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lundi 22 janvier 2018

  • Commentaires du dimanche 28 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 28 janvier 2018
    4éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre du Deutéronome 18, 15 – 20
    Moïse disait au peuple :
    15 « Au milieu de vous, parmi vos frères,
    le SEIGNEUR votre Dieu
    fera se lever un prophète comme moi,
    et vous l’écouterez.
    16 C’est bien ce que vous avez demandé au SEIGNEUR votre Dieu,
    au mont Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous disiez :
    Je ne veux plus entendre la voix du SEIGNEUR mon Dieu,
    je ne veux plus voir cette grande flamme,
    je ne veux pas mourir !
    17 Et le SEIGNEUR me dit alors :
    Ils ont bien fait de dire cela.
    18 Je ferai se lever
    au milieu de leurs frères
    un prophète comme toi ;
    je mettrai dans sa bouche mes paroles,
    et il leur dira tout ce que je lui prescrirai.
    19 Si quelqu’un n’écoute pas les paroles
    que ce prophète prononcera en mon nom,
    moi-même je lui en demanderai compte.
    20 Mais un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom
    une parole que je ne lui aurais pas prescrite,
    ou qui parlerait au nom d’autres dieux,
    ce prophète-là mourra. »

    Le livre du Deutéronome nous rappelle ici un vieil épisode du Sinaï au temps de Moïse. Le peuple rassemblé au pied de la montagne avait entendu la voix de Dieu parlant à Moïse et son coeur était partagé entre l’émerveillement et la peur : l’émerveillement parce que c’était inouï que Dieu lui-même s’adresse à ce pauvre petit peuple ; mais aussi la peur car pouvait-on entendre la voix de Dieu sans mourir ? Et c’est la crainte qui l’avait emporté : « Je ne veux plus entendre la voix du SEIGNEUR mon Dieu, disait-on, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir. »
    Alors Dieu avait fait transmettre par Moïse cette promesse qui est rapportée ici : « Ils ont raison, je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles… » C’était pour le peuple une assurance formidable : Dieu comprenait sa peur mais ne le priverait pas pour autant de sa Parole, car le risque est toujours grand pour les hommes d’écouter des charlatans : comme disait Moïse, « Les nations écoutent ceux qui pratiquent l’incantation et consultent les oracles. Mais pour toi, le SEIGNEUR ton Dieu n’a rien voulu de pareil. » (Dt 18, 14).
    La promesse rapportée par Moïse insiste sur quatre points : premièrement, c’est un prophète choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères ; deuxièmement, il doit être issu du peuple de l’Alliance ; troisièmement, il doit transmettre fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre ; enfin, quatrièmement, il est vital pour le peuple de l’écouter.
    Premièrement, c’est un prophète choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères : on sent affleurer ici une pointe contre des faux prophètes non envoyés par Dieu ; or au temps de Jérémie, qui est contemporain pour une large part du Deutéronome (dont est extrait notre texte d’aujourd’hui), on sait que les faux prophètes ne manquaient pas : Jérémie s’en est assez plaint ; c’est lui qui avait dit un jour à un prétendu prophète : « Ecoute, Hananya, le SEIGNEUR ne t’a pas envoyé ; c’est toi qui fais que ce peuple se berce d’illusions. » (Jr 28, 15) ;
    Ezékiel, lui non plus, ne mâchait pas ses mots : « Malheureux les prophètes insensés qui suivent leur esprit sans avoir rien vu… ils ont des visions illusoires et des prédictions trompeuses, eux qui disent : « oracle du SEIGNEUR » sans que le SEIGNEUR les ait envoyés. » (Ez 13, 3… 6).
    Moïse, au contraire, Dieu l’avait choisi, appelé, envoyé.
    C’est pour cela que notre passage d’aujourd’hui insiste pour qu’on ne donne sa confiance qu’à un prophète « comme Moïse », c’est-à-dire un véritable envoyé de Dieu : « Je ferai se lever… un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles… » Avec ce texte, le prophétisme en Israël se démarque résolument de toutes les pratiques de divination ; le prophète n’est pas un devin, il est le porte-parole de Dieu et Dieu ne s’amuse pas à prédire l’avenir.
    Deuxièmement, un véritable prophète doit être issu du peuple de l’Alliance ; la formule « pris parmi les frères » est claire : car il existait des quantités de prophètes étrangers, qui poussaient le peuple vers d’autres cultes ; il suffit de se rappeler les quatre cents prêtres de Baal amenés à Samarie par la reine Jézabel et contre qui le prophète Elie a tant lutté. Donc non seulement le prophète en Israël n’est pas un devin, mais il est le médiateur de l’Alliance.
    Troisièmement, un vrai prophète doit transmettre fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre : « je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai… Mais un prophète qui oserait dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra. » Au temps de Jérémie, ce genre de beaux parleurs ne devait pas manquer : son chapitre 23 les attaque de front : « Ainsi parle le SEIGNEUR le tout-puissant : Ne faites pas attention aux paroles des prophètes qui vous prophétisent ; ils vous leurrent ; ce qu’ils prêchent n’est que vision de leur imagination, cela ne vient pas de la bouche du SEIGNEUR. » (Jr 23, 16 ; voir aussi Jr 23, 25-28)… « Je vais m’en prendre aux prophètes qui ont des songes fallacieux – oracle du SEIGNEUR -, qui les racontent et qui, par leur fausseté et leurs balivernes, égarent mon peuple… » (Jr 23, 32).
    Enfin, quatrièmement, il est vital pour le peuple d’écouter les prophètes envoyés par Dieu : « Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, dit Dieu, moi-même je lui en demanderai compte. » Pour citer encore une fois Jérémie : « Ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël : malheureux l’homme qui n’écoute pas les termes de cette Alliance que j’ai proposée à vos pères lorsque je les ai fait sortir du pays d’Egypte… » (Jr 11, 3).
    On peut être surpris de l’insistance du livre du Deutéronome tout autant que de Jérémie sur les exigences d’une véritable prophétie : il faut croire que le problème était aigu ; on peut se demander s’il ne l’est pas tout autant aujourd’hui et si d’ailleurs il ne l’est pas de tous les temps ?
    Il suffit de lire le premier chapitre de la deuxième lettre de Pierre, l’écrit le plus tardif peut-être de tout le Nouveau Testament : « Nous avons la parole des prophètes qui est la solidité même, sur laquelle vous avez raison de fixer votre regard comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur… Ce n’est pas la volonté humaine qui a jamais produit une prophétie, mais c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. » (2 P 1, 19-21).
    ———————–
    Compléments
    – En parlant d’un « prophète comme Moïse », le livre du Deutéronome pensait peut-être à Samuel (cf 1 S 3, 19 – 4, 1) puisque Jérémie lui-même fait le rapprochement (cf Jr 15, 1).
    – Mais qui donc, au temps de la composition du livre du Deutéronome, avait intérêt à réveiller cette vieille histoire ? Le livre du Deutéronome est très tardif et s’adresse au peuple d’Israël, à une période cruciale, dans les années 600 av. J.C. Il faut croire qu’il circulait alors de nombreux faux prophètes et que les croyants désorientés étaient tentés d’écouter n’importe qui. Alors ce texte vient à point nommé rappeler qu’il ne faut pas se laisser berner par des prétendus prophètes : Dieu ne confie ni sa parole ni son peuple à la légère.
    – Lorsque la monarchie fut définitivement éteinte, en Israël, et que beaucoup perdirent tout espoir de voir naître le Messie-roi attendu, on relut dans ce texte du Deutéronome l’annonce d’un Messie-prophète. Cela explique les questions posées à Jean-Baptiste : « Es-tu le Prophète ? » (Jn 1,21).

    PSAUME – 94 (95), 1-2. 6-7. 8-9
    1 Venez, crions de joie pour le SEIGNEUR,
    acclamons notre Rocher, notre salut !
    2 Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
    par nos hymnes de fête acclamons-le !
    6 Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
    adorons le SEIGNEUR qui nous a faits.
    7 Oui, il est notre Dieu :
    nous sommes le peuple qu’il conduit,
    le troupeau guidé par sa main.
    Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
    8 « Ne fermez pas votre coeur comme au désert
    comme au jour de tentation et de défi
    9 où vos pères m’ont tenté et provoqué,
    et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

    Après l’insistance de la première lecture sur l’importance d’écouter la véritable parole de Dieu transmise par les prophètes, on n’est pas surpris d’entendre en écho « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » Car le peuple d’Israël n’a pas toujours écouté docilement ses prophètes : y compris dans le désert quand il a eu bien des réticences à l’égard de Moïse lui-même ; et ce psaume justement est tout imprégné d’une expérience très négative qui s’est déroulée au désert.
    Si vous allez vérifier dans votre Bible le texte de la dernière strophe que nous venons d’entendre, voilà ce que vous lirez « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit ». Massa et Meriba, en réalité, ce sont deux lieux qui ne figurent sur aucune carte : l’histoire s’est passée à Rephidim (aujourd’hui on situe cette oasis dans le Sud du Sinaï, au Wadi Feiran). On a campé là, mais il n’y avait pas d’eau ; très vite, entre le peuple et Moïse, le ton a monté : faire camper tout le peuple dans un endroit où il n’y avait rien à boire, c’était certainement pour les faire tous mourir de soif ; c’est ce qu’on a pensé ; comme on pouvait s’y attendre, ce genre de récrimination a été ressentie par Moïse comme l’injure suprême ; lui, pourtant, continuait à faire confiance à son Dieu ; s’il les avait menés jusque-là, il saurait aussi les faire survivre. Et c’est là, en réponse à cette foi de Moïse et en pardonnant la méfiance du peuple, que Dieu a fait jaillir l’eau d’un rocher. Pour que cela ne se reproduise plus jamais, Moïse a donné à ce lieu mémorable le double nom de Massa et Meriba qui veut dire épreuve et querelle parce qu’on avait querellé Dieu.
    Et donc la strophe du psaume prend tout son sens : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme au désert où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. » Dans cette simple strophe, est résumée toute l’aventure de notre vie de foi, personnelle et communautaire. C’est ce qu’on peut appeler, au vrai sens du terme, la « question de confiance ». Pour le peuple d’Israël, la question de confiance s’est posée à chaque difficulté de la vie au désert : « Le SEIGNEUR est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? » (Ex 17, 7), ce qui revient à dire « Peut-on lui faire confiance ? S’appuyer sur lui ? Etre sûr qu’il nous donnera à chaque instant les moyens de nous en sortir… ? »
    La Bible dit que la foi, justement, c’est tout simplement la confiance. Cette question de confiance, telle qu’elle s’est posée à Massa et Meriba, est l’un des piliers de la réflexion d’Israël ; la preuve, c’est qu’elle affleure sous des quantités de textes bibliques ; et, par exemple, le mot qui dit la foi en Israël signifie « s’appuyer sur Dieu » ; c’est de lui que vient le mot « Amen » qui dit l’adhésion de la foi : il signifie « solide », « stable » ; on pourrait le traduire « j’y crois dur comme pierre » (en français on dit plutôt « dur comme fer »).
    Et Isaïe, par exemple dit au roi Achaz « Si vous ne croyez pas, si vous ne vous appuyez pas sur Dieu, vous ne tiendrez pas » (Is 7, 9).
    Toute une autre série de textes brodent sur le mot « écouter », parce que quand on fait confiance à quelqu’un, on l’écoute. D’où la fameuse prière juive, le « Shema Israël » : « Ecoute Israël, le SEIGNEUR ton Dieu est le SEIGNEUR UN. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton esprit, de toutes tes forces »… Tu aimeras, c’est-à-dire tu lui feras confiance.
    Pour écouter, encore faut-il avoir l’oreille ouverte : encore une expression qu’on rencontre à plusieurs reprises dans la Bible, dans le sens de mettre sa confiance en Dieu ; par exemple dans le psaume 39/40 : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu m’as ouvert l’oreille » ; ou encore dans ce chant du Serviteur d’Isaïe : « Le SEIGNEUR Dieu m’a ouvert l’oreille… » (Is 50, 5). Et les mots « obéir, obéissance » sont de la même veine : en hébreu comme en grec, quand il s’agit de l’obéissance à Dieu, ils sont de la même racine que le verbe écouter, au sens de faire confiance. En français aussi, d’ailleurs, puisque notre verbe « obéir » vient du verbe latin « audire » qui veut dire « entendre ».
    Cette confiance de la foi est appuyée sur l’expérience… Pour le peuple d’Israël, tout a commencé avec la libération d’Egypte ; c’est ce que notre psaume appelle « l’exploit de Dieu » : « Et pourtant ils avaient vu mon exploit. » Cette expérience, et de siècle en siècle, pour les générations suivantes, la mémoire de cette expérience vient soutenir la foi : si Dieu a pris la peine de libérer son peuple de l’esclavage, ce n’est pas pour le laisser mourir de faim ou de soif dans le désert.
    Et donc, on peut s’appuyer sur lui comme sur un rocher… « Acclamons notre rocher, notre salut », ce n’est pas de la poésie : c’est une profession de foi. Une foi qui s’appuie sur l’expérience du désert : à Massa et Meriba, le peuple a douté que Dieu lui donne les moyens de survivre… Mais Dieu a quand même fait couler l’eau du Rocher ; et, désormais, on rappellera souvent cet épisode en disant de Dieu qu’il est le « Rocher » d’Israël.
    Ce choix résolu de la confiance est à refaire chaque jour : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » Il faut lire cette phrase comme très libérante : chaque jour est un jour neuf, aujourd’hui, tout est de nouveau possible.
    Chaque jour nous pouvons réapprendre à « écouter », à « faire confiance » : c’est pour cela que ce psaume 94/95 est le premier chaque matin dans la liturgie des heures ; et que chaque jour les juifs récitent deux fois leur profession de foi (le Shema Israël) qui commence par ce mot « Ecoute ». Et le « Chant du Serviteur » d’Isaïe (cité plus haut) le dit bien : « Le SEIGNEUR Dieu m’a donné une langue de disciple… Matin après matin, il me fait dresser l’oreille, pour que j’écoute, comme les disciples. »
    Dernière remarque, le psaume parle au pluriel : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? »… Cette conscience de faire partie d’un peuple était très forte en Israël ; quand le psaume 94/95 dit : « Nous sommes le peuple que Dieu conduit », c’est l’expérience qui parle ; dans toute son histoire, on pourrait dire qu’Israël parle au pluriel. « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous » sous-entendu sans vous demander où vous en êtes chacun dans votre sensibilité croyante ; nous touchons peut-être là un des problèmes de l’Eglise actuelle : dans la Bible, c’est un peuple qui vient à la rencontre de son Dieu… « Venez, crions de joie pour le SEIGNEUR, acclamons notre rocher, notre salut ! »
    ——————————-
    Compléments
    Le récit du paradis terrestre, lui-même, peut se lire à la lumière de cette réflexion d’Israël sur la foi, à partir de l’épisode de Massa et Meriba : pour Adam, c’est-à-dire chacun d’entre nous, la question de confiance peut se poser sous la forme d’un obstacle, une limitation de nos désirs (par exemple la maladie, le handicap, la perspective de la mort)… Ce peut être aussi un commandement à respecter, qui limite apparemment notre liberté, parce qu’il limite nos désirs d’avoir, de pouvoir… La foi, alors, c’est la confiance que, même si les apparences sont contraires, Dieu nous veut libres, vivants, heureux et que de nos situations d’échec, de frustration, de mort, il fera jaillir la liberté, la plénitude, la résurrection.
    Pour certains d’entre nous la question de confiance se pose chaque fois que nous ne trouvons pas de réponse à nos interrogations : accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre, accepter que les voies de Dieu nous soient impénétrables exige parfois de nous une confiance qui ressemble à un chèque en blanc… Il ne nous reste plus qu’à dire comme Pierre à Césarée, « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».
    Quand Saint Paul dit dans la lettre aux Corinthiens « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » on peut traduire « Cessez de lui faire des procès d’intention, comme à Massa et Meriba » ou quand Marc dit dans son Evangile « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », on peut traduire « croyez que la Nouvelle est bonne », c’est-à-dire croyez que Dieu vous aime, qu’il n’est que bienveillant à votre égard.

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Paul aux Corinthiens 7, 32 – 35
    Frères,
    32 j’aimerais vous voir libres de tout souci.
    Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur,
    il cherche comment plaire au Seigneur.
    33 Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde,
    il cherche comment plaire à sa femme,
    et il se trouve divisé.
    34 La femme sans mari,
    ou celle qui reste vierge,
    a le souci des affaires du Seigneur,
    afin d’être sanctifiée dans son corps et son esprit.
    Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde,
    elle cherche comment plaire à son mari.
    35 C’est dans votre intérêt que je dis cela ;
    ce n’est pas pour vous tendre un piège,
    mais pour vous proposer ce qui est bien,
    afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage.

    « Etre attachés au Seigneur sans partage », décidément, c’est la seule chose qui compte pour Saint Paul ; il faut garder en mémoire la belle formule que nous avons lue dimanche dernier : « Le temps est limité », littéralement « le temps a cargué ses voiles » comme un navire qui arrive au port. Traduisez « l’histoire humaine arrive à son terme, le Christ vient accomplir le dessein de Dieu, c’est-à-dire nous réunir tous en lui. »
    Mais on pouvait très bien s’appuyer sur cette imminence du Royaume pour tomber dans deux excès contraires, et apparemment, les Corinthiens n’y échappaient pas : certains se livrant à la débauche, sous prétexte que « seul le royaume compte et que ce que l’on fait dans la vie quotidienne ne compte pas, on peut donc faire tout ce qu’on veut, Jésus nous a libérés » ; d’autres au contraire, méprisant la sexualité, se prenant pour des « surhommes », prêchant la continence à tout prix et soutenant « qu’il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme » (c’est au début du chapitre 7).
    Nous avons lu au deuxième dimanche la réponse de Paul aux débauchés : elle était on ne peut plus claire : « Frères, fuyez l’impureté… Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu… » (1 Co 6, 18-19). Ici il s’attaque à l’excès inverse : ceux qui prêchent la continence absolue dans le mariage ou plus radicalement le célibat ; il a commencé très prudemment en précisant en début de chapitre qu’il ne fait que répondre à des questions qu’on lui a posées : « Venons-en à ce que vous m’avez écrit » (7, 1).
    Il a d’autant plus de raisons d’être prudent que la question du célibat était déjà très controversée chez les Juifs : pendant des siècles, la méditation des phrases de la Genèse « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul » (Gn 2, 18) et « Soyez féconds et prolifiques » (Gn 1, 28) avait conduit à considérer que le seul état de vie normal pour le croyant était le mariage ; à tel point que les eunuques ne pouvaient ni être prêtres (Lv 21, 20), ni même entrer dans l’assemblée du Seigneur (Dt 23, 2). Et la stérilité était ressentie comme une honte et une malédiction : « Dieu a enfin enlevé mon opprobre », s’écrie Rachel en mettant au monde son premier fils (Gn 30, 23).
    Après l’Exil à Babylone, ce mépris pour les célibataires et les eunuques s’était estompé dans les textes bibliques. On en a la preuve dans un texte du prophète Isaïe après l’Exil à Babylone : on avait ouvert les portes des synagogues aux eunuques s’ils désiraient vraiment s’agréger à la communauté des croyants. (cf Is 56, 3-5 et Sg 3, 14). Mais l’opinion populaire est restée longtemps réticente au choix délibéré pour le célibat ; Paul, lui, lutte certainement contre ce mépris ; il n’a d’ailleurs de mépris pour personne, ni pour les gens mariés, ni pour les célibataires.
    Il ne fait pas non plus de théorie : il ne nous propose pas un cours sur le mariage, le célibat et la vie sexuelle en général ; il veut encore moins donner de directives contraignantes : « Je ne veux pas vous prendre au piège, mais vous proposer ce qui est bien… c’est votre intérêt à vous que je cherche » ; seulement, il constate : il y a des célibataires qui savent user de leur liberté pour se consacrer à Dieu et aux autres. Il arrive également que la vie du couple occupe tellement l’horizon des amoureux qu’ils en délaissent leur vie spirituelle ; il faut croire qu’il avait ces deux sortes d’exemples sous les yeux…
    Paul avait également rencontré des couples mariés auxquels le Baptême de l’un des deux avait posé des problèmes insurmontables : il en a parlé explicitement dans les versets précédents. Car lorsqu’un couple entendait parler de la foi chrétienne, il arrivait que l’un des deux se convertisse et pas l’autre : comment dans ce cas le nouveau baptisé pouvait-il être attaché au Seigneur sans partage ?
    Mais l’inverse peut se produire aussi : que l’amour vécu dans le mariage soit un chemin de progression dans l’amour de Dieu et des frères ; et que, au contraire, des célibataires se recroquevillent dans leur égoïsme. Deux types d’attitudes que nous connaissons bien mais que Paul préfère ne pas évoquer dans l’ambiance de mépris du célibat qui prévalait alors.
    Son seul objectif est la propagation de l’évangile. A chacun de choisir l’état de vie qui lui permet d’être le plus disponible : la seule chose qui compte, c’est que nous soyons « attachés au Seigneur sans partage », car nous sommes dans les derniers temps. Cette perspective seule doit occuper notre esprit ; il dit bien : « J’aimerais vous voir libres de tout souci. » Il faut croire que c’est très important pour lui puisque le mot « souci » revient cinq fois dans ce court passage ! On entend résonner ici la phrase de la lettre aux Philippiens (Phi 4, 5-7) : « Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnée d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ. »
    ————————
    Complément
    Le célibat volontaire, jusque-là inconnu dans le Judaïsme, avait fait son apparition à Qumran, dans un milieu qui, précisément, vivait ardemment l’attente du Jour de Dieu.

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 21-28
    21 Jésus, accompagné de ses disciples,
    arrive à Capharnaüm.
    Aussitôt, le jour du sabbat,
    il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
    22 On était frappé par son enseignement,
    car il enseignait en homme qui a autorité,
    et non pas comme les scribes.
    23 Or, il y avait dans leur synagogue
    un homme tourmenté par un esprit impur,
    qui se mit à crier :
    24 « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?
    Es-tu venu pour nous perdre ?
    Je sais qui tu es :
    Tu es le Saint de Dieu. »
    25 Jésus l’interpella vivement :
    « Tais-toi ! Sors de cet homme. »
    26 L’esprit impur le fit entrer en convulsions,
    puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
    27 Ils furent tous frappés de stupeur
    et se demandaient entre eux :
    « Qu’est-ce que cela veut dire ?
    Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !
    Il commande même aux esprits impurs,
    et ils lui obéissent. »
    28 Sa renommée se répandit aussitôt partout,
    dans toute la région de la Galilée.

    Je prends le texte dans l’ordre : Jésus vient tout juste de recruter ses quatre premiers disciples au bord de ce que nous appelons aujourd’hui le lac de Tibériade : Simon et André son frère, d’abord, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Avec eux, il « arrive à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rend à la synagogue » : rien de plus normal pour un Juif ; Marc note ici l’enracinement de Jésus dans le monde juif, dans la tradition de son peuple. Quand ce même Jésus a commencé à parcourir la Galilée en proclamant : « Le temps est accompli, le Règne de Dieu s’est approché » (Mc 1, 15), il s’inscrivait bien dans l’attente de son peuple, dans la continuité du projet de Dieu sur Israël. Et là, dans la synagogue de Capharnaüm, il se met à enseigner. Rien de plus normal, non plus : tout Juif avait le droit de se présenter pour commenter les Ecritures qui venaient d’être lues.
    Mais il semble bien que Marc ait voulu concentrer l’intérêt du lecteur sur l’enseignement de Jésus, puisque les mots « enseigner » et « enseignement » reviennent quatre fois en quelques lignes :
    au début du texte « Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. » Et à la fin du texte : « Tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! » Peut-être, parmi les assistants, certains ont-ils pensé à la promesse que Dieu avait faite à Moïse : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles. » (Dt 18, 18 ; première lecture).
    C’est donc au coeur même de cet enseignement de Jésus que Marc note une rupture, une nouveauté : l’histoire du monde vient de basculer ; à l’enseignement des scribes vient de se substituer celui du Sauveur ; et on va en avoir tout de suite la preuve, car Marc ne nous rapporte pas ce que Jésus a bien pu dire, mais, bien mieux, entre ces deux insistances sur l’étonnant enseignement de ce nouveau venu, Marc décrit l’expulsion d’un démon, ce que nous appellerions aujourd’hui un « exorcisme ». Ce qui veut dire que pour Marc les deux facettes de l’oeuvre de Jésus (enseignement et exorcisme) vont ensemble ; ou même que le meilleur des enseignements est l’action, la vraie, celle qui libère l’homme de toute forme de mal.
    Et tout ceci, nous l’avons vu, se passe à la synagogue (Marc le précise deux fois) et, qui plus est, un jour de sabbat, ce qui n’est pas non plus sans importance ! Puisque le sabbat était le jour par excellence où l’on célébrait l’action du Dieu créateur et libérateur. En Jésus, Marc nous montre le Père libérant l’homme de tous les démons qui le possèdent : les temps sont accomplis, oui, puisque le Mal est vaincu.
    (« Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, alors le règne de Dieu vient de vous atteindre. » Mt 12, 28).
    Il y avait donc ce jour-là, parmi les croyants réunis à la synagogue, un homme possédé d’un esprit impur ; Jésus ne l’agresse pas, mais l’esprit impur, lui, se sent agressé par cette seule présence. Car ce face à face avec le Dieu Saint lui est intolérable, lui qui est l’impur, c’est-à-dire en grec le contraire même, l’incompatible avec le Dieu Saint. Et c’est lui qui crie, annonçant lui-même sa défaite : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. » (v. 24). L’esprit impur a tout compris, son interrogation « Es-tu venu pour nous perdre ? » n’en est pas une. Mis en présence de celui qui sauve les hommes de tout mal, il se démasque lui-même, reconnaissant l’autorité de Jésus.
    Cette fois, Jésus hausse le ton : « Silence ! Sors de cet homme. »
    Et il emploie pour cela un verbe étonnant que nous retrouverons (adressé à la mer déchaînée) dans le récit de la tempête apaisée : « Sois muselé » (phimoô).
    Mais pourquoi Jésus commande-t-il à l’esprit impur de se taire ? Il s’agit peut-être de ce que l’on appelle le « secret messianique » : Jésus ne voulant pas que le mystère de sa personne soit divulgué trop tôt, avant que ses disciples ne soient prêts à l’entendre. Plus simplement, ce ne sont pas des belles paroles que Jésus attend : car une déclaration, même exacte, ne constitue pas forcément une profession de foi ; et comme très souvent dans les évangiles, ce sont les démons qui font les plus belles déclarations.
    Encore un cri de l’esprit impur et cette fois l’homme possédé est délivré ; alors les langues se délient pour reconnaître l’importance de l’événement : « Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. » (v. 27). Le récit de Marc se clôt donc sur une question : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » C’est bien le rôle des miracles et des actes de puissance de Jésus en général : ils interrogent, ils font signe.
    Reprenons maintenant l’ensemble du texte du point de vue de ses lecteurs : parce qu’un texte, quel qu’il soit, et un évangile plus que tout autre, vise toujours des lecteurs.
    Quand Marc écrit son évangile, bien des années après la résurrection de Jésus, il propose à ses lecteurs chrétiens une contemplation qui doit les encourager à tenir bon dans la foi : un peu comme si Marc leur disait « les quatre disciples qui accompagnent Jésus dès le début de son enseignement et de ses oeuvres, c’est l’Eglise naissante ; eh bien, c’est vous qui êtes appelés désormais à annoncer cette Bonne Nouvelle à toute l’humanité ; (ce que laisse entendre ce chiffre de quatre).
    Vous êtes cette Eglise désormais détachée du Judaïsme, (il faudrait dire déchirée), et dont le déchirement était en germe, déjà, dans l’opposition latente entre Jésus et les scribes.
    Mais vous pouvez faire confiance à Celui dont la Parole efficace a déjà vaincu les forces du Mal. Celui-ci, il est vrai, agite encore l’humanité et même le peuple croyant ; mais ses cris même et son agitation sont les convulsions de la fin : le Mal est vaincu depuis la Résurrection du Christ. Mes frères, la vérité du Christ, son autorité, vous en êtes les dépositaires ; avec lui, à votre tour, vous musellerez les forces du Mal. »
    A la synagogue de Capharnaüm, les contemporains de Jésus se sont étonnés (« Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. »), mais pour les lecteurs de Marc, comme pour nous aujourd’hui, il s’agit d’aller plus loin : il s’agit de croire en celui qui seul peut libérer l’humanité de toutes les forces du Mal.


  • Homélie du dimanche 28 janvier

    Dimanche 28 janvier 2018
    4éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Première lecture « Je ferai se lever un prophète ; je mettrai dans sa bouche mes parole… Dt 18, 15-20
    Psaume Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
    mais écoutez la voix du Seigneur. 94 (95), 1-2, 6-7abc…
    Deuxième lecture La femme qui reste vierge a le souci des affaires du Seigneur, afin d’… 1 Co 7, 32-35
    Évangile « Il enseignait en homme qui a autorité » Mc 1, 21-28
    ***
    Jésus vient d’appeler les premiers disciples et ensemble ils pénètrent à Capharnaüm. Ils vont l’entendre enseigner, pour la première fois, à la synagogue, le lieu de réunion de la communauté à l’écoute de la Parole transmise par la Loi et les Prophètes.
    PLUS QU’UN SCRIBE .
    La scène se centre sur Jésus qui enseigne avec autorité et se fait obéir d’un esprit impur, qu’il chasse. L’enseignement de Jésus est mis en contraste avec celui des scribes, pourtant spécialistes des Ecritures (1, 22). Il n’enseigne rien qui soit nouveau ou contraire à la doctrine. Ce n’est pas une doctrine nouvelle qu’il apporte.Mais ce qui est nouveau, c’est le ton d’autorité, une manière d’enseigner.
    Et dans le même temps, ce qui est nouveau, c’est son pouvoir sur les esprits mauvais : »Ils lui obéissent ». Jésus ne discute pas avec eux. Il coupe court à toute conversation. Et là on retrouve la netteté des réponses au terme des quarante jours au désert. : Jésus affirme et peut affirmer : » Il est la Vérité. »
    Dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus devance ainsi tous les enseignements convenus, comme le sont ceux des scribes. Il n’en reste pas à un commentaire. Par sa Parole, il rejoint l’être humain dans sa plénitude du bien possible et du mal vécu.
    Le texte qui nous transmet la Parole de Dieu doit nous donner de rejoindre l’être divin dans la plénitude de sa pensée et de son amour vécu.
    PLUS QU’UN PROPHÈTE
    Dans le texte de l’Ancien Testament que la liturgie de l’Église place en première lecture, le Deutéronome, il nous est rappelé que le Christ se situe par delà les prophètes.
    Moïse était considéré comme le plus grand des prophètes ; il était même l’intermédiaire, le médiateur entre Dieu et le peuple. Celui-ci avait peur de la révélation directe de Dieu : je ne veux plus voir cette flamme divine à l’approche mortelle.
    Et voici qu’est annoncé un nouveau Moïse : un prophète comme toi. Le Seigneur lui mettra ses propres paroles dans sa bouche, il sera la parole même de Dieu.
    Si quelqu’un ne l’écoulé pas, cela aura des conséquences graves : moi-même, je lui en demanderai compte. Refuser ce prophète, c’est refuser Dieu. . Le prophète prête sa bouche, sa voix, à Dieu lui-même. .
    D’une certaine façon, il est dans l’impossibilité vitale de dire autre chose que la Parole de Dieu. Sa vie est une vie totalement dépendante de Dieu,
    Par ce passage du Deutéronome, La liturgie nous fait lire ce texte comme prélude à la manifestation publique de Jésus, plus grand que Moïse : « Il enseigne avec autorité », il est le » Saint de Dieu » (évangile).
    LE COMBAT ENTRE JÉSUS ET LE MAL
    Le cri que pousse l’homme tourmenté quand il est libéré est comme une parole informe, sans origine et sans Dieu. Jésus ne touche pas cet homme, il n’essaie pas non plus de le convaincre. Il s’adresse directement à cette partie de lui où la Parole est prisonnière dans le désert du mal, de la violence et de tous les esprits mauvais, là où pour chacun d’entre nous se livre un combat permanent.
    Ce que dit cet homme dans la synagogue semble bien confesser que Jésus est Seigneur. Mais cette révélation est refusée par le silence qu’exige Jésus. Comme nous y invite le livre du Deutéronome (18, 19) sachons écouter la parole de Jésus, avec l’acte de foi et d’espérance pour qu’elle puisse cheminer en nous, nous toucher, nous transformer, nous unifier…
    Ce silence imposé signifie donc que ce n’est pas encore le moment. La plénitude de la sainteté de Jésus et du salut qu’il apporte ne peut être révélée que par sa mort et sa résurrection.
    Il est le « saint de Dieu ». Saint Marc note ainsi que le langage de Dieu, le mystère la Parole de Dieu, n’est recevable que un rapport personnel de confiance, et non dans une domination. Jésus ne s’impose pas et n’impose pas son enseignement ; il nous invite à une démarche personnelle.
    LE SAINT DE DIEU
    La guérison est racontée comme un combat entre Jésus et l’esprit du mal. Celui-ci essaie de conjurer le danger : Que nous veux-tu ? Jésus l’interpelle : Silence ! Sors ! Le combat continue dans les convulsions du malade qui est secoué avec violence et pousse un grand cri.
    La puissance de Jésus, sa maîtrise du mal sont telles que les gens en sont saisis de frayeur et se demandent : Qu’est-ce que cela veut dire ? Et déjà, le voile se lève discrètement sur le mystère de Jésus, sur son « secret » : Voilà un enseignement nouveau !
    Serait-ce la nouveauté des temps messianiques ? Jésus serait-il le Messie ? Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent ; il est plus fort que le Mal. Et c’est le démon qui révèle Jésus avec le moins d’ambiguïté : Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! Attribut réservé à Dieu lui-même.
    C’est d’une telle clarté et d’une telle audace que Jésus le fait taire : Silence ! La foule n’est pas encore prête à recevoir cette découverte inouïe. Et Jésus veut que, pour l’instant, cela soit tenu secret.
    Nous aussi, au milieu des remous de notre existence, du combat qui est en nous comme autour de nous entre le Bien et le Mal, il faut nous poser cette question.
    Qui es-tu, Jésus ? Pour moi ! Comme pour tous les témoins partageant notre vie quotidienne.


vendredi 19 janvier 2018

  • Trois jeunes français délégués au pré-synode des jeunes en mars à Rome par la Conférence des évêques de France

    Dédier un temps spécifique d’échanges et de réflexion avec des jeunes autour du thème du synode qui aura lieu en octobre prochain sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », tel est l’objectif du pré-synode qui se tiendra en mars.
    Réunis du 19 au 24 mars, près de 300 jeunes venus du monde entier se retrouveront pendant une semaine à Rome. Délégués par les conférences épiscopales mais représentant également des mouvements, congrégations, séminaires, ils auront l’occasion d’échanger et de débattre sur leurs désirs et leurs inquiétudes. Ce pré-synode est une implication directe des jeunes dans la démarche synodale voulue par le pape François.
    Pour la Conférence des évêques de France, à l’invitation du Cardinal Baldisseri, Secrétaire général du synode, c’est Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins et Président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes qui a appelé trois jeunes engagés dans l’Église au plan local et/ou national afin qu’ils soient les porte-paroles de la jeunesse française.
    Claire Caralp, 29 ans, originaire du diocèse d’Arras est ingénieur. Jeune professionnelle, elle est engagée en tant que Présidente de la coordination des jeunes professionnels (CoJP). La CoJP accompagne et soutient les groupes de jeunes professionnels en régions. Elle permet l’organisation d’événements nationaux pour les 25-35 ans.
    Eugénie Paris, 25 ans est responsable de la pastorale étudiante du diocèse de Rouen. La mission principale de la pastorale étudiante du diocèse est de coordonner les propositions de l’Église diocésaine adressées aux jeunes étudiants.
    Adrien Louandre, 22 ans est étudiant à Amiens. Il est membre du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC). Adrien est également membre de l’Ecclesia’s team qui anime le Réseau Ecclesia Campus des aumôneries étudiantes.
    L’objectif de ce pré-synode qui se terminera par la messe des Rameaux avec le Pape François place Saint-Pierre, est de nourrir la réflexion des pères synodaux. Cette contribution directe des jeunes viendra compléter les autres démarches de consultation qui ont été déployées depuis la sortie du document préparatoire au synode et qui aboutiront à la rédaction de l’Instrument de travail prévu pour mai:

    Le questionnaire mis en ligne par le Vatican qui a donné lieu à près de 130 000 réponses de jeunes venues du monde entier.
    Les réponses des conférences épiscopales au questionnaire destiné aux acteurs pastoraux. La synthèse française est disponible ici.
    Les travaux du séminaire international d’études sur la situation des jeunes qui s’est déroulé à Rome en septembre dernier.

    Le synode des évêques aura lieu quant à lui du 3 au 28 octobre et réunira des évêques du monde entier délégués par les Conférences épiscopales. Il devrait accueillir en son sein 30 à 40 jeunes comme auditeurs qui pourront écouter et intervenir en assemblée plénière et lors des groupes de travail linguistiques.
    Découvrez les portraits vidéo des jeunes

    Eugénie PARIS, diocèse de Rouen
    Cliquez sur l’image pour regarder la présentation

    Adrien LOUANDRE, diocèse d’Amiens
    Cliquez sur l’image pour regarder la présentation

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mardi 16 janvier 2018

  • Lancement de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens

    Chaque année, la « Semaine de prière pour l’Unité Chrétienne » est un temps fort qui, depuis 1908, rassemble des chrétiens de toute confessions du 18 au 25 janvier.
    Un comité international – composé de représentants du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (Rome) et de la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises (Genève) – publie chaque année un document sur un thème préparé par un groupe interconfessionnel d’un pays. Il propose un thème biblique, un schéma de célébration œcuménique et des prières quotidiennes.
    Cette année, ce sont les Églises des Caraïbes qui nous invitent à prier pour l’unité avec un thème issu du cantique de Moïse et Myriam en Ex 15,1-21 : « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur ».

    Au cours de son assemblée de printemps chaque année, le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF) – qui rassemble des responsables de toutes les familles ecclésiales – discute des destinataires possibles pour les offrandes recueillies pendant la Semaine de prière pour l’unité chrétienne (18-25 janvier). Cette année c’est le soutien à la mise en place du Label « Église verte » qui a été choisi. Le site du Label sera accessible à partir du 18 janvier.


lundi 15 janvier 2018

  • Les festivals chrétiens du cinéma

    Crées pour certains il y a plus de vingt ans, les festivals chrétiens du cinéma sont organisés par les diocèses ou des associations œcuméniques qui ont pour mission de promouvoir un regard chrétien sur le cinéma.
    Ces festivals mettent en lumière des films qui véhiculent et transmettent des valeurs humaines chrétiennes.
     En France, plusieurs festivals chrétiens du cinéma sont organisés (proposés par date).

    Du 9 janvier au 6 février 2018 : 6ème édition du cycle « Regards œcuméniques » sur les films récompensés par le Jury Œcuménique de Cannes. À Lyon, comme chaque année à l’occasion de la Semaine pour l’Unité des chrétiens, le sanctuaire catholique Saint-Bonaventure et le Grand Temple de l’église protestante unie de France proposent un cycle de films ayant été récompensés par les jurys œcuméniques. Ces films seront projetés au cinéma Bellecombe (61 rue d’Inkermann, Lyon 6ème).
    Contact : Grand Temple de Lyon et Sanctuaire Saint-Bonaventure de Lyon/M. Pierre QUELIN pquelin@orange.fr/06 73 22 43 44
    Plus d’information

    Du 20 au 21 janvier 2018 : 31ème festival chrétien du cinéma de Bois-Colombes sur le thème « Aller jusqu’au bout de ses rêves (ou de soi) » à la salle Jean Renoir à Bois-Colombes (92). Depuis 1985, les communautés catholique et protestante d’Asnières-Bois-Colombes organisent conjointement le Festival chrétien du cinéma. Ce festival qui veut conjuguer plaisir cinéphile et réflexion, s’adresse à tous.
    Contact : Paroisse catholique Notre-Dame de Bon Secours/Saint-Marc et paroisse protestante de Centre 72 / M. Daniel Goudineau family goudineau@aol.com / 06 76 93 07 02
    Plus d’informations

    Du 20 au 21 janvier 2018 : 6ème rencontres chrétiennes du cinéma sur le thème « Grandir et naître » au cinéma Olbia à Hyères les Palmiers (83).
    Contact : Paroisse  et Église protestante  de Hyères  – Jean-Louis BANES – jean-louis.banes@orange.fr – 06 73 48 34 18
    Du 20 au 27 janvier 2018 : 21ème festival chrétien du cinéma sur le thème « En quête de…sens » à Montpellier (34). Le Festival Chrétien du Cinéma propose de nombreuses projections et débats avec un regard chrétien sur la production cinématographique. Lieu : Corum, cinéma indépendant, Salle Rabelais, et à Béziers (34).Contact : Chrétiens et Cultures P. Luc JOURDAN- chretiensetcultures@gmail.com oujourdan-luc@wanadoo.fr/06 11 17 98 40/  04 67 64 14 10
    Plus d’informations

    Du 14 au 21 février 2018 : 7ème semaine chrétienne du cinéma au CineMoViKing à Saint Lô (50). Contact : diocèse de Coutances et Avranches P. Olivier LE PAGE – olepage@gmail.com / 06 33 73 07 58
    Du 15 au 17 février 2018 : Journées chrétiennes du cinéma à Sées
    Le Rex, place de la 2ème D.B., à Sées (61).
    Contact : service diocésain de la pastorale des jeunes /02 33 81 15 15
    Du 3 au 20 avril 2018 9ème édition des Hommes et des films sur le thème « La paix » : organisée par le diocèse de Lille, il se tiendra dans plusieurs villes : Lille, Dunkerque, Tourcoing,
    Contact : Fanny MAGDELAINE – festivaldufilm@lille.catholique.fr / 06 60 56 49 35
    Du 12 au 19 août 2018 : 2ème semaine Mariale de Biarritz (64)
    Contact : Paroisse Notre Dame du Rocher
    Plus d’informations

    Du 1 au 4 novembre 2018 : 8ème Journées Cinéma et Réconciliation sur le thème « Transmettre » au Sanctuaire Notre Dame de la Salette (38) cinemalasalette@gmail.com.
    Contact : ACRS – André FERRANTI – andre.chelo@orange.fr – 06 82 84 66 43
    Plus d’informations

    Du 13 au 17 octobre 2018 : 7ème Festival chrétien de Cinéma à Mulhouse sur le thème « L’humain (sur) connecté » au cinéma Palace Lumière à Altkirch (68).
    Contact : Commission cinéma de l’Observatoire Foi et culture -Rodolphe VIGNERON – r.vigneron@outlook.fr – 03 89 61 79 25
    Du 15 au 17 novembre 2018 : Festival « Enfances dans le monde » organisé par le BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance) au cinéma Les 7 Parnassiens à Paris (98 boulevard du Montparnasse, 75014 Paris).
    Contact : Julianne de la Fontaine 01 53 35 01 12 ou Pascale Krammer / 06 11 96 32 69
    Plus d’information

    Des propositions de retraite autour du cinéma existent aussi. En voici quelques-unes :

    Centre du Haumont (59) De la jalousie à la louange, du 18 au 23 février
    Centre culturel de la Pourraque (84) Laissez-vous réconcilier, 9 au 11 mars
    Tarascon (13) organisée par Jésuites en Provence, du 7 au 12 mai

     

    Le réseau SIGNIS-Cinéma a vu le jour en septembre 2017 à Cannes. Il propose l’animation d’un réseau national, de lien avec les distributeurs professionnels, une aide aux diocèses, paroisses et mouvements dans leurs activités cinéma, de critiques pour la partie francophone, du site signis.net et de présence dans les festivals de Cannes, Toulouse, Besançon, etc.


  • Commentaires du dimanche 21 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 21 janvier 2018
    3éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – livre de Jonas 3, 1-5. 10
    1 La parole du SEIGNEUR fut adressée de nouveau à Jonas :
    2 « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne,
    proclame le message que je te donne sur elle. »
    3 Jonas se leva et partit pour Ninive,
    selon la parole du SEIGNEUR.
    Or, Ninive était une ville extraordinairement grande :
    il fallait trois jours pour la traverser.
    4 Jonas la parcourut une journée à peine
    en proclamant :
    « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! »
    5 Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu.
    Ils annoncèrent un jeûne,
    et tous, du plus grand au plus petit,
    se vêtirent de toile à sac.
    10 En voyant leur réaction,
    et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise,
    Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

    Le livre de Jonas est très court : il doit faire quatre pages, tout au plus. Il a été écrit très tard vers le quatrième ou troisième siècle av.J.C. Il prétend raconter une histoire qui serait arrivée à un prophète du nom de Jonas, cinq cents ans auparavant ; mais en réalité c’est une fable, un conte plein d’humour mais surtout de leçons pour ses contemporains et pour nous. Encore faut-il savoir lire entre les lignes.
    Voici le conte : il était une fois, en Israël, un petit prophète plein de bon sens qui s’appelait Jonas. Dieu lui dit : Il ne suffit pas que tu cherches à convertir mon peuple dans ton pays minuscule. Je t’envoie en mission à Ninive (sur les cartes d’aujourd’hui, les ruines de Ninive sont tout près de Mossul au nord de l’Irak actuel). Jonas aurait bien voulu obéir à Dieu, mais le bon sens a parlé, plus fort que Dieu lui-même ; car Ninive à l’époque, (au huitième siècle), c’était l’ennemi juré, déjà, la capitale de l’empire le plus dangereux pour Israël, une grande ville très puissante et assoiffée de conquêtes. Un empire païen, bien sûr, et chez qui un petit prédicateur juif ne pouvait que risquer inutilement sa vie. Quand on voit comme il est dur, déjà, d’essayer de convertir Israël… non vraiment c’est trop demander… mission impossible… courir des risques, se fatiguer pour son propre peuple, passe encore… mais pour ces païens !… Et puis, Ninive était une très grande ville ! Il fallait trois jours pour la traverser sans s’arrêter. Que serait-ce s’il fallait s’arrêter pour prêcher à chaque coin de rue…
    Jonas fait donc la sourde oreille et embarque sur la Méditerranée, à Jaffa (près de l’actuelle Tel Aviv), sur un bateau à destination de Tarsis (autant dire l’autre bout du monde, vers l’ouest… c’est-à-dire le plus loin possible de Ninive qui, elle, est plein Est, au bord du Tigre). Le voilà tranquille, mais pas pour longtemps. Pendant que Jonas dort à fond de cale dans le bateau, la tempête se lève… et comme il est un homme de son époque, il ne peut pas s’empêcher de penser que sa désobéissance y est pour quelque chose… et comme il est un honnête homme, quand même, il avoue à ses compagnons qu’il a mécontenté le ciel. Bien sûr, les matelots n’ont plus qu’une idée en tête : se débarrasser de Jonas pour apaiser les éléments et prier ce Dieu inconnu que Jonas a mis en colère… On jette le prophète à la mer.
    Mais Dieu n’abandonne pas Jonas et dépêche un gros poisson qui l’avale pour le mettre à l’abri. Bien au chaud dans le ventre du poisson Jonas prie… et, bien sûr, cela le convertit. Si bien que quand le poisson le recrache sur la terre ferme, trois jours plus tard, Dieu n’a plus qu’un mot à dire… et Jonas part pour Ninive, cette fois sans discuter. Et le miracle se produit… La ville était immense, il fallait au moins trois jours pour la parcourir ; eh bien, en moins d’une journée, du plus petit jusqu’au plus grand, tous les Ninivites sont convertis. Même les animaux font pénitence !
    Seulement voilà, il n’en restait plus qu’un à convertir (et c’est tout le sel de ce petit livre !)… c’était Jonas lui-même… Jonas n’était pas du tout content… à son idée, la justice aurait voulu que Dieu exerce sa colère contre ces païens, ces pécheurs. Et Jonas, écoeuré, va s’installer à l’écart de la ville. Mais on est en plein été, il étouffe au grand soleil. Alors Dieu, qui ne l’oublie décidément pas, fait pousser un arbuste (on dit que c’est un ricin) au-dessus de sa tête pour le protéger. Jonas va déjà mieux… pas pour longtemps. Le lendemain, Dieu s’en mêle encore et le ricin crève. Alors là, Jonas est vraiment en colère… Et Dieu l’attendait là. Il lui dit : « Quelle histoire pour un arbre qui crève à peine poussé !… Mais ces Ninivites qui allaient se perdre… tu ne crois pas que cela aurait été plus grave ? Ils sont mes enfants tout de même ! »
    Ce conte apparemment léger est en fait plein de leçons : d’abord, et c’est la pointe du récit, c’est d’ailleurs pour cela qu’il nous est proposé ce dimanche, « Dieu aime tous les hommes » et il n’attend qu’un geste d’eux pour leur pardonner ; c’est le sens de la dernière phrase de la lecture liturgique : « En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés ». Il n’attendait que cela : les menaces du prophète « Encore quarante jours et Ninive sera détruite » étaient un cri d’alarme ; quand la fable de Jonas a été écrite, l’Ancien Testament savait déjà très bien qu’on n’est jamais définitivement condamné, que Dieu pardonne toujours ; encore faut-il que nos oreilles et nos coeurs soient ouverts à sa parole de pardon.
    Deuxième leçon : Dieu est le Dieu de l’univers ; on peut le prier partout, bien au-delà des frontières d’Israël, sur un bateau et même jusque dans le ventre d’un poisson. La présence de Dieu n’est pas limitée à un lieu, un pays, un parti, ou une religion…
    Troisième leçon : ceux que nous considérons comme des païens ou des pécheurs sont souvent plus prêts que nous à écouter la Parole ;
    Jésus dira bien « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume ». Sur ce thème, l’auteur du livre de Jonas, visiblement, se plaît à en rajouter, comme on dit : sur le bateau, déjà, on voit les matelots prier avec ferveur et offrir un sacrifice d’action de grâce. Quant aux Ninivites, leur conversion totale et instantanée est un défi à tout effort pastoral. « Jonas parcourut la ville une journée à peine… Aussitôt les gens de Ninive crurent en Dieu ». Quand Jésus parlait plus tard du « signe de Jonas », il rappelait le séjour de Jonas pendant trois jours dans le ventre du poisson, mais surtout il posait une question à ses contemporains : sauraient-ils voir dans le Fils de l’Homme le « signe » que les Ninivites ont su voir en Jonas ?
    Quatrième leçon : cette fable a été inventée, après l’Exil à Babylone, à une époque où les prophètes voulaient rappeler que Dieu veut sauver l’humanité tout entière et pas seulement le peuple élu ; un peu comme dans une famille, il faut faire comprendre à l’aîné qu’il n’est pas fils unique. Nos prophètes à nous pourraient nous en dire autant.
    Cinquième leçon : la petite histoire du ricin est une véritable pédagogie ; manière de faire comprendre à Jonas « tu n’es pas un bon prophète si tu n’aimes pas comme moi tous les hommes ».
    Décidément, Dieu est plus grand que notre coeur !
    ————————-
    Compléments
    « Maintenant, Seigneur, prends ma vie car mieux vaut pour moi mourir que vivre ! » Le cri de désespoir de Jonas (4, 3) ressemble à celui d’Elie (1 R 19, 4).
    La conversion de Ninive contraste avec le refus de conversion des habitants de Jérusalem au temps de Jérémie : « Ni le roi, ni aucun de ses serviteurs, à entendre toutes ces paroles, ne furent effrayés et ne déchirèrent leurs vêtements » (Jr 36, 24).

    PSAUME – 24 (25), 4-9
    4 Seigneur, enseigne-moi tes voies,
    fais-moi connaître ta route.
    5 Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
    car tu es le Dieu qui me sauve.
    6 Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
    ton amour qui est de toujours.
    7 Dans ton amour, ne m’oublie pas,
    en raison de ta bonté, Seigneur.
    8 Il est droit, il est bon, le Seigneur,
    lui qui montre aux pécheurs le chemin.
    9 Sa justice dirige les humbles,
    il enseigne aux humbles son chemin.

    Les Ninivites de l’histoire de Jonas étaient des gens très coupables : la ville était tellement pervertie que Dieu avait dit : « La méchanceté des habitants de Ninive est montée jusqu’à moi », ce qui était une formule habituelle dans la Bible pour ce qu’on pourrait appeler « les cas graves » ! Et pourtant Dieu leur avait accordé son pardon dès leur premier geste de conversion. Le livre de Jonas dit bien « Dieu vit leur réaction : ils revenaient de leur mauvais chemin. Aussi revint-il sur sa décision… » Ce qui voulait dire : on peut toujours changer de conduite, « revenir de son mauvais chemin », on n’est jamais définitivement condamné. Il suffit de se retourner vers le Seigneur, de faire demi-tour ; d’ailleurs, c’est le sens même du verbe se « convertir » en hébreu.
    Le psaume 24/25 est justement la prière d’un pécheur : un pécheur qui désire changer de chemin, se convertir ; un pécheur qui sait que c’est toujours possible parce qu’il est confiant dans la miséricorde de Dieu : « Le Seigneur montre aux pécheurs le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin »… sous-entendu la seule chose qui nous est demandée, ce n’est pas la vertu, mais l’humilité. Le mot « humbles », ici traduit le mot hébreu « anawim » très fréquent dans la Bible : il s’agit de ceux qu’on appelle aussi les « pauvres de Dieu » (ce que nous appelons les « pauvres de coeur »), c’est-à-dire tous ceux qui se reconnaissent démunis, pauvres, impuissants ; on dit aussi « les dos courbés ». Ce sont ceux dont la prière se réduit à dire « prends pitié de moi parce que je suis un pauvre homme pécheur » comme le publicain de l’évangile.
    C’est à ceux-là que Dieu enseigne son chemin : non pas que Dieu les choisisse ou les préfère ; mais les autres n’écouteraient pas les explications puisqu’ils n’en éprouvent pas le besoin ! Prière et précarité, c’est la même racine, en latin !
    Prenons un exemple : il nous est arrivé à tous, un jour ou l’autre, d’être un peu perdus dans une ville ou sur une route inconnue et d’être réduits à demander notre chemin à un passant… Que se passe-t-il si on n’a pas écouté ? Très vite on est de nouveau perdus. Tandis que ceux qui éprouvaient réellement le besoin des explications les ont écoutées ; ils trouvent le chemin.
    Ce thème du chemin est très présent dans ce psaume 24/25 : ici , déjà, dans les quelques versets proposés pour ce troisième dimanche, il y a déjà les mots « voies », « route », « chemin », et le verbe « dirige-moi ». « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles le chemin ». C’est un thème typique des psaumes pénitentiels : parce que la Loi de Dieu (les commandements) est considérée comme le code de la route en quelque sorte ; Dieu a commencé par libérer son peuple, puis après, seulement après, il lui a dicté la loi qui est le mode d’emploi de cette liberté pour toute la vie religieuse, familiale et sociale, de A à Z, comme on dit.
    On comprend dès lors pourquoi ce psaume 24/25 est ce qu’on appelle un « psaume alphabétique ». Il comprend vingt-deux versets dont chacun commence par une lettre de l’alphabet, dans l’ordre alphabétique ; nos Bibles le signalent parfois en inscrivant la première lettre de chaque verset en marge du psaume ; ce procédé littéraire bien connu s’appelle un acrostiche ; mais ici, nous ne sommes pas en littérature : il s’agit d’une véritable profession de foi. Le juif croyant sait que si Dieu a donné la Loi à l’homme, c’est pour son bonheur : la Loi est donc un véritable cadeau de Dieu. A vrai dire, le mot « Torah » en hébreu, ne vient pas d’une racine qui signifierait « prescrire » mais d’un verbe qui signifie « enseigner » : la loi est un maître de liberté ; elle enseigne la voie pour aller à Dieu : « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… »
    Au passage, ce psaume nous offre une série de variations sur le thème du souvenir et de l’oubli. « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse… Oublie les révoltes… Ne m’oublie pas ». Au fond, on prie Dieu d’avoir une mémoire sélective, une sorte de filtre : « Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse » et au contraire « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse, ton amour qui est de toujours ». C’est à la fois de l’audace et de l’humilité ! L’audace que permet l’Alliance : car le pécheur qui parle ici, on le sait bien, n’est pas un individu, mais le peuple élu tout entier ; le JE est un JE collectif. Dieu a choisi ce peuple et l’a libéré ; et il s’est révélé à lui comme le Dieu de tendresse et de fidélité, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34, 6). Plus que la prière personnelle d’un individu isolé, ce psaume a certainement été composé pour des célébrations pénitentielles au Temple de Jérusalem.
    Face à cette Alliance indéfectible de Dieu, le peuple, lui, sait bien qu’il a multiplié les infidélités ; au milieu du psaume, au verset 11, il y a cette prière « pardonne ma faute, elle est grande ! » Mais puisque Dieu demeure celui qui aime et pardonne, on ose lui dire « Oublie mes révoltes »… et « Rappelle-toi ta tendresse »… C’est logique, d’ailleurs : quand on aime vraiment quelqu’un, c’est l’amour même qu’on lui porte qui permet de lui pardonner ! Et si on ne pardonne pas… c’est qu’on n’aime pas vraiment !
    Enfin, ce psaume nous réserve encore une leçon : ni dans les versets que nous lisons ce dimanche, ni dans le reste du psaume, il n’y a ce qu’on pourrait appeler un examen de conscience ; le centre de cette prière de pénitence, ce n’est pas notre péché, c’est Dieu et son oeuvre de salut, de libération. Il n’est question que de lui : « tes voies, ta route, ta vérité, ta tendresse, ton amour… » Elle est là, déjà, la conversion : quand nous cessons de nous regarder nous-mêmes, pour nous tourner vers Dieu.

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre de Saint Paul aux Corinthiens 7, 29-31
    29 Frères,
    je dois vous le dire : le temps est limité.
    Dès lors,
    que ceux qui ont une femme
    soient comme s’ils n’avaient pas de femme,
    30 ceux qui pleurent,
    comme s’ils ne pleuraient pas,
    ceux qui ont de la joie,
    comme s’ils n’en avaient pas,
    ceux qui font des achats,
    comme s’ils ne possédaient rien,
    31 ceux qui profitent de ce monde,
    comme s’ils n’en profitaient pas vraiment.
    Car il passe,
    ce monde tel que nous le voyons.

    Saint Paul vient de chanter la grandeur du corps de l’homme qui est devenu par son Baptême le temple de l’Esprit Saint ; c’était notre lecture de dimanche dernier ; ce serait donc certainement un contresens de lire dans le passage d’aujourd’hui une dévalorisation du mariage : « Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme »… Pour comprendre cette phrase, il faut donc résolument chercher une autre explication.
    Le passage d’aujourd’hui est encadré par deux affirmations presque semblables : la première, « le temps est limité », la seconde qui en est la conséquence « Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». « Le temps est limité » ; en fait, dans le texte grec, c’est un terme de navigation : « le temps a cargué ses voiles » ; l’image est suggestive : quand un bateau parvient en vue du port, au terme de son voyage, il cargue ses voiles, c’est-à-dire qu’il les replie pour entrer dans le port. Paul se représente l’humanité comme un bateau au terme de son voyage : l’arrivée au port est imminente, c’est-à-dire à la fois proche et certaine. On pourrait dire, comme nos commentateurs sportifs « Nous sommes sur la dernière ligne droite ». On comprend bien alors la dernière phrase qui en est la conséquence évidente : si l’humanité est parvenue au terme de sa course, « ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». Nous sommes au seuil d’un monde nouveau ; celui qu’Isaïe nous promettait : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle » (Is 65, 17).
    Et alors le centre de ce passage est une invitation à lever les yeux au-dessus de notre horizon quotidien, pour regarder, à l’horizon de Dieu, le monde nouveau en train de naître. Ce n’est pas d’abord une leçon de morale, mais une invitation à se réjouir : la Bonne Nouvelle de l’imminence du Royaume est la même pour tous, riches ou pauvres, mariés ou non. Ensuite, Paul cherche à rassurer ses lecteurs quant à leur manière de vivre : il ne s’agit pas de quitter sa femme, si on en a une, mais de vivre désormais toutes les réalités de notre vie quotidienne dans la perspective du monde nouveau. Une perspective à la fois proche et certaine. Qui dit perspective dit regard : c’est notre regard sur le monde qui change, et, du coup, toute notre manière de vivre. Le monde présent et le monde à venir ne se succèdent pas uniquement comme deux phases distinctes de l’histoire ; il s’agit plutôt de deux manières de vivre les mêmes réalités, la manière païenne et la manière chrétienne, la manière d’Adam et la manière du Christ.
    C’est encore sous la plume de Paul un langage de liberté : manière de dire « que rien ne vous entrave, que rien ne vous retienne, ni votre état de vie, ni vos richesses, ni vos soucis, ni les événements heureux ou malheureux de votre vie… » Une seule chose compte : le monde nouveau. Et toutes les réalités de notre existence révèlent alors leur grandeur : elles sont la matière première du royaume.
    Il semble bien que dans leur correspondance avec Paul, les responsables de l’Eglise de Corinthe l’avaient consulté sur des questions très pratiques et concrètes de la vie quotidienne, en particulier sur le mariage : la vie sexuelle est-elle compatible avec la sainteté ? Faut-il se marier ? Et si on est marié, comment vivre ensemble ?… Paul ne donne pas de directive précise, mais la clé du comportement chrétien : quel que soit notre état de vie, vivre en Chrétien, c’est vivre les yeux fixés sur le royaume, comme un coureur n’a de regard que sur le but, il ne regarde pas ses pieds !
    Paul s’adresse à différentes catégories de chrétiens : mariés et non mariés ; heureux et malheureux ; riches et pauvres ; et il leur dit : « Les uns et les autres, n’ayez qu’un horizon, le Royaume. » Ceux qui ont une femme et ceux qui n’ont pas de femme, ceux qui pleurent et ceux qui ne pleurent pas, ceux qui sont heureux et ceux qui ne sont pas heureux, ceux qui font des achats et ceux qui ne possèdent rien, ceux qui tirent profit de ce monde et ceux qui n’en profitent pas… Tous, vivez dans le monde présent à la manière du Christ.
    Aux Chrétiens d’origine juive (donc circoncis) et à ceux d’origine païenne (donc non circoncis), Paul donne le même conseil : « Que chacun vive selon la condition que le Seigneur lui a donnée en partage, et dans laquelle il se trouvait quand Dieu l’a appelé… L’un était-il circoncis lorsqu’il a été appelé ? Qu’il ne dissimule pas sa circoncision. L’autre était-il incirconcis ? Qu’il ne se fasse pas circoncire. La circoncision n’est rien et l’incirconcision n’est rien : le tout c’est d’observer les commandements de Dieu. » (1 Co 7, 17 – 19).
    Notre Baptême ne nous engage pas à changer notre état de vie, mariage ou célibat, par exemple, mais notre manière de le vivre :
    « Le tout c’est d’observer les commandements de Dieu ». Et cela est possible dans tous les états de vie. Trois fois en quelques lignes, Paul insiste « Que chacun demeure dans la condition où il se trouvait quand il a été appelé. Etais-tu esclave quand tu as été appelé ? Ne t’en soucie pas ; au contraire, alors même que tu pourrais te libérer, mets à profit ta situation d’esclave. » (1 Co 7, 19 – 21).
    Comme disait Monseigneur Coffy : « Les Chrétiens ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, ils vivent autrement la vie ordinaire. »
    Tout cela est logique : puisque nous sommes le levain dans la pâte, il ne faut certainement pas quitter la pâte dans laquelle nous avons été enfouis. Au contraire, toute situation, même celle d’esclave, peut être un lieu de révélation du Royaume, pour nous et pour les autres. C’est au coeur même de ce monde présent et des réalités quotidiennes, heureuses ou non, que « l’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification », comme le dit la quatrième prière eucharistique. Cette oeuvre de l’Esprit est une fécondation qui transfigure la réalité et lui fait porter ses fruits, des fruits que Paul décrit dans la lettre aux Galates : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, maîtrise de soi » (Ga 5, 22 – 23).
    Le plus beau commentaire de ce passage, Paul lui-même nous le donne un peu plus loin, dans cette même lettre aux Corinthiens (1 Co 10, 31) : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ».

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 14-20
    14 Après l’arrestation de Jean Baptiste,
    Jésus partit pour la Galilée
    proclamer l’Evangile de Dieu ; il disait :
    15 « Les temps sont accomplis,
    le règne de Dieu est tout proche.
    Convertissez-vous
    et croyez à l’Evangile. »
    16 Passant le long de la mer de Galilée,
    Jésus vit Simon et André le frère de Simon,
    en train de jeter les filets dans la mer,
    car c’étaient des pêcheurs.
    17 Il leur dit :
    « Venez à ma suite.
    Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »
    18 Aussitôt, laissant leurs filets,
    ils le suivirent.
    19 Jésus avança un peu
    et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean,
    qui étaient dans la barque
    et réparaient les filets.
    20 Aussitôt, Jésus les appela.
    Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers,
    ils partirent à sa suite.

    Ceci se passe « Après que Jean eut été livré », nous dit Marc : l’arrestation brutale de Jean-Baptiste par la police d’Hérode vient de mettre fin à la mission du Précurseur. Marc emploie ici (dans le texte grec) le mot « livré » qu’il reprendra de nombreuses fois par la suite au sujet de Jésus (par exemple « le Fils de l’Homme va être livré aux mains des hommes » – 9, 31), puis des apôtres (« on vous livrera aux tribunaux et aux synagogues » – 13, 9). Manière de nous dire déjà : le sort de Jean-Baptiste préfigure celui de Jésus puis celui des apôtres : c’est le lot commun des prophètes, exactement comme le décrivait Isaïe dans les chants du Serviteur (Is 50 et 52-53) ; ou le livre de la Sagesse : « Traquons le juste, il nous gêne, il s’oppose à nos actions » (Sg 2, 13).
    Comme les prophètes, Jean-Baptiste d’abord, Jésus ensuite, proclament la conversion : Marc emploie les mêmes mots pour l’un et pour l’autre : « proclamer, conversion » ; ce n’est certainement pas un hasard ; quelques lignes plus haut, Marc disait : « Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion… », et ici « Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait… Convertissez-vous ». Le contenu de la prédication est le même ; cependant le décor a changé : « Jésus partit pour la Galilée » : après le baptême au bord du Jourdain (Mc 1, 9-11) et son passage au désert (1, 12), Jésus retourne en Galilée et c’est là qu’il commence sa prédication : sous-entendu la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu vient de Galilée, ce pays suspect, dont on se demandait « que peut-il sortir de bon ? » Et Jésus commence à proclamer : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».
    « Les temps sont accomplis ! » Le peuple d’Israël a une notion de l’histoire tout-à-fait particulière : pour lui, l’histoire n’est pas un perpétuel recommencement, elle a un SENS, c’est-à-dire à la fois une signification et une direction. Il y a un début et une fin de l’histoire et c’est dans le cadre de cette histoire humaine que Dieu déploie son projet d’Alliance avec l’humanité. Dire « Les temps sont accomplis », c’est dire que nous touchons au but. Comme dit Paul « le temps a cargué ses voiles », comme un bateau qui arrive au port. Ce but, c’est le Jour où « l’Esprit sera répandu sur toute chair », selon la promesse du prophète Joël (Jl 3, 1). Or, justement, Jean-Baptiste a vu dans la venue de Jésus l’accomplissement de cette promesse : « Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint », a-t-il dit au moment du Baptême de Jésus.
    Voilà la Bonne Nouvelle : le Jour de Dieu vient, « le Règne de Dieu est tout proche » (littéralement, dans le texte grec, « le Règne de Dieu s’est approché »)1 ; ce qui veut dire deux choses : premièrement, c’est le Royaume qui s’approche de nous : nous n’avons qu’à l’accueillir ; nous ne croirons jamais assez à la gratuité du don de Dieu. Deuxièmement, c’est déjà une réalité ; l’expression est au passé : « Le Règne de Dieu s’est approché » ; au-dessus de Jésus sortant des eaux du Jourdain, les cieux se sont déchirés : le ciel communique de nouveau avec la terre.
    La conversion à laquelle Jésus nous invite consiste peut-être tout simplement à croire que ce don de Dieu est actuel et qu’il est gratuit. Une gratuité que le prophète Isaïe annonçait déjà : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau » (Is 55). Cela nous permet de comprendre l’expression : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » : en français, ET veut dire « et en plus » ; en grec, le même mot peut signifier tantôt « en plus » comme en français, tantôt « c’est-à-dire » ; il faut donc comprendre : « Convertissez-vous, c’est-à-dire croyez à la Bonne Nouvelle » ; se convertir c’est croire à la Bonne Nouvelle, ou pour le dire autrement c’est croire que la Nouvelle est Bonne : Dieu est amour et pardon, et son amour est pour tous.
    C’est sans doute pour cela que la première lecture qui nous est proposée ce dimanche est tirée du livre de Jonas ; il disait deux choses : d’une part, Dieu veut le salut de tous les hommes et non pas seulement de quelques privilégiés ; d’autre part, voyez l’exemple de Ninive : Dieu n’attend qu’un geste de vous. Il suffit de vous convertir pour entrer dans son pardon.
    Dans le même ordre d’idées, Paul dit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu », ce qui veut dire « croyez que son dessein est bienveillant », cessez de faire comme Adam qui croit que Dieu est mal intentionné ! C’est bien le sens du mot « conversion » en hébreu, c’est-à-dire demi-tour ; « convertissez-vous » veut dire « retournez-vous ». Si on se retourne, on verra Dieu tel qu’il est, c’est-à-dire le Dieu d’amour et de pardon. C’est bien la découverte du fils prodigue.
    Quelques mots, enfin, sur l’appel des premiers disciples, Simon et André, Jacques et Jean. Comme dans toute vocation, il y a deux phases, l’appel et la réponse. Jésus passe, les voit, les appelle : l’initiative est de son côté ; pour les disciples, c’est bien le royaume qui s’approche et les appelle ; quant à la réponse, « Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent », elle fait penser à celle d’Abraham dont le livre de la Genèse dit tout simplement : « Abraham partit comme le Seigneur le lui avait dit » (Gn 12). Jésus leur dit « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Il ne leur fait pas miroiter quelque chose pour eux-mêmes, mais pour les autres ; il les associe à son entreprise. Par là même, il leur dit quelque chose de sa propre mission : repêcher les hommes ; comme il le dit lui-même dans l’évangile de Jean (Jn 10, 10) : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »
    ————————–
    Note
    1 – A l’époque de Jésus, le mot « évangile » était employé pour signaler la venue du roi (sa naissance ou bien sa venue dans une ville). C’est donc tout à fait équivalent de dire : « Le règne de Dieu est tout proche » et « croyez à la Bonne Nouvelle ». En Jésus, le Règne de Dieu s’est approché.


  • Homélie du dimanche 21 janvier

    Dimanche 21 janvier 2018
    3éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Lecture du livre de Jonas. 3. 1 à 10 : « Proclame le message que je te donne pour elle. »
    Psaume : « Fais-moi connaître ta route. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 7. 29 à 31 : « Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. »
    Evangile selon saint Marc. 1. 14 à 20 : « Convertissez-nous et croyez à la Bonne Nouvelle. »
    ***
    La séquence évangélique de ce dimanche est composée de deux épisodes qui sont liés dans le temps et qui, sans trop forcer les textes, se suivent dans la logique du message apporté par Jésus .
    La Bonne Nouvelle proclamée aux habitants de Galilée. L’appel définitif des disciples de Jésus. Orientez votre vie, votre comportement, votre volonté, votre idéal dans le sens de ce message. Réorientez-les s’il le faut.
    LE ROYAUME EST A PROXIMITE
    La police d’Hérode a mis la main sur Jean le Baptiste. Il est emprisonné. Sa mission, sa prédication et son Baptême n’ont plus leur raison d’être. Leur temps est accompli. La longue attente et la longue préparation du Peuple de Dieu a trouvé son achèvement en Jésus-Christ.
    Car Jésus ne prend pas la simple suite de Jean. Il ne vient pas convertir par un baptême de pénitence. Autre est sa mission. Il annonce l’Evangile de Dieu.
    Il ne proclame pas une bonne nouvelle parmi d’autres. Il n’annonce pas une « nouvelle » qui aurait Dieu pour objet. La Bonne Nouvelle donnée par Jésus au nom de Dieu, c’est lui-même qui est la Parole de Dieu et elle concerne le salut. Il vient nous « dire » que la présence de Dieu s’exprime au milieu de nous.
    C’est ainsi que l’avait compris la communauté chrétienne des premiers chrétiens.
    Saint Paul le proclame ainsi chaque fois qu’il parle de « Bonne Nouvelle – evaggelos ». Lui, Paul, a été mis à part pour cette annonce « qui a été promise par les prophètes dans les Ecritures Saintes. (Romains 1.1 – Romains 15. 16 – 2 Corinthiens 11. 7)
    Et saint Pierre confirme l’apôtre Paul (1 Pierre 4. 17) Le Royaume de Dieu est donc maintenant à proximité.
    Le temps nouveau annoncé par Jean Baptiste est arrivé. La mesure du temps précédent est pleine. L’autre temps est là. Il s’est approché, si proche qu’il est soudé à l’ancien. Il n’y a aucun intervalle entre Jean et Jésus.
    Le baptême de Jésus en a été la signification et la réalisation. Jean en a reçu la confirmation quand Jésus est descendu dans le Jourdain. L’Esprit de Dieu sur celui sur qui il verse de l’eau. Le Père le reconnaît comme son Fils bien-aimé et non pas seulement comme un prédicateur.
    Le « tout proche » doit être entendu dans le sens : « Il est à côté de vous. » Il est au milieu de nous. « Tu n’es pas loin du Royaume », dira Jésus au scribe qui parlait avec lui des deux commandements fondamentaux qui concernent notre relation avec Dieu. (Marc 12. 34)
    CROYEZ A L’EVANGILE
    Ainsi la réalité de ce royaume n’est plus à attendre dans l’espérance d’un avenir plus ou moins proche. Il nous faut dès maintenant y entrer puisqu’il est « à notre porte ».
    Nous avons dans notre mémoire ces paroles de Jésus qui évoque la porte étroite ou la porte qu’il ouvre pour son troupeau. Pour y entrer, il faut nous « se convertir. » Se convertir, c’est accueillir la plénitude de ce mystère dans la foi (Luc 8. 10).
    Marc a bien remarqué que cette parole est fréquente chez Jésus. Il ne parle pas d’abord de la foi comme d’une première étape nécessaire si on veut le rejoindre. Elle ne peut rester « théorique ». Il demande une nouvelle orientation de tout notre être, dans la pensée comme dans le vouloir.
    Cette nouvelle orientation ne se décide pas au terme d’un raisonnement ou d’un cheminement sentimental. Elle doit s’accompagner de la foi en la « Bonne Nouvelle » qui nous fait entrer dans les desseins de Dieu. « Si vous ne devenez pas semblables … si vous ne quittez pas… » Ces paroles de Jésus, et bien d’autres différentes selon les personnes et les circonstances, le rappellent maintes fois au cours de ses rencontres sur les routes de Palestine.
    Marc note que Jésus ne vient pas en Galilée pour y prêcher seulement quand il y sera arrivé. Il y vient tout en proclamant cet Evangile de Dieu, depuis les bords du Jourdain, durant toute sa route et jusqu’aux rives du lac de Tibériade. « Convertissez-vous et croyez en l’Evangile », c’est bien là tout le programme de sa prédication et non pas une formule stéréotypée.
    Cette conversion, dans le texte grec, se nomme « metanoia », « changement ». Quand un écrivain corrige la construction de sa phrase, c’est une « metanoia », quand une découverte nous fait regarder autrement, c’est une « metanoia ».
    Cette démarche doit être la nôtre. Il faut nous renouveler sans cesse, nous réorienter souvent, selon les circonstances de notre vie et les impasses où nous nous sommes engagés. Cette démarche, au sens évangélique, ne peut se vivre que dans la foi parce que c’est elle qui nous fait découvrir, progressivement, et non pas du jour au lendemain, le dessein de Dieu sur nous et les tâtonnements que sont nos réponses.
    VENEZ A MA SUITE
    La décision et la démarche des quatre premiers disciples sont dans la suite logique de ce revirement que le Christ demande, à eux comme à nous. Pierre et André abandonnent leurs filets alors qu’ils sont en train de les lancer.
    S’il les appelle, c’est pour s’assurer le concours de quelques disciples ou plus exactement, en faire des coopérateurs. Ce n’est pas seulement pour leur confier sa doctrine. Il appelle des pêcheurs qui jettent leurs filets, pour les faire devenir pêcheurs d’hommes qui lanceront ainsi la Parole de Dieu. Ils amèneront des hommes au point où Dieu les veut, aux rivages même de Dieu.
    L’évangéliste souligne dans le même temps, cette nécessaire progression qui sera demandée aux disciples tout au long de leur vie au service de l’Evangile, pour « ce devenir » : « Je ferai de vous … »
    Jacques et Jean sont en train de réparer les filets avec leur père et des employés salariés. Il y a là un contraste que Marc a observé et qu’il souligne. Simon et André ont abandonné leurs filets. Jacques et Jean abandonnent leur père. Les deux fils le laissent avec des hommes qui travaillent non par amour filial et familial, mais pour un salaire.
    Marc d’ailleurs utilise le terme de « mercenaires » que nous traduisons par « salariés », ce qui n’est tout de même pas la même chose.
    Les deux fils « s’éloignèrent de leur Père ». Ils ne sont plus à ses côtés en se plaçant « derrière Jésus. » Dans les deux cas, Jésus ne fait pas de longues démonstrations pour convaincre. Il n’a rien dit ni rien fait qui lui donnât de l’autorité sur ces quatre premiers disciples.
    Il met en mouvement leurs volontés. Il peut les ré-orienter les uns dans une autre situation de pêcheurs, les autres dans une autre situation de relations familiales.
    ***
    « Convertissez-vous et croyez en cette Bonne Nouvelle » que j’annonce. Ou plutôt, croyez en moi qui suis « la Bonne Nouvelle », le Chemin, la Vérité, la Vie. « Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. » (credo de Nicée-Constantinople)


  • A Tourcoing : casser les cloisons pour briser l’isolement des enfants

    Jeune père de famille, Baptiste Snaet, 30 ans, habite juste à côté de son lieu de travail, la paroisse Saint Matthieu, près du métro Phalempins, à Tourcoing. Il fait partie des cinq personnes de l’équipe missionnaire missionnée par l’évêque. Son leitmotiv : « il faut décloisonner, regarder la réalité en face, oser faire autrement et faire ensemble». Ancien permanent de l’ACE puis du MRJC -qui, dit-il, « fait partie de mon adn »- Baptiste est tombé enfant dans la marmite de l’animation, son père ayant été directeur de camps. Il témoigne avoir été marqué par le fait que ses parents « ont vécu des souvenirs formidables en vacances avec leur paroisse ». Et aussi par cette remarque d’un membre de l’EAP regrettant le fait qu’ « à partir de 14 ans, l’Église n’ait plus rien à proposer à son petit voisin servant d’autel ». D’où le rêve de Baptiste d’organiser lui aussi un camp pour les enfants de Tourcoing qui, pour certains, n’ont jamais dormi ailleurs que chez leurs parents ou jamais vu la mer alors qu’elle se trouve… à une heure de chez eux ».

    Sortir des zones de confort
    « Il est plus difficile, insiste-t-il, de faire des activités régulières. On ne vit plus dans ce monde, il faut s’adapter ». C’est ainsi qu’il a proposé aux jeunes filles de 17 ans « hyper motivées » qui animaient un club ACE le dimanche matin avec quelques enfants d’intégrer la commission de préparation du camp. L’une d’elles a suivi. Une dame catéchiste et institutrice, un professeur de sports et d’autres les ont rejoints. L’association diocésaine de l’Action Catholique des Enfants a été sollicitée. Les frais ont été couverts grâce à la vente de crêpes à la sortie de l’église et à diverses subventions. « Les paroisses n’en ont pas conscience mais elles ont une force de frappe phénoménale », assure Baptiste.
    Au final, en août 2017, dans la maison diocésaine de Merville, 15 enfants de 8 à 12 ans (servants d’autel, voisin ou enfants de paroissiennes, fille d’une dame rencontrée lors d’un pèlerinage marial, fratrie d’une famille nombreuse), encadrés par 4 adultes ont vécu un beau temps fort de vacances. « Lorsqu’on emmène des jeunes en camp, on les fait sortir de leur zone de confort et on casse leurs cloisons », témoigne Baptiste. Unique petit temps spirituel : celui durant lequel il leur a été demandé de fermer les yeux, de trouver une pépite de leur séjour, puis de la raconter aux autres et d’exprimer des pardons pour des bousculades ou des moqueries, mais aussi une demande et un merci. Alors en quoi l’Église fait-elle œuvre originale ? « Chrétien je ne vais pas animer différemment, dans l’esprit de l’Évangile, que dans un camp organisé par la mairie. Jésus parlait de la même manière aux Juifs et à la Samaritaine. Il faut qu’il y ait des chrétiens dans les camps de la mairie. Ce n’est pas l’un OU l’autre et il ne s’agit pas d’inviter tout le monde à la messe ou au caté mais de discerner ensuite pour chaque enfant»,  répond Baptiste. Il ajoute deux choses : « C’est aussi à travers ce style de proposition  que l’Église rencontre les parents. Et où trouver ailleurs un camp d’une semaine à seulement 20€ et accepter qu’une famille en difficulté paye en deux échéances!!! ».
    Avec le même enthousiasme, Baptiste raconte l’autre activité entreprise dans le quartier populaire de la Bourgogne. Là encore, une règle d’or : adaptation au réel (une dizaine d’enfants montant sur le mur de l’église) et décloisonnement. Une fois par mois, un petit groupe s’est mis à lire l’Évangile en buvant le café chez une grand-mère de famille nombreuse. Que faire pour ce quartier ? L’idée a surgi de jouer avec les enfants dans le parc où ils se rassemblent. Et ce pendant les vacances de février, de Pâques et en juin. Les jeux (ballons, cerceaux, kaplas…) ramenés par l’ACE sont suivis d’un goûter préparé par des mamies de la paroisse et souvent partagé avec les parents. « Même moi je suis étonné que ça marche », commente Baptiste. Il suffit de fédérer les bonnes volontés…
    Chantal Joly


mercredi 10 janvier 2018

  • Migrants : trouver une réponse commune

    Aujourd’hui, dans notre pays, la situation des migrants est très préoccupante. La société civile, les pouvoirs publics et la communauté chrétienne doivent trouver une réponse commune aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines.
    C’est cet appel que Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques a lancé lors d’une conférence de presse à la Maison des évêques de France ce mercredi 10 janvier 2018. Il était accompagné Mgr Georges Pontier, Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes et Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris, tous deux membres de la Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église au titre de la pastorale des migrants. Ils ont présenté les priorités que l’Église de France se donne parmi les pistes d’action proposées par le Pape François.


lundi 8 janvier 2018

  • Commentaires du dimanche 14 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 14 janvier 2018
    2éme dimanche du temps ordinaire

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – 1er livre de Samuel 3, 3b-10. 19
    En ces jours-là,
    3 le jeune Samuel était couché dans le temple du SEIGNEUR à Silo ,
    où se trouvait l’arche de Dieu.
    4 Le SEIGNEUR appela Samuel, qui répondit :
    « Me voici ! »
    5 Il courut vers le prêtre Eli, et il dit :
    « Tu m’as appelé, me voici. »
    Eli répondit :
    « Je ne t’ai pas appelé. Retourne te coucher. »
    L’enfant alla se coucher.
    6 De nouveau, le SEIGNEUR appela Samuel.
    Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Eli, et il dit :
    « Tu m’as appelé, me voici. »
    Eli répondit :
    « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. »
    7 Samuel ne connaissait pas encore le SEIGNEUR,
    et la parole du SEIGNEUR ne lui avait pas encore été révélée.
    8 De nouveau, le SEIGNEUR appela Samuel.
    Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Eli, et il dit :
    « Tu m’as appelé, me voici. »
    Alors Eli comprit que c’était le SEIGNEUR qui appelait l’enfant,
    9 et il lui dit :
    « Va te recoucher,
    et s’il t’appelle, tu diras :
    Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute. »
    Samuel alla se recoucher à sa place habituelle.
    10 Le SEIGNEUR vint, il se tenait là
    et il appela comme les autres fois :
    « Samuel ! Samuel ! »
    et Samuel répondit :
    « Parle, ton serviteur écoute. »
    19 Samuel grandit.
    Le SEIGNEUR était avec lui,
    et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.

    DE LA VOCATION DE SAMUEL…
    Il faut relire tout le début du premier livre de Samuel : c’est presque un roman, tellement l’histoire est belle… mais comme toujours, le texte biblique n’est pas là seulement pour l’anecdote ; il faut lire entre les lignes. On connaît l’histoire de Samuel ; c’est un enfant du miracle car sa maman, Anne, était désespérément stérile ; un jour de grand chagrin, elle a fait un voeu : si j’ai un fils, il sera consacré au service de Dieu. Et Samuel est né ; Anne, bien sûr, a tenu sa promesse et voilà l’enfant confié au vieux prêtre Eli qui est le gardien du sanctuaire de Silo (à ne pas confondre avec le prophète Elie qui a vécu beaucoup plus tard).
    Où est Silo ? Ce n’est plus aujourd’hui qu’un petit hameau à une trentaine de kilomètres au Nord de Jérusalem ; mais ce fut un lieu de rassemblement important pour les tribus d’Israël pendant toute une période. Qui dit lieu de rassemblement à cette époque-là dit surtout lieu de culte : et c’est dans ce sanctuaire de Silo qu’un petit garçon, Samuel, reçoit vers 1050 av.J.C. sa vocation de prophète. A partir de là, il deviendra l’une des figures les plus marquantes de l’histoire d’Israël, le dernier des Juges. A tel point que plus tard, Jérémie l’a comparé à Moïse lui-même (Jr 15, 1) et le psaume 98/99 en fait autant : « Moïse et Aaron et Samuel faisaient appel au SEIGNEUR et il leur répondait » (Ps 98/99, 6).
    Comme Moïse également, Samuel a été visiblement un chef à la fois spirituel et politique : on le voit exerçant une fonction de prêtre, chargé d’offrir les sacrifices, mais aussi rendant la justice ; c’est lui encore qui sera chargé de couronner les deux premiers rois d’Israël, Saül et David ; à ce titre, il a vécu lui-même et fait vivre au peuple d’Israël un véritable tournant de son histoire ; il joue sûrement (aussi) un rôle important à la cour : on le voit transmettre aux rois les décisions de Dieu, et dans ces occasions, il est présenté comme un véritable prophète.
    Les deux phrases qui encadrent le récit de la vocation de Samuel insistent justement sur ce point ; les voici : le début du chapitre 3 précise : « La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante. » (1 S 3, 1). Et à la fin du récit, l’auteur conclut : « Samuel grandit. Le SEIGNEUR était avec lui et ne laissa aucune de ses paroles sans effet. Tout Israël, de Dan à Béer-Shéva, sut que Samuel était accrédité comme prophète du SEIGNEUR. Le SEIGNEUR continua d’apparaître à Silo. Le SEIGNEUR, en effet, se révélait à Samuel, à Silo, par la parole du SEIGNEUR, et la parole du SEIGNEUR s’adressait à tout Israël. » (1 S 3, 21s).
    Une telle insistance laisse penser que ce texte a été écrit à une époque où il était urgent de mettre le peuple en garde contre les faux prophètes, ceux qui se désignaient eux-mêmes au lieu de répondre à un appel de Dieu. Un vrai prophète, au contraire, c’est quelqu’un comme Samuel qui transmet au peuple toute la parole du Seigneur et seulement la parole du Seigneur. Peut-être l’auteur veut-il également raffermir la foi du peuple à une période difficile : en rappelant que même quand le Seigneur est silencieux, il ne nous oublie pas et son appel résonne… manière de dire : « La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante », eh bien justement c’est à ce moment de silence apparent que Dieu a appelé l’un de vos plus grands prophètes.
    … A LA VOCATION DES BAPTISES
    Enfin, bien sûr, ce récit nous propose un exemple pour le temps présent ; le récit de la vocation de Samuel est un modèle de réponse à l’appel de Dieu, un modèle d’acceptation d’une vocation prophétique. Voici donc quelques remarques sur la vocation de Samuel et à travers elle sur toute vocation prophétique ; on peut noter trois points :
    Sur l’appel, d’abord : Samuel n’est encore qu’un enfant ; pas besoin d’être âgé, fort, puissant, compétent ! On retrouve une fois de plus le paradoxe habituel : c’est dans la faiblesse humaine que Dieu se manifeste.
    Alors que Jérémie disait : « Ah, SEIGNEUR Dieu, je ne saurais parler, je suis trop jeune ! » Dieu lui a répondu : « Ne dis pas je suis trop jeune !… N’aie peur de personne, car je suis avec toi pour te libérer » (Jr 1, 7).
    A propos de l’appel encore, ce n’est pas Samuel qui a compris le premier qu’il était appelé par Dieu ; c’est le prêtre Eli. Il a su au bon moment aider Samuel à discerner la voix de Dieu.
    Là aussi sans aucun doute, l’auteur de ce texte propose un exemple à suivre : Eli s’efface ; il n’interfère pas dans ce qu’il reconnaît comme une initiative de Dieu ; il éclaire l’enfant et lui permet de répondre à l’appel.
    Sur la réponse enfin : elle est bien simple ! « Me voici » répété quatre fois et enfin « Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute ». Elle est le reflet de la totale disponibilité, la seule chose que Dieu recherche pour poursuivre son projet d’alliance avec l’humanité. La dernière phrase de ce texte est encore une leçon pour chacun d’entre nous. « Samuel grandit, le SEIGNEUR était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet. » Dans le cadre de notre vocation propre, nous sommes assurés à chaque instant de la présence et de la force de Dieu.
    Enfin, il est vrai, et c’est presque une vérité de La Palice, que Samuel a pu répondre à l’appel parce qu’il l’a entendu ! Et il l’a entendu parce qu’il était dans le sanctuaire : Anne, sa mère, l’y avait conduit et Eli prenait soin de lui. Peut-être faut-il se donner et donner à ceux dont nous avons la charge des occasions de franchir les portes des sanctuaires pour y entendre l’appel de Dieu ?

    PSAUME – 39 (40), 2.4 7-11
    2 D’un grand espoir, j’espérais le SEIGNEUR,
    Il s’est penché vers moi
    4 Dans ma bouche il a mis un chant nouveau
    une louange à notre Dieu.
    7 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice
    tu as ouvert mes oreilles
    tu ne demandais ni holocauste ni victime
    8 alors j’ai dit : « Voici, je viens. »
    Dans le livre est écrit pour moi
    9 ce que tu veux que je fasse.
    Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
    Ta Loi me tient aux entrailles.
    10 Vois, je ne retiens pas mes lèvres ,
    SEIGNEUR, tu le sais.
    11 J’ai dit ton amour et ta vérité
    A la grande assemblée.

    L’EVOLUTION DES SACRIFICES EN ISRAEL
    « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu ne demandais ni holocauste ni victime… ». Phrase étonnante pour nous qui croyons parfois que Dieu réclame des sacrifices ; et pourtant cette phrase est là : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. »
    Il a fallu toute une pédagogie des prophètes pour faire évoluer la pratique sacrificielle. Toute la Bible est l’histoire d’un long apprentissage et, avec ce psaume 39/40, nous sommes à la phase finale de cette lente transformation des relations entre Israël et son Dieu.
    Je reprends rapidement cette histoire des sacrifices en Israël : elle se développe en même temps que progresse la connaissance de Dieu. C’est logique : « sacrifier », (« sacrum facere » en latin) signifie « faire du sacré », entrer en contact ou mieux en communion avec Dieu. Tout dépend évidemment de l’idée qu’on se fait de Dieu. Donc au fur et à mesure qu’on découvre le vrai visage de Dieu, la pratique sacrificielle va changer.
    Je commence par le début : Première chose à retenir : ce n’est pas Israël qui a inventé la démarche du Sacrifice ou de l’offrande : (il y en a chez les autres peuples du Moyen Orient bien avant que le peuple hébreu ne mérite le nom de peuple).
    Deuxième constatation lorsqu’on s’intéresse à la pratique sacrificielle d’Israël : il y a toujours eu des offrandes et des sacrifices en Israël tout au long de l’histoire biblique. Il y a une très grande variété de sacrifices mais tous sont un moyen de communiquer avec Dieu.
    Troisième point : les sacrifices pratiqués par le peuple élu ressemblent à ceux de leurs voisins… oui, mais à une exception près et une exception qui est colossale : la spécificité des sacrifices en Israël, c’est que, dès le début de l’histoire biblique, les sacrifices humains sont strictement interdits. Il y en a eu ; c’est vrai. Et même si il y en a eu peu, on ne peut pas nier qu’il y a eu des sacrifices humains en Israël. Cela ne prouve pas que cela était permis et approuvé ! Au contraire, c’est une constante dans la Bible : les sacrifices humains sont de tout temps considérés comme une horreur ; Jérémie dit de la part de Dieu : « Cela, je n’en ai jamais eu idée! » et un peu plus loin : « Cela je ne l’ai jamais demandé et je n’ai jamais eu l’idée de faire commettre une telle horreur… » (Jr 7, 31 ; 19, 6 ; 32, 35). Et le fameux récit du sacrifice d’Abraham, ce que les Juifs appellent « la ligature d’Isaac » est lu justement comme la preuve que, depuis le début de l’Alliance entre Dieu et ce peuple qu’il s’est choisi, les sacrifices humains sont strictement interdits. Justement, Abraham va découvrir que « sacrifier » (« faire sacré ») ne veut pas dire « tuer » ! Il a offert son fils, il ne l’a pas tué.
    Si on y réfléchit, c’est tout ce qu’il y a de plus logique ! Dieu est le Dieu de la vie : impensable que pour nous rapprocher de Lui, il faille donner la mort ! Cette interdiction des sacrifices humains sera la première insistance de la religion de l’Alliance. On continuera à pratiquer seulement des sacrifices d’animaux. Puis peu à peu, on va assister au long des siècles à une véritable transformation, on pourrait dire une conversion du sacrifice. Cette conversion va porter sur deux points :
    DIS-MOI QUEL EST TON SACRIFICE…JE TE DIRAI QUEL EST TON DIEU
    Sur le sens des sacrifices d’abord, sur la matière des sacrifices ensuite :
    Premièrement, donc, la conversion va porter sur le sens des sacrifices : dans la Bible, au fur et à mesure que l’on découvre Dieu, les sacrifices vont évoluer. En fait, on pourrait dire : « Dis-moi tes sacrifices, je te dirai quel est ton Dieu ». Notre Dieu est-il un Dieu qu’il faut apprivoiser ? Dont il faut obtenir les bonnes grâces ? Auprès duquel il faut acquérir des mérites ? Un Dieu courroucé qu’il faut apaiser ? Un Dieu qui exige des morts ? Alors nos sacrifices seront faits dans cet esprit là, ce seront des rites magiques pour acheter Dieu en quelque sorte. Ou bien notre Dieu est-il un Dieu qui nous aime le premier… un Dieu dont le dessein n’est que bienveillant… dont la grâce est acquise d’avance, parce qu’il n’est que Grâce… le Dieu de l’Amour et de la Vie.
    Et alors nos sacrifices seront tout autres. Ils seront des gestes d’amour et de reconnaissance. Les rites ne seront plus des gestes magiques mais des signes de l’Alliance conclue avec Dieu.
    Toute la Bible est l’histoire de ce lent apprentissage pour passer de la première image de Dieu à la seconde. C’est nous qui avons besoin d’être apprivoisés, qui avons besoin de découvrir que tout est « cadeau », qui avons besoin d’apprendre à dire simplement « MERCI » (Ce que la Bible appellera plus tard le « sacrifice des lèvres »). Toute la pédagogie biblique vise à nous faire quitter la logique du « donnant-donnant », du calcul, des mérites, pour entrer dans la logique de la grâce, du don gratuit. Et notre apprentissage n’est jamais fini.
    Deuxièmement, la conversion va aussi porter sur la matière des sacrifices : les prophètes ont joué un grand rôle dans ce lent apprentissage du peuple élu. Ils lui ont fait découvrir peu à peu le véritable sacrifice que Dieu attend :
    accomplir des sacrifices au sens de « sacrum-facere » : « faire sacré », c’est tout à fait bien à condition de ne pas se tromper sur ce que Dieu attend de nous ! Tout se passe comme si les prophètes nous disaient : « tu veux entrer en relation avec Dieu…? Fort bien ! … à condition de ne pas te tromper de Dieu ! »
    C’est peut-être une phrase du prophète Osée (au huitième siècle) qui résume le plus parfaitement cette prédication des prophètes : « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices » (Os 6, 6).
    On découvre peu à peu que le véritable « sacrifice », « faire sacré » consiste non plus à tuer mais à faire vivre. Dieu est le Dieu des vivants : donner la mort ne peut pas être la meilleure façon de nous rapprocher de Lui ! Faire vivre nos frères, voilà la seule manière de nous rapprocher de Lui.
    Et l’ultime étape de cette pédagogie des prophètes nous présentera l’idéal du sacrifice : c’est le service de nos frères. Nous trouvons cela dans les quatre Chants du Serviteur qui sont inclus dans le deuxième livre d’Isaïe. L’idéal du Serviteur qui est l’idéal du sacrifice, c’est « une vie donnée pour faire vivre ».
    Le psaume 39/40 résume donc admirablement la découverte biblique sur le Sacrifice : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, Tu as ouvert mes oreilles, tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens » sous-entendu pour me mettre à ton service et au service de nos frères.
    ————————–
    Complément
    « Tu as ouvert mes oreilles » (verset 7) : depuis l’aube de l’humanité, Dieu « ouvre l’oreille » de l’homme pour entamer avec lui le dialogue de l’amour ; le psaume 39/40 reflète le long apprentissage du peuple élu pour entrer dans ce dialogue : dans l’Alliance du Sinaï, les sacrifices d’animaux symbolisaient la volonté du peuple d’appartenir à Dieu ; dans l’Alliance Nouvelle, l’appartenance est totale : le dialogue est réalisé ; « Tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit voici, je viens ». Offrandes et sacrifices sont « spirituels » comme dira Saint Paul ; alors, le chant nouveau jaillit du coeur de l’homme : « J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée ».

    DEUXIEME LECTURE – 1ére lettre aux Corinthiens 6, 13… 20
    Frères,
    13 le corps n’est pas fait pour la débauche,
    il est pour le Seigneur,
    et le Seigneur est pour le corps.
    14 Et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur,
    et nous ressuscitera nous aussi.
    15 Ne le savez-vous ? Vos corps sont les membres du Christ.
    17 Celui qui s’unit au Seigneur
    ne fait avec lui qu’un seul esprit.
    18 Fuyez la débauche.
    Tous les péchés que l’homme peut commettre
    sont extérieurs à son corps ;
    mais l’homme qui se livre à la débauche
    commet un péché contre son propre corps.
    19 Ne le savez-vous pas ?
    Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint,
    lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ;
    vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes,
    20 car vous avez été achetés à grand prix.
    Rendez gloire à Dieu dans votre corps.

    TOUT EST PERMIS MAIS TOUT NE CONVIENT PAS
    Visiblement, il y avait des problèmes de comportement à Corinthe, puisque dans ces quelques lignes Paul emploie trois fois le mot « débauche » : il s’agit là clairement de la vie sexuelle, puisque le mot grec est « porneia » qui a donné en français « pornographie ». On sait bien que les moeurs étaient particulièrement relâchées à Corinthe à tel point que l’expression « vivre à la Corinthienne » (sous-entendu une vie sexuelle dissolue) était proverbiale.
    Pour se justifier, certains prétendaient que la sexualité est un besoin naturel au même titre que la nourriture et que nos choix n’engagent à rien : il faut manger pour vivre, et nous sommes libres de manger comme nous voulons. De la même manière, notre vie sexuelle ne regarde que nous ; chacun de nous peut bien se conduire dans ce domaine comme il veut, tout est permis.
    Paul donne donc ici une leçon de morale ; ce qui est très intéressant, c’est de voir les arguments qu’il emploie : il ne se place pas sur le terrain du permis et du défendu : plus profondément, il nous dit : soyez cohérents avec votre Baptême ; il y a une logique chrétienne. Il y a des comportements indignes d’un Chrétien. Dans le verset qui précède tout juste notre passage d’aujourd’hui, Paul a précisé : « Tout m’est permis, mais tout ne me convient pas ».
    « Tout est permis », disait Paul, sous-entendu : puisque l’Esprit de Dieu est en vous depuis votre Baptême, vous n’avez même plus besoin qu’on vous impose une loi de l’extérieur ; vous pouvez déterminer librement votre conduite : si elle est inspirée par l’Esprit de Dieu, elle est forcément conforme à la Loi de Dieu. Mais visiblement, certains Corinthiens employaient l’expression « Tout est permis » pour justifier leur vie de débauche. Ils retenaient « tout est permis » mais ils oubliaient « tout ne convient pas ».
    Puis Paul donne ses arguments :
    Premier argument : d’abord, on ne peut pas comparer l’alimentation et la vie sexuelle : la nourriture est une affaire de survie biologique ; tandis que la vie sexuelle engage notre être tout entier ; quand Paul emploie le mot « corps », il n’oppose pas le corps et l’âme, comme nous le faisons parfois ; pour lui, le corps c’est notre être tout entier dans sa vie affective, sociale, relationnelle ; car c’est bien par notre corps que nous entrons en relation avec les autres. La nourriture disparaîtra, la vie biologique cessera, mais notre vie affective, sociale, relationnelle a une dimension d’éternité ; la preuve, c’est que nous ressusciterons : « Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur, et nous ressuscitera nous aussi. »
    Vous voyez qu’il n’y a pas chez Paul une dépréciation de la sexualité ! Puisqu’au contraire, il dit qu’elle nous engage tout entiers et pour toujours, jusque dans l’éternité !
    Deuxième argument : la sexualité est une véritable union intime de votre être tout entier avec une autre personne, or, depuis votre Baptême, vous êtes intimement liés à Jésus-Christ. Vous ne vous appartenez plus ! Le nom « Chrétiens » le dit bien d’ailleurs : Chrétien, cela veut dire « du Christ » ! Pour exprimer cette vérité de manière forte, Paul va jusqu’à dire : « Ne le savez-vous ? Vos corps sont les membres du Christ. » Un peu plus loin il reprend la même idée sous une autre forme : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes ».
    Peut-être Paul a-t-il découvert cette vérité sur le chemin de Damas ? La phrase de Jésus « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » lui a révélé le lien très intime qui existe entre chaque Chrétien et le Christ lui-même.
    VOTRE CORPS EST UN SANCTUAIRE DE L’ESPRIT SAINT
    Autre expression très forte : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint ». Pour comprendre la force de cette affirmation, il suffit de se rappeler combien, dans le monde antique, on avait le plus profond respect pour les temples, considérés comme des lieux sacrés ; pour un Juif comme Paul, le Temple de Jérusalem était le lieu privilégié de la Présence de Dieu ; et pour le dire, on disait que la Gloire de Dieu (entendez le rayonnement de sa Présence) résidait dans le Temple. Alors, on comprend la dernière phrase : « Rendez gloire à Dieu dans votre corps » ; cela veut dire, et c’est inouï, fantastique, que notre personne, que notre vie concrète est un reflet de la présence de Dieu.
    Paul présente donc ici aux Corinthiens une magnifique théologie du corps humain : membre du corps du Christ, temple de l’Esprit Saint, rayonnement de la présence de Dieu, destiné à la résurrection ; nous sommes tout cela !
    Reste une phrase difficile : « Le Seigneur vous a achetés très cher ». Bien sûr, il ne s’agit pas d’un prix d’argent ! Et on ne voit pas d’ailleurs à qui Dieu devrait payer quelque chose ! Paul fait allusion ici à toute l’oeuvre de Dieu pour sauver l’humanité :
    nous savons d’expérience parfois combien nous a coûté d’efforts, de patience, d’insomnies et de larmes la guérison d’un être aimé… ou combien coûte à certains la victoire sur le tabac, l’alcool, ou tout autre lien qui retenait prisonnier ; on dira aussi que quelqu’un a payé de sa vie tel ou tel acte de courage… Quand Saint Paul dit « Le Seigneur vous a achetés très cher », c’est de cet ordre-là : ce n’est pas du commerce ; mais Dieu a tout mis en oeuvre pour restaurer notre liberté.
    Depuis l’aube des temps, il a déployé toute sa patience et son amour pour accompagner l’humanité dans sa marche vers la liberté et la solidarité. Et le dernier acte de cette oeuvre de salut, c’est l’envoi du Fils Unique. C’est dire à quel point nous sommes précieux aux yeux de Dieu !
    C’est pour cette raison que Saint Léon au cinquième siècle osait dire : « Chrétien, rappelle-toi à quel chef tu appartiens et de quel corps tu es membre… Chrétien, prends conscience de ta dignité… »

    EVANGILE – selon saint Jean 1, 35 – 42
    En ce temps-là,
    35 Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
    36 Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
    « Voici l’Agneau de Dieu. »
    37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait,
    et ils suivirent Jésus.
    38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient,
    et leur dit :
    « Que cherchez-vous ? »
    Ils lui répondirent :
    « Rabbi – ce qui veut dire : Maître -, où demeures-tu ? »
    39 Il leur dit :
    « Venez, et vous verrez. »
    Ils allèrent donc,
    ils virent où il demeurait,
    et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
    C’était vers vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).
    40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples
    qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.
    41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit :
    « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.
    42 André amena son frère à Jésus.
    Jésus posa son regard sur lui et dit :
    « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képhas »
    – ce qui veut dire : « Pierre ».

    « L’AGNEAU DE DIEU » DANS L’ANCIEN TESTAMENT
    Jean-Baptiste prêche aux abords du Jourdain, et ce jour-là il est accompagné de deux de ses disciples, André, et un autre, dont nous ne saurons pas le nom : certains pensent qu’il s’agit peut-être de l’apôtre Jean lui-même ; voyant Jésus, Jean-Baptiste dit à ses disciples : « Voici l’Agneau de Dieu » et il n’en faut pas plus pour que les deux disciples quittent leur maître (Jean-Baptiste) pour se mettre à suivre Jésus.
    Saint Jean raconte : « Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus ». On peut en déduire que l’expression « Agneau de Dieu » était habituelle. Je m’arrête donc sur ce titre « d’agneau de Dieu » appliqué à Jésus :
    Pour des hommes qui connaissaient bien l’Ancien Testament, ce qui est le cas des disciples de Jean-Baptiste, l’expression « agneau de Dieu » pouvait évoquer quatre images très différentes.
    Premièrement, on pouvait penser à l’agneau pascal : le rite de la Pâque, chaque année, rappelait au peuple que Dieu l’avait libéré ; la nuit de la sortie d’Egypte, Moïse avait fait pratiquer par le peuple le rite traditionnel de l’agneau égorgé, mais il avait insisté : « Désormais, chaque année, ce rite vous rappellera que Dieu est passé parmi vous pour vous libérer. Le sang de l’agneau signe votre libération. »
    Deuxièmement, le mot « agneau » faisait penser au Messie dont avait parlé le prophète Isaïe : il l’appelait le Serviteur de Dieu et il le comparait à un agneau : « Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche. » (Is 53, 7). D’après Isaïe, le Serviteur de Dieu, le Messie subissait la persécution et la mort (c’est pour cela que le prophète parlait d’abattoir), mais ensuite il était reconnu comme le sauveur de toute l’humanité : Isaïe disait : « Voici que mon serviteur triomphera, il sera haut placé, élevé, exalté à l’extrême. » (Is 52, 13)
    Troisièmement, l’évocation d’un agneau, cela faisait penser à Isaac, le fils tendrement aimé d’Abraham. Or Abraham avait cru un moment que Dieu exigeait la mort d’Isaac en sacrifice. Et il était prêt à accomplir ce geste que nous trouvons horrible, parce qu’à son époque, d’autres religions le demandaient. Et, quand Isaac avait posé à son père la question « mais où est donc l’agneau pour l’holocauste ? », Abraham avait répondu : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils ». Et, Abraham ne croyait pas si bien dire : car au moment où il allait offrir son fils, Dieu avait arrêté son geste, comme chacun sait, en lui disant « ne porte pas la main sur l’enfant ». Et il avait lui-même désigné à Abraham un animal pour le sacrifice. Et depuis ce jour-là, en Israël, on a toujours su que Dieu ne veut à aucun prix voir couler le sang des hommes.
    Enfin, quatrièmement, en entendant Jean-Baptiste parler d’un agneau, les disciples ont peut-être pensé à Moïse ; car les commentaires juifs de l’Exode comparaient Moïse à un agneau : ils imaginaient une balance : sur l’un des deux plateaux, il y avait toutes les forces de l’Egypte rassemblées : Pharaon, ses chars, ses armées, ses chevaux, ses cavaliers. Sur l’autre plateau, Moïse représenté sous la forme d’un petit agneau. Eh bien, face à la puissance des Pharaons, c’étaient la faiblesse et l’innocence qui l’avaient emporté.
    JESUS, L’AGNEAU DE DIEU
    Nous ne savons évidemment pas ce que Jean-Baptiste avait en vue lorsqu’il a comparé Jésus à un agneau ; mais, lorsque, bien longtemps après, l’évangéliste Jean rapporte la scène, il nous invite à rassembler toutes ces images différentes ; à ces yeux, c’est l’ensemble de ces quatre images qui dessine le portrait du Messie. Tout d’abord, il est le véritable « agneau pascal », car il libère l’humanité du pire esclavage, celui du péché. Il ôte le péché du monde, ce qui pourrait se traduire « il répand l’amour sur le monde », il réconcilie l’humanité avec Dieu.
    Deuxième facette de sa personne, il mérite bien le titre de Serviteur de Dieu puisqu’il accomplit la mission fixée au Messie, celle d’apporter le salut à l’humanité ; et comme le serviteur souffrant décrit par Isaïe, il a connu l’horreur et la persécution (c’est la croix) puis la gloire (et c’est la Résurrection).
    Troisièmement, Saint Jean nous invite à voir en Jésus un nouvel Isaac. Lui aussi est un fils tendrement aimé totalement offert et disponible à la volonté du Père. Comme le dit la lettre aux Hébreux (en reprenant le psaume 39/40 : « En entrant dans le monde, le Christ dit : « Tu ne voulais ni offrandes ni sacrifices… alors je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté. »
    Enfin, quatrièmement, vous vous souvenez que la petitesse de Moïse face aux forces de Pharaon était comparée à celle d’un agneau. Et, grâce à Dieu, le petit avait réussi à conquérir sa liberté et celle de son peuple. L’image s’applique tout aussi bien à Jésus, le « doux et humble de coeur », comme il le disait lui-même.
    Les événements de la vie, la mort et la Résurrection du Christ accompliront donc encore mieux que Jean-Baptiste ne pouvait l’entrevoir ce mystère de l’agneau victime et pourtant triomphant ; comme le dit Saint Pierre dans sa première lettre : « Vous avez été rachetés (c’est-à-dire libérés) de la vaine manière de vivre héritée de vos pères, par le sang précieux, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, celui du Christ… » (1 P 1, 18 – 19). Et ici, comme on le sait, « sang » veut dire « vie offerte ».
    ——————————-
    Complément
    On sait à quel point l’image de l’agneau était importante dans la méditation de Jean, l’auteur de l’Apocalypse.


  • Mgr Michel Aupetit, nommé Ordinaire des catholiques orientaux

    À la suite de la publication de la démission du Cardinal André VINGT-TROIS du gouvernement pastoral de l’archidiocèse de Paris, le 7 décembre 2017, le Pape François confie à Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris, la charge d’Ordinaire des fidèles de rite oriental résidant en France, dépourvus d’Ordinaire de leur propre rite.

    Plus d’information sur l’Ordinariat en cliquant ici.


  • Homélie du dimanche 14 janvier

    Dimanche 14 janvier 2018
    2éme dimanche du temps ordinaire

    Références bibliques :
    Lecture du Livre de Samuel : 1 Samuel 3 à 19 : « Tu m’as appelé, me voici…Ton serviteur écoute. »
    Psaume 39 : Tu as ouvert mes oreilles… j’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 6. 13 à 20 : »Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps. »
    Evangile selon saint Jean. 1. 35 à 42 : « Venez et vous verrez… ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. »
    ***
    Dieu nous parle parce qu’il est un être vivant. Quand un être s’exprime c’est qu’il a un trop plein d’amour à faire connaître et à communiquer aux autres. Dieu nous parle par celui-là même qui est sa Parole, son Verbe, son « Logos » C’est ce que saint Jean l’apôtre a découvert sur les bords du Jourdain.
    LE PROLOGUE NOUS DIT SA DECOUVERTE

    Les versets 19 à 51 du premier chapitre de l’évangile de saint Jean prolongent ce qu’ils y dit dans les versets 1 à 18. Jésus est bien la lumière du monde et le Baptiste en témoigne dans ses réponses aux questions des Pharisiens.

    Dieu, personne ne l’a vu. C’est son Fils unique qui le fait connaître au monde (Jean 1. 18) : »J’ai vu et j’ai témoigné que celui-ci est le Fils de Dieu. » (Jean 1. 34à « Ceux-là sont nés non d’un vouloir d’homme, mais d’un vouloir de Dieu. » (Jean1. 12) « C’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33)

    Ce n’est pas un simple exercice littéraire que de mettre en parallèle ces deux séquences du prologue du quatrième évangile. C’est bien ce qu’a vécu Jean l’évangéliste en ces heures de l’appel, puis au cours des années de vie partagée avec Jésus. Sur les routes de Palestine, au pied de la croix, au matin de la résurrection quand il accourt au tombeau, Jean reçoit la révélation de cette présence divine qui a été si proche de lui.

    « Venez et vous verrez,. » lui avait dit Jésus. « Nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons regardé et nos mains l’ont touché. »
    Au long de sa prédication comme au travers de son témoignage dans les premières communautés chrétiennes, il découvre l’intimité de cette présence divine en lui. « Tous nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » (Jean 1. 15) Beaucoup de ceux qui témoignent  de la pensée et de la vie du Christ devant leurs frères, découvrent aussi cette présence. Jean le traduit ainsi dans ses lettres : »Nous demeurons en lui et lui en nous. Il nous a donné de son Esprit. » (1 Jean 4. 13)
    PLUS QU’UN SOUVENIR LOINTAIN
    Le récit de la rencontre de Jean et d’André avec Jésus est plus détaillée que ne le sont d’ordinaire les récits du 4ème évangile. Il a l’aspect d’un souvenir, lointain peut-être mais toujours proche parce repris dans sa mémoire, inventorié et ravivé comme il en arrive des événements qui ont changé le cours de notre vie.
    L’emploi de la forme sémitique « Rabbi » nous dit bien qu’elle est la première recherche de ces deux disciples. Jean n’oubliera jamais ce qu’il a prononcé. Mais Jésus dépasse cette attente. L’évangéliste n’oubliera jamais l’intensité du regard du précurseur sur Jésus : » Attachant son regard sur Jésus qui passait. »(Jean 1. 36)
    « Rabbi » était parfois un terme de politesse. En fait, l’évangéliste utilise en grec un terme très précis. « Didascalos, celui qui enseigne. » Ils sont en quête intérieure pour entendre son enseignement. Ils rejoignent la vie intérieure du Christ.
    Ils pensaient suivre un maître qui enseigne. La grâce et la force de l’Esprit Saint dans le Christ vont les mettre en communion avec celui qui Vérité et Vie. Ils vivent les premières heures de la proximité divine.
    QUAND JESUS PASSE
    Jésus passe, sans s’arrêter, comme pour ne pas provoquer une nouvelle déclaration, comme pour montrer déjà l’étape franchie entre lui et le Précurseur. Jean-Baptiste leur répète brièvement ce qu’il a déclaré la veille : »C’est l’agneau de Dieu, celui qui est plus important que lui, le précurseur.
    Ce rappel plus incisif que le premier est aussi plus décisif, comme cela nous arrive dans notre vie quand un discours passe de la réflexion de l’intelligence raisonnante à sa transcription dans la volonté du vécu, grâce à l’intelligence du cœur, où réside l’amour.
    Lors de cette rencontre, le Christ s’y montre avec moins d’empire que dans la vocation des bords du lac. Au Jourdain, il y a comme une séduction persuasive et cette première entrevue explique bien la vocation définitive de ces premiers disciples. En l’évoquant, il ne se souvient pas s’ils étaient ou non avec le Baptiste ou si, selon ce que nous en savons, il y avait d’autres disciples. Leur mémoire n’a conservé que l’intensité de ce moment vécu par eux deux.
    Jésus se retourne et les regarde attentivement. Sa demande est la première parole qu’il prononce dans l’évangile johannique. Elle ne peut être une phrase banale : »Vous désirez me parler ? » Elle équivaut à « Avez-vous besoin de quelque chose ? » tout en autorisant un sens plus profond.
    Si les deux disciples suivent Jésus dans une telle circonstance, c’est qu’ils attendent de lui un bien d’ordre moral et spirituel, dont ils ne savent pas comment le dire. :Que cherchez-vous ? » est une question qui est posée à nous tous, à tout lecteur de l’Evangile. Nous cherchons un sens un « plus d’être » et non pas un « avoir. »
    L’ACCUEIL DE NOTRE ATTENTE
    Les villages étaient rares au bord du Jourdain, mais on pouvait y dormir en plein air ou dans des cabanes de roseaux selon les coutumes de ce temps. J »sus avait là sans doute un abri temporaire pour les jours qu’il avait résolu de demeurer aux alentours du Baptiste, ce que suggère le texte qui parle de : »là où il demeurait. » (Jean 1. 39)
    La réponse de Jésus est calquée sur la demande. Mais comme la demande impliquait plus que ne le disaient les termes, la réponse a dû être accompagnée d’un sourire, ajoute le P. Lagrange dans son austère commentaire de la collection des « Etudes bibliques. » : »Vous verrez où je demeure, soyez les bien-venus. »
    Ils virent. Mais quoi ? et l’évangéliste ne dit rien de ce que nous aimerions savoir. Que ce sont-ils dit depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’au soir, et le lendemain encore après la nuit passée en cet abri ? Nous savons seulement qu’ils sont venus à la source de la Parole de Dieu.
    Il nous faut aussi revenir à la source d’origine de notre vocation pour la vie qui est la nôtre, si nous voulons puiser l’eau pure de nos véritables intentions, l’eau pure qu’aucune pollution n’a touchée durant son cheminement dans l’espace et le temps de son parcours vers la mer. Pour s’y abreuver, il nous faut remonter alors à contre-courant de nous-mêmes et de bien des situations dans lesquelles nous nous sommes enfermés.
    Le Jourdain de Jean le Baptiste n’est pas la source jaillissant en vie éternelle. La source, c’est Jésus. « Nous avons trouvé ! » peut s’écrier André en appelant son frère Pierre à partager sa découverte. Et Pierre répond immédiatement, ce qui nous suggère qu’il désirait lui aussi le rencontrer. Il suffisait d’un mot pour l’entraîner.
    En l’accueillant, Jésus, comme il l’avait fait sur André e Jean (Jean 1. 36) pose son regard sur lui, avant de prononcer une parole importante pour le Royaume à venir. Ce n’est pas l’invitation souriante et persuasive de la veille. C’est avec autorité qu’il prend possession de son disciple en changeant son nom et en lui imposant sa décision. « Désormais tu es Pierre. » Comme Dieu l’avait fait à Abraham.
    L’ACCUEIL DE SON APPEL
    André, Jean, Simon-Pierre, chacun à sa manière, entendent l’appel et chacun, à sa manière, y répond. Le Seigneur ne demande pas l’uniformité. Il respecte chaque personnalité, il accepte et même endure les imperfections, allant jusqu’au reniement de saint Pierre. Mais, en eux comme en nous, il sait notre attitude fondamentale et c’est sur elle qu’il appuie son appel.
    Les autres lectures de la liturgie de ce dimanche nous sont instructives en ce domaine. Le jeune Samuel entend la voix de Dieu, mais il ne la discerne pas. Il lui faudra l’intervention du prêtre Eli, qui est loin d’être une « perfection », pour entendre « le Seigneur qui vient se placer près de lui… et Samuel  répondit ‘parle, ton serviteur écoute ». (1 Samuel 3. 19)
    Les habitants de Corinthe avaient une très mauvaise réputation de débauches de toutes sortes. Il n’y succombait pas tous, mais l’ambiance était tout aussi délétère que celle que nous connaissons dans nos villes contemporaines ou dans les productions médiatiques qui pénètrent en nos foyers. Mais « celui qui s’unit au Seigneur n’est plus qu’un seul esprit avec lui… vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes… vous rendez gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Cor. 6. 13)
    ***
    « C’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. » (Prière eucharistique N° 3)
    « Tu verras l’Esprit-Saint descendre sur un homme. C’est lui qui va baptiser avec l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33) Puissions-nous vivre ainsi en chaque Eucharistie !


mardi 2 janvier 2018

  • Commentaires du dimanche 7 janvier

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 7 janvier 2018
    Fête de l’Epiphanie

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Isaïe 60, 1 – 6
    1 Debout, Jérusalem, resplendis !
    Elle est venue, ta lumière,
    et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi.
    2 Voici que les ténèbres couvrent la terre,
    et la nuée obscure couvre les peuples.
    Mais sur toi se lève le SEIGNEUR,
    Sur toi sa gloire apparaît.
    3 Les nations marcheront vers ta lumière,
    et les rois, vers la clarté de ton aurore.
    4 Lève les yeux alentour, et regarde :
    tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ;
    tes fils reviennent de loin,
    et tes filles sont portées sur la hanche.
    5 Alors tu verras, tu seras radieuse,
    ton coeur frémira et se dilatera.
    Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi,
    vers toi viendront les richesses des nations.
    6 En grand nombre, des chameaux t’envahiront,
    de jeunes chameaux de Madiane et d’Epha.
    Tous les gens de Saba viendront,
    apportant l’or et l’encens ;
    ils annonceront les exploits du SEIGNEUR.

    Vous avez remarqué toutes les expressions de lumière, tout au long de ce passage : « Resplendis, elle est venue ta lumière… la gloire (le rayonnement) du SEIGNEUR s’est levée sur toi (comme le soleil se lève)… sur toi se lève le SEIGNEUR, sa gloire brille sur toi…ta lumière, la clarté de ton aurore…tu seras radieuse ».
    On peut en déduire tout de suite que l’humeur générale était plutôt sombre ! Je ne dis pas que les prophètes cultivent le paradoxe ! Non ! Ils cultivent l’espérance.
    Alors, pourquoi l’humeur générale était-elle sombre, pour commencer. Ensuite, quel argument le prophète avance-t-il pour inviter son peuple à l’espérance ?
    Pour ce qui est de l’humeur, je vous rappelle le contexte : ce texte fait partie des derniers chapitres du livre d’Isaïe ; nous sommes dans les années 525-520 av.J.C., c’est-à-dire une quinzaine ou une vingtaine d’années après le retour de l’exil à Babylone. Les déportés sont rentrés au pays, et on a cru que le bonheur allait s’installer. En réalité, ce fameux retour tant espéré n’a pas répondu à toutes les attentes.
    D’abord, il y avait ceux qui étaient restés au pays et qui avaient vécu la période de guerre et d’occupation. Ensuite, il y avait ceux qui revenaient d’Exil et qui comptaient retrouver leur place et leurs biens. Or si l’Exil a duré cinquante ans, cela veut dire que ceux qui sont partis sont morts là-bas… et ceux qui revenaient étaient leurs enfants ou leurs petits-enfants … Cela ne devait pas simplifier les retrouvailles. D’autant plus que ceux qui rentraient ne pouvaient certainement pas prétendre récupérer l’héritage de leurs parents : les biens des absents, des exilés ont été occupés, c’est inévitable, puisque, encore une fois, l’Exil a duré cinquante ans !
    Enfin, il y avait tous les étrangers qui s’étaient installés dans la ville de Jérusalem et dans tout le pays à la faveur de ce bouleversement et qui y avaient introduit d’autres coutumes, d’autres religions…
    Tout ce monde n’était pas fait pour vivre ensemble…
    La pomme de discorde, ce fut la reconstruction du Temple : car, dès le retour de l’exil, autorisé en 538 par le roi Cyrus, les premiers rentrés au pays (nous les appellerons la communauté du retour) avaient rétabli l’ancien autel du Temple de Jérusalem, et avaient recommencé à célébrer le culte comme par le passé ; et en même temps, ils entreprirent la reconstruction du Temple lui-même.
    Mais voilà que des gens qu’ils considéraient comme hérétiques ont voulu s’en mêler ; c’étaient ceux qui avaient habité Jérusalem pendant l’Exil : mélange de juifs restés au pays et de populations étrangères, donc païennes, installées là par l’occupant ; il y avait eu inévitablement des mélanges entre ces deux types de population, et même des mariages, et tout ce monde avait pris des habitudes jugées hérétiques par les Juifs qui rentraient de l’Exil.
    Alors la communauté du retour s’est resserrée et a refusé cette aide dangereuse pour la foi : le Temple du Dieu unique ne peut pas être construit par des gens qui, ensuite, voudront y célébrer d’autres cultes ! Comme on peut s’en douter, ce refus a été très mal pris et désormais ceux qui avaient été éconduits firent obstruction par tous les moyens. Finis les travaux, finis aussi les rêves de rebâtir le Temple !
    Les années ont passé et on s’est installés dans le découragement. Mais la morosité, l’abattement ne sont pas dignes du peuple porteur des promesses de Dieu. Alors, Isaïe et un autre prophète, Aggée, décident de réveiller leurs compatriotes : sur le thème : fini de se lamenter, mettons-nous au travail pour reconstruire le Temple de Jérusalem. Et cela nous vaut le texte d’aujourd’hui :
    Connaissant le contexte difficile, ce langage presque triomphant nous surprend peut-être ; mais c’est un langage assez habituel chez les prophètes ; et nous savons bien que s’ils promettent tant la lumière, c’est parce qu’elle est encore loin d’être aveuglante… et que, moralement, on est dans la nuit. C’est pendant la nuit qu’on guette les signes du lever du jour ; et justement le rôle du prophète est de redonner courage, de rappeler la venue du jour. Un tel langage ne traduit donc pas l’euphorie du peuple, mais au contraire une grande morosité : c’est pour cela qu’il parle tant de lumière !
    Pour relever le moral des troupes, nos deux prophètes n’ont qu’un argument, mais il est de taille : Jérusalem est la Ville Sainte, la ville choisie par Dieu, pour y faire demeurer le signe de sa Présence ; c’est parce que Dieu lui-même s’est engagé envers le roi Salomon en décidant « Ici sera Mon Nom », que le prophète Isaïe, des siècles plus tard, peut oser dire à ses compatriotes « Debout, Jérusalem ! Resplendis… »
    Le message d’Isaïe aujourd’hui, c’est donc : « vous avez l’impression d’être dans le tunnel, mais au bout, il y a la lumière. Rappelez-vous la Promesse : le JOUR vient où tout le monde reconnaîtra en Jérusalem la Ville Sainte. » Conclusion : ne vous laissez pas abattre, mettez-vous au travail, consacrez toutes vos forces à reconstruire le Temple comme vous l’avez promis.
    J’ajouterai trois remarques pour terminer : premièrement, une fois de plus, le prophète nous donne l’exemple : quand on est croyants, la lucidité ne parvient jamais à étouffer l’espérance.
    Deuxièmement, la promesse ne vise pas un triomphe politique… Le triomphe qui est entrevu ici est celui de Dieu et de l’humanité qui sera un jour enfin réunie dans une harmonie parfaite dans la Cité Sainte ; reprenons les premiers versets : si Jérusalem resplendit, c’est de la lumière et de la gloire du SEIGNEUR : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi… sur toi se lève le SEIGNEUR, et sa gloire brille sur toi… »
    Troisièmement, quand Isaïe parlait de Jérusalem, déjà à son époque, ce nom désignait plus le peuple que la ville elle-même ; et l’on savait déjà que le projet de Dieu déborde toute ville, si grande ou belle soit-elle, et tout peuple, il concerne toute l’humanité.

    PSAUME – 71 (72)
    1 Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
    à ce fils de roi ta justice.
    2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
    qu’il fasse droit aux malheureux !
    7 En ces jours-là, fleurira la justice,
    grande paix jusqu’à la fin des lunes !
    8 Qu’il domine de la mer à la mer,
    et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !
    10 Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
    Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
    11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
    tous les pays le serviront.
    12 Il délivrera le pauvre qui appelle
    et le malheureux sans recours.
    13 Il aura souci du faible et du pauvre,
    du pauvre dont il sauve la vie.

    Imaginons que nous sommes en train d’assister au sacre d’un nouveau roi. Les prêtres expriment à son sujet des prières qui sont tous les souhaits, j’aurais envie de dire tous les rêves que le peuple formule au début de chaque nouveau règne : voeux de grandeur politique pour le roi, mais surtout voeux de paix, de justice pour tous. Les « lendemains qui chantent », en quelque sorte ! C’est un thème qui n’est pas d’aujourd’hui… On en rêve depuis toujours ! Richesse et prospérité pour tous… Justice et Paix… Et cela pour tous… d’un bout de la terre à l’autre… Or le peuple élu a cet immense avantage de savoir que ce rêve des hommes coïncide avec le projet de Dieu lui-même.
    La dernière strophe de ce psaume, elle, change de ton (malheureusement, elle ne fait pas partie de la liturgie de cette fête) : il n’est plus question du roi terrestre, il n’est question que de Dieu : « Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, lui seul fait des merveilles ! Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen ! » C’est cette dernière strophe qui nous donne la clé de ce psaume : en fait, il a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av.J.C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que ces voeux, ces prières ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on peut être certain qu’elle se réalisera.
    La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le « JOUR de Dieu » pour les prophètes, le « Royaume des cieux » pour Saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour Saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le messie et c’est ce messie que les croyants appellent de tous leurs voeux lorsqu’ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem .
    Ce psaume 71, particulièrement, est vraiment la description du roi idéal, celui qu’Israël attend depuis des siècles : quand Jésus naît, il y a 1000 ans à peu près que le prophète Natan est allé trouver le roi David de la part de Dieu et lui a fait cette promesse dont parle notre psaume. Je vous redis les paroles du prophète Natan à David : « Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai sa royauté… Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais » (2 S 7, 12 – 16).1
    De siècle en siècle, cette promesse a été répétée, répercutée, précisée. La certitude de la fidélité de Dieu à ses promesses en a fait découvrir peu à peu toute la richesse et les conséquences ; si ce roi méritait vraiment le titre de fils de Dieu, alors il serait à l’image de Dieu, un roi de justice et de paix.
    A chaque sacre d’un nouveau roi, la promesse était redite sur lui et on se reprenait à rêver… Depuis David, on attendait, et le peuple juif attend toujours… et il faut bien reconnaître que le règne idéal n’a encore pas vu le jour sur notre terre. On finirait presque par croire que ce n’est qu’une utopie…
    Mais les croyants savent qu’il ne s’agit pas d’une utopie : il s’agit d’une promesse de Dieu, donc d’une certitude. Et la Bible tout entière est traversée par cette certitude, cette espérance invincible : le projet de Dieu se réalisera, nous avançons lentement mais sûrement vers lui. C’est le miracle de la foi : devant cette promesse à chaque fois déçue, il y a deux attitudes possibles : le non-croyant dit « je vous l’avais bien dit, cela n’arrivera jamais » ; mais le croyant affirme résolument « patience, puisque Dieu l’a promis, il ne saurait se rejeter lui-même », comme dit Saint Paul (1 Tm 2, 13).
    Ce psaume dit bien quelques aspects de cette attente du roi idéal : par exemple « pouvoir » et « justice » seront enfin synonymes ; c’est déjà tout un programme : de nombreux pouvoirs humains tentent loyalement d’instaurer la justice et d’enrayer la misère mais n’y parviennent pas ; ailleurs, malheureusement, « pouvoir » rime parfois avec avantages de toute sorte et autres passe-droits ; parce que nous ne sommes que des hommes.
    En Dieu seul le pouvoir n’est qu’amour : notre psaume le sait bien puisqu’il précise « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice ».
    Et alors puisque notre roi disposera de la puissance même de Dieu, une puissance qui n’est qu’amour et justice, il n’y aura plus de malheureux dans son royaume. « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes !… Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. »
    Ce roi-là, on voudrait bien qu’il règne sur toute la planète ! C’est de bon coeur qu’on lui souhaite un royaume sans limite de temps ou d’espace ! « Qu’il règne jusqu’à la fin des lunes… » et « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». Pour l’instant, quand on chante ce psaume, les extrémités du monde connu, ce sont l’Arabie et l’Egypte et c’est pourquoi on cite les rois de Saba et de Seba : Saba, c’est au Sud de l’Arabie, Seba, c’est au Sud de l’Egypte… Quant à Tarsis, c’est un pays mythique, qui veut dire « le bout du monde ».
    Aujourd’hui, le peuple juif chante ce psaume dans l’attente du roi-Messie2 ; nous, Chrétiens, l’appliquons à Jésus-Christ et il nous semble que les mages venus d’Orient ont commencé à réaliser la promesse « Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande… Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ».
    —————————–
    Notes
    1 – Quand le chant « Il est né le divin enfant » nous fait dire « Depuis plus de 4000 ans nous le promettaient les prophètes », le compte n’est pas tout à fait exact, peut-être le nombre 4000 n’a-t-il été retenu que pour les nécessités de la mélodie.
    2 – De nos jours, encore, dans certaines synagogues, nos frères juifs disent leur impatience de voir arriver le Messie en récitant la profession de foi de Maïmonide, médecin et rabbin à Tolède en Espagne, au douzième siècle : « Je crois d’une foi parfaite en la venue du Messie, et même s’il tarde à venir, en dépit de tout cela, je l’attendrai jusqu’au jour où il viendra. »

    DEUXIEME LECTURE – Ephésiens 3 , 2…6
    Frères,
    2 vous avez appris, je pense,
    en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
    3 par révélation, il m’a fait connaître le mystère.
    Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance
    des hommes des générations passées,
    comme il a été révélé maintenant
    à ses saints Apôtres et aux prophètes,
    dans l’Esprit.
    Ce mystère,
    c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,
    au même corps,
    au partage de la même promesse,
    dans le Christ Jésus,
    par l’annonce de l’Evangile.

    Ce passage est extrait de la lettre aux Ephésiens au chapitre 3 ; or c’est dans le premier chapitre de cette même lettre que Paul a employé sa fameuse expression « le dessein bienveillant de Dieu » ; ici, nous sommes tout à fait dans la même ligne ; je vous rappelle quelques mots du chapitre 1 : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ».
    Dans le texte d’aujourd’hui, nous retrouvons ce mot de « mystère ». Le « mystère », chez Saint Paul, ce n’est pas un secret que Dieu garderait jalousement pour lui ; au contraire, c’est son intimité dans laquelle il nous fait pénétrer. Paul nous dit ici : « Par révélation, Dieu m’a fait connaître le mystère » : ce mystère, c’est-à-dire son dessein bienveillant, Dieu le révèle progressivement ; tout au long de l’histoire biblique, on découvre toute la longue, lente, patiente pédagogie que Dieu a déployée pour faire entrer son peuple élu dans son mystère ; nous avons cette expérience qu’on ne peut pas, d’un coup, tout apprendre à un enfant : on l’enseigne patiemment au jour le jour et selon les circonstances ; on ne fait pas d’avance à un enfant des leçons théoriques sur la vie, la mort, le mariage, la famille… pas plus que sur les saisons ou les fleurs… l’enfant découvre la famille en vivant les bons et les mauvais jours d’une famille bien réelle ; il découvre les fleurs une à une, il traverse avec nous les saisons… quand la famille célèbre un mariage ou une naissance, quand elle traverse un deuil, alors l’enfant vit avec nous ces événements et, peu à peu, nous l’accompagnons dans sa découverte de la vie.
    Dieu a déployé la même pédagogie d’accompagnement avec son peuple et s’est révélé à lui progressivement ; pour Saint Paul, il est clair que cette révélation a franchi une étape décisive avec le Christ : l’histoire de l’humanité se divise nettement en deux périodes : avant le Christ et depuis le Christ. « Ce mystère1, n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. » A ce titre, on peut se réjouir que nos calendriers occidentaux décomptent les années en deux périodes, les années avant J.C. et les années après J.C.
    Ce mystère dont parle Paul, c’est que le Christ est le centre du monde et de l’histoire, que l’univers entier sera un jour réuni en lui, comme les membres le sont à la tête ; d’ailleurs, dans la phrase « réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ », le mot grec que nous traduisons « chef » veut dire tête.
    Il s’agit bien de « l’univers entier » et ici Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus » ; on pourrait dire encore autrement : l’Héritage, c’est Jésus-Christ… la Promesse, c’est Jésus-Christ… le Corps, c’est Jésus-Christ… Le dessein bienveillant de Dieu, c’est que Jésus-Christ soit le centre du monde, que l’univers entier soit réuni en lui. Dans le Notre Père, quand nous disons « Que ta volonté soit faite », c’est de ce projet de Dieu que nous parlons et, peu à peu, à force de répéter cette phrase, nous nous imprégnons du désir de ce Jour où enfin ce projet sera totalement réalisé.
    Donc le projet de Dieu concerne l’humanité tout entière, et non pas seulement les Juifs : c’est ce qu’on appelle l’universalisme du plan de Dieu. Cette dimension universelle du plan de Dieu fut l’objet d’une découverte progressive par les hommes de la Bible, mais à la fin de l’histoire biblique, c’était une conviction bien établie dans le peuple d’Israël, puisqu’on fait remonter à Abraham la promesse de la bénédiction de toute l’humanité : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3). Et le passage d’Isaïe que nous lisons en première lecture de cette fête de l’Epiphanie est exactement dans cette ligne. Bien sûr, si un prophète comme Isaïe a cru bon d’y insister, c’est qu’on avait tendance à l’oublier.
    De la même manière, au temps du Christ, si Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus », c’est que celà n’allait pas de soi. Et là, nous avons un petit effort d’imagination à faire : nous ne sommes pas du tout dans la même situation que les contemporains de Paul ; pour nous, au vingt-et-unième siècle, c’est une évidence : beaucoup d’entre nous ne sont pas juifs d’origine et trouvent normal d’avoir part au salut apporté par le Messie ; pour un peu, même, après deux mille ans de Christianisme, nous aurions peut-être tendance à oublier qu’Israël reste le peuple élu parce que, comme dit ailleurs Saint Paul, « Dieu ne peut pas se renier lui-même ». Aujourd’hui, nous avons un peu tendance à croire que nous sommes les seuls témoins de Dieu dans le monde.
    Mais au temps du Christ, c’était la situation inverse : c’est le peuple juif qui, le premier, a reçu la révélation du Messie. Jésus est né au sein du peuple juif : c’était la logique du plan de Dieu et de l’élection d’Israël ; les Juifs étaient le peuple élu, ils étaient choisis par Dieu pour être les apôtres, les témoins et l’instrument du salut de toute l’humanité ; et on sait que les Juifs devenus chrétiens ont eu parfois du mal à tolérer l’admission d’anciens païens dans leurs communautés. Saint Paul vient leur dire « Attention… les païens, désormais, peuvent aussi être des apôtres et des témoins du salut »… Au fait, je remarque que Matthieu, dans l’évangile de la visite des mages, qui est lu également pour l’Epiphanie, nous dit exactement la même chose.
    Les derniers mots de ce texte résonnent comme un appel : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus par l’annonce de l’évangile » : si je comprends bien, Dieu attend notre collaboration à son dessein bienveillant : les mages ont aperçu une étoile, pour laquelle ils se sont mis en route ; pour beaucoup de nos contemporains, il n’y aura pas d’étoile dans le ciel, mais il faudra des témoins de la Bonne Nouvelle.

    EVANGILE – selon saint Matthieu 2, 1 – 12
    1 Jésus était né à Bethléem en Judée,
    au temps du roi Hérode le Grand.
    Or, voici que des mages venus d’Orient
    arrivèrent à Jérusalem
    2 et demandèrent :
    « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
    Nous avons vu son étoile à l’orient
    et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
    3 En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
    et tout Jérusalem avec lui.
    4 Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
    pour leur demander où devait naître le Christ.
    Ils lui répondirent :
    5 « A Bethléem en Judée,
    car voici ce qui est écrit par le prophète :
    6 Et toi, Bethléem, terre de Juda,
    tu n’es certes pas le dernier
    parmi les chefs-lieux de Juda,
    car de toi sortira un chef,
    qui sera le berger de mon peuple Israël. »
    7 Alors Hérode convoqua les mages en secret
    pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
    8 Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
    « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
    Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
    pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
    9 Après avoir entendu le roi, ils partirent.
    Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
    les précédait,
    jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
    où se trouvait l’enfant.
    10 Quand ils virent l’étoile,
    ils se réjouirent d’une très grande joie.
    11 Ils entrèrent dans la maison,
    ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
    et, tombant à ses pieds,
    ils se prosternèrent devant lui.
    Ils ouvrirent leur coffrets,
    et lui offrirent leurs présents :
    de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
    12 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
    ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

    On sait à quel point l’attente du Messie était vive au temps de Jésus. Tout le monde en parlait, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. La majorité des Juifs pensait que ce serait un roi : ce serait un descendant de David, il régnerait sur le trône de Jérusalem, il chasserait les Romains, et il établirait définitivement la paix, la justice et la fraternité en Israël ; et les plus optimistes allaient même jusqu’à dire que tout ce bonheur s’installerait dans le monde entier.
    Dans ce sens, on citait plusieurs prophéties convergentes de l’Ancien Testament : d’abord celle de Balaam dans le Livre des Nombres. Je vous la rappelle : au moment où les tribus d’Israël s’approchaient de la terre promise sous la conduite de Moïse, et traversaient les plaines de Moab (aujourd’hui en Jordanie), le roi de Moab, Balaq, avait convoqué Balaam pour qu’il maudisse ces importuns ; mais, au lieu de maudire, Balaam, inspiré par Dieu avait prononcé des prophéties de bonheur et de gloire pour Israël ; et, en particulier, il avait osé dire : « Je le vois, je l’observe, de Jacob monte une étoile, d’Israël jaillit un sceptre … » (Nb 24, 17). Le roi de Moab avait été furieux, bien sûr, car, sur l’instant, il y avait entendu l’annonce de sa future défaite face à Israël ; mais en Israël, dans les siècles suivants, on se répétait soigneusement cette belle promesse ; et peu à peu on en était venu à penser que le règne du Messie serait signalé par l’apparition d’une étoile. C’est pour cela que le roi Hérode, consulté par les mages au sujet d’une étoile, prend l’affaire très au sérieux.
    Autre prophétie concernant le Messie : celle de Michée : « Toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Prophétie tout à fait dans la ligne de la promesse faite par Dieu à David : que sa dynastie ne s’éteindrait pas et qu’elle apporterait au pays le bonheur attendu.
    Les mages n’en savent peut-être pas tant : ce sont des astrologues ; ils se sont mis en marche tout simplement parce qu’une nouvelle étoile s’est levée ; et, spontanément, en arrivant à Jérusalem, ils vont se renseigner auprès des autorités. Et c’est là, peut-être, la première surprise de ce récit de Matthieu : il y a d’un côté, les mages qui n’ont pas d’idées préconçues ; il sont à la recherche du Messie et ils finiront par le trouver. De l’autre, il y a ceux qui savent, qui peuvent citer les Ecritures sans faute, mais qui ne bougeront pas le petit doigt ; ils ne feront même pas le déplacement de Jérusalem à Bethléem. Evidemment, ils ne rencontreront pas l’enfant de la crèche.
    Quant à Hérode, c’est une autre histoire. Mettons-nous à sa place : il est le roi des Juifs, reconnu comme roi par le pouvoir romain, et lui seul… Il est assez fier de son titre et férocement jaloux de tout ce qui peut lui faire de l’ombre … Il a fait assassiner plusieurs membres de sa famille, y compris ses propres fils, il ne faut pas l’oublier. Car dès que quelqu’un devient un petit peu populaire… Hérode le fait tuer par jalousie. Et voilà qu’on lui rapporte une rumeur qui court dans la ville : des astrologues étrangers ont fait un long voyage jusqu’ici et il paraît qu’ils disent : « Nous avons vu se lever une étoile tout à fait exceptionnelle, nous savons qu’elle annonce la naissance d’un enfant-roi… tout aussi exceptionnel… Le vrai roi des juifs vient sûrement de naître » ! … On imagine un peu la fureur, l’extrême angoisse d’Hérode !
    Donc, quand Saint Matthieu nous dit : « Hérode fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui », c’est certainement une manière bien douce de dire les choses ! Evidemment, Hérode ne va pas montrer sa rage, il faut savoir manoeuvrer : il a tout avantage à extorquer quelques renseignements sur cet enfant, ce rival potentiel… Alors il se renseigne :
    D’abord sur le lieu : Matthieu nous dit qu’il a convoqué les chefs des prêtres et les scribes et qu’il leur a demandé où devait naître le Messie ; et c’est là qu’intervient la prophétie de Michée : le Messie naîtra à Bethléem.
    Ensuite, Hérode se renseigne sur l’âge de l’enfant car il a déjà son idée derrière la tête pour s’en débarrasser ; il convoque les mages pour leur demander à quelle date au juste l’étoile est apparue. On ne connaît pas la réponse mais la suite nous la fait deviner : puisque, en prenant une grande marge, Hérode fera supprimer tous les enfants de moins de deux ans.
    Très probablement, dans le récit de la venue des mages, Matthieu nous donne déjà un résumé de toute la vie de Jésus : dès le début, à Bethléem, il a rencontré l’hostilité et la colère des autorités politiques et religieuses. Jamais, ils ne l’ont reconnu comme le Messie, ils l’ont traité d’imposteur… Ils l’ont même supprimé, éliminé. Et pourtant, il était bien le Messie : tous ceux qui le cherchent peuvent, comme les mages, entrer dans le salut de Dieu.
    —————————
    Compléments
    – Au passage, on notera que c’est l’un des rares indices que nous ayons de la date de naissance exacte de Jésus ! On connaît avec certitude la date de la mort d’Hérode le Grand : 4 av JC (il a vécu de 73 à 4 av JC)… or il a fait tuer tous les enfants de moins de 2 ans : c’est-à-dire des enfants nés entre 6 et 4 (av JC) ; donc Jésus est probablement né entre 6 et 4 ! Probablement en 6 ou 5… C’est quand au sixième siècle on a voulu – à juste titre – compter les années à partir de la naissance de Jésus, (et non plus à partir de la fondation de Rome) qu’il y a eu tout simplement une erreur de comptage.
    – A propos de « l’Election d’Israël » : les mages païens ont vu l’étoile visible par tout un chacun. Mais ce sont les scribes d’Israël qui peuvent en révéler le sens… Encore faut-il qu’eux-mêmes se laissent guider par les Ecritures.


lundi 1er janvier 2018

  • Intention de prière du pape François pour janvier 2018

    Intention de prière : Les minorités religieuses en Asie

    Prions pour que pour que les chrétiens, ainsi que les autres minorités religieuses, puissent vivre leur foi en toute liberté dans les pays asiatiques.

    Prier au coeur du monde consacre son numéro à cette intention

     


  • Homélie du dimanche 7 janvier

    Dimanche 7 janvier 2018
    l’Épiphanie du Seigneur

    Références bibliques :
    Du livre du prophète Isaïe. 60. 1 à 6 : « Les nations marcheront vers la lumière. »
    Psaume 71 : « Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. »
    Lettre de saint Paul aux Ephésiens. 3. 2 à 6 : »Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage. »
    Evangile selon saint Matthieu. 2. 1 à 12 : »Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »
    ***
    En lisant cet épisode de l’enfance de Jésus, il faut aller au-delà du genre littéraire utilisé par saint Matthieu. En réalité, le récit des faits rapportés par lui devient un récit théologique élaboré à la lumière du mystère pascal.
    DE L’ENFANCE A LA RESURRECTION
    Une lecture attentive nous le fait découvrir par plusieurs détails. Ils nous ouvrent une lecture plus large que le merveilleux immédiat de cette « épiphanie », même si elle se situe dans le prolongement du prophète Isaïe.
    Le titre de « Rois des Juifs », par lequel les mages désignent le nouveau-né, réapparaîtra dans la bouche de Pilate au moment du procès de Jésus et de sera l’inscription de l’écriteau de la croix.
    Devant ce même questionnement de la part des mages, le roi et les prêtres ne dépassent pas leur interprétation humaine de l’Ecriture. Et ce sont les païens, les nations, qui iront jusqu’au seuil du mystère.
    Cette attitude des interlocuteurs des mages rejoint celle des chefs juifs durant la vie publique et la Passion de Jésus.
    La manifestation de Jésus aux mages est ainsi le commencement et le germe de la manifestation plénière qui se déploiera dans la mort et la résurrection du Christ, manifestation qui éclatera au matin de la Pentecôte.
    LE SALUT DES NATIONS
    Il ne faut pas non plus réduire la visite des mages à une aimable scène un peu folklorique permettant de mettre un peu de couleur dans les crèches.
    Saint Matthieu marque la nouveauté radicale que Jésus révèle dans sa mission de salut et que saint Paul souligne dans toute sa prédication. Le passage de la lettre aux Ephésiens le rappelle aujourd’hui : les païens ont accès au salut sans être fils d’Israël.
    A la question des mages, le pouvoir religieux et les scribes répondent sans hésitation : le Messie doit naître à Bethléem. Il leur suffit de s’appuyer sur la connaissance des Ecritures. Mais ils jugent inutile de vérifier le fait dont on vient de les mettre au courant. S’ils ont la connaissance de ce qu’en dit le prophète, ils ne jugent pas utile de se mettre en route à la rencontre de celui dont ils viennent de parler. Ils restent figés et enfermés dans leurs certitudes, comme ils le seront tout au long du ministère de Jésus. « Ils disent et ne font pas », dira plus tard Jésus à leur propos.
    De leur côté, les mages païens qui cherchent la vérité, se renseignent auprès de ceux qui leur paraissent les plus aptes à les éclairer au moment où l’étoile n’est plus là pour éclairer leur chemin. Quand on leur indique une orientation possible pour la trouver, ils reprennent leur recherche. A Bethléem, la « synagogue » en sera absente.
    En offrant au nouveau-né l’hommage des nations lointaines, les mages païens réalisent, par leur comportement, les prophéties messianiques qu’attendaient les juifs croyants. Païens de bonne volonté, les mages préfigurent tous ceux qui accèderont à la Bonne Nouvelle du salut universel en acceptant de vivre la vérité qu’ils ont découverts, même partiellement.
    ACCUEILLIR LE PROJET DE DIEU
    Lorsque nous méditons aujourd’hui cette manifestation universelle de Dieu, c’est-à-dire la révélation de son dessein de salut pour tous les hommes, nous ne pouvons faire autre chose que de nous demander, à notre tour, comment nous l’accueillons.
    Parler de salut universel, ce n’est pas seulement évoquer une vague espérance spiritualiste qui, dans une pieuse confusion, regrouperait toutes sortes de courants plus ou moins religieux ou philosophiques, Jésus n’étant alors que l’image symbolique privilégiée. Le salut est une réalité dont la souche est en Jésus, le Christ.
    Dans le même temps, il ne se greffe pas que sur la seule Promesse et la seule Alliance d’Israël. C’est parce qu’il est pleinement homme que le Christ peut être le sauveur de tous les hommes. Les racines même du salut sont dans l’humanité plénière de Jésus. C’est elle qui est universelle et qui assume tous les hommes, de tous les temps, de toute race, de tout pays et de toutes cultures.
    Les mages nous révèlent ainsi que tous les hommes peuvent accéder à la foi au travers des signes qu’ils reçoivent de Dieu. Il faut les vérifier sans doute, mais il faut surtout en tirer les conséquences. Comme eux nous devons nous mettre en route quand Dieu nous fait signe.
    LE MYSTERE DE CETTE UNIVERSELLE THEOPHANIE
    Dieu ne se découvre pas en conclusion d’un raisonnement, même si ce raisonnement s’appuie sur la Parole et l’Ecriture. C’est la foi et l’intelligence du coeur qui le révèlent. Dieu est amour et seul l’amour dont nous vivons nous introduit dans son mystère. La meilleure des logiques elle-même ne peut nous y introduire.
    Le silence de Dieu est trop souvent issu du bavardage des hommes, de notre manie de parler, d’expliquer, de définir. On comprendrait mieux ce qu’il nous dit avec patience, si l’on savait observer amoureusement les signes qu’il nous donne. Dieu sait attendre que l’homme se taise pour l’entendre, et c’est alors qu’il nous parle et se manifeste.
    Si éloignés de nous par leurs religions, leurs convictions, leur athéisme même, les « païens » d’aujourd’hui ne le sont pas de Dieu, parce qu’il les aime tous et sans aucune exception. Les différences sociales et culturelles peuvent nous paraître si grandes que nous avons du mal à croire que le Seigneur est venu pour tous ces hommes, ces milliards d’hommes.
    Mais vous savons que l’amour de Dieu est universel et infini, comme est universel le salut en Jésus-Christ, parce qu’il traverse toute l’épaisseur de notre réalité humaine. La nôtre comme la leur. Ce qui suppose la conversion et l’accueil dans la pauvreté et la vulnérabilité qui est le lot de tous les hommes. Les mages savants durent quémander leur chemin. Nous aussi nous avons à le quémander.
    Dans le même temps, nous nous demandons pourquoi leur chemin ne rejoint pas le nôtre. Les mages ont pris un autre chemin après la rencontre de l’enfant, roi des juifs et Messie. Saint Matthieu le souligne pour nous dire que le retour vers les scribes n’était pas la bonne orientation.
    L’Esprit de Dieu les a guidés autrement. Lui seul sait pourquoi et comment. Acceptons, nous aussi, d’être parfois déroutés de nos certitudes premières.
    ***
    La rencontre de Dieu, qui s’épanouira dans la claire vision de sa splendeur, n’est possible que dans l’ouverture, la recherche, la disponibilité et l’acceptation joyeuse et incessante de l’inattendu d’aujourd’hui.
    Elle se joue pas seulement au moyen de preuves irréfutables, même si elles sont celles que nous voulons étayer sur l’Ecriture. Cette rencontre ne se réalise que dans une relation vivante et actualisée avec Lui dans la foi. Les scribes d’Israël et les mages d’Orient en sont les témoins, chacun dans la manière dont ils ont vécu le même événement.
    « Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux Nations, grâce à l’étoile qui les guidait. Daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. » (Prière d’ouverture de la messe)


mardi 26 décembre 2017

  • Commentaires du dimanche 31 décembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 31 décembre 2017
    Fête de la Sainte Famille

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Genèse 15, 1 – 6 ; 21, 1 – 3
    En ces jours-là,
    15, 1 la parole du SEIGNEUR fut adressée à Abram dans une vision :
    « Ne crains pas, Abram !
    Je suis un bouclier pour toi.
    Ta récompense sera très grande. »
    2 Abram répondit :
    « Mon SEIGNEUR Dieu, que pourrais-tu donc me donner ?
    Je m’en vais sans enfant,
    Et l’héritier de ma maison, c’est Elièzer de Damas. »
    3 Abram dit encore :
    « Tu ne m’as pas donné de descendance,
    et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. »
    4 Alors cette parole du SEIGNEUR fut adressée à Abraham :
    « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier,
    mais quelqu’un de ton sang. »
    5 Puis il le fit sortir et lui dit :
    « Regarde le ciel,
    et compte les étoiles, si tu le peux… »
    Et il déclara :
    « Telle sera ta descendance ! »
    6 Abram eut foi dans le SEIGNEUR,
    et le SEIGNEUR estima qu’il était juste.
    21, 1 Le SEIGNEUR visita Sara
    comme il l’avait annoncé ;
    il agit pour elle comme il l’avait dit.
    2 Elle devint enceinte
    et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse,
    à la date que Dieu avait fixée.
    3 Et Abraham donna un nom
    au fils que Sara lui avait enfanté :
    il l’appela Isaac.

    NOTRE ANCETRE, ABRAHAM
    Le choix des lectures pour la fête de la Sainte Famille, cette année, nous surprendra peut-être : nous voilà renvoyés à la longue histoire de notre famille spirituelle depuis Abraham. Cet éleveur nomade, Irakien de naissance, qui a vécu vers 1850 avant J.C. n’a pourtant apparemment que peu de points communs avec nous, citadins du vingt-et-unième siècle après J.C. ! Dommage que nous n’ayons pas le temps de lire toute cette épopée d’Abraham dans la Bible ; ici, nous n’en avons qu’un raccourci trop rapide. Le texte que nous venons d’entendre juxtapose deux chapitres qui sont, en fait, très éloignés l’un de l’autre dans l’Ancien Testament.
    Tout avait commencé, par un premier appel du Seigneur à Abram (au chapitre 12 de la Genèse) : « Va pour toi, loin de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, et va vers le pays que je te ferai voir ». Premier appel, premières promesses (un pays, une descendance…), première mise en marche d’Abraham, sur ce simple appel de Dieu : « Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit. » (Gn 12, 4). Une marche qui le mène de campement en campement, en Egypte et en Canaan. Une « longue marche » d’Abraham, une longue marche, au propre et au figuré ! Une marche qui a duré des années, puisqu’Abram avait soixante-quinze ans lors du premier appel et qu’il en aura cent à la naissance d’Isaac. Une marche ponctuée encore de promesses, par exemple, au chapitre 13 : « Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre au point que si l’on pouvait compter la poussière de la terre, on pourrait aussi compter ta descendance. » (Gn 13, 16). Et sur ces promesses, qui n’étaient encore que des promesses, il a osé jouer sa vie.
    Puis c’est l’épisode du chapitre 15 qui est le début de notre lecture d’aujourd’hui : Abraham ne s’appelle encore que « Abram » et Dieu lui promet une descendance « aussi nombreuse que les étoiles ». Abram se permet seulement de faire remarquer que, pour l’instant, sa descendance est toujours inexistante : « Mon SEIGNEUR Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je suis (encore) sans enfant ». Cette question pleine de bon sens ne l’empêche pas de continuer à faire confiance. Et cet épisode se termine par la célèbre phrase « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste ».
    Entre ces promesses et la naissance d’Isaac, il y aura encore bien des événements : la célébration de l’Alliance entre Dieu et Abraham (dans la suite du chapitre 15), la naissance d’Ismaël (au chapitre 16), le changement de nom d’Abram en Abraham1 (au chapitre 17), l’apparition de Mambré (au chapitre 18) pour ne citer que les plus importants.
    Enfin, un « beau jour » au vrai sens du terme, le Seigneur tient sa promesse et c’est la naissance d’Isaac, premier maillon de la descendance d’Abraham et de Sara. (C’est la deuxième partie de notre lecture d’aujourd’hui, au chapitre 21).
    Mais pourquoi rappeler cette vieille histoire pour la fête de la Sainte Famille ?
    LE CHEMIN D’ABRAHAM
    Parce que c’est avec Abraham que l’humanité a fait le plus grand pas en avant ! Et nos familles humaines sont invitées à suivre le même chemin que lui : Abraham a fait trois découvertes qui tiennent en trois mots : la Foi, l’Alliance, la Justice : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste ». La foi, d’abord : cette simple formule « Abram eut foi dans le SEIGNEUR » nous dit que la foi est avant tout une relation. La foi n’est pas une vertu dans le vide : on n’a pas la foi tout court, mais la foi en Quelqu’un, la confiance en Quelqu’un. Et si nous regardons ce qu’on pourrait appeler ces coups de coeur successifs d’Abraham, ce n’est pas d’ordre intellectuel. Sa foi est une histoire. Une histoire tournée vers l’avenir : Dieu lui fait des promesses, il y croit : et pourtant, soyons francs, en toute bonne logique, il aurait toutes raisons de douter. Mais la confiance en quelqu’un ne retient pas les raisons de douter.
    On peut vraiment parler de découverte à propos de la foi d’Abraham : jusqu’à lui, les hommes cherchaient les dieux ; Abraham a découvert que c’est Dieu qui cherche l’homme et lui propose son Alliance. Et voilà la deuxième découverte, l’Alliance ; jusqu’ici les hommes faisaient des promesses aux divinités pour mériter leurs bienfaits ; pour Abraham, c’est Dieu qui prend l’initiative : « Ne crains pas, Abraham ! Je suis un bouclier pour toi. Ta récompense sera très grande ».
    Troisième découverte, la Justice : « Le SEIGNEUR estima qu’il était juste » ; la « justice » au sens biblique est d’abord « justesse » ; comme un bon instrument sonne juste, Abraham est simplement « accordé » au projet de Dieu sur lui. L’homme juste est celui qui répond « Me voici » à l’appel de Dieu, sans autre préalable. « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR estima qu’il était juste. » Pour jouer juste, il suffit que la flûte soit disponible, c’est le flûtiste qui la fait juste. Mais le flûtiste a besoin de sa flûte… Ainsi Dieu veut-il avoir besoin des hommes. D’hommes qui se laissent accorder à la musique éternelle de l’amour de Dieu.
    —————————
    1 – Quand Dieu change le nom de quelqu’un, il s’engage sans retour, il pénètre dans l’intime même de sa vie ; en l’appelant Abraham qui signifie « père d’une multitude », il lui confirme « je fais effectivement de toi le père d’une multitude ».
    Complément
    « Père d’une multitude aussi nombreuse que la poussière de la terre… ou que les étoiles dans le ciel… », selon les promesses de Dieu, Abraham l’est vraiment devenu ; une multitude dont la destinée ou la vocation, si vous préférez, tient entre ces deux images : poussière de la terre… nous sommes appelés à devenir des étoiles dans le ciel. Et le premier de cette multitude se prénomme Isaac : ce nom évoque le rire d’Abraham, puis de Sara, quand Dieu leur annonça qu’ils allaient procréer à un âge aussi avancé. Mais surtout, il dit la joie de Dieu, puisque, étymologiquement, Isaac veut dire « Dieu sourira ». Décidément l’histoire d’Abraham est bien à sa place pour la fête de la Sainte Famille : la joie de Dieu, c’est la fécondité de la famille humaine.

    PSAUME – 104 (105)
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR, proclamez son nom,
    annoncez parmi les peuples ses hauts faits :
    2 chantez et jouez pour lui,
    redites sans fin ses merveilles.
    3 Glorifiez-vous de son nom très saint :
    joie pour les coeurs qui cherchent Dieu !
    4 Cherchez le SEIGNEUR et sa puissance,
    recherchez sans trêve sa face.
    5 Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
    de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
    6 vous, la race d’Abraham son serviteur,
    les fils de Jacob, qu’il a choisis.
    8 Il s’est toujours souvenu de son alliance,
    parole édictée pour mille générations :
    9 promesse faite à Abraham,
    garantie par serment à Isaac.

    RENDEZ GRACE AU SEIGNEUR
    Il est rare que la Bible nous raconte une célébration liturgique ; mais justement le premier livre des Chroniques nous en rapporte une au cours de laquelle ce psaume 104/105 a été chanté, au moins en partie. Cela se passait quand David a choisi Jérusalem pour capitale, donc vers l’an 1000 av. J.C. : David était très conscient d’avoir tout reçu de Dieu… et donc, très logiquement, un de ses premiers soucis a été de bâtir un autel et d’installer l’Arche d’Alliance dans un lieu digne d’elle. Il a choisi la colline la plus élevée, celle qui dominait son palais au Nord et il y a fait solennellement monter l’Arche ; ce fut une grande fête populaire et, pour marquer le coup, David fit distribuer à chaque famille une miche de pain, un gâteau de dattes et un gâteau de raisins.
    Puis il organisa le service du culte autour de l’Arche : des prêtres chargés d’offrir les sacrifices, mais aussi des lévites, musiciens et chanteurs (1 Ch 16, 5s) ; parmi ces lévites, musiciens et chanteurs, un certain Asaph dont le nom revient en tête de quelques psaumes. Les quinze premiers versets de ce psaume 104/105 sont cités tels quels dans le livre des Chroniques au moment de l’installation de l’Arche à Jérusalem ; cela veut dire peut-être, qu’ils étaient chantés à Jérusalem, dès l’époque de David, donc avant même que Salomon construise le Temple. Et lorsque, trois cents ans plus tard, vers 700 av.J.C., le roi Ezéchias qui était pieux, voulut faire une grande réforme religieuse et rétablir le culte dans toute sa pureté à la manière de David, on dit qu’il fit reprendre le chant d’Asaph, c’est-à-dire très probablement ce psaume entre autres (2 Ch 29, 18 – 36). Ce qui veut dire que ce psaume 104/105 est considéré comme typique de la fidélité à l’Alliance avec Dieu ; il est donc très important pour nous de voir ce qu’il a de particulier !
    Or, ce qu’il a de particulier, c’est très simple : c’est un psaume de louange, qui énumère tous les bienfaits de Dieu. Il commence par une invitation solennelle adressée à tous les fidèles, du genre « Louez Dieu » (Alleluia !) : ce sont ces versets-là qui ont été retenus pour aujourd’hui ; on y lit toute une série d’impératifs : « Rendez grâce au SEIGNEUR, proclamez son nom, annoncez, chantez, jouez, redites sans fin ses merveilles… Glorifiez-vous de son nom… Cherchez le SEIGNEUR, souvenez-vous des merveilles qu’il a faites… ». Les merveilles qu’il a faites, cela se résume en quelques mots, c’est sa fidélité à l’Alliance qu’il a lui-même proposée à Abraham puis à chaque génération après lui. « Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites, de ses prodiges, des jugements qu’il prononça, vous la race d’Abraham son serviteur, les fils de Jacob qu’il a choisis. Il s’est toujours souvenu de son Alliance, parole édictée à mille générations ; promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac. »
    Soyons francs, il ne s’est pas encore écoulé mille générations entre le temps d’Abraham et celui de David ! Tout au plus huit cent cinquante ans, ce qui fait une vingtaine ou une trentaine de générations au maximum. Mais le lyrisme poétique ne sait pas compter, on le sait bien ! Dans la Bible, ce nombre mille est symbolique, il signifie une Alliance éternelle.
    Le reste du psaume détaille les oeuvres de Dieu en faveur de son peuple depuis Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse… C’est un vrai cours d’histoire ! Dieu a fait Alliance avec Abraham et lui a promis la terre : « Je te donne la terre de Canaan, c’est le patrimoine qui vous échoit ». Cette promesse, elle a été faite à une poignée d’immigrants ; mais Dieu les a toujours protégés, et le psaume continue : « Il n’a laissé personne les opprimer… » Et tous les épisodes de l’histoire d’Israël sont relus comme des interventions de Dieu au bénéfice de son peuple. Y compris l’histoire de Joseph, par exemple : ce sont ses frères, jaloux, qui se sont débarrassés de lui, et il s’est retrouvé esclave en Egypte, mais Dieu, encore une fois, a tiré de ce mal un bien pour son peuple ; puisque c’est grâce à la présence de Joseph en Egypte que ses frères purent y trouver refuge un peu plus tard en période de famine. « Il envoya devant eux un homme, Joseph, qui fut vendu comme esclave. On lui entrava les pieds, on lui passa un collier de fer… mais le maître des peuples le fit relâcher… Alors Israël entra en Egypte… Et Dieu multiplia son peuple… » Et ainsi de suite… le psaume est une véritable litanie des oeuvres de Dieu pour son peuple… Moïse, la libération d’Egypte, l’Exode…
    SOUVENEZ-VOUS POUR CONTINUER A ESPERER
    La clé de toute cette histoire, la voici : « Il s’est toujours souvenu de son alliance, parole édictée pour mille générations : promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac. » Il faut noter au passage le vocabulaire typique de l’oeuvre de libération de Dieu : « hauts faits, merveilles, prodiges ». Evidemment, toute cette rétrospective n’est pas un cours d’histoire ! Elle est une profession de foi ; la profession de foi du peuple qui, comme David, est conscient d’avoir tout reçu de Dieu, et qui proclame à la face du monde : Dieu est le vrai maître de notre histoire et il nous protège, nous son peuple, contre vents et marées. Ce peuple qu’il a librement choisi : « race d’Abraham son serviteur, les fils de Jacob, qu’il a choisis ». Dieu s’est librement engagé « promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac ».
    Mais tout ceci, bien sûr, doit avoir des conséquences, que l’on peut exprimer ainsi : « Dieu s’est souvenu… alors, à votre tour, souvenez-vous ». Voilà la morale de cette histoire : garder précieusement cette Mémoire est vital pour le peuple bénéficiaire de toute cette sollicitude de Dieu ; parce que Dieu a accompli ses promesses dans le passé, son peuple trouve la force, au long des siècles, de garder la foi dans les promesses pas encore réalisées : parce qu’on peut répéter à ses enfants « Le Seigneur fit comme il l’avait dit », les enfants, à leur tour, croiront en lui et transmettront la foi à leurs enfants.
    Belle leçon pour la fête de la Sainte Famille : la famille humaine ne sera sainte que si elle garde, de génération en génération, la mémoire des oeuvres de Dieu ; Il s’est souvenu… alors, à votre tour, souvenez-vous… le plus bel exemple nous en est donné par Marie dans le Magnificat : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, Saint est son nom… Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent… Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais ».

    DEUXIEME LECTURE – Hébreux 11, 8. 11-12. 17-19
    8 Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu :
    il partit vers un pays
    qu’il devait recevoir en héritage,
    et il partit sans savoir où il allait.
    11 Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge,
    fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance
    parce qu’elle pensait que Dieu serait fidèle à ses promesses.
    12 C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort,
    a pu naître une descendance aussi nombreuse
    que les étoiles du ciel
    et que le sable au bord de la mer,
    une multitude innombrable.
    17 Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve,
    Abraham offrit Isaac en sacrifice.
    Et il offrait le fils unique,
    alors qu’il avait reçu les promesses
    18 et entendu cette parole :
    C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom.
    19 Il pensait en effet
    que Dieu est capable même de ressusciter les morts :
    c’est pourquoi son fils lui fut rendu :
    il y a là une préfiguration.

    LA FOI DES HOMMES FAIT AVANCER LE PROJET DE DIEU
    « Grâce à la foi… » cette expression revient comme un refrain dans le chapitre 11 de la lettre aux Hébreux ; et l’auteur va jusqu’à dire que le temps lui manque pour énumérer tous les croyants de l’Ancien Testament, dont la foi a permis au projet de Dieu de s’accomplir. Le texte qui nous est proposé aujourd’hui n’a retenu qu’Abraham et Sara, car ils sont considérés comme le modèle par excellence. Tout a commencé pour eux avec le premier appel de Dieu (Gn 12) : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, et va vers le pays que je te ferai voir ». Et Abraham « obéit », nous dit le texte ; au beau sens du mot « obéir » dans la Bible : non pas de la servilité, mais la libre soumission de celui qui accepte de faire confiance ; il sait que l’ordre donné par Dieu est donné pour son bonheur et sa libération, à lui, Abraham.
    Croire, c’est savoir que Dieu ne cherche que notre intérêt, notre bonheur. Et, dit la lettre aux Hébreux, « Abraham partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage » : croire, c’est savoir que Dieu donne, c’est vivre tout ce que nous possédons comme un cadeau de Dieu.
    « Il partit sans savoir où il allait » : si l’on savait où l’on va, il n’y aurait plus besoin de croire ! Croire, c’est accepter justement de faire confiance sans tout comprendre, sans tout savoir ; accepter que la route ne soit pas celle que nous avions prévue ou souhaitée ; accepter que Dieu la décide pour nous. « Que ta volonté se fasse et non la mienne » a dit bien plus tard Jésus, fils d’Abraham, qui s’est fait à son tour, obéissant, comme dit Saint Paul, jusqu’à la mort sur la croix (Phi 2).
    « Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge avancé (quatre-vingt-dix ans), fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance » : elle a bien un peu ri, vous vous souvenez, lors de l’apparition chez Mambré, à cette annonce tellement invraisemblable, mais elle l’a acceptée comme une promesse ; et elle a fait confiance à cette promesse : elle a entendu la réponse du Seigneur à son rire « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le SEIGNEUR ? a dit Dieu. A la date où je reviendrai vers toi, au temps du renouveau, Sara aura un fils » (Gn 18, 14). Alors Sara a cessé de rire, elle s’est mise à croire et à espérer. Et ce qui était impossible à vues humaines s’est réalisé. « Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu serait fidèle à ses promesses ».
    Et il fallait la foi de ce couple pour que la promesse se réalise et que naisse la descendance « aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer ». Une autre femme, Marie, des siècles plus tard, entendit elle aussi l’annonce de la venue d’un enfant de la promesse et elle accepta de croire que « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1).
    RIEN N’EST IMPOSSIBLE A DIEU
    Grâce à la foi, encore, Abraham traversa l’épreuve de l’étonnante demande de Dieu de lui offrir Isaac en sacrifice ; mais là aussi, même s’il ne comprenait pas, Abraham savait que l’ordre de Dieu lui était donné pour lui, il savait que l’ordre de Dieu est le chemin de la Promesse.
    La logique de la foi va jusque-là : à vues simplement humaines, la promesse d’une descendance et la demande du sacrifice d’Isaac sont totalement contradictoires ; mais la logique d’Abraham, le croyant, est tout autre ! Précisément, parce qu’il a reçu la promesse d’une descendance par Isaac, il peut aller jusqu’à le sacrifier. Dans sa foi, il sait que Dieu ne peut pas renier sa promesse ; à la question d’Isaac « Père, je vois bien le feu et les bûches… mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répond en toute assurance : « Dieu y pourvoiera, mon fils ».
    Le chemin de la foi est obscur, mais il est sûr. Il ne mentait pas non plus quand il a dit en chemin à ses serviteurs « Demeurez ici, vous, avec l’âne ; moi et Isaac, nous irons là-bas pour nous prosterner ; puis nous reviendrons vers vous ». Il ne savait pas quelle leçon Dieu voulait lui donner sur l’interdiction des sacrifices humains, il ne connaissait pas l’issue de cette épreuve ; mais il faisait confiance. Des siècles plus tard, Jésus, le nouvel Isaac, a cru Dieu capable de le ressusciter des morts et il a été exaucé comme le dit aussi la lettre aux Hébreux.
    Voilà tout ce dont la foi nous rend capables : en hébreu, le mot « croire » se dit « Aman » (d’où vient notre mot « Amen » d’ailleurs) ; ce mot implique la solidité, la fermeté ; croire, c’est « tenir fermement », faire confiance jusqu’au bout, même dans le doute, le découragement ou l’angoisse. En français, on dit « j’y crois dur comme fer »… en hébreu, on dit plutôt « j’y crois dur comme pierre ». C’est exactement ce que nous disons quand nous prononçons le mot « Amen ». Nous avons là une formidable leçon d’espoir pour nos familles humaines ! En langage courant, on dit souvent « C’est la foi qui sauve » ; l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit « Vous ne croyez pas si bien dire : le projet de salut de Dieu s’accomplit par vous les croyants… Laissez-le faire, en vous et par vous, son oeuvre ».

    EVANGILE – selon saint Luc 2, 22 – 40
    22 Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse
    pour la purification,
    les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
    pour le présenter au Seigneur,
    23 selon ce qui est écrit dans la loi :
    Tout premier-né de sexe masculin
    sera consacré au Seigneur.
    24 Ils venaient aussi offrir
    le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :
    un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
    25 Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.
    C’était un homme juste et religieux,
    qui attendait la Consolation d’Israël,
    et l’Esprit Saint était sur lui.
    26 Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
    qu’il ne verrait pas la mort
    avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
    27 Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
    Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus
    pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait.
    28 Syméon reçut l’enfant dans ses bras,
    et il bénit Dieu en disant :
    29 « Maintenant, ô Maître souverain,
    tu peux laisser ton serviteur s’en aller
    en paix, selon ta parole.
    30 Car mes yeux ont vu le salut,
    31 que tu préparais à la face des peuples :
    32 lumière qui se révèle aux nations
    et donne gloire à ton peuple Israël. »
    33 Le père et la mère de l’enfant
    s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
    34 Syméon les bénit,
    puis il dit à Marie sa mère :
    « Voici que cet enfant
    provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
    Il sera un signe de contradiction
    35 – Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :
    ainsi seront dévoilées
    les pensées qui viennent du coeur d’un grand nombre. »
    36 Il y avait aussi une femme prophète,
    Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
    37 Elle était très avancée en âge ;
    après sept ans de mariage,
    demeurée veuve
    elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
    Elle ne s’éloignait pas du Temple,
    servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
    38 Survenant à cette heure même,
    elle proclamait les louanges de Dieu
    et parlait de l’enfant
    à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
    39 Lorsqu’ils eurent achevé
    tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,
    ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
    40 L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
    rempli de sagesse,
    et la grâce de Dieu était sur lui.

    L’attente du Messie était très vive dans le peuple juif à l’époque de la naissance de Jésus ; tout le monde n’en parlait pas de la même manière, mais l’impatience était partagée par tous. Certains parlaient de la « Consolation d’Israël », comme Syméon, d’autres de la « délivrance de Jérusalem », comme la prophétesse Anne. Certains attendaient un roi, descendant de David, qui chasserait les occupants, les représentants du pouvoir romain. D’autres attendaient un Messie tout différent : Isaïe l’avait longuement décrit et il l’appelait « le Serviteur de Dieu ».
    JESUS, LE MESSIE SERVITEUR ANNONCE PAR ISAIE
    A ceux qui attendaient un roi, les récits de l’Annonciation et de la Nativité ont montré que Jésus était bien celui qu’ils attendaient. Par exemple, l’ange avait annoncé à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » C’était étonnant, certainement, pour la jeune fille de Nazareth, mais c’était clair. En revanche, dans le récit de la présentation de Jésus au Temple, il n’est rien dit de cette facette de la personnalité de l’enfant qui vient de naître. Et d’ailleurs, le petit garçon qui entre au Temple dans les bras de ses parents est né, non pas dans un palais royal, mais dans une famille modeste et dans des conditions bien précaires.
    Il semble que Luc, ici, nous invite plutôt à voir en lui le serviteur annoncé par Isaïe (dans les chapitres 42, 49, 50, et 52-53). Rappelons-nous comment le prophète le présentait : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur… » (Is 42, 1)… « Le SEIGNEUR m’a appelé dès le sein maternel, dès le ventre maternel, il s’est répété mon nom » (Is 49,1 )… « Matin après matin, le SEIGNEUR me fait dresser l’oreille, pour que j’écoute comme les disciples ; le SEIGNEUR Dieu m’a ouvert l’oreille… » (Is 50, 4-5). C’est une manière de dire que ce serviteur était très docile à la parole de Dieu ; et il avait reçu pour vocation d’apporter le salut au monde entier. Isaïe disait : « Je t’ai mis en réserve et je t’ai destiné à être l’alliance de la multitude, à être la lumière des nations » (Is 42, 6)… « Je t’ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre » (Is 49, 6). Ce qui prouve qu’à l’époque d’Isaïe, on avait déjà bien compris que le projet d’amour et de salut de Dieu concerne toute l’humanité et pas seulement le peuple d’Israël.
    Enfin, le prophète ne cachait pas le sort terrible qui attendait ce sauveur : il accomplissait sa mission et par lui l’humanité était sauvée, mais parce que sa parole était jugée trop dérangeante, il était maltraité, méprisé, persécuté. Isaïe disait : « J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. » (Is 50, 6).
    SA VIE DONNEE POUR LE SALUT DES HOMMES
    Apparemment, sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, et parce qu’il connaissait parfaitement les prophéties d’Isaïe, Syméon a tout de suite compris que l’enfant était ce Serviteur annoncé par le prophète. Il a pressenti le destin douloureux de Jésus dont la parole inspirée devait être refusée par la majorité de ses contemporains : il dit à Marie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du coeur d’un grand nombre. »
    Mais Syméon a compris également que l’heure du salut de toute l’humanité venait de sonner : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut, que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
    Consolation d’Israël, délivrance de Jérusalem, Serviteur, cet enfant était bien le Messie qu’on attendait, c’est-à-dire celui qui apporte le Salut ; comme le disait encore le prophète Isaïe (chapitre 53) : « Par lui s’accomplira la volonté du SEIGNEUR » (Is 53, 10). Or, depuis Abraham, on sait que la volonté du Seigneur, c’est le salut de toutes les familles de la terre.


  • Lancement de la campagne nationale de communication pour la collecte du Denier

    En cette fin d’année 2017, la Conférence des évêques de France lance pour la première fois une campagne de communication nationale sur le denier.

    Visible dans toute la France cette campagne s’inscrit en complément mais aussi appui des campagnes diocésaines.

    Afin d’être diffusée largement plusieurs outils sont mis en place dès aujourd’hui. Cette action de communication passera notamment par de l’affichage, la diffusion d’un spot radio et des encarts publicitaires. Elle sera complétée par une campagne sur les réseaux sociaux.

    En 2016, le Denier (et autres dons assimilés) progresse de 1,1% : le montant total le montant total collecté est de 254 534 702 €.

    Écouter le spot radio


lundi 25 décembre 2017

  • Homélie du dimanche 31 décembre

    Dimanche 31 décembre 2017
    Fête de la Sainte Famille

    Références bibliques :
    Livre de la Sagesse.15.1 à 6 et 21. 1 à 3 : « Ne crains pas Abraham, tu recevras de cette Alliance un merveilleux salaire. »
    Psaume 104 : «  Le Seigneur s’est souvenu de son Alliance. »
    Lettre de saint Paul aux Colossiens. 3. 12 à 21 : « C’est lui qui fait l’unité dans la perfection. »
    Evangile selon saint Luc. 2. 22 à 40 : « Rempli de sagesse, la grâce de Dieu était sur lui. »
    ***
    LA FAMILLE TRINITAIRE
    Chez saint Jean, comme chez saint Paul, l’amour exprime et définit, essentiellement, un mode d’existence et non pas un simple mode de comportement, ni une émotion, ni un sentiment individuel à l’égard de l’autre.
    L’homme et la femme en font chaque jour l’expérience quand ils dépassent les « péripéties » de leur vie de couple. En eux, l’amour a créé un nouveau mode d’existence qui se découvre, se réalise et s’enrichit ainsi de plus en plus.
    Lorsque saint Jean veut nous définir Dieu, il déclare « simplement » : »Dieu est Amour. » C’est la seule définition que le Nouveau Testament donne de Dieu.
    « Dieu est Amour » signifie que l’amour n’est pas une qualité morale de Dieu. C’est bien la définition même de son être, de son mode d’existence. Dieu existe comme amour et cette définition de saint Jean contient tout le mystère trinitaire, ce mystère de l’échange dans l’amour et la liberté.
    La Trinité s’exprime aussi au travers du mystère de l’Incarnation. La personne du Père réalise la plénitude de son être, c’est-à-dire ce qui est essentiel en Lui par la naissance du Christ dans la grâce de l’Esprit d’Amour, l’Esprit-Saint. Nous le voyons au travers de nombreuses paroles du Christ à ses apôtres.
    Dans sa lettre aux Colossiens que nous lisons aujourd’hui, saint Paul met l’amour au-dessus de tous les comportements : la bonté, l’humilité, la douceur, la patience. « Par-dessus tout cela qu’il y ait l’amour, c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. » La perfection et l’unité de Dieu réside dans le fait qu’il est essentiellement « Amour ».
    LA FAMILLE A L’IMAGE DE DIEU
    Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous savons que notre humanité nous limite dans la voie qui nous conduit à la connaissance de Dieu.
    Mais dire que nous sommes « à l’image de Dieu » signifie que nous avons la possibilité naturelle de réaliser l’amour qui est Dieu. Pour ce faire, il nous faut vivre un amour réel, quotidien et continuel. Et c’est en cela que réside le mystère de la vie conjugale et familiale, qui doit être aussi vécue, dans l’unité, à l’image et à la ressemblance de Dieu, Unique et Trinité.
    La dynamique qui nous conduira à rendre réelle au quotidien cette ressemblance de l’amour divin en nos vies, c’est de donner toujours et partout à chaque membre constituant notre famille, la priorité de la relation personnelle, la priorité de la liberté des enfants de Dieu
    La tentation est forte, pour chaque conjoint entre eux comme pour les parents vis-à-vis de leurs enfants, de faire intervenir leur propre construction psychologique et, par là, de remplacer la réalité de chacun par la leur, en prodiguant des conseils, voire des ordres, où nous pensons protéger l’autre, mais, en fait, en lui imposant notre propre personnalité, en limitant ainsi la sienne.
    Lorsque Marie s’étonne de l’absence de Jésus qui est resté au Temple, l’enfant lui rappelle quelle est sa personnalité en évoquant « les affaires de son Père. » (Luc 2. 49) Marie ne s’insurge pas. Elle reprend cet événement et les médite dans son cœur pour les accueillir à leur juste mesure.
    Il en sera de même à Cana. Jésus se situe avec sa personnalité : »Mon heure n’est pas encore venue. » et Marie respecte la liberté de sa décision : »Faites tout ce qu’il vous dira. » (Jean 3. 4).
    Quand nous disons : »Dieu est avec nous » ou bien encore « Dieu vient nous prendre avec lui », nous risquons de n’en rester qu’à des mots ou qu’à des sentiments.
    Il nous faut regarder au plus près la vie de notre famille humaine qui s’est bâtie sur la Parole même de Dieu, pour qu’elle se réalise en Lui, non pas avec des personnalités juxtaposées, mais avec des personnes libres dans la communion d’un amour qui rejoint l’Amour de Dieu.
    Un Dieu Trinité où les trois personnes divines sont distinctes, mais unies dans une unique liberté d’échanges, Père, Fils et Esprit.
    L’AMOUR VECU AU QUOTIDIEN
    Le mystère de Noël que nous avons vécu, il y a quelques jours, n’est donc pas un épisode poétique de la vie de Jésus et de Marie, auquel Joseph est associé. Certes, l’imagination des hommes a donné une dimension humaine étonnante et poétique à ces heures de Bethléem, alors que les phrases de l’Evangile sont toutes simples.
    A ce point qu’on risque d’oublier ou de passer sous silence l’insondable mystère de l’Incarnation. En cet instant de l’Histoire, la présence de Dieu s’est réalisé en son Fils, homme parmi les hommes.
    En regardant vivre cette famille humaine de Galilée, nous découvrons la profondeur du mystère qui est aussi vécue par chacune de nos familles humaines.
    Cet enfant, fragile aux premiers jours, est gage d’avenir comme l’est tout enfant. Sa vie, comme toute vie, est un message dont il nous faut entendre chaque révélation, car, à sa manière, il est aussi « Dieu avec nous », il est l’Emmanuel.
    Dans le même temps que Marie a donné à Jésus un corps, un souffle de vie, et son amour, elle en a fait l’homme qu’il est devenu. Au jour le jour de sa vie familiale, Jésus, le bébé, le petit enfant, l’enfant ; l’adolescent, va recevoir de Marie, ce que tout être reçoit de sa mère : le sourire de la vie, l’exemplarité du devoir à accomplir, la délicatesse dans la vie quotidienne, la réalisation de la Parole de Dieu au travers des faits et gestes d’une femme de grande foi.
    Joseph, le père qui adopte cet enfant avec amour, patience et sens des responsabilités, lui donne le métier de charpentier. Il lui apprend les gestes méticuleux, laborieux, de l’homme qui sculpte les matériaux, les ajuste avec précision, les fait devenir utiles et beaux. Joseph lui apprend à parler aux hommes, avec les hommes. Au travers des commandes à réaliser, au travers des discussions pour le prix du travail, au travers des impatience du demandeur, Joseph apprend à Jésus le sens de la vie parmi les hommes.
    Le soir, en famille, l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, se retrouve avec ses parents, avec ses cousins et ses cousines, ou bien avec ses amis sur la place de Nazareth. Ils parlent, ils se réjouissent, ils s’attristent de la mort d’un proche. Jésus partage ainsi la vie de la famille de Marie et de Joseph, et par sa famille, la vie de tout son entourage. Nous le sentons au travers de beaucoup de ses paraboles.
    Vivant de la famille trinitaire qui est la sienne, vivant de la famille humaine qui est la sienne, il vit ce qui dépasse tout bien et ne disparaît jamais : l’amour, car c’est en lui que se réalise ce que saint Paul appelle « l’unité dans la perfection.» (Colossiens 3. 14) et qu’il propose à chacun : « Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ. » (Colossiens 3. 15)
    Nous avons peu de faits précis qui nous éclairent sur le style de vie de la Sainte Famille. Ce devait être celui de toute famille juive de Nazareth, mais vécu par des êtres simples aux yeux de leurs contemporains, exceptionnels aux yeux de Dieu, dans le don que chacun a fait de lui-même et qu’il accomplit jour après jour.
    C’est une famille ouverte, accueillante et joyeuse. Le Magnificat de Marie en est la preuve. Il n’a pas été le chant de joie d’un seul instant. Elle l’a chanté bien souvent, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle l’a confié à l’évangéliste, comme étant la trame même de toute sa vie avec Dieu. « Chantez et jouez pour lui, redîtes sans fin ses merveilles. » (Psaume 104)
    Jésus lui-même n’est pas venu pour « rabattre la joie », mais pour l’exalter. Il est heureux des chants de ses camarades sur la place du village (Matthieu 11. 17) Ce n’est pas à la légère qu’il dira : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie en abondance. » (Jean 10.10) et, à ses apôtres, lors du discours qu’il leur tient après la Cène : »Je vous dis cela pour que votre joie soit parfaite. »(Jean 16.24)
    ***
    Les conseil que saint Paul donne à nos familles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la phrase qui les introduit : »Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ ». Les difficultés quotidiennes sont le lot de toute existence humaine et familiale. Qu’à travers elles, que tous et chacun vivent et réalisent cette vie de famille « Dans le Seigneur », que ce soient les épouses, les maris, les enfants, les parents.
    Et que, par dessus tout, il y ait l’amour qui fait l’unité dans la perfection, qui est la réalité de la famille divine, et qui doit être la réalité de toute famille humaine.
    « Accorde à nos familles, Père très aimant, la grâce d’imiter la famille de ton Fils et de goûter avec elle, après les difficultés de cette vie, le bonheur sans fin. » (Oraison de la Communion)


dimanche 24 décembre 2017

  • Cette année encore, il est né le divin enfant !

    Ce soir, les chrétiens du monde entier fêtent la naissance de Jésus Fils de Dieu, le Sauveur attendu, annoncé par les prophètes.
    Comme le racontent les évangélistes Luc et Mathieu, Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Dans les environs, se trouvaient des bergers. L’Ange du Seigneur s’approcha et leur dit : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».
    Partout en France,des millions de catholiques se sont rendus à la messe de la nuit de Noël qui célèbre « une nuit de joie, parce que depuis aujourd’hui et pour toujours Dieu, l’Éternel, l’Infini, est Dieu-avec-nous » comme le rappelait le pape François lors de son homélie de l’année passée.
    Afin de vivre pleinement ce temps, le site noel.catholique.fr propose une série de questions et d’éclairages sur le sens de cette fête.
    Grâce aux 5000 contributeurs des diocèses, l’application MessesInfos a permis à de nombreuses personnes de pouvoir se rendre à une messe de Noël. Merci à eux !

    Retrouvez les questions du site noel.catholique.fr
     


samedi 23 décembre 2017

  • 25 décembre, Nativité de l’Homme-Dieu, Jésus Notre Sauveur

    25 décembre 2017
    Nativité de l’Homme-Dieu, Jésus Notre Sauveur

    Noël avec ses boules de couleurs,
    Avec ses guirlandes et ses lumières clignotantes,
    Avec sa neige artificielle sur des sapins en plastique.
    Non, çà, ce n’est pas le vrai Noël !

    C’est une fête, tant mieux !
    Mais la vraie fête est plus belle encore !

    Noël,
    La fête du non-conformisme de Dieu
    Qui semble vouloir quitter son éternité
    Pour s’insérer dans le temps de notre humanité,
    S’incarner dans nos limites et nos faiblesses,
    Notre petitesse et nos lenteurs.

    Noël,
    Mystère d’un enfant fragile comme nous,
    mystère de l’Incarnation qui se veut rédemptrice
    Pour chaque homme, pour tout homme, pour tout l’homme.
    Il a tout connu de l’homme, sauf le péché,
    Parce qu’il nous entraîne hors du péché,
    Là où il est, là où il vit.

    Il renverse la relation du créateur et de la créature.
    Nous n’avons plus à nous plier au sol devant lui
    Dans une adoration respectueuse.
    Nous avons à le prendre en nos bras en un geste affectueux,
    Dieu est amour et sa lumière est venue jusqu’à nous,
    pleine de grâce et de vérité.

    Il vient dans notre nuit, comme en la nuit de Bethléem.
    Fragile, ignoré, parce que nous le délaissons,
    Trop accaparé par nous même…

    Dieu en cet enfant se couche en notre humanité,
    Et l’homme peut désormais se relever divinisé.

    « O mes frères, n’excluez personne
    de cette annonce prodigieuse.
    Dieu a troqué sa condition pour la nôtre.
    C’est la nuit, c’est l’aube d’un merveilleux échange. »

    N’excluez personne, car il n’est de pauvres
    Qui ne soient visages de l’Homme-Dieu.

    Ouvre tes yeux pour voir,
    ouvre ton cœur pour l’accueillir et vivre.
    Il nous donne d’humbles signes
    Comme des semences enterrées, semences d’éternité !

    Et son amour défie le temps.
    Comme le pain et le vin qui viennent du sol,
    Il nous donne son pain, il nous offre son vin,
    Pain du don total de son corps,
    Vin généreux de son sang.

    Et chaque jour désormais, toute messe est Noël !
    Dans la nuit, au-delà des figures de ce monde,
    Il reste avec nous.

    C’est tous les jours la fête de notre Dieu.
    Dieu parmi nous


jeudi 21 décembre 2017

  • 3000 étudiants attendus à Lille les 3 et 4 février 2018

    Organisée tous les trois ans, la prochaine édition du rassemblement Ecclesia Campus se tiendra les 3 et 4 février prochain à Lille. Week-end national de réflexion, de rencontres, de prière, d’ateliers, d’échanges, et de fête cet événement rassemblera près de 3 000 étudiants, venus de toute la France et de la Belgique autour du thème « S’engager pour s’épanouir ! Donnez et vous recevrez (Lc 6,38) ».
    Après la première édition à Rennes en 2012 (avec 2500 étudiants de toutes filières), Grenoble en 2015 (avec 3000 étudiants de toutes filières), le Grand Palais de Lille (1 Boulevard des Cités Unies) se prépare à accueillir le rassemblement Ecclesia Campus pour sa 3ème édition. Plus grand rassemblement étudiant non sportif de France, Ecclesia Campus mobilise durant un week-end des jeunes venus de près de 70 villes différentes.
    Véritable pause offerte à chaque jeune pour s’interroger sur ses engagements, son avenir et sa vocation et afin d’approfondir le thème de cette édition 2018, plusieurs temps forts jalonneront le we : 2 conférences plénières, 55 ateliers thématiques, 9 temps de prière, 11 tables rondes, 2 messes ainsi qu’une veillée le samedi soir animée par la Communauté du Chemin Neuf. Pour permettre aux 3000 participants de vivre ce week-end, une équipe composée d’étudiants, d’aumôniers et de groupes locaux, travaille depuis plusieurs mois sur cet événement. Sur place 300 familles de toutes les paroisses de l’agglomération lilloise hébergeront les jeunes et 300 volontaires lillois aideront au bon déroulement du rassemblement.
    À la suite du pape François, le rassemblement Ecclesia Campus est un événement engagé. Dans l’esprit de l’encyclique Laudato Si’ et afin de réduire l’impact environnemental du week-end, plusieurs actions ont été mises en place : suppression des flyers et des publicités dans le kit du participant ; des Eco’cup seront fournies à chaque participant. Des actions concrètes d’engagement seront proposées : services, évangélisation, aide à des personnes en difficultés… Enfin, dans la dynamique engagée par l’Église de France pour soutenir les étudiants de Kirkouk, sur chaque inscription 3€ seront reversés en faveur du projet de Mgr Mirkis
    Le Réseau Ecclesia Campus, anime les 230 aumôneries étudiantes et communautés de Chrétiens en Grande Ecole présentes dans toutes les villes universitaires de France.


mardi 19 décembre 2017

  • Tous les horaires des messes de Noël dans votre poche !

    Le service MessesInfo permet de rechercher les horaires des messes du dimanche et des grandes fêtes chrétiennes de l’Église catholique en France.
    MessesInfo est au service des fidèles partout en France grâce à une base de données unique.
    Outil mutualisé, il repose sur un réseau national de 5 000 contributeurs, qui actualisent la base de données des horaires des messes : 8000 fiches paroisses, 40 000 lieux de cultes, 15 000 horaires différents (variable en fonction des temps liturgiques), plus 3 millions de visites par an et 18 millions de pages vues.
    Depuis décembre, une nouvelle version de l’application MessesInfo est disponible sur l’AppStore ou Google Play.
    Grâce à sa fonction de géolocalisation, MessesInfo offre la possibilité de trouver les horaires des messes à proximité du lieu où l’on se trouve. Il propose également un annuaire des églises en France avec leur localisation sur une carte et leurs coordonnées. Les fonctionnalités de l’application permettent d’effectuer une recherche de messe : par nom de vile, église ou paroisse ; par date… Elle permet aussi la mise en favori d’une église (disponible prochainement) et d’afficher les coordonnées correspondantes.

    À l’occasion de Noël, près de 7 000 messes ont déjà été enregistrées et sont disponibles dans l’application.


lundi 18 décembre 2017

  • Lancement du site egliseverte.org le 18 janvier 2018

    Lancé en septembre par les trois Églises chrétiennes (la Conférence des évêques de France, la Fédération Protestante de France, l’Assemblée des Évêques Orthodoxes de France) et le Conseil d’Églises Chrétiennes en France, le label « Église verte » est un outil à destination des paroisses/églises locales. Ce label a pour but de permettre à chaque communauté locale de favoriser leur conversion écologique.
    Le site egliseverte.org permet aux communautés de se situer et de progresser d’année en année en proposant un éco-diagnostic en ligne. Sur le site seront disponibles une série de ‘fiches pratiques’ (comment démarrer, mettre en place un compost, améliorer nos déplacements, intégrer la création dans nos célébrations…) qui auront pour but de guider les communautés qui le souhaitent dans la mise en place des projets, en s’appuyant sur des retours d’expériences.
    Chaque année, le CÉCEF propose une destination aux collecte qui ont lieu lors des célébrations de la semaine de prière pour l’unité chrétienne. Cette année, c’est le soutien à la mise en place du label « Église verte » qui a été choisi. La semaine de prière pour l’unité chrétienne se déroulera du 18 au 25 janvier 2018.


  • Commentaires du dimanche 24 décembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 24 décembre 2017
    4éme dimanche de l’Avent

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – 2 Samuel 7, 1-5. 8b-12. 14a. 16
    1 Le roi David habitait enfin dans sa maison.
    Le SEIGNEUR lui avait accordé la tranquillité
    en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient.
    2 Le roi dit alors au prophète Nathan :
    « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre,
    et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! »
    3 Nathan répondit au roi :
    « Tout ce que tu as l’intention de faire,
    fais-le,
    car le SEIGNEUR est avec toi. »
    4 Mais, cette nuit-là,
    la parole du SEIGNEUR fut adressée à Nathan :
    5 « Va dire à mon serviteur David :
    Ainsi parle le SEIGNEUR :
    Est-ce toi qui me bâtiras une maison
    pour que j’y habite ?
    8 C’est moi qui t’ai pris au pâturage,
    derrière le troupeau,
    pour que tu sois le chef de mon peuple Israël.
    9 J’ai été avec toi partout où tu es allé,
    j’ai abattu devant toi tous tes ennemis.
    Je t’ai fait un nom aussi grand
    que celui des plus grands de la terre.
    10 Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël,
    je l’y planterai, il s’y établira
    et ne tremblera plus,
    et les méchants ne viendront plus l’humilier,
    11 comme ils l’ont fait autrefois
    depuis le jour où j’ai institué des Juges
    pour conduire mon peuple Israël.
    Oui, je t’ai accordé la tranquillité
    en te délivrant de tous tes ennemis.
    Le SEIGNEUR t’annonce
    qu’il te fera lui-même une maison.
    12 Quand tes jours seront accomplis
    et que tu reposeras auprès de tes pères,
    je te susciterai dans ta descendance un successeur,
    qui naîtra de toi,
    et je rendrai stable sa royauté.
    14 Moi, je serai pour lui un père ;
    et lui sera pour moi un fils.
    16 Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi,
    ton trône sera stable pour toujours. »

    PREMIERE SURPRISE : LE REFUS DE DIEU
    Le roi David avait un projet : construire un temple à Jérusalem pour abriter l’Arche d’Alliance. A première vue, son intention était des plus louables ! Et donc, dans un premier temps, le prophète Nathan consulté lui répond : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le SEIGNEUR est avec toi ».
    Mais la nuit porte conseil, même aux prophètes. Cette nuit-là, Dieu vient dire à Nathan ce qu’il pense, lui Dieu, de ce projet ; et tout bascule. La réponse de Nathan tient en deux points : d’abord un refus, puis une promesse. Commençons par le refus : il est assez surprenant, il faut bien le dire, « Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? » : en bon hébreu, c’est un NON catégorique : « Non, toi, David, tu ne me bâtiras pas une maison. » Pour cela trois arguments très clairs : premièrement, je ne t’ai rien demandé. Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu’on peut installer, fixer quelque part ? Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l’homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c’est Dieu. Rappelle-toi les bienfaits de Dieu à ton égard.
    Je reprends ces trois arguments du prophète, l’un après l’autre.
    Premièrement, je ne t’ai rien demandé : Dieu n’attend pas le moins du monde que David lui bâtisse une maison. Simple tente ou palais princier, nos constructions n’ajoutent rien à la grandeur de Dieu.
    D’autre part, le projet de Dieu n’est pas du tout un temple de pierre : sa volonté va beaucoup plus loin que des constructions matérielles ; ce qu’il veut, c’est établir durablement son peuple ; il le redit encore par l’intermédiaire de Nathan : « Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira, il ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier… » C’est le peuple (et non le roi) qui est au centre du projet de Dieu. Et si Dieu protège le roi, c’est au bénéfice du peuple ; il le redit ici à David : « Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre… Je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis », mais il précise bien que c’est au profit du peuple : il suffit de noter la triple reprise de l’expression « mon peuple Israël » (aux versets 8 à 11).
    Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu’on peut installer, fixer quelque part ? Depuis le Sinaï, l’arche d’Alliance a toujours été abritée sous une simple tente de nomade et elle a accompagné le peuple dans tous ses déplacements ; comme un signe visible de la présence permanente de Dieu au milieu de son peuple. Et, depuis l’installation du peuple sur sa terre, cet état de choses n’a pas été remis en question ; (dans d’autres versets qui ne font pas partie de la liturgie de ce dimanche) Dieu envoie Nathan dire à David : « Je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j’ai fait monter d’Egypte les fils d’Israël : je cheminais sous une tente… je n’ai jamais réclamé qu’on me construise une maison. » (versets 6-7). Plus tard, ce sera très important de ne pas oublier que, quoi qu’il arrive, Dieu est toujours au milieu de son peuple, même dans les périodes où le temple est détruit, et même encore lorsque le peuple est loin de Jérusalem. (Je veux parler de l’Exil, bien sûr).
    Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l’homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c’est Dieu. On pourrait traduire : mon ami David, il ne faut pas te tromper : Dieu seul construit, Dieu seul fait vivre. « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ?… C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé : j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. » Autrement dit, c’est David qui est dans la main de Dieu et non l’inverse.
    DEUXIEME SURPRISE : LA PROMESSE DE DIEU
    Voilà donc pour le refus. Ensuite vient la promesse : elle est double d’ailleurs ; encore une fois la reprise de l’antique promesse de la terre, mais surtout une nouvelle promesse, c’est celle qui nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui : c’est moi, dit Dieu qui te bâtirai une maison. Evidemment, vous n’imaginez pas Dieu avec une truelle à la main ; l’hébreu comme le français permet un jeu de mots : la maison, c’est l’habitation (la maison familiale ou le palais du roi ou le temple de Dieu), mais on peut dire aussi la maison royale dans le sens de descendance (comme on dit la maison royale de Belgique ou d’Angleterre, par exemple). Dieu dit : Non, tu ne me bâtiras pas une maison (au sens d’habitation), c’est moi, Dieu, qui te bâtirai une maison (au sens de dynastie) : « Le SEIGNEUR t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté… Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »
    Dans un premier temps, David a entendu dans ces paroles la promesse d’une dynastie et de la consolidation de son royaume. De même que Dieu a choisi un peuple, et qu’il lui a assigné une terre et une ville, il a choisi une dynastie royale pour régner dans cette ville et gouverner son peuple.
    Dans un deuxième temps, c’est à cause de cette promesse qu’on a commencé à attendre un Messie. « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi » a dit Dieu. On en déduit que l’on peut compter sur le soutien indéfectible de Dieu à la dynastie qu’il a choisie ; de là est née l’espérance d’Israël ; depuis ce jour, pour entretenir l’espérance, on se répète en Israël ce mot « toujours ».
    Encore aujourd’hui le peuple juif l’attend parce qu’il sait que Dieu est fidèle.
    —————————-
    Complément
    « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. » (verset 14). C’était une formule d’alliance, employée par le suzerain envers son vassal. Elle était prononcée sur le roi le jour de son sacre, d’où le titre de Fils de Dieu porté par le roi. (cf infra, le commentaire du psaume 88/89). Au cours de l’histoire biblique, grâce à la Révélation, le peuple d’Israël, dès l’Ancien Testament, a découvert que la relation de l’homme à Dieu n’était pas celle d’un vassal à son suzerain mais que le peuple des croyants peut dire en vérité « Notre Père ».

    PSAUME – 88 (89), 2-3, 4-5. 27.29
    2 L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante ;
    ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
    3 Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ;
    ta fidélité est plus stable que les cieux.
    4 Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
    j’ai juré à David, mon serviteur :
    5 j’établirai ta dynastie pour toujours,
    je te bâtis un trône pour la suite des âges.
    27 Il me dira : « Tu es mon Père,
    mon Dieu, mon roc et mon salut ! »
    29 Sans fin je lui garderai mon amour,
    mon alliance avec lui sera fidèle.

    L’ALLIANCE DE DIEU AVEC LA DYNASTIE DE DAVID
    Dès le début de ce psaume, nous reconnaissons la promesse faite par Dieu à David : « J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges. » Vous vous rappelez l’histoire : quand David, plein de bonnes intentions, a proposé de construire pour Dieu un temple aussi beau ou même encore plus beau que son propre château, curieusement, Dieu ne semblait pas du tout intéressé par cette proposition ; par l’intermédiaire du prophète Natan, il a fait une contre-proposition avec ce jeu de mots sur le mot « maison » que l’hébreu permet aussi bien que le français : tu veux me construire une « maison » pour que j’y habite, a dit Dieu, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse… C’est moi qui te bâtirai une « maison », au sens de famille royale, de dynastie.
    Et c’est Dieu qui prenait l’initiative et qui parlait d’Alliance : « Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David mon serviteur ». Si on y réfléchit, il y a là une grande audace théologique : Dieu est engagé par serment. « J’ai juré à David mon serviteur ».
    Cette alliance entre Dieu et David s’exprime dans les mêmes termes que les traités de l’époque entre un suzerain et son vassal : « Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Et moi, j’en ferai mon fils aîné » : c’est la reprise exacte de la promesse de Dieu par l’intermédiaire du prophète Natan : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils, dit Dieu » ; ici « père » veut dire « suzerain », et « fils » veut dire « vassal ». On ne rêve pas encore d’autre relation à Dieu que celle-là ; mais c’est déjà l’assurance de la fidélité sans faille d’un tel suzerain.
    Encore un mot sur le titre « fils de Dieu » : primitivement, il était donc seulement synonyme de roi ; c’est le jour de son sacre que le roi le recevait officiellement ; le psaume 2 en porte la trace quand il rapporte la phrase qui était prononcée sur le roi par le prophète le jour du sacre : « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ».
    Je reviens sur l’expression « J’ai juré à David mon serviteur ». En quoi David est-il le serviteur de Dieu ? Est-il au service de la gloire de Dieu ? Pas du tout. David est au service du peuple de Dieu : c’est l’une des très grandes insistances de tous les textes sur la royauté dans la Bible.
    Il suffit de lire la très belle prière que David a formulée après la visite du prophète Natan. Dans le deuxième livre de Samuel, c’est la suite du texte que nous lisons aujourd’hui. Clairement, David avait compris que l’Alliance proposée par Dieu était bien plus profonde, bien plus belle que ce que nous aurions imaginé ; David faisait des rêves de grandeur à l’échelle humaine : un trône stable, durable, une dynastie à perte de vue… Dieu voit bien plus loin, bien plus grand : David proposait un temple grandiose : « Je vais bâtir une maison digne de toi, je vais te rendre gloire »… Dieu répond : « moi, je vais faire ton bonheur et le bonheur de mon peuple »…
    Au fond, c’est toujours pareil ; c’est l’homme qui parle de grandeur, alors que Dieu parle de bonheur ! L’Alliance proposée par Dieu est une alliance pour le bonheur du peuple. Car le véritable bénéficiaire de la promesse de Dieu, en définitive, ce n’était pas le roi lui-même, c’était le peuple.
    Vous savez la suite : David n’a pas bâti de temple, il s’est contenté d’abriter l’Arche d’Alliance sous une toile de tente comme pendant la longue marche de l’Exode. Mais il a surtout compris une autre leçon, beaucoup plus importante : c’est que le roi n’est que le serviteur de Dieu au service de son peuple.
    PEUT-ON ENCORE Y CROIRE ?
    Tous les versets que nous avons entendus aujourd’hui insistent donc sur cette promesse de Dieu au roi David ; mais, soyons francs, si, dans ce psaume, on rappelle avec tant de vigueur la promesse, c’est qu’on est en grand danger de ne plus y croire ! Effectivement, après la période de royauté prospère de David, puis Salomon, la Bible raconte que sont venus des jours moins glorieux.
    En particulier, pendant l’Exil à Babylone : on avait tout perdu, la terre, le temple, la royauté… quant au peuple, il n’était plus qu’un petit reste… On pouvait bien se demander ce qui subsistait des promesses de Dieu. Pour le dire autrement, que pouvait bien signifier cette promesse faite à David au moment même où on était privé de roi et où le peuple n’était plus qu’un groupe de prisonniers loin de sa terre ?
    Dans la suite de ce psaume qui est très long, de nombreux versets sont effectivement des rappels de la détresse du peuple pendant l’Exil à Babylone.
    Mais n’oublions pas que le peuple de la Bible est croyant ! Et voilà la merveille de la foi : justement parce qu’on avait apparemment tout perdu, sauf la foi, on a relu les vieilles promesses.
    « J’établirai ta dynastie pour toujours » : dans la foi, on ne peut pas douter de la promesse de Dieu ; forcément elle s’accomplira ; Dieu n’a certainement pas promis cela à la légère… donc, au moment même où il n’y a plus de roi sur le trône de Jérusalem, on continue à espérer : la dynastie de David ne peut pas s’éteindre ; il peut y avoir des jours sombres parce que la promesse de Dieu était assortie d’une condition de fidélité de la part du roi. Or les rois les uns après les autres ont manqué à leurs engagements envers Dieu et envers le peuple. C’est comme cela qu’on explique l’Exil à Babylone. Mais on est convaincus que la promesse de Dieu reste valable : il suffit que l’on retrouve le chemin de la fidélité.
    Par conséquent, malgré toutes les apparences contraires, on attend un nouveau roi descendant de David. C’est comme cela qu’est née l’attente du Messie. Et le mot « toujours » a pris alors la dimension d’une espérance invincible. On attend, on attendra aussi longtemps qu’il le faudra : le roi idéal promis par Dieu viendra.
    —————————
    Complément
    Pour qui a la curiosité de ne pas se contenter des versets d’aujourd’hui mais de lire ce psaume en entier dans la Bible, il y a de quoi être surpris ! Il y a de tout dans ce psaume : la confiance tranquille pour commencer « L’amour du Seigneur, à jamais je le chante, et sa fidélité d’âge en âge ; je le dis, c’est un amour bâti pour toujours »… et puis une hymne au Dieu de l’univers « C’est toi qui maîtrises l’orgueil de la mer, quand ses flots se soulèvent, c’est toi qui les apaises ». Car le seul vrai roi sur la terre, on le sait bien, c’est Dieu lui-même.
    Mais il y a aussi des cris et des larmes : « Où donc, Seigneur, est ton premier amour, celui que tu jurais à David sur ta foi ? » (verset 50) ; ce qui veut dire qu’on est dans une période où le danger est grand de douter de l’amour de Dieu. Comme s’il avait rompu des fiançailles…
    Il y a même presque un procès avec l’accumulation de tous les griefs que le peuple pourrait avoir à l’égard de Dieu : « Tu as méprisé, rejeté ton serviteur ; tu t’es emporté contre ton messie ; tu as jeté à terre et profané sa couronne… tu as brisé l’alliance… tu as mis en joie tous nos ennemis… tu as déversé sur nous la honte… » Et cette litanie se termine par « Combien de temps laisseras-tu flamber le feu de ta colère ? » Cette partie-là du psaume au moins a donc certainement été écrite à partir de l’expérience de l’Exil à Babylone.

    DEUXIEME LECTURE – Romains 16, 25-27
    25 A Celui qui peut vous rendre forts
    selon mon Evangile qui proclame Jésus-Christ :
    révélation d’un mystère
    gardé depuis toujours dans le silence,
    26 mystère maintenant manifesté
    au moyen des écrits prophétiques,
    selon l’ordre du Dieu éternel,
    mystère porté à la connaissance de toutes les nations
    pour les amener à l’obéissance de la foi,
    27 à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ
    à lui la gloire pour les siècles. Amen.

    LE GRAND PROJET DE DIEU AU BENEFICE DE TOUTE L’HUMANITE
    Nous venons de lire les derniers mots de la lettre aux Romains, la conclusion de cette longue épître très dense, de seize chapitres ; rien d’étonnant donc à ce qu’on y trouve une finale très solennelle. Ici, comme dans le texte grec, ces trois versets ne forment qu’une seule phrase : Paul trace à grands traits toute la fresque de l’histoire humaine dans laquelle se déroule le projet de Dieu. Car c’est le noyau, le thème central de la lettre et aussi de toute la théologie de Paul : ce fameux « dessein bienveillant », conçu depuis toute éternité, révélé progressivement aux hommes, pour le bonheur de l’humanité tout entière.
    L’expression « pour les conduire à l’obéissance de la foi » nous surprend peut-être ; en fait, la formule « l’obéissance de la foi » est très biblique dans la forme comme dans le fond ; dans la forme c’est tout simplement un pléonasme : la foi est synonyme d’obéissance, mais au très beau sens du mot « obéissance » dans la Bible, qui veut dire « confiance ». Dans le verbe « Ob-audire », il y a le mot « audire » (écouter) ; dans la Bible, obéir, c’est écouter amoureusement, parce qu’on vit dans la confiance ; c’est tout simplement avoir la foi. « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » (Ps 94/95) signifie « Aujourd’hui ferez-vous confiance à Dieu ? » Et d’ailleurs, l’expression grecque traduite ici par « obéissance de la foi » signifie en réalité « l’obéissance qu’est la foi ». C’est un thème qui revient tout le temps dans la Bible, y compris dans la fameuse profession de foi juive « Shema Israël » (Ecoute Israël, Dt 6, 4) : « Ecoute », c’est-à-dire, fais confiance ; n’oublie jamais que Dieu t’a libéré et te veut libre toujours ; c’est pourquoi tu peux faire confiance et obéir ; c’est la même chose.
    L’ENTREE DES NATIONS PAIENNES DANS LA FOI
    Il s’agit donc de conduire à l’obéissance de la foi (c’est-à-dire à la foi tout court, à la confiance) toutes les nations païennes ; voilà encore un thème biblique : le projet de Dieu est universel. On dit souvent que Paul est l’apôtre des nations païennes, mais bien avant lui, l’Ancien Testament affirmait que le salut de Dieu concerne l’humanité tout entière. Ce fut, grâce à la Révélation, bien sûr, l’une des grandes avancées de la pensée biblique, surtout après l’Exil à Babylone ; par exemple, chez Isaïe : « Ma Maison sera appelée Maison de prière pour tous les peuples » (Is 56, 7) ; ou dès avant l’Exil, chez Jérémie : « Moi, le SEIGNEUR, je suis le Dieu de toute chair » (Jr 32, 27), et Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » (Jl 3, 1).
    Une fois acquise cette conviction que le projet de Dieu est universel, c’est-à-dire qu’il concerne l’humanité tout entière, et pas seulement un peuple privilégié, alors on a relu dans ce sens la fameuse Parole de Dieu à Abraham « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12)
    S’il a fallu le répéter si fort et si souvent, c’est bien parce qu’on avait tendance à l’oublier, peut-être ; mais ne jugeons personne : aujourd’hui encore ce rappel n’est sans doute pas inutile aux Chrétiens que nous sommes. Saint Paul s’inscrit donc tout à fait dans la même ligne : « Toutes les nations sont associées au même héritage. » (Ep 3, 6). Dernière remarque sur ce point : Que les païens soient admis au même héritage, encore une fois, l’Ancien Testament l’avait déjà dit ; ce qui est nouveau ici, bien sûr, c’est la référence à Jésus-Christ : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Paul appelle cela la révélation du mystère et il emploie ici un mot que nous connaissons bien : « apocalypse » ce qui veut dire littéralement « dévoilement ».
    DIEU SE FAIT TOUT PROCHE POUR NOUS REVELER SON PROJET
    La grande découverte de l’Ancien Testament c’est que le Dieu Tout-Autre se fait le Tout-Proche : parce qu’il est le Tout-Autre, son projet n’est pas à la portée de notre intelligence humaine ; mais parce qu’il se fait Tout-Proche, il nous le révèle, il nous le dévoile, ou plus exactement, il nous invite à y entrer, à y participer. Paul est bien l’héritier de toute la méditation biblique ; il s’émerveille devant le Dieu Tout-Autre : dans cette même lettre aux Romains, il s’est écrié : « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables ! Qui en effet a connu la pensée du Seigneur ? Ou bien qui a été son conseiller ?1… Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. A lui la gloire éternellement. Amen. » (Rm 11, 33-36).
    Il s’émerveille aussi devant le Dieu qui se fait proche au point de nous faire entrer dans son mystère. Il le dit ici, mais également dans sa première lettre aux Corinthiens : « Ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. » (1 Co 2, 7). Un peu plus tard, la lettre aux Colossiens le dira dans une formule lapidaire : « Le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu’il a sanctifiés » (Col 1, 26).
    Quand Paul écrit : « Le mystère est maintenant manifesté », il parle des temps nouveaux inaugurés par la venue du Christ. Il divise l’histoire humaine en deux temps : avant et après la venue du Christ ; le mystère de Dieu se déploie sur l’ensemble de l’histoire, mais avant il ne se dévoilait que partiellement, progressivement ; désormais, en Jésus-Christ, il est pleinement dévoilé ; il ne nous reste plus qu’à ouvrir les yeux.
    Et là encore, nous retrouvons le génie de la construction de Paul : il termine sa lettre par là où il avait commencé (on a là une inclusion ou un parallèle, si vous préférez) ; rappelez-vous les premières lignes de sa lettre : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle de Dieu. Cet évangile, que Dieu avait déjà promis par ses prophètes dans les Ecritures saintes, concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, établi selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts : Jésus Christ Notre Seigneur » (Rm 1, 2-3).

    EVANGILE – selon saint Luc 1, 26 – 38
    26 En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu
    dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
    27 à une jeune fille vierge,
    accordée en mariage à un homme de la maison de David,
    appelé Joseph ;
    et le nom de la jeune fille était Marie.
    28 L’Ange entra chez elle et dit :
    « Je te salue, comblée-de-grâce,
    le Seigneur est avec toi. »
    29 A cette parole, elle fut toute bouleversée,
    et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
    30 L’Ange lui dit alors :
    « Sois sans crainte, Marie,
    car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
    31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils,
    et tu lui donneras le nom de Jésus.
    32 Il sera grand,
    il sera appelé Fils du Très-Haut ;
    le Seigneur Dieu
    lui donnera le trône de David son père ;
    33 il règnera pour toujours sur la maison de Jacob,
    et son règne n’aura pas de fin. »
    34 Marie dit à l’Ange :
    « Comment cela va-t-il se faire,
    puisque je ne connais pas d’homme ? »
    35 L’Ange lui répondit :
    « L’Esprit Saint viendra sur toi,
    et la puissance du Très-haut
    te prendra sous son ombre ;
    c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,
    il sera appelé Fils de Dieu.
    36 Or voici que, dans sa vieillesse, Elisabeth, ta parente,
    a conçu, elle aussi, un fils
    et en est à son sixième mois,
    alors qu’on l’appelait « la femme stérile ».
    37 Car rien n’est impossible à Dieu. »
    38 Marie dit alors :
    « Voici la servante du Seigneur ;
    que tout m’advienne selon ta parole. »
    Alors l’Ange la quitta.

    L’HEURE DE L’INCARNATION A SONNE
    Ce jour-là, l’histoire humaine a basculé : l’heure de l’Incarnation a sonné. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Toutes les promesses de l’Ancien Testament trouvent ici leur accomplissement. Chacune des paroles de l’Ange vient évoquer ces promesses et détailler l’une des facettes de l’attente du Messie telle qu’elle se développait depuis des siècles.
    Tout d’abord, on attendait un roi descendant de David : or ici, on entend un écho de la promesse faite à David par le prophète Natan que nous entendons en première lecture ce dimanche (2 S 7). C’est à partir de cette fameuse promesse que s’est développée toute l’attente messianique. Or ici, c’est le centre des paroles de l’ange Gabriel : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »1 (versets 32-33). Autre titre : « Il sera appelé Fils du Très-Haut » : en langage biblique, cela veut dire « roi » ; en écho à la promesse que Dieu avait faite à David, chaque nouveau roi recevait le jour de son sacre le titre de Fils de Dieu.
    Marie a tout compris, mais elle se permet de rappeler à l’Ange qu’elle est encore une jeune fille et que donc elle ne peut normalement pas concevoir d’enfant. Ce à quoi l’Ange apporte la réponse que nous connaissons, mais qui, elle aussi, évoque d’autres promesses messianiques, tout en les dépassant infiniment : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint. » On savait que le Messie serait investi de la puissance de l’Esprit Saint pour accomplir sa mission de salut ; Isaïe, par exemple, avait dit : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines, sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR » (Is 11, 1-2). Mais l’annonce de l’Ange, ici, va beaucoup plus loin : car l’enfant ainsi conçu sera réellement Fils de Dieu : « celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ».
    LE FILS DE DIEU
    Visiblement, saint Luc insiste sur le fait que cet enfant n’a pas de père humain, il est « Fils de Dieu » ; deux preuves dans ce texte : premièrement la remarque de la Vierge « je ne connais pas d’homme » ce qui veut dire « Je suis vierge ». Deuxièmement, la formule « Tu lui donneras le nom de Jésus » est adressée à la mère, ce qui
    est tout à fait inhabituel et ne s’explique que s’il n’y a pas de père humain : d’habitude, c’était le père qui donnait le nom à l’enfant.
    L’expression « La puissance du Très-haut te prendra sous son ombre » fait penser à une nouvelle création : on pense évidemment à cette phrase du livre de la Genèse « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux » (Gn 1, 2). Cette présence privilégiée de Dieu sur le Christ est encore suggérée par l’évocation de « l’ombre du Très-Haut » ; déjà elle était le signe de la Présence de Dieu au-dessus de la Tente de la Rencontre, pendant la marche de l’Exode ; le jour de la Transfiguration, la même nuée, la même ombre désignera le Fils de Dieu : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, Ecoutez-le ! »
    Face à toutes ces annonces de l’Ange, la réponse de la Vierge est d’une simplicité extraordinaire ! On peut dire qu’on a là un bel exemple « d’obéissance de la foi », comme dit Paul, c’est-à-dire de confiance totale. Elle reprend le mot de tous les grands croyants depuis Abraham : « Me voici » ; Marie répond tout simplement : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Le mot « servante » n’évoque pas ici la servilité, mais la libre disponibilité au projet de Dieu. Il suffit de dire « Oui », car « Rien n’est impossible à Dieu ».
    Grâce à ce « oui » de la jeune fille de Nazareth, « Le Verbe se fait chair et il vient habiter parmi nous » ; on entend ici résonner la lumineuse promesse de Sophonie qui annonçait la venue de Dieu au milieu de son peuple : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !… Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. » (So 3, 14-15).
    Mais tout est encore plus beau que ce que l’on avait pu imaginer. Marie n’aura pas trop de toute sa vie, sûrement, pour « méditer toutes ces choses dans son coeur ».
    ————————-
    Notes
    1 – « Son règne n’aura pas de fin » : cette phrase évoque également les paroles du prophète Daniel sur le « fils d’homme » qui devait recevoir une royauté éternelle.
    2 – En hébreu, « fille de Sion » désigne Sion, c’est-à-dire le peuple de Dieu (et non pas une femme précise). La promesse de Sophonie s’adressait à ses contemporains. Plus tard, les Chrétiens ont considéré que cette parole s’appliquait particulièrement bien à Marie.


  • Homélie du dimanche 24 décembre

    Dimanche 24 décembre 2017
    Quatrième dimanche de l’Avent

    Références bibliques :
    Livre de Samuel : 2 Sam. 7. 1 à 16 : « C’est moi qui t’ai pris au pâturage »
    Psaume 88 : « Sans fin, je lui garderai mon amour. »
    Lettre de saint Paul aux Romains : 16 25 à 27 : « Il était resté dans le silence depuis toujours. Aujourd’hui il est manifesté. »
    Evangile selon saint Luc : 1. 26 à 38 : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la Puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. »
    ***
    En plaçant le mystère de l’Annonciation dans le temps de l’Avent, l’Eglise souligne qu’elle n’est pas une simple fête mariale, mais qu’elle est l’un des moments fondamentaux de l’Incarnation rédemptrice.
    LA DEMEURE DE DIEU PARMI LES HOMMES
    Dieu assume l’humanité en l’une d’entre nous. Marie, une femme de notre humanité, reçoit comme révélation que la puissance du Très-Haut reposera sur elle. Ce qui l’identifie à la « Demeure », la tente dans laquelle les Israélites abritaient l’Arche d’Alliance de la Parole de Dieu, au long des étapes de leur marche dans le désert. (Livre des Nombres 9. 17 – Deutéronome 31. 15 – Exode 40. 36)
    Depuis la prise de Jérusalem en 598 av. J.C., l’arche avait disparu, mais pas ce qu’elle représentait : la proximité de Dieu qui fait vivre son Peuple. En Marie, la proximité se fait Incarnation.
    « Rien n’est impossible à Dieu ». Marie et l’ange s’accordent sur cette évidence de la foi. Ainsi parlait déjà le livre de la Genèse à propos de la naissance d’Isaac (Genèse 18. 14). Ainsi parle Jésus quand ses auditeurs auront compris que le salut est impossible à l’homme seul (Luc 18. 27). La naissance du Fils de Dieu parmi les hommes et la nouvelle naissance des fils que nous sommes sont l’œuvre de l’Esprit-Saint.
    PAR DELA L’ATTENTE
    L’Annonce faite à Marie, située dans le temps, est le mystère qui réalise l’attente séculaire du Peuple de Dieu. C’est tout cela que désormais Marie devra vivre et qui lui demande un acte de foi dont, aujourd’hui, nous avons peine à mesurer la profondeur et l’intensité des exigences quotidienne. Nous connaissons Jésus au travers du déroulement de sa vie. Marie devait faire un « saut « dans un avenir inconnu.
    Il lui est demandé un acte de foi qui exige d’elle un abandon total et dont elle ne découvrira l’immensité qu’au fur et à mesure de son union d’amour au cours de la vie humaine qu’elle partage désormais avec son fils, le Fils de Dieu fait homme.
    Grâce à sa mémoire biblique, Marie vivra la personnalité et la mission du Messie telles que la tradition davidique les a esquissées, telles que la tradition prophétique les a précisées, telles que les lui commentait la synagogue de Nazareth.
    SITUEE DANS SA VIE QUOTIDIENNE
    Car, dans le même temps, sa méditation quotidienne et sa prière les enrichiront au contact même de cette présence humano-divine du Christ. Cette contemplation d’amour, nous la découvrons au travers de son questionnement à l’ange-messager de Dieu, au travers de son « Magnificat », au travers de son silence lorsque son fils lui rappelle qu’il doit être « aux affaires » de son Père. « Elle conservait toutes ces choses en son cœur. »
    Le texte grec est plus fort que nos traductions destinées à la lecture publique : « Elle gardait avec soi … » Ce n’est pas un archivage égoïste. Le verbe grec est un verbe actif qui ajoute une plus grande expression aux mots qui suivent : « en son cœur », non pas dans sa mémoire, mais dans son amour. Car, selon l’expression courante, c’est du cœur que partent toute action et tout comportement de notre existence, toute connaissance réelle de ce que nous vivons.
    Chacun de nous reçoit aussi, chaque jour, l’Annonciation, par la grâce de Dieu. Comment l’accueillons-nous ? Accueillir, c’est se laisser quelqu’un prendre place dans notre propre vie. Et là, c’est laisser Dieu prendre place, dans le silence, la crainte parfois, la joie aussi.
    Marie n’est plus seule avec elle-même quand l’ange la quitte. Dieu est désormais en sa virginité, elle est en-ceinte, ceinte par Dieu lui-même. Celle qui avait offert l’abandon de sa fécondité, reçoit, en toute liberté, le don de la vie qui se féconde en elle au rythme des jours : « Que tout se passe pour moi selon ta parole. »
    LA PLENITUDE DES TEMPS
    « Voilà le mystère qui nous est révélé, ce mystère qui est porté à la connaissance de toutes les nations. » Pour saint Paul (Romains 16. 26) l’Evangile nous place « sur un autre registre » si nous pouvons parler ainsi. Ce n’est pas seulement celui d’Abraham, de David et des prophètes qui avaient annoncé ce mystère dans l’avenir du Peuple de Dieu.
    Dieu ne s’enferme plus dans un peuple. En Marie, il se donne à tous les hommes. Le mystère du salut des Nations, dont parle Isaïe, devient une réalité. Nous rejoignons non pas un simple royaume terrestre, mais la plénitude divine.
    « Dieu seul est sage ». C’est Dieu qui est Sagesse. Cette sagesse qui nous est destinée passe par Jésus-Christ qui est la Parole qui a rompu le silence de toujours, pour nous révéler maintenant et aujourd’hui ce mystère.
    La liturgie, en citant le texte de la lettre de saint Paul aux Romains, le souligne en encadrant ce texte par « Gloire à Dieu », au début et à la fin de la citation. En fait, la gloire de Dieu « qui a le pouvoir de nous rendre forts par l’Evangile que je vous ai prêché…Gloire à Dieu le seul sage, par Jésus-Christ. »
    PLUS QU’UNE PROXIMITE
    Ce mystère de la Nativité que nous allons fêter dans quelques jours, n’est donc pas seulement « Dieu avec nous. » C’est tout autant « nous avec Dieu et Dieu en nous ». Nous retrouvons là l’immensité du message que Marie a entendu « Le Seigneur est avec toi … pleine de grâce… La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Comme dans l’Ancienne Alliance, la nuée de Dieu l’absorbe.
    La nuée de Dieu nous absorbe en l’Esprit-Saint. L’homme a toujours cherché et cherche encore la proximité de Dieu. Depuis l’Incarnation révélée en Marie, c’est plus qu’une proximité. Il est avec nous et nous sommes avec Lui. Il peut être connu au travers de la dimension qui est la nôtre. L’Infiniment Autre a pris notre mesure en Jésus-Christ. A nous de prendre désormais la sienne.
    Comme Marie, il nous faut adorer ce mystère sans trop en parler avec des mots humains, car il ne peut s’exprimer en plénitude au travers de nos paroles humaines. « Marie gardait tout cela, avec soin, en son cœur ».
    L’HOMME DIVINISE
    Quand Dieu prend Marie en son sein trinitaire en la couvrant de son ombre, il vient dans le sein de la Vierge Mère. Chaque chrétien, devenu temple de l’Esprit-Saint par le baptême, est désormais aussi demeure de Dieu.
    Le mystère de l’Incarnation n’est pas un jour anniversaire, celui que nous fêtons à Noël. Au travers des millénaires, c’est la réalité de Dieu fait homme pour toujours. C’est la réalité de l’homme divinisé. Non pas seulement la possibilité d’atteindre un Dieu qui se fait proche, mais lui resterait extérieur. C’est la possibilité pour l’homme de partager la vie même de Dieu.
    Nous avons à accueillir Dieu en nous, l’Emmanuel, au travers des péripéties de notre vie comme au travers de nos évidences humaines qui se transforment en évidences de la Foi.


vendredi 15 décembre 2017

  • Drame de Millas : « Nos cœurs sont touchés » message de Mgr Norbert Turini

    La collision tragique entre un train et un autocar scolaire, survenue jeudi après-midi à Millas et qui a coûté la vie à quatre adolescents et laisse encore 10 blessés dans un état grave et d’autres encore dans un état préoccupant est une tragédie pour notre diocèse. Car c’est bien plus qu’un village ou qu’une communauté de paroisses qui sont touchés aujourd’hui mais tout un peuple qui souffre pour ses enfants. Ce matin mes pensées, au nom de toute la communauté catholique des Pyrénées Orientales, vont évidemment à toutes les victimes de ce drame, à leurs familles et proches et à tous ceux qui les ont côtoyés et qui sont en deuil et je m’associe à leur peine. J’assure toutes les personnes affectées par cet événement de mon soutien total et de ma prière en ces heures difficiles.
    Dans ce moment de douleur intense, où nos cœurs sont touchés, nous ne voulons pas oublier à quelques jours de Noël que le Christ vient partager notre humanité jusque dans ses plus grandes souffrances. Tous les hommes sont invités à puiser dans sa Lumière et sa Présence, la force et l’espérance nécessaires pour traverser une telle épreuve.
    Depuis les premières heures de ce tragique accident, notre diocèse est mobilisé pour soutenir les victimes, leurs familles et proches. Pour les accueillir, les entourer, les écouter, les réconforter et les accompagner du mieux que nous pouvons pour les aider à traverser cette douloureuse épreuve. L’Abbé Benoît De Roeck, curé de la communauté de paroisses touchée par ce drame est totalement mobilisé depuis jeudi soir et reste depuis à l’écoute de tous ceux qui cherchent du réconfort. Je l’assure, avec son équipe paroissiale de mon soutien total.
    Au-delà, le diocèse se rend disponible pour permettre à tous ceux qui le désirent, de se recueillir, de prier et d’accompagner les victimes et leurs familles dans la douleur.
    J’ai demandé à ce que le glas soit sonné dans toutes les églises du diocèse ce vendredi midi et à 19 h.
    Une messe est célébrée ce vendredi à 18 h en l’église Saint André de Saint Féliu d’Avall.
    Dimanche la messe paroissiale qui prendra une autre dimension aura lieu à 9 h 30 à Saint Féliu d’Avall.
    Dimanche soir à 18 h 30, je présiderai une veillée de prière à l’intention des victimes et de leurs proches dans l’église de Saint Féliu d’Avall.
    Les familles pleurent leurs enfants disparus et notre famille diocésaine pleure avec elles. Leur cœur est brisé et nous voulons leur ouvrir le nôtre pour les y accueillir et leur offrir notre espérance, notre affection sans limite et notre réconfort.
    + Norbert Turini
    Évêque de Perpignan Elne

    Message du pape François adressé à Mgr Turini
    Informé du tragique accident survenu entre un train et un bus scolaire près du village de Millas, causant la mort de plusieurs collégiens et en blessant beaucoup d’autres, Sa Sainteté le Pape François s’associe par la prière à la souffrance des familles éprouvées par ce drame ainsi qu’à la douleur des camarades, collégiens et collégiennes, des proches de toutes les victimes et de la population de la région.Il Invoque Dieu, Père de miséricorde, afin qu’il accueille dans la paix de sa lumière ces jeunes qui ont perdu la vie, et qu’il apporte réconfort et espérance aux blessés et à leurs familles. Le Saint­ Père leur exprime sa profonde sympathie les assurant de sa proximité spirituelle, ainsi qu’aux personnes qui les entourent et aux secouristes. En gage de réconfort, le Pape François adresse une affectueuse Bénédiction Apostolique à toutes les personnes touchées par ce drame.
    Cardinal Pietro Parolin
    Secrétaire d’État de Sa Sainteté


lundi 11 décembre 2017

  • Rencontre européenne de Taizé à Bâle

    La quarantième rencontre européenne sera la première organisée par la communauté de Taizé dans trois pays à la fois, la Suisse, l’Allemagne et la France, à Bâle ville marquée par le christianisme dans sa diversité depuis  des siècles.
    Ces rencontres sont l’occasion pour de jeunes chrétiens, de tous pays et de différentes confessions de vivre une nouvelle étape du « pèlerinage de confiance sur la terre » initié par frère Roger.
    Le CÉCEF (Conseil d’Églises chrétiennes en France) qui réunit les responsables des différentes Églises en France, invite les jeunes à se rencontrer dans les villes ou les départements de départ pour entreprendre ensemble ce voyage et entrer pleinement dans ce pèlerinage.


  • Commentaires du dimanche 17 décembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 17 décembre 2017
    3éme dimanche de l’Avent

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre du prophète Isaïe 61, 1-2a. 10-11
    1 L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi
    parce que le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction.
    Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
    guérir ceux qui ont le coeur brisé,
    proclamer aux captifs leur délivrance,
    aux prisonniers leur libération,
    2 proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR.
    10 Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR,
    mon âme exulte en mon Dieu.
    Car il m’a vêtue des vêtements du salut,
    il m’a couverte du manteau de la justice,
    comme le jeune marié orné du diadème,
    la jeune mariée que parent ses joyaux.
    11 Comme la terre fait éclore son germe,
    et le jardin, germer ses semences,
    le SEIGNEUR Dieu fera germer la justice et la louange
    devant toutes les nations.

    Il y a deux parties dans ce texte : dans la première, c’est bien Isaïe en personne, en tant que prophète, qui annonce une bonne nouvelle au peuple juif ; tandis que dans la seconde, c’est le peuple lui-même qui se réjouit comme si les promesses de la première partie étaient déjà accomplies : là on est en pleine anticipation ; la première partie, ce sont les versets « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi… Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle » ; la seconde commence par « Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR, mon âme exulte en mon Dieu. »
    Je commence par la première partie :
    LES DIFFICULTES DU RETOUR AU PAYS
    « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi… Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR. » C’est le prophète qui parle. Mais de qui parle-t-il ?
    Qui sont ces coeurs brisés, ces captifs, ces prisonniers, ces pauvres (littéralement les « dos courbés ») ? Bien sûr, il s’agit des habitants de Jérusalem et du peuple juif tout entier. Mais pourquoi sont-ils si affligés ?
    Car, à l’heure où Isaïe leur parle, justement, les habitants de Jérusalem ne sont plus ni prisonniers ni captifs : au contraire, ils sont revenus de l’Exil à Babylone, et ils ont même entrepris les travaux de restauration du Temple de Jérusalem. Je vous rappelle le contexte :
    Vous vous souvenez que l’Exil à Babylone a pris fin, tout simplement parce que Babylone, après ses heures de gloire, a été conquise à son tour par Cyrus, roi de Perse ; or, contrairement aux autres empereurs qui ont conquis successivement la région, Cyrus favorise le retour au pays des populations déplacées ; les déportés sont donc revenus. Il est vrai qu’ils ne sont pas un peuple libre pour autant, puisque la terre d’Israël est désormais sous la domination des rois de Perse, Cyrus puis ses successeurs ; mais enfin, on ne peut quand même pas parler de prison ou de captivité au vrai sens du terme.
    Seulement, voilà, finalement, ces exilés rentrés au pays sont affreusement déçus du retour : là-bas, à Babylone, ils attendaient leur libération, leur délivrance comme un grand bonheur… Ils espéraient connaître l’éblouissement de celui qui a été dans un cachot aveugle et qui émerge tout d’un coup à la lumière le jour où on lui ouvre la porte. En fait, ils découvrent qu’il existe dans nos vies d’autres prisons, d’autres chaînes, moins matérielles, mais tout aussi oppressantes.
    Car au pays, on ne les attendait pas vraiment. Et on leur a mis tous les bâtons possibles dans les roues pour les empêcher de reconstruire le Temple. Il faut dire qu’en leur absence, d’autres populations également déplacées par les vainqueurs ont été installées à Jérusalem, et y ont introduit leur propre religion ; désormais, par le biais des mariages mixtes (entre des Juifs et des étrangères), la religion juive est en minorité. Qui respecte encore la Loi ? Elle est loin, la pureté de la pratique religieuse qu’on espérait restaurer !
    D’où l’éternelle question qui renaît à chaque étape difficile : Dieu n’aurait-il pas abandonné son peuple ? Et la réponse toujours renouvelée des prophètes, et ici, en particulier d’Isaïe : Dieu ne peut pas se renier lui-même ; gardez confiance, vous êtes encore et toujours le peuple élu par Dieu pour une mission bien particulière.
    Du coup, nous pouvons relire les premiers versets de notre texte d’aujourd’hui : « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi, (c’est donc Isaïe qui parle) parce que le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR. » Le premier sens de ce texte, c’est donc : ne vous laissez pas aller au découragement, Dieu ne vous abandonnera jamais.
    Reste un mot un peu surprenant dans la bouche d’Isaïe : « Le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction. » Il s’agit de l’onction d’huile que recevaient les rois le jour de leur sacre ; celui qui avait reçu l’onction s’appelait désormais un « messie » parce que messie en hébreu veut dire « oint, consacré » ; et cette onction signifiait que le consacré (normalement le roi) avait mission d’apporter le bonheur à son peuple ; et voilà que c’est un prophète qui parle de lui-même dans les termes où l’on parlait des rois. Il dit : « Le SEIGNEUR a fait de moi un Messie ».
    C’est la preuve que, à l’époque du troisième Isaïe (auteur de ce texte) alors précisément qu’il n’y a plus de roi sur le trône de David, l’attente juive du Messie évolue ; elle n’est plus seulement l’attente d’un roi, fils de David ; le Messie attendu pourrait bien être un prophète.
    « JE TRESSAILLE DE JOIE DANS LE SEIGNEUR »
    Pour résumer cette annonce d’Isaïe, le bonheur, le vrai, c’est-à-dire la justice, la consolation pour tous va se lever sur Jérusalem ; alors la deuxième partie du texte s’éclaire : c’est Jérusalem (c’est-à-dire le peuple de Dieu) qui parle. Jérusalem qui se réjouit déjà, comme si c’était là : « Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR, mon âme exulte en mon Dieu. » Les prophètes usent souvent de ce genre d’anticipations pour montrer à quel point on peut être sûrs des promesses de Dieu.
    La fin du texte est très imagée : le manteau de la justice, des bijoux, un diadème : « Le SEIGNEUR m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. » Non seulement, c’est magnifique, mais le message théologique est très important : le manteau de la justice, c’est Dieu qui nous en enveloppe…
    Cela veut dire que notre rêve le plus profond, la pureté du coeur, est un cadeau de Dieu. C’est un don gratuit de Dieu, la plus magnifique des parures, le plus beau des bijoux, des diadèmes.
    Le texte se termine par ce que j’appellerai la parabole de la semence : « Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le SEIGNEUR Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » La germination est une belle image pour soutenir l’espérance : traduisez : confiance, à toute graine, il faut du temps…
    —————————-
    Complément : L’Année sabbatique ou jubilaire
    Lorsque Isaïe parle de l’année de bienfaits accordée par le Seigneur, il fait allusion à une coutume bien particulière qui nous est moins familière sans doute, mais que ses contemporains connaissaient très bien ; c’est presque un terme technique : il s’agit de l’année sabbatique ou même jubilaire ; tous les sept ans (l’année sabbatique), les esclaves hébreux devaient être libérés sans contrepartie ; tous les cinquante ans (l’année jubilaire), ce sont tous les habitants qui devaient être libérés, toutes les dettes remises, toutes les propriétés rendues à leurs premiers propriétaires. En un mot, on redécouvrait l’idéal de justice sociale voulu par Dieu pour la Terre Sainte.

    PSAUME – MAGNIFICAT DE LA VIERGE MARIE Luc 1, 46b-48, 49-50, 53-54
    46 Mon âme exalte le Seigneur,
    exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
    48 Il s’est penché sur son humble servante ;
    désormais tous les âges me diront bienheureuse.
    49 Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
    Saint est son nom !
    50 Son amour s’étend d’âge en âge
    sur ceux qui le craignent.
    53 Il comble de biens les affamés,
    renvoie les riches les mains vides.
    54 Il relève Israël, son serviteur,
    il se souvient de son amour.

    LE CHANT DE LA VISITATION
    Vous vous rappelez les circonstances dans lesquelles la Vierge Marie a chanté ce que nous appelons le Magnificat. Elle vient de recevoir la visite de l’ange Gabriel qui lui a annoncé la naissance de Jésus et qui lui a révélé la grossesse de sa cousine Elisabeth. Elle est aussitôt partie rendre visite à sa cousine : « En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. » (Luc 1, 39 – 45). En guise de réponse, Marie entonne le Magnificat.
    Une chose assez surprenante à propos du Magnificat : si vous ouvrez votre Bible à cette page de Saint Luc, vous trouverez dans la marge des quantités de références à d’autres textes bibliques ; et si vous connaissez les psaumes, vous en avez reconnu des bribes dans presque toutes les phrases du Magnificat. Ce qui veut dire que Marie n’a pas inventé les mots de sa prière. Pour exprimer son émerveillement devant l’action de Dieu, elle a tout simplement repris des phrases prononcées par ses ancêtres dans la foi.
    Il y a là, déjà, une double leçon : d’humilité d’abord. Spontanément, pourtant mise devant une situation d’exception, Marie reprend tout simplement les expressions de la prière de son peuple.
    De sens communautaire ensuite : on dirait aujourd’hui de sens de l’Eglise. Car aucune des citations bibliques reprises dans le Magnificat n’a un caractère individualiste ; elles concernent toujours le peuple tout entier. C’est l’une des grandes caractéristiques de la prière juive et maintenant de la prière chrétienne : le croyant n’oublie jamais qu’il fait partie d’un peuple et que toute vocation, loin de le mettre à l’écart, le met au service de ce peuple.
    LA PRIERE DES HOMMES DE LA BIBLE
    On retrouve donc dans la prière de Marie les grands thèmes des prières bibliques : j’en retiens au moins quatre :
    Premièrement, la joie de la foi
    Deuxièmement, l’émerveillement devant la fidélité de Dieu à ses promesses et à son Alliance
    Troisièmement, l’action de grâce pour l’oeuvre de Dieu
    Quatrièmement, la découverte de la prédilection de Dieu pour les pauvres et les petits
    Premier thème des prières bibliques, la joie de la foi : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur » ; dans la première lecture de ce troisième dimanche de l’Avent, nous lisons presque la réplique de cette phrase : « Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR, mon âme exulte en mon Dieu » (Is 61, 10) ; c’est un texte du troisième Isaïe, donc vers 500 av.J.C. Et cent ans plus tôt, vers 600 av.J.C., Habacuq avait dit : « Je bondis de joie dans le SEIGNEUR, j’exulte en Dieu, mon Sauveur ! » (Ha 3,18).
    Deuxième thème des prières bibliques : l’émerveillement devant la fidélité de Dieu à ses promesses et à son Alliance : chez Michée par exemple : « Tu accordes à Jacob ta fidélité, à Abraham ta faveur, comme tu l’as juré à nos pères depuis les jours d’autrefois. » (Mi 7,20). Et les psaumes y reviennent souvent : « Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël. » (Ps 97/98,3). « Oui, le SEIGNEUR est bon, éternel est son amour, sa fidélité demeure d’âge en âge » (Ps 99/100,5).
    Troisième thème des prières bibliques : l’action de grâce pour l’oeuvre de Dieu : Cela, c’est l’un des thèmes majeurs de la Bible, vous le savez bien ; et quand on dit l’oeuvre de Dieu, il s’agit toujours de l’unique sujet de toute la Bible, c’est-à-dire son grand projet, son oeuvre de libération de l’humanité. Par exemple : « Il est ta louange, il est ton Dieu, lui qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tu as vues de tes yeux » (Dt 10, 21). Ou encore, dans le psaume 110/111 : « Il apporte la délivrance à son peuple, son alliance est promulguée pour toujours. »
    Enfin, Quatrième thème des prières bibliques : la découverte de la sollicitude particulière de Dieu pour les pauvres et les petits : et toujours il intervient pour les rétablir dans leur dignité. « Il s’est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse », chante Marie. On trouve quelque chose de tout à fait semblable dans le cantique d’Anne, la maman de Samuel : « Mon cœur exulte à cause du SEIGNEUR ; mon front s’est relevé grâce à mon Dieu ! De la poussière, il relève le faible, il retire le malheureux de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, et reçoive un trône de gloire. » (1 S 2,1.8). Ce thème du renversement de situation est très cher à la Bible, dès l’Ancien Testament ; par exemple dans le psaume 112/113,7 : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre, pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple ». Ou encore cette phrase superbe du livre de Ben Sirac : « Le Seigneur a renversé les princes de leurs trônes des orgueilleux, et installé les doux à leur place. » (Si 10,14).
    J’ai parlé de « sollicitude particulière » de Dieu pour les pauvres et les petits. Je n’ai pas parlé de « préférence » de Dieu pour les pauvres. Parce qu’il me semble que l’Amour infini n’a pas de préférences, il est infini pour chacun de nous, grands ou petits. J’ai parlé de « sollicitude particulière pour les pauvres » parce que ce sont ceux qui ont de plus urgents besoins. Mais tous, grands ou petits, nous pouvons compter sur l’Amour infini.

    DEUXIEME LECTURE – 1 Thessaloniciens 5, 16-24
    Frères,
    16 soyez toujours dans la joie,
    17 priez sans relâche,
    18 rendez grâce en toute circonstance :
    c’est la volonté de Dieu à votre égard
    dans le Christ Jésus.
    19 N’éteignez pas l’Esprit,
    20 ne méprisez pas les prophéties,
    21 mais discernez la valeur de toute chose :
    ce qui est bien, gardez-le ;
    22 éloignez-vous de toute espèce de mal.
    23 Que le Dieu de la paix lui-même
    vous sanctifie tout entiers ;
    que votre esprit, votre âme et votre corps,
    soient tout entiers gardés sans reproche
    pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ.
    24 Il est fidèle, Celui qui vous appelle :
    tout cela, il le fera.

    LES YEUX FIXES SUR L’HORIZON
    Je prends une comparaison, lorsque nous partons en voyage, c’est le but (la destination finale) du voyage qui nous dicte la route à prendre ; pour Paul, le but du voyage chrétien, c’est l’établissement du Royaume de Dieu à la fin des temps. Et, dans toutes ses lettres, on découvre à quel point le retour du Christ est l’horizon de toutes ses pensées.
    C’est ce qui justifie toutes les recommandations qu’il donne ici aux Thessaloniciens. Vivre les yeux fixés sur l’horizon (c’est-à-dire l’établissement du Royaume de Dieu), c’est prier, c’est agir et tout cela dans la joie.
    Il ne s’agit pas de n’importe quelle joie bien sûr : il ne s’agit pas d’un optimisme béat, et d’ailleurs, si Saint Paul doit préciser « soyez toujours dans la joie », c’est que les Thessaloniciens avaient parfois du mal à rester joyeux ; ce que l’on comprend bien puisque l’on sait qu’ils connaissaient déjà la persécution ; et que Paul a dû quitter précipitamment Thessalonique, après seulement quelques semaines de présence et de prédication parce que la colonie juive le dénonçait au pouvoir romain comme fauteur de troubles.
    Aujourd’hui encore, on a parfois du mal à se réjouir quand on pense à toutes les guerres meurtrières qui endeuillent trop de pays tous les jours, au terrorisme et à la persécution religieuse qui fleurit ici ou là, ou aux problèmes économiques et à la vie misérable de tant d’hommes et de femmes sur la planète.
    Et pourtant, aux yeux de Paul, la joie est possible et même recommandée : il s’agit de la joie profonde de l’assemblée croyante ; joie d’accueillir la Bonne Nouvelle de la Parole de Dieu ; joie de lire dans nos vies les signes de l’Esprit ; joie d’une vie fraternelle…
    IL EST FIDELE, LE DIEU QUI VOUS APPELLE
    Joie de voir naître, lentement peut-être, mais sûrement, le Règne de Dieu. Joie de nous appuyer, non pas sur nos propres forces, mais sur le rocher de la fidélité de Dieu. Vous avez remarqué dans notre texte les derniers mots de Paul : « Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela il l’accomplira » ; dans cette phrase, je lis au moins trois choses :
    Premièrement, Il le fera ; c’est-à-dire que le premier artisan du Royaume de Dieu, c’est Dieu lui-même.
    Deuxièmement, Il est fidèle : pour des interlocuteurs juifs, c’était leur foi, leur certitude depuis bien longtemps ; parce que leur histoire était justement pleine de l’expérience de cette fidélité de Dieu, quelles que soient les infidélités de son peuple ; mais pour des interlocuteurs non-juifs, c’était une nouvelle extraordinaire que de découvrir que l’histoire tout entière de l’humanité est accompagnée par la fidélité de Dieu ; d’un Dieu qui n’a pas d’autre but que le bonheur du genre humain tout entier. Rappelez-vous ce que Paul écrit dans la lettre à Timothée : « Je recommande avant tout que l’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâce, pour tous les hommes… Voilà ce qui est beau et agréable aux yeux de Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tm 2, 1-4).
    Si seulement tous nos contemporains étaient conscients que Dieu n’a pas d’autre but que le salut et le bonheur de tous les hommes… Il me semble que la face du monde serait changée !
    Troisièmement, Dieu vous appelle : cette expression vient contrebalancer ce que j’ai dit plus haut ; d’une part, il est vrai que Dieu est le premier artisan de la venue du Royaume… Mais il nous appelle à y contribuer.
    Par la prière, d’abord : vous l’avez entendu dans la lettre à Timothée, mais aussi dans le début du texte d’aujourd’hui : « Priez sans relâche, rendez grâce en toutes circonstances : c’est la volonté de Dieu à votre égard ».
    Par toute notre action, ensuite… parce que prier, ce n’est pas nous débarrasser sur Dieu des tâches qui nous reviennent, c’est puiser dans son Esprit les ressources nécessaires, en force et en imagination, pour accomplir la participation qu’il attend de nous.
    N’ETEIGNEZ PAS L’ESPRIT
    Et c’est bien pour cela que Paul ajoute « N’éteignez pas l’Esprit » : comme on dirait il ne faut pas éteindre un feu, une flamme qui éclaire la nuit ; ce qui signifie que l’Esprit est une flamme qui brûle déjà en nous et dans le monde. Rappelez-vous cette phrase superbe de la quatrième prière eucharistique : « L’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification ».
    Paul fait encore deux recommandations : « Ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose » ; quand on sait à quel point les Grecs étaient friands de manifestations charismatiques (don des langues, prophéties…) on peut comprendre ce double conseil : d’une part, respectez les dons qui se manifestent parmi vous : si quelqu’un prophétise, c’est-à-dire est le porte-parole de Dieu, acceptez de vous laisser interpeller : ne courez pas le risque de refuser d’écouter Dieu lui-même ; mais sachez discerner ; ne suivez pas n’importe qui aveuglément.
    Comment reconnaître ce qui vient de l’Esprit Saint ? C’est bien simple : comme il le dira plus tard, dans la lettre aux Corinthiens, ce qui vient de l’Esprit Saint, c’est ce qui édifie la communauté.
    Il me semble qu’ici le critère que nous donne Paul, c’est « choisissez ce qui fait avancer le Royaume ».
    Comme le disait Mgr Coffy : « Réintroduire dans nos pensées, nos jugements, nos comportements une référence au Royaume de Dieu qui vient est aujourd’hui une tâche essentielle de l’Eglise, non pas parce que la culture met l’accent sur le futur – raison non négligeable – mais parce que la fidélité à la Révélation l’exige ». (« Eglise, signe de salut au milieu des hommes » ; Conférence des Evêques à Lourdes, 1971).
    —————————
    Complément
    Traditionnellement, ce dimanche s’appelait le dimanche de « Gaudete », ce qui veut dire en latin « réjouissez-vous », et les ornements étaient roses. Ce mot « gaudete » est le premier de cette deuxième lecture, tirée de la première lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens.

    EVANGILE – selon saint Jean 1, 6-8. 19-28
    6 Il y eut un homme envoyé par Dieu ;
    son nom était Jean.
    7 Il est venu comme témoin,
    pour rendre témoignage à la Lumière,
    afin que tous croient par lui.
    8 Cet homme n’était pas la Lumière,
    mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
    19 Voici le témoignage de Jean,
    quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem
    des prêtres et des lévites pour lui demander :
    « Qui es-tu ? »
    20 Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement :
    « Je ne suis pas le Christ. »
    21 Ils lui demandèrent :
    « Alors qu’en est-il ?
    Es-tu le prophète Élie ? »
    Il répondit : « Je ne le suis pas.
    – Es-tu le Prophète annoncé ? »
    Il répondit : « Non. »
    22 Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ?
    Il faut que nous donnions une réponse
    à ceux qui nous ont envoyés.
    Que dis-tu sur toi-même ? »
    23 Il répondit :
    « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :
    Redressez le chemin du Seigneur,
    comme a dit le prophète Isaïe. »
    24 Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.
    25 Ils lui posèrent encore cette question :
    « Pourquoi donc baptises-tu,
    si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? »
    26 Jean leur répondit :
    « Moi, je baptise dans l’eau.
    Mais au milieu de vous
    se tient celui que vous ne connaissez pas ;
    c’est lui qui vient derrière moi,
    et je ne suis pas digne
    de délier la courroie de sa sandale. »
    27 Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain,
    à l’endroit où Jean baptisait.

    DANS L’ATTENTE GENERALE
    Les questions posées à Jean-Baptiste reflètent bien l’état d’esprit qui régnait en Israël au moment de la venue du Christ : visiblement, on attendait le Messie de façon très prochaine ; et dans certains milieux, au moins, cette attente était devenue une impatience, si bien que dans les dernières décennies avant la venue du Christ, on a cru plusieurs fois le reconnaître enfin ; et de toute évidence, Jean-Baptiste jouissait d’une réputation telle qu’on s’est posé la question à son sujet.
    Tout le monde attendait, oui, mais tout le monde n’attendait pas la même chose, ou le même personnage : c’est pour cela que les questions se bousculent : « Es-tu le Messie lui-même ? Ou bien Elie ? Ou bien encore le Prophète annoncé ? » Car les promesses de l’Ancien Testament alimentaient l’espérance et l’impatience, mais elles n’étaient pas très claires : certains s’appuyaient en particulier sur les derniers versets du prophète Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Elie, le prophète, avant que ne vienne le Jour du SEIGNEUR, jour grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères (Ml 3, 23-24). Il y avait aussi dans le livre du Deutéronome cette promesse : « Dieu dit à Moïse : Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. » (Dt 18,18). Très certainement, cette promesse était considérée comme l’une des annonces du Messie. Mais s’appliquait-elle à Jean-Baptiste ?
    JE SUIS LA VOIX QUI CRIE
    A toutes ces questions, « Es-tu le Messie ? Es-tu Elie ? Es-tu le Prophète annoncé ? » Jean-Baptiste répond par la négative : il n’est ni le Messie, ni Elie, ni le Prophète annoncé, au sens de nouveau Moïse, il n’est qu’une simple voix. Quand il parle de sa mission, il ne se réfère ni à Malachie, ni au Deutéronome, mais à Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert : Redressez le chemin du SEIGNEUR, comme a dit le prophète Isaïe. » (Is 40, nous l’avons lu pour le deuxième dimanche de l’Avent).
    Chez Isaïe, c’était une annonce de la libération prochaine du peuple exilé à Babylone : le Seigneur allait venir lui-même prendre la tête de son peuple et le ramener sur sa terre ; par la suite, ce texte avait été relu comme une annonce de la venue du Messie ; c’est bien dans ce sens que Jean-Baptiste le cite : le Messie est proche, lui-même (Jean) est seulement la voix qui l’annonce.
    Derrière les dénégations de Jean-Baptiste se profile donc l’affirmation essentielle : le Messie est proche, même si vous ne l’avez pas encore reconnu ; « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas. » Lui-même semble ne pas le connaître encore ; il le dit explicitement quelques versets plus loin : c’est seulement lorsque Jésus s’est présenté à lui pour lui demander le Baptême que Jean-Baptiste a eu la certitude qu’il était le Messie ; je vous rappelle ce passage (dans le même évangile de Jean) : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit-Saint ». (Jn 1,33).
    Ce qui veut dire que Jean-Baptiste a connu ce que nous appelons quelquefois la nuit de la foi : il a commencé à annoncer la présence de Jésus au milieu des hommes avant même de l’avoir reconnu. A cela on reconnaît le vrai prophète : premièrement, il poursuit sa mission, même dans la nuit… car ce qui compte avant tout, c’est que les hommes croient : « Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. » (On retrouve là une très grande insistance de Saint Jean tout au long de son évangile : « afin que tous croient »).
    Deuxièmement, il ne nous attire pas vers lui, il nous tourne vers celui qu’il annonce ; Jean-Baptiste remet bien les choses en place : c’est vers lui que les foules viennent ; mais aussitôt, il les dirige vers le Christ. Il ne se présente pas en porteur de la vérité, mais il tourne les coeurs vers la vérité.
    Saint Jean insiste beaucoup sur l’humilité de Jean-Baptiste devant Jésus : « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Il semble qu’il n’était pas inutile peut-être de mettre les choses au point pour les lecteurs de l’évangile ; car on sait par ailleurs (et on le devine ici) que les disciples de Jean-Baptiste ont parfois pris ombrage du succès croissant de Jésus et que, plus tard, parmi les premiers Chrétiens, certains auraient eu tendance à inverser les rôles. C’est pour cela que Jean insiste : « Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la lumière… (et Jean continue) Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme ».
    Un peu plus loin, dans ce même évangile de Saint Jean, c’est Jésus lui-même qui dira : « Jean-Baptiste était la lampe qui brûle et qui brille » (Jn 5, 35). Jean-Baptiste est la lampe, il n’est pas la lumière elle-même. Zacharie, son père, ne s’était pas trompé quand il chantait : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins » (Lc 1, 76).


  • Homélie du dimanche 17 décembre

    Dimanche 17 décembre 2017
    Troisième dimanche de l’Avent

    Références bibliques :
    Lecture du Livre d’Isaïe. 61. 1 à 11 : « Mon âme exulte en mon Dieu. »
    Cantique de Marie : Luc 1. 46 à 54 : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles. »
    Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. 1 Thes. 5. 16 à 24 : « Rendez grâces en toutes circonstances. »
    Evangile selon saint Jean. 1. 6 à 28 : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. »
    ***
    La liturgie de ce dimanche est un hymne à la joie de la présence de Dieu en nos vies. Les lectures forment un tout qui ne peut être dissocié. C’est leur unité qui les éclaire les unes par les autres et nous conduit à une compréhension plus profonde du message évangélique que nous avons à vivre.
    La prière d’ouverture de la messe en trace d’ailleurs les grandes lignes :
    « Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils. Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. »
    DIRIGE NOTRE JOIE VERS LA JOIE.
    La joie n’est ni exubérance, ni satisfaction émotionnelle ou égocentrique. Elle est libératrice parce qu’elle exprime une réalité intérieure faite de paix et de sérénité parce qu’elle jaillit de la réciprocité d’une rencontre de vérité et d’amour.
    Vérité de la connaissance que nous venons de vivre avec un être cher, amour partagé au niveau même du cœur de chacun.
    C’est alors un mystère de plénitude qui passe par delà toute souffrance. L’être que nous sommes se sent comme « accompli » dans sa propre nature, par cet échange avec la nature dans sa beauté comme avec ses frères dans l’amour, un échange qui devient une communion.
    Ce temps nous conduit à entrer dans le mystère de Dieu. Notre joie ne peut avoir d’autre source que la joie même de Dieu en sa Trinité d’échange et de communion, Père, Fils et Esprit.
    Créé en vue de sa divinisation, l’homme n’est cependant pas divin par nature. La dignité de l’être humain vient de ce qu’il est apte à être divinisé. L’âme n’est ni de la nature de la divinité ni de la nature des ténèbres. L’homme est une créature magnifique, merveilleuse, image et ressemblance de Dieu (Gen. 1. 26) et quand « nous adhérons étroitement au Seigneur, nous sommes un seul Esprit avec Lui. » » (1 Cor. 6. 17)
    L’ESPRIT DU SEIGNEUR EST SUR MOI
    L’Incarnation ne provoque pas de rupture au sein de la Trinité. L’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans le Christ. Jésus redira ce texte d’Isaïe (Isaïe 61. 1) dans la synagogue de Nazareth (Luc 4. 21) « Aujourd’hui s’est accomplie cette parole de l’Ecriture. » Nous ne pouvons ni dissocier cette parole de celle du baptême dans le Jourdain « Il vit les cieux se déchirant et l’Esprit descendant comme une colombe vers lui » (Marc 1. 10) ni la dissocier de celle qui est dite au moment du départ au désert : « Et aussitôt l’Esprit le jette au désert. » (Marc 10. 12)
    L’Esprit du Seigneur est sur Marie, la vierge de Nazareth. « Il s’est penché sur son humble servante. » (Luc 1. 48) La découverte de cette merveille sera la cause de ce jaillissement de joie qu’est le « Magnificat ». Par l’Esprit, le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu s’est incarnée afin que tout homme puisse recevoir le souffle vivant qui fait entendre cette Parole en même temps que le silence divin d’où elle sort.
    L’Esprit de Dieu est à l’œuvre en chacun d’entre nous. A nous de le découvrir et de vivre cette réalité. « Il est au milieu de nous quelqu’un que nous ne connaissons pas, » du moins dans l’infini de son amour et de la grâce. Dans la libre communion de l’Esprit-Saint, nous sommes « accomplis » dans la vie du Dieu Trinité. « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers », dit saint Paul aux Thessaloniciens.
    DISCERNEZ LA VALEUR DE TOUTE CHOSE.
    La valeur essentielle.
    Il est à noter que saint Paul n’oppose pas l’âme et le corps, comme certains pourraient le dire. Le Christ a assumé toute la réalité humaine, à commencer par cette réalité physique, psychique et spirituelle qui est aussi la nôtre et que nous devons, nous aussi assumer, en partant à la suite de Jésus.
    L’incarnation du Christ ne sera complète que lorsque chaque réalité humaine, chaque parcelle, chaque code génétique de cette réalité auront été purifiés et pénétrés de la présence de Jésus. C’est dans ce sens que saint Paul dit aux Colossiens : « Je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps. » (Col. 1.24)
    « Qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps. » (1 Thes. 5. 24)
    La Bonne Nouvelle du Christ contredit l’échelle des valeurs humaines. Ce n’est ni la réussite ni le pouvoir. Ces valeurs s’appellent les pauvres, les prisonniers, les affamés de pain et de justice. Le Christ explicitera Isaïe 61. 1-2 dans les Béatitudes et ce sont elles que nous devons discerner.
    Nous ne connaissons Dieu et les voies de Dieu qu’en suivant humblement celui qui est le chemin, la vérité, la vie. C’est en Lui qu’ont été vécues les richesses qui nous font « réaliser la merveille de notre salut. » (oraison sur les offrandes.)
    AVEC UN CŒUR VRAIMENT NOUVEAU
    C’est tout le message de Jean la Baptiste. Il ne multiplie pas exhortations moralisantes. Il nous exhorte à éliminer de nos vies tout ce qui pourrait être un obstacle à la venue de Dieu dans nos vies. Et c’est alors qu’il nous sera donné de voir Jésus marchant sur nos chemins aplanis et d’entendre « Voici l’Agneau de Dieu. » (Jean 1. 36)
    Le chemin que nous avons aplani, c’est notre humanité assumée. C’est de nous dépouiller, de nous vider de tout ce qui nous retient au delà et en deçà de notre condition, c’est de nous mettre en marche, non pour redire nos pensées, mais ouvrir nos yeux et nos cœurs à la nouveauté sans cesse renouvelée de la personne du Christ quand il nous donne de le contempler.
    Pour que nous ayons « un cœur nouveau », selon la prière d’ouverture de cette eucharistie, « un cœur de chair vive » selon un théologien contemporain, il nous faut cesser d’être tortueux, renoncer à utiliser la raison raisonnante qui est experte en l’art d’étouffer en soi, d’occulter et de camoufler l’évidence de la Lumière véritable. (P. Borrely)
    Jean était venu « rendre témoignage à la Lumière, il n’était pas la Lumière. » (Jean 1. 7)
    ***
    Le cantique de Marie, au milieu de ces textes liturgique est bien une prière d’action de grâces, joyeuse et spontanée et non une méditation. Elle n’a pas besoin de chercher ce qu’elle va dire, les paroles de l’Ecriture, si souvent méditées par elle et surtout depuis l’Annonciation, lui viennent tout naturellement au moment de la Sainte Rencontre avec sa cousine Elisabeth.
    Elle s’était préparée à la venue de ce Fils dont elle ne mesure pas encore tout le mystère qu’elle porte en elle. Mais elle éclate de joie…


jeudi 7 décembre 2017

  • « Jérusalem a une vocation spéciale à la paix » déclaration de Mgr Georges Pontier

    Après la décision américaine de reconnaitre Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël, je tiens à répercuter les propos du pape François lors de l’Angélus d’hier, mercredi 6 décembre : « Je ne peux taire ma profonde préoccupation pour la situation qui s’est créée ces derniers jours, et en même temps j’adresse un appel vibrant afin que l’engagement de tous soit de respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les Résolutions pertinentes des Nations Unies. Jérusalem est une ville unique, sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, qui vénèrent en elle les Lieux Saints de leurs religions respectives, et elle a une vocation spéciale à la paix. »
    Alors que nous attendons la venue en notre monde du Prince-de-la Paix, j’invite les catholiques à intensifier leur prière à cette intention en communion avec les communautés chrétiennes présentes en Terre Sainte.
    + Georges PONTIER
    Archevêque de Marseille
    Président de la Conférence des évêques de France


  • Mgr Michel Aupetit, nommé archevêque de Paris

    Le Pape François a nommé ce jeudi 7 décembre, Mgr Michel Aupetit archevêque de Paris.
    Il est actuellement évêque de Nanterre.
    Le Cardinal André Vingt-Trois est nommé administrateur apostolique de l’archidiocèse de Paris jusqu’à la prise de possession canonique de son successeur.
    Ordonné prêtre le 24 juin 1995 pour l’archidiocèse de Paris, Mgr Aupetit est vicaire de la paroisse Saint-Louis-en-l’Île de 1995 à 1998 puis vicaire à la paroisse Saint-Paul-Saint-Louis de 1998 à 2001. En parallèle de ses fonctions de vicaire, de 1995 à 2001, il devient aumônier des lycées et collèges du Marais (François Couperin, Charlemagne et Sophie Germain, Victor Hugo). Entre 1997 et 2006, Mgr Aupetit est enseignant de bioéthique au CHU Henri Mondor à Créteil. En 2001, il devient curé de la paroisse Notre-Dame de l’Arche d’Alliance. De 2004 à 2006, Mgr Aupetit est doyen du doyenné Pasteur-Vaugirard. Entre 2006 et 2013, il est vicaire général de l’archidiocèse de Paris.
    En 2013, Mgr Aupetit est nommé puis ordonné évêque auxiliaire de Paris. Entre 2013 et 2017, il est l’évêque accompagnateur des Chantiers du Cardinal. De 2014 à 2017, il est Président de Radio Notre-Dame et de la Cofrac France.
    Depuis 2014, Mgr Aupetit est évêque de Nanterre. En mars 2017, à l’Assemblée plénière des évêques de France, il est élu Président du Conseil famille et société.
    L’installation de Mgr Aupetit est prévue le samedi 6 janvier 2018 à 18h30 en la Cathédrale Notre-Dame de Paris.
    Une rencontre avec la presse sera prévue après son installation. La date et l’heure en seront communiquées ultérieurement.
     

    Contacts presse

    Diocèse de Paris : Karine Dalle – 06 65 87 31 09
    kdalle@diocese-paris.net

    Diocèse de Nanterre : Bénédicte Ranchon – 06 67 41 34 26
    b.ranchon@diocese92.fr


lundi 4 décembre 2017

  • Commentaires du dimanche 10 décembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 10 décembre 2017
    2éme dimanche de l’Avent

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre du prophète Isaïe 40, 1-5. 9-11
    1 Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.
    2 Parlez au coeur de Jérusalem.
    Proclamez que son service est accompli,
    que son crime est expié,
    qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR
    le double pour toutes ses fautes.
    3 Une voix proclame :
    « Dans le désert, préparez le chemin du SEIGNEUR ;
    tracez droit, dans les terres arides,
    une route pour notre Dieu.
    4 Que tout ravin soit comblé,
    toute montagne et toute colline abaissées !
    Que les escarpements se changent en plaine
    et les sommets en large vallée !
    5 Alors se révélera la gloire du SEIGNEUR,
    et tout être de chair verra que la bouche du SEIGNEUR a parlé. »
    9 Monte sur une haute montagne,
    toi qui portes la bonne nouvelle à Sion.
    Elève la voix avec force,
    toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem.
    Elève la voix, ne crains pas.
    Dis aux villes de Juda :
    « Voici votre Dieu ! »
    10 Voici le SEIGNEUR Dieu !
    Il vient avec puissance ;
    son bras lui soumet tout.
    Voici le fruit de son travail avec lui,
    et devant lui, son ouvrage.
    11 Comme un berger, il fait paître son troupeau :
    son bras rassemble les agneaux,
    il les porte sur son coeur,
    il mène les brebis qui allaitent.

    « CONSOLEZ, CONSOLEZ MON PEUPLE »
    C’est ici que commence l’un des plus beaux passages du Livre d’Isaïe ; on l’appelle le « Livret de la Consolation d’Israël » car ses premiers mots sont « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Cette phrase, à elle toute seule, est déjà une Bonne Nouvelle extraordinaire, presque inespérée, pour qui sait l’entendre ! Car les expressions « mon peuple »… « votre Dieu » sont le rappel de l’Alliance.
    Or c’était la grande question des exilés. Pendant l’Exil à Babylone, c’est-à-dire entre 587 et 538 avant J.C. on pouvait se le demander : Dieu n’aurait-il pas abandonné son peuple, n’aurait-il pas renoncé à son Alliance…? Il pourrait bien s’être enfin lassé des infidélités répétées à tous les niveaux. Tout l’objectif de ce Livret de la Consolation d’Isaïe est de dire qu’il n’en est rien. Dieu affirme encore « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu », ce qui était la devise ou plutôt l’idéal de l’Alliance.
    Je prends tout simplement le texte dans l’ordre : « Parlez au coeur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli » dit Isaïe ; cela veut dire que la servitude à Babylone est finie ; c’est donc une annonce de la libération et du retour à Jérusalem.
    « Que son crime est expié » : en hébreu, littéralement, cela veut dire « couvert » au sens de « recouvert » par le pardon de Dieu… « qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR le double pour toutes ses fautes. » D’après la loi d’Israël, un voleur devait restituer le double des biens qu’il avait volés (par exemple deux bêtes pour une). Parler au passé de cette double punition, c’était donc une manière imagée de dire que la libération approchait puisque la peine était déjà purgée.
    Ce que le prophète, ici, appelle les « fautes » de Jérusalem, son « crime », ce sont tous les manquements à l’Alliance, les cultes idolâtres, les manquements au sabbat et aux autres prescriptions de la Loi, et surtout les nombreux manquements à la justice et, plus grave encore que tout le reste, le mépris des pauvres. Le peuple juif a toujours considéré l’Exil comme la conséquence de toutes ces infidélités. Car, à l’époque on pensait encore que Dieu nous punit de nos fautes.
    LE RETOUR DE L’EXIL COMME UN NOUVEL EXODE
    « Une voix proclame » : nulle part, l’auteur de ce « Livret de la Consolation d’Israël » ne nous dit qui il est ; il se présente comme « la voix qui crie de la part de Dieu » ; nous l’appelons traditionnellement le « deuxième Isaïe ».
    « Une voix proclame » : Dans le désert, préparez le chemin du SEIGNEUR ». Déjà une fois dans l’histoire d’Israël, Dieu a préparé dans le désert le chemin qui menait son peuple de l’esclavage à la liberté : traduisez de l’Egypte à la Terre promise ; eh bien, nous dit le prophète, puisque le Seigneur a su jadis arracher son peuple à l’oppression égyptienne, il saura aujourd’hui, de la même manière, l’arracher à l’oppression babylonienne.
    « Tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine et les sommets en large vallée ! » C’était l’un des plaisirs du vainqueur que d’astreindre les vaincus à faire d’énormes travaux de terrassement pour préparer une voie triomphale pour le retour du roi victorieux. Il y a pire : une fois par an, à Babylone, on célébrait la grande fête du dieu Mardouk, et, à cette occasion, les esclaves juifs devaient faire ces travaux de terrassement : combler les ravins… abaisser les collines et même les montagnes, de simples chemins tortueux faire d’amples avenues… pour préparer la voie triomphale par laquelle devait passer le cortège, roi et statues de l’idole en tête !
    Pour ces Juifs croyants, c’était l’humiliation suprême et le déchirement intérieur. Alors Isaïe, chargé de leur annoncer la fin prochaine de leur esclavage à Babylone et le retour au pays leur dit : cette fois, c’est dans le désert qui sépare Babylone de Jérusalem que vous tracerez un chemin… Et ce ne sera pas pour une idole païenne, ce sera pour vous et votre Dieu en tête !
    « Alors se révélera la gloire du SEIGNEUR, et tout être de chair verra que la bouche du SEIGNEUR a parlé » : on pourrait traduire « Dieu sera enfin reconnu comme Dieu et tous verront que Dieu a tenu ses promesses. »
    « Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Elève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. » Au passage, vous avez remarqué le parallélisme de ces deux phrases : parallélisme parfait qui a simplement pour but de porter l’accent sur cette Bonne Nouvelle adressée à Sion ou Jérusalem, c’est la même chose : il s’agit évidemment du peuple et non de la ville. Le contenu de cette Bonne Nouvelle suit immédiatement : « Voici votre Dieu ! Voici le SEIGNEUR Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. »
    « Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son coeur, il mène les brebis qui allaitent. » Nous retrouvons ici chez Isaïe l’image chère à un autre prophète de la même époque, Ezéchiel.
    Ce texte, dans son ensemble, résonnait donc comme une extraordinaire nouvelle aux oreilles des contemporains d’Isaïe, au sixième siècle av.J.C. Et voilà que cinq ou six cents ans plus tard, lorsque Jean-Baptiste a vu Jésus de Nazareth s’approcher du Jourdain et demander le Baptême, il a entendu résonner en lui ces paroles d’Isaïe et il a été rempli d’une évidence aveuglante : le voilà celui qui rassemble définitivement le troupeau du Père… Le voilà celui qui va transformer les chemins tortueux des hommes en chemins de lumière… Le voilà celui qui vient redonner au peuple de Dieu sa dignité… Le voilà celui en qui se révèle la gloire (c’est-à-dire la présence) du SEIGNEUR. Fini le temps des prophètes, désormais Dieu lui-même est parmi nous !
     

    PSAUME – 84 (85)
    9 J’écoute : que dira le SEIGNEUR Dieu ?
    Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
    10 Son salut est proche de ceux qui le craignent,
    et la gloire habitera notre terre.
    11 Amour et vérité se rencontrent,
    justice et paix s’embrassent ;
    12 la vérité germera de la terre
    et du ciel se penchera la justice.
    13 Le SEIGNEUR donnera ses bienfaits,
    et notre terre donnera son fruit.
    14 La justice marchera devant lui,
    et ses pas traceront le chemin.

    LES DIFFICULTES DU RETOUR D’EXIL
    Le psaume 84/85 a été écrit après le retour d’Exil du peuple d’Israël : ce retour tant attendu, tant espéré. Ce devait être un merveilleux recommencement : c’était le retour au pays, d’abord, mais aussi le début d’une nouvelle vie… Dieu effaçait le passé, on repartait à neuf…
    La réalité est moins rose. D’abord, on a beau prendre de « bonnes résolutions », rêver de repartir à zéro, on se retrouve toujours à peu près pareils… et c’est très décevant. Les manquements à la Loi, les infidélités à l’Alliance ont recommencé, inévitablement.
    Ensuite, il faut dire que l’Exil à Babylone a duré, à peu de chose près, cinquante ans (de 587 à 538 av.J.) ; ce sont des hommes et des femmes valides, d’âge mûr pour la plupart, qui ont été déportés et qui ont survécu à la marche forcée entre Israël et Babylone… Cela veut dire que cinquante ans plus tard, au moment du retour, beaucoup d’entre eux sont morts ; ceux qui rentrent au pays sont, soit des très jeunes partis en 587, mais dont la mémoire du pays est lointaine, évidemment, soit des jeunes nés pendant l’Exil.
    C’est donc une nouvelle génération, pour une bonne part, qui prend le chemin du retour. Cela ne veut pas dire qu’ils ne seraient ni très fervents, ni très croyants, ni très catéchisés… Leurs parents et grands-parents ont certainement eu à coeur de leur transmettre la foi des ancêtres ; ils sont impatients de rentrer au pays tant aimé de leurs parents, ils sont impatients de reconstruire le Temple et de recommencer une nouvelle vie.
    Mais au pays, justement, ils sont, pour la plupart des inconnus, et, évidemment, ils ne reçoivent pas l’accueil dont ils avaient rêvé ; par exemple, la reconstruction du Temple s’est heurtée sur place à de farouches oppositions.
    Dans notre psaume d’aujourd’hui, on ressent bien ce mélange de sentiments : pour l’entendre, il faut nous reporter aux premiers versets de ce psaume, qui n’ont pas été retenus pour la liturgie de ce dimanche.
    Le retour d’Exil est une chose acquise : « Tu as aimé, SEIGNEUR, cette terre, tu as fait revenir les déportés de Jacob ; tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute ; tu as mis fin à toutes tes colères, tu es revenu de ta grande fureur. » ( v. 2-4). Mais, pour autant, puisque les choses vont mal encore, on se demande si Dieu ne serait pas encore en colère : « Seras-tu toujours irrité contre nous, maintiendras-tu ta colère d’âge en âge ? » (v. 6). Alors on supplie : « Fais-nous voir, SEIGNEUR, ton amour, que nous soit donné ton salut » (v. 8).
    PRIERE POUR LA GRACE DE LA CONVERSION
    Et on demande la grâce de la conversion définitive : « Fais-nous revenir, Dieu notre salut » (v. 5) ; toute la première partie du psaume joue sur le verbe « revenir » : « revenir » au sens de rentrer au pays après l’exil, c’est chose faite ; « revenir » au sens de « revenir à Dieu », « se convertir »; cela, c’est plus difficile encore ! Et on sait bien que la force, l’élan de la conversion est une grâce, un don de Dieu.
    Une conversion qui exige un engagement du croyant : « J’écoute… que dira le SEIGNEUR Dieu ? » « Ecouter », en langage biblique, c’est précisément l’attitude résolue du croyant, tourné vers son Dieu, prêt à obéir aux commandements, parce qu’il y reconnaît le seul chemin de bonheur tracé pour lui par son Dieu. « Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles « ; mais le compositeur de ce psaume est réaliste ! Il ajoute « Qu’ils (les fidèles) ne reviennent jamais à leur folie ! » (v. 9c).
    La fin de ce psaume est un chant de confiance superbe, j’aurais envie de dire « le chant de la confiance retrouvée », la certitude que le projet de Dieu, le projet de paix pour tous les peuples avance irrésistiblement vers son accomplissement. « La gloire (c’est-à-dire le rayonnement de la Présence de Dieu) habitera notre terre ». « La justice marchera devant lui et ses pas traceront le chemin ». « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » : le psaume parle au présent ; il n’est pas dupe, il n’est pas dans le rêve ! Il anticipe seulement ! Il entrevoit le Jour qui vient, celui où, après tant de combats et de douleurs inutiles, et de haines imbéciles, enfin, les hommes seront frères !
    DEPUIS LE JOUR DE LA RESURRECTION DU CHRIST
    Pour les chrétiens, ce Jour est là, il est déjà commencé : il s’est levé au moment où Jésus-Christ s’est levé d’entre les morts, et, à leur tour, les chrétiens ont chanté ce psaume, et pour eux, bien sûr, à la lumière du Christ, il a trouvé tout son sens.
    Le psaume disait : « Son salut est proche de ceux qui l’aiment » et justement le nom de Jésus veut dire « Dieu-salut » ou « Dieu sauve ».
    Le psaume disait : « La vérité germera de la terre » ; Jésus lui-même a dit « Je suis la Vérité » et le mot « germe », ne l’oublions pas, était l’un des noms du Messie dans l’Ancien Testament.
    Le psaume disait « La gloire habitera notre terre », et Saint Jean, dans son Evangile dit « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire qu’il tient du Père » (Jn 1, 14).
    Le psaume disait : « J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ? » ; Jean appelle Jésus la Parole, le Verbe de Dieu.
    Le psaume disait : « Ce que Dieu dit, c’est la paix pour son peuple » ; lors de ses rencontres avec ses disciples, après sa Résurrection, la première phrase de Jésus pour eux sera « La paix soit avec vous ».
    La paix, cette conquête apparemment impossible pour l’humanité, est pourtant, toute la Bible nous le dit, notre avenir, à condition de ne pas oublier qu’elle est don de Dieu.

    DEUXIEME LECTURE – 2 Pierre 3, 8 – 14
    8 Bien-aimés,
    il est une chose qui ne doit pas vous échapper :
    pour le Seigneur,
    un seul jour est comme mille ans,
    et mille ans sont comme un seul jour.
    9 Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse,
    alors que certains prétendent qu’il a du retard.
    Au contraire, il prend patience envers vous,
    car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre,
    mais il veut que tous parviennent à la conversion.
    10 Cependant, le jour du Seigneur viendra, comme un voleur.
    Alors les cieux disparaîtront avec fracas,
    les éléments embrasés seront dissous,
    la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper.
    11 Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution,
    vous voyez quels hommes vous devez être,
    en vivant dans la sainteté et la piété,
    12 vous qui attendez,
    vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu,
    ce jour où les cieux enflammés seront dissous,
    où les éléments embrasés seront en fusion.
    13 Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur,
    c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle
    où résidera la justice.
    14 C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela,
    faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut,
    dans la paix.

    L’IMPATIENCE DES HOMMES ET LA PATIENCE DE DIEU
    « Il est une chose qui ne doit pas vous échapper » : si Pierre parle de cette manière, c’est bien justement parce qu’on avait tendance à oublier cette chose qui lui paraît, à lui, si importante ! Cette chose, c’est « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour ». Pas étonnant qu’on ait tendance à l’oublier, parce que pour nous c’est inconcevable ! Mille ans ou un jour, pour nous, ce n’est vraiment pas pareil. Nos vies sont sous le signe du temps, nous ne le savons que trop ; mesuré, compté, trop bref, témoin de notre maturation et de notre vieillissement ; témoin aussi de nos efforts et de l’avancée lente, trop lente à nos yeux, mais sûre, du projet de Dieu.
    Or Dieu, lui, est hors du temps : on dit qu’il est « Eternel » ; c’est certainement l’un des sens de son nom « JE SUIS » : sous-entendu « Je suis éternellement présent à vos côtés ».
    Apparemment, c’est cette lenteur dans l’accomplissement du projet de Dieu qui suscitait l’impatience et les questions des premiers chrétiens, auditeurs de Pierre. Il relève la question « Le Seigneur n’est-il pas en retard pour tenir sa promesse ? » et sa réponse est on ne peut plus directe : « (Non,) Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Cette promesse, Pierre l’explicite avec ses mots à lui : « Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. » Il l’appelle aussi « l’avènement du Jour de Dieu ».
    On reconnaît ici au passage une citation du prophète Isaïe : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle… » (Is 65, 17). Pierre y ajoute une précision qu’il emprunte au prophète Malachie : il annonce une terre nouvelle « où résidera la justice. » Nous retrouverons cette citation de Malachie tout à l’heure.
    Face à l’impatience de ses auditeurs, Pierre affirme donc la patience de Dieu ; un peu comme s’il disait, « vous faites preuve d’impatience envers Dieu, mais Dieu fait preuve de patience envers vous ». Bien sûr, les points de vue des hommes et de Dieu sont forcément tout autres. Isaïe l’avait déjà dit et nous devons nous redire souvent cette phrase « Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées »… Pour nous qui sommes dans le temps, nous trouvons bien longue l’attente du Royaume ; et souvent nous trouvons que le monde ne s’améliore pas bien vite. Dieu, lui, patiente, parce que, dit Pierre, « il veut que tous parviennent à la conversion… il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre » ; manière de réaffirmer encore une fois que le projet de salut de Dieu concerne l’humanité tout entière.
    Mais, il est important de le noter, Pierre ne dit pas « C’est pour eux (les récalcitrants, les païens…) qu’il patiente, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre… » Il dit : « il prend patience envers vous » ; c’est peut-être la phrase la plus importante de ce passage : non, Dieu ne tarde pas à accomplir sa promesse, mais il attend avec patience notre contribution à son projet ; ce qui veut dire deux choses :
    Premièrement, Dieu a trop de respect pour notre liberté pour nous faire entrer de force dans son Royaume ; donc il patiente.
    NOTRE ROLE DANS LA VENUE DU JOUR DE DIEU
    Deuxièmement, et c’est une annonce incroyable, Dieu nous propose de prendre notre part dans la réalisation de son projet de sauver tous les hommes. Il est en notre pouvoir de « hâter » le Jour de Dieu. (André Chouraqui traduisait même « Vous qui attendez et précipitez l’avènement du Jour de Dieu »). Il est en notre pouvoir de « hâter » et même comme disait Chouraqui, de « précipiter » le jour de Dieu.
    Reprenons le texte d’Isaïe (65, 17 cité plus haut) : c’est encore plus beau que ce que nous croyons : « Voici : je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; ainsi le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu’au secret du coeur. Au contraire c’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet, l’exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem et l’enthousiasme, ce sera son peuple ». Ce qui nous est proposé, c’est de travailler pour l’enthousiasme et l’exultation de nos frères. Voilà qui donne sens à notre vie et devrait nous redonner du courage.
    On attribue à la toute jeune Sainte Elisabeth de Thuringe cette phrase : « Je vous disais que nous devons rendre les hommes joyeux ». Sainte Elisabeth avait-elle ou non lu le chapitre 65 d’Isaïe ? En tout cas, elle avait tout compris. Et Isaïe continue, en détaillant la nouvelle vie du Royaume : « on n’y entendra plus retentir ni pleurs ni cris… » et vous connaissez la suite, « il ne se fera ni mal ni destruction sur ma montagne sainte, dit le SEIGNEUR. » (Is 65, 25).
    Quand Pierre dit : « Bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix », il veut dire « vivez déjà selon les valeurs du Royaume, c’est ainsi que vous hâterez sa venue ».
    Au milieu de notre passage, Pierre décrit dans des termes impressionnants cette venue du jour de Dieu. On y reconnaît une annonce célèbre du prophète Malachie : « Voici que vient le jour, brûlant comme un four. Tous les arrogants et les méchants ne seront que paille. Le jour qui vient les embrasera, dit le SEIGNEUR, le tout-puissant. Il ne leur laissera ni racines ni rameaux. Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera portant la guérison dans ses rayons. » (Mal 3, 19-20).
    Cette description du « Soleil de justice » ne doit pas nous inquiéter, au contraire. Comme toujours, ce jugement annoncé ne coupera pas l’humanité en deux, comme si certains étaient entièrement bons et les autres entièrement mauvais. Il n’y a pas d’homme complètement méchant ou complètement arrogant, mais en chacun de nous, un peu d’arrogance et de méchanceté : c’est cela qui disparaîtra en un clin d’oeil, brûlé dans le feu de l’amour de Dieu ; seules subsisteront les semences du royaume : le soleil de justice les fera germer. Voilà pourquoi Pierre a complété la citation d’Isaïe « nous attendons les cieux nouveaux et la terre nouvelle où résidera la justice ».
    C’est pour cela aussi que Pierre peut conseiller tranquillement à ses interlocuteurs d’être en paix « Faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix » : nous n’avons rien à craindre d’un soleil qui apporte la guérison dans ses rayons !

    EVANGILE – selon saint Marc 1, 1 – 8
    1 Commencement de l’Evangile de Jésus,
    Christ, Fils de Dieu.
    2 Il est écrit dans Isaïe, le prophète :
    Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,
    pour ouvrir ton chemin.
    3 Voix de celui qui crie dans le désert :
    Préparez le chemin du SEIGNEUR,
    Rendez droits ses sentiers.
    4 Alors Jean, celui qui baptisait,
    parut dans le désert.
    Il proclamait un baptême de conversion
    pour le pardon des péchés.
    5 Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem,
    se rendaient auprès de lui,
    et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain,
    en reconnaissant publiquement leurs péchés.
    6 Jean était vêtu de poil de chameau,
    avec une ceinture de cuir autour des reins,
    il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
    7 Il proclamait :
    « Voici venir derrière moi
    celui qui est plus fort que moi ;
    je ne suis pas digne de m’abaisser
    pour défaire la courroie de ses sandales.
    8 Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ;
    lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

    L’AVENEMENT DU NOUVEAU ROI DU MONDE
    « Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » : en quatre mots tout le mystère de Jésus de Nazareth est dit : cet homme, situé humainement, est Christ, Fils de Dieu : c’est-à-dire à la fois roi, Messie, celui qui accomplit l’attente de son peuple, mais aussi réellement Fils de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même… et là les attentes du peuple élu ont été non seulement comblées mais largement dépassées. Désormais tout l’évangile de Marc sera le développement de ce premier verset.
    « Evangile » : il faudrait entendre ce mot dans toute sa force ! Au sens de « Grande Nouvelle », une grande Nouvelle qui serait excellente. Etymologiquement, c’est exactement le sens du mot « évangile » ; à l’époque, les heureuses grandes nouvelles officielles comme la naissance d’un roi ou une victoire militaire étaient appelées des « évangiles ». La venue de Jésus parmi les hommes est bien la Nouvelle d’un début de Règne, celui de Dieu lui-même.
    Matthieu, Marc, Luc et Jean n’ont pas écrit des livres de souvenirs, des biographies de Jésus de Nazareth ; pour eux il s’agit d’une Nouvelle extraordinaire et elle est bonne ! « Croyez à la Bonne Nouvelle » (c’est une autre phrase de Marc) veut dire « croyez que la Nouvelle est Bonne ! » Cette Bonne Nouvelle, les évangélistes ne peuvent pas, ne veulent pas la garder pour eux ; alors ils prennent la plume pour dire au monde et aux générations futures : Celui que le peuple de Dieu attendait est venu : il donne sens à la vie et à la mort, il ouvre nos horizons, illumine nos yeux aveugles, il fait vibrer nos tympans durcis, met en marche les membres paralysés et va jusqu’à relever les morts. Voilà une Bonne Nouvelle !
    Contrairement aux récits de Matthieu et de Luc, cette Bonne Nouvelle ne commence pas, chez Marc, par des récits de la naissance ou de l’enfance de Jésus, mais tout de suite par la prédication de Jean-Baptiste :
    « Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert ». Et Marc cite le prophète Isaïe : « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du SEIGNEUR, Rendez droits ses sentiers. » 1
    Cette dernière phrase est tirée du deuxième livre d’Isaïe dans ce texte qui commence par ces mots superbes « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » (Is 40 : première lecture de ce dimanche). En revanche la première phrase « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin » n’est pas du prophète Isaïe, mais Marc fait ici un rapprochement très intéressant, avec une phrase du prophète Malachie et une autre du livre de l’Exode ; nous y reviendrons plus bas.
    « Il était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. » Il est rare que les évangiles décrivent le vêtement et la nourriture de quelqu’un ! Si Marc le fait ici pour Jean-Baptiste, c’est que cela a un sens. Les sauterelles et le miel sauvage sont la nourriture du désert, avec ce que cela signifie d’ascétisme, mais aussi de promesses, puisque c’est au désert que la grande aventure de l’Alliance avec Dieu a commencé : manière de dire « la venue de Jean-Baptiste est votre chance d’un retour au désert, des retrouvailles avec votre Dieu ».
    Et voilà pourquoi, je crois, Marc a rapproché les diverses citations que nous avons lues un peu plus haut. Le prophète Malachie écrivait : « Voici, j’envoie mon messager, il aplanira le chemin devant moi » (Ml 3, 1) ; nous sommes dans la perspective de la venue du Jour de Dieu ; et dans le livre de l’Exode on trouve « Je vais envoyer un messager devant toi pour te garder en chemin et te faire entrer dans le lieu que j’ai préparé » (Ex 23, 20) ; c’est un rappel de la sortie d’Egypte.
    Ce que Marc sous-entend ici en quelques mots, c’est que Jean-Baptiste nous achemine de l’Alliance historique conclue dans le désert de l’Exode vers l’Alliance définitive en Jésus-Christ.
    Quant au vêtement de poil de chameau, il était celui du grand prophète Elie (2 R 1, 8) 2 : c’était même à celà qu’on le reconnaissait de loin ; Jean-Baptiste est donc présenté comme le successeur d’Elie ; on disait d’ailleurs couramment qu’Elie reviendrait en personne pour annoncer la venue du Messie ; on s’appuyait là sur une prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Elie, le prophète, avant que ne vienne le jour du SEIGNEUR. » (Ml 3, 23).
    Pas étonnant, alors, qu’il y ait toute une effervescence autour de Jean-Baptiste : qui sait ? c’est peut-être Elie qui est revenu ; cela voudrait dire que l’arrivée du Messie est imminente. (Entre parenthèses, cette effervescence prouve en tout cas que l’attente du Messie était vive au temps de Jésus). Les foules accourent donc autour de Jean-Baptiste, nous dit Marc, mais lui ne se laisse pas griser par son succès : il sait qu’il n’est qu’une voix, un signe et qu’il annonce plus grand que lui. Il détrompe fermement ceux qui le prennent pour le Messie et il en tire tout simplement les conséquences : Celui que je vous annonce est tellement plus grand que moi que je ne suis même pas digne de me courber à ses pieds pour dénouer la courroie de sa sandale.
    LUI VOUS BAPTISERA DANS L’ESPRIT SAINT
    Comme Elie, comme tout vrai prophète, Jean-Baptiste prêche la conversion : et tous ceux qui veulent changer de vie, il leur propose un baptême. Il ne s’agit plus seulement de se laver les mains avant chaque repas, comme la religion juive le demandait, il s’agit de se plonger tout entier dans l’eau pour manifester la ferme résolution de purifier toute sa vie : entendez de tourner définitivement le dos à toutes les idoles quelles qu’elles soient. Dans certains couvents du temps de Jean-Baptiste et de Jésus, on allait même jusqu’à prendre un bain de purification par jour pour manifester et entretenir cette volonté de conversion.
    Mais Jean-Baptiste précise bien : entre son Baptême à lui et celui qu’inaugure le Christ, il y a un monde (au vrai sens du terme) ! « Moi, je vous baptise dans l’eau » : c’est un signe qui montre votre désir d’une nouvelle vie ; le geste du baptiseur et le mouvement du baptisé sont des gestes d’hommes. Tandis que le geste du Christ sera le geste même de Dieu : « Il vous baptisera (plongera) dans l’Esprit Saint ».3 C’est Dieu lui-même qui transformera son peuple en lui donnant son Esprit.
    Ici, c’est notre conception même de la pureté qu’il faut convertir :
    Premièrement, la pureté n’est pas ce que nous pensons : spontanément, nous pensons pureté en termes d’innocence, une sorte de propreté spirituelle ; et la purification serait alors de l’ordre du nettoyage, en quelque sorte. Comme si on pouvait laver son âme. En réalité, la pureté au sens religieux a le même sens qu’en chimie : on dit d’un corps qu’il est pur quand il est sans mélange. Le coeur pur, c’est celui qui est tout entier tourné vers Dieu, qui a tourné le dos aux idoles ; (de la même manière que Saint Jean, parlant de Jésus dans le Prologue, dit « Il était tourné vers Dieu »).
    Deuxièmement, notre purification n’est pas notre oeuvre, elle n’est pas à notre portée, elle est l’oeuvre de Dieu : pour nous purifier, nous dit Jean-Baptiste, Dieu va nous remplir de l’Esprit-Saint. Nous n’avons qu’à nous laisser faire et accueillir le don de Dieu.
    —————————-
    Notes
    1 – « Préparez le chemin du SEIGNEUR » (Is 40, 3) : le texte original hébreu et sa traduction en grec ne portent pas exactement la même ponctuation. Voici le texte hébreu : « Une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » ; et le texte grec (dont dérive notre liturgie) : « Une voix crie : à travers le désert, préparez le chemin du Seigneur. »
    2 – Le vêtement de poil de chameau était devenu l’uniforme des prophètes ; il arrivait même que certains charlatans en usent pour se faire passer pour prophètes (Za 13, 4).
    3 – « Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint » : Jean-Baptiste voit dans la venue de Jésus l’accomplissement de la promesse du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » (Jl 3, 1).


  • Homélie du dimanche 10 décembre

    Dimanche 10 décembre 2017
    Deuxième dimanche de l’Avent

    Références bibliques :
    Lecture du prophète Isaïe. 40. 1 à 11 : »Elève ta voix avec force, toi qui portes la Bonne Nouvelle. »
    Psaume 84 : « J’écoute ce que dira le Seigneur. »
    Lettre de saint Pierre, apôtre. 1 P. 3. 8 à 14 :« Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse. »
    Evangile selon saint Marc. 1. 1 à 8 : « Jésus-Christ, le Fils de Dieu. »
    ***
    LA PERSONNALITE DE JESUS
    Saint Marc nous dit son projet, dès les premières lignes de son Evangile et par une phrase d’une grande intensité :
    – Une relecture du ministère de Jésus à la lumière de sa personnalité : il est le Fils de Dieu fait homme.
    – L’enracinement de ce ministère dans les perspectives prophétiques de l’Ancien Testament qui n’est pas renié, mais rendu complet.
    – La perspective qui nous conduira jusqu’à la Résurrection.
    Nous ne devons lire aucun des moments de la vie de Jésus, sans garder sous-jacente cette triple affirmation, sinon nous amenuisons la force de la Bonne Nouvelle. Il est le Christ, c’est-à-dire le Messie attendu. Marc souligne cette divinité en mentionnant la modification que le Christ a apportée au texte même d’Isaïe, lors de sa prédication à Nazareth.
    Dieu dit par son prophète : « Voici que j’envoie mon messager devant ma face. » L’évangile de Marc, comme celui de Luc, transpose cette affirmation : « Voici que j’envoie mon messager devant toi. » Ce qui était dit de Yahvé s’appliquer à Jésus lui-même. C’est la révélation de l’unité entre Dieu et ce Jésus qui vit parmi les hommes de Palestine.
    Si l’on a présent à l’esprit la force de l’affirmation monothéiste en Israël, le glissement du texte est inimaginable et caractéristique. Cette certitude sera affirmée au pied de la croix : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » (Marc 15.39)
    Nous aussi nous attendons un messie. Parfois nos contemporains le définissent au travers d’une vague religiosité. C’est en fait Jésus qui est l’essentiel de notre foi. Le christianisme n’est pas religiosité ou morale. Il est adhésion à une personne, celle-là même du Christ.
    ENTRAVER NOTRE MARCHE VERS LUI
    « Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils. » Cette démarche doit être vécue en toute liberté, alors que le péché nous y arrête parce que nous lui consacrons du temps et de la complaisance.
    Que d’aspérités en nous. « travers dans les terres arides une route aplanie » … ravins, passages tortueux, escarpements …. Il n’est pas besoin de beaucoup voyager pour se rendre compte de ce qu’il a fallu de terrassements, de déblaiements, de remblaiements pour que les autoroutes soient rapides, pour les TGV puissent se dérouler sans risque d’accidents. « Préparez le chemin, aplanissez sa route. »
    Isaïe est bien de notre temps quand il demande que le message ne rencontre aucun obstacle : « Monte sur une haute montagne… » C’est bien là que doivent être les antennes des réémetteurs de radios ou de téléphones portables.
    Ce texte d’Isaïe doit se lire à deux niveaux. Préparer le chemin pour le peuple de Dieu, non seulement celui de l’Ancien Testament, mais celui de notre époque, l’Eglise, c’est être véritablement « voix du Seigneur », perceptible et audible pour tous et non pas obstacle par une transmission trop humaine, trop sclérosée, trop ritualiste, trop timide, de la Parole de Dieu qui doit sauter par delà les montagnes de la vie, jusqu’à Sion, jusqu’à Jérusalem, jusqu’à nos contemporains.
    Le deuxième niveau, c’est le nôtre, notre manière personnelle de vivre cette Bonne Nouvelle, sans l’entraver par nos faiblesses.
    L’INTELLIGENCE DU COEUR
    qui est celle de l’amour.
    C’est l’étrange paradoxe de toute connaissance. Elle ne peut être le fruit d’une déduction rationnelle ou d’un désir de possession. Seul l’amour désintéressé nous fait entrer dans le mystère de tout être. A plus forte raison pour la connaissance chrétienne.
    Plus Dieu est connu, plus il se révèle inconnu et nous sommes alors appelés à avancer davantage encore vers Lui et en Lui.
    Plus le prochain est aimé, moins nous prétendons le saisir et plus nous sommes appelés à nous donner davantage à lui. En Christ, nous sommes un seul corps, membres les uns des autres. Comme Dieu dont nous sommes l’image, chacun de nous est simultanément secret et amour à respecter. En Christ nous sommes un seul être et pourtant chacun reste une personne, un visage incomparable. Et le devient de plus en plus d’autant que l’amour nous conduit.
    Connaître ne peut être qu’une simple acquisition, c’est une rencontre d’êtres vivants qui aspirent chacun à une plénitude. « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » (psaume 84) Il doit en être ainsi en toute relation avec nos frères. Il doit en être ainsi dans notre relation avec Dieu-Trinité.
    « Eveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir », dit encore la prière d’ouverture de cette messe de l’Avent.
    L’ACCUEILLIR
    C’est-à-dire ce que doit être notre relation avec celui qui vient. Le messager d’Isaïe et de l’Evangile, c’est Jean le Baptiste. Il annonce ce Jésus, il vient essentiellement préparer le cœur du Peuple de Dieu à recevoir la nouveauté de la Bonne Nouvelle, par la conversion qui est de reconnaître son péché et de changer sa manière de vivre. Cela signifie qu’il nous faut accepter de reconsidérer notre relation à Dieu, en Jésus-Christ.
    Le messager veut faire vivre en vérité. Son message n’est pas un morale, ni même une théologie, mais une vision. Lorsque nous évoquons les choses de Dieu, il nous faut éviter de les amoindrir par nos langages humains, par notre logique terrestre.
    Le Dieu des philosophes n’est pas le Dieu vivant. Celui des théologiens ne l’est qu’à moitié. Dans les deux cas, nous le réduisons au concret ou en une doctrine abstraite. Dieu est vie. Et c’est alors que nous devons l’accueillir dans le silence de l’admiration et de l’adoration.
    L’accueillir par l’humanité même du Christ, cette humanité déifiée en Jésus et déifiante pour tout homme qui accomplit cette Alliance, « comme l’eau se mêle au vin » pour devenir le vin du Royaume.
    ENTRER DANS SA PROPRE VIE
    « Vous qui attendez avec tant d’impatience, la venue du jour de Dieu. Un ciel nouveau, une terre nouvelle. » Ceux qui aiment parfaitement Dieu lui ressemblent peu à peu. Car notre nature humaine a été créée avec la capacité d’accueillir la plénitude de la divinité puisque Dieu nous a donné ce qu’il avait de plus précieux pour affirmer son amour : Jésus.
    Si nous voulons trouver Jésus dans la plénitude de son être, de sa personne humano-divine, il nous faut le rejoindre et l’atteindre dans sa Passion et dans sa Résurrection. Il nous faut, nous aussi, et comme lui, assumer l’humanité toute entière, assumer notre humanité.
    Il nous faut traverser notre vie jusque dans et à travers la mort « Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera aussi avec Jésus. » (2 Cor. 4. 14) C’est cela notre marche à la rencontre du Christ
    Pour que nous puissions entrer dans sa propre vie divine, Dieu est patient. « Comme un berger, il conduit son troupeau. Son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. » (Isaïe. 40. 11) Saint Pierre qui a reçu la mission d’être le pasteur à la suite de Jésus, se rappelle cette parabole du bon berger quand il dit : »Il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre. Il veut que tous aient le temps de se convertir. » (2 Pierre 3. 9)
    ***
    « Seigneur tout Puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils, mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. » (Prière d’ouverture de ce dimanche)


vendredi 1er décembre 2017

  • Intention de prière du pape François pour décembre 2017

    Intention de prière : les personnes âgées

    Prions pour les personnes âgées afin que, grâce au soutien de leurs familles et des institutions, elles collaborent par leur sagesse et leur expérience à l’éducation des nouvelles générations.

    Prier au coeur du monde consacre son numéro à cette intention

     

     

     


jeudi 30 novembre 2017

  • « Ne nous laisse pas entrer en tentation » en vigueur dès ce dimanche partout en France

    12 novembre 2013 : Le Notre Père modifié, dans la nouvelle traduction de la Bible, aux éditions MAME, Paris (75), France.November 12, 2013 : The new translation of the Bible. MAME Editions, Paris, France.
    Dimanche 3 décembre, premier jour de l’Avent, une nouvelle traduction du Notre Père entrera en vigueur. Les fidèles catholiques ne diront plus : « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
    Prière la plus connue des Chrétiens, la version actuellement récitée par les fidèles était en vigueur depuis 1966. Cette formulation de la sixième demande de la prière du Notre Père n’était pas fausse mais pouvait porter à confusion, notamment dans sa réception par les fidèles, pouvant laisser croire que Dieu tentait volontairement l’Homme.
    Confrontés aux évolutions de la société, aux modes de vies mais également de la langue, les exégètes – commentateurs des textes bibliques-, pour qui la traduction de ce verset s’avère très complexe, ont estimé qu’il était désormais plus juste de changer le verbe « soumettre » par « entrer » manifestant ainsi l’idée du terme grec d’un mouvement, comme on va au combat, puisque c’est bien d’un combat spirituel dont il est question.
    La nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements à Rome le 12 juin 2013, avec l’ensemble de la nouvelle traduction liturgique de la Bible, dont elle fait partie. Puis lors de leur assemblée plénière de printemps (28-31 mars 2017), les évêques français ont rendu la nouvelle traduction du Notre Père obligatoire dans la liturgie publique à partir du 3 décembre prochain.
    Ce jour qui correspond au premier dimanche de l’Avent marque pour les Chrétiens le début de la nouvelle année liturgique.


  • Colloque « Foi et violence : un enchaînement fatal ? » organisé par l’Observatoire Foi et Culture samedi 2 décembre

    Placé sous la responsabilité de Mgr Hubert Herbreteau, évêque d’Agen, l’Observatoire Foi et Culture (OFC) a pour objectif de capter « l’air du temps » en étant attentif à ce qui est nouveau dans tous les domaines de la culture : la littérature, les arts, les sciences. Il s’agit de voir ensuite comment cela rejoint les aspirations profondes de la société et comment cela résonne dans notre foi chrétienne. Comme chaque année, l’OFC de la Conférence des évêques de France, organise un colloque autour d’un thème d’actualité. Cette année le colloque aura lieu le samedi 2 décembre de 9h à 17h à la Conférence des évêques de France (58 avenue de Breteuil, 75007 Paris).
    L’édition du 2017 du colloque, aura pour sujet « Foi et violence : un enchaînement fatal ? ». Face à des situations de violence, que peuvent apporter les chrétiens ? Peuvent-ils clarifier leurs propres positionnements en entrant en dialogue avec les autres ? L’objet de ce colloque est double :
    – Apporter des éléments d’information qui permettent de se situer sans préjugés dans le moment historique et social que nous vivons ;
    – Permettre la rencontre entre des sensibilités différentes et participer ainsi au « discernement des signes des temps » qu’a appelé le concile Vatican II et que stimule aujourd’hui le pape François.
    Sous la présidence de Mgr Hubert Herbreteau, interviendront :
    ·         Marie-Françoise Baslez, historienne
    ·         Fabien Vasseur, professeur de Lettres
    ·         Guy Coq, philosophe
    ·         Michaël Fœssel, philosophe
    ·         Rémi Brague, philosophe, membre de l’Institut
    ·         Martino Diez, enseignant chercheur en langue et littérature arabe à l’Université Catholique de Milan et directeur scientifique de la Fondation Internationale Oasis
    ·         Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes
    ·         Père Étienne Grieu, théologien s.j.
    ·         Stéphane Audoin-Rouzeau, historien
    ·         Jan De Volder, historien des religions, titulaire de la Chaire cusanus « Religion, conflit, paix », Université Catholique de Louvain, Communauté Sant’Egidio


lundi 27 novembre 2017

  • Commentaires du dimanche 3 décembre

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 3 décembre 2017
    1er dimanche de l’Avent

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Livre du prophète Isaïe 63, 16b-17, 19b ; 64, 2b-7
    63, 16b C’est toi, SEIGNEUR, notre Père ;
    « Notre-Rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom.
    17 Pourquoi, SEIGNEUR, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ?
    Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ?
    Reviens, à cause de tes serviteurs,
    des tribus de ton héritage.
    19b Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais,
    les montagnes seraient ébranlées devant ta face.
    64, 2b Voici que tu es descendu :
    les montagnes furent ébranlées devant ta face.
    3 Jamais on n’a entendu,
    jamais on n’a ouï dire,
    nul oeil n’a jamais vu un autre dieu que toi
    agir ainsi pour celui qui l’attend.
    4 Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice,
    qui se souvient de toi en suivant tes chemins.
    Tu étais irrité, mais nous avons encore péché,
    et nous nous sommes égarés.
    5 Tous, nous étions comme des gens impurs,
    et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés.
    Tous, nous étions desséchés comme des feuilles,
    et nos fautes, comme le vent, nous emportaient.
    6 Personne n’invoque plus ton nom,
    nul ne se réveille pour prendre appui sur toi.
    Car tu nous as caché ton visage,
    tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes.
    7 Mais maintenant, SEIGNEUR, c’est toi notre Père.
    Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes :
    nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

    QUAND ISRAEL APPELAIT DIEU « NOTRE PERE »
    Vous voyez que le catéchisme du petit enfant Juif et celui du petit Chrétien ont au moins un point commun : les deux affirment que Dieu est Père ! Ce texte d’Isaïe date probablement de cinq cents ans avant le Christ, ce qui veut dire qu’il est vieux de plus de deux mille cinq cents ans ; or il est très clair sur ce point. Il le dit même deux fois : dans le texte tel qu’il nous est proposé par la liturgie, cela forme ce qu’on appelle une « inclusion » ; la première et la dernière ligne sont deux affirmations identiques et elles encadrent tout le texte ; première ligne « C’est toi, SEIGNEUR, notre Père »… dernière ligne « SEIGNEUR, c’est toi notre Père. » Suit l’image du potier : « Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main ».
    Image très intéressante, celle du potier, qui dit bien dans quel sens Dieu est Père : il ne s’agit pas d’une paternité charnelle semblable à la paternité humaine ; le potier n’est pas le papa biologique de l’objet qu’il crée ; il en est le créateur, c’est tout autre chose !
    Et là, une fois de plus, Israël se démarque des peuples voisins ; car je disais tout-à-l’heure qu’on n’a pas attendu le Nouveau Testament pour appeler Dieu « Père », mais pour être tout-à-fait honnête, on n’a pas attendu non plus l’Ancien Testament ni le peuple hébreu ; les autres peuples aussi invoquaient leur dieu comme leur père ; par exemple, au quatorzième siècle avant notre ère, à Ugarit (en Syrie, au Nord de la Palestine), le dieu suprême s’appelle « El, roi-père » .
    Mais le titre de père, chez les autres peuples, a deux significations : premièrement un sens d’autorité ; deuxièmement un sens de paternité charnelle ; la Bible a gardé le premier sens de l’autorité, mais a toujours refusé de considérer Dieu comme un père biologique à la manière humaine. Dieu est le Tout-Autre, sur ce plan-là aussi.
    C’est pour cette raison, d’ailleurs, qu’on trouve assez rarement, et seulement tardivement, dans l’Ancien Testament des affirmations péremptoires du genre « Dieu est votre Père » ; pendant trop longtemps, on aurait risqué de se méprendre et de l’imaginer père à la manière humaine, comme les peuples voisins.1
    En revanche, on trouve plus tôt et plus souvent le titre de fils appliqué au peuple d’Israël tout entier ; c’est évidemment moins ambigu : on ne risque pas de penser cette filiation d’un peuple entier en termes de sexualité. Par exemple, dès le livre de l’Exode, dans un texte probablement très ancien, on peut lire « Ainsi parle le SEIGNEUR : Mon fils premier-né, c’est Israël » (Ex 4, 22 ; premier-né signifiant ici « bien-aimé », « fils de prédilection »). Ce qui fait évidemment penser à l’élection d’Israël.
    Deuxième étape, depuis David, le roi est appelé « fils de Dieu » ; vous connaissez la formule du Psaume 2, prononcée le jour du sacre d’un nouveau roi « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ».
    Puis, peu à peu, on comprendra que chacun de nous peut se considérer comme fils de Dieu, c’est-à-dire objet de sa tendresse… Vous voyez que notre prière du Notre Père remonte très loin ; tellement loin qu’on trouve pratiquement toutes les phrases du Notre Père dans des prières juives qui étaient récitées dans les synagogues bien avant la naissance de Jésus.
    QUAND ISRAEL APPELAIT DIEU « NOTRE LIBERATEUR »
    L’autre titre donné à Dieu par Isaïe, c’est celui de « Rédempteur », ce qui veut dire « libérateur » ; chaque fois que nous rencontrons les mots « Rédempteur », « Rédemption », il faut penser « Libérateur », « Libération » ; Le Dieu de l’Ancien Testament est celui qui veut l’homme libre : libre de tout esclavage humain et aussi de toute idolâtrie, car c’est la pire des servitudes.
    Pour le dire, Isaïe emploie ici un mot bien précis, le Go’el ; c’est un terme juridique que nous traduisons par « Rédempteur », « Libérateur ».
    A plusieurs reprises dans l’Ancien Testament, Dieu est appelé le « Rédempteur », le « racheteur » de son peuple. Par exemple, on connaît la fameuse profession de foi de Job : « Je sais, moi, que mon Rédempteur (mon libérateur) est vivant. » Bien sûr, quand on applique ce terme de rachat à Dieu, on n’envisage pas une transaction commerciale ; mais on affirme deux choses : premièrement, Dieu est le plus proche parent de son peuple ; deuxièmement Dieu veut l’homme libre.
    Quand Saint Paul, dans ses lettres, insiste tellement sur la liberté des enfants de Dieu, il est le lointain fils spirituel d’Isaïe.
    ——————————
    Note
    1 – C’est pour la même raison que, dans le Nouveau Testament, Jésus tarde à se faire reconnaître comme le Messie : parce que pendant tout un temps il y aurait trop d’ambiguïtés sur le mot.
    Compléments
    A – Dieu « Rédempteur », c’est-à-dire « libérateur »
    La première expérience qu’Israël a faite de Dieu est celle de la libération d’Egypte ; voilà pourquoi Isaïe dit : « ‘Notre-Rédempteur-depuis-toujours’, tel est ton nom ».
    Le premier article du Credo des Juifs n’est donc pas « Je crois au Dieu créateur », mais « je crois au Dieu libérateur ». Le centre de la tradition d’Israël, la mémoire qu’on se transmet de génération en génération, c’est « Dieu nous a libérés et a fait Alliance avec nous ». Voilà le centre de la foi et de la prière de ce peuple ; ou, plus exactement, ce qui fait d’Israël un peuple, c’est cette foi commune.
    En hébreu, ce mot « Go’el » (que l’on traduit par « rédempteur ») vient d’une racine qui signifie « racheter, revendiquer, mais surtout protéger ». Voici de quoi il s’agit : s’il arrive qu’un Israélite soit obligé de se vendre comme esclave pour payer ses dettes, son plus proche parent sera son « Go’el », son « Rédempteur » ; il ira trouver le créancier pour obtenir la libération de son parent (Lv 25, 47-49). De la même manière, si un Israélite est obligé de vendre son patrimoine, le plus proche parent, le « Go’el » exercera un droit de préemption. Bien sûr, le Go’el devra rembourser le créancier, mais l’aspect financier n’est que secondaire ; l’aspect majeur est celui de la libération du débiteur. Pour la simple raison que, au nom du Dieu libérateur, et parce que le peuple de Dieu doit être fait d’hommes libres, un fils d’Israël ne peut pas tolérer de laisser ses proches réduits en esclavage ; d’où l’institution du « Go’el », le « Rédempteur » ou le « Libérateur ».
    B – Une prière de repentance
    Entre ces deux affirmations que Dieu est notre Père (Is 63, 16 et 64, 7), Isaïe développe toute une prière adressée à Dieu précisément parce qu’Il est Père : « Reviens… Ah ! Si tu déchirais les cieux… ». Des expressions comme celle-là (« Reviens ») sont typiques des prières de pénitence : même si on sait bien que Dieu n’a pas besoin de revenir ! Il ne risque pas de s’être éloigné. En réalité, c’est un aveu, l’aveu que le peuple s’est éloigné, qu’il est retombé dans ses fautes favorites, en particulier l’idolâtrie, sous une forme ou sous une autre. « Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi ». Et pourtant, on sait bien que Dieu est le seul Dieu. « Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul oeil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend ».
    Mais Dieu seul peut nous convertir, au vrai sens du terme, nous faire revenir à lui. « Ah ! Si tu déchirais les cieux… » Quelques siècles plus tard, au Baptême de Jésus, les cieux se sont déchirés et au Calvaire, c’est le voile du temple (symbole du firmament) qui s’est déchiré. Dieu a entendu la prière d’Isaïe ; il est intervenu en son Fils pour nous faire revenir à lui.

    PSAUME – 79 (80)
    2 Berger d’Israël, écoute,
    resplendis au-dessus des Kéroubim !
    3 Réveille ta vaillance
    et viens nous sauver.
    15 Dieu de l’univers, reviens !
    Du haut des cieux, regarde et vois :
    visite cette vigne, protège-là,
    16 celle qu’a plantée ta main puissante.
    18 Que ta main soutienne ton protégé,
    le fils de l’homme qui te doit sa force.
    19 Jamais plus nous n’irons loin de toi :
    fais-nous vivre et invoquer ton nom !

    PSAUME POUR CELEBRATION PENITENTIELLE
    « Jamais plus nous n’irons loin de toi, fais-nous vivre et invoquer ton Nom ». Ce psaume est un véritable cri de détresse : Israël, probablement dans une célébration pénitentielle, lance vers son Dieu une prière de supplication. C’est une prière chantée, très certainement, car elle comprend cinq strophes séparées par des refrains ; les strophes sont construites en alternance : tantôt rappels du passé… tantôt appels au secours pour le présent. Quant aux refrains, ils sont une demande de pardon : « Dieu, fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ». Tout ce psaume, et spécialement son refrain, dit l’impatience de voir s’accomplir enfin définitivement ces promesses de salut de Dieu : « Réveille ta vaillance et viens nous sauver ».
    Pour garder l’espérance, on s’appuie sur les souvenirs du passé. Dieu a prouvé maintes fois son amour pour son peuple… donc il le sauvera encore. Les souvenirs du passé : ce sont, bien sûr, les débuts de ce peuple avec la sortie d’Egypte, l’Exode, l’entrée en Terre promise, l’Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la Terre… et surtout l’irrésistible ascension de ce peuple parti de rien (au début ce n’était qu’une poignée d’esclaves échappés).
    Et cette aventure extraordinaire, ce petit peuple sait bien que c’est à Dieu qu’il la doit, à sa Présence continuelle : c’est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple, qui l’a protégé inlassablement au cours du temps.
    Cet amour de Dieu pour son peuple, sa sollicitude qu’on a tant de fois expérimentée, on l’exprime par deux images privilégiées dans la Bible, celle du berger, celle du vigneron. Deux figures qui disent, l’une et l’autre, le soin jaloux dont Dieu entoure son Peuple : comme un vigneron soigne sa vigne ; comme un berger veille sur ses brebis pour n’en perdre aucune. « Berger d’Israël… Toi qui conduis ton troupeau… Visite cette vigne qu’a plantée ta main puissante… Que ta main soutienne ton protégé. »
    LA SOLLICITUDE DU BERGER ET CELLE DU VIGNERON
    Le berger, nous l’avons longuement évoqué la semaine dernière, à l’occasion de la fête du Christ-Roi : nous avons lu en particulier la superbe prédication du prophète Ezékiel : « Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau… ainsi je veillerai sur mes brebis… La brebis perdue, je la chercherai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. »
    Le vigneron, également, est un bel exemple de sollicitude : car la vigne est réputée pour être une culture exigeante. A tel point que, dans une fameuse chanson de noces, la même attention amoureuse était recommandée au jeune époux envers son épouse. Lorsque, à partir du huitième siècle av. J.-C, les prophètes, à commencer par Osée, commencèrent à considérer l’Alliance entre Dieu et son peuple non plus seulement comme un contrat juridique, mais comme un lien d’amour, alors l’image de la vigne s’imposa d’elle-même : Dieu, comme un vigneron, entoure son peuple de soins constants. La vigne est donc devenue une métaphore privilégiée de l’Alliance : et nous avons entendu récemment la prédication d’Isaïe (c’était à l’occasion du vingt-septième dimanche) : « La vigne du SEIGNEUR de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plan qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda » (Is 5,7). Le raisin, lui aussi, offrait matière à réflexion : bon ou mauvais, il symbolisait le comportement du peuple et de ses chefs. Et les prophètes 
Osée, Isaïe, Jérémie, Ézékiel ont souvent déploré les 
manquements à l’Alliance comme autant
 de mauvais fruits : « Moi pourtant, j’avais fait de toi
 une vigne de raisin vermeil, tout entière d’un cépage de
 qualité. Comment t’es-tu changée pour moi en vigne 
méconnaissable et sauvage ? » disait Jérémie (Jr 2,21).
    Puis vint l’Exil à Babylone, et le peuple fut comparé à une vigne à l’abandon : « La vigne que tu as prise à l’Égypte… Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent » (c’est l’un des thèmes de notre psaume d’aujourd’hui : Ps 79/80,9-14).
    LES « KEROUBIM », C’EST-A-DIRE LES « CHERUBINS »
    Dernière remarque : je relève un nom curieux dans ces versets : les « Keroubim » ; c’est un mot hébreu qui a donné notre mot « Chérubins ». C’est là encore un rappel des temps heureux. L’Arche d’Alliance était un coffret précieux en bois d’acacia, plaqué d’or, qui mesurait cent vingt-cinq centimètres de long et soixante-quinze centimètres de large. Il renfermait les Tables de la Loi données par Dieu à Moïse au Sinaï. Ce coffret était surmonté d’une plaque d’or (qu’on appelait le propitiatoire), et de deux statues de chérubins en bois d’olivier plaqué d’or. Les chérubins étaient des animaux : à corps et pattes de lion, tête d’homme, et des ailes immenses.
    Leur rôle était de protéger l’Arche de leurs ailes et on les considérait comme le marchepied du trône invisible de Dieu. Tout au long de l’Exode, l’Arche, abritée sous une tente, a accompagné le peuple ; plus tard, le roi Salomon l’a placée dans le temple de Jérusalem. Bien sûr, on n’a jamais pensé enfermer la présence de Dieu dans une tente ou dans un temple, mais l’Arche était le signe visible, le symbole de cette Présence. « Toi qui sièges au-dessus des Keroubim… »
    Ce rappel, ici, évoque non seulement la splendeur de ce Temple magnifique ; il évoque surtout la Présence du Dieu fidèle qui n’a jamais abandonné son peuple.
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    COMPLEMENTS
    1- Ce psaume est relativement court, mais très dense ; vingt versets seulement, qui sont un véritable résumé de l’histoire d’Israël : ses heures de gloire, ses heures de peine.
    Les heures de peine, j’en ai parlé plus haut.
    Les heures de gloire : ce sont, bien sûr, les débuts de ce peuple avec la sortie d’Egypte, l’Exode, l’entrée en Terre promise, l’Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la Terre… et surtout l’irrésistible ascension de ce peuple parti de rien (au début ce n’était qu’une poignée d’esclaves échappés). Heures difficiles, certes, mais le temps embellit les souvenirs et puis c’était tellement beau par rapport au présent… et surtout, cette aventure extraordinaire, ce petit peuple sait bien que c’est à Dieu qu’il la doit, à sa Présence continuelle : c’est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple, qui l’a protégé avec un soin jaloux. « Berger d’Israël… Toi qui conduis ton troupeau… Visite cette vigne qu’a plantée ta main puissante… Que ta main soutienne ton protégé. »
    2- La Septante (la traduction grecque du troisième siècle av.J.C.), a ajouté un mot au premier verset pour situer l’ennemi : il s’agirait de l’Assyrie. Cela nous reporterait donc historiquement, bien avant l’Exil à Babylone, entre le neuvième et le septième siècles av.J.C. à un moment où l’Assyrie était une formidable puissance en pleine expansion ; c’est elle qui a écrasé le Royaume du Nord (Samarie), en 721… avant d’être écrasée à son tour par Babylone. Mais les commentaires juifs actuels sont d’accord pour attribuer à ce psaume une date beaucoup plus tardive.
    On ne sait pas exactement dans quel contexte historique est né ce psaume : en tout cas, c’est évident, dans une période d’épreuves et de douleur : « SEIGNEUR, Dieu de l’univers, vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l’abreuver de larmes sans mesure ? » Cette épreuve, c’est l’occupation étrangère ; le texte est très clair sur ce point, quand il parle de vigne ravagée par des bêtes féroces, de clôture rompue (il s’agit des frontières). Voici quelques versets que nous n’entendons pas ce dimanche : « Tu fais de nous la cible des voisins, nos ennemis ont vraiment de quoi rire ! … La vigne que tu as prise à l’Egypte… pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des champs la ravage et les bêtes des champs la broutent… La voici détruite, incendiée ». C’est peut-être une allusion aux horreurs du siège de Jérusalem par les troupes de Nabuchodonosor, roi de Babylone, en 587.
    3- Le verset 3 cite Ephraïm, Benjamin, Manasse : pourquoi eux ?
    « Berger d’Israël, écoute, toi qui conduis Joseph, ton troupeau : resplendis au-dessus des Keroubim, devant Ephraïm, Benjamin, Manassé ». Ephraïm, Benjamin, Manassé, ce sont les noms de trois tribus d’Israël… trois sur les douze… On peut se demander « pourquoi ces trois-là ? » Et pourquoi est-il question de Joseph, et pas d’un autre ancêtre du peuple, Abraham ou Isaac, par exemple ? Le texte n’en dit pas plus.
    Un petit peu de généalogie va nous le faire comprendre : Jacob a eu douze fils de quatre femmes différentes. Les quatre mères, ce sont d’abord ses deux épouses, Léa et Rachel, les deux soeurs, filles de Laban, puis leurs deux servantes, Bilha et Zilpa. Vous vous souvenez du piège dans lequel était tombé Jacob le jour de son mariage ; il avait demandé Rachel en mariage, celle qu’il aimait d’amour tendre… et le beau-père avait fait semblant d’accepter ; mais la fiancée est voilée jusqu’à la nuit de noces ; et le beau-père soucieux de caser d’abord Léa, la fille aînée, en avait profité pour marier Léa et non Rachel. Cruelle déception sous la tente au petit matin… et Jacob n’avait pu obtenir Rachel qu’en second ! Heureusement que la polygamie existait encore, en un sens ! Rachel a eu deux fils, Joseph et Benjamin ; et Joseph, fils de Rachel, a eu aussi deux fils, Ephraïm et Manassé. Ces quatre noms, Joseph, Benjamin, Ephraïm et Manassé, ce sont donc les descendants nés de l’amour de Jacob et Rachel. Ils sont les fils de la tendresse.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens 1, 3-9
    Frères,
    3 A vous la grâce et la paix,
    de la part de Dieu notre Père
    et du Seigneur Jésus Christ.
    4 Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet,
    pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ;
    5 en lui vous avez reçu toutes les richesses,
    toutes celles de la Parole
    et de la connaissance de Dieu.
    6 Car le témoignage rendu au Christ
    s’est établi fermement parmi vous.
    7 Ainsi aucun don de grâce ne vous manque,
    à vous qui attendez
    de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ.
    8 C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout,
    et vous serez sans reproche
    au jour de notre Seigneur Jésus Christ.
    9 Car Dieu est fidèle,
    lui qui vous a appelés à vivre en communion
    avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

    L’AVENT COMME UNE REMISE EN PERSPECTIVE
    En cherchant une image qui puisse nous aider à entrer dans ce texte de Paul, il m’est venu celle de la boussole : quoi qu’il arrive, une boussole digne de ce nom, vous indiquera toujours le Nord ; irrésistiblement, elle y revient toujours ; pour Paul, un chrétien est comme une boussole : il est tourné vers l’Avenir… et il faut écrire A-Venir en deux mots.
    Si Paul prend la plume pour écrire aux Corinthiens, c’est parce qu’ils avaient un peu perdu le Nord sur certains points justement. Alors il leur rappelle ce qui fait à ses yeux la première caractéristique des Chrétiens, l’attente : « Vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ ». Les chrétiens ne sont pas tournés vers le passé mais vers l’avenir.
    Bien sûr, si cette lecture nous est proposée pour le premier dimanche de l’Avent, c’est parce que, précisément, l’Avent est le temps où nous redécouvrons toutes les dimensions de l’Attente chrétienne, où nous nous remettons dans la perspective de l’A-Venir que Dieu nous promet.
    A un premier niveau, l’Avent est d’abord le Temps de préparation à Noël ; nous serons invités à commémorer un événement historique : la venue du Christ dans l’histoire des hommes. L’Avent est le temps de la préparation de cet anniversaire. Et donc, chaque année, à pareille époque, nous relisons dans la Bible les annonces des prophètes, les promesses de Dieu : promesses de salut, c’est-à-dire de bonheur. Le même thème revient sans cesse sous des formes différentes : « Réjouissez-vous… Le Seigneur vient vous sauver »… Parfois, les promesses se précisent : c’est Isaïe qui dit « La Vierge enfantera », ou Jérémie (23, 5) « Je ferai naître chez David un germe de justice »…
    Mais l’histoire du salut ne s’arrête pas à la crèche de Bethléem. Cette attente, nous la vivons encore aujourd’hui pour notre propre compte. Nous venons de célébrer la Fête du Christ-Roi, et nous avons eu raison : oui, le Christ est Roi… DEJA par sa mort et sa Résurrection, car DEJA la vie a vaincu la mort, DEJA l’amour a vaincu l’indifférence et la haine. Mais son Royaume n’est pas encore pleinement réalisé : il suffit de lire les journaux, d’écouter la radio ou de regarder la télévision, ou plus simplement de regarder en nous et autour de nous, pour en être convaincus !
    Le Christ sera pleinement roi lorsque, en chacun de ses frères, l’amour sera roi. C’est cela que nous attendons en même temps que le retour du Christ. Nous attendons la manifestation définitive de sa victoire à la tête de l’humanité : une humanité tout entière enfin libérée de l’esclavage du péché et de la mort. Nous sommes le peuple porteur de cette espérance. Même quand le mal, la haine, la violence, le racisme semblent mener l’histoire du monde, nous croyons, nous sommes sûrs que le Mal n’aura pas le dernier mot. Selon un mot du Père Joseph Templier « La défaite du Mal est programmée et elle est définitive ». Si bien qu’il faut savoir lire les textes de ces dimanches de l’Avent à trois niveaux :
    premier niveau : l’attente du Messie dans le peuple juif, depuis David, jusqu’à la naissance de Jésus à Bethléem.
    deuxième niveau : le salut déjà accompli en Jésus-Christ : celui que Jésus inaugure par sa mort et sa résurrection ; l’humanité est enfin capable dans l’un des siens (Jésus) d’être pleinement accordée à l’Amour et à la volonté du Père ; c’est-à-dire de vivre à plein et exclusivement les valeurs de l’amour, du partage, de la solidarité, de la douceur, du pardon.
    troisième niveau : notre attente du Jour de Dieu, du déploiement définitif et universel de la victoire de Christ, du royaume de Dieu. Ce Jour-là, c’est l’humanité tout entière qui vivra ces valeurs qu’incarnait Jésus-Christ. Et nous savons que ce n’est pas seulement un beau rêve, puisque Jésus nous a montré que cela était possible.
    Par exemple, quand Paul dit à ses frères de Corinthe « A vous la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ », ce n’est pas une simple formule de politesse ni même un souhait affectueux ; il parle comme toujours dans la perspective du projet de Dieu. La « grâce et la paix », c’est une manière de dire le projet de Dieu : la grâce, c’est l’attribut même de Dieu, on pourrait traduire « amour », « don gratuit », présence aimante de Dieu. Etre dans la grâce, c’est être en communion avec Dieu ; la paix en est la conséquence à notre échelle. Or le projet de Dieu, c’est précisément cela : faire entrer définitivement l’humanité tout entière dans la communion d’amour de la Trinité.
    Et Saint Paul, ici, se situe aux trois niveaux dont je parlais tout-à-l’heure : on les lit très clairement dans ce passage :
    LE CHEMIN DE LA GRACE
    premier niveau : ce projet de Dieu, grâce et paix, est prévu de toute éternité ; et tout au long de l’histoire biblique, le peuple élu en a pris de mieux en mieux conscience.
    deuxième niveau : la grâce est déjà donnée, ce projet de Dieu est déjà inauguré en Jésus-Christ ; Saint Paul dit aux Corinthiens « Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée (c’est au passé) dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu. »
    troisième niveau : « A vous la grâce et la paix… à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout… » En d’autres termes, il vous aidera à ne pas perdre le Nord, ou à le retrouver si vous l’aviez momentanément perdu. Et pour alimenter le courage de ses Corinthiens (et le nôtre), Paul ajoute : « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur ».
    L’Avent, c’est donc un temps très dynamique ! C’est le moment par excellence où nous nous rappelons sans cesse la fidélité de Dieu à son projet pour y puiser la force de le faire avancer chacun à notre mesure.
    ————————
    Complément
    Au verset 7, le mot qui a été traduit « Vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ » est dans le texte grec « attendant la révélation (apocalupsis) de notre Seigneur Jésus-Christ ».

    EVANGILE – selon saint Marc 13, 33 – 37
    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
    33 « Prenez garde, restez éveillés :
    car vous ne savez pas
    quand ce sera le moment.
    34 C’est comme un homme parti en voyage :
    en quittant sa maison,
    il a donné tout pouvoir à ses serviteurs,
    fixé à chacun son travail,
    et demandé au portier de veiller.
    35 Veillez donc,
    car vous ne savez pas
    quand vient le maître de la maison,
    le soir ou à minuit,
    au chant du coq ou le matin.
    36 S’il arrive à l’improviste,
    il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.
    37 Ce que je vous dis là,
    je le dis à tous :
    Veillez ! »

    PRENEZ GARDE, VEILLEZ
    Dans le passage qui précède tout juste celui-ci, Jésus vient de parler à ses disciples de ce qu’il appelle « la venue du Fils de l’homme » et il a ajouté « Ce jour ou cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne sinon le Père. » (Mc 13, 32).
    Et il en déduit pour ses disciples ce que nous venons d’entendre : si lui, le Fils, comme il se nomme lui-même, ne connaît pas l’heure de sa venue, nous la connaissons encore moins ; et donc, il ajoute : « Prenez garde, veillez (au sens de « restez éveillés »), car vous ne savez pas quand ce sera le moment ». On a bien l’impression que cela veut dire « vous pourriez vous laisser surprendre ».
    La suite du texte va tout à fait dans ce sens : « Vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin » : le « chant du coq », c’est très probablement une allusion au reniement de Pierre (on sait que Marc était très proche de Pierre) ; cette phrase est une mise en garde : si vous n’êtes pas attentifs au jour le jour, il peut vous arriver de me renier sans y prendre garde.
    Quelques heures avant cette défaillance de Pierre, Jésus, à Gethsémani, avait dit aux trois apôtres qui l’accompagnaient : « Veillez et priez afin de ne pas entrer au pouvoir de la tentation » (Mc 14, 38). Et il avait ajouté : « L’esprit est plein d’ardeur, mais la chair est faible »… Manière de dire à quel point nous sommes perpétuellement écartelés entre les valeurs du Royaume et le retour à l’égoïsme, l’indifférence, la lâcheté. C’est pour cela qu’il faut prier sans cesse, pour ne pas lâcher la main de Dieu.
    Voilà qui éclaire notre texte d’aujourd’hui : « veiller » veut dire « prier » ; non pas prier le Père de réaliser son Royaume lui-même, tout seul, sans nous. Ce n’est pas son projet. Mais prier pour être remplis de son Esprit qui nous fera entrer dans le projet du Père. Alors nous pourrons regarder le monde, qui est la matière première du Royaume, avec les yeux de Dieu si j’ose dire. Et alors, nous deviendrons capables d’agir dans le sens du Royaume.
    Vous connaissez la leçon de Luc sur la prière : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson ? Ou encore s’il demande un oeuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le lui demandent. »
    Oui, le Jour et l’heure sont le secret de Dieu… « Nul ne les connaît sinon le Père », comme dit Jésus ; mais ce n’est pas une raison pour s’inquiéter, l’Esprit est avec nous. Encore faut-il le prier, c’est-à-dire le désirer ; il ne nous envahira pas contre notre gré.
    Du coup, cela éclaire en quoi consiste la tentation : « Veillez et priez afin de ne pas entrer au pouvoir de la tentation », dit Jésus ; et dans le texte d’aujourd’hui, il s’est comparé à un maître de maison qui part en voyage : « Il a laissé sa maison, confié à ses serviteurs l’autorité, à chacun sa tâche, et il a donné au portier l’ordre de veiller. » La tentation, en quelque sorte, c’est de dormir, c’est-à-dire de négliger la maison ; or on est tout à la fin de l’évangile de Marc, à quelques jours de la fête de la Pâque, c’est-à-dire juste avant la Passion ; tout comme la parabole du jugement dernier chez Matthieu, que nous lisions pour la fête du Christ-Roi ; il me semble que la leçon est la même : avec Matthieu, nous avions compris que « veiller » veut dire « veiller sur » nos frères, afin que grandisse le Royaume dans lequel tout homme sera roi. Marc, lui, a pris une autre image : il dit « votre mission, c’est de veiller sur la maison » !
    GARDIENS DE LA MAISON DE DIEU
    Nous voilà promus gardiens de la maison de Dieu ! Nous sommes ces serviteurs, ce portier. Voilà la Bonne Nouvelle extraordinaire qui nous sera répétée tout au long de l’Avent : nos vies, si modestes soient-elles, peuvent contribuer à la gestation de l’humanité nouvelle ; c’est ce qui fait notre grandeur. Il a « fixé à chacun son travail » : cela veut dire que chacun d’entre nous a un rôle à jouer, son rôle. Et un rôle efficace puisqu’en partant « il a donné tout pouvoir à ses serviteurs » !
    C’est peut-être bien l’une des raisons pour lesquelles personne, pas même le Fils (tant qu’il était parmi nous) ne connaît l’heure de l’avènement définitif du Royaume : c’est que nous avons notre part dans sa construction.
    Et il me semble que c’est le message le plus urgent que nous devrions transmettre à nos jeunes ; cela suppose, évidemment, que nous n’attendions pas l’avènement du Royaume de Dieu comme on attend le train, mais que notre attente soit active !
    Mais notre problème, justement, c’est que, bien souvent, nous restons passifs, ou pire, nous oublions que nous attendons quelque chose, ou plutôt Quelqu’un ! Et alors, nous occupons le temps à autre chose ; mais occuper le temps à autre chose, quand il s’agit du Royaume de Dieu, évidemment, c’est grave. Et c’est pour cela que Jésus met ses apôtres en garde. Et Saint Pierre, qui a certainement avoué son reniement à Marc, ne le sait que trop.
    Voilà donc notre raison de vivre : et quel programme ! Portiers de la maison de Dieu : il nous revient d’y faire entrer tous les hommes. Sans oublier la leçon de la parabole des talents : le maître de maison nous fait confiance, il nous confie ses trésors. La seule réponse digne de l’honneur qu’il nous fait consiste à lui faire confiance en retour et à nous retrousser les manches ! Ce n’est pas le moment de nous occuper à autre chose !


  • Homélie du dimanche 3 décembre

    Dimanche 3 décembre 2017
    Premier dimanche de l’Avent

    Références bibliques :
    Lecture du prophète Isaïe. 63. 16 à 64. 7 : « Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice. »
    Psaume 79 : « Jamais plus nous n’irons loin de toi. »
    Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 1. 3 à 9 : « Il vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur. »
    Lecture de l’évangile selon saint Marc : « Il peut arriver à l’improviste. »
    ***
    LA LITURGIE DE L’EGLISE
    nous introduit dans le mystère de Dieu.
    Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique, selon le cycle même dont l’Eglise marque le temps de vivre la grâce reçue dans le mystère de l’Incarnation, dont la Nativité en est la première expression. Puis dans le mystère pascal de la Rédemption, mort et résurrection du Seigneur Jésus.
    De cette manière, nous sommes invités à réactualiser la grâce qui est en nous. Cette « réactualisation » se vit en Eglise, et non pas selon notre cheminement solitaire.
    Notre société sécularisée et déchristianisée témoigne d’ailleurs du besoin, qui subsiste en tout homme, d’être-avec, d’être-avec-autrui, notamment lorsqu’il est en recherche, lorsqu’il est en difficulté, lorsqu’il connaît l’échec.
    L’Eglise est le milieu divino-humain où trouve son achèvement et sa plénitude l’aspiration du cœur humain à la convivialité collective. « Animal social » par nature, l’homme, en tant que personne créée à la réplique du Dieu tri-unique, est fondamentalement un être social et donc, pour tout baptisé, un être ecclésial.
    C’est dans ce sens que nous pouvons rejoindre le mystère de l’Incarnation de ce Dieu unique et trinité dont la « convivialité » s’exprime dans le Père, le Fils et l’Esprit, comme le suggère l’icône d’Andrei Roublev où les trois visiteurs divins sont autour d’une table eucharistique.
    Cette communion, qui a sa plénitude au jour du mystère pascal, l’Eglise nous la fait vivre dans la liturgie au sens plénier du terme. « Fais fructifier en nous l’eucharistie qui nous a rassemblés. » (prière après la communion)
    ALLER AVEC COURAGE
    pour assumer ce que nous sommes.
    Nous sommes invités à partir, à « redémarrer » sans cesse, nous qui piétinons et même parfois reculons.
    En fait, nous ne sommes pas encore arrivés au terme de cette identification dont parle saint Jean et que l’Eglise rappelait dans la liturgie de la Toussaint : « Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3. 2) Ce que saint Paul exprime d’une autre manière : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. » (Galates 2. 19-20).
    Il nous faut donc sans cesse nous libérer des habitudes, des autosatisfactions qui reviennent entraver notre liberté d’enfants de Dieu. Il nous faut être conscients de ce que nous sommes, à la fois « un vieil homme », et, dans le même temps selon l’expression de saint Paul, ce « nouvel homme » qui vit déjà en nous par la grâce de notre baptême, nouvel homme dont la force vitale dépasse infiniment les limites du « vieil homme ».
    Pour se libérer de leurs limites humaines, beaucoup de nos contemporains espèrent trouver dans les sagesses de l’Orient le nirvana de salut. Jésus nous invite, lui, à assumer ces limites. Il a assumé nos faiblesses, nos péchés même, lui qui était dans la condition même de Dieu ! « C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout » (Philippiens 2. 5 à 11)
    Pour nous, cela demande du courage, une force et une humilité sans complaisance. Car ce n’est pas chose facile de jeter sur nous-mêmes un regard loyal, sans complaisance, un regard sévère et lucide, un regard qui décape et met à nu toutes les sinuosités compliquées et d’aller jusqu’à se convertir. Le cœur qui se convertit est celui qui décide de ne plus faire écran au regard posé sur lui par le Père des lumières sur chacun de nous qu’il convie à cette « déification. »
    SUR LES CHEMINS DE LA JUSTICE
    pour être en harmonie.
    Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, la justice s’entend d’une manière différente de celle qui est exercée sur le plan humain. Certes la justice de ce monde est indispensable, mais elle ne suffit pas dans ce cheminement vers Dieu.
    Dans les Ecritures, elle est mise en correspondance avec la foi, la charité et la vie. (Romains 1. 16 – 1 Jean 2. 29). Cette justice n’est pas une simple « justification » que Dieu nous donne au vu de nos mérites. Elle est l’harmonisation de ce que nous vivons avec la vie même de Dieu, par la grâce et les sacrements de cette grâce.
    Cette justice, nous pouvons d’ailleurs l’exprimer le sens qu’utilise l’ouvrier quand il a ajusté deux pièces avec précision, ou dans le sens qu’utilise le musicien quand il parle d’une note juste lorsqu’il accorde son violon.
    Si nous allons avec courage sur ce chemin de la justice, ce n’est pas pour trouver une récompense ni même une règle de vie, c’est pour rejoindre quelqu’un, et nous ajuster à celui qui est au cœur même de notre attente et de notre vie, le Christ .
    La démarche de toute éthique aboutit à la justification de celui qui la professe, à la satisfaction de connaître la loi, de savoir les vertus et de les pratiquer. Pour le Christ, la figure même de la démarche vers le chemin de la justice, c’est le publicain, le fils prodigue, le larron, tous ceux qui, dans la vérité de leur insuffisance, n’attendent rien d’eux-mêmes, mais recherchent et s’abandonnent à la relation d’amour que Jésus établit.
    LA RENCONTRE DU SEIGNEUR
    Cette démarche est une démarche intérieure et personnelle et non pas grégaire et extérieure à soi-même, ce qui est le risque d’une démarche entraînée par un groupe enthousiaste et communicatif. Elle a pour terme une rencontre personnelle qui est une rencontre de communion. « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils Jésus-Christ notre Seigneur. » (1 Cor 1. 9)
    Ou, selon l’expression du théologien orthodoxe, Vladimir Lossky, « Nous embarquer sur l’Océan sans fond de l’immensité divine à la recherche de l’Amour.
    Durant ce temps de l’Avent, nous retrouverons souvent saint Jean Baptiste. Il est celui qui a mis ses disciples sur le chemin de la rencontre avec Jésus : « Voici l’agneau de Dieu. »
    Ils y répondent par une démarche personnelle et libre, mais c’est lui, Jésus, qui leur donne à voir ce qu’il est, non par des discours ou des sermons. Il les entraîne avec Lui, près de Lui. « Venez et voyez ». Pour saint Jean, c’est un premier pas sur un chemin dont il dira que le terme est au jour où « nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3. 2)
    Cette rencontre l’avait conduit au Christ par une démarche dynamique « à travers la vie de ce monde ». L’existence définitive en Dieu ne sera pas un état statique, mais la continuation, à un plan nouveau, de la route que nous avons suivie durant notre vie et dont le dynamisme sera vécu dans l’infini de la vitalité divine, de la vie trinitaire, de Dieu qui est Amour, « l’amour dont nous t’aimerons éternellement. »
    ***
    A la lumière de ces quelques réflexions, nous pouvons donner tout leur sens aux prières de ce dimanche.
    Celle du début de la messe : «  Donne à tes fidèles d’aller avec courage sur les chemins de la justice à le rencontre du Seigneur… »
    Celle de la communion : »Fais fructifier en nous l’eucharistie qui nous a rassemblés. C’est par elle que tu formes dès maintenant, à travers la vie de ce monde, l’amour dont nous t’aimerons éternellement. »


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