit impur a proclamé le matin même à la synagogue de Capharnaüm : « De quoi te mêles-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : Le Saint de Dieu ».
    Pourquoi ce silence imposé ? Alors que Jésus n’est pas venu pour se cacher… Probablement parce que les habitants de Capharnaüm ne sont pas encore prêts pour cette révélation : il leur reste encore tout un chemin à parcourir avant de découvrir le vrai visage du Christ ;
    il ne suffit pas de savoir dire « Tu es le Saint de Dieu » ; cela, les démons savent très bien le faire.
    Pour l’instant, les malades sont attirés par Jésus, mais sont-ils prêts pour la foi ? C’est là l’ambiguïté des miracles : le risque de repartir guéri sans avoir rencontré Dieu. Et quand Simon voudrait retenir Jésus en lui disant « Tout le monde te cherche », Jésus le ramène à l’essentiel, la prédication du Royaume : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. » Or, si nous relisons le début de l’évangile de Marc, pour Jésus, annoncer l’Evangile, cela consistait à dire : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. » Les miracles sont le signe que le règne de Dieu est déjà là ; le risque est de n’y voir que le prodige.
    L’URGENCE DE LA BONNE NOUVELLE
    « Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. » Jésus va au désert pour rencontrer Dieu ; et aussitôt revenu près de ses disciples, il leur dit « Partons »… Est-ce la prière qui le pousse à partir ailleurs ? Loin d’affaiblir son ardeur missionnaire, il semble bien que cette retraite dans le silence le relance au contraire.
    Comme disait Mgr Coffy : « Jésus ne serait pas allé aussi loin dans l’évangélisation s’il ne s’était pas retiré aussi loin dans la prière ». Au fond, Prière ou action, c’est un faux dilemme : l’une ne peut aller sans l’autre. Un autre Evêque disait au congrès eucharistique de Lourdes en 1981 : « Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus ».
    « C’est POUR cela que je suis sorti » : on ne peut pas ne pas penser à l’insistance de Paul dans la lettre aux Corinthiens que nous lisons ce même dimanche en deuxième lecture : Jésus et Paul ont cette même passion de l’annonce de la Bonne Nouvelle ; on dirait qu’il y a urgence.
    Dernière remarque : les guérisons opérées par Jésus devraient, semble-t-il, remettre en cause certains de nos discours sur la souffrance ; si Jésus guérit les malades, c’est que la maladie est un mal ; s’il guérit en même temps qu’il annonce le Royaume, c’est parce que le mal contrecarre le projet de Dieu et donc il faut nous en débarrasser. Dans la première lecture, nous avons entendu Job crier sa souffrance, et à la fin du livre, Dieu lui donne raison d’avoir osé crier. La souffrance en soi est toujours un mal, il faut oser le dire ; il faudrait être fou pour oser dire en face à un malade « ce qui vous arrive est très bien »… Il est vrai que certains, avec la grâce de Dieu, trouvent dans la souffrance un chemin qui les fait grandir, mais la souffrance reste un mal. Et tous nos efforts pour lutter contre les souffrances des hommes vont dans le sens du projet de Dieu. Car Dieu sauve des hommes, et non des âmes désincarnées : la prédication de l’évangile n’est pas que paroles qui s’adresseraient à l’intelligence ou à la conscience ; elle est en même temps et inséparablement lutte contre ce qui fait souffrir les hommes.


  • Homélie du dimanche 4 février

    Dimanche 4 février 2018
    5éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Lecture du livre de Job. 7. 1 à 7 : « Ma vie n’est qu’un souffle. »
    Psaume 146 : « Il est bon de fêter notre Dieu. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 9. 16 à 23 : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile. »
    Evangile selon saint Marc. 1. 29 à 39 : « C’est pour cela que je suis sorti. »
    ***
    Nous pouvons centrer notre réflexion et notre méditation sur l’évangile de ce dimanche puisqu’il nous apporte plusieurs événements qui sont proches de ceux que nous avons à vivre d’une manière ou d’une autre. Ce passage en effet est une sorte de résumé des activités de Jésus, en même temps qu’il nous en signale les points forts : prier, témoigner, guérir.
    A nous de les transposer dans notre existence quotidienne.
    LE TEMPS DE LA PRIERE
    Jésus s’est reposé. Il connaît les limites de ses forces. On connait l’épisode de la tempête apaisée. Les apôtres doivent le tirer violemment de son sommeil alors que la tempête s’est levée sur le lac et qu’ils ont peur de sombrer.
    Et à son réveil, Il commence à prier. La première heure est à Dieu son Père.
    LE CRI DU COEUR
    La prière de Jésus ne le détache pas du monde des hommes. Son humanité entière leur est consacrée. C’est pour ses frères qu’il est venu leur apporter le salut et la découverte de la gloire de Dieu.
    « C’est pour cela que je suis sorti. » Et l’apôtre Paul redit cette même attitude qui doit être celle de tout disciple « C’est une nécessité qui s’impose à moi ! » s’écrit saint Paul aux Corinthiens dans la lecture de ce dimanche.
    Le message dont nous sommes porteurs ne peut rester ignoré. Saint Paul ne décline pas une méthode stratégique pour sa prédication ; il nous dit, avec simplicité, qu’il se sent tout à fait semblable à ceux à qui il s’adresse. « Ce qui est faible, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort. » (1Cor. 1. 27 et 28)
    Nous aussi, nous avons à faire entendre la Vérité, mais sans nous mettre à part, ni au-dessus, ni différent. Nous avons à être tout à tous, parlant de Dieu d’une manière directe et simple, vivant avec les hommes nos frères. Nous ne sommes pas autrement qu’eux.
    GUERIR ET LIBERER
    Jésus, tout au long de sa vie, a combattu les maux dont souffre l’homme. Ils s’appellent ignorance, fièvres, esprits mauvais.
    L’annonce du salut s’accompagne non par des faits magiques ou étonnants, mais par des « signes » que le Règne de Dieu est à proximité de ceux qui l’entendent ou le rencontrent. Dieu, par le Christ Jésus, est victorieux de tout ce qui fait mal à l’homme et à tout homme. La première lecture de ce dimanche, tirée du livre de Job, nous envahit par son pessimisme : « La nuit n’en finit pas. »
    Pour Jésus, la nuit n’est pas ténèbres, mais la présence de son Père y est toute lumière qu’il nous demande de suivre « Notre Père qui es aux cieux. »
    Dans cette nuit où se trouvent souvent les hommes, le Christ, lumière, vient apporter sa clarté décisive et faire naître une espérance véritable.
    ***
    « Puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous sous ta constante protection. » Cette oraison du début de la messe est à elle seule toute une théologie : Amour inlassable alors que nous nous lassons si souvent. Unique espoir, alors que nous sommes tentés de le chercher ailleurs. L’antienne de la communion nous fait chanter : « Proclamer l’amour du Seigneur, ses merveilles pour les hommes. » Nous oublions de clamer devant nos frères ce qui devrait être notre cri du cœur : « Père, je te rends grâce ! »
     


jeudi 25 janvier 2018

  • L’hymne des JMJ de Panama

    Après le logo officiel des Journées mondiales de la Jeunesse prévues à Panama du 22 au 27 janvier 2019, le diocèse panaméen a rendu public l’hymne de l’événement, le 3 juillet 2017.
    Ecrit et composé par Abdiel Jiménez, catéchiste et auteur de chants liturgiques, et interprété par des chanteurs professionnels, l’hymne s’inspire du thème marial de la XXXIVe JMJ : “Voici la servante du Seigneur; que tout m’advienne selon ta parole” (Lc 1,38).
    Le chant est diffusé en espagnol. Une version anglaise est attendue prochainement. Se déclinant sur un rythme traditionnel du Panama, le refrain proclame « Je suis ta servante, je suis ta fille, je suis ton fils ».
    Les couplets présentent les jeunes comme des « pèlerins » et des « missionnaires », encouragés à la suite de la Vierge Marie à répondre « oui » à l’appel du Seigneur et à être « disponibles à partir ». Ils exhortent à « ne pas avoir peur » de répandre l’amour de Dieu.
    « Nous mettons (l’hymne) à disposition des jeunes du monde, a expliqué l’archevêque de Panamá, Mgr José Domingo Ulloa Mendieta, lors du lancement devant des milliers de jeunes, pour qu’en le chantant ils se préparent dans la joie et qu’ils soient disposés à être transformés par Dieu ».
    Source Zenit


  • Présentation du logo des JMJ de Panama

    Lors de chaque édition des JMJ, un logo est proposé rappelant à la fois le thème et le pays où ces journées se dérouleront. En 2019, les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse, se dérouleront au Panama.

    Le logo des Journées mondiales de la Jeunesse à Panama (22-27 janvier 2019) a été dévoilé au grand public dimanche 14 mai 2017, alors que la croix des JMJ est arrivée dans le pays. Il a été réalisé par une étudiante panaméenne en architecture. Agée de 20 ans, Ambar Calvo a vu son projet couronné parmi 103 projets qui avaient été proposés. Le dessin stylisé, où domine le bleu, couleur de marie représente la silhouette du Panama et de son canal, celle de la Vierge Marie et de sa couronne, ainsi que la croix du pèlerin, symbole des JMJ.
    L’archevêque de Panama, Mgr José Dominguo Ulloa Mendieta, s’est félicité du choix de ce dessin, qui récompense selon lui la qualité et le dynamisme des jeunes Panaméens. Selon lui, ce logo « représente le message que nous voulons envoyer aux jeunes du monde entier – la petitesse de notre pays mais la grandeur de notre cœur, ouvert à tous et soutenu par Notre Dame, un modèle de jeunesse et de courage ».
    Source Radio Vatican


mercredi 24 janvier 2018

  • Message pour la 52ème Journée Mondiale des Communications Sociales

    La prochaine Journée mondiale des communications sociales, qui se tiendra le dimanche 13 mai 2018 aura pour thème : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32).

    Fausses nouvelles et journalisme de paix

    Chers frères et sœurs,
    dans le dessein de Dieu, la communication humaine est un moyen essentiel de vivre la communion. L’être humain, image et ressemblance du Créateur, est capable d’exprimer et de partager le vrai, le bien, le beau. Il est capable de raconter sa propre expérience et le monde, et de construire ainsi la mémoire et la compréhension des événements. Mais l’homme, s’il suit son propre égoïsme orgueilleux, peut faire un usage déformé de la faculté de communiquer, comme l’illustrent dès l’origine les épisodes bibliques de Caïn et Abel et de la tour de Babel (cf. Gn 4,1-16; 11,1-9). La manipulation de la vérité est le symptôme typique d’une telle distorsion, tant au niveau individuel que collectif. Au contraire, dans la fidélité à la logique de Dieu, la communication devient un lieu d’expression de sa propre responsabilité dans la recherche de la vérité et dans la réalisation du bien. Aujourd’hui, dans un contexte de communication toujours plus rapide et au sein d’un système numérique, nous voyons le phénomène des «fausses nouvelles», les soi-disant fake news: cela nous invite à réfléchir et m’a suggéré de consacrer ce message au thème de la vérité, comme l’ont déjà fait plusieurs fois mes prédécesseurs depuis Paul VI (cf. Message 1972: « Les communications sociales au service de la vérité »). Je voudrais ainsi contribuer à l’engagement commun pour prévenir la diffusion de fausses nouvelles et pour redécouvrir la valeur de la profession journalistique et la responsabilité personnelle de chacun dans la communication de la vérité.

    Qu’est-ce qui est faux dans les « fausses nouvelles »?

    Fake news est un terme discuté et qui fait l’objet de débat. Il s’agit généralement de la désinformation diffusée en ligne ou dans les médias traditionnels. Cette expression fait référence à des informations non fondées, basées sur des données inexistantes ou déformées et visant à tromper voire à manipuler le lecteur. Leur propagation peut répondre à des objectifs fixés, influencer les choix politiques et favoriser des gains économiques.
    L’efficacité des fake news est due principalement à leur nature mimétique, à la capacité d’apparaître plausibles. En second lieu, ces nouvelles, fausses mais vraisemblables sont fallacieuses, dans leur habilité à focaliser l’attention des destinataires, en se fondant sur des stéréotypes et des préjugés diffus dans un tissu social, en exploitant les émotions immédiates et faciles à susciter, comme la peur, le mépris, la colère et la frustration. Leur diffusion peut compter sur une utilisation manipulatrice des réseaux sociaux et des logiques qui en garantissent le fonctionnement: ainsi les contenus, bien que non étayés, gagnent une telle visibilité que même les dénégations de sources fiables peinent à en limiter les dégâts.
    La difficulté de dévoiler et d’éradiquer les fake news ou fausses nouvelles est également due au fait que les gens interagissent souvent dans des environnements numériques homogènes et imperméables à des perspectives et opinions divergentes. La conséquence de cette logique de la désinformation est que, au lieu d’avoir une confrontation saine avec d’autres sources d’information, ce qui pourrait mettre  positivement en discussion les préjugés et ouvrir à un dialogue constructif, on risque de devenir des acteurs involontaires dans la diffusion d’opinions partisanes et infondées. Le drame de la désinformation est la discréditation de l’autre, sa représentation comme ennemi, jusqu’à une diabolisation susceptible d’attiser des conflits. Les fausses nouvelles révèlent ainsi la présence d’attitudes en même temps intolérantes et hypersensibles, avec pour seul résultat le risque d’expansion de l’arrogance et de la haine. En fin de compte, cela mène au mensonge.

    Comment pouvons-nous les reconnaître?

    Aucun d’entre nous ne peut être exonéré de la responsabilité de contrecarrer ces faussetés. Ce n’est pas une tâche facile, parce que la désinformation est souvent basée sur des discours variés, délibérément évasifs et subtilement trompeurs, et use parfois de mécanismes raffinés. Il convient donc de louer les initiatives éducatives qui permettent d’apprendre à lire et à évaluer le contexte communicatif, enseignant à ne pas être des propagateurs inconscients de la désinformation, mais des acteurs de son dévoilement. Il faut également louer les initiatives institutionnelles et juridiques visant à définir des réglementations pour freiner le phénomène, ainsi que celles entreprises par les sociétés de Technologies et de Média, afin de définir de nouveaux critères pour la vérification des identités personnelles qui se cachent derrière les millions de profils numériques.
    Mais la prévention et l’identification des mécanismes de la désinformation nécessitent également un discernement profond et attentif. Il faut démasquer en effet ce qui pourrait être défini comme « la logique du serpent », capable partout de se dissimuler et de mordre. C’est la stratégie utilisée par le «serpent rusé», dont parle le Livre de la Genèse, celui qui, au commencement de l’humanité, est devenu l’auteur de la première “fake news” (cf. Gn 3,1-15), qui a conduit aux conséquences tragiques du péché, mises en acte ensuite dans le premier fratricide (cf. Gn 4) et dans d’autres formes innombrables du mal contre Dieu, le prochain, la société et la création. La stratégie de cet habile « père du mensonge » (Jn 8,44) est précisément le mimétisme, une séduction rampante et dangereuse qui fait son chemin dans le cœur de l’homme avec des arguments faux et attrayants. Dans le récit du péché originel, le tentateur, en fait, s’approche de la femme feignant d’être son ami, de s’intéresser à son bien, et commence le discours avec une affirmation vraie, mais seulement partiellement: « Alors, Dieu vous a vraiment dit  : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » (Gn 3,1). Ce que Dieu avait dit à Adam n’était pas en réalité de ne manger d’aucun arbre, mais seulement d’un arbre : « Mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas  » (Gn 2,17). La femme, répondant, l’explique au serpent, mais elle se fait attirer par sa provocation : «  Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “ Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. ” » (Gn 3,2). Cette réponse sait se faire légaliste et pessimiste: ayant donné crédibilité au faussaire, se laissant séduire par son arrangement des faits, la femme se fait corrompre. Ainsi, de prime abord elle prête attention à son assurance: « Vous ne mourrez pas du tout » (v. 4). Puis la déconstruction du tentateur assume une apparence crédible : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (v. 5). Finalement on en vient à discréditer la recommandation paternelle de Dieu, qui visait le bien, pour suivre l’incantation séduisante de l’ennemi: « La femme vit que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable » (v. 6). Cet épisode biblique révèle donc un fait essentiel pour notre discours: aucune désinformation n’est inoffensive; de fait, se fier à ce qui est faux, produit des conséquences néfastes. Même une distorsion apparemment légère de la vérité peut avoir des effets dangereux.
    L’enjeu en fait, c’est notre avidité. Les fake news deviennent souvent virales, en réalité elles se répandent rapidement et de manière difficilement contrôlable, non pas en raison de la logique de partage qui caractérise les médias sociaux, mais plutôt pour leur emprise sur l’avidité insatiable qui s’allume facilement dans l’être humain. Les mêmes motivations économiques et opportunistes de la désinformation ont leur racine dans la soif du pouvoir, de l’avoir et du plaisir, qui, finalement, nous rend victimes d’un imbroglio beaucoup plus tragique que chacune de ses manifestations singulière: celui du mal, qui se  meut de mensonge en mensonge pour nous voler la liberté du cœur. C’est pourquoi éduquer à la vérité signifie éduquer à discerner, évaluer et pondérer les désirs et les inclinations qui s’agitent en nous, pour ne pas nous retrouver privés de bien « en mordant » à toute tentation.

    «La vérité vous rendra libres» (Jn 8,32)

    La contamination continuelle par un langage trompeur finit en fait par embrumer l’intériorité de la personne. Dostoïevski a écrit quelque chose de remarquable dans ce sens : « Celui qui se ment à soi-même et écoute ses propres mensonges arrive au point de ne plus pouvoir distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi ; ainsi il commence à ne plus avoir l’estime de soi ni des autres. Ensuite, n’ayant plus l’estime de personne il cesse aussi d’aimer, et alors en manque d’amour, pour se sentir occupé et se distraire, il s’adonne aux passions et aux plaisirs vulgaires ; et dans ses vices il va jusqu’à la bestialité ; et tout cela dérive du mensonge continuel aux autres et à soi-même.» (Les frères Karamazov, II, 2).
    Comment nous défendre? L’antidote le plus radical au virus du mensonge est de se laisser purifier par la vérité. Dans la vision chrétienne, la vérité n’est pas seulement une réalité conceptuelle, qui concerne le jugement sur les choses, les définissant vraies ou fausses. La vérité ne consiste pas seulement à porter à la lumière des choses obscures, à « dévoiler la réalité », comme l’ancien terme grec qui le désigne, aletheia (de a-lethès, « non caché »), conduit à penser. La vérité a à voir avec la vie entière. Dans la Bible, la notion porte en soi le sens de soutien, de solidité, de confiance, comme le donne à comprendre la racine ‘aman, dont provient également l’Amen liturgique. La vérité est ce sur quoi l’on peut s’appuyer pour ne pas tomber. Dans ce sens relationnel, le seul vraiment fiable et digne de confiance, sur lequel on peut compter, et qui est «vrai», est le Dieu vivant. Et c’est l’affirmation de Jésus: « Je suis la vérité » (Jn 14,6). L’homme, alors, découvre et redécouvre la vérité quand il en fait l’expérience en lui-même comme fidélité et fiabilité de celui qui l’aime. C’est seulement cela qui libère l’homme : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32).
    Libération du mensonge et recherche de la relation: voici les deux ingrédients qui ne peuvent pas manquer pour que nos paroles et nos gestes soient vrais, authentiques, fiables. Pour discerner la vérité, il est nécessaire d’examiner ce qui favorise la communion et promeut le bien et ce qui, au contraire, tend à isoler, diviser et opposer. La vérité, par conséquent, ne s’acquiert pas vraiment quand elle est imposée comme quelque chose d’extrinsèque et d’impersonnel; elle découle au contraire de relations libres entre les personnes, de l’écoute réciproque. En outre, on ne cesse jamais de chercher la vérité, parce que quelque chose de faux peut toujours s’insinuer, même en disant des choses vraies. Un argument impeccable peut en fait reposer sur des faits indéniables, mais s’il est utilisé pour blesser quelqu’un et pour le discréditer aux yeux des autres, aussi juste qu’il apparaisse, il n’est pas habité par la vérité. A partir des fruits, nous pouvons distinguer la vérité des énoncés: s’ils suscitent la controverse, fomentent les divisions, insufflent la résignation ou si, au contraire, ils conduisent à une réflexion consciente et mûre, au dialogue constructif, à une dynamique fructueuse.

    La paix est la vraie nouvelle

    Le meilleur antidote contre les faussetés, ce ne sont pas les stratégies, mais les personnes : des personnes qui, libres de l’avidité, sont prêtes à l’écoute et à travers l’effort d’un dialogue sincère laissent émerger la vérité ; des personnes qui, attirées par le bien, se sentent responsables dans l’utilisation du langage. Si la façon de sortir de la propagation de la désinformation est la responsabilité, cela concerne particulièrement celui qui est responsable par devoir d’informer, c’est-à-dire le journaliste, gardien des nouvelles. Celui-ci, dans le monde contemporain, n’exerce pas seulement un métier, mais une véritable mission. Il a la tâche, dans la frénésie des nouvelles et dans le tourbillon des scoop, de rappeler qu’au centre des informations ce n’est pas la rapidité dans la transmission et l’impact sur l’audience, mais ce sont les personnes. Informer c’est former, c’est avoir affaire avec la vie des personnes. C’est pourquoi, l’exactitude des sources et le soin de la communication sont de véritables processus de développement du bien, qui génèrent la confiance et ouvrent des voies de communion et de paix.
    Je voudrais donc adresser une invitation à promouvoir un journalisme de paix, n’ayant toutefois pas l’intention avec cette expression d’évoquer un journalisme « débonnaire » qui nie l’existence de graves problèmes et assume des tonalités mielleuses. J’entends, au contraire, un journalisme sans duperies, hostile aux faussetés, aux slogans à effet et aux déclarations emphatiques; un journalisme fait par des personnes pour les personnes, et qui se comprenne comme un service à toutes les personnes, spécialement à celles-là – qui sont la majorité au monde – qui n’ont pas de voix; un journalisme qui ne brûle pas les nouvelles, mais qui s’engage dans la recherche des véritables causes des conflits, pour en favoriser la compréhension à partir des racines et le dépassement à travers la mise en route de processus vertueux; un journalisme engagé à indiquer des solutions alternatives à l’escalade de la clameur et de la violence verbale.
             C’est pourquoi, nous inspirant d’une prière franciscaine, nous pourrions ainsi nous adresser à la Vérité en personne:
    Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix.
    Fais-nous reconnaitre le mal qui s’insinue dans une communication qui ne crée pas la communion.
    Rends-nous capables d’ôter le venin de nos jugements.
    Aide-nous à parler des autres comme de frères et de sœurs.
    Tu es fidèle et digne de confiance; fais que nos paroles soient des semences de bien pour le monde:
    Là où il y a de la rumeur, que nous pratiquions l’écoute;
    Là où il y a confusion, que nous inspirions l’harmonie;
    Là où il y a ambiguïté, que nous apportions la clarté;
    Là où il y a exclusion, que nous apportions le partage;
    Là où il y a du sensationnalisme, que nous usions de la sobriété;
    Là où il y a de la superficialité, que nous posions les vraies questions;
    Là où il y a des préjugés, que nous suscitions la confiance;
    Là où il y a agressivité, que nous apportions le respect;
    Là où il y a la fausseté, que nous apportions la vérité.
    Amen.
    Du Vatican, 24 janvier 2018
    Mémoire de Saint François de Sales
     


  • Les rendez-vous de la Conférence des évêques de France

    9/01 au 6/02 : 6ème édition du cycle « Regards œcuméniques » sur les films récompensés par le Jury Œcuménique de Cannes. À Lyon, comme chaque année à l’occasion de la Semaine pour l’Unité des chrétiens. Plus d’informations
    18 au 25/01 : Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens sur le thème « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur ». Plus d’informations
    20 au 21/01 : 31ème festival chrétien du cinéma de Bois-Colombes sur le thème « Aller jusqu’au bout de ses rêves (ou de soi) » à la salle Jean Renoir à Bois-Colombes (92). Depuis 1985, les communautés catholique et protestante d’Asnières-Bois-Colombes organisent conjointement le Festival chrétien du cinéma. Plus d’informations
    20 au 21/01 : 6ème rencontres chrétiennes du cinéma sur le thème « Grandir et naître » au cinéma Olbia à Hyères les Palmiers (83).Contact : Paroisse  et Église protestante  de Hyères  – Jean-Louis BANES – jean-louis.banes@orange.fr – 06 73 48 34 18
    20 au 27/01 : 21ème festival chrétien du cinéma sur le thème « En quête de…sens » à Montpellier (34). Le Festival Chrétien du Cinéma propose de nombreuses projections et débats avec un regard chrétien sur la production cinématographique. Plus d’informations
    24/04 : Saint François de Sales, patron des journalistes et des écrivains
    25 au 28/01 : Le festival de la BD chrétienne au 45ème festival de la BD d’Angoulême. Le prix du 32ème festival de la BD chrétienne d’Angoulême a été décerné à l’album : « JOHN BOST : un Précurseur ». Le prix sera remis le jeudi 25 janvier à 15h00 à l’église saint Martial à Angoulême. Plus d’informations et programme des manifestations
    27/01 : Lancement de la page officielle des JMJ pour Panama 2019
    28/01 : Ouverture du synode diocésain du Mans Plus d’informations

    2/02 : Journée mondiale de la vie consacrée Plus d’information
    3 au 4/02 : Rassemblement Ecclesia Campus à Lille. Près de 3000 jeunes réunis autour du thème « S’engager pour s’épanouir » (tables rondes, témoignages, ateliers engagés,…). Télécharger le dossier de presse
    11/02 :  26e Journée mondiale du malade, sur le thème : « Mater Ecclesiae : « Voici ton fils… voici ta mère » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. » (Jean, 19, 26-27)
    14/02 : Mercredi des cendres et entrée en Carême
    15 au 17/02 : Journées chrétiennes du cinéma à Sées. Le Rex, place de la 2ème D.B., à Sées (61).Contact : service diocésain de la pastorale des jeunes /02 33 81 15 15
    19 au 21/02 : Session doctrinale à Angers
    26/02 : Visite des évêques au Salon international de l’Agriculture (Informations à venir)

    5 et 6/03 : Conseil permanent
    10 et 11/03 : Labos CGE (Chrétiens en Grande Écoles). Un week-end de réflexion et de formation, à destination des étudiants et jeunes pros
    19 au 24/03 : Pré-synode des jeunes à Rome. Lire le communiqué de presse

    20 au 24/03 : Assemblée plénière des évêques à Lourdes (Informations à venir)
    25/03 : Dimanche des Rameaux Plus d’informations + 33ème Journées Mondiales de la Jeunesse en diocèse sur le thème “Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu”(Lc 1,30)
    29/01 : Jeudi Saint Plus d’informations
    30/03: Vendredi Saint Plus d’informations
    31/03 : Vigile pascale Plus d’informations

    1/04 : Pâques Plus d’informations

    3 au 20/04 : 9ème édition des Hommes et des films sur le thème « La paix » : organisée par le diocèse de Lille, il se tiendra dans plusieurs villes : Lille, Dunkerque, Tourcoing,Contact : Fanny MAGDELAINE – festivaldufilm@lille.catholique.fr / 06 60 56 49 35
    8/04 : Dimanche de la Divine Miséricorde
    9/04 : Annonciation En savoir plus
    9 et 10/04: Conseil permanent
    14 et 15/04 : Labos CGE
    22/04 : 55ème Journée mondiale de prière pour les vocations Message du Pape
    25/04 : Saint Marc, évangéliste En savoir plus


lundi 22 janvier 2018

  • Commentaires du dimanche 28 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 28 janvier 2018
    4éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre du Deutéronome 18, 15 – 20
    Moïse disait au peuple :
    15 « Au milieu de vous, parmi vos frères,
    le SEIGNEUR votre Dieu
    fera se lever un prophète comme moi,
    et vous l’écouterez.
    16 C’est bien ce que vous avez demandé au SEIGNEUR votre Dieu,
    au mont Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous disiez :
    Je ne veux plus entendre la voix du SEIGNEUR mon Dieu,
    je ne veux plus voir cette grande flamme,
    je ne veux pas mourir !
    17 Et le SEIGNEUR me dit alors :
    Ils ont bien fait de dire cela.
    18 Je ferai se lever
    au milieu de leurs frères
    un prophète comme toi ;
    je mettrai dans sa bouche mes paroles,
    et il leur dira tout ce que je lui prescrirai.
    19 Si quelqu’un n’écoute pas les paroles
    que ce prophète prononcera en mon nom,
    moi-même je lui en demanderai compte.
    20 Mais un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom
    une parole que je ne lui aurais pas prescrite,
    ou qui parlerait au nom d’autres dieux,
    ce prophète-là mourra. »

    Le livre du Deutéronome nous rappelle ici un vieil épisode du Sinaï au temps de Moïse. Le peuple rassemblé au pied de la montagne avait entendu la voix de Dieu parlant à Moïse et son coeur était partagé entre l’émerveillement et la peur : l’émerveillement parce que c’était inouï que Dieu lui-même s’adresse à ce pauvre petit peuple ; mais aussi la peur car pouvait-on entendre la voix de Dieu sans mourir ? Et c’est la crainte qui l’avait emporté : « Je ne veux plus entendre la voix du SEIGNEUR mon Dieu, disait-on, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir. »
    Alors Dieu avait fait transmettre par Moïse cette promesse qui est rapportée ici : « Ils ont raison, je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles… » C’était pour le peuple une assurance formidable : Dieu comprenait sa peur mais ne le priverait pas pour autant de sa Parole, car le risque est toujours grand pour les hommes d’écouter des charlatans : comme disait Moïse, « Les nations écoutent ceux qui pratiquent l’incantation et consultent les oracles. Mais pour toi, le SEIGNEUR ton Dieu n’a rien voulu de pareil. » (Dt 18, 14).
    La promesse rapportée par Moïse insiste sur quatre points : premièrement, c’est un prophète choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères ; deuxièmement, il doit être issu du peuple de l’Alliance ; troisièmement, il doit transmettre fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre ; enfin, quatrièmement, il est vital pour le peuple de l’écouter.
    Premièrement, c’est un prophète choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères : on sent affleurer ici une pointe contre des faux prophètes non envoyés par Dieu ; or au temps de Jérémie, qui est contemporain pour une large part du Deutéronome (dont est extrait notre texte d’aujourd’hui), on sait que les faux prophètes ne manquaient pas : Jérémie s’en est assez plaint ; c’est lui qui avait dit un jour à un prétendu prophète : « Ecoute, Hananya, le SEIGNEUR ne t’a pas envoyé ; c’est toi qui fais que ce peuple se berce d’illusions. » (Jr 28, 15) ;
    Ezékiel, lui non plus, ne mâchait pas ses mots : « Malheureux les prophètes insensés qui suivent leur esprit sans avoir rien vu… ils ont des visions illusoires et des prédictions trompeuses, eux qui disent : « oracle du SEIGNEUR » sans que le SEIGNEUR les ait envoyés. » (Ez 13, 3… 6).
    Moïse, au contraire, Dieu l’avait choisi, appelé, envoyé.
    C’est pour cela que notre passage d’aujourd’hui insiste pour qu’on ne donne sa confiance qu’à un prophète « comme Moïse », c’est-à-dire un véritable envoyé de Dieu : « Je ferai se lever… un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles… » Avec ce texte, le prophétisme en Israël se démarque résolument de toutes les pratiques de divination ; le prophète n’est pas un devin, il est le porte-parole de Dieu et Dieu ne s’amuse pas à prédire l’avenir.
    Deuxièmement, un véritable prophète doit être issu du peuple de l’Alliance ; la formule « pris parmi les frères » est claire : car il existait des quantités de prophètes étrangers, qui poussaient le peuple vers d’autres cultes ; il suffit de se rappeler les quatre cents prêtres de Baal amenés à Samarie par la reine Jézabel et contre qui le prophète Elie a tant lutté. Donc non seulement le prophète en Israël n’est pas un devin, mais il est le médiateur de l’Alliance.
    Troisièmement, un vrai prophète doit transmettre fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre : « je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai… Mais un prophète qui oserait dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra. » Au temps de Jérémie, ce genre de beaux parleurs ne devait pas manquer : son chapitre 23 les attaque de front : « Ainsi parle le SEIGNEUR le tout-puissant : Ne faites pas attention aux paroles des prophètes qui vous prophétisent ; ils vous leurrent ; ce qu’ils prêchent n’est que vision de leur imagination, cela ne vient pas de la bouche du SEIGNEUR. » (Jr 23, 16 ; voir aussi Jr 23, 25-28)… « Je vais m’en prendre aux prophètes qui ont des songes fallacieux – oracle du SEIGNEUR -, qui les racontent et qui, par leur fausseté et leurs balivernes, égarent mon peuple… » (Jr 23, 32).
    Enfin, quatrièmement, il est vital pour le peuple d’écouter les prophètes envoyés par Dieu : « Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, dit Dieu, moi-même je lui en demanderai compte. » Pour citer encore une fois Jérémie : « Ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël : malheureux l’homme qui n’écoute pas les termes de cette Alliance que j’ai proposée à vos pères lorsque je les ai fait sortir du pays d’Egypte… » (Jr 11, 3).
    On peut être surpris de l’insistance du livre du Deutéronome tout autant que de Jérémie sur les exigences d’une véritable prophétie : il faut croire que le problème était aigu ; on peut se demander s’il ne l’est pas tout autant aujourd’hui et si d’ailleurs il ne l’est pas de tous les temps ?
    Il suffit de lire le premier chapitre de la deuxième lettre de Pierre, l’écrit le plus tardif peut-être de tout le Nouveau Testament : « Nous avons la parole des prophètes qui est la solidité même, sur laquelle vous avez raison de fixer votre regard comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur… Ce n’est pas la volonté humaine qui a jamais produit une prophétie, mais c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. » (2 P 1, 19-21).
    ———————–
    Compléments
    – En parlant d’un « prophète comme Moïse », le livre du Deutéronome pensait peut-être à Samuel (cf 1 S 3, 19 – 4, 1) puisque Jérémie lui-même fait le rapprochement (cf Jr 15, 1).
    – Mais qui donc, au temps de la composition du livre du Deutéronome, avait intérêt à réveiller cette vieille histoire ? Le livre du Deutéronome est très tardif et s’adresse au peuple d’Israël, à une période cruciale, dans les années 600 av. J.C. Il faut croire qu’il circulait alors de nombreux faux prophètes et que les croyants désorientés étaient tentés d’écouter n’importe qui. Alors ce texte vient à point nommé rappeler qu’il ne faut pas se laisser berner par des prétendus prophètes : Dieu ne confie ni sa parole ni son peuple à la légère.
    – Lorsque la monarchie fut définitivement éteinte, en Israël, et que beaucoup perdirent tout espoir de voir naître le Messie-roi attendu, on relut dans ce texte du Deutéronome l’annonce d’un Messie-prophète. Cela explique les questions posées à Jean-Baptiste : « Es-tu le Prophète ? » (Jn 1,21).

    PSAUME – 94 (95), 1-2. 6-7. 8-9
    1 Venez, crions de joie pour le SEIGNEUR,
    acclamons notre Rocher, notre salut !
    2 Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
    par nos hymnes de fête acclamons-le !
    6 Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
    adorons le SEIGNEUR qui nous a faits.
    7 Oui, il est notre Dieu :
    nous sommes le peuple qu’il conduit,
    le troupeau guidé par sa main.
    Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
    8 « Ne fermez pas votre coeur comme au désert
    comme au jour de tentation et de défi
    9 où vos pères m’ont tenté et provoqué,
    et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

    Après l’insistance de la première lecture sur l’importance d’écouter la véritable parole de Dieu transmise par les prophètes, on n’est pas surpris d’entendre en écho « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » Car le peuple d’Israël n’a pas toujours écouté docilement ses prophètes : y compris dans le désert quand il a eu bien des réticences à l’égard de Moïse lui-même ; et ce psaume justement est tout imprégné d’une expérience très négative qui s’est déroulée au désert.
    Si vous allez vérifier dans votre Bible le texte de la dernière strophe que nous venons d’entendre, voilà ce que vous lirez « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit ». Massa et Meriba, en réalité, ce sont deux lieux qui ne figurent sur aucune carte : l’histoire s’est passée à Rephidim (aujourd’hui on situe cette oasis dans le Sud du Sinaï, au Wadi Feiran). On a campé là, mais il n’y avait pas d’eau ; très vite, entre le peuple et Moïse, le ton a monté : faire camper tout le peuple dans un endroit où il n’y avait rien à boire, c’était certainement pour les faire tous mourir de soif ; c’est ce qu’on a pensé ; comme on pouvait s’y attendre, ce genre de récrimination a été ressentie par Moïse comme l’injure suprême ; lui, pourtant, continuait à faire confiance à son Dieu ; s’il les avait menés jusque-là, il saurait aussi les faire survivre. Et c’est là, en réponse à cette foi de Moïse et en pardonnant la méfiance du peuple, que Dieu a fait jaillir l’eau d’un rocher. Pour que cela ne se reproduise plus jamais, Moïse a donné à ce lieu mémorable le double nom de Massa et Meriba qui veut dire épreuve et querelle parce qu’on avait querellé Dieu.
    Et donc la strophe du psaume prend tout son sens : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme au désert où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. » Dans cette simple strophe, est résumée toute l’aventure de notre vie de foi, personnelle et communautaire. C’est ce qu’on peut appeler, au vrai sens du terme, la « question de confiance ». Pour le peuple d’Israël, la question de confiance s’est posée à chaque difficulté de la vie au désert : « Le SEIGNEUR est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? » (Ex 17, 7), ce qui revient à dire « Peut-on lui faire confiance ? S’appuyer sur lui ? Etre sûr qu’il nous donnera à chaque instant les moyens de nous en sortir… ? »
    La Bible dit que la foi, justement, c’est tout simplement la confiance. Cette question de confiance, telle qu’elle s’est posée à Massa et Meriba, est l’un des piliers de la réflexion d’Israël ; la preuve, c’est qu’elle affleure sous des quantités de textes bibliques ; et, par exemple, le mot qui dit la foi en Israël signifie « s’appuyer sur Dieu » ; c’est de lui que vient le mot « Amen » qui dit l’adhésion de la foi : il signifie « solide », « stable » ; on pourrait le traduire « j’y crois dur comme pierre » (en français on dit plutôt « dur comme fer »).
    Et Isaïe, par exemple dit au roi Achaz « Si vous ne croyez pas, si vous ne vous appuyez pas sur Dieu, vous ne tiendrez pas » (Is 7, 9).
    Toute une autre série de textes brodent sur le mot « écouter », parce que quand on fait confiance à quelqu’un, on l’écoute. D’où la fameuse prière juive, le « Shema Israël » : « Ecoute Israël, le SEIGNEUR ton Dieu est le SEIGNEUR UN. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton esprit, de toutes tes forces »… Tu aimeras, c’est-à-dire tu lui feras confiance.
    Pour écouter, encore faut-il avoir l’oreille ouverte : encore une expression qu’on rencontre à plusieurs reprises dans la Bible, dans le sens de mettre sa confiance en Dieu ; par exemple dans le psaume 39/40 : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu m’as ouvert l’oreille » ; ou encore dans ce chant du Serviteur d’Isaïe : « Le SEIGNEUR Dieu m’a ouvert l’oreille… » (Is 50, 5). Et les mots « obéir, obéissance » sont de la même veine : en hébreu comme en grec, quand il s’agit de l’obéissance à Dieu, ils sont de la même racine que le verbe écouter, au sens de faire confiance. En français aussi, d’ailleurs, puisque notre verbe « obéir » vient du verbe latin « audire » qui veut dire « entendre ».
    Cette confiance de la foi est appuyée sur l’expérience… Pour le peuple d’Israël, tout a commencé avec la libération d’Egypte ; c’est ce que notre psaume appelle « l’exploit de Dieu » : « Et pourtant ils avaient vu mon exploit. » Cette expérience, et de siècle en siècle, pour les générations suivantes, la mémoire de cette expérience vient soutenir la foi : si Dieu a pris la peine de libérer son peuple de l’esclavage, ce n’est pas pour le laisser mourir de faim ou de soif dans le désert.
    Et donc, on peut s’appuyer sur lui comme sur un rocher… « Acclamons notre rocher, notre salut », ce n’est pas de la poésie : c’est une profession de foi. Une foi qui s’appuie sur l’expérience du désert : à Massa et Meriba, le peuple a douté que Dieu lui donne les moyens de survivre… Mais Dieu a quand même fait couler l’eau du Rocher ; et, désormais, on rappellera souvent cet épisode en disant de Dieu qu’il est le « Rocher » d’Israël.
    Ce choix résolu de la confiance est à refaire chaque jour : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » Il faut lire cette phrase comme très libérante : chaque jour est un jour neuf, aujourd’hui, tout est de nouveau possible.
    Chaque jour nous pouvons réapprendre à « écouter », à « faire confiance » : c’est pour cela que ce psaume 94/95 est le premier chaque matin dans la liturgie des heures ; et que chaque jour les juifs récitent deux fois leur profession de foi (le Shema Israël) qui commence par ce mot « Ecoute ». Et le « Chant du Serviteur » d’Isaïe (cité plus haut) le dit bien : « Le SEIGNEUR Dieu m’a donné une langue de disciple… Matin après matin, il me fait dresser l’oreille, pour que j’écoute, comme les disciples. »
    Dernière remarque, le psaume parle au pluriel : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? »… Cette conscience de faire partie d’un peuple était très forte en Israël ; quand le psaume 94/95 dit : « Nous sommes le peuple que Dieu conduit », c’est l’expérience qui parle ; dans toute son histoire, on pourrait dire qu’Israël parle au pluriel. « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous » sous-entendu sans vous demander où vous en êtes chacun dans votre sensibilité croyante ; nous touchons peut-être là un des problèmes de l’Eglise actuelle : dans la Bible, c’est un peuple qui vient à la rencontre de son Dieu… « Venez, crions de joie pour le SEIGNEUR, acclamons notre rocher, notre salut ! »
    ——————————-
    Compléments
    Le récit du paradis terrestre, lui-même, peut se lire à la lumière de cette réflexion d’Israël sur la foi, à partir de l’épisode de Massa et Meriba : pour Adam, c’est-à-dire chacun d’entre nous, la question de confiance peut se poser sous la forme d’un obstacle, une limitation de nos désirs (par exemple la maladie, le handicap, la perspective de la mort)… Ce peut être aussi un commandement à respecter, qui limite apparemment notre liberté, parce qu’il limite nos désirs d’avoir, de pouvoir… La foi, alors, c’est la confiance que, même si les apparences sont contraires, Dieu nous veut libres, vivants, heureux et que de nos situations d’échec, de frustration, de mort, il fera jaillir la liberté, la plénitude, la résurrection.
    Pour certains d’entre nous la question de confiance se pose chaque fois que nous ne trouvons pas de réponse à nos interrogations : accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre, accepter que les voies de Dieu nous soient impénétrables exige parfois de nous une confiance qui ressemble à un chèque en blanc… Il ne nous reste plus qu’à dire comme Pierre à Césarée, « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».
    Quand Saint Paul dit dans la lettre aux Corinthiens « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » on peut traduire « Cessez de lui faire des procès d’intention, comme à Massa et Meriba » ou quand Marc dit dans son Evangile « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », on peut traduire « croyez que la Nouvelle est bonne », c’est-à-dire croyez que Dieu vous aime, qu’il n’est que bienveillant à votre égard.

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Paul aux Corinthiens 7, 32 – 35
    Frères,
    32 j’aimerais vous voir libres de tout souci.
    Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur,
    il cherche comment plaire au Seigneur.
    33 Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde,
    il cherche comment plaire à sa femme,
    et il se trouve divisé.
    34 La femme sans mari,
    ou celle qui reste vierge,
    a le souci des affaires du Seigneur,
    afin d’être sanctifiée dans son corps et son esprit.
    Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde,
    elle cherche comment plaire à son mari.
    35 C’est dans votre intérêt que je dis cela ;
    ce n’est pas pour vous tendre un piège,
    mais pour vous proposer ce qui est bien,
    afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage.

    « Etre attachés au Seigneur sans partage », décidément, c’est la seule chose qui compte pour Saint Paul ; il faut garder en mémoire la belle formule que nous avons lue dimanche dernier : « Le temps est limité », littéralement « le temps a cargué ses voiles » comme un navire qui arrive au port. Traduisez « l’histoire humaine arrive à son terme, le Christ vient accomplir le dessein de Dieu, c’est-à-dire nous réunir tous en lui. »
    Mais on pouvait très bien s’appuyer sur cette imminence du Royaume pour tomber dans deux excès contraires, et apparemment, les Corinthiens n’y échappaient pas : certains se livrant à la débauche, sous prétexte que « seul le royaume compte et que ce que l’on fait dans la vie quotidienne ne compte pas, on peut donc faire tout ce qu’on veut, Jésus nous a libérés » ; d’autres au contraire, méprisant la sexualité, se prenant pour des « surhommes », prêchant la continence à tout prix et soutenant « qu’il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme » (c’est au début du chapitre 7).
    Nous avons lu au deuxième dimanche la réponse de Paul aux débauchés : elle était on ne peut plus claire : « Frères, fuyez l’impureté… Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu… » (1 Co 6, 18-19). Ici il s’attaque à l’excès inverse : ceux qui prêchent la continence absolue dans le mariage ou plus radicalement le célibat ; il a commencé très prudemment en précisant en début de chapitre qu’il ne fait que répondre à des questions qu’on lui a posées : « Venons-en à ce que vous m’avez écrit » (7, 1).
    Il a d’autant plus de raisons d’être prudent que la question du célibat était déjà très controversée chez les Juifs : pendant des siècles, la méditation des phrases de la Genèse « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul » (Gn 2, 18) et « Soyez féconds et prolifiques » (Gn 1, 28) avait conduit à considérer que le seul état de vie normal pour le croyant était le mariage ; à tel point que les eunuques ne pouvaient ni être prêtres (Lv 21, 20), ni même entrer dans l’assemblée du Seigneur (Dt 23, 2). Et la stérilité était ressentie comme une honte et une malédiction : « Dieu a enfin enlevé mon opprobre », s’écrie Rachel en mettant au monde son premier fils (Gn 30, 23).
    Après l’Exil à Babylone, ce mépris pour les célibataires et les eunuques s’était estompé dans les textes bibliques. On en a la preuve dans un texte du prophète Isaïe après l’Exil à Babylone : on avait ouvert les portes des synagogues aux eunuques s’ils désiraient vraiment s’agréger à la communauté des croyants. (cf Is 56, 3-5 et Sg 3, 14). Mais l’opinion populaire est restée longtemps réticente au choix délibéré pour le célibat ; Paul, lui, lutte certainement contre ce mépris ; il n’a d’ailleurs de mépris pour personne, ni pour les gens mariés, ni pour les célibataires.
    Il ne fait pas non plus de théorie : il ne nous propose pas un cours sur le mariage, le célibat et la vie sexuelle en général ; il veut encore moins donner de directives contraignantes : « Je ne veux pas vous prendre au piège, mais vous proposer ce qui est bien… c’est votre intérêt à vous que je cherche » ; seulement, il constate : il y a des célibataires qui savent user de leur liberté pour se consacrer à Dieu et aux autres. Il arrive également que la vie du couple occupe tellement l’horizon des amoureux qu’ils en délaissent leur vie spirituelle ; il faut croire qu’il avait ces deux sortes d’exemples sous les yeux…
    Paul avait également rencontré des couples mariés auxquels le Baptême de l’un des deux avait posé des problèmes insurmontables : il en a parlé explicitement dans les versets précédents. Car lorsqu’un couple entendait parler de la foi chrétienne, il arrivait que l’un des deux se convertisse et pas l’autre : comment dans ce cas le nouveau baptisé pouvait-il être attaché au Seigneur sans partage ?
    Mais l’inverse peut se produire aussi : que l’amour vécu dans le mariage soit un chemin de progression dans l’amour de Dieu et des frères ; et que, au contraire, des célibataires se recroquevillent dans leur égoïsme. Deux types d’attitudes que nous connaissons bien mais que Paul préfère ne pas évoquer dans l’ambiance de mépris du célibat qui prévalait alors.
    Son seul objectif est la propagation de l’évangile. A chacun de choisir l’état de vie qui lui permet d’être le plus disponible : la seule chose qui compte, c’est que nous soyons « attachés au Seigneur sans partage », car nous sommes dans les derniers temps. Cette perspective seule doit occuper notre esprit ; il dit bien : « J’aimerais vous voir libres de tout souci. » Il faut croire que c’est très important pour lui puisque le mot « souci » revient cinq fois dans ce court passage ! On entend résonner ici la phrase de la lettre aux Philippiens (Phi 4, 5-7) : « Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnée d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ. »
    ————————
    Complément
    Le célibat volontaire, jusque-là inconnu dans le Judaïsme, avait fait son apparition à Qumran, dans un milieu qui, précisément, vivait ardemment l’attente du Jour de Dieu.

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 21-28
    21 Jésus, accompagné de ses disciples,
    arrive à Capharnaüm.
    Aussitôt, le jour du sabbat,
    il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
    22 On était frappé par son enseignement,
    car il enseignait en homme qui a autorité,
    et non pas comme les scribes.
    23 Or, il y avait dans leur synagogue
    un homme tourmenté par un esprit impur,
    qui se mit à crier :
    24 « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?
    Es-tu venu pour nous perdre ?
    Je sais qui tu es :
    Tu es le Saint de Dieu. »
    25 Jésus l’interpella vivement :
    « Tais-toi ! Sors de cet homme. »
    26 L’esprit impur le fit entrer en convulsions,
    puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
    27 Ils furent tous frappés de stupeur
    et se demandaient entre eux :
    « Qu’est-ce que cela veut dire ?
    Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !
    Il commande même aux esprits impurs,
    et ils lui obéissent. »
    28 Sa renommée se répandit aussitôt partout,
    dans toute la région de la Galilée.

    Je prends le texte dans l’ordre : Jésus vient tout juste de recruter ses quatre premiers disciples au bord de ce que nous appelons aujourd’hui le lac de Tibériade : Simon et André son frère, d’abord, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Avec eux, il « arrive à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rend à la synagogue » : rien de plus normal pour un Juif ; Marc note ici l’enracinement de Jésus dans le monde juif, dans la tradition de son peuple. Quand ce même Jésus a commencé à parcourir la Galilée en proclamant : « Le temps est accompli, le Règne de Dieu s’est approché » (Mc 1, 15), il s’inscrivait bien dans l’attente de son peuple, dans la continuité du projet de Dieu sur Israël. Et là, dans la synagogue de Capharnaüm, il se met à enseigner. Rien de plus normal, non plus : tout Juif avait le droit de se présenter pour commenter les Ecritures qui venaient d’être lues.
    Mais il semble bien que Marc ait voulu concentrer l’intérêt du lecteur sur l’enseignement de Jésus, puisque les mots « enseigner » et « enseignement » reviennent quatre fois en quelques lignes :
    au début du texte « Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. » Et à la fin du texte : « Tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! » Peut-être, parmi les assistants, certains ont-ils pensé à la promesse que Dieu avait faite à Moïse : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles. » (Dt 18, 18 ; première lecture).
    C’est donc au coeur même de cet enseignement de Jésus que Marc note une rupture, une nouveauté : l’histoire du monde vient de basculer ; à l’enseignement des scribes vient de se substituer celui du Sauveur ; et on va en avoir tout de suite la preuve, car Marc ne nous rapporte pas ce que Jésus a bien pu dire, mais, bien mieux, entre ces deux insistances sur l’étonnant enseignement de ce nouveau venu, Marc décrit l’expulsion d’un démon, ce que nous appellerions aujourd’hui un « exorcisme ». Ce qui veut dire que pour Marc les deux facettes de l’oeuvre de Jésus (enseignement et exorcisme) vont ensemble ; ou même que le meilleur des enseignements est l’action, la vraie, celle qui libère l’homme de toute forme de mal.
    Et tout ceci, nous l’avons vu, se passe à la synagogue (Marc le précise deux fois) et, qui plus est, un jour de sabbat, ce qui n’est pas non plus sans importance ! Puisque le sabbat était le jour par excellence où l’on célébrait l’action du Dieu créateur et libérateur. En Jésus, Marc nous montre le Père libérant l’homme de tous les démons qui le possèdent : les temps sont accomplis, oui, puisque le Mal est vaincu.
    (« Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, alors le règne de Dieu vient de vous atteindre. » Mt 12, 28).
    Il y avait donc ce jour-là, parmi les croyants réunis à la synagogue, un homme possédé d’un esprit impur ; Jésus ne l’agresse pas, mais l’esprit impur, lui, se sent agressé par cette seule présence. Car ce face à face avec le Dieu Saint lui est intolérable, lui qui est l’impur, c’est-à-dire en grec le contraire même, l’incompatible avec le Dieu Saint. Et c’est lui qui crie, annonçant lui-même sa défaite : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. » (v. 24). L’esprit impur a tout compris, son interrogation « Es-tu venu pour nous perdre ? » n’en est pas une. Mis en présence de celui qui sauve les hommes de tout mal, il se démasque lui-même, reconnaissant l’autorité de Jésus.
    Cette fois, Jésus hausse le ton : « Silence ! Sors de cet homme. »
    Et il emploie pour cela un verbe étonnant que nous retrouverons (adressé à la mer déchaînée) dans le récit de la tempête apaisée : « Sois muselé » (phimoô).
    Mais pourquoi Jésus commande-t-il à l’esprit impur de se taire ? Il s’agit peut-être de ce que l’on appelle le « secret messianique » : Jésus ne voulant pas que le mystère de sa personne soit divulgué trop tôt, avant que ses disciples ne soient prêts à l’entendre. Plus simplement, ce ne sont pas des belles paroles que Jésus attend : car une déclaration, même exacte, ne constitue pas forcément une profession de foi ; et comme très souvent dans les évangiles, ce sont les démons qui font les plus belles déclarations.
    Encore un cri de l’esprit impur et cette fois l’homme possédé est délivré ; alors les langues se délient pour reconnaître l’importance de l’événement : « Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. » (v. 27). Le récit de Marc se clôt donc sur une question : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » C’est bien le rôle des miracles et des actes de puissance de Jésus en général : ils interrogent, ils font signe.
    Reprenons maintenant l’ensemble du texte du point de vue de ses lecteurs : parce qu’un texte, quel qu’il soit, et un évangile plus que tout autre, vise toujours des lecteurs.
    Quand Marc écrit son évangile, bien des années après la résurrection de Jésus, il propose à ses lecteurs chrétiens une contemplation qui doit les encourager à tenir bon dans la foi : un peu comme si Marc leur disait « les quatre disciples qui accompagnent Jésus dès le début de son enseignement et de ses oeuvres, c’est l’Eglise naissante ; eh bien, c’est vous qui êtes appelés désormais à annoncer cette Bonne Nouvelle à toute l’humanité ; (ce que laisse entendre ce chiffre de quatre).
    Vous êtes cette Eglise désormais détachée du Judaïsme, (il faudrait dire déchirée), et dont le déchirement était en germe, déjà, dans l’opposition latente entre Jésus et les scribes.
    Mais vous pouvez faire confiance à Celui dont la Parole efficace a déjà vaincu les forces du Mal. Celui-ci, il est vrai, agite encore l’humanité et même le peuple croyant ; mais ses cris même et son agitation sont les convulsions de la fin : le Mal est vaincu depuis la Résurrection du Christ. Mes frères, la vérité du Christ, son autorité, vous en êtes les dépositaires ; avec lui, à votre tour, vous musellerez les forces du Mal. »
    A la synagogue de Capharnaüm, les contemporains de Jésus se sont étonnés (« Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. »), mais pour les lecteurs de Marc, comme pour nous aujourd’hui, il s’agit d’aller plus loin : il s’agit de croire en celui qui seul peut libérer l’humanité de toutes les forces du Mal.


  • Homélie du dimanche 28 janvier

    Dimanche 28 janvier 2018
    4éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Première lecture « Je ferai se lever un prophète ; je mettrai dans sa bouche mes parole… Dt 18, 15-20
    Psaume Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
    mais écoutez la voix du Seigneur. 94 (95), 1-2, 6-7abc…
    Deuxième lecture La femme qui reste vierge a le souci des affaires du Seigneur, afin d’… 1 Co 7, 32-35
    Évangile « Il enseignait en homme qui a autorité » Mc 1, 21-28
    ***
    Jésus vient d’appeler les premiers disciples et ensemble ils pénètrent à Capharnaüm. Ils vont l’entendre enseigner, pour la première fois, à la synagogue, le lieu de réunion de la communauté à l’écoute de la Parole transmise par la Loi et les Prophètes.
    PLUS QU’UN SCRIBE .
    La scène se centre sur Jésus qui enseigne avec autorité et se fait obéir d’un esprit impur, qu’il chasse. L’enseignement de Jésus est mis en contraste avec celui des scribes, pourtant spécialistes des Ecritures (1, 22). Il n’enseigne rien qui soit nouveau ou contraire à la doctrine. Ce n’est pas une doctrine nouvelle qu’il apporte.Mais ce qui est nouveau, c’est le ton d’autorité, une manière d’enseigner.
    Et dans le même temps, ce qui est nouveau, c’est son pouvoir sur les esprits mauvais : »Ils lui obéissent ». Jésus ne discute pas avec eux. Il coupe court à toute conversation. Et là on retrouve la netteté des réponses au terme des quarante jours au désert. : Jésus affirme et peut affirmer : » Il est la Vérité. »
    Dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus devance ainsi tous les enseignements convenus, comme le sont ceux des scribes. Il n’en reste pas à un commentaire. Par sa Parole, il rejoint l’être humain dans sa plénitude du bien possible et du mal vécu.
    Le texte qui nous transmet la Parole de Dieu doit nous donner de rejoindre l’être divin dans la plénitude de sa pensée et de son amour vécu.
    PLUS QU’UN PROPHÈTE
    Dans le texte de l’Ancien Testament que la liturgie de l’Église place en première lecture, le Deutéronome, il nous est rappelé que le Christ se situe par delà les prophètes.
    Moïse était considéré comme le plus grand des prophètes ; il était même l’intermédiaire, le médiateur entre Dieu et le peuple. Celui-ci avait peur de la révélation directe de Dieu : je ne veux plus voir cette flamme divine à l’approche mortelle.
    Et voici qu’est annoncé un nouveau Moïse : un prophète comme toi. Le Seigneur lui mettra ses propres paroles dans sa bouche, il sera la parole même de Dieu.
    Si quelqu’un ne l’écoulé pas, cela aura des conséquences graves : moi-même, je lui en demanderai compte. Refuser ce prophète, c’est refuser Dieu. . Le prophète prête sa bouche, sa voix, à Dieu lui-même. .
    D’une certaine façon, il est dans l’impossibilité vitale de dire autre chose que la Parole de Dieu. Sa vie est une vie totalement dépendante de Dieu,
    Par ce passage du Deutéronome, La liturgie nous fait lire ce texte comme prélude à la manifestation publique de Jésus, plus grand que Moïse : « Il enseigne avec autorité », il est le » Saint de Dieu » (évangile).
    LE COMBAT ENTRE JÉSUS ET LE MAL
    Le cri que pousse l’homme tourmenté quand il est libéré est comme une parole informe, sans origine et sans Dieu. Jésus ne touche pas cet homme, il n’essaie pas non plus de le convaincre. Il s’adresse directement à cette partie de lui où la Parole est prisonnière dans le désert du mal, de la violence et de tous les esprits mauvais, là où pour chacun d’entre nous se livre un combat permanent.
    Ce que dit cet homme dans la synagogue semble bien confesser que Jésus est Seigneur. Mais cette révélation est refusée par le silence qu’exige Jésus. Comme nous y invite le livre du Deutéronome (18, 19) sachons écouter la parole de Jésus, avec l’acte de foi et d’espérance pour qu’elle puisse cheminer en nous, nous toucher, nous transformer, nous unifier…
    Ce silence imposé signifie donc que ce n’est pas encore le moment. La plénitude de la sainteté de Jésus et du salut qu’il apporte ne peut être révélée que par sa mort et sa résurrection.
    Il est le « saint de Dieu ». Saint Marc note ainsi que le langage de Dieu, le mystère la Parole de Dieu, n’est recevable que un rapport personnel de confiance, et non dans une domination. Jésus ne s’impose pas et n’impose pas son enseignement ; il nous invite à une démarche personnelle.
    LE SAINT DE DIEU
    La guérison est racontée comme un combat entre Jésus et l’esprit du mal. Celui-ci essaie de conjurer le danger : Que nous veux-tu ? Jésus l’interpelle : Silence ! Sors ! Le combat continue dans les convulsions du malade qui est secoué avec violence et pousse un grand cri.
    La puissance de Jésus, sa maîtrise du mal sont telles que les gens en sont saisis de frayeur et se demandent : Qu’est-ce que cela veut dire ? Et déjà, le voile se lève discrètement sur le mystère de Jésus, sur son « secret » : Voilà un enseignement nouveau !
    Serait-ce la nouveauté des temps messianiques ? Jésus serait-il le Messie ? Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent ; il est plus fort que le Mal. Et c’est le démon qui révèle Jésus avec le moins d’ambiguïté : Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! Attribut réservé à Dieu lui-même.
    C’est d’une telle clarté et d’une telle audace que Jésus le fait taire : Silence ! La foule n’est pas encore prête à recevoir cette découverte inouïe. Et Jésus veut que, pour l’instant, cela soit tenu secret.
    Nous aussi, au milieu des remous de notre existence, du combat qui est en nous comme autour de nous entre le Bien et le Mal, il faut nous poser cette question.
    Qui es-tu, Jésus ? Pour moi ! Comme pour tous les témoins partageant notre vie quotidienne.


vendredi 19 janvier 2018

  • Trois jeunes français délégués au pré-synode des jeunes en mars à Rome par la Conférence des évêques de France

    Dédier un temps spécifique d’échanges et de réflexion avec des jeunes autour du thème du synode qui aura lieu en octobre prochain sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », tel est l’objectif du pré-synode qui se tiendra en mars.
    Réunis du 19 au 24 mars, près de 300 jeunes venus du monde entier se retrouveront pendant une semaine à Rome. Délégués par les conférences épiscopales mais représentant également des mouvements, congrégations, séminaires, ils auront l’occasion d’échanger et de débattre sur leurs désirs et leurs inquiétudes. Ce pré-synode est une implication directe des jeunes dans la démarche synodale voulue par le pape François.
    Pour la Conférence des évêques de France, à l’invitation du Cardinal Baldisseri, Secrétaire général du synode, c’est Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins et Président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes qui a appelé trois jeunes engagés dans l’Église au plan local et/ou national afin qu’ils soient les porte-paroles de la jeunesse française.
    Claire Caralp, 29 ans, originaire du diocèse d’Arras est ingénieur. Jeune professionnelle, elle est engagée en tant que Présidente de la coordination des jeunes professionnels (CoJP). La CoJP accompagne et soutient les groupes de jeunes professionnels en régions. Elle permet l’organisation d’événements nationaux pour les 25-35 ans.
    Eugénie Paris, 25 ans est responsable de la pastorale étudiante du diocèse de Rouen. La mission principale de la pastorale étudiante du diocèse est de coordonner les propositions de l’Église diocésaine adressées aux jeunes étudiants.
    Adrien Louandre, 22 ans est étudiant à Amiens. Il est membre du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC). Adrien est également membre de l’Ecclesia’s team qui anime le Réseau Ecclesia Campus des aumôneries étudiantes.
    L’objectif de ce pré-synode qui se terminera par la messe des Rameaux avec le Pape François place Saint-Pierre, est de nourrir la réflexion des pères synodaux. Cette contribution directe des jeunes viendra compléter les autres démarches de consultation qui ont été déployées depuis la sortie du document préparatoire au synode et qui aboutiront à la rédaction de l’Instrument de travail prévu pour mai:

    Le questionnaire mis en ligne par le Vatican qui a donné lieu à près de 130 000 réponses de jeunes venues du monde entier.
    Les réponses des conférences épiscopales au questionnaire destiné aux acteurs pastoraux. La synthèse française est disponible ici.
    Les travaux du séminaire international d’études sur la situation des jeunes qui s’est déroulé à Rome en septembre dernier.

    Le synode des évêques aura lieu quant à lui du 3 au 28 octobre et réunira des évêques du monde entier délégués par les Conférences épiscopales. Il devrait accueillir en son sein 30 à 40 jeunes comme auditeurs qui pourront écouter et intervenir en assemblée plénière et lors des groupes de travail linguistiques.
    Découvrez les portraits vidéo des jeunes

    Eugénie PARIS, diocèse de Rouen
    Cliquez sur l’image pour regarder la présentation

    Adrien LOUANDRE, diocèse d’Amiens
    Cliquez sur l’image pour regarder la présentation

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mardi 16 janvier 2018

  • Lancement de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens

    Chaque année, la « Semaine de prière pour l’Unité Chrétienne » est un temps fort qui, depuis 1908, rassemble des chrétiens de toute confessions du 18 au 25 janvier.
    Un comité international – composé de représentants du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (Rome) et de la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises (Genève) – publie chaque année un document sur un thème préparé par un groupe interconfessionnel d’un pays. Il propose un thème biblique, un schéma de célébration œcuménique et des prières quotidiennes.
    Cette année, ce sont les Églises des Caraïbes qui nous invitent à prier pour l’unité avec un thème issu du cantique de Moïse et Myriam en Ex 15,1-21 : « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur ».

    Au cours de son assemblée de printemps chaque année, le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF) – qui rassemble des responsables de toutes les familles ecclésiales – discute des destinataires possibles pour les offrandes recueillies pendant la Semaine de prière pour l’unité chrétienne (18-25 janvier). Cette année c’est le soutien à la mise en place du Label « Église verte » qui a été choisi. Le site du Label sera accessible à partir du 18 janvier.


lundi 15 janvier 2018

  • Les festivals chrétiens du cinéma

    Crées pour certains il y a plus de vingt ans, les festivals chrétiens du cinéma sont organisés par les diocèses ou des associations œcuméniques qui ont pour mission de promouvoir un regard chrétien sur le cinéma.
    Ces festivals mettent en lumière des films qui véhiculent et transmettent des valeurs humaines chrétiennes.
     En France, plusieurs festivals chrétiens du cinéma sont organisés (proposés par date).

    Du 9 janvier au 6 février 2018 : 6ème édition du cycle « Regards œcuméniques » sur les films récompensés par le Jury Œcuménique de Cannes. À Lyon, comme chaque année à l’occasion de la Semaine pour l’Unité des chrétiens, le sanctuaire catholique Saint-Bonaventure et le Grand Temple de l’église protestante unie de France proposent un cycle de films ayant été récompensés par les jurys œcuméniques. Ces films seront projetés au cinéma Bellecombe (61 rue d’Inkermann, Lyon 6ème).
    Contact : Grand Temple de Lyon et Sanctuaire Saint-Bonaventure de Lyon/M. Pierre QUELIN pquelin@orange.fr/06 73 22 43 44
    Plus d’information

    Du 20 au 21 janvier 2018 : 31ème festival chrétien du cinéma de Bois-Colombes sur le thème « Aller jusqu’au bout de ses rêves (ou de soi) » à la salle Jean Renoir à Bois-Colombes (92). Depuis 1985, les communautés catholique et protestante d’Asnières-Bois-Colombes organisent conjointement le Festival chrétien du cinéma. Ce festival qui veut conjuguer plaisir cinéphile et réflexion, s’adresse à tous.
    Contact : Paroisse catholique Notre-Dame de Bon Secours/Saint-Marc et paroisse protestante de Centre 72 / M. Daniel Goudineau family goudineau@aol.com / 06 76 93 07 02
    Plus d’informations

    Du 20 au 21 janvier 2018 : 6ème rencontres chrétiennes du cinéma sur le thème « Grandir et naître » au cinéma Olbia à Hyères les Palmiers (83).
    Contact : Paroisse  et Église protestante  de Hyères  – Jean-Louis BANES – jean-louis.banes@orange.fr – 06 73 48 34 18
    Du 20 au 27 janvier 2018 : 21ème festival chrétien du cinéma sur le thème « En quête de…sens » à Montpellier (34). Le Festival Chrétien du Cinéma propose de nombreuses projections et débats avec un regard chrétien sur la production cinématographique. Lieu : Corum, cinéma indépendant, Salle Rabelais, et à Béziers (34).Contact : Chrétiens et Cultures P. Luc JOURDAN- chretiensetcultures@gmail.com oujourdan-luc@wanadoo.fr/06 11 17 98 40/  04 67 64 14 10
    Plus d’informations

    Du 14 au 21 février 2018 : 7ème semaine chrétienne du cinéma au CineMoViKing à Saint Lô (50). Contact : diocèse de Coutances et Avranches P. Olivier LE PAGE – olepage@gmail.com / 06 33 73 07 58
    Du 15 au 17 février 2018 : Journées chrétiennes du cinéma à Sées
    Le Rex, place de la 2ème D.B., à Sées (61).
    Contact : service diocésain de la pastorale des jeunes /02 33 81 15 15
    Du 3 au 20 avril 2018 9ème édition des Hommes et des films sur le thème « La paix » : organisée par le diocèse de Lille, il se tiendra dans plusieurs villes : Lille, Dunkerque, Tourcoing,
    Contact : Fanny MAGDELAINE – festivaldufilm@lille.catholique.fr / 06 60 56 49 35
    Du 12 au 19 août 2018 : 2ème semaine Mariale de Biarritz (64)
    Contact : Paroisse Notre Dame du Rocher
    Plus d’informations

    Du 1 au 4 novembre 2018 : 8ème Journées Cinéma et Réconciliation sur le thème « Transmettre » au Sanctuaire Notre Dame de la Salette (38) cinemalasalette@gmail.com.
    Contact : ACRS – André FERRANTI – andre.chelo@orange.fr – 06 82 84 66 43
    Plus d’informations

    Du 13 au 17 octobre 2018 : 7ème Festival chrétien de Cinéma à Mulhouse sur le thème « L’humain (sur) connecté » au cinéma Palace Lumière à Altkirch (68).
    Contact : Commission cinéma de l’Observatoire Foi et culture -Rodolphe VIGNERON – r.vigneron@outlook.fr – 03 89 61 79 25
    Du 15 au 17 novembre 2018 : Festival « Enfances dans le monde » organisé par le BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance) au cinéma Les 7 Parnassiens à Paris (98 boulevard du Montparnasse, 75014 Paris).
    Contact : Julianne de la Fontaine 01 53 35 01 12 ou Pascale Krammer / 06 11 96 32 69
    Plus d’information

    Des propositions de retraite autour du cinéma existent aussi. En voici quelques-unes :

    Centre du Haumont (59) De la jalousie à la louange, du 18 au 23 février
    Centre culturel de la Pourraque (84) Laissez-vous réconcilier, 9 au 11 mars
    Tarascon (13) organisée par Jésuites en Provence, du 7 au 12 mai

     

    Le réseau SIGNIS-Cinéma a vu le jour en septembre 2017 à Cannes. Il propose l’animation d’un réseau national, de lien avec les distributeurs professionnels, une aide aux diocèses, paroisses et mouvements dans leurs activités cinéma, de critiques pour la partie francophone, du site signis.net et de présence dans les festivals de Cannes, Toulouse, Besançon, etc.


  • Commentaires du dimanche 21 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 21 janvier 2018
    3éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de Jonas 3, 1-5. 10
    1 La parole du SEIGNEUR fut adressée de nouveau à Jonas :
    2 « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne,
    proclame le message que je te donne sur elle. »
    3 Jonas se leva et partit pour Ninive,
    selon la parole du SEIGNEUR.
    Or, Ninive était une ville extraordinairement grande :
    il fallait trois jours pour la traverser.
    4 Jonas la parcourut une journée à peine
    en proclamant :
    « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! »
    5 Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu.
    Ils annoncèrent un jeûne,
    et tous, du plus grand au plus petit,
    se vêtirent de toile à sac.
    10 En voyant leur réaction,
    et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise,
    Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

    Le livre de Jonas est très court : il doit faire quatre pages, tout au plus. Il a été écrit très tard vers le quatrième ou troisième siècle av.J.C. Il prétend raconter une histoire qui serait arrivée à un prophète du nom de Jonas, cinq cents ans auparavant ; mais en réalité c’est une fable, un conte plein d’humour mais surtout de leçons pour ses contemporains et pour nous. Encore faut-il savoir lire entre les lignes.
    Voici le conte : il était une fois, en Israël, un petit prophète plein de bon sens qui s’appelait Jonas. Dieu lui dit : Il ne suffit pas que tu cherches à convertir mon peuple dans ton pays minuscule. Je t’envoie en mission à Ninive (sur les cartes d’aujourd’hui, les ruines de Ninive sont tout près de Mossul au nord de l’Irak actuel). Jonas aurait bien voulu obéir à Dieu, mais le bon sens a parlé, plus fort que Dieu lui-même ; car Ninive à l’époque, (au huitième siècle), c’était l’ennemi juré, déjà, la capitale de l’empire le plus dangereux pour Israël, une grande ville très puissante et assoiffée de conquêtes. Un empire païen, bien sûr, et chez qui un petit prédicateur juif ne pouvait que risquer inutilement sa vie. Quand on voit comme il est dur, déjà, d’essayer de convertir Israël… non vraiment c’est trop demander… mission impossible… courir des risques, se fatiguer pour son propre peuple, passe encore… mais pour ces païens !… Et puis, Ninive était une très grande ville ! Il fallait trois jours pour la traverser sans s’arrêter. Que serait-ce s’il fallait s’arrêter pour prêcher à chaque coin de rue…
    Jonas fait donc la sourde oreille et embarque sur la Méditerranée, à Jaffa (près de l’actuelle Tel Aviv), sur un bateau à destination de Tarsis (autant dire l’autre bout du monde, vers l’ouest… c’est-à-dire le plus loin possible de Ninive qui, elle, est plein Est, au bord du Tigre). Le voilà tranquille, mais pas pour longtemps. Pendant que Jonas dort à fond de cale dans le bateau, la tempête se lève… et comme il est un homme de son époque, il ne peut pas s’empêcher de penser que sa désobéissance y est pour quelque chose… et comme il est un honnête homme, quand même, il avoue à ses compagnons qu’il a mécontenté le ciel. Bien sûr, les matelots n’ont plus qu’une idée en tête : se débarrasser de Jonas pour apaiser les éléments et prier ce Dieu inconnu que Jonas a mis en colère… On jette le prophète à la mer.
    Mais Dieu n’abandonne pas Jonas et dépêche un gros poisson qui l’avale pour le mettre à l’abri. Bien au chaud dans le ventre du poisson Jonas prie… et, bien sûr, cela le convertit. Si bien que quand le poisson le recrache sur la terre ferme, trois jours plus tard, Dieu n’a plus qu’un mot à dire… et Jonas part pour Ninive, cette fois sans discuter. Et le miracle se produit… La ville était immense, il fallait au moins trois jours pour la parcourir ; eh bien, en moins d’une journée, du plus petit jusqu’au plus grand, tous les Ninivites sont convertis. Même les animaux font pénitence !
    Seulement voilà, il n’en restait plus qu’un à convertir (et c’est tout le sel de ce petit livre !)… c’était Jonas lui-même… Jonas n’était pas du tout content… à son idée, la justice aurait voulu que Dieu exerce sa colère contre ces païens, ces pécheurs. Et Jonas, écoeuré, va s’installer à l’écart de la ville. Mais on est en plein été, il étouffe au grand soleil. Alors Dieu, qui ne l’oublie décidément pas, fait pousser un arbuste (on dit que c’est un ricin) au-dessus de sa tête pour le protéger. Jonas va déjà mieux… pas pour longtemps. Le lendemain, Dieu s’en mêle encore et le ricin crève. Alors là, Jonas est vraiment en colère… Et Dieu l’attendait là. Il lui dit : « Quelle histoire pour un arbre qui crève à peine poussé !… Mais ces Ninivites qui allaient se perdre… tu ne crois pas que cela aurait été plus grave ? Ils sont mes enfants tout de même ! »
    Ce conte apparemment léger est en fait plein de leçons : d’abord, et c’est la pointe du récit, c’est d’ailleurs pour cela qu’il nous est proposé ce dimanche, « Dieu aime tous les hommes » et il n’attend qu’un geste d’eux pour leur pardonner ; c’est le sens de la dernière phrase de la lecture liturgique : « En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés ». Il n’attendait que cela : les menaces du prophète « Encore quarante jours et Ninive sera détruite » étaient un cri d’alarme ; quand la fable de Jonas a été écrite, l’Ancien Testament savait déjà très bien qu’on n’est jamais définitivement condamné, que Dieu pardonne toujours ; encore faut-il que nos oreilles et nos coeurs soient ouverts à sa parole de pardon.
    Deuxième leçon : Dieu est le Dieu de l’univers ; on peut le prier partout, bien au-delà des frontières d’Israël, sur un bateau et même jusque dans le ventre d’un poisson. La présence de Dieu n’est pas limitée à un lieu, un pays, un parti, ou une religion…
    Troisième leçon : ceux que nous considérons comme des païens ou des pécheurs sont souvent plus prêts que nous à écouter la Parole ;
    Jésus dira bien « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume ». Sur ce thème, l’auteur du livre de Jonas, visiblement, se plaît à en rajouter, comme on dit : sur le bateau, déjà, on voit les matelots prier avec ferveur et offrir un sacrifice d’action de grâce. Quant aux Ninivites, leur conversion totale et instantanée est un défi à tout effort pastoral. « Jonas parcourut la ville une journée à peine… Aussitôt les gens de Ninive crurent en Dieu ». Quand Jésus parlait plus tard du « signe de Jonas », il rappelait le séjour de Jonas pendant trois jours dans le ventre du poisson, mais surtout il posait une question à ses contemporains : sauraient-ils voir dans le Fils de l’Homme le « signe » que les Ninivites ont su voir en Jonas ?
    Quatrième leçon : cette fable a été inventée, après l’Exil à Babylone, à une époque où les prophètes voulaient rappeler que Dieu veut sauver l’humanité tout entière et pas seulement le peuple élu ; un peu comme dans une famille, il faut faire comprendre à l’aîné qu’il n’est pas fils unique. Nos prophètes à nous pourraient nous en dire autant.
    Cinquième leçon : la petite histoire du ricin est une véritable pédagogie ; manière de faire comprendre à Jonas « tu n’es pas un bon prophète si tu n’aimes pas comme moi tous les hommes ».
    Décidément, Dieu est plus grand que notre coeur !
    ————————-
    Compléments
    « Maintenant, Seigneur, prends ma vie car mieux vaut pour moi mourir que vivre ! » Le cri de désespoir de Jonas (4, 3) ressemble à celui d’Elie (1 R 19, 4).
    La conversion de Ninive contraste avec le refus de conversion des habitants de Jérusalem au temps de Jérémie : « Ni le roi, ni aucun de ses serviteurs, à entendre toutes ces paroles, ne furent effrayés et ne déchirèrent leurs vêtements » (Jr 36, 24).

    PSAUME – 24 (25), 4-9
    4 Seigneur, enseigne-moi tes voies,
    fais-moi connaître ta route.
    5 Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
    car tu es le Dieu qui me sauve.
    6 Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
    ton amour qui est de toujours.
    7 Dans ton amour, ne m’oublie pas,
    en raison de ta bonté, Seigneur.
    8 Il est droit, il est bon, le Seigneur,
    lui qui montre aux pécheurs le chemin.
    9 Sa justice dirige les humbles,
    il enseigne aux humbles son chemin.

    Les Ninivites de l’histoire de Jonas étaient des gens très coupables : la ville était tellement pervertie que Dieu avait dit : « La méchanceté des habitants de Ninive est montée jusqu’à moi », ce qui était une formule habituelle dans la Bible pour ce qu’on pourrait appeler « les cas graves » ! Et pourtant Dieu leur avait accordé son pardon dès leur premier geste de conversion. Le livre de Jonas dit bien « Dieu vit leur réaction : ils revenaient de leur mauvais chemin. Aussi revint-il sur sa décision… » Ce qui voulait dire : on peut toujours changer de conduite, « revenir de son mauvais chemin », on n’est jamais définitivement condamné. Il suffit de se retourner vers le Seigneur, de faire demi-tour ; d’ailleurs, c’est le sens même du verbe se « convertir » en hébreu.
    Le psaume 24/25 est justement la prière d’un pécheur : un pécheur qui désire changer de chemin, se convertir ; un pécheur qui sait que c’est toujours possible parce qu’il est confiant dans la miséricorde de Dieu : « Le Seigneur montre aux pécheurs le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin »… sous-entendu la seule chose qui nous est demandée, ce n’est pas la vertu, mais l’humilité. Le mot « humbles », ici traduit le mot hébreu « anawim » très fréquent dans la Bible : il s’agit de ceux qu’on appelle aussi les « pauvres de Dieu » (ce que nous appelons les « pauvres de coeur »), c’est-à-dire tous ceux qui se reconnaissent démunis, pauvres, impuissants ; on dit aussi « les dos courbés ». Ce sont ceux dont la prière se réduit à dire « prends pitié de moi parce que je suis un pauvre homme pécheur » comme le publicain de l’évangile.
    C’est à ceux-là que Dieu enseigne son chemin : non pas que Dieu les choisisse ou les préfère ; mais les autres n’écouteraient pas les explications puisqu’ils n’en éprouvent pas le besoin ! Prière et précarité, c’est la même racine, en latin !
    Prenons un exemple : il nous est arrivé à tous, un jour ou l’autre, d’être un peu perdus dans une ville ou sur une route inconnue et d’être réduits à demander notre chemin à un passant… Que se passe-t-il si on n’a pas écouté ? Très vite on est de nouveau perdus. Tandis que ceux qui éprouvaient réellement le besoin des explications les ont écoutées ; ils trouvent le chemin.
    Ce thème du chemin est très présent dans ce psaume 24/25 : ici , déjà, dans les quelques versets proposés pour ce troisième dimanche, il y a déjà les mots « voies », « route », « chemin », et le verbe « dirige-moi ». « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles le chemin ». C’est un thème typique des psaumes pénitentiels : parce que la Loi de Dieu (les commandements) est considérée comme le code de la route en quelque sorte ; Dieu a commencé par libérer son peuple, puis après, seulement après, il lui a dicté la loi qui est le mode d’emploi de cette liberté pour toute la vie religieuse, familiale et sociale, de A à Z, comme on dit.
    On comprend dès lors pourquoi ce psaume 24/25 est ce qu’on appelle un « psaume alphabétique ». Il comprend vingt-deux versets dont chacun commence par une lettre de l’alphabet, dans l’ordre alphabétique ; nos Bibles le signalent parfois en inscrivant la première lettre de chaque verset en marge du psaume ; ce procédé littéraire bien connu s’appelle un acrostiche ; mais ici, nous ne sommes pas en littérature : il s’agit d’une véritable profession de foi. Le juif croyant sait que si Dieu a donné la Loi à l’homme, c’est pour son bonheur : la Loi est donc un véritable cadeau de Dieu. A vrai dire, le mot « Torah » en hébreu, ne vient pas d’une racine qui signifierait « prescrire » mais d’un verbe qui signifie « enseigner » : la loi est un maître de liberté ; elle enseigne la voie pour aller à Dieu : « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… »
    Au passage, ce psaume nous offre une série de variations sur le thème du souvenir et de l’oubli. « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse… Oublie les révoltes… Ne m’oublie pas ». Au fond, on prie Dieu d’avoir une mémoire sélective, une sorte de filtre : « Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse » et au contraire « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse, ton amour qui est de toujours ». C’est à la fois de l’audace et de l’humilité ! L’audace que permet l’Alliance : car le pécheur qui parle ici, on le sait bien, n’est pas un individu, mais le peuple élu tout entier ; le JE est un JE collectif. Dieu a choisi ce peuple et l’a libéré ; et il s’est révélé à lui comme le Dieu de tendresse et de fidélité, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34, 6). Plus que la prière personnelle d’un individu isolé, ce psaume a certainement été composé pour des célébrations pénitentielles au Temple de Jérusalem.
    Face à cette Alliance indéfectible de Dieu, le peuple, lui, sait bien qu’il a multiplié les infidélités ; au milieu du psaume, au verset 11, il y a cette prière « pardonne ma faute, elle est grande ! » Mais puisque Dieu demeure celui qui aime et pardonne, on ose lui dire « Oublie mes révoltes »… et « Rappelle-toi ta tendresse »… C’est logique, d’ailleurs : quand on aime vraiment quelqu’un, c’est l’amour même qu’on lui porte qui permet de lui pardonner ! Et si on ne pardonne pas… c’est qu’on n’aime pas vraiment !
    Enfin, ce psaume nous réserve encore une leçon : ni dans les versets que nous lisons ce dimanche, ni dans le reste du psaume, il n’y a ce qu’on pourrait appeler un examen de conscience ; le centre de cette prière de pénitence, ce n’est pas notre péché, c’est Dieu et son oeuvre de salut, de libération. Il n’est question que de lui : « tes voies, ta route, ta vérité, ta tendresse, ton amour… » Elle est là, déjà, la conversion : quand nous cessons de nous regarder nous-mêmes, pour nous tourner vers Dieu.

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Paul aux Corinthiens 7, 29-31
    29 Frères,
    je dois vous le dire : le temps est limité.
    Dès lors,
    que ceux qui ont une femme
    soient comme s’ils n’avaient pas de femme,
    30 ceux qui pleurent,
    comme s’ils ne pleuraient pas,
    ceux qui ont de la joie,
    comme s’ils n’en avaient pas,
    ceux qui font des achats,
    comme s’ils ne possédaient rien,
    31 ceux qui profitent de ce monde,
    comme s’ils n’en profitaient pas vraiment.
    Car il passe,
    ce monde tel que nous le voyons.

    Saint Paul vient de chanter la grandeur du corps de l’homme qui est devenu par son Baptême le temple de l’Esprit Saint ; c’était notre lecture de dimanche dernier ; ce serait donc certainement un contresens de lire dans le passage d’aujourd’hui une dévalorisation du mariage : « Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme »… Pour comprendre cette phrase, il faut donc résolument chercher une autre explication.
    Le passage d’aujourd’hui est encadré par deux affirmations presque semblables : la première, « le temps est limité », la seconde qui en est la conséquence « Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». « Le temps est limité » ; en fait, dans le texte grec, c’est un terme de navigation : « le temps a cargué ses voiles » ; l’image est suggestive : quand un bateau parvient en vue du port, au terme de son voyage, il cargue ses voiles, c’est-à-dire qu’il les replie pour entrer dans le port. Paul se représente l’humanité comme un bateau au terme de son voyage : l’arrivée au port est imminente, c’est-à-dire à la fois proche et certaine. On pourrait dire, comme nos commentateurs sportifs « Nous sommes sur la dernière ligne droite ». On comprend bien alors la dernière phrase qui en est la conséquence évidente : si l’humanité est parvenue au terme de sa course, « ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». Nous sommes au seuil d’un monde nouveau ; celui qu’Isaïe nous promettait : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle » (Is 65, 17).
    Et alors le centre de ce passage est une invitation à lever les yeux au-dessus de notre horizon quotidien, pour regarder, à l’horizon de Dieu, le monde nouveau en train de naître. Ce n’est pas d’abord une leçon de morale, mais une invitation à se réjouir : la Bonne Nouvelle de l’imminence du Royaume est la même pour tous, riches ou pauvres, mariés ou non. Ensuite, Paul cherche à rassurer ses lecteurs quant à leur manière de vivre : il ne s’agit pas de quitter sa femme, si on en a une, mais de vivre désormais toutes les réalités de notre vie quotidienne dans la perspective du monde nouveau. Une perspective à la fois proche et certaine. Qui dit perspective dit regard : c’est notre regard sur le monde qui change, et, du coup, toute notre manière de vivre. Le monde présent et le monde à venir ne se succèdent pas uniquement comme deux phases distinctes de l’histoire ; il s’agit plutôt de deux manières de vivre les mêmes réalités, la manière païenne et la manière chrétienne, la manière d’Adam et la manière du Christ.
    C’est encore sous la plume de Paul un langage de liberté : manière de dire « que rien ne vous entrave, que rien ne vous retienne, ni votre état de vie, ni vos richesses, ni vos soucis, ni les événements heureux ou malheureux de votre vie… » Une seule chose compte : le monde nouveau. Et toutes les réalités de notre existence révèlent alors leur grandeur : elles sont la matière première du royaume.
    Il semble bien que dans leur correspondance avec Paul, les responsables de l’Eglise de Corinthe l’avaient consulté sur des questions très pratiques et concrètes de la vie quotidienne, en particulier sur le mariage : la vie sexuelle est-elle compatible avec la sainteté ? Faut-il se marier ? Et si on est marié, comment vivre ensemble ?… Paul ne donne pas de directive précise, mais la clé du comportement chrétien : quel que soit notre état de vie, vivre en Chrétien, c’est vivre les yeux fixés sur le royaume, comme un coureur n’a de regard que sur le but, il ne regarde pas ses pieds !
    Paul s’adresse à différentes catégories de chrétiens : mariés et non mariés ; heureux et malheureux ; riches et pauvres ; et il leur dit : « Les uns et les autres, n’ayez qu’un horizon, le Royaume. » Ceux qui ont une femme et ceux qui n’ont pas de femme, ceux qui pleurent et ceux qui ne pleurent pas, ceux qui sont heureux et ceux qui ne sont pas heureux, ceux qui font des achats et ceux qui ne possèdent rien, ceux qui tirent profit de ce monde et ceux qui n’en profitent pas… Tous, vivez dans le monde présent à la manière du Christ.
    Aux Chrétiens d’origine juive (donc circoncis) et à ceux d’origine païenne (donc non circoncis), Paul donne le même conseil : « Que chacun vive selon la condition que le Seigneur lui a donnée en partage, et dans laquelle il se trouvait quand Dieu l’a appelé… L’un était-il circoncis lorsqu’il a été appelé ? Qu’il ne dissimule pas sa circoncision. L’autre était-il incirconcis ? Qu’il ne se fasse pas circoncire. La circoncision n’est rien et l’incirconcision n’est rien : le tout c’est d’observer les commandements de Dieu. » (1 Co 7, 17 – 19).
    Notre Baptême ne nous engage pas à changer notre état de vie, mariage ou célibat, par exemple, mais notre manière de le vivre :
    « Le tout c’est d’observer les commandements de Dieu ». Et cela est possible dans tous les états de vie. Trois fois en quelques lignes, Paul insiste « Que chacun demeure dans la condition où il se trouvait quand il a été appelé. Etais-tu esclave quand tu as été appelé ? Ne t’en soucie pas ; au contraire, alors même que tu pourrais te libérer, mets à profit ta situation d’esclave. » (1 Co 7, 19 – 21).
    Comme disait Monseigneur Coffy : « Les Chrétiens ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, ils vivent autrement la vie ordinaire. »
    Tout cela est logique : puisque nous sommes le levain dans la pâte, il ne faut certainement pas quitter la pâte dans laquelle nous avons été enfouis. Au contraire, toute situation, même celle d’esclave, peut être un lieu de révélation du Royaume, pour nous et pour les autres. C’est au coeur même de ce monde présent et des réalités quotidiennes, heureuses ou non, que « l’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification », comme le dit la quatrième prière eucharistique. Cette oeuvre de l’Esprit est une fécondation qui transfigure la réalité et lui fait porter ses fruits, des fruits que Paul décrit dans la lettre aux Galates : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, maîtrise de soi » (Ga 5, 22 – 23).
    Le plus beau commentaire de ce passage, Paul lui-même nous le donne un peu plus loin, dans cette même lettre aux Corinthiens (1 Co 10, 31) : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ».

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 14-20
    14 Après l’arrestation de Jean Baptiste,
    Jésus partit pour la Galilée
    proclamer l’Evangile de Dieu ; il disait :
    15 « Les temps sont accomplis,
    le règne de Dieu est tout proche.
    Convertissez-vous
    et croyez à l’Evangile. »
    16 Passant le long de la mer de Galilée,
    Jésus vit Simon et André le frère de Simon,
    en train de jeter les filets dans la mer,
    car c’étaient des pêcheurs.
    17 Il leur dit :
    « Venez à ma suite.
    Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »
    18 Aussitôt, laissant leurs filets,
    ils le suivirent.
    19 Jésus avança un peu
    et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean,
    qui étaient dans la barque
    et réparaient les filets.
    20 Aussitôt, Jésus les appela.
    Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers,
    ils partirent à sa suite.

    Ceci se passe « Après que Jean eut été livré », nous dit Marc : l’arrestation brutale de Jean-Baptiste par la police d’Hérode vient de mettre fin à la mission du Précurseur. Marc emploie ici (dans le texte grec) le mot « livré » qu’il reprendra de nombreuses fois par la suite au sujet de Jésus (par exemple « le Fils de l’Homme va être livré aux mains des hommes » – 9, 31), puis des apôtres (« on vous livrera aux tribunaux et aux synagogues » – 13, 9). Manière de nous dire déjà : le sort de Jean-Baptiste préfigure celui de Jésus puis celui des apôtres : c’est le lot commun des prophètes, exactement comme le décrivait Isaïe dans les chants du Serviteur (Is 50 et 52-53) ; ou le livre de la Sagesse : « Traquons le juste, il nous gêne, il s’oppose à nos actions » (Sg 2, 13).
    Comme les prophètes, Jean-Baptiste d’abord, Jésus ensuite, proclament la conversion : Marc emploie les mêmes mots pour l’un et pour l’autre : « proclamer, conversion » ; ce n’est certainement pas un hasard ; quelques lignes plus haut, Marc disait : « Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion… », et ici « Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait… Convertissez-vous ». Le contenu de la prédication est le même ; cependant le décor a changé : « Jésus partit pour la Galilée » : après le baptême au bord du Jourdain (Mc 1, 9-11) et son passage au désert (1, 12), Jésus retourne en Galilée et c’est là qu’il commence sa prédication : sous-entendu la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu vient de Galilée, ce pays suspect, dont on se demandait « que peut-il sortir de bon ? » Et Jésus commence à proclamer : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».
    « Les temps sont accomplis ! » Le peuple d’Israël a une notion de l’histoire tout-à-fait particulière : pour lui, l’histoire n’est pas un perpétuel recommencement, elle a un SENS, c’est-à-dire à la fois une signification et une direction. Il y a un début et une fin de l’histoire et c’est dans le cadre de cette histoire humaine que Dieu déploie son projet d’Alliance avec l’humanité. Dire « Les temps sont accomplis », c’est dire que nous touchons au but. Comme dit Paul « le temps a cargué ses voiles », comme un bateau qui arrive au port. Ce but, c’est le Jour où « l’Esprit sera répandu sur toute chair », selon la promesse du prophète Joël (Jl 3, 1). Or, justement, Jean-Baptiste a vu dans la venue de Jésus l’accomplissement de cette promesse : « Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint », a-t-il dit au moment du Baptême de Jésus.
    Voilà la Bonne Nouvelle : le Jour de Dieu vient, « le Règne de Dieu est tout proche » (littéralement, dans le texte grec, « le Règne de Dieu s’est approché »)1 ; ce qui veut dire deux choses : premièrement, c’est le Royaume qui s’approche de nous : nous n’avons qu’à l’accueillir ; nous ne croirons jamais assez à la gratuité du don de Dieu. Deuxièmement, c’est déjà une réalité ; l’expression est au passé : « Le Règne de Dieu s’est approché » ; au-dessus de Jésus sortant des eaux du Jourdain, les cieux se sont déchirés : le ciel communique de nouveau avec la terre.
    La conversion à laquelle Jésus nous invite consiste peut-être tout simplement à croire que ce don de Dieu est actuel et qu’il est gratuit. Une gratuité que le prophète Isaïe annonçait déjà : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau » (Is 55). Cela nous permet de comprendre l’expression : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » : en français, ET veut dire « et en plus » ; en grec, le même mot peut signifier tantôt « en plus » comme en français, tantôt « c’est-à-dire » ; il faut donc comprendre : « Convertissez-vous, c’est-à-dire croyez à la Bonne Nouvelle » ; se convertir c’est croire à la Bonne Nouvelle, ou pour le dire autrement c’est croire que la Nouvelle est Bonne : Dieu est amour et pardon, et son amour est pour tous.
    C’est sans doute pour cela que la première lecture qui nous est proposée ce dimanche est tirée du livre de Jonas ; il disait deux choses : d’une part, Dieu veut le salut de tous les hommes et non pas seulement de quelques privilégiés ; d’autre part, voyez l’exemple de Ninive : Dieu n’attend qu’un geste de vous. Il suffit de vous convertir pour entrer dans son pardon.
    Dans le même ordre d’idées, Paul dit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu », ce qui veut dire « croyez que son dessein est bienveillant », cessez de faire comme Adam qui croit que Dieu est mal intentionné ! C’est bien le sens du mot « conversion » en hébreu, c’est-à-dire demi-tour ; « convertissez-vous » veut dire « retournez-vous ». Si on se retourne, on verra Dieu tel qu’il est, c’est-à-dire le Dieu d’amour et de pardon. C’est bien la découverte du fils prodigue.
    Quelques mots, enfin, sur l’appel des premiers disciples, Simon et André, Jacques et Jean. Comme dans toute vocation, il y a deux phases, l’appel et la réponse. Jésus passe, les voit, les appelle : l’initiative est de son côté ; pour les disciples, c’est bien le royaume qui s’approche et les appelle ; quant à la réponse, « Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent », elle fait penser à celle d’Abraham dont le livre de la Genèse dit tout simplement : « Abraham partit comme le Seigneur le lui avait dit » (Gn 12). Jésus leur dit « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Il ne leur fait pas miroiter quelque chose pour eux-mêmes, mais pour les autres ; il les associe à son entreprise. Par là même, il leur dit quelque chose de sa propre mission : repêcher les hommes ; comme il le dit lui-même dans l’évangile de Jean (Jn 10, 10) : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »
    ————————–
    Note
    1 – A l’époque de Jésus, le mot « évangile » était employé pour signaler la venue du roi (sa naissance ou bien sa venue dans une ville). C’est donc tout à fait équivalent de dire : « Le règne de Dieu est tout proche » et « croyez à la Bonne Nouvelle ». En Jésus, le Règne de Dieu s’est approché.


  • Homélie du dimanche 21 janvier

    Dimanche 21 janvier 2018
    3éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Lecture du livre de Jonas. 3. 1 à 10 : « Proclame le message que je te donne pour elle. »
    Psaume : « Fais-moi connaître ta route. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 7. 29 à 31 : « Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. »
    Evangile selon saint Marc. 1. 14 à 20 : « Convertissez-nous et croyez à la Bonne Nouvelle. »
    ***
    La séquence évangélique de ce dimanche est composée de deux épisodes qui sont liés dans le temps et qui, sans trop forcer les textes, se suivent dans la logique du message apporté par Jésus .
    La Bonne Nouvelle proclamée aux habitants de Galilée. L’appel définitif des disciples de Jésus. Orientez votre vie, votre comportement, votre volonté, votre idéal dans le sens de ce message. Réorientez-les s’il le faut.
    LE ROYAUME EST A PROXIMITE
    La police d’Hérode a mis la main sur Jean le Baptiste. Il est emprisonné. Sa mission, sa prédication et son Baptême n’ont plus leur raison d’être. Leur temps est accompli. La longue attente et la longue préparation du Peuple de Dieu a trouvé son achèvement en Jésus-Christ.
    Car Jésus ne prend pas la simple suite de Jean. Il ne vient pas convertir par un baptême de pénitence. Autre est sa mission. Il annonce l’Evangile de Dieu.
    Il ne proclame pas une bonne nouvelle parmi d’autres. Il n’annonce pas une « nouvelle » qui aurait Dieu pour objet. La Bonne Nouvelle donnée par Jésus au nom de Dieu, c’est lui-même qui est la Parole de Dieu et elle concerne le salut. Il vient nous « dire » que la présence de Dieu s’exprime au milieu de nous.
    C’est ainsi que l’avait compris la communauté chrétienne des premiers chrétiens.
    Saint Paul le proclame ainsi chaque fois qu’il parle de « Bonne Nouvelle – evaggelos ». Lui, Paul, a été mis à part pour cette annonce « qui a été promise par les prophètes dans les Ecritures Saintes. (Romains 1.1 – Romains 15. 16 – 2 Corinthiens 11. 7)
    Et saint Pierre confirme l’apôtre Paul (1 Pierre 4. 17) Le Royaume de Dieu est donc maintenant à proximité.
    Le temps nouveau annoncé par Jean Baptiste est arrivé. La mesure du temps précédent est pleine. L’autre temps est là. Il s’est approché, si proche qu’il est soudé à l’ancien. Il n’y a aucun intervalle entre Jean et Jésus.
    Le baptême de Jésus en a été la signification et la réalisation. Jean en a reçu la confirmation quand Jésus est descendu dans le Jourdain. L’Esprit de Dieu sur celui sur qui il verse de l’eau. Le Père le reconnaît comme son Fils bien-aimé et non pas seulement comme un prédicateur.
    Le « tout proche » doit être entendu dans le sens : « Il est à côté de vous. » Il est au milieu de nous. « Tu n’es pas loin du Royaume », dira Jésus au scribe qui parlait avec lui des deux commandements fondamentaux qui concernent notre relation avec Dieu. (Marc 12. 34)
    CROYEZ A L’EVANGILE
    Ainsi la réalité de ce royaume n’est plus à attendre dans l’espérance d’un avenir plus ou moins proche. Il nous faut dès maintenant y entrer puisqu’il est « à notre porte ».
    Nous avons dans notre mémoire ces paroles de Jésus qui évoque la porte étroite ou la porte qu’il ouvre pour son troupeau. Pour y entrer, il faut nous « se convertir. » Se convertir, c’est accueillir la plénitude de ce mystère dans la foi (Luc 8. 10).
    Marc a bien remarqué que cette parole est fréquente chez Jésus. Il ne parle pas d’abord de la foi comme d’une première étape nécessaire si on veut le rejoindre. Elle ne peut rester « théorique ». Il demande une nouvelle orientation de tout notre être, dans la pensée comme dans le vouloir.
    Cette nouvelle orientation ne se décide pas au terme d’un raisonnement ou d’un cheminement sentimental. Elle doit s’accompagner de la foi en la « Bonne Nouvelle » qui nous fait entrer dans les desseins de Dieu. « Si vous ne devenez pas semblables … si vous ne quittez pas… » Ces paroles de Jésus, et bien d’autres différentes selon les personnes et les circonstances, le rappellent maintes fois au cours de ses rencontres sur les routes de Palestine.
    Marc note que Jésus ne vient pas en Galilée pour y prêcher seulement quand il y sera arrivé. Il y vient tout en proclamant cet Evangile de Dieu, depuis les bords du Jourdain, durant toute sa route et jusqu’aux rives du lac de Tibériade. « Convertissez-vous et croyez en l’Evangile », c’est bien là tout le programme de sa prédication et non pas une formule stéréotypée.
    Cette conversion, dans le texte grec, se nomme « metanoia », « changement ». Quand un écrivain corrige la construction de sa phrase, c’est une « metanoia », quand une découverte nous fait regarder autrement, c’est une « metanoia ».
    Cette démarche doit être la nôtre. Il faut nous renouveler sans cesse, nous réorienter souvent, selon les circonstances de notre vie et les impasses où nous nous sommes engagés. Cette démarche, au sens évangélique, ne peut se vivre que dans la foi parce que c’est elle qui nous fait découvrir, progressivement, et non pas du jour au lendemain, le dessein de Dieu sur nous et les tâtonnements que sont nos réponses.
    VENEZ A MA SUITE
    La décision et la démarche des quatre premiers disciples sont dans la suite logique de ce revirement que le Christ demande, à eux comme à nous. Pierre et André abandonnent leurs filets alors qu’ils sont en train de les lancer.
    S’il les appelle, c’est pour s’assurer le concours de quelques disciples ou plus exactement, en faire des coopérateurs. Ce n’est pas seulement pour leur confier sa doctrine. Il appelle des pêcheurs qui jettent leurs filets, pour les faire devenir pêcheurs d’hommes qui lanceront ainsi la Parole de Dieu. Ils amèneront des hommes au point où Dieu les veut, aux rivages même de Dieu.
    L’évangéliste souligne dans le même temps, cette nécessaire progression qui sera demandée aux disciples tout au long de leur vie au service de l’Evangile, pour « ce devenir » : « Je ferai de vous … »
    Jacques et Jean sont en train de réparer les filets avec leur père et des employés salariés. Il y a là un contraste que Marc a observé et qu’il souligne. Simon et André ont abandonné leurs filets. Jacques et Jean abandonnent leur père. Les deux fils le laissent avec des hommes qui travaillent non par amour filial et familial, mais pour un salaire.
    Marc d’ailleurs utilise le terme de « mercenaires » que nous traduisons par « salariés », ce qui n’est tout de même pas la même chose.
    Les deux fils « s’éloignèrent de leur Père ». Ils ne sont plus à ses côtés en se plaçant « derrière Jésus. » Dans les deux cas, Jésus ne fait pas de longues démonstrations pour convaincre. Il n’a rien dit ni rien fait qui lui donnât de l’autorité sur ces quatre premiers disciples.
    Il met en mouvement leurs volontés. Il peut les ré-orienter les uns dans une autre situation de pêcheurs, les autres dans une autre situation de relations familiales.
    ***
    « Convertissez-vous et croyez en cette Bonne Nouvelle » que j’annonce. Ou plutôt, croyez en moi qui suis « la Bonne Nouvelle », le Chemin, la Vérité, la Vie. « Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. » (credo de Nicée-Constantinople)


  • A Tourcoing : casser les cloisons pour briser l’isolement des enfants

    Jeune père de famille, Baptiste Snaet, 30 ans, habite juste à côté de son lieu de travail, la paroisse Saint Matthieu, près du métro Phalempins, à Tourcoing. Il fait partie des cinq personnes de l’équipe missionnaire missionnée par l’évêque. Son leitmotiv : « il faut décloisonner, regarder la réalité en face, oser faire autrement et faire ensemble». Ancien permanent de l’ACE puis du MRJC -qui, dit-il, « fait partie de mon adn »- Baptiste est tombé enfant dans la marmite de l’animation, son père ayant été directeur de camps. Il témoigne avoir été marqué par le fait que ses parents « ont vécu des souvenirs formidables en vacances avec leur paroisse ». Et aussi par cette remarque d’un membre de l’EAP regrettant le fait qu’ « à partir de 14 ans, l’Église n’ait plus rien à proposer à son petit voisin servant d’autel ». D’où le rêve de Baptiste d’organiser lui aussi un camp pour les enfants de Tourcoing qui, pour certains, n’ont jamais dormi ailleurs que chez leurs parents ou jamais vu la mer alors qu’elle se trouve… à une heure de chez eux ».

    Sortir des zones de confort
    « Il est plus difficile, insiste-t-il, de faire des activités régulières. On ne vit plus dans ce monde, il faut s’adapter ». C’est ainsi qu’il a proposé aux jeunes filles de 17 ans « hyper motivées » qui animaient un club ACE le dimanche matin avec quelques enfants d’intégrer la commission de préparation du camp. L’une d’elles a suivi. Une dame catéchiste et institutrice, un professeur de sports et d’autres les ont rejoints. L’association diocésaine de l’Action Catholique des Enfants a été sollicitée. Les frais ont été couverts grâce à la vente de crêpes à la sortie de l’église et à diverses subventions. « Les paroisses n’en ont pas conscience mais elles ont une force de frappe phénoménale », assure Baptiste.
    Au final, en août 2017, dans la maison diocésaine de Merville, 15 enfants de 8 à 12 ans (servants d’autel, voisin ou enfants de paroissiennes, fille d’une dame rencontrée lors d’un pèlerinage marial, fratrie d’une famille nombreuse), encadrés par 4 adultes ont vécu un beau temps fort de vacances. « Lorsqu’on emmène des jeunes en camp, on les fait sortir de leur zone de confort et on casse leurs cloisons », témoigne Baptiste. Unique petit temps spirituel : celui durant lequel il leur a été demandé de fermer les yeux, de trouver une pépite de leur séjour, puis de la raconter aux autres et d’exprimer des pardons pour des bousculades ou des moqueries, mais aussi une demande et un merci. Alors en quoi l’Église fait-elle œuvre originale ? « Chrétien je ne vais pas animer différemment, dans l’esprit de l’Évangile, que dans un camp organisé par la mairie. Jésus parlait de la même manière aux Juifs et à la Samaritaine. Il faut qu’il y ait des chrétiens dans les camps de la mairie. Ce n’est pas l’un OU l’autre et il ne s’agit pas d’inviter tout le monde à la messe ou au caté mais de discerner ensuite pour chaque enfant»,  répond Baptiste. Il ajoute deux choses : « C’est aussi à travers ce style de proposition  que l’Église rencontre les parents. Et où trouver ailleurs un camp d’une semaine à seulement 20€ et accepter qu’une famille en difficulté paye en deux échéances!!! ».
    Avec le même enthousiasme, Baptiste raconte l’autre activité entreprise dans le quartier populaire de la Bourgogne. Là encore, une règle d’or : adaptation au réel (une dizaine d’enfants montant sur le mur de l’église) et décloisonnement. Une fois par mois, un petit groupe s’est mis à lire l’Évangile en buvant le café chez une grand-mère de famille nombreuse. Que faire pour ce quartier ? L’idée a surgi de jouer avec les enfants dans le parc où ils se rassemblent. Et ce pendant les vacances de février, de Pâques et en juin. Les jeux (ballons, cerceaux, kaplas…) ramenés par l’ACE sont suivis d’un goûter préparé par des mamies de la paroisse et souvent partagé avec les parents. « Même moi je suis étonné que ça marche », commente Baptiste. Il suffit de fédérer les bonnes volontés…
    Chantal Joly


mercredi 10 janvier 2018

  • Migrants : trouver une réponse commune

    Aujourd’hui, dans notre pays, la situation des migrants est très préoccupante. La société civile, les pouvoirs publics et la communauté chrétienne doivent trouver une réponse commune aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines.
    C’est cet appel que Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques a lancé lors d’une conférence de presse à la Maison des évêques de France ce mercredi 10 janvier 2018. Il était accompagné Mgr Georges Pontier, Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes et Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris, tous deux membres de la Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église au titre de la pastorale des migrants. Ils ont présenté les priorités que l’Église de France se donne parmi les pistes d’action proposées par le Pape François.


lundi 8 janvier 2018

  • Commentaires du dimanche 14 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 14 janvier 2018
    2éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – 1er livre de Samuel 3, 3b-10. 19
    En ces jours-là,
    3 le jeune Samuel était couché dans le temple du SEIGNEUR à Silo ,
    où se trouvait l’arche de Dieu.
    4 Le SEIGNEUR appela Samuel, qui répondit :
    « Me voici ! »
    5 Il courut vers le prêtre Eli, et il dit :
    « Tu m’as appelé, me voici. »
    Eli répondit :
    « Je ne t’ai pas appelé. Retourne te coucher. »
    L’enfant alla se coucher.
    6 De nouveau, le SEIGNEUR appela Samuel.
    Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Eli, et il dit :
    « Tu m’as appelé, me voici. »
    Eli répondit :
    « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. »
    7 Samuel ne connaissait pas encore le SEIGNEUR,
    et la parole du SEIGNEUR ne lui avait pas encore été révélée.
    8 De nouveau, le SEIGNEUR appela Samuel.
    Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Eli, et il dit :
    « Tu m’as appelé, me voici. »
    Alors Eli comprit que c’était le SEIGNEUR qui appelait l’enfant,
    9 et il lui dit :
    « Va te recoucher,
    et s’il t’appelle, tu diras :
    Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute. »
    Samuel alla se recoucher à sa place habituelle.
    10 Le SEIGNEUR vint, il se tenait là
    et il appela comme les autres fois :
    « Samuel ! Samuel ! »
    et Samuel répondit :
    « Parle, ton serviteur écoute. »
    19 Samuel grandit.
    Le SEIGNEUR était avec lui,
    et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.

    DE LA VOCATION DE SAMUEL…
    Il faut relire tout le début du premier livre de Samuel : c’est presque un roman, tellement l’histoire est belle… mais comme toujours, le texte biblique n’est pas là seulement pour l’anecdote ; il faut lire entre les lignes. On connaît l’histoire de Samuel ; c’est un enfant du miracle car sa maman, Anne, était désespérément stérile ; un jour de grand chagrin, elle a fait un voeu : si j’ai un fils, il sera consacré au service de Dieu. Et Samuel est né ; Anne, bien sûr, a tenu sa promesse et voilà l’enfant confié au vieux prêtre Eli qui est le gardien du sanctuaire de Silo (à ne pas confondre avec le prophète Elie qui a vécu beaucoup plus tard).
    Où est Silo ? Ce n’est plus aujourd’hui qu’un petit hameau à une trentaine de kilomètres au Nord de Jérusalem ; mais ce fut un lieu de rassemblement important pour les tribus d’Israël pendant toute une période. Qui dit lieu de rassemblement à cette époque-là dit surtout lieu de culte : et c’est dans ce sanctuaire de Silo qu’un petit garçon, Samuel, reçoit vers 1050 av.J.C. sa vocation de prophète. A partir de là, il deviendra l’une des figures les plus marquantes de l’histoire d’Israël, le dernier des Juges. A tel point que plus tard, Jérémie l’a comparé à Moïse lui-même (Jr 15, 1) et le psaume 98/99 en fait autant : « Moïse et Aaron et Samuel faisaient appel au SEIGNEUR et il leur répondait » (Ps 98/99, 6).
    Comme Moïse également, Samuel a été visiblement un chef à la fois spirituel et politique : on le voit exerçant une fonction de prêtre, chargé d’offrir les sacrifices, mais aussi rendant la justice ; c’est lui encore qui sera chargé de couronner les deux premiers rois d’Israël, Saül et David ; à ce titre, il a vécu lui-même et fait vivre au peuple d’Israël un véritable tournant de son histoire ; il joue sûrement (aussi) un rôle important à la cour : on le voit transmettre aux rois les décisions de Dieu, et dans ces occasions, il est présenté comme un véritable prophète.
    Les deux phrases qui encadrent le récit de la vocation de Samuel insistent justement sur ce point ; les voici : le début du chapitre 3 précise : « La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante. » (1 S 3, 1). Et à la fin du récit, l’auteur conclut : « Samuel grandit. Le SEIGNEUR était avec lui et ne laissa aucune de ses paroles sans effet. Tout Israël, de Dan à Béer-Shéva, sut que Samuel était accrédité comme prophète du SEIGNEUR. Le SEIGNEUR continua d’apparaître à Silo. Le SEIGNEUR, en effet, se révélait à Samuel, à Silo, par la parole du SEIGNEUR, et la parole du SEIGNEUR s’adressait à tout Israël. » (1 S 3, 21s).
    Une telle insistance laisse penser que ce texte a été écrit à une époque où il était urgent de mettre le peuple en garde contre les faux prophètes, ceux qui se désignaient eux-mêmes au lieu de répondre à un appel de Dieu. Un vrai prophète, au contraire, c’est quelqu’un comme Samuel qui transmet au peuple toute la parole du Seigneur et seulement la parole du Seigneur. Peut-être l’auteur veut-il également raffermir la foi du peuple à une période difficile : en rappelant que même quand le Seigneur est silencieux, il ne nous oublie pas et son appel résonne… manière de dire : « La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante », eh bien justement c’est à ce moment de silence apparent que Dieu a appelé l’un de vos plus grands prophètes.
    … A LA VOCATION DES BAPTISES
    Enfin, bien sûr, ce récit nous propose un exemple pour le temps présent ; le récit de la vocation de Samuel est un modèle de réponse à l’appel de Dieu, un modèle d’acceptation d’une vocation prophétique. Voici donc quelques remarques sur la vocation de Samuel et à travers elle sur toute vocation prophétique ; on peut noter trois points :
    Sur l’appel, d’abord : Samuel n’est encore qu’un enfant ; pas besoin d’être âgé, fort, puissant, compétent ! On retrouve une fois de plus le paradoxe habituel : c’est dans la faiblesse humaine que Dieu se manifeste.
    Alors que Jérémie disait : « Ah, SEIGNEUR Dieu, je ne saurais parler, je suis trop jeune ! » Dieu lui a répondu : « Ne dis pas je suis trop jeune !… N’aie peur de personne, car je suis avec toi pour te libérer » (Jr 1, 7).
    A propos de l’appel encore, ce n’est pas Samuel qui a compris le premier qu’il était appelé par Dieu ; c’est le prêtre Eli. Il a su au bon moment aider Samuel à discerner la voix de Dieu.
    Là aussi sans aucun doute, l’auteur de ce texte propose un exemple à suivre : Eli s’efface ; il n’interfère pas dans ce qu’il reconnaît comme une initiative de Dieu ; il éclaire l’enfant et lui permet de répondre à l’appel.
    Sur la réponse enfin : elle est bien simple ! « Me voici » répété quatre fois et enfin « Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute ». Elle est le reflet de la totale disponibilité, la seule chose que Dieu recherche pour poursuivre son projet d’alliance avec l’humanité. La dernière phrase de ce texte est encore une leçon pour chacun d’entre nous. « Samuel grandit, le SEIGNEUR était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet. » Dans le cadre de notre vocation propre, nous sommes assurés à chaque instant de la présence et de la force de Dieu.
    Enfin, il est vrai, et c’est presque une vérité de La Palice, que Samuel a pu répondre à l’appel parce qu’il l’a entendu ! Et il l’a entendu parce qu’il était dans le sanctuaire : Anne, sa mère, l’y avait conduit et Eli prenait soin de lui. Peut-être faut-il se donner et donner à ceux dont nous avons la charge des occasions de franchir les portes des sanctuaires pour y entendre l’appel de Dieu ?

    PSAUME – 39 (40), 2.4 7-11
    2 D’un grand espoir, j’espérais le SEIGNEUR,
    Il s’est penché vers moi
    4 Dans ma bouche il a mis un chant nouveau
    une louange à notre Dieu.
    7 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice
    tu as ouvert mes oreilles
    tu ne demandais ni holocauste ni victime
    8 alors j’ai dit : « Voici, je viens. »
    Dans le livre est écrit pour moi
    9 ce que tu veux que je fasse.
    Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
    Ta Loi me tient aux entrailles.
    10 Vois, je ne retiens pas mes lèvres ,
    SEIGNEUR, tu le sais.
    11 J’ai dit ton amour et ta vérité
    A la grande assemblée.

    L’EVOLUTION DES SACRIFICES EN ISRAEL
    « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu ne demandais ni holocauste ni victime… ». Phrase étonnante pour nous qui croyons parfois que Dieu réclame des sacrifices ; et pourtant cette phrase est là : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. »
    Il a fallu toute une pédagogie des prophètes pour faire évoluer la pratique sacrificielle. Toute la Bible est l’histoire d’un long apprentissage et, avec ce psaume 39/40, nous sommes à la phase finale de cette lente transformation des relations entre Israël et son Dieu.
    Je reprends rapidement cette histoire des sacrifices en Israël : elle se développe en même temps que progresse la connaissance de Dieu. C’est logique : « sacrifier », (« sacrum facere » en latin) signifie « faire du sacré », entrer en contact ou mieux en communion avec Dieu. Tout dépend évidemment de l’idée qu’on se fait de Dieu. Donc au fur et à mesure qu’on découvre le vrai visage de Dieu, la pratique sacrificielle va changer.
    Je commence par le début : Première chose à retenir : ce n’est pas Israël qui a inventé la démarche du Sacrifice ou de l’offrande : (il y en a chez les autres peuples du Moyen Orient bien avant que le peuple hébreu ne mérite le nom de peuple).
    Deuxième constatation lorsqu’on s’intéresse à la pratique sacrificielle d’Israël : il y a toujours eu des offrandes et des sacrifices en Israël tout au long de l’histoire biblique. Il y a une très grande variété de sacrifices mais tous sont un moyen de communiquer avec Dieu.
    Troisième point : les sacrifices pratiqués par le peuple élu ressemblent à ceux de leurs voisins… oui, mais à une exception près et une exception qui est colossale : la spécificité des sacrifices en Israël, c’est que, dès le début de l’histoire biblique, les sacrifices humains sont strictement interdits. Il y en a eu ; c’est vrai. Et même si il y en a eu peu, on ne peut pas nier qu’il y a eu des sacrifices humains en Israël. Cela ne prouve pas que cela était permis et approuvé ! Au contraire, c’est une constante dans la Bible : les sacrifices humains sont de tout temps considérés comme une horreur ; Jérémie dit de la part de Dieu : « Cela, je n’en ai jamais eu idée! » et un peu plus loin : « Cela je ne l’ai jamais demandé et je n’ai jamais eu l’idée de faire commettre une telle horreur… » (Jr 7, 31 ; 19, 6 ; 32, 35). Et le fameux récit du sacrifice d’Abraham, ce que les Juifs appellent « la ligature d’Isaac » est lu justement comme la preuve que, depuis le début de l’Alliance entre Dieu et ce peuple qu’il s’est choisi, les sacrifices humains sont strictement interdits. Justement, Abraham va découvrir que « sacrifier » (« faire sacré ») ne veut pas dire « tuer » ! Il a offert son fils, il ne l’a pas tué.
    Si on y réfléchit, c’est tout ce qu’il y a de plus logique ! Dieu est le Dieu de la vie : impensable que pour nous rapprocher de Lui, il faille donner la mort ! Cette interdiction des sacrifices humains sera la première insistance de la religion de l’Alliance. On continuera à pratiquer seulement des sacrifices d’animaux. Puis peu à peu, on va assister au long des siècles à une véritable transformation, on pourrait dire une conversion du sacrifice. Cette conversion va porter sur deux points :
    DIS-MOI QUEL EST TON SACRIFICE…JE TE DIRAI QUEL EST TON DIEU
    Sur le sens des sacrifices d’abord, sur la matière des sacrifices ensuite :
    Premièrement, donc, la conversion va porter sur le sens des sacrifices : dans la Bible, au fur et à mesure que l’on découvre Dieu, les sacrifices vont évoluer. En fait, on pourrait dire : « Dis-moi tes sacrifices, je te dirai quel est ton Dieu ». Notre Dieu est-il un Dieu qu’il faut apprivoiser ? Dont il faut obtenir les bonnes grâces ? Auprès duquel il faut acquérir des mérites ? Un Dieu courroucé qu’il faut apaiser ? Un Dieu qui exige des morts ? Alors nos sacrifices seront faits dans cet esprit là, ce seront des rites magiques pour acheter Dieu en quelque sorte. Ou bien notre Dieu est-il un Dieu qui nous aime le premier… un Dieu dont le dessein n’est que bienveillant… dont la grâce est acquise d’avance, parce qu’il n’est que Grâce… le Dieu de l’Amour et de la Vie.
    Et alors nos sacrifices seront tout autres. Ils seront des gestes d’amour et de reconnaissance. Les rites ne seront plus des gestes magiques mais des signes de l’Alliance conclue avec Dieu.
    Toute la Bible est l’histoire de ce lent apprentissage pour passer de la première image de Dieu à la seconde. C’est nous qui avons besoin d’être apprivoisés, qui avons besoin de découvrir que tout est « cadeau », qui avons besoin d’apprendre à dire simplement « MERCI » (Ce que la Bible appellera plus tard le « sacrifice des lèvres »). Toute la pédagogie biblique vise à nous faire quitter la logique du « donnant-donnant », du calcul, des mérites, pour entrer dans la logique de la grâce, du don gratuit. Et notre apprentissage n’est jamais fini.
    Deuxièmement, la conversion va aussi porter sur la matière des sacrifices : les prophètes ont joué un grand rôle dans ce lent apprentissage du peuple élu. Ils lui ont fait découvrir peu à peu le véritable sacrifice que Dieu attend :
    accomplir des sacrifices au sens de « sacrum-facere » : « faire sacré », c’est tout à fait bien à condition de ne pas se tromper sur ce que Dieu attend de nous ! Tout se passe comme si les prophètes nous disaient : « tu veux entrer en relation avec Dieu…? Fort bien ! … à condition de ne pas te tromper de Dieu ! »
    C’est peut-être une phrase du prophète Osée (au huitième siècle) qui résume le plus parfaitement cette prédication des prophètes : « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices » (Os 6, 6).
    On découvre peu à peu que le véritable « sacrifice », « faire sacré » consiste non plus à tuer mais à faire vivre. Dieu est le Dieu des vivants : donner la mort ne peut pas être la meilleure façon de nous rapprocher de Lui ! Faire vivre nos frères, voilà la seule manière de nous rapprocher de Lui.
    Et l’ultime étape de cette pédagogie des prophètes nous présentera l’idéal du sacrifice : c’est le service de nos frères. Nous trouvons cela dans les quatre Chants du Serviteur qui sont inclus dans le deuxième livre d’Isaïe. L’idéal du Serviteur qui est l’idéal du sacrifice, c’est « une vie donnée pour faire vivre ».
    Le psaume 39/40 résume donc admirablement la découverte biblique sur le Sacrifice : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, Tu as ouvert mes oreilles, tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens » sous-entendu pour me mettre à ton service et au service de nos frères.
    ————————–
    Complément
    « Tu as ouvert mes oreilles » (verset 7) : depuis l’aube de l’humanité, Dieu « ouvre l’oreille » de l’homme pour entamer avec lui le dialogue de l’amour ; le psaume 39/40 reflète le long apprentissage du peuple élu pour entrer dans ce dialogue : dans l’Alliance du Sinaï, les sacrifices d’animaux symbolisaient la volonté du peuple d’appartenir à Dieu ; dans l’Alliance Nouvelle, l’appartenance est totale : le dialogue est réalisé ; « Tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit voici, je viens ». Offrandes et sacrifices sont « spirituels » comme dira Saint Paul ; alors, le chant nouveau jaillit du coeur de l’homme : « J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée ».

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre aux Corinthiens 6, 13… 20
    Frères,
    13 le corps n’est pas fait pour la débauche,
    il est pour le Seigneur,
    et le Seigneur est pour le corps.
    14 Et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur,
    et nous ressuscitera nous aussi.
    15 Ne le savez-vous ? Vos corps sont les membres du Christ.
    17 Celui qui s’unit au Seigneur
    ne fait avec lui qu’un seul esprit.
    18 Fuyez la débauche.
    Tous les péchés que l’homme peut commettre
    sont extérieurs à son corps ;
    mais l’homme qui se livre à la débauche
    commet un péché contre son propre corps.
    19 Ne le savez-vous pas ?
    Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint,
    lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ;
    vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes,
    20 car vous avez été achetés à grand prix.
    Rendez gloire à Dieu dans votre corps.

    TOUT EST PERMIS MAIS TOUT NE CONVIENT PAS
    Visiblement, il y avait des problèmes de comportement à Corinthe, puisque dans ces quelques lignes Paul emploie trois fois le mot « débauche » : il s’agit là clairement de la vie sexuelle, puisque le mot grec est « porneia » qui a donné en français « pornographie ». On sait bien que les moeurs étaient particulièrement relâchées à Corinthe à tel point que l’expression « vivre à la Corinthienne » (sous-entendu une vie sexuelle dissolue) était proverbiale.
    Pour se justifier, certains prétendaient que la sexualité est un besoin naturel au même titre que la nourriture et que nos choix n’engagent à rien : il faut manger pour vivre, et nous sommes libres de manger comme nous voulons. De la même manière, notre vie sexuelle ne regarde que nous ; chacun de nous peut bien se conduire dans ce domaine comme il veut, tout est permis.
    Paul donne donc ici une leçon de morale ; ce qui est très intéressant, c’est de voir les arguments qu’il emploie : il ne se place pas sur le terrain du permis et du défendu : plus profondément, il nous dit : soyez cohérents avec votre Baptême ; il y a une logique chrétienne. Il y a des comportements indignes d’un Chrétien. Dans le verset qui précède tout juste notre passage d’aujourd’hui, Paul a précisé : « Tout m’est permis, mais tout ne me convient pas ».
    « Tout est permis », disait Paul, sous-entendu : puisque l’Esprit de Dieu est en vous depuis votre Baptême, vous n’avez même plus besoin qu’on vous impose une loi de l’extérieur ; vous pouvez déterminer librement votre conduite : si elle est inspirée par l’Esprit de Dieu, elle est forcément conforme à la Loi de Dieu. Mais visiblement, certains Corinthiens employaient l’expression « Tout est permis » pour justifier leur vie de débauche. Ils retenaient « tout est permis » mais ils oubliaient « tout ne convient pas ».
    Puis Paul donne ses arguments :
    Premier argument : d’abord, on ne peut pas comparer l’alimentation et la vie sexuelle : la nourriture est une affaire de survie biologique ; tandis que la vie sexuelle engage notre être tout entier ; quand Paul emploie le mot « corps », il n’oppose pas le corps et l’âme, comme nous le faisons parfois ; pour lui, le corps c’est notre être tout entier dans sa vie affective, sociale, relationnelle ; car c’est bien par notre corps que nous entrons en relation avec les autres. La nourriture disparaîtra, la vie biologique cessera, mais notre vie affective, sociale, relationnelle a une dimension d’éternité ; la preuve, c’est que nous ressusciterons : « Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur, et nous ressuscitera nous aussi. »
    Vous voyez qu’il n’y a pas chez Paul une dépréciation de la sexualité ! Puisqu’au contraire, il dit qu’elle nous engage tout entiers et pour toujours, jusque dans l’éternité !
    Deuxième argument : la sexualité est une véritable union intime de votre être tout entier avec une autre personne, or, depuis votre Baptême, vous êtes intimement liés à Jésus-Christ. Vous ne vous appartenez plus ! Le nom « Chrétiens » le dit bien d’ailleurs : Chrétien, cela veut dire « du Christ » ! Pour exprimer cette vérité de manière forte, Paul va jusqu’à dire : « Ne le savez-vous ? Vos corps sont les membres du Christ. » Un peu plus loin il reprend la même idée sous une autre forme : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes ».
    Peut-être Paul a-t-il découvert cette vérité sur le chemin de Damas ? La phrase de Jésus « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » lui a révélé le lien très intime qui existe entre chaque Chrétien et le Christ lui-même.
    VOTRE CORPS EST UN SANCTUAIRE DE L’ESPRIT SAINT
    Autre expression très forte : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint ». Pour comprendre la force de cette affirmation, il suffit de se rappeler combien, dans le monde antique, on avait le plus profond respect pour les temples, considérés comme des lieux sacrés ; pour un Juif comme Paul, le Temple de Jérusalem était le lieu privilégié de la Présence de Dieu ; et pour le dire, on disait que la Gloire de Dieu (entendez le rayonnement de sa Présence) résidait dans le Temple. Alors, on comprend la dernière phrase : « Rendez gloire à Dieu dans votre corps » ; cela veut dire, et c’est inouï, fantastique, que notre personne, que notre vie concrète est un reflet de la présence de Dieu.
    Paul présente donc ici aux Corinthiens une magnifique théologie du corps humain : membre du corps du Christ, temple de l’Esprit Saint, rayonnement de la présence de Dieu, destiné à la résurrection ; nous sommes tout cela !
    Reste une phrase difficile : « Le Seigneur vous a achetés très cher ». Bien sûr, il ne s’agit pas d’un prix d’argent ! Et on ne voit pas d’ailleurs à qui Dieu devrait payer quelque chose ! Paul fait allusion ici à toute l’oeuvre de Dieu pour sauver l’humanité :
    nous savons d’expérience parfois combien nous a coûté d’efforts, de patience, d’insomnies et de larmes la guérison d’un être aimé… ou combien coûte à certains la victoire sur le tabac, l’alcool, ou tout autre lien qui retenait prisonnier ; on dira aussi que quelqu’un a payé de sa vie tel ou tel acte de courage… Quand Saint Paul dit « Le Seigneur vous a achetés très cher », c’est de cet ordre-là : ce n’est pas du commerce ; mais Dieu a tout mis en oeuvre pour restaurer notre liberté.
    Depuis l’aube des temps, il a déployé toute sa patience et son amour pour accompagner l’humanité dans sa marche vers la liberté et la solidarité. Et le dernier acte de cette oeuvre de salut, c’est l’envoi du Fils Unique. C’est dire à quel point nous sommes précieux aux yeux de Dieu !
    C’est pour cette raison que Saint Léon au cinquième siècle osait dire : « Chrétien, rappelle-toi à quel chef tu appartiens et de quel corps tu es membre… Chrétien, prends conscience de ta dignité… »

    EVANGILE – selon saint Jean 1, 35 – 42
    En ce temps-là,
    35 Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
    36 Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
    « Voici l’Agneau de Dieu. »
    37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait,
    et ils suivirent Jésus.
    38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient,
    et leur dit :
    « Que cherchez-vous ? »
    Ils lui répondirent :
    « Rabbi – ce qui veut dire : Maître -, où demeures-tu ? »
    39 Il leur dit :
    « Venez, et vous verrez. »
    Ils allèrent donc,
    ils virent où il demeurait,
    et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
    C’était vers vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).
    40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples
    qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.
    41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit :
    « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.
    42 André amena son frère à Jésus.
    Jésus posa son regard sur lui et dit :
    « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képhas »
    – ce qui veut dire : « Pierre ».

    « L’AGNEAU DE DIEU » DANS L’ANCIEN TESTAMENT
    Jean-Baptiste prêche aux abords du Jourdain, et ce jour-là il est accompagné de deux de ses disciples, André, et un autre, dont nous ne saurons pas le nom : certains pensent qu’il s’agit peut-être de l’apôtre Jean lui-même ; voyant Jésus, Jean-Baptiste dit à ses disciples : « Voici l’Agneau de Dieu » et il n’en faut pas plus pour que les deux disciples quittent leur maître (Jean-Baptiste) pour se mettre à suivre Jésus.
    Saint Jean raconte : « Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus ». On peut en déduire que l’expression « Agneau de Dieu » était habituelle. Je m’arrête donc sur ce titre « d’agneau de Dieu » appliqué à Jésus :
    Pour des hommes qui connaissaient bien l’Ancien Testament, ce qui est le cas des disciples de Jean-Baptiste, l’expression « agneau de Dieu » pouvait évoquer quatre images très différentes.
    Premièrement, on pouvait penser à l’agneau pascal : le rite de la Pâque, chaque année, rappelait au peuple que Dieu l’avait libéré ; la nuit de la sortie d’Egypte, Moïse avait fait pratiquer par le peuple le rite traditionnel de l’agneau égorgé, mais il avait insisté : « Désormais, chaque année, ce rite vous rappellera que Dieu est passé parmi vous pour vous libérer. Le sang de l’agneau signe votre libération. »
    Deuxièmement, le mot « agneau » faisait penser au Messie dont avait parlé le prophète Isaïe : il l’appelait le Serviteur de Dieu et il le comparait à un agneau : « Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche. » (Is 53, 7). D’après Isaïe, le Serviteur de Dieu, le Messie subissait la persécution et la mort (c’est pour cela que le prophète parlait d’abattoir), mais ensuite il était reconnu comme le sauveur de toute l’humanité : Isaïe disait : « Voici que mon serviteur triomphera, il sera haut placé, élevé, exalté à l’extrême. » (Is 52, 13)
    Troisièmement, l’évocation d’un agneau, cela faisait penser à Isaac, le fils tendrement aimé d’Abraham. Or Abraham avait cru un moment que Dieu exigeait la mort d’Isaac en sacrifice. Et il était prêt à accomplir ce geste que nous trouvons horrible, parce qu’à son époque, d’autres religions le demandaient. Et, quand Isaac avait posé à son père la question « mais où est donc l’agneau pour l’holocauste ? », Abraham avait répondu : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils ». Et, Abraham ne croyait pas si bien dire : car au moment où il allait offrir son fils, Dieu avait arrêté son geste, comme chacun sait, en lui disant « ne porte pas la main sur l’enfant ». Et il avait lui-même désigné à Abraham un animal pour le sacrifice. Et depuis ce jour-là, en Israël, on a toujours su que Dieu ne veut à aucun prix voir couler le sang des hommes.
    Enfin, quatrièmement, en entendant Jean-Baptiste parler d’un agneau, les disciples ont peut-être pensé à Moïse ; car les commentaires juifs de l’Exode comparaient Moïse à un agneau : ils imaginaient une balance : sur l’un des deux plateaux, il y avait toutes les forces de l’Egypte rassemblées : Pharaon, ses chars, ses armées, ses chevaux, ses cavaliers. Sur l’autre plateau, Moïse représenté sous la forme d’un petit agneau. Eh bien, face à la puissance des Pharaons, c’étaient la faiblesse et l’innocence qui l’avaient emporté.
    JESUS, L’AGNEAU DE DIEU
    Nous ne savons évidemment pas ce que Jean-Baptiste avait en vue lorsqu’il a comparé Jésus à un agneau ; mais, lorsque, bien longtemps après, l’évangéliste Jean rapporte la scène, il nous invite à rassembler toutes ces images différentes ; à ces yeux, c’est l’ensemble de ces quatre images qui dessine le portrait du Messie. Tout d’abord, il est le véritable « agneau pascal », car il libère l’humanité du pire esclavage, celui du péché. Il ôte le péché du monde, ce qui pourrait se traduire « il répand l’amour sur le monde », il réconcilie l’humanité avec Dieu.
    Deuxième facette de sa personne, il mérite bien le titre de Serviteur de Dieu puisqu’il accomplit la mission fixée au Messie, celle d’apporter le salut à l’humanité ; et comme le serviteur souffrant décrit par Isaïe, il a connu l’horreur et la persécution (c’est la croix) puis la gloire (et c’est la Résurrection).
    Troisièmement, Saint Jean nous invite à voir en Jésus un nouvel Isaac. Lui aussi est un fils tendrement aimé totalement offert et disponible à la volonté du Père. Comme le dit la lettre aux Hébreux (en reprenant le psaume 39/40 : « En entrant dans le monde, le Christ dit : « Tu ne voulais ni offrandes ni sacrifices… alors je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté. »
    Enfin, quatrièmement, vous vous souvenez que la petitesse de Moïse face aux forces de Pharaon était comparée à celle d’un agneau. Et, grâce à Dieu, le petit avait réussi à conquérir sa liberté et celle de son peuple. L’image s’applique tout aussi bien à Jésus, le « doux et humble de coeur », comme il le disait lui-même.
    Les événements de la vie, la mort et la Résurrection du Christ accompliront donc encore mieux que Jean-Baptiste ne pouvait l’entrevoir ce mystère de l’agneau victime et pourtant triomphant ; comme le dit Saint Pierre dans sa première lettre : « Vous avez été rachetés (c’est-à-dire libérés) de la vaine manière de vivre héritée de vos pères, par le sang précieux, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, celui du Christ… » (1 P 1, 18 – 19). Et ici, comme on le sait, « sang » veut dire « vie offerte ».
    ——————————-
    Complément
    On sait à quel point l’image de l’agneau était importante dans la méditation de Jean, l’auteur de l’Apocalypse.


  • Mgr Michel Aupetit, nommé Ordinaire des catholiques orientaux

    À la suite de la publication de la démission du Cardinal André VINGT-TROIS du gouvernement pastoral de l’archidiocèse de Paris, le 7 décembre 2017, le Pape François confie à Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris, la charge d’Ordinaire des fidèles de rite oriental résidant en France, dépourvus d’Ordinaire de leur propre rite.

    Plus d’information sur l’Ordinariat en cliquant ici.


  • Homélie du dimanche 14 janvier

    Dimanche 14 janvier 2018
    2éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Lecture du Livre de Samuel : 1 Samuel 3 à 19 : « Tu m’as appelé, me voici…Ton serviteur écoute. »
    Psaume 39 : Tu as ouvert mes oreilles… j’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 6. 13 à 20 : »Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps. »
    Evangile selon saint Jean. 1. 35 à 42 : « Venez et vous verrez… ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. »
    ***
    Dieu nous parle parce qu’il est un être vivant. Quand un être s’exprime c’est qu’il a un trop plein d’amour à faire connaître et à communiquer aux autres. Dieu nous parle par celui-là même qui est sa Parole, son Verbe, son « Logos » C’est ce que saint Jean l’apôtre a découvert sur les bords du Jourdain.
    LE PROLOGUE NOUS DIT SA DECOUVERTE

    Les versets 19 à 51 du premier chapitre de l’évangile de saint Jean prolongent ce qu’ils y dit dans les versets 1 à 18. Jésus est bien la lumière du monde et le Baptiste en témoigne dans ses réponses aux questions des Pharisiens.

    Dieu, personne ne l’a vu. C’est son Fils unique qui le fait connaître au monde (Jean 1. 18) : »J’ai vu et j’ai témoigné que celui-ci est le Fils de Dieu. » (Jean 1. 34à « Ceux-là sont nés non d’un vouloir d’homme, mais d’un vouloir de Dieu. » (Jean1. 12) « C’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33)

    Ce n’est pas un simple exercice littéraire que de mettre en parallèle ces deux séquences du prologue du quatrième évangile. C’est bien ce qu’a vécu Jean l’évangéliste en ces heures de l’appel, puis au cours des années de vie partagée avec Jésus. Sur les routes de Palestine, au pied de la croix, au matin de la résurrection quand il accourt au tombeau, Jean reçoit la révélation de cette présence divine qui a été si proche de lui.

    « Venez et vous verrez,. » lui avait dit Jésus. « Nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons regardé et nos mains l’ont touché. »
    Au long de sa prédication comme au travers de son témoignage dans les premières communautés chrétiennes, il découvre l’intimité de cette présence divine en lui. « Tous nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » (Jean 1. 15) Beaucoup de ceux qui témoignent  de la pensée et de la vie du Christ devant leurs frères, découvrent aussi cette présence. Jean le traduit ainsi dans ses lettres : »Nous demeurons en lui et lui en nous. Il nous a donné de son Esprit. » (1 Jean 4. 13)
    PLUS QU’UN SOUVENIR LOINTAIN
    Le récit de la rencontre de Jean et d’André avec Jésus est plus détaillée que ne le sont d’ordinaire les récits du 4ème évangile. Il a l’aspect d’un souvenir, lointain peut-être mais toujours proche parce repris dans sa mémoire, inventorié et ravivé comme il en arrive des événements qui ont changé le cours de notre vie.
    L’emploi de la forme sémitique « Rabbi » nous dit bien qu’elle est la première recherche de ces deux disciples. Jean n’oubliera jamais ce qu’il a prononcé. Mais Jésus dépasse cette attente. L’évangéliste n’oubliera jamais l’intensité du regard du précurseur sur Jésus : » Attachant son regard sur Jésus qui passait. »(Jean 1. 36)
    « Rabbi » était parfois un terme de politesse. En fait, l’évangéliste utilise en grec un terme très précis. « Didascalos, celui qui enseigne. » Ils sont en quête intérieure pour entendre son enseignement. Ils rejoignent la vie intérieure du Christ.
    Ils pensaient suivre un maître qui enseigne. La grâce et la force de l’Esprit Saint dans le Christ vont les mettre en communion avec celui qui Vérité et Vie. Ils vivent les premières heures de la proximité divine.
    QUAND JESUS PASSE
    Jésus passe, sans s’arrêter, comme pour ne pas provoquer une nouvelle déclaration, comme pour montrer déjà l’étape franchie entre lui et le Précurseur. Jean-Baptiste leur répète brièvement ce qu’il a déclaré la veille : »C’est l’agneau de Dieu, celui qui est plus important que lui, le précurseur.
    Ce rappel plus incisif que le premier est aussi plus décisif, comme cela nous arrive dans notre vie quand un discours passe de la réflexion de l’intelligence raisonnante à sa transcription dans la volonté du vécu, grâce à l’intelligence du cœur, où réside l’amour.
    Lors de cette rencontre, le Christ s’y montre avec moins d’empire que dans la vocation des bords du lac. Au Jourdain, il y a comme une séduction persuasive et cette première entrevue explique bien la vocation définitive de ces premiers disciples. En l’évoquant, il ne se souvient pas s’ils étaient ou non avec le Baptiste ou si, selon ce que nous en savons, il y avait d’autres disciples. Leur mémoire n’a conservé que l’intensité de ce moment vécu par eux deux.
    Jésus se retourne et les regarde attentivement. Sa demande est la première parole qu’il prononce dans l’évangile johannique. Elle ne peut être une phrase banale : »Vous désirez me parler ? » Elle équivaut à « Avez-vous besoin de quelque chose ? » tout en autorisant un sens plus profond.
    Si les deux disciples suivent Jésus dans une telle circonstance, c’est qu’ils attendent de lui un bien d’ordre moral et spirituel, dont ils ne savent pas comment le dire. :Que cherchez-vous ? » est une question qui est posée à nous tous, à tout lecteur de l’Evangile. Nous cherchons un sens un « plus d’être » et non pas un « avoir. »
    L’ACCUEIL DE NOTRE ATTENTE
    Les villages étaient rares au bord du Jourdain, mais on pouvait y dormir en plein air ou dans des cabanes de roseaux selon les coutumes de ce temps. J »sus avait là sans doute un abri temporaire pour les jours qu’il avait résolu de demeurer aux alentours du Baptiste, ce que suggère le texte qui parle de : »là où il demeurait. » (Jean 1. 39)
    La réponse de Jésus est calquée sur la demande. Mais comme la demande impliquait plus que ne le disaient les termes, la réponse a dû être accompagnée d’un sourire, ajoute le P. Lagrange dans son austère commentaire de la collection des « Etudes bibliques. » : »Vous verrez où je demeure, soyez les bien-venus. »
    Ils virent. Mais quoi ? et l’évangéliste ne dit rien de ce que nous aimerions savoir. Que ce sont-ils dit depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’au soir, et le lendemain encore après la nuit passée en cet abri ? Nous savons seulement qu’ils sont venus à la source de la Parole de Dieu.
    Il nous faut aussi revenir à la source d’origine de notre vocation pour la vie qui est la nôtre, si nous voulons puiser l’eau pure de nos véritables intentions, l’eau pure qu’aucune pollution n’a touchée durant son cheminement dans l’espace et le temps de son parcours vers la mer. Pour s’y abreuver, il nous faut remonter alors à contre-courant de nous-mêmes et de bien des situations dans lesquelles nous nous sommes enfermés.
    Le Jourdain de Jean le Baptiste n’est pas la source jaillissant en vie éternelle. La source, c’est Jésus. « Nous avons trouvé ! » peut s’écrier André en appelant son frère Pierre à partager sa découverte. Et Pierre répond immédiatement, ce qui nous suggère qu’il désirait lui aussi le rencontrer. Il suffisait d’un mot pour l’entraîner.
    En l’accueillant, Jésus, comme il l’avait fait sur André e Jean (Jean 1. 36) pose son regard sur lui, avant de prononcer une parole importante pour le Royaume à venir. Ce n’est pas l’invitation souriante et persuasive de la veille. C’est avec autorité qu’il prend possession de son disciple en changeant son nom et en lui imposant sa décision. « Désormais tu es Pierre. » Comme Dieu l’avait fait à Abraham.
    L’ACCUEIL DE SON APPEL
    André, Jean, Simon-Pierre, chacun à sa manière, entendent l’appel et chacun, à sa manière, y répond. Le Seigneur ne demande pas l’uniformité. Il respecte chaque personnalité, il accepte et même endure les imperfections, allant jusqu’au reniement de saint Pierre. Mais, en eux comme en nous, il sait notre attitude fondamentale et c’est sur elle qu’il appuie son appel.
    Les autres lectures de la liturgie de ce dimanche nous sont instructives en ce domaine. Le jeune Samuel entend la voix de Dieu, mais il ne la discerne pas. Il lui faudra l’intervention du prêtre Eli, qui est loin d’être une « perfection », pour entendre « le Seigneur qui vient se placer près de lui… et Samuel  répondit ‘parle, ton serviteur écoute ». (1 Samuel 3. 19)
    Les habitants de Corinthe avaient une très mauvaise réputation de débauches de toutes sortes. Il n’y succombait pas tous, mais l’ambiance était tout aussi délétère que celle que nous connaissons dans nos villes contemporaines ou dans les productions médiatiques qui pénètrent en nos foyers. Mais « celui qui s’unit au Seigneur n’est plus qu’un seul esprit avec lui… vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes… vous rendez gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Cor. 6. 13)
    ***
    « C’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. » (Prière eucharistique N° 3)
    « Tu verras l’Esprit-Saint descendre sur un homme. C’est lui qui va baptiser avec l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33) Puissions-nous vivre ainsi en chaque Eucharistie !


mardi 2 janvier 2018

  • Commentaires du dimanche 7 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 7 janvier 2018
    Fête de l’Epiphanie

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Isaïe 60, 1 – 6
    1 Debout, Jérusalem, resplendis !
    Elle est venue, ta lumière,
    et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi.
    2 Voici que les ténèbres couvrent la terre,
    et la nuée obscure couvre les peuples.
    Mais sur toi se lève le SEIGNEUR,
    Sur toi sa gloire apparaît.
    3 Les nations marcheront vers ta lumière,
    et les rois, vers la clarté de ton aurore.
    4 Lève les yeux alentour, et regarde :
    tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ;
    tes fils reviennent de loin,
    et tes filles sont portées sur la hanche.
    5 Alors tu verras, tu seras radieuse,
    ton coeur frémira et se dilatera.
    Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi,
    vers toi viendront les richesses des nations.
    6 En grand nombre, des chameaux t’envahiront,
    de jeunes chameaux de Madiane et d’Epha.
    Tous les gens de Saba viendront,
    apportant l’or et l’encens ;
    ils annonceront les exploits du SEIGNEUR.

    Vous avez remarqué toutes les expressions de lumière, tout au long de ce passage : « Resplendis, elle est venue ta lumière… la gloire (le rayonnement) du SEIGNEUR s’est levée sur toi (comme le soleil se lève)… sur toi se lève le SEIGNEUR, sa gloire brille sur toi…ta lumière, la clarté de ton aurore…tu seras radieuse ».
    On peut en déduire tout de suite que l’humeur générale était plutôt sombre ! Je ne dis pas que les prophètes cultivent le paradoxe ! Non ! Ils cultivent l’espérance.
    Alors, pourquoi l’humeur générale était-elle sombre, pour commencer. Ensuite, quel argument le prophète avance-t-il pour inviter son peuple à l’espérance ?
    Pour ce qui est de l’humeur, je vous rappelle le contexte : ce texte fait partie des derniers chapitres du livre d’Isaïe ; nous sommes dans les années 525-520 av.J.C., c’est-à-dire une quinzaine ou une vingtaine d’années après le retour de l’exil à Babylone. Les déportés sont rentrés au pays, et on a cru que le bonheur allait s’installer. En réalité, ce fameux retour tant espéré n’a pas répondu à toutes les attentes.
    D’abord, il y avait ceux qui étaient restés au pays et qui avaient vécu la période de guerre et d’occupation. Ensuite, il y avait ceux qui revenaient d’Exil et qui comptaient retrouver leur place et leurs biens. Or si l’Exil a duré cinquante ans, cela veut dire que ceux qui sont partis sont morts là-bas… et ceux qui revenaient étaient leurs enfants ou leurs petits-enfants … Cela ne devait pas simplifier les retrouvailles. D’autant plus que ceux qui rentraient ne pouvaient certainement pas prétendre récupérer l’héritage de leurs parents : les biens des absents, des exilés ont été occupés, c’est inévitable, puisque, encore une fois, l’Exil a duré cinquante ans !
    Enfin, il y avait tous les étrangers qui s’étaient installés dans la ville de Jérusalem et dans tout le pays à la faveur de ce bouleversement et qui y avaient introduit d’autres coutumes, d’autres religions…
    Tout ce monde n’était pas fait pour vivre ensemble…
    La pomme de discorde, ce fut la reconstruction du Temple : car, dès le retour de l’exil, autorisé en 538 par le roi Cyrus, les premiers rentrés au pays (nous les appellerons la communauté du retour) avaient rétabli l’ancien autel du Temple de Jérusalem, et avaient recommencé à célébrer le culte comme par le passé ; et en même temps, ils entreprirent la reconstruction du Temple lui-même.
    Mais voilà que des gens qu’ils considéraient comme hérétiques ont voulu s’en mêler ; c’étaient ceux qui avaient habité Jérusalem pendant l’Exil : mélange de juifs restés au pays et de populations étrangères, donc païennes, installées là par l’occupant ; il y avait eu inévitablement des mélanges entre ces deux types de population, et même des mariages, et tout ce monde avait pris des habitudes jugées hérétiques par les Juifs qui rentraient de l’Exil.
    Alors la communauté du retour s’est resserrée et a refusé cette aide dangereuse pour la foi : le Temple du Dieu unique ne peut pas être construit par des gens qui, ensuite, voudront y célébrer d’autres cultes ! Comme on peut s’en douter, ce refus a été très mal pris et désormais ceux qui avaient été éconduits firent obstruction par tous les moyens. Finis les travaux, finis aussi les rêves de rebâtir le Temple !
    Les années ont passé et on s’est installés dans le découragement. Mais la morosité, l’abattement ne sont pas dignes du peuple porteur des promesses de Dieu. Alors, Isaïe et un autre prophète, Aggée, décident de réveiller leurs compatriotes : sur le thème : fini de se lamenter, mettons-nous au travail pour reconstruire le Temple de Jérusalem. Et cela nous vaut le texte d’aujourd’hui :
    Connaissant le contexte difficile, ce langage presque triomphant nous surprend peut-être ; mais c’est un langage assez habituel chez les prophètes ; et nous savons bien que s’ils promettent tant la lumière, c’est parce qu’elle est encore loin d’être aveuglante… et que, moralement, on est dans la nuit. C’est pendant la nuit qu’on guette les signes du lever du jour ; et justement le rôle du prophète est de redonner courage, de rappeler la venue du jour. Un tel langage ne traduit donc pas l’euphorie du peuple, mais au contraire une grande morosité : c’est pour cela qu’il parle tant de lumière !
    Pour relever le moral des troupes, nos deux prophètes n’ont qu’un argument, mais il est de taille : Jérusalem est la Ville Sainte, la ville choisie par Dieu, pour y faire demeurer le signe de sa Présence ; c’est parce que Dieu lui-même s’est engagé envers le roi Salomon en décidant « Ici sera Mon Nom », que le prophète Isaïe, des siècles plus tard, peut oser dire à ses compatriotes « Debout, Jérusalem ! Resplendis… »
    Le message d’Isaïe aujourd’hui, c’est donc : « vous avez l’impression d’être dans le tunnel, mais au bout, il y a la lumière. Rappelez-vous la Promesse : le JOUR vient où tout le monde reconnaîtra en Jérusalem la Ville Sainte. » Conclusion : ne vous laissez pas abattre, mettez-vous au travail, consacrez toutes vos forces à reconstruire le Temple comme vous l’avez promis.
    J’ajouterai trois remarques pour terminer : premièrement, une fois de plus, le prophète nous donne l’exemple : quand on est croyants, la lucidité ne parvient jamais à étouffer l’espérance.
    Deuxièmement, la promesse ne vise pas un triomphe politique… Le triomphe qui est entrevu ici est celui de Dieu et de l’humanité qui sera un jour enfin réunie dans une harmonie parfaite dans la Cité Sainte ; reprenons les premiers versets : si Jérusalem resplendit, c’est de la lumière et de la gloire du SEIGNEUR : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi… sur toi se lève le SEIGNEUR, et sa gloire brille sur toi… »
    Troisièmement, quand Isaïe parlait de Jérusalem, déjà à son époque, ce nom désignait plus le peuple que la ville elle-même ; et l’on savait déjà que le projet de Dieu déborde toute ville, si grande ou belle soit-elle, et tout peuple, il concerne toute l’humanité.

    PSAUME – 71 (72)
    1 Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
    à ce fils de roi ta justice.
    2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
    qu’il fasse droit aux malheureux !
    7 En ces jours-là, fleurira la justice,
    grande paix jusqu’à la fin des lunes !
    8 Qu’il domine de la mer à la mer,
    et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !
    10 Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
    Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
    11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
    tous les pays le serviront.
    12 Il délivrera le pauvre qui appelle
    et le malheureux sans recours.
    13 Il aura souci du faible et du pauvre,
    du pauvre dont il sauve la vie.

    Imaginons que nous sommes en train d’assister au sacre d’un nouveau roi. Les prêtres expriment à son sujet des prières qui sont tous les souhaits, j’aurais envie de dire tous les rêves que le peuple formule au début de chaque nouveau règne : voeux de grandeur politique pour le roi, mais surtout voeux de paix, de justice pour tous. Les « lendemains qui chantent », en quelque sorte ! C’est un thème qui n’est pas d’aujourd’hui… On en rêve depuis toujours ! Richesse et prospérité pour tous… Justice et Paix… Et cela pour tous… d’un bout de la terre à l’autre… Or le peuple élu a cet immense avantage de savoir que ce rêve des hommes coïncide avec le projet de Dieu lui-même.
    La dernière strophe de ce psaume, elle, change de ton (malheureusement, elle ne fait pas partie de la liturgie de cette fête) : il n’est plus question du roi terrestre, il n’est question que de Dieu : « Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, lui seul fait des merveilles ! Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen ! » C’est cette dernière strophe qui nous donne la clé de ce psaume : en fait, il a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av.J.C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que ces voeux, ces prières ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on peut être certain qu’elle se réalisera.
    La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le « JOUR de Dieu » pour les prophètes, le « Royaume des cieux » pour Saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour Saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le messie et c’est ce messie que les croyants appellent de tous leurs voeux lorsqu’ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem .
    Ce psaume 71, particulièrement, est vraiment la description du roi idéal, celui qu’Israël attend depuis des siècles : quand Jésus naît, il y a 1000 ans à peu près que le prophète Natan est allé trouver le roi David de la part de Dieu et lui a fait cette promesse dont parle notre psaume. Je vous redis les paroles du prophète Natan à David : « Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai sa royauté… Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais » (2 S 7, 12 – 16).1
    De siècle en siècle, cette promesse a été répétée, répercutée, précisée. La certitude de la fidélité de Dieu à ses promesses en a fait découvrir peu à peu toute la richesse et les conséquences ; si ce roi méritait vraiment le titre de fils de Dieu, alors il serait à l’image de Dieu, un roi de justice et de paix.
    A chaque sacre d’un nouveau roi, la promesse était redite sur lui et on se reprenait à rêver… Depuis David, on attendait, et le peuple juif attend toujours… et il faut bien reconnaître que le règne idéal n’a encore pas vu le jour sur notre terre. On finirait presque par croire que ce n’est qu’une utopie…
    Mais les croyants savent qu’il ne s’agit pas d’une utopie : il s’agit d’une promesse de Dieu, donc d’une certitude. Et la Bible tout entière est traversée par cette certitude, cette espérance invincible : le projet de Dieu se réalisera, nous avançons lentement mais sûrement vers lui. C’est le miracle de la foi : devant cette promesse à chaque fois déçue, il y a deux attitudes possibles : le non-croyant dit « je vous l’avais bien dit, cela n’arrivera jamais » ; mais le croyant affirme résolument « patience, puisque Dieu l’a promis, il ne saurait se rejeter lui-même », comme dit Saint Paul (1 Tm 2, 13).
    Ce psaume dit bien quelques aspects de cette attente du roi idéal : par exemple « pouvoir » et « justice » seront enfin synonymes ; c’est déjà tout un programme : de nombreux pouvoirs humains tentent loyalement d’instaurer la justice et d’enrayer la misère mais n’y parviennent pas ; ailleurs, malheureusement, « pouvoir » rime parfois avec avantages de toute sorte et autres passe-droits ; parce que nous ne sommes que des hommes.
    En Dieu seul le pouvoir n’est qu’amour : notre psaume le sait bien puisqu’il précise « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice ».
    Et alors puisque notre roi disposera de la puissance même de Dieu, une puissance qui n’est qu’amour et justice, il n’y aura plus de malheureux dans son royaume. « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes !… Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. »
    Ce roi-là, on voudrait bien qu’il règne sur toute la planète ! C’est de bon coeur qu’on lui souhaite un royaume sans limite de temps ou d’espace ! « Qu’il règne jusqu’à la fin des lunes… » et « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». Pour l’instant, quand on chante ce psaume, les extrémités du monde connu, ce sont l’Arabie et l’Egypte et c’est pourquoi on cite les rois de Saba et de Seba : Saba, c’est au Sud de l’Arabie, Seba, c’est au Sud de l’Egypte… Quant à Tarsis, c’est un pays mythique, qui veut dire « le bout du monde ».
    Aujourd’hui, le peuple juif chante ce psaume dans l’attente du roi-Messie2 ; nous, Chrétiens, l’appliquons à Jésus-Christ et il nous semble que les mages venus d’Orient ont commencé à réaliser la promesse « Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande… Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ».
    —————————–
    Notes
    1 – Quand le chant « Il est né le divin enfant » nous fait dire « Depuis plus de 4000 ans nous le promettaient les prophètes », le compte n’est pas tout à fait exact, peut-être le nombre 4000 n’a-t-il été retenu que pour les nécessités de la mélodie.
    2 – De nos jours, encore, dans certaines synagogues, nos frères juifs disent leur impatience de voir arriver le Messie en récitant la profession de foi de Maïmonide, médecin et rabbin à Tolède en Espagne, au douzième siècle : « Je crois d’une foi parfaite en la venue du Messie, et même s’il tarde à venir, en dépit de tout cela, je l’attendrai jusqu’au jour où il viendra. »

    DEUXIEME LECTURE – Ephésiens 3 , 2…6
    Frères,
    2 vous avez appris, je pense,
    en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
    3 par révélation, il m’a fait connaître le mystère.
    Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance
    des hommes des générations passées,
    comme il a été révélé maintenant
    à ses saints Apôtres et aux prophètes,
    dans l’Esprit.
    Ce mystère,
    c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,
    au même corps,
    au partage de la même promesse,
    dans le Christ Jésus,
    par l’annonce de l’Evangile.

    Ce passage est extrait de la lettre aux Ephésiens au chapitre 3 ; or c’est dans le premier chapitre de cette même lettre que Paul a employé sa fameuse expression « le dessein bienveillant de Dieu » ; ici, nous sommes tout à fait dans la même ligne ; je vous rappelle quelques mots du chapitre 1 : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ».
    Dans le texte d’aujourd’hui, nous retrouvons ce mot de « mystère ». Le « mystère », chez Saint Paul, ce n’est pas un secret que Dieu garderait jalousement pour lui ; au contraire, c’est son intimité dans laquelle il nous fait pénétrer. Paul nous dit ici : « Par révélation, Dieu m’a fait connaître le mystère » : ce mystère, c’est-à-dire son dessein bienveillant, Dieu le révèle progressivement ; tout au long de l’histoire biblique, on découvre toute la longue, lente, patiente pédagogie que Dieu a déployée pour faire entrer son peuple élu dans son mystère ; nous avons cette expérience qu’on ne peut pas, d’un coup, tout apprendre à un enfant : on l’enseigne patiemment au jour le jour et selon les circonstances ; on ne fait pas d’avance à un enfant des leçons théoriques sur la vie, la mort, le mariage, la famille… pas plus que sur les saisons ou les fleurs… l’enfant découvre la famille en vivant les bons et les mauvais jours d’une famille bien réelle ; il découvre les fleurs une à une, il traverse avec nous les saisons… quand la famille célèbre un mariage ou une naissance, quand elle traverse un deuil, alors l’enfant vit avec nous ces événements et, peu à peu, nous l’accompagnons dans sa découverte de la vie.
    Dieu a déployé la même pédagogie d’accompagnement avec son peuple et s’est révélé à lui progressivement ; pour Saint Paul, il est clair que cette révélation a franchi une étape décisive avec le Christ : l’histoire de l’humanité se divise nettement en deux périodes : avant le Christ et depuis le Christ. « Ce mystère1, n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. » A ce titre, on peut se réjouir que nos calendriers occidentaux décomptent les années en deux périodes, les années avant J.C. et les années après J.C.
    Ce mystère dont parle Paul, c’est que le Christ est le centre du monde et de l’histoire, que l’univers entier sera un jour réuni en lui, comme les membres le sont à la tête ; d’ailleurs, dans la phrase « réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ », le mot grec que nous traduisons « chef » veut dire tête.
    Il s’agit bien de « l’univers entier » et ici Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus » ; on pourrait dire encore autrement : l’Héritage, c’est Jésus-Christ… la Promesse, c’est Jésus-Christ… le Corps, c’est Jésus-Christ… Le dessein bienveillant de Dieu, c’est que Jésus-Christ soit le centre du monde, que l’univers entier soit réuni en lui. Dans le Notre Père, quand nous disons « Que ta volonté soit faite », c’est de ce projet de Dieu que nous parlons et, peu à peu, à force de répéter cette phrase, nous nous imprégnons du désir de ce Jour où enfin ce projet sera totalement réalisé.
    Donc le projet de Dieu concerne l’humanité tout entière, et non pas seulement les Juifs : c’est ce qu’on appelle l’universalisme du plan de Dieu. Cette dimension universelle du plan de Dieu fut l’objet d’une découverte progressive par les hommes de la Bible, mais à la fin de l’histoire biblique, c’était une conviction bien établie dans le peuple d’Israël, puisqu’on fait remonter à Abraham la promesse de la bénédiction de toute l’humanité : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3). Et le passage d’Isaïe que nous lisons en première lecture de cette fête de l’Epiphanie est exactement dans cette ligne. Bien sûr, si un prophète comme Isaïe a cru bon d’y insister, c’est qu’on avait tendance à l’oublier.
    De la même manière, au temps du Christ, si Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus », c’est que celà n’allait pas de soi. Et là, nous avons un petit effort d’imagination à faire : nous ne sommes pas du tout dans la même situation que les contemporains de Paul ; pour nous, au vingt-et-unième siècle, c’est une évidence : beaucoup d’entre nous ne sont pas juifs d’origine et trouvent normal d’avoir part au salut apporté par le Messie ; pour un peu, même, après deux mille ans de Christianisme, nous aurions peut-être tendance à oublier qu’Israël reste le peuple élu parce que, comme dit ailleurs Saint Paul, « Dieu ne peut pas se renier lui-même ». Aujourd’hui, nous avons un peu tendance à croire que nous sommes les seuls témoins de Dieu dans le monde.
    Mais au temps du Christ, c’était la situation inverse : c’est le peuple juif qui, le premier, a reçu la révélation du Messie. Jésus est né au sein du peuple juif : c’était la logique du plan de Dieu et de l’élection d’Israël ; les Juifs étaient le peuple élu, ils étaient choisis par Dieu pour être les apôtres, les témoins et l’instrument du salut de toute l’humanité ; et on sait que les Juifs devenus chrétiens ont eu parfois du mal à tolérer l’admission d’anciens païens dans leurs communautés. Saint Paul vient leur dire « Attention… les païens, désormais, peuvent aussi être des apôtres et des témoins du salut »… Au fait, je remarque que Matthieu, dans l’évangile de la visite des mages, qui est lu également pour l’Epiphanie, nous dit exactement la même chose.
    Les derniers mots de ce texte résonnent comme un appel : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus par l’annonce de l’évangile » : si je comprends bien, Dieu attend notre collaboration à son dessein bienveillant : les mages ont aperçu une étoile, pour laquelle ils se sont mis en route ; pour beaucoup de nos contemporains, il n’y aura pas d’étoile dans le ciel, mais il faudra des témoins de la Bonne Nouvelle.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 2, 1 – 12
    1 Jésus était né à Bethléem en Judée,
    au temps du roi Hérode le Grand.
    Or, voici que des mages venus d’Orient
    arrivèrent à Jérusalem
    2 et demandèrent :
    « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
    Nous avons vu son étoile à l’orient
    et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
    3 En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
    et tout Jérusalem avec lui.
    4 Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
    pour leur demander où devait naître le Christ.
    Ils lui répondirent :
    5 « A Bethléem en Judée,
    car voici ce qui est écrit par le prophète :
    6 Et toi, Bethléem, terre de Juda,
    tu n’es certes pas le dernier
    parmi les chefs-lieux de Juda,
    car de toi sortira un chef,
    qui sera le berger de mon peuple Israël. »
    7 Alors Hérode convoqua les mages en secret
    pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
    8 Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
    « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
    Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
    pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
    9 Après avoir entendu le roi, ils partirent.
    Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
    les précédait,
    jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
    où se trouvait l’enfant.
    10 Quand ils virent l’étoile,
    ils se réjouirent d’une très grande joie.
    11 Ils entrèrent dans la maison,
    ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
    et, tombant à ses pieds,
    ils se prosternèrent devant lui.
    Ils ouvrirent leur coffrets,
    et lui offrirent leurs présents :
    de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
    12 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
    ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

    On sait à quel point l’attente du Messie était vive au temps de Jésus. Tout le monde en parlait, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. La majorité des Juifs pensait que ce serait un roi : ce serait un descendant de David, il régnerait sur le trône de Jérusalem, il chasserait les Romains, et il établirait définitivement la paix, la justice et la fraternité en Israël ; et les plus optimistes allaient même jusqu’à dire que tout ce bonheur s’installerait dans le monde entier.
    Dans ce sens, on citait plusieurs prophéties convergentes de l’Ancien Testament : d’abord celle de Balaam dans le Livre des Nombres. Je vous la rappelle : au moment où les tribus d’Israël s’approchaient de la terre promise sous la conduite de Moïse, et traversaient les plaines de Moab (aujourd’hui en Jordanie), le roi de Moab, Balaq, avait convoqué Balaam pour qu’il maudisse ces importuns ; mais, au lieu de maudire, Balaam, inspiré par Dieu avait prononcé des prophéties de bonheur et de gloire pour Israël ; et, en particulier, il avait osé dire : « Je le vois, je l’observe, de Jacob monte une étoile, d’Israël jaillit un sceptre … » (Nb 24, 17). Le roi de Moab avait été furieux, bien sûr, car, sur l’instant, il y avait entendu l’annonce de sa future défaite face à Israël ; mais en Israël, dans les siècles suivants, on se répétait soigneusement cette belle promesse ; et peu à peu on en était venu à penser que le règne du Messie serait signalé par l’apparition d’une étoile. C’est pour cela que le roi Hérode, consulté par les mages au sujet d’une étoile, prend l’affaire très au sérieux.
    Autre prophétie concernant le Messie : celle de Michée : « Toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Prophétie tout à fait dans la ligne de la promesse faite par Dieu à David : que sa dynastie ne s’éteindrait pas et qu’elle apporterait au pays le bonheur attendu.
    Les mages n’en savent peut-être pas tant : ce sont des astrologues ; ils se sont mis en marche tout simplement parce qu’une nouvelle étoile s’est levée ; et, spontanément, en arrivant à Jérusalem, ils vont se renseigner auprès des autorités. Et c’est là, peut-être, la première surprise de ce récit de Matthieu : il y a d’un côté, les mages qui n’ont pas d’idées préconçues ; il sont à la recherche du Messie et ils finiront par le trouver. De l’autre, il y a ceux qui savent, qui peuvent citer les Ecritures sans faute, mais qui ne bougeront pas le petit doigt ; ils ne feront même pas le déplacement de Jérusalem à Bethléem. Evidemment, ils ne rencontreront pas l’enfant de la crèche.
    Quant à Hérode, c’est une autre histoire. Mettons-nous à sa place : il est le roi des Juifs, reconnu comme roi par le pouvoir romain, et lui seul… Il est assez fier de son titre et férocement jaloux de tout ce qui peut lui faire de l’ombre … Il a fait assassiner plusieurs membres de sa famille, y compris ses propres fils, il ne faut pas l’oublier. Car dès que quelqu’un devient un petit peu populaire… Hérode le fait tuer par jalousie. Et voilà qu’on lui rapporte une rumeur qui court dans la ville : des astrologues étrangers ont fait un long voyage jusqu’ici et il paraît qu’ils disent : « Nous avons vu se lever une étoile tout à fait exceptionnelle, nous savons qu’elle annonce la naissance d’un enfant-roi… tout aussi exceptionnel… Le vrai roi des juifs vient sûrement de naître » ! … On imagine un peu la fureur, l’extrême angoisse d’Hérode !
    Donc, quand Saint Matthieu nous dit : « Hérode fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui », c’est certainement une manière bien douce de dire les choses ! Evidemment, Hérode ne va pas montrer sa rage, il faut savoir manoeuvrer : il a tout avantage à extorquer quelques renseignements sur cet enfant, ce rival potentiel… Alors il se renseigne :
    D’abord sur le lieu : Matthieu nous dit qu’il a convoqué les chefs des prêtres et les scribes et qu’il leur a demandé où devait naître le Messie ; et c’est là qu’intervient la prophétie de Michée : le Messie naîtra à Bethléem.
    Ensuite, Hérode se renseigne sur l’âge de l’enfant car il a déjà son idée derrière la tête pour s’en débarrasser ; il convoque les mages pour leur demander à quelle date au juste l’étoile est apparue. On ne connaît pas la réponse mais la suite nous la fait deviner : puisque, en prenant une grande marge, Hérode fera supprimer tous les enfants de moins de deux ans.
    Très probablement, dans le récit de la venue des mages, Matthieu nous donne déjà un résumé de toute la vie de Jésus : dès le début, à Bethléem, il a rencontré l’hostilité et la colère des autorités politiques et religieuses. Jamais, ils ne l’ont reconnu comme le Messie, ils l’ont traité d’imposteur… Ils l’ont même supprimé, éliminé. Et pourtant, il était bien le Messie : tous ceux qui le cherchent peuvent, comme les mages, entrer dans le salut de Dieu.
    —————————
    Compléments
    – Au passage, on notera que c’est l’un des rares indices que nous ayons de la date de naissance exacte de Jésus ! On connaît avec certitude la date de la mort d’Hérode le Grand : 4 av JC (il a vécu de 73 à 4 av JC)… or il a fait tuer tous les enfants de moins de 2 ans : c’est-à-dire des enfants nés entre 6 et 4 (av JC) ; donc Jésus est probablement né entre 6 et 4 ! Probablement en 6 ou 5… C’est quand au sixième siècle on a voulu – à juste titre – compter les années à partir de la naissance de Jésus, (et non plus à partir de la fondation de Rome) qu’il y a eu tout simplement une erreur de comptage.
    – A propos de « l’Election d’Israël » : les mages païens ont vu l’étoile visible par tout un chacun. Mais ce sont les scribes d’Israël qui peuvent en révéler le sens… Encore faut-il qu’eux-mêmes se laissent guider par les Ecritures.


lundi 1er janvier 2018

  • Intention de prière du pape François pour janvier 2018

    Intention de prière : Les minorités religieuses en Asie

    Prions pour que pour que les chrétiens, ainsi que les autres minorités religieuses, puissent vivre leur foi en toute liberté dans les pays asiatiques.

    Prier au coeur du monde consacre son numéro à cette intention

     


  • Homélie du dimanche 7 janvier

    Dimanche 7 janvier 2018
    l’Épiphanie du Seigneur

    Références bibliques :
    Du livre du prophète Isaïe. 60. 1 à 6 : « Les nations marcheront vers la lumière. »
    Psaume 71 : « Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. »
    Lettre de saint Paul aux Ephésiens. 3. 2 à 6 : »Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage. »
    Evangile selon saint Matthieu. 2. 1 à 12 : »Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »
    ***
    En lisant cet épisode de l’enfance de Jésus, il faut aller au-delà du genre littéraire utilisé par saint Matthieu. En réalité, le récit des faits rapportés par lui devient un récit théologique élaboré à la lumière du mystère pascal.
    DE L’ENFANCE A LA RESURRECTION
    Une lecture attentive nous le fait découvrir par plusieurs détails. Ils nous ouvrent une lecture plus large que le merveilleux immédiat de cette « épiphanie », même si elle se situe dans le prolongement du prophète Isaïe.
    Le titre de « Rois des Juifs », par lequel les mages désignent le nouveau-né, réapparaîtra dans la bouche de Pilate au moment du procès de Jésus et de sera l’inscription de l’écriteau de la croix.
    Devant ce même questionnement de la part des mages, le roi et les prêtres ne dépassent pas leur interprétation humaine de l’Ecriture. Et ce sont les païens, les nations, qui iront jusqu’au seuil du mystère.
    Cette attitude des interlocuteurs des mages rejoint celle des chefs juifs durant la vie publique et la Passion de Jésus.
    La manifestation de Jésus aux mages est ainsi le commencement et le germe de la manifestation plénière qui se déploiera dans la mort et la résurrection du Christ, manifestation qui éclatera au matin de la Pentecôte.
    LE SALUT DES NATIONS
    Il ne faut pas non plus réduire la visite des mages à une aimable scène un peu folklorique permettant de mettre un peu de couleur dans les crèches.
    Saint Matthieu marque la nouveauté radicale que Jésus révèle dans sa mission de salut et que saint Paul souligne dans toute sa prédication. Le passage de la lettre aux Ephésiens le rappelle aujourd’hui : les païens ont accès au salut sans être fils d’Israël.
    A la question des mages, le pouvoir religieux et les scribes répondent sans hésitation : le Messie doit naître à Bethléem. Il leur suffit de s’appuyer sur la connaissance des Ecritures. Mais ils jugent inutile de vérifier le fait dont on vient de les mettre au courant. S’ils ont la connaissance de ce qu’en dit le prophète, ils ne jugent pas utile de se mettre en route à la rencontre de celui dont ils viennent de parler. Ils restent figés et enfermés dans leurs certitudes, comme ils le seront tout au long du ministère de Jésus. « Ils disent et ne font pas », dira plus tard Jésus à leur propos.
    De leur côté, les mages païens qui cherchent la vérité, se renseignent auprès de ceux qui leur paraissent les plus aptes à les éclairer au moment où l’étoile n’est plus là pour éclairer leur chemin. Quand on leur indique une orientation possible pour la trouver, ils reprennent leur recherche. A Bethléem, la « synagogue » en sera absente.
    En offrant au nouveau-né l’hommage des nations lointaines, les mages païens réalisent, par leur comportement, les prophéties messianiques qu’attendaient les juifs croyants. Païens de bonne volonté, les mages préfigurent tous ceux qui accèderont à la Bonne Nouvelle du salut universel en acceptant de vivre la vérité qu’ils ont découverts, même partiellement.
    ACCUEILLIR LE PROJET DE DIEU
    Lorsque nous méditons aujourd’hui cette manifestation universelle de Dieu, c’est-à-dire la révélation de son dessein de salut pour tous les hommes, nous ne pouvons faire autre chose que de nous demander, à notre tour, comment nous l’accueillons.
    Parler de salut universel, ce n’est pas seulement évoquer une vague espérance spiritualiste qui, dans une pieuse confusion, regrouperait toutes sortes de courants plus ou moins religieux ou philosophiques, Jésus n’étant alors que l’image symbolique privilégiée. Le salut est une réalité dont la souche est en Jésus, le Christ.
    Dans le même temps, il ne se greffe pas que sur la seule Promesse et la seule Alliance d’Israël. C’est parce qu’il est pleinement homme que le Christ peut être le sauveur de tous les hommes. Les racines même du salut sont dans l’humanité plénière de Jésus. C’est elle qui est universelle et qui assume tous les hommes, de tous les temps, de toute race, de tout pays et de toutes cultures.
    Les mages nous révèlent ainsi que tous les hommes peuvent accéder à la foi au travers des signes qu’ils reçoivent de Dieu. Il faut les vérifier sans doute, mais il faut surtout en tirer les conséquences. Comme eux nous devons nous mettre en route quand Dieu nous fait signe.
    LE MYSTERE DE CETTE UNIVERSELLE THEOPHANIE
    Dieu ne se découvre pas en conclusion d’un raisonnement, même si ce raisonnement s’appuie sur la Parole et l’Ecriture. C’est la foi et l’intelligence du coeur qui le révèlent. Dieu est amour et seul l’amour dont nous vivons nous introduit dans son mystère. La meilleure des logiques elle-même ne peut nous y introduire.
    Le silence de Dieu est trop souvent issu du bavardage des hommes, de notre manie de parler, d’expliquer, de définir. On comprendrait mieux ce qu’il nous dit avec patience, si l’on savait observer amoureusement les signes qu’il nous donne. Dieu sait attendre que l’homme se taise pour l’entendre, et c’est alors qu’il nous parle et se manifeste.
    Si éloignés de nous par leurs religions, leurs convictions, leur athéisme même, les « païens » d’aujourd’hui ne le sont pas de Dieu, parce qu’il les aime tous et sans aucune exception. Les différences sociales et culturelles peuvent nous paraître si grandes que nous avons du mal à croire que le Seigneur est venu pour tous ces hommes, ces milliards d’hommes.
    Mais vous savons que l’amour de Dieu est universel et infini, comme est universel le salut en Jésus-Christ, parce qu’il traverse toute l’épaisseur de notre réalité humaine. La nôtre comme la leur. Ce qui suppose la conversion et l’accueil dans la pauvreté et la vulnérabilité qui est le lot de tous les hommes. Les mages savants durent quémander leur chemin. Nous aussi nous avons à le quémander.
    Dans le même temps, nous nous demandons pourquoi leur chemin ne rejoint pas le nôtre. Les mages ont pris un autre chemin après la rencontre de l’enfant, roi des juifs et Messie. Saint Matthieu le souligne pour nous dire que le retour vers les scribes n’était pas la bonne orientation.
    L’Esprit de Dieu les a guidés autrement. Lui seul sait pourquoi et comment. Acceptons, nous aussi, d’être parfois déroutés de nos certitudes premières.
    ***
    La rencontre de Dieu, qui s’épanouira dans la claire vision de sa splendeur, n’est possible que dans l’ouverture, la recherche, la disponibilité et l’acceptation joyeuse et incessante de l’inattendu d’aujourd’hui.
    Elle se joue pas seulement au moyen de preuves irréfutables, même si elles sont celles que nous voulons étayer sur l’Ecriture. Cette rencontre ne se réalise que dans une relation vivante et actualisée avec Lui dans la foi. Les scribes d’Israël et les mages d’Orient en sont les témoins, chacun dans la manière dont ils ont vécu le même événement.
    « Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux Nations, grâce à l’étoile qui les guidait. Daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. » (Prière d’ouverture de la messe)


mardi 26 décembre 2017

  • Commentaires du dimanche 31 décembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 31 décembre 2017
    Fête de la Sainte Famille

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Genèse 15, 1 – 6 ; 21, 1 – 3
    En ces jours-là,
    15, 1 la parole du SEIGNEUR fut adressée à Abram dans une vision :
    « Ne crains pas, Abram !
    Je suis un bouclier pour toi.
    Ta récompense sera très grande. »
    2 Abram répondit :
    « Mon SEIGNEUR Dieu, que pourrais-tu donc me donner ?
    Je m’en vais sans enfant,
    Et l’héritier de ma maison, c’est Elièzer de Damas. »
    3 Abram dit encore :
    « Tu ne m’as pas donné de descendance,
    et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. »
    4 Alors cette parole du SEIGNEUR fut adressée à Abraham :
    « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier,
    mais quelqu’un de ton sang. »
    5 Puis il le fit sortir et lui dit :
    « Regarde le ciel,
    et compte les étoiles, si tu le peux… »
    Et il déclara :
    « Telle sera ta descendance ! »
    6 Abram eut foi dans le SEIGNEUR,
    et le SEIGNEUR estima qu’il était juste.
    21, 1 Le SEIGNEUR visita Sara
    comme il l’avait annoncé ;
    il agit pour elle comme il l’avait dit.
    2 Elle devint enceinte
    et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse,
    à la date que Dieu avait fixée.
    3 Et Abraham donna un nom
    au fils que Sara lui avait enfanté :
    il l’appela Isaac.

    NOTRE ANCETRE, ABRAHAM
    Le choix des lectures pour la fête de la Sainte Famille, cette année, nous surprendra peut-être : nous voilà renvoyés à la longue histoire de notre famille spirituelle depuis Abraham. Cet éleveur nomade, Irakien de naissance, qui a vécu vers 1850 avant J.C. n’a pourtant apparemment que peu de points communs avec nous, citadins du vingt-et-unième siècle après J.C. ! Dommage que nous n’ayons pas le temps de lire toute cette épopée d’Abraham dans la Bible ; ici, nous n’en avons qu’un raccourci trop rapide. Le texte que nous venons d’entendre juxtapose deux chapitres qui sont, en fait, très éloignés l’un de l’autre dans l’Ancien Testament.
    Tout avait commencé, par un premier appel du Seigneur à Abram (au chapitre 12 de la Genèse) : « Va pour toi, loin de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, et va vers le pays que je te ferai voir ». Premier appel, premières promesses (un pays, une descendance…), première mise en marche d’Abraham, sur ce simple appel de Dieu : « Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit. » (Gn 12, 4). Une marche qui le mène de campement en campement, en Egypte et en Canaan. Une « longue marche » d’Abraham, une longue marche, au propre et au figuré ! Une marche qui a duré des années, puisqu’Abram avait soixante-quinze ans lors du premier appel et qu’il en aura cent à la naissance d’Isaac. Une marche ponctuée encore de promesses, par exemple, au chapitre 13 : « Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre au point que si l’on pouvait compter la poussière de la terre, on pourrait aussi compter ta descendance. » (Gn 13, 16). Et sur ces promesses, qui n’étaient encore que des promesses, il a osé jouer sa vie.
    Puis c’est l’épisode du chapitre 15 qui est le début de notre lecture d’aujourd’hui : Abraham ne s’appelle encore que « Abram » et Dieu lui promet une descendance « aussi nombreuse que les étoiles ». Abram se permet seulement de faire remarquer que, pour l’instant, sa descendance est toujours inexistante : « Mon SEIGNEUR Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je suis (encore) sans enfant ». Cette question pleine de bon sens ne l’empêche pas de continuer à faire confiance. Et cet épisode se termine par la célèbre phrase « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste ».
    Entre ces promesses et la naissance d’Isaac, il y aura encore bien des événements : la célébration de l’Alliance entre Dieu et Abraham (dans la suite du chapitre 15), la naissance d’Ismaël (au chapitre 16), le changement de nom d’Abram en Abraham1 (au chapitre 17), l’apparition de Mambré (au chapitre 18) pour ne citer que les plus importants.
    Enfin, un « beau jour » au vrai sens du terme, le Seigneur tient sa promesse et c’est la naissance d’Isaac, premier maillon de la descendance d’Abraham et de Sara. (C’est la deuxième partie de notre lecture d’aujourd’hui, au chapitre 21).
    Mais pourquoi rappeler cette vieille histoire pour la fête de la Sainte Famille ?
    LE CHEMIN D’ABRAHAM
    Parce que c’est avec Abraham que l’humanité a fait le plus grand pas en avant ! Et nos familles humaines sont invitées à suivre le même chemin que lui : Abraham a fait trois découvertes qui tiennent en trois mots : la Foi, l’Alliance, la Justice : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste ». La foi, d’abord : cette simple formule « Abram eut foi dans le SEIGNEUR » nous dit que la foi est avant tout une relation. La foi n’est pas une vertu dans le vide : on n’a pas la foi tout court, mais la foi en Quelqu’un, la confiance en Quelqu’un. Et si nous regardons ce qu’on pourrait appeler ces coups de coeur successifs d’Abraham, ce n’est pas d’ordre intellectuel. Sa foi est une histoire. Une histoire tournée vers l’avenir : Dieu lui fait des promesses, il y croit : et pourtant, soyons francs, en toute bonne logique, il aurait toutes raisons de douter. Mais la confiance en quelqu’un ne retient pas les raisons de douter.
    On peut vraiment parler de découverte à propos de la foi d’Abraham : jusqu’à lui, les hommes cherchaient les dieux ; Abraham a découvert que c’est Dieu qui cherche l’homme et lui propose son Alliance. Et voilà la deuxième découverte, l’Alliance ; jusqu’ici les hommes faisaient des promesses aux divinités pour mériter leurs bienfaits ; pour Abraham, c’est Dieu qui prend l’initiative : « Ne crains pas, Abraham ! Je suis un bouclier pour toi. Ta récompense sera très grande ».
    Troisième découverte, la Justice : « Le SEIGNEUR estima qu’il était juste » ; la « justice » au sens biblique est d’abord « justesse » ; comme un bon instrument sonne juste, Abraham est simplement « accordé » au projet de Dieu sur lui. L’homme juste est celui qui répond « Me voici » à l’appel de Dieu, sans autre préalable. « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR estima qu’il était juste. » Pour jouer juste, il suffit que la flûte soit disponible, c’est le flûtiste qui la fait juste. Mais le flûtiste a besoin de sa flûte… Ainsi Dieu veut-il avoir besoin des hommes. D’hommes qui se laissent accorder à la musique éternelle de l’amour de Dieu.
    —————————
    1 – Quand Dieu change le nom de quelqu’un, il s’engage sans retour, il pénètre dans l’intime même de sa vie ; en l’appelant Abraham qui signifie « père d’une multitude », il lui confirme « je fais effectivement de toi le père d’une multitude ».
    Complément
    « Père d’une multitude aussi nombreuse que la poussière de la terre… ou que les étoiles dans le ciel… », selon les promesses de Dieu, Abraham l’est vraiment devenu ; une multitude dont la destinée ou la vocation, si vous préférez, tient entre ces deux images : poussière de la terre… nous sommes appelés à devenir des étoiles dans le ciel. Et le premier de cette multitude se prénomme Isaac : ce nom évoque le rire d’Abraham, puis de Sara, quand Dieu leur annonça qu’ils allaient procréer à un âge aussi avancé. Mais surtout, il dit la joie de Dieu, puisque, étymologiquement, Isaac veut dire « Dieu sourira ». Décidément l’histoire d’Abraham est bien à sa place pour la fête de la Sainte Famille : la joie de Dieu, c’est la fécondité de la famille humaine.

    PSAUME – 104 (105)
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR, proclamez son nom,
    annoncez parmi les peuples ses hauts faits :
    2 chantez et jouez pour lui,
    redites sans fin ses merveilles.
    3 Glorifiez-vous de son nom très saint :
    joie pour les coeurs qui cherchent Dieu !
    4 Cherchez le SEIGNEUR et sa puissance,
    recherchez sans trêve sa face.
    5 Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
    de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
    6 vous, la race d’Abraham son serviteur,
    les fils de Jacob, qu’il a choisis.
    8 Il s’est toujours souvenu de son alliance,
    parole édictée pour mille générations :
    9 promesse faite à Abraham,
    garantie par serment à Isaac.

    RENDEZ GRACE AU SEIGNEUR
    Il est rare que la Bible nous raconte une célébration liturgique ; mais justement le premier livre des Chroniques nous en rapporte une au cours de laquelle ce psaume 104/105 a été chanté, au moins en partie. Cela se passait quand David a choisi Jérusalem pour capitale, donc vers l’an 1000 av. J.C. : David était très conscient d’avoir tout reçu de Dieu… et donc, très logiquement, un de ses premiers soucis a été de bâtir un autel et d’installer l’Arche d’Alliance dans un lieu digne d’elle. Il a choisi la colline la plus élevée, celle qui dominait son palais au Nord et il y a fait solennellement monter l’Arche ; ce fut une grande fête populaire et, pour marquer le coup, David fit distribuer à chaque famille une miche de pain, un gâteau de dattes et un gâteau de raisins.
    Puis il organisa le service du culte autour de l’Arche : des prêtres chargés d’offrir les sacrifices, mais aussi des lévites, musiciens et chanteurs (1 Ch 16, 5s) ; parmi ces lévites, musiciens et chanteurs, un certain Asaph dont le nom revient en tête de quelques psaumes. Les quinze premiers versets de ce psaume 104/105 sont cités tels quels dans le livre des Chroniques au moment de l’installation de l’Arche à Jérusalem ; cela veut dire peut-être, qu’ils étaient chantés à Jérusalem, dès l’époque de David, donc avant même que Salomon construise le Temple. Et lorsque, trois cents ans plus tard, vers 700 av.J.C., le roi Ezéchias qui était pieux, voulut faire une grande réforme religieuse et rétablir le culte dans toute sa pureté à la manière de David, on dit qu’il fit reprendre le chant d’Asaph, c’est-à-dire très probablement ce psaume entre autres (2 Ch 29, 18 – 36). Ce qui veut dire que ce psaume 104/105 est considéré comme typique de la fidélité à l’Alliance avec Dieu ; il est donc très important pour nous de voir ce qu’il a de particulier !
    Or, ce qu’il a de particulier, c’est très simple : c’est un psaume de louange, qui énumère tous les bienfaits de Dieu. Il commence par une invitation solennelle adressée à tous les fidèles, du genre « Louez Dieu » (Alleluia !) : ce sont ces versets-là qui ont été retenus pour aujourd’hui ; on y lit toute une série d’impératifs : « Rendez grâce au SEIGNEUR, proclamez son nom, annoncez, chantez, jouez, redites sans fin ses merveilles… Glorifiez-vous de son nom… Cherchez le SEIGNEUR, souvenez-vous des merveilles qu’il a faites… ». Les merveilles qu’il a faites, cela se résume en quelques mots, c’est sa fidélité à l’Alliance qu’il a lui-même proposée à Abraham puis à chaque génération après lui. « Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites, de ses prodiges, des jugements qu’il prononça, vous la race d’Abraham son serviteur, les fils de Jacob qu’il a choisis. Il s’est toujours souvenu de son Alliance, parole édictée à mille générations ; promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac. »
    Soyons francs, il ne s’est pas encore écoulé mille générations entre le temps d’Abraham et celui de David ! Tout au plus huit cent cinquante ans, ce qui fait une vingtaine ou une trentaine de générations au maximum. Mais le lyrisme poétique ne sait pas compter, on le sait bien ! Dans la Bible, ce nombre mille est symbolique, il signifie une Alliance éternelle.
    Le reste du psaume détaille les oeuvres de Dieu en faveur de son peuple depuis Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse… C’est un vrai cours d’histoire ! Dieu a fait Alliance avec Abraham et lui a promis la terre : « Je te donne la terre de Canaan, c’est le patrimoine qui vous échoit ». Cette promesse, elle a été faite à une poignée d’immigrants ; mais Dieu les a toujours protégés, et le psaume continue : « Il n’a laissé personne les opprimer… » Et tous les épisodes de l’histoire d’Israël sont relus comme des interventions de Dieu au bénéfice de son peuple. Y compris l’histoire de Joseph, par exemple : ce sont ses frères, jaloux, qui se sont débarrassés de lui, et il s’est retrouvé esclave en Egypte, mais Dieu, encore une fois, a tiré de ce mal un bien pour son peuple ; puisque c’est grâce à la présence de Joseph en Egypte que ses frères purent y trouver refuge un peu plus tard en période de famine. « Il envoya devant eux un homme, Joseph, qui fut vendu comme esclave. On lui entrava les pieds, on lui passa un collier de fer… mais le maître des peuples le fit relâcher… Alors Israël entra en Egypte… Et Dieu multiplia son peuple… » Et ainsi de suite… le psaume est une véritable litanie des oeuvres de Dieu pour son peuple… Moïse, la libération d’Egypte, l’Exode…
    SOUVENEZ-VOUS POUR CONTINUER A ESPERER
    La clé de toute cette histoire, la voici : « Il s’est toujours souvenu de son alliance, parole édictée pour mille générations : promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac. » Il faut noter au passage le vocabulaire typique de l’oeuvre de libération de Dieu : « hauts faits, merveilles, prodiges ». Evidemment, toute cette rétrospective n’est pas un cours d’histoire ! Elle est une profession de foi ; la profession de foi du peuple qui, comme David, est conscient d’avoir tout reçu de Dieu, et qui proclame à la face du monde : Dieu est le vrai maître de notre histoire et il nous protège, nous son peuple, contre vents et marées. Ce peuple qu’il a librement choisi : « race d’Abraham son serviteur, les fils de Jacob, qu’il a choisis ». Dieu s’est librement engagé « promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac ».
    Mais tout ceci, bien sûr, doit avoir des conséquences, que l’on peut exprimer ainsi : « Dieu s’est souvenu… alors, à votre tour, souvenez-vous ». Voilà la morale de cette histoire : garder précieusement cette Mémoire est vital pour le peuple bénéficiaire de toute cette sollicitude de Dieu ; parce que Dieu a accompli ses promesses dans le passé, son peuple trouve la force, au long des siècles, de garder la foi dans les promesses pas encore réalisées : parce qu’on peut répéter à ses enfants « Le Seigneur fit comme il l’avait dit », les enfants, à leur tour, croiront en lui et transmettront la foi à leurs enfants.
    Belle leçon pour la fête de la Sainte Famille : la famille humaine ne sera sainte que si elle garde, de génération en génération, la mémoire des oeuvres de Dieu ; Il s’est souvenu… alors, à votre tour, souvenez-vous… le plus bel exemple nous en est donné par Marie dans le Magnificat : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, Saint est son nom… Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent… Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais ».

    DEUXIEME LECTURE – Hébreux 11, 8. 11-12. 17-19
    8 Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu :
    il partit vers un pays
    qu’il devait recevoir en héritage,
    et il partit sans savoir où il allait.
    11 Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge,
    fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance
    parce qu’elle pensait que Dieu serait fidèle à ses promesses.
    12 C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort,
    a pu naître une descendance aussi nombreuse
    que les étoiles du ciel
    et que le sable au bord de la mer,
    une multitude innombrable.
    17 Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve,
    Abraham offrit Isaac en sacrifice.
    Et il offrait le fils unique,
    alors qu’il avait reçu les promesses
    18 et entendu cette parole :
    C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom.
    19 Il pensait en effet
    que Dieu est capable même de ressusciter les morts :
    c’est pourquoi son fils lui fut rendu :
    il y a là une préfiguration.

    LA FOI DES HOMMES FAIT AVANCER LE PROJET DE DIEU
    « Grâce à la foi… » cette expression revient comme un refrain dans le chapitre 11 de la lettre aux Hébreux ; et l’auteur va jusqu’à dire que le temps lui manque pour énumérer tous les croyants de l’Ancien Testament, dont la foi a permis au projet de Dieu de s’accomplir. Le texte qui nous est proposé aujourd’hui n’a retenu qu’Abraham et Sara, car ils sont considérés comme le modèle par excellence. Tout a commencé pour eux avec le premier appel de Dieu (Gn 12) : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, et va vers le pays que je te ferai voir ». Et Abraham « obéit », nous dit le texte ; au beau sens du mot « obéir » dans la Bible : non pas de la servilité, mais la libre soumission de celui qui accepte de faire confiance ; il sait que l’ordre donné par Dieu est donné pour son bonheur et sa libération, à lui, Abraham.
    Croire, c’est savoir que Dieu ne cherche que notre intérêt, notre bonheur. Et, dit la lettre aux Hébreux, « Abraham partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage » : croire, c’est savoir que Dieu donne, c’est vivre tout ce que nous possédons comme un cadeau de Dieu.
    « Il partit sans savoir où il allait » : si l’on savait où l’on va, il n’y aurait plus besoin de croire ! Croire, c’est accepter justement de faire confiance sans tout comprendre, sans tout savoir ; accepter que la route ne soit pas celle que nous avions prévue ou souhaitée ; accepter que Dieu la décide pour nous. « Que ta volonté se fasse et non la mienne » a dit bien plus tard Jésus, fils d’Abraham, qui s’est fait à son tour, obéissant, comme dit Saint Paul, jusqu’à la mort sur la croix (Phi 2).
    « Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge avancé (quatre-vingt-dix ans), fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance » : elle a bien un peu ri, vous vous souvenez, lors de l’apparition chez Mambré, à cette annonce tellement invraisemblable, mais elle l’a acceptée comme une promesse ; et elle a fait confiance à cette promesse : elle a entendu la réponse du Seigneur à son rire « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le SEIGNEUR ? a dit Dieu. A la date où je reviendrai vers toi, au temps du renouveau, Sara aura un fils » (Gn 18, 14). Alors Sara a cessé de rire, elle s’est mise à croire et à espérer. Et ce qui était impossible à vues humaines s’est réalisé. « Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu serait fidèle à ses promesses ».
    Et il fallait la foi de ce couple pour que la promesse se réalise et que naisse la descendance « aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer ». Une autre femme, Marie, des siècles plus tard, entendit elle aussi l’annonce de la venue d’un enfant de la promesse et elle accepta de croire que « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1).
    RIEN N’EST IMPOSSIBLE A DIEU
    Grâce à la foi, encore, Abraham traversa l’épreuve de l’étonnante demande de Dieu de lui offrir Isaac en sacrifice ; mais là aussi, même s’il ne comprenait pas, Abraham savait que l’ordre de Dieu lui était donné pour lui, il savait que l’ordre de Dieu est le chemin de la Promesse.
    La logique de la foi va jusque-là : à vues simplement humaines, la promesse d’une descendance et la demande du sacrifice d’Isaac sont totalement contradictoires ; mais la logique d’Abraham, le croyant, est tout autre ! Précisément, parce qu’il a reçu la promesse d’une descendance par Isaac, il peut aller jusqu’à le sacrifier. Dans sa foi, il sait que Dieu ne peut pas renier sa promesse ; à la question d’Isaac « Père, je vois bien le feu et les bûches… mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répond en toute assurance : « Dieu y pourvoiera, mon fils ».
    Le chemin de la foi est obscur, mais il est sûr. Il ne mentait pas non plus quand il a dit en chemin à ses serviteurs « Demeurez ici, vous, avec l’âne ; moi et Isaac, nous irons là-bas pour nous prosterner ; puis nous reviendrons vers vous ». Il ne savait pas quelle leçon Dieu voulait lui donner sur l’interdiction des sacrifices humains, il ne connaissait pas l’issue de cette épreuve ; mais il faisait confiance. Des siècles plus tard, Jésus, le nouvel Isaac, a cru Dieu capable de le ressusciter des morts et il a été exaucé comme le dit aussi la lettre aux Hébreux.
    Voilà tout ce dont la foi nous rend capables : en hébreu, le mot « croire » se dit « Aman » (d’où vient notre mot « Amen » d’ailleurs) ; ce mot implique la solidité, la fermeté ; croire, c’est « tenir fermement », faire confiance jusqu’au bout, même dans le doute, le découragement ou l’angoisse. En français, on dit « j’y crois dur comme fer »… en hébreu, on dit plutôt « j’y crois dur comme pierre ». C’est exactement ce que nous disons quand nous prononçons le mot « Amen ». Nous avons là une formidable leçon d’espoir pour nos familles humaines ! En langage courant, on dit souvent « C’est la foi qui sauve » ; l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit « Vous ne croyez pas si bien dire : le projet de salut de Dieu s’accomplit par vous les croyants… Laissez-le faire, en vous et par vous, son oeuvre ».

    EVANGILE – selon saint Luc 2, 22 – 40
    22 Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse
    pour la purification,
    les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
    pour le présenter au Seigneur,
    23 selon ce qui est écrit dans la loi :
    Tout premier-né de sexe masculin
    sera consacré au Seigneur.
    24 Ils venaient aussi offrir
    le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :
    un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
    25 Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.
    C’était un homme juste et religieux,
    qui attendait la Consolation d’Israël,
    et l’Esprit Saint était sur lui.
    26 Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
    qu’il ne verrait pas la mort
    avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
    27 Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
    Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus
    pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait.
    28 Syméon reçut l’enfant dans ses bras,
    et il bénit Dieu en disant :
    29 « Maintenant, ô Maître souverain,
    tu peux laisser ton serviteur s’en aller
    en paix, selon ta parole.
    30 Car mes yeux ont vu le salut,
    31 que tu préparais à la face des peuples :
    32 lumière qui se révèle aux nations
    et donne gloire à ton peuple Israël. »
    33 Le père et la mère de l’enfant
    s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
    34 Syméon les bénit,
    puis il dit à Marie sa mère :
    « Voici que cet enfant
    provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
    Il sera un signe de contradiction
    35 – Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :
    ainsi seront dévoilées
    les pensées qui viennent du coeur d’un grand nombre. »
    36 Il y avait aussi une femme prophète,
    Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
    37 Elle était très avancée en âge ;
    après sept ans de mariage,
    demeurée veuve
    elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
    Elle ne s’éloignait pas du Temple,
    servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
    38 Survenant à cette heure même,
    elle proclamait les louanges de Dieu
    et parlait de l’enfant
    à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
    39 Lorsqu’ils eurent achevé
    tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,
    ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
    40 L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
    rempli de sagesse,
    et la grâce de Dieu était sur lui.

    L’attente du Messie était très vive dans le peuple juif à l’époque de la naissance de Jésus ; tout le monde n’en parlait pas de la même manière, mais l’impatience était partagée par tous. Certains parlaient de la « Consolation d’Israël », comme Syméon, d’autres de la « délivrance de Jérusalem », comme la prophétesse Anne. Certains attendaient un roi, descendant de David, qui chasserait les occupants, les représentants du pouvoir romain. D’autres attendaient un Messie tout différent : Isaïe l’avait longuement décrit et il l’appelait « le Serviteur de Dieu ».
    JESUS, LE MESSIE SERVITEUR ANNONCE PAR ISAIE
    A ceux qui attendaient un roi, les récits de l’Annonciation et de la Nativité ont montré que Jésus était bien celui qu’ils attendaient. Par exemple, l’ange avait annoncé à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » C’était étonnant, certainement, pour la jeune fille de Nazareth, mais c’était clair. En revanche, dans le récit de la présentation de Jésus au Temple, il n’est rien dit de cette facette de la personnalité de l’enfant qui vient de naître. Et d’ailleurs, le petit garçon qui entre au Temple dans les bras de ses parents est né, non pas dans un palais royal, mais dans une famille modeste et dans des conditions bien précaires.
    Il semble que Luc, ici, nous invite plutôt à voir en lui le serviteur annoncé par Isaïe (dans les chapitres 42, 49, 50, et 52-53). Rappelons-nous comment le prophète le présentait : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur… » (Is 42, 1)… « Le SEIGNEUR m’a appelé dès le sein maternel, dès le ventre maternel, il s’est répété mon nom » (Is 49,1 )… « Matin après matin, le SEIGNEUR me fait dresser l’oreille, pour que j’écoute comme les disciples ; le SEIGNEUR Dieu m’a ouvert l’oreille… » (Is 50, 4-5). C’est une manière de dire que ce serviteur était très docile à la parole de Dieu ; et il avait reçu pour vocation d’apporter le salut au monde entier. Isaïe disait : « Je t’ai mis en réserve et je t’ai destiné à être l’alliance de la multitude, à être la lumière des nations » (Is 42, 6)… « Je t’ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre » (Is 49, 6). Ce qui prouve qu’à l’époque d’Isaïe, on avait déjà bien compris que le projet d’amour et de salut de Dieu concerne toute l’humanité et pas seulement le peuple d’Israël.
    Enfin, le prophète ne cachait pas le sort terrible qui attendait ce sauveur : il accomplissait sa mission et par lui l’humanité était sauvée, mais parce que sa parole était jugée trop dérangeante, il était maltraité, méprisé, persécuté. Isaïe disait : « J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. » (Is 50, 6).
    SA VIE DONNEE POUR LE SALUT DES HOMMES
    Apparemment, sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, et parce qu’il connaissait parfaitement les prophéties d’Isaïe, Syméon a tout de suite compris que l’enfant était ce Serviteur annoncé par le prophète. Il a pressenti le destin douloureux de Jésus dont la parole inspirée devait être refusée par la majorité de ses contemporains : il dit à Marie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du coeur d’un grand nombre. »
    Mais Syméon a compris également que l’heure du salut de toute l’humanité venait de sonner : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut, que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
    Consolation d’Israël, délivrance de Jérusalem, Serviteur, cet enfant était bien le Messie qu’on attendait, c’est-à-dire celui qui apporte le Salut ; comme le disait encore le prophète Isaïe (chapitre 53) : « Par lui s’accomplira la volonté du SEIGNEUR » (Is 53, 10). Or, depuis Abraham, on sait que la volonté du Seigneur, c’est le salut de toutes les familles de la terre.


  • Lancement de la campagne nationale de communication pour la collecte du Denier

    En cette fin d’année 2017, la Conférence des évêques de France lance pour la première fois une campagne de communication nationale sur le denier.

    Visible dans toute la France cette campagne s’inscrit en complément mais aussi appui des campagnes diocésaines.

    Afin d’être diffusée largement plusieurs outils sont mis en place dès aujourd’hui. Cette action de communication passera notamment par de l’affichage, la diffusion d’un spot radio et des encarts publicitaires. Elle sera complétée par une campagne sur les réseaux sociaux.

    En 2016, le Denier (et autres dons assimilés) progresse de 1,1% : le montant total le montant total collecté est de 254 534 702 €.

    Écouter le spot radio


lundi 25 décembre 2017

  • Homélie du dimanche 31 décembre

    Dimanche 31 décembre 2017
    Fête de la Sainte Famille

    Références bibliques :
    Livre de la Sagesse.15.1 à 6 et 21. 1 à 3 : « Ne crains pas Abraham, tu recevras de cette Alliance un merveilleux salaire. »
    Psaume 104 : «  Le Seigneur s’est souvenu de son Alliance. »
    Lettre de saint Paul aux Colossiens. 3. 12 à 21 : « C’est lui qui fait l’unité dans la perfection. »
    Evangile selon saint Luc. 2. 22 à 40 : « Rempli de sagesse, la grâce de Dieu était sur lui. »
    ***
    LA FAMILLE TRINITAIRE
    Chez saint Jean, comme chez saint Paul, l’amour exprime et définit, essentiellement, un mode d’existence et non pas un simple mode de comportement, ni une émotion, ni un sentiment individuel à l’égard de l’autre.
    L’homme et la femme en font chaque jour l’expérience quand ils dépassent les « péripéties » de leur vie de couple. En eux, l’amour a créé un nouveau mode d’existence qui se découvre, se réalise et s’enrichit ainsi de plus en plus.
    Lorsque saint Jean veut nous définir Dieu, il déclare « simplement » : »Dieu est Amour. » C’est la seule définition que le Nouveau Testament donne de Dieu.
    « Dieu est Amour » signifie que l’amour n’est pas une qualité morale de Dieu. C’est bien la définition même de son être, de son mode d’existence. Dieu existe comme amour et cette définition de saint Jean contient tout le mystère trinitaire, ce mystère de l’échange dans l’amour et la liberté.
    La Trinité s’exprime aussi au travers du mystère de l’Incarnation. La personne du Père réalise la plénitude de son être, c’est-à-dire ce qui est essentiel en Lui par la naissance du Christ dans la grâce de l’Esprit d’Amour, l’Esprit-Saint. Nous le voyons au travers de nombreuses paroles du Christ à ses apôtres.
    Dans sa lettre aux Colossiens que nous lisons aujourd’hui, saint Paul met l’amour au-dessus de tous les comportements : la bonté, l’humilité, la douceur, la patience. « Par-dessus tout cela qu’il y ait l’amour, c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. » La perfection et l’unité de Dieu réside dans le fait qu’il est essentiellement « Amour ».
    LA FAMILLE A L’IMAGE DE DIEU
    Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous savons que notre humanité nous limite dans la voie qui nous conduit à la connaissance de Dieu.
    Mais dire que nous sommes « à l’image de Dieu » signifie que nous avons la possibilité naturelle de réaliser l’amour qui est Dieu. Pour ce faire, il nous faut vivre un amour réel, quotidien et continuel. Et c’est en cela que réside le mystère de la vie conjugale et familiale, qui doit être aussi vécue, dans l’unité, à l’image et à la ressemblance de Dieu, Unique et Trinité.
    La dynamique qui nous conduira à rendre réelle au quotidien cette ressemblance de l’amour divin en nos vies, c’est de donner toujours et partout à chaque membre constituant notre famille, la priorité de la relation personnelle, la priorité de la liberté des enfants de Dieu
    La tentation est forte, pour chaque conjoint entre eux comme pour les parents vis-à-vis de leurs enfants, de faire intervenir leur propre construction psychologique et, par là, de remplacer la réalité de chacun par la leur, en prodiguant des conseils, voire des ordres, où nous pensons protéger l’autre, mais, en fait, en lui imposant notre propre personnalité, en limitant ainsi la sienne.
    Lorsque Marie s’étonne de l’absence de Jésus qui est resté au Temple, l’enfant lui rappelle quelle est sa personnalité en évoquant « les affaires de son Père. » (Luc 2. 49) Marie ne s’insurge pas. Elle reprend cet événement et les médite dans son cœur pour les accueillir à leur juste mesure.
    Il en sera de même à Cana. Jésus se situe avec sa personnalité : »Mon heure n’est pas encore venue. » et Marie respecte la liberté de sa décision : »Faites tout ce qu’il vous dira. » (Jean 3. 4).
    Quand nous disons : »Dieu est avec nous » ou bien encore « Dieu vient nous prendre avec lui », nous risquons de n’en rester qu’à des mots ou qu’à des sentiments.
    Il nous faut regarder au plus près la vie de notre famille humaine qui s’est bâtie sur la Parole même de Dieu, pour qu’elle se réalise en Lui, non pas avec des personnalités juxtaposées, mais avec des personnes libres dans la communion d’un amour qui rejoint l’Amour de Dieu.
    Un Dieu Trinité où les trois personnes divines sont distinctes, mais unies dans une unique liberté d’échanges, Père, Fils et Esprit.
    L’AMOUR VECU AU QUOTIDIEN
    Le mystère de Noël que nous avons vécu, il y a quelques jours, n’est donc pas un épisode poétique de la vie de Jésus et de Marie, auquel Joseph est associé. Certes, l’imagination des hommes a donné une dimension humaine étonnante et poétique à ces heures de Bethléem, alors que les phrases de l’Evangile sont toutes simples.
    A ce point qu’on risque d’oublier ou de passer sous silence l’insondable mystère de l’Incarnation. En cet instant de l’Histoire, la présence de Dieu s’est réalisé en son Fils, homme parmi les hommes.
    En regardant vivre cette famille humaine de Galilée, nous découvrons la profondeur du mystère qui est aussi vécue par chacune de nos familles humaines.
    Cet enfant, fragile aux premiers jours, est gage d’avenir comme l’est tout enfant. Sa vie, comme toute vie, est un message dont il nous faut entendre chaque révélation, car, à sa manière, il est aussi « Dieu avec nous », il est l’Emmanuel.
    Dans le même temps que Marie a donné à Jésus un corps, un souffle de vie, et son amour, elle en a fait l’homme qu’il est devenu. Au jour le jour de sa vie familiale, Jésus, le bébé, le petit enfant, l’enfant ; l’adolescent, va recevoir de Marie, ce que tout être reçoit de sa mère : le sourire de la vie, l’exemplarité du devoir à accomplir, la délicatesse dans la vie quotidienne, la réalisation de la Parole de Dieu au travers des faits et gestes d’une femme de grande foi.
    Joseph, le père qui adopte cet enfant avec amour, patience et sens des responsabilités, lui donne le métier de charpentier. Il lui apprend les gestes méticuleux, laborieux, de l’homme qui sculpte les matériaux, les ajuste avec précision, les fait devenir utiles et beaux. Joseph lui apprend à parler aux hommes, avec les hommes. Au travers des commandes à réaliser, au travers des discussions pour le prix du travail, au travers des impatience du demandeur, Joseph apprend à Jésus le sens de la vie parmi les hommes.
    Le soir, en famille, l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, se retrouve avec ses parents, avec ses cousins et ses cousines, ou bien avec ses amis sur la place de Nazareth. Ils parlent, ils se réjouissent, ils s’attristent de la mort d’un proche. Jésus partage ainsi la vie de la famille de Marie et de Joseph, et par sa famille, la vie de tout son entourage. Nous le sentons au travers de beaucoup de ses paraboles.
    Vivant de la famille trinitaire qui est la sienne, vivant de la famille humaine qui est la sienne, il vit ce qui dépasse tout bien et ne disparaît jamais : l’amour, car c’est en lui que se réalise ce que saint Paul appelle « l’unité dans la perfection.» (Colossiens 3. 14) et qu’il propose à chacun : « Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ. » (Colossiens 3. 15)
    Nous avons peu de faits précis qui nous éclairent sur le style de vie de la Sainte Famille. Ce devait être celui de toute famille juive de Nazareth, mais vécu par des êtres simples aux yeux de leurs contemporains, exceptionnels aux yeux de Dieu, dans le don que chacun a fait de lui-même et qu’il accomplit jour après jour.
    C’est une famille ouverte, accueillante et joyeuse. Le Magnificat de Marie en est la preuve. Il n’a pas été le chant de joie d’un seul instant. Elle l’a chanté bien souvent, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle l’a confié à l’évangéliste, comme étant la trame même de toute sa vie avec Dieu. « Chantez et jouez pour lui, redîtes sans fin ses merveilles. » (Psaume 104)
    Jésus lui-même n’est pas venu pour « rabattre la joie », mais pour l’exalter. Il est heureux des chants de ses camarades sur la place du village (Matthieu 11. 17) Ce n’est pas à la légère qu’il dira : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie en abondance. » (Jean 10.10) et, à ses apôtres, lors du discours qu’il leur tient après la Cène : »Je vous dis cela pour que votre joie soit parfaite. »(Jean 16.24)
    ***
    Les conseil que saint Paul donne à nos familles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la phrase qui les introduit : »Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ ». Les difficultés quotidiennes sont le lot de toute existence humaine et familiale. Qu’à travers elles, que tous et chacun vivent et réalisent cette vie de famille « Dans le Seigneur », que ce soient les épouses, les maris, les enfants, les parents.
    Et que, par dessus tout, il y ait l’amour qui fait l’unité dans la perfection, qui est la réalité de la famille divine, et qui doit être la réalité de toute famille humaine.
    « Accorde à nos familles, Père très aimant, la grâce d’imiter la famille de ton Fils et de goûter avec elle, après les difficultés de cette vie, le bonheur sans fin. » (Oraison de la Communion)


dimanche 24 décembre 2017

  • Cette année encore, il est né le divin enfant !

    Ce soir, les chrétiens du monde entier fêtent la naissance de Jésus Fils de Dieu, le Sauveur attendu, annoncé par les prophètes.
    Comme le racontent les évangélistes Luc et Mathieu, Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Dans les environs, se trouvaient des bergers. L’Ange du Seigneur s’approcha et leur dit : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».
    Partout en France,des millions de catholiques se sont rendus à la messe de la nuit de Noël qui célèbre « une nuit de joie, parce que depuis aujourd’hui et pour toujours Dieu, l’Éternel, l’Infini, est Dieu-avec-nous » comme le rappelait le pape François lors de son homélie de l’année passée.
    Afin de vivre pleinement ce temps, le site noel.catholique.fr propose une série de questions et d’éclairages sur le sens de cette fête.
    Grâce aux 5000 contributeurs des diocèses, l’application MessesInfos a permis à de nombreuses personnes de pouvoir se rendre à une messe de Noël. Merci à eux !

    Retrouvez les questions du site noel.catholique.fr
     


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