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mardi 15 mai 2018

  • Commentaires du dimanche 20 mai

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 20 mai 2018
    dimanche de la Pentecôte

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 2, 1-11
    1 Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques,
    ils se trouvaient réunis tous ensemble.
    2 Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent :
    la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.
    3 Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu,
    qui se partageaient,
    et il s’en posa une sur chacun d’eux.
    4 Tous furent remplis d’Esprit Saint :
    ils se mirent à parler en d’autres langues,
    et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
    5 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux,
    venant de toutes les nations sous le ciel.
    6 Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait,
    ils se rassemblèrent en foule.
    Ils étaient en pleine confusion
    parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient.
    7 Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient :
    « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
    8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende
    dans son propre dialecte, sa langue maternelle ?
    9 Parthes, Mèdes et Elamites,
    habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce,
    de la province du Pont et de celle d’Asie,
    10 de la Phrygie et de la Pamphylie,
    de l’Egypte et des contrées de Libye proches de Cyrène,
    Romains de passage,
    11 Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes,
    tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

    JERUSALEM, LA VILLE DU DON DE L’ESPRIT
    Première chose à retenir de ce texte : Jérusalem est la ville du don de l’Esprit ! Elle n’est pas seulement la ville où Jésus a institué l’Eucharistie, la ville où il est ressuscité, elle est aussi la ville où l’Esprit a été répandu sur l’humanité.
    C’était l’année de la mort de Jésus, mais qui d’entre eux le savait ? J’ai dit intentionnellement « la mort » de Jésus, sans parler de sa Résurrection ; car celle-ci pour l’instant est restée confidentielle. Ces gens venus de partout n’ont probablement jamais entendu parler d’un certain Jésus de Nazareth. Cette année-là est comme toutes les autres, cette fête de Pentecôte sera comme toutes les autres. Mais déjà, ce n’est pas rien ! On vient à Jérusalem dans la ferveur, la foi, l’enthousiasme d’un pèlerinage pour renouveler l’Alliance avec Dieu.
    Ce jour-là, la ville de Jérusalem grouillait de monde venu de partout, des milliers de Juifs pieux venus parfois de très loin. Parce que, à l’époque du Christ, la Pentecôte juive était très importante : c’était la fête du don de la Loi, l’une des trois fêtes de l’année pour lesquelles on se rendait à Jérusalem en pèlerinage. L’énumération de toutes les nationalités réunies à Jérusalem pour cette occasion en est la preuve.
    « Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Egypte et de la Libye proche de Cyrène… Crétois et Arabes ».
    Pour les disciples, bien sûr, cette fête de Pentecôte, cinquante jours après la Pâque de Jésus, celui qu’ils ont vu entendu, touché… après sa Résurrection… cette Pentecôte ne ressemble à aucune autre ; pour eux plus rien n’est comme avant… Ce qui ne veut pas dire qu’ils s’attendent à ce qui va se passer !
    Pour bien nous faire comprendre ce qui se passe, Luc nous le raconte ici, dans des termes qu’il a de toute évidence choisis très soigneusement pour évoquer au moins trois textes de l’Ancien Testament : ces trois textes, ce sont premièrement le don de la Loi au Sinaï ; deuxièmement une parole du prophète Joël ; troisièmement l’épisode de la tour de Babel.
    Commençons par le Sinaï : les langues de feu de la Pentecôte, le bruit « pareil à celui d’un violent coup de vent » suggèrent que nous sommes ici dans la ligne de ce qui s’était passé au Sinaï, quand Dieu avait donné les tables de la Loi à Moïse ; on trouve cela au livre de l’Exode : « Le troisième jour, quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d’un cor très puissant ; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne. La montagne du Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta comme le feu d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment … Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre ». (Ex 19, 16-19).
    En s’inscrivant dans la ligne de l’événement du Sinaï, Saint Luc veut nous faire comprendre que cette Pentecôte, cette année-là, est beaucoup plus qu’un pèlerinage traditionnel : c’est un nouveau Sinaï. Comme Dieu avait donné sa Loi à son peuple pour lui enseigner à vivre dans l’Alliance, désormais Dieu donne son propre Esprit à son peuple… Désormais la Loi de Dieu (qui est le seul moyen de vivre vraiment libres et heureux, il ne faut pas l’oublier) désormais cette Loi de Dieu est écrite non plus sur des tables de pierre mais sur des tables de chair, sur le coeur de l’homme, pour reprendre une image d’Ezéchiel.2
    L’ESPRIT DE DIEU DANS LE CŒUR DE L’HOMME
    Deuxièmement, Luc a très certainement voulu évoquer une parole du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair », dit Dieu (Jl 3, 1 ; « toute chair » c’est-à-dire tout être humain). Aux yeux de Luc, ces « Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel » comme il les appelle, symbolisent l’humanité entière pour laquelle s’accomplit enfin la prophétie de Joël. Cela veut dire que le fameux « Jour de Dieu » tant attendu est arrivé !
    Troisièmement, l’épisode de Babel : vous vous souvenez de l’histoire de Babel : en la simplifiant beaucoup, on peut la raconter comme une pièce en deux actes : Acte 1, tous les hommes parlaient la même langue : ils avaient le même langage et les mêmes mots. Ils décident d’entreprendre une grande oeuvre qui mobilisera toutes leurs énergies : la construction d’une tour immense… Acte 2, Dieu intervient pour mettre le holà : il les disperse à la surface de la terre et brouille leurs langues. Désormais les hommes ne se comprendront plus… Nous nous demandons souvent ce qu’il faut en conclure ?… Si on veut bien ne pas faire de procès d’intention à Dieu, impossible d’imaginer qu’il ait agi pour autre chose que pour notre bonheur… Donc, si Dieu intervient, c’est pour épargner à l’humanité une fausse piste : la piste de la pensée unique, du projet unique ; quelque chose comme « mes petits enfants, vous recherchez l’unité, c’est bien ; mais ne vous trompez pas de chemin : l’unité n’est pas dans l’uniformité ! La véritable unité de l’amour ne peut se trouver que dans la diversité ».
    Le récit de la Pentecôte chez Luc s’inscrit bien dans la ligne de Babel : à Babel, l’humanité apprend la diversité, à la Pentecôte, elle apprend l’unité dans la diversité : désormais toutes les nations qui sont sous le ciel entendent proclamer dans leurs diverses langues l’unique message : les merveilles de Dieu.
    ———————————
    Notes
    1 – La première lecture et le psaume sont communs aux fêtes de la Pentecôte des trois années liturgiques. En revanche, la deuxième lecture et l’évangile sont différents chaque année.
    2 – « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes… vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». (Ez 36, 26…28).

    PSAUME – 103 (104), 1.24, 29-30, 31.34
    1 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ;
    SEIGNEUR mon Dieu, tu es si grand !
    24 Quelle profusion dans tes oeuvres, SEIGNEUR !
    La terre s’emplit de tes biens.
    29 Tu reprends leur souffle, ils expirent
    et retournent à leur poussière.
    30 Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
    tu renouvelles la face de la terre.
    31 Gloire au SEIGNEUR à tout jamais !
    Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres !
    34 Que mon poème lui soit agréable ;
    moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR.

    QUELLE PROFUSION DANS TES OEUVRES, SEIGNEUR !
    Il faudrait pouvoir lire ce psaume en entier ! Trente-six versets de louange pure, d’émerveillement devant les oeuvres de Dieu. J’ai dit des « versets », parce que c’est le mot habituel pour les psaumes, mais j’aurais dû dire trente-six « vers » car il s’agit en réalité d’un poème superbe.
    On n’est pas surpris qu’il nous soit proposé pour la fête de la Pentecôte puisque Luc, dans le livre des Actes, nous raconte que le matin de la Pentecôte, les Apôtres, remplis de l’Esprit-Saint se sont mis à proclamer dans toutes les langues les merveilles de Dieu.
    Vous me direz : pour s’émerveiller devant la Création, il n’y a pas besoin d’avoir la foi ! C’est vrai, et on trouve certainement dans toutes les civilisations des poèmes magnifiques sur les beautés de la nature. En particulier on a retrouvé en Egypte sur le tombeau d’un Pharaon un poème écrit par le célèbre Pharaon Akh-en-Aton (Aménophis IV) : il s’agit d’une hymne au Dieu-Soleil : Aménophis IV a vécu vers 1350 av. J.C. , à une époque où les Hébreux étaient probablement en Egypte ; ils ont peut-être connu ce poème.
    Entre le poème du Pharaon et le psaume 103/104 il y a des similitudes de style et de vocabulaire, c’est évident : le langage de l’émerveillement est le même sous toutes les latitudes ! Mais ce qui est très intéressant, ce sont les différences : elles sont la trace de la Révélation qui a été faite au peuple de l’Alliance.
    La première différence, et elle est essentielle pour la foi d’Israël, Dieu seul est Dieu ; il n’y a pas d’autre Dieu que lui ; et donc le soleil n’est pas un dieu !
    Nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer au sujet du récit de Création…
    Par exemple, dans le récit de la Création dans la Genèse, la Bible prend grand soin de remettre le soleil et la lune à leurs places, ils ne sont pas des dieux, ils sont uniquement des luminaires, c’est tout. Et ils sont des créatures, eux aussi. Un des versets le dit clairement « Toi, Dieu, tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l’heure de son coucher ».
    Je ne vais pas en parler longtemps car il s’agit de versets qui n’ont pas été retenus pour la fête de la Pentecôte…
    Et plusieurs versets présentent bien Dieu comme le seul maître de la Création ; le poète emploie pour lui tout un vocabulaire royal : Dieu est présenté comme un roi magnifique, majestueux et victorieux. Par exemple, le mot « grand » que nous avons entendu est un mot employé pour dire la victoire du roi à la guerre. Manière bien humaine, évidemment, pour dire la maîtrise de Dieu sur tous les éléments du ciel, de la terre et de la mer.
    Deuxième particularité de la Bible : la Création n’est que bonne ; on a là un écho de ce fameux poème de la Genèse qui répète inlassablement comme un refrain « Et Dieu vit que cela était bon ! »…
    Le psaume 103/104 évoque tous les éléments de la Création, avec le même émerveillement : « Moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR » et le psalmiste ajoute (un verset que nous n’entendons pas ce dimanche) : « Je veux chanter au SEIGNEUR tant que je vis, jouer pour mon Dieu tant que je dure… »
    Pour autant le mal n’est pas ignoré : la fin du psaume l’évoque clairement et souhaite sa disparition : mais les hommes de l’Ancien Testament avaient compris que le mal n’est pas l’oeuvre de Dieu, puisque la Création tout entière est bonne. Et on sait qu’un jour Dieu fera disparaître tout mal de la terre : le roi victorieux des éléments vaincra finalement tout ce qui entrave le bonheur de l’homme.
    TU RENOUVELLES LA FACE DE LA TERRE
    Troisième particularité de la foi d’Israël : la Création n’est pas un acte du passé : comme si Dieu avait lancé la terre et les humains dans l’espace, une fois pour toutes. Elle est une relation persistante entre le Créateur et ses créatures ; quand nous disons dans le Credo « Je crois en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre », nous n’affirmons pas seulement notre foi en un acte initial de Dieu, mais nous nous reconnaissons en relation de dépendance à son égard : le psaume ici dit très bien la permanence de l’action de Dieu : « Tous comptent sur toi… Tu caches ton visage, ils s’épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre ».
    Autre particularité, encore, de la foi d’Israël, autre marque de la révélation faite à ce peuple : au sommet de la Création, il y a l’homme ; créé pour être le roi de la Création, il est rempli du souffle même de Dieu ; il fallait bien une révélation pour que l’humanité ose penser une chose pareille ! Et c’est bien ce que nous célébrons à la Pentecôte : cet Esprit de Dieu qui est en nous vibre en sa présence : il entre en résonance avec lui. Et c’est pour cela que le psalmiste peut dire : « Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres ! … Moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR ».
    Enfin, et c’est très important : on sait bien qu’en Israël toute réflexion sur la Création s’inscrit dans la perspective de l’Alliance : Israël a d’abord expérimenté l’oeuvre de libération de Dieu et seulement ensuite a médité la Création à la lumière de cette expérience. Dans ce psaume précis, on en a des traces :
    D’abord le nom de Dieu employé ici est le fameux nom en quatre lettres, YHVH, que nous traduisons SEIGNEUR, qui est la révélation précisément du Dieu de l’Alliance.
    Ensuite, vous avez entendu tout à l’heure l’expression « SEIGNEUR mon Dieu, tu es si grand ! » L’expression « mon Dieu » avec le possessif est toujours un rappel de l’Alliance puisque le projet de Dieu dans cette Alliance était précisément dit dans la formule « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». Cette promesse-là, c’est dans le don de l’Esprit « à toute chair », comme dit le prophète Joël qu’elle s’accomplit. Désormais, tout homme est invité à recevoir le don de l’Esprit pour devenir vraiment fils de Dieu.

    DEUXIEME LECTURE – lettre de Paul apôtre aux Galates 5, 16-25
    Frères,
    16 je vous le dis :
    marchez sous la conduite de l’Esprit Saint,
    et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair.
    17 Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit,
    et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair.
    En effet, il y a là un affrontement
    qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez.
    18 Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit,
    vous n’êtes pas soumis à la Loi.
    19 On sait bien à quelles actions mène la chair :
    inconduite, impureté, débauche,
    20 idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité,
    jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme,
    21 envie, beuveries, orgies
    et autres choses du même genre.
    Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait :
    ceux qui commettent de telles actions
    ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
    22 Mais voici le fruit de l’Esprit :
    amour, joie, paix, patience,
    bonté, bienveillance, fidélité,
    23 douceur et maîtrise de soi.
    En ces domaines, la Loi n’intervient pas.
    24 Ceux qui sont au Christ Jésus
    ont crucifié en eux la chair,
    avec ses passions et ses convoitises.
    25 Puisque l’Esprit nous fait vivre,
    marchons sous la conduite de l’Esprit.

    UN AFFRONTEMENT PERMANENT
    Cet affrontement que Paul décrit ici entre les tendances de la chair et les tendances de l’esprit est le lot de chacun de nous depuis que le monde est monde. Le Livre de la Genèse le dit d’une manière très imagée dans l’épisode de Caïn et Abel : Abel était berger, Caïn cultivateur ; au printemps, selon la coutume, chacun des deux fit une offrande : la règle était que le berger offre le premier-né de son troupeau (ce qu’Abel a fait) et le cultivateur les premières gerbes de sa récolte ; pour Caïn, le texte suggère qu’il a peut-être fait son offrande de mauvais gré, puisqu’il est dit : « Caïn apporta au SEIGNEUR une offrande de fruits de la terre » (et non les premières gerbes). En tout cas, la suite est claire ; Caïn, peut-être parce qu’il n’a pas la conscience très tranquille, se rend compte (ou croit deviner) que son offrande n’est pas aussi bien vue que celle de son frère : « Le SEIGNEUR tourna le regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu. Le SEIGNEUR dit à Caïn : pourquoi t’irrites-tu ? Et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, est avide de toi. Mais toi, domine-le. »
    Le mot « tapi », ici, est très intéressant ; il se dit d’un animal prêt à bondir : Caïn est écartelé entre cette violence animale qui l’envahit et l’appel de Dieu à dominer son envie de meurtre : « le péché, tapi à ta porte, est avide de toi. Mais toi, domine-le. » Il est clair que, pour Caïn, la véritable liberté aurait été de dominer sa violence : au moment où il se donnait l’illusion d’être le plus fort en tuant son frère, il n’était en réalité que l’esclave d’une violence qu’il n’avait pas su dominer. Nous sommes les descendants de Caïn et toute notre histoire humaine, aussi bien collective qu’individuelle, pourrait s’écrire comme la longue suite de ces affrontements : très lentement, l’humanité apprend à dominer sa violence : elle sort peu à peu de l’animalité pour devenir vraiment humaine. A l’échelon individuel, le même apprentissage est à refaire pour chacun de nous : ceux d’entre nous qui ont éduqué des enfants le savent bien. Long apprentissage de ce qu’est la véritable liberté ! Non pas se laisser aller à n’importe quoi, mais au contraire savoir dominer toutes ces bêtes tapies à notre porte : « débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. » (On reconnaît ici la liste de Paul).
    LA LOI, UN PREMIER PAS
    Une bonne manière de faciliter cet apprentissage est d’imposer certaines règles de conduite : c’est le rôle des lois. « Tu ne tueras pas » : c’est le premier pas, la première balise ; il serait évidemment beaucoup plus noble pour Caïn d’aimer spontanément Abel ; mais tant qu’on n’en est pas là, au moins la loi limite-t-elle les dégâts et peu à peu elle éduque, de gré ou de force. Son rôle est d’enseigner les « bonnes manières », c’est-à-dire, qu’on le veuille ou non, les manières « d’être bon ! »
    « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas de rapt (ce qu’on peut traduire : tu ne réduiras personne en esclavage), tu ne mentiras pas, tu ne commettras pas d’adultère… » C’est l’apprentissage de la fidélité à ses promesses, de la vérité, du respect des autres…
    Apprentissage par la contrainte, il est vrai, mais l’expérience prouve que dans une première étape du développement des sociétés comme des individus, seule cette contrainte est efficace pour éviter la prolifération de la violence, ce que Paul appelle « les tendances égoïstes de la chair ».
    Entendons-nous bien sur le sens de ce mot « chair » pour Paul : contrairement à ce qu’on pourrait croire, chez Saint Paul, le mot « chair » n’a rien de péjoratif ! Ce n’est pas le corps, et encore moins le sexe, c’est l’homme tout entier quand il ressemble à Caïn ; cet homme-là a besoin d’une loi pour ne pas se laisser aller à toutes les violences qui l’habitent. Un jour viendra où la loi ne sera plus nécessaire : ce ne sera plus la loi qui régira les rapports entre les hommes, ce sera l’amour.
    Car l’amour de Dieu aura envahi tous les coeurs : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » avait annoncé le prophète Joël (3, 1). Et l’humanité tout entière aura un esprit neuf, comme dit Ezéchiel : « Je vous donnerai un coeur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le coeur de pierre (le coeur de Caïn) et je vous donnerai un coeur de chair (comme celui de Jésus-Christ). Je mettrai en vous mon propre esprit, je vous ferai marcher selon mes lois (sous-entendu la loi d’amour), garder et pratiquer mes coutumes. »
    C’est déjà merveilleux de pouvoir affirmer « Un jour viendra »… Mais… Paul va beaucoup plus loin…
    Paul nous dit que ce jour est déjà venu. Et tous les textes de cette fête de Pentecôte répètent la même chose : ce jour est venu, Dieu a répandu son Esprit sur nous. La loi de contrainte n’a plus sa raison d’être, ou plutôt, une seule loi subsiste : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce jour est venu, et déjà nous avons vu l’oeuvre de l’Esprit d’amour dans le coeur d’un homme qui se laisse complètement habiter par lui : je veux parler de Jésus de Nazareth : quand Paul fait la liste des fruits de l’Esprit, on peut y lire le portrait même de Jésus-Christ : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »

    EVANGILE – selon Saint Jean 15, 26 – 27 ; 16, 12 – 15
    En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples :
    15, 26 « Quand viendra le Défenseur,
    que je vous enverrai d’auprès du Père,
    lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père,
    il rendra témoignage en ma faveur.
    27 Et vous aussi, vous allez rendre témoignage,
    car vous êtes avec moi depuis le commencement.
    16, 12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
    mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
    13 Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
    il vous conduira dans la vérité tout entière.
    En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
    mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
    et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
    14 Lui me glorifiera,
    car il recevra ce qui vient de moi
    pour vous le faire connaître.
    15 Tout ce possède le Père est à moi ;
    voilà pourquoi je vous ai dit :
    l’Esprit reçoit ce qui vient de moi
    pour vous le faire connaître. »

    L’ESPRIT DE VERITE…
    Cinq fois, au cours de son dernier entretien avec ses disciples, Jésus leur promet l’Esprit, qui sera désormais leur soutien. A plusieurs reprises, il lui donne le nom de Paraclet, traduisez celui qui est appelé auprès d’eux et qui ne les quittera jamais : « Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous toujours. C’est Lui, l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. » (Jn 14, 16-17).
    « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 26).
    « Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi ; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement » (c’est le texte d’aujourd’hui – Jn 15, 26-27)…
    « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. » (Jn 16, 7)… « Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière, car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. » (Jn 16, 13).
    Si Jésus insiste tant sur le don de l’Esprit, c’est pour conforter ses disciples à l’heure de son départ ; ce sont eux désormais qui seront en première ligne ; ce même soir, il les prévient : « Je vous ai dit tout cela afin que vous ne succombiez pas à l’épreuve. On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. Mais je vous ai dit cela afin que, leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’avais dit. » (Jn 16, 1 – 4). Jésus sait bien que ses disciples ne seront pas traités autrement que lui : ceux qui ont voulu sa mort ont vraiment cru agir pour l’honneur de Dieu, en supprimant quelqu’un qui blasphémait. C’est ce que rapporte Saint Jean dans le récit de la Passion : « Les Juifs dirent à Pilate : nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » (Jn 19, 7).
    On est toujours surpris de cette effroyable méprise : le Fils de Dieu a été crucifié par les défenseurs de Dieu. A leur tour, les disciples du Fils seront persécutés, supprimés les uns après les autres au nom de la religion authentique. Ils auront bien besoin du soutien de l’Esprit de vérité. Jean l’appelle le « Paraclet », le Défenseur : entendons-nous bien, il ne s’agit pas de défendre les disciples contre un quelconque jugement de Dieu, mais de les soutenir lorsqu’ils seront traduits devant les tribunaux humains, pour qu’ils puissent témoigner authentiquement du Christ. Jésus n’a pas défini autrement sa propre vocation ; au cours de la Passion, il a dit à Pilate « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). A leur tour, les disciples n’ont pas d’autre raison d’être que de rendre témoignage au Christ pour que le monde connaisse enfin la vérité du Père.
    DONNE AUX CROYANTS POUR EN FAIRE DES TEMOINS
    L’Alliance définitive entre Dieu et l’humanité ne pourra s’instaurer que quand l’humanité connaîtra (au sens de « reconnaîtra ») enfin son Dieu. L’effroyable méprise dont je parlais tout-à-l’heure, la méconnaissance de l’humanité à l’égard de Dieu est le problème qui parcourt toute la Bible : depuis le soupçon d’Adam au jardin de la Genèse (Adam qui imagine Dieu jaloux de lui), depuis le soupçon du peuple assoiffé dans le désert du Sinaï, qui ose reprocher à Dieu de l’avoir fait sortir d’Egypte… jusqu’à ceux qui ont crucifié le Fils de Dieu lui-même, simplement parce qu’il ne répondait pas à leurs schémas, c’est toujours la même méconnaissance ; en vain, les prophètes ont alerté le peuple : « Ecoutez, cieux ! Terre, prête l’oreille ! C’est le SEIGNEUR qui parle : j’ai fait grandir des fils, je les ai élevés, (mais) eux, ils se sont révoltés contre moi. Un boeuf connaît son propriétaire et un âne la mangeoire chez son maître : Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas. » (Is 1, 2 – 3)
    Mais Dieu ne s’est pas lassé, il sait bien que l’humanité ne peut pas le découvrir toute seule, puisqu’il est le Tout-Autre ; il interviendra ; écoutons Jérémie : « Je leur donnerai une intelligence qui leur permettra de me connaître ; oui, moi je suis le SEIGNEUR, et ils deviendront un peuple pour moi, et moi je deviendrai Dieu pour eux : ils reviendront à moi du fond d’eux-mêmes. » (Jr 24, 7).
    Voilà qui devrait éclairer tous nos efforts pour connaître Dieu : parce qu’Il est le Tout-Autre, nous ne pouvons pas l’atteindre par nos seuls efforts, c’est lui qui vient se révéler à nous. C’est pour cela qu’il nous fait le don de son Esprit ; selon la très belle formule de la Prière Eucharistique « l’Esprit est le premier don fait aux croyants » pour que, par leur témoignage, le monde parvienne à la connaissance de la vérité de Dieu.
    ——————————
    Complément
    Il est intéressant de rapprocher la phrase de Pierre lors de l’élection de Matthias (« Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême par Jean, jusqu’au jour où il nous a été enlevé. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. » Ac 1, 20) et celle de Jésus le dernier soir : « Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 27).


lundi 7 mai 2018

  • Commentaires du dimanche 13 mai

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 13 mai 2018
    7éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 1, 15… 26
    15 En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères
    qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes
    et il déclara :
    16 « Frères, il fallait que l’Ecriture s’accomplisse :
    En effet, par la bouche de David,
    l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas,
    qui en est venu à servir de guide
    aux gens qui ont arrêté Jésus :
    17 ce Judas était l’un de nous
    et avait reçu sa part de notre ministère.
    20 Il est écrit au livre des Psaumes :
    Qu’un autre prenne sa charge.
    21 Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés
    durant tout le temps où le Seigneur Jésus
    a vécu parmi nous,
    22 depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean,
    jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous.
    Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous,
    témoin de sa résurrection. »
    23 On en présenta deux :
    Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias.
    24 Ensuite, on fit cette prière :
    « Toi, Seigneur, qui connais tous les coeurs,
    désigne lequel des deux tu as choisi
    25 pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique,
    la place que Judas a désertée
    en allant à la place qui est désormais la sienne. »
    26 On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias,
    qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

    TEMOINS DU SEIGNEUR RESSUSCITE
    « En ces jours-là » : il s’agit des jours qui précèdent la Pentecôte ; nous avons donc là un témoignage sur un moment tout proche encore de la Résurrection de Jésus, très peu de temps après l’Ascension. Il est clair, déjà, que c’est Pierre qui mène les affaires ; ce qui est bien normal puisque c’est à lui que Jésus a confié ses brebis, comme il disait. Le moment est venu, estime Pierre, d’organiser la communauté : et là, on voit à quel point Pierre allie l’esprit de décision, l’initiative et le souci de fidélité à son Seigneur. Du côté de l’esprit de décision, on note sa fermeté : il dit très clairement ce qu’il faut faire : « Voici ce qu’il faut faire »… « il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection ».
    Du côté de la fidélité, et cela ne nous étonne pas de la part d’un Juif, c’est dans l’Ecriture qu’il puise son inspiration : « Il est écrit au livre des psaumes : Que sa charge passe à un autre ». Ensuite, les critères de choix du candidat sont bien évidemment inspirés du souci de fidélité :
    Lorsqu’il s’est agi de remplacer Judas, on a cherché quelqu’un qui ait accompagné les apôtres depuis le début de la vie publique de Jésus, c’est-à-dire son baptême par Jean-Baptiste, jusqu’à l’Ascension. Jusqu’ici, dans les évangiles, nous n’avions jamais entendu le nom de Joseph Barsabbas, surnommé Justus, ni celui de Matthias ; mais nous découvrons ici que le cercle des très proches de Jésus était plus large que les douze apôtres. Pierre le dit clairement : « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême donné par Jean jusqu’au jour où il fut enlevé ».
    Bienheureuse exigence de Pierre : c’est sur elle que nous pouvons fonder notre propre certitude de foi. Le témoignage rendu à la résurrection du Christ l’a été par des hommes qui avaient le droit d’en parler parce qu’ils avaient bien connu Jésus du début à la fin de sa vie publique. Chose étonnante, Pierre n’émet pas d’autre exigence que celle-là, il ne parle pas des qualités de caractère ou des vertus de celui qu’on recherche : ce qui prime, c’est sa fidélité à suivre Jésus depuis le début, pour être à même de parler de lui. Voilà qui devrait rassurer ceux d’entre nous qui se trouvent dépourvus de qualités : apparemment, ce n’est pas le plus important ! Le plus important est d’être un simple témoin de la résurrection du Christ ! C’est bien la mission que Jésus leur a confiée : au moment de les quitter, il leur avait dit : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8). On peut penser aussi à cette phrase de Jésus qui légitime tous nos engagements : « Vous me rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 27).
    UNE DECISION COLLEGIALE
    Pierre a indiqué la route à suivre, mais il ne décide pas tout seul : cela se déroule en trois temps ; à sa demande, on présente deux candidats : qui désigne ce « on » ? Le texte ne le dit pas, mais ce n’est pas Pierre en tout cas ; ensuite, l’assemblée (les cent vingt cités par Luc au début du texte) se met en prière : « Toi, Seigneur, qui connais le coeur de tous les hommes, montre-nous lequel des deux tu as choisi… » ; enfin, le recours au tirage au sort manifeste la place que l’on veut laisser à l’Esprit Saint dans ce choix : dans la mentalité de l’époque, tirer au sort, c’est remettre le choix dans les mains de Dieu.
    Chose curieuse, le nom de Matthias ne sera plus jamais mentionné dans les Actes des Apôtres : si donc, Luc raconte un peu longuement son entrée dans le groupe des Douze, ce n’est pas à cause de la personnalité de Matthias, mais parce que cette volonté de Pierre de reconstituer le groupe après la défection de Judas lui paraît symbolique : est-ce parce que douze est le nombre des tribus d’Israël ? Luc ne le dit pas. Peut-être, tout simplement, faut-il voir là le souci de Pierre de rester fidèle aux dispositions de Jésus lui-même : Jésus avait choisi douze apôtres, l’un des douze, Judas, a abandonné, on le remplace.
    Je reviens sur l’abandon de Judas : il avait pourtant reçu, comme les autres Apôtres, une part du ministère, car il faisait partie des douze choisis par Jésus après une nuit de prière : « En ces jours-là, Jésus (s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu ; puis, le jour venu, il) appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon qu’on appelait le zélote, Judas fils de Jacques et Judas Iscarioth qui devint traître. » (Lc 6, 12-15).
    Cela veut dire que, même choisi par Jésus, dans un choix inspiré par l’Esprit-Saint, on reste libre. Judas, choisi comme les autres après une nuit de prière, est resté libre de trahir. Pierre a cette formule amère : « Judas a déserté sa place », une place qu’il a tenue pourtant jusqu’au soir du jeudi saint ; c’est au cours du repas de la Cène que Jésus a dit : « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme par qui il est livré ! » (Luc 22, 22). Et encore « La main de celui qui me livre se sert à table avec moi. » (Lc 22, 21). Chez Luc, ceci se passe après le récit de l’institution de l’Eucharistie ; ce qui veut dire que Judas a participé avec les autres apôtres au repas de la Nouvelle Alliance. Mais il ne faut pas s’attarder sur le passé : « Il faut, dit Pierre, que sa charge passe à un autre » : parce que l’urgence de la mission est telle qu’on ne peut laisser des places vides !
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    Complément
    La phrase de Pierre nous surprend peut-être : « Par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas… » ; l’expression « Par la bouche de David » désigne les psaumes ; elle prouve deux choses : premièrement que Pierre, comme ses contemporains, attribue les psaumes à David ; ce n’est plus le cas aujourd’hui : parce qu’on a mille traces dans les psaumes d’une composition échelonnée sur plusieurs siècles ; deuxièmement, cela prouve également qu’au tout début de l’Eglise, les psaumes étaient fréquemment cités dans les discussions théologiques. Cela revient à dire qu’ils étaient très certainement souvent priés pour être si bien connus. Sur ce point, nous aurions beaucoup à faire pour retrouver cet usage aujourd’hui.

    PSAUME – 102 (103), 1-2. 11-12. 19-20ab
    1 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
    bénis son nom très saint, tout mon être !
    2 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
    n’oublie aucun de ses bienfaits !
    11 Comme le ciel domine la terre,
    fort est son amour pour qui le craint :
    12 aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident,
    il met loin de nous nos péchés.
    19 Le SEIGNEUR a son trône dans les cieux :
    sa royauté s’étend sur l’univers.
    20 Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le,
    invincibles porteurs de ses ordres !

    LE CHANT DE LOUANGE D’ISRAEL…
    Vous vous rappelez la visite de Pierre chez le centurion romain Corneille ; nous en avons lu le récit dans les Actes des Apôtres, dimanche dernier. Pierre avait entendu Corneille chanter la gloire de Dieu et il en avait déduit que l’Esprit-Saint était là ; ou, pour le dire autrement, la preuve de la présence de l’Esprit sur quelqu’un, c’est qu’il est dans l’action de grâce. « Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. Car on les entendait dire des paroles mystérieuses et chanter la gloire de Dieu. »
    Pas étonnant donc, qu’en écho au livre des Actes des Apôtres, que nous lisons encore ce dimanche et qui est tout rempli de la présence de l’Esprit, nous soyons invités à chanter ce psaume 102/103 qui est d’un bout à l’autre un chant d’action de grâce pour toutes les bénédictions dont le compositeur (entendez le peuple d’Israël) a été comblé par Dieu.
    Effectivement, d’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce : cela se voit déjà au seul fait qu’il comporte vingt-deux versets (la liturgie de ce dimanche ne nous en propose que six, mais en réalité il en comporte vingt-deux). Or vous le savez bien, l’alphabet hébreu comporte vingt-deux lettres ; donc on dit de ce psaume qu’il est « alphabétisant » ; et quand un psaume est alphabétisant, on sait d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance.
    D’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce ! Cela commence dès le premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! » Pour commencer, on est frappés par le « parallélisme » entre les deux lignes de ce verset qui se répondent comme en écho ; et cela se répète tout au long de ce psaume ; l’idéal pour le chanter serait l’alternance ligne par ligne ; il a peut-être, d’ailleurs, été composé pour être chanté par deux choeurs alternés. Ce parallélisme, ce « balancement », nous le rencontrons souvent dans la Bible, dans les textes poétiques, mais aussi dans de nombreux passages en prose.
    Ici, en particulier, il y a un double parallélisme qui est intéressant : d’abord « Bénis le SEIGNEUR »… « Bénis son NOM très saint » : la deuxième fois, au lieu de dire « le SEIGNEUR », on dit « le NOM » : une fois de plus, nous voyons que le NOM, dans la Bible, c’est la personne.1
    Deuxième parallèle, toujours dans ce premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être » : les mots « âme » et « tout mon être » sont mis en parallèle : parce que, dans la mentalité biblique, quand on dit « l’âme », il s’agit de l’être tout entier.2
    Enfin, je voudrais attirer votre attention également sur la construction de l’ensemble de ce psaume : pour cela je vous lis sa première et sa dernière strophe en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les oeuvres du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ! »
    Première remarque : il est encadré au début et à la fin par une même phrase « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme » : première inclusion qui dit bien le sens général du psaume.
    Deuxième remarque : maintenant, je compare la première et la dernière strophes en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » Nous savons bien que celui qui parle ici à la première personne du singulier est le peuple d’Israël tout entier : ce « JE » est collectif. Donc première strophe, l’invitation à la prière s’adresse à Israël ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les oeuvres du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! » Les messagers de Dieu, ce sont les anges ; on imagine, comme dans les tableaux de Fra Angelico, les Anges embouchant leurs trompettes… « Toutes les oeuvres du SEIGNEUR », c’est la création tout entière, l’univers visible et invisible.
    … EN ATTENDANT LE CHANT DE LOUANGE DE L’UNIVERS ENTIER
    Nous avons donc là encore une inclusion : la première strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu sur la terre ; la dernière strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu dans le ciel, puis, en définitive à la totalité de l’univers. Voilà de quoi nous habiller le coeur pour chanter ce psaume à notre tour !
    Troisième remarque sur la construction de ce psaume : la strophe du milieu (dans notre lecture d’aujourd’hui) est aussi celle qui est au centre du psaume : « Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint : aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés. » Cette phrase est au centre du psaume comme elle est au centre de la foi d’Israël, de sa merveilleuse découverte du vrai visage de Dieu : un Dieu dont nous n’avons rien à craindre parce qu’il nous aime sans cesse et nous pardonne, parce que, sans cesse, il met loin de nous nos péchés ; la « crainte » a définitivement changé de signification ; elle est devenue simple obéissance confiante de l’enfant.
    Je reviens sur les mots Orient et Occident ; pour la mentalité biblique, ils sont bien les points cardinaux de la géographie, mais pas seulement ; parce que c’est à l’Est que le soleil se lève, l’Orient évoque la lumière et particulièrement celle de la vérité ; le mot « orienter » vient de là ; et, par contraste, l’Occident évoque l’erreur et le péché. Dans la phrase « Aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés », on entend cette distance qui sépare la lumière des ténèbres, la vérité de l’erreur ; loin, loin de nos erreurs passées, Dieu nous attire vers sa lumière et sa vérité.
    Désormais ce qui est au centre de l’action de grâce d’Israël, c’est le pardon sans cesse renouvelé de Dieu. La seule vraie conversion qui nous est demandée, c’est de croire que Dieu est amour.
    Pour terminer, vous savez que cette symbolique de l’Orient et l’Occident se retrouvait dans la liturgie du Baptême des premiers siècles : les baptisés se tournaient vers l’Occident pour renoncer au mal, puis faisaient demi-tour sur place : pour bien signifier que, désormais, ils tournaient résolument le dos à l’erreur ; ils se tournaient alors vers l’Orient (d’où vient la lumière) pour prononcer leur profession de foi et ensuite entrer dans le baptistère.
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    Notes
    1 – Dire le Nom de quelqu’un c’est le connaître. Et c’est bien pour cela que les Juifs ne s’autorisent jamais à prononcer le NOM de Dieu, parce qu’ils ne prétendent pas “connaître” Dieu. Encore aujourd’hui, les Bibles écrites en hébreu ne transcrivent pas les voyelles qui permettraient de prononcer le NOM. Il est donc transcrit uniquement avec les quatre consonnes YHVH, ce qu’on appelle le “tétragramme”. Et quand le lecteur voit ce mot, aussitôt il le remplace par un autre (Adonaï) qui signifie “le SEIGNEUR” mais qui ne prétend pas définir Dieu.
    2 – A la suite des penseurs grecs, nous avons tendance à nous représenter l’homme comme l’addition de deux composants différents, étrangers l’un à l’autre, l’AME et le CORPS. Mais les progrès des sciences humaines, au vingtième siècle, ont confirmé que ce dualisme ne rendait pas compte de la réalité. Dans la mentalité biblique, au contraire, on a une conception beaucoup plus unifiée et quand on dit “l’âme”, il s’agit de l’être tout entier. “Bénis le Seigneur, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être”.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4, 11-16
    11 Bien-aimés,
    puisque Dieu nous a tellement aimés,
    nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
    12 Dieu, personne ne l’a jamais vu.
    Mais si nous nous aimons les uns les autres,
    Dieu demeure en nous,
    et, en nous, son amour atteint la perfection.
    13 Voici comment nous reconnaissons
    que nous demeurons en lui,
    et lui en nous :
    il nous a donné part à son Esprit.
    14 Quant à nous, nous avons vu,
    et nous attestons
    que le Père a envoyé son Fils
    comme Sauveur du monde.
    15 Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu,
    Dieu demeure en lui,
    et lui en Dieu.
    16 Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous,
    et nous y avons cru.
    Dieu est Amour :
    qui demeure dans l’amour
    demeure en Dieu,
    et Dieu demeure en lui.

    CELUI QUI M’A VU A VU LE PERE
    La phrase centrale de ce texte, c’est : « Le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Le raisonnement de Jean est le suivant : 1) « Dieu est Amour » ; 2) Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père ; 3) ceux qui croient en lui, reçoivent l’Esprit de Dieu, entrent dans la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit ; 4) ils deviennent à leur tour des sources d’amour, (comme leur Père. Alors on peut dire que Jésus est le Sauveur du monde : car, enfin, les hommes deviennent ce pour quoi ils sont créés) à l’image et à la ressemblance de Dieu.
    Pour s’imprégner de ce raisonnement, il faut le reprendre pas à pas : d’abord, premier point, « Dieu est Amour » ; nous ne réalisons pas à quel point cette phrase est absolue ; pour Jean, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes ; on peut toujours remplacer l’un par l’autre ! Dieu est Amour… et l’Amour est Dieu. Cela veut dire que tout amour vient de Dieu : aucun amour humain ne vient de l’homme seulement ; tout amour humain est dans l’homme une parcelle, une manifestation de l’amour de Dieu. Voilà une nouvelle fantastique et qui peut modifier notre regard sur l’amour humain ! Dimanche dernier, nous lisions déjà dans cette même lettre de Jean : « L’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour. » (1 Jn 4, 8). C’était donc le premier point de la méditation de Saint Jean.
    Deuxième point, Jésus est venu habiter parmi nous pour nous faire découvrir cela justement, que Dieu est Amour. Désormais, en Jésus, les hommes ont vu Dieu et ont pu constater de leurs yeux qu’il n’est qu’Amour. Il suffit de rappeler quelques phrases de l’évangile de Jean :
    « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. » (Jn 1, 18)… « Nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui a vu le Père. » (Jn 6, 46)…
    « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
    Troisième point, ceux qui acceptent de croire en Jésus, de reconnaître en lui le visage d’amour du Père, se mettent par le fait même au diapason de l’Esprit de Dieu, ils deviennent une demeure pour l’Esprit d’amour ; c’est une véritable renaissance, celle dont Jésus parlait à Nicodème. Le même évangile de Jean dit que nous sommes « enfants » de Dieu : « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 12). Saint Paul le dit, lui aussi, à sa manière, dans la lettre aux Romains : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 5). Et le Christ est venu dans le monde, justement, pour que l’Esprit d’amour soit répandu sur la terre.
    On peut relire le début de la Bible à cette lumière-là ; car dès les premiers chapitres de la Bible, l’enjeu de la vie humaine est bien situé : l’auteur inspiré dit bien que Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance ». Et donc, si Dieu est Amour, nous sommes faits pour aimer.
    A L’IMAGE ET A LA RESSEMBLANCE DE DIEU
    Quatrième point, parce qu’ils sont remplis de l’Esprit d’amour, les croyants deviennent à leur tour des sources d’amour : Saint Paul dit que nous sommes désormais « héritiers de Dieu » : cela veut dire que nous pouvons puiser dans les trésors de Dieu. Et, bien sûr, on pense à cette phrase de l’évangile de Jean : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi… De son sein couleront des fleuves d’eau vive… Il désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » (Jn 7,37-38).
    Mais il nous faut bien l’assistance de l’Esprit ! Tous les jours, nous mesurons notre difficulté à aimer vraiment ; mais après tout, ce n’est pas étonnant ! Si l’amour est la caractéristique de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’il ne nous soit pas naturel ! Si, réellement, Dieu est Amour et l’Amour est Dieu, cela revient à dire que l’amour dépasse les limites humaines, qu’il est surhumain ; ce que nous savons bien !
    Alors, ce texte de Jean devrait nous déculpabiliser : cessons d’avoir honte de ne pas savoir aimer ; simplement, il suffit de puiser dans l’amour de Dieu pour le donner aux autres. Alors on comprend pourquoi Jean insiste tant sur le verbe « demeurer » : « Dieu est Amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » Nous ne pouvons aimer que dans la mesure où nous sommes habités par Dieu. Ce qui est possible si nous restons fermement greffés sur Jésus-Christ.
    Conclusion, on peut donc dire que Jésus est le sauveur du monde. C’est-à-dire : il est celui qui va permettre au monde d’accomplir sa vocation ; il est clair que le monde est perdu parce qu’il ne vit pas dans l’amour, ou si vous préférez qu’il ne vit pas d’amour. Jésus est venu habiter parmi nous pour nous transformer, pour nous faire découvrir que Dieu est Amour, et nous permettre de vivre de cet amour. En cela, Jésus est bien le sauveur du monde : comme le dit Jean dans son évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17).

    EVANGILE – selon Saint Jean 17, 11b – 19
    En ce temps-là,
    les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
    11 « Père saint,
    garde mes disciples unis dans ton nom
    le nom que tu m’as donné,
    pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
    12 Quand j’étais avec eux,
    je les gardais unis dans ton nom,
    le nom que tu m’as donné.
    J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
    sauf celui qui s’en va à sa perte
    de sorte que l’Ecriture soit accomplie.
    13 Et maintenant que je viens à toi,
    je parle ainsi, dans le monde,
    pour qu’ils aient en eux ma joie,
    et qu’ils en soient comblés.
    14 Moi, je leur ai donné ta parole,
    et le monde les a pris en haine
    parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
    de même que moi je n’appartiens pas au monde.
    15 Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
    mais pour que tu les gardes du Mauvais.
    16 Ils n’appartiennent pas au monde,
    de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
    17 Sanctifie-les dans la vérité :
    ta parole est vérité.
    18 De même que tu m’as envoyé dans le monde,
    moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
    19 Et pour eux je me sanctifie moi-même,
    afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

    LE PROJET DE DIEU POUR L’HUMANITE
    A la différence de Matthieu et de Luc, l’évangile de Jean ne rapporte pas le Notre Père, mais ce que nous lisons ici est tout-à-fait dans la même ambiance : « Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage » fait écho à « Notre Père qui es aux cieux, que ton NOM soit sanctifié… » Et à la fin de ce texte, « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais que tu les gardes du Mauvais » fait écho à « Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du Mal ». Quant à la phrase « Que ta volonté soit faite », elle n’est pas dite ici, mais Jésus n’a que cela en tête.
    Au moment de quitter ses disciples, Jésus n’a qu’un souci, ou plutôt un souhait, l’accomplissement du projet de Dieu. Le projet de Dieu, c’est que le monde créé tout entier devienne lieu d’amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer. Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l’intérieur ; mais s’ils veulent le transformer, cela veut dire qu’ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du royaume qu’ils veulent instaurer.
    Mgr Coffy disait « les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire. » Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines ; il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur. Le Père Teilhard de Chardin disait « on ne convertit que ce qu’on aime. »
    A l’heure où Jésus fait cette dernière grande prière, ce projet de Dieu est en train de franchir une étape décisive : lui, Jésus, sait bien que son destin est scellé ; curieusement, il ne prie pas pour lui-même, il prie pour ceux à qui il passe le relais. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » Une seule chose compte, que le monde soit sauvé.
    Saint Jean revient souvent sur ce thème dans son évangile : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17) ; au moment de la guérison de l’aveugle-né, Jean fait remarquer que le nom de la piscine, Siloé, signifie « envoyé », manière de dire que Jésus est « envoyé » pour ouvrir les yeux des hommes.
    C’est une constante dans toute l’histoire biblique : depuis Abraham, en passant par Moïse et par tous les prophètes, chaque fois qu’un homme ou un groupe (ou aussi bien le peuple d’Israël) est choisi par Dieu, ce n’est jamais pour son propre bénéfice solitaire, c’est toujours pour être envoyé en mission au service des autres. Et l’Eglise, à son tour, celle qui commence fragilement son existence le soir du Jeudi-Saint autour de Jésus, et tout autant celle d’aujourd’hui, n’a pas d’autre raison d’exister que sa mission dans le monde.
    Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse, qui sont les trois maîtres-mots de notre mission désormais : fidélité, unité, vérité. Premièrement, la fidélité : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom tu m’as donné… Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné ». Cette fidélité, pour Jésus, consistait à être parmi les hommes le reflet fidèle du Père ; désormais, en l’absence de Jésus, ce sont les croyants qui sont appelés à être les fidèles reflets du Père.
    NOTRE MISSION : REFLETS DU PERE
    Deuxième maître-mot, « unité » : « garde-les… pour qu’ils soient UN comme nous-mêmes » ; et nous avons tous en tête, bien sûr, la phrase qui suit tout juste le texte d’aujourd’hui : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21). Ce qui veut dire que l’unité n’est pas un but en soi ! Nous n’avons pas à la rechercher pour elle-même ; l’objectif, ce n’est pas l’unité d’abord, c’est que le monde croie. Nos divisions, nos querelles mangent nos énergies et sont un contre-témoignage scandaleux. Comment être témoins dans le monde de la Trinité d’amour si tous ceux qui invoquent la Trinité ne s’aiment pas entre eux ? En revanche, si l’objectif commun de tous les croyants était que le monde croie, cet objectif commun serait le meilleur chemin de notre unité. Rien de tel pour se découvrir frères que d’avoir un projet commun au service des autres.
    Troisième maître-mot de la mission que nous confie Jésus, la « vérité ». « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité ». Au début de l’histoire biblique, le mot « sanctifier » signifiait « mettre à part », retirer du monde ; désormais, avec l’incarnation du Christ, le mot « sanctifier » a changé de sens. Il signifie « participer à la sainteté de Dieu », et cela est accordé aux croyants, non pas pour qu’ils désertent le monde, mais pour qu’ils l’habitent à la manière de Dieu. Cette participation à la sainteté de Dieu est le fruit en nous de la Parole de vérité : nous ne croyons sûrement pas assez à l’efficacité de la Parole de Dieu, et, bien souvent, nous lui substituons nos propres paroles. Erreur : la parole de Dieu est Vérité, la nôtre n’est qu’approximation, balbutiement, (quand elle n’est pas défiguration) du Tout-Autre que nos pauvres mots ne peuvent pas dire.
    Enfin, au centre de ce passage très solennel et si dense, Jésus parle de joie ! Au moment même où il prévoit les affrontements inévitables (les disciples seront persécutés comme le Maître), « Je leur ai fait don de ta Parole et le monde les a pris en haine », au moment d’affronter pour lui-même les heures terribles, il parle quand même de joie ! Il ose dire : « Maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »


  • Homélie du dimanche 13 mai

    Dimanche 13 mai 2018
    7e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Les Actes des Apôtres. 1. 15 à 26 : «Avec nous, témoin de sa résurrection.»
    Psaume 102 : «Béni son nom très saint, tout mon être !»
    Lettre de saint Jean : 1 Jean 4. 11 à 16 : «Son amour atteint en nous sa perfection ».
    Evangile selon saint Jean. 17. 11 à 19 : «Qu’ils soient consacrés en vérité.»
    ***
    La prière de Jésus à son Père ne peut être reçue dans votre vie que par une longue méditation spirituelle. Ici Jésus se situe au cœur de l’unité divine, ou plus exactement, Jésus lui dit que nous, ses disciples, nous pouvons atteindre cette unité et la vivre en vérité.
    PERE SAINT
    La sainteté n’est pas une séparation du profane. En Dieu, rien ne peut être négatif. La sainteté, c’est la pureté dans sa plus haute perfection.
    Il le leur a dit : «Soyez parfaits comme mon Père.» (Mt 5. 48) Si Jésus, au soir du Jeudi-Saint, s’adresse ainsi à son Père, c’est qu’il veut que ses disciples, à leur tour, aient et gardent cette perfection, cette « sanctification » (Jean 17. 17).
    Ils ont une foi solide. Il faut qu’ils y persévèrent « dans ton nom ». L’adhésion à la connaissance qu’ils avaient de Jésus, doit être aussi l’adhésion à la connaissance de Dieu. C’est dans ce sens qu’il leur a appris à le dire dans le «Notre Père.» Désormais, il faut qu’ils vivent au quotidien selon la connaissance qu’ils ont de Dieu, par Jésus. Le lien qui unit le Père et le Fils, doit être et sera aussi le leur.
    Ce nom, cette connaissance, les gardera dans l’unité. Ils pourront être, entre eux aussi, une seule communauté d’esprit et d’âme, parce que cette communauté est constituée par l’unité qu’ils vivent en l’unité du Père et du Fils. «Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous.» (1 Jean 4. 12)
    VIVRE DANS LE MONDE
    Dans cette prière à son Père, Jésus ne dissocie pas son humanité de sa divinité. Durant sa présence immédiate auprès d’eux, il les gardait dans cette fidélité. Mais il rejoint son Père, sans pour autant être absent de ce monde. Dieu n’est jamais absence. Il est parfois silence pour qui ne sait pas entendre. Il est toujours présence, même quand elle difficile à pressentir.
    Ce qu’il demande pour eux, c’est que soit en eux la joie intense qui est celle de la vie trinitaire, du Père et du Fils et de l’Esprit. Une joie parfaite. (Jean 3. 29) comme la sienne. Une joie en plénitude.
    S’il est venu dans le monde, c’est pour accomplir la mission que le Père lui a confiée. A leur tour, ils sont chargés d’une mission. Il ne demande donc pas qu’ils quittent ce monde, sinon ils ne pourraient pas la remplir (Jean 13. 1), puisque lui-même est venu pour elle dans le monde. Il suffit que le Père les préserve des mauvais éléments qui sont dans le monde. L’unique nécessaire est de les préserver de la contagion du mal.
    La traduction liturgique a pris le parti de personnifier ce mal en parlant du Mauvais. Ni saint Augustin, ni saint Jean Chrysostome ne veulent commenter ainsi ces paroles de Jésus. Pour eux, il serait étrange que Jésus regarde ses disciples comme une sorte d’enjeu entre son Père et le diable, comme si les disciples n’avaient à se préoccuper que des tentations diaboliques.
    Certes, l’influence du démon n’est pas à perdre de vue. Mais, dans son commentaire de ce passage, saint Thomas d’Aquin rappelle que ce monde n’est pas entre les mains du Malin, du Mauvais.
    Ce «monde» dont parle Jésus doit être pris dans deux sens qu’il utilise. Tantôt c’est toute l’humanité dans laquelle Jésus vient. (Jean 3. 17) Tantôt c’est l’humanité hostile parce qu’elle ne comprend pas les choses d’en haut. De cette façon, nous sommes dans le monde, sans en être, sans en avoir l’esprit limité.
    Dans les versets 14 à 16, les deux sens se côtoient. La prière de Jésus à son Père les éclaire : «Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.»
    UNE CONSECRATION
    Cette affirmation que ni Jésus ni ses disciples ne sont du monde, prépare la prière des versets 17 à 19. Pour agir sur le monde et dans le monde, sans en être, c’est-à-dire en étant à l’abri de sa contagion, il faut que les disciples reçoivent une consécration.
    En les rapprochant de Dieu, cette consécration les fait participer à sa perfection transcendante. C’est l’aspect positif de la sainteté. Ils ont reçu la parole, le «logos», le Verbe de Dieu qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous. (Jean 1. 14)
    Le début de l’évangile de Jean est à mettre en relation avec la prière que nous méditons. Les phrases se répondent et, par là, nous éclairent. «Le monde ne l’a pas connue… Elle vint dans son propre bien … elle n’a pas été accueillie (Jean 1.10 et 11) «Ils ne sont pas du monde, comme moi…consacre-les par la vérité.» (Jean 17. 16) « La Parole pleine de grâce et de vérité. » (Jean 1. 14)
    Jésus demande donc à son Père de les faire participer à la perfection transcendante qui est la sienne. Le caractère de la Parole qu’il est, et qu’il tient du Père, c’est d’être la vérité. Puisqu’il les charge de participer désormais à une mission analogue à celle du Fils (Jean 10.36 et Jean 17. 18), ils doivent aussi participer à la sainteté divine. Il les a choisis pour qu’ils portent un fruit qui demeure.
    Jésus s’est consacré en vérité. Il demande à son Père de les consacrer, de les sanctifier « en vérité ». Le verset 17 dit «dans la vérité». Le verset 19 supprime l’article pour signifier que cette consécration n’est pas extérieure, mais qu’elle l’est véritablement, intimement, en réalité. Les lettres de Jean développent cette affirmation à plusieurs reprises : 1 Jean 4. 16 – 2 Jean 1. 2 – 3 Jean verset 3.
    ***
    Durant cette réflexion, nous avons parlé des disciples. Il nous suffirait maintenant de remplacer les mots « disciples », « ils » ou « eux », par « nous » pour que nous nous sentions pleinement concernés par cette prière de Jésus.
    Pour que nous en ressentions aussi toutes les exigences.


  • Homélie du 10 mai

    Jeudi 10 mai 2018
    Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

    Nous commémorons aujourd’hui le dernier jour de la présence physique du Christ ressuscité parmi ses disciples.
    Si nous avons vécu sincèrement et pleinement la joie pascale, cette fête nous semble bien être la fête d’un départ, d’une séparation. Notre-Seigneur, désormais, n’est plus présent tout à fait de la même manière.
    Les disciples n’ont pas réagi ainsi. Ils auraient pu être accablés de tristesse. Au contraire, « ils revinrent à Jérusalem en grande joie. » (Luc 24 52).
    LA JOIE DU CHRIST
    L’Ascension apporte aux chrétiens la joie de la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce départ couronne sa mission terrestre. C’est vers le Père que tout son être était tendu à chaque instant de sa vie terrestre. L’Ascension marque l’acceptation par Dieu de toute l’œuvre réparatrice du Fils, qui était d’apporter le salut par sa victoire sur le péché et sur la mort, victoire si douloureusement acquise.
    Maintenant il va être glorifié. La nuée qui l’enveloppe aujourd’hui (Actes 1. 9) et monte avec lui vers le ciel, représente, d’une certaine manière, la fumée de l’holocauste s’élevant de l’autel vers Dieu. Le sacrifice est accepté ; la victime est admise auprès du Père. (Hébreux 10. 6 à 10). La Résurrection avait été le premier signe éclatant de cette acceptation. La Pentecôte en sera le signe définitif.
    Il continuera son oblation d’une manière éternelle et céleste. L’œuvre de notre salut est accomplie et bénie. La gloire et les désirs de Notre-Seigneur doivent nous être plus importants que les consolations sensibles que nous recevons de sa présence. Sachons aimer assez Jésus pour nous réjouir de sa propre joie.
    NOTRE PRESENCE AUPRES DU PERE
    Jésus ne revient pas seul auprès du Père. C’est le « logos » incorporel qui était descendu parmi les hommes et a pris corps, s’est incarné, dans le sein de la Vierge Mère.
    Aujourd’hui, c’est la Parole faite chair (Jean 1. 14) à la fois vrai Dieu et vrai homme, qui entre dans le Royaume des cieux. Jésus y introduit la nature humaine. Il ouvre les portes du Royaume à l’humanité qui, en lui, par lui et avec lui, s’est unie à la divinité.
    Nous prenons déjà possession des biens qui nous sont offerts et nous sont possibles. « Avec lui, Dieu nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux en Jésus-Christ. » (Ephésiens 2. 6) Des places nous sont destinées dans le Royaume (Jean 14. 2). Notre présence y est désirée et attendue.
    L’Ascension devrait nous rendre plus présente et plus actuelle, la pensée du ciel, cette demeure permanente, cet état permanent dans la joie de Dieu. Pour beaucoup, la vie dans le ciel n’est qu’un supplément, qu’ils se représentent d’ailleurs très mal, de la vie terrestre. Ce serait, en quelque sorte, le post-scriptum, l’appendice, d’un livre dont la vie terrestre serait le texte même. C’est le contraire qui est vrai. Notre vie terrestre n’est que la préface du livre dont la vie dans le ciel sera le texte, un texte qui n’aura pas de fin.
    Nous ne pensons pas assez à ce qu’elle sera. « Nulle oreille n’a entendu, nul œil n’a vu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. » (Isaïe 64. 3) « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons Jésus-Christ. » (Philippiens 3. 20)
    Notre vie terrestre serait transformée si, dès maintenant, nous jetions nos coeurs de l’autre côté de la barrière, au-delà de ce monde, dans le royaume où se trouve non seulement notre vrai bien, mais le vrai bien de ceux que nous aimons et que nous retrouverons.
    LA OU EST LA VRAIE JOIE
    Le moment du départ de Jésus a été un acte de bénédiction et un acte d’adoration, l’un correspondant à l’autre. « Or tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel… Pour eux, s’étant prosternés devant lui, ils revinrent à Jérusalem en grande joie … et ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. »
    Les disciples, après avoir été séparés de Jésus, demeuraient pleins d’espoir, parce qu’ils savaient que l’Esprit allait leur être donné. Et cette attitude d’attente joyeuse et confiante ne sera pas un repli sur eux-mêmes. « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8)
    ***
    Quand Jésus paraît s’éloigner, nous savons qu’il reste proche. Il ne doit pas nous suffire de le savoir, mais il nous faut en vivre. « Alors que nous sommes encore sur la terre, mets en nos coeurs un grand désir de vivre avec le Christ, en qui notre nature humaine est déjà près de Toi. » (Prière de la communion)


vendredi 4 mai 2018

  • Que fête-t-on à l’Ascension ?

    La fête de l’Ascension célèbre la montée de Jésus vers Dieu son Père. Elle est fêtée en France le jeudi de l’Ascension, quarante jours après Pâques. Mort et ressuscité, il quitte ses disciples tout en continuant d’être présent auprès d’eux, mais différemment. Il promet de leur envoyer une force, celle de l’Esprit-Saint.
    La fête de l’Ascension, célébrant l’entrée du Christ dans la gloire de Dieu, est une des principales fêtes chrétiennes, qui s’inscrit dans le prolongement de Pâques et annonce la Pentecôte, dix jours plus tard. Le jour de l’Ascension, la couleur des vêtements liturgiques (que porte le prêtre) est le blanc, couleur de la fête, de la lumière et de la joie.
    Jésus rejoint son Père
    L’Ascension est relatée par l’évangile de Marc (chapitre 16, verset 19), l’évangile de Luc (chapitre 24, verset 51) et le livre des Actes des Apôtres (chapitre 1, versets 6-11). Le livre des Actes des Apôtres rapporte que, quarante jours après Pâques, Jésus apparaît une dernière fois à ses disciples et leur annonce : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre ». Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. L’évangile de Luc précise quant à lui que les apôtres « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie ».
    Ainsi s’achève le temps des rencontres du Ressuscité avec ses disciples. Cependant, selon sa promesse, Il sera toujours avec eux, mais d’une présence intérieure : ils ne le verront plus de leurs yeux. Le Christ n’est plus visible, mais il n’abandonne pas ses disciples. Il leur promet la venue de l’Esprit à la Pentecôte.
    Un nouveau mode de présence
    Croire que le Christ ressuscité est entré dans la gloire est un acte de foi. L’Ascension est source de liberté : loin de s’imposer aux hommes, Jésus les laisse libres de croire, et donc d’aimer véritablement. Jésus ne cesse d’inviter les hommes à le suivre : dans la foi, ils doivent apprendre à lire les signes de sa présence et de son action, en particulier dans la célébration des sacrements, notamment l’Eucharistie, mais aussi dans sa Parole, son Peuple, ses ministres (évêques, prêtres, diacres)…
    « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  » (Ac 1, 11) s’entendent dire les apôtres : l’Ascension du Christ est aussi un appel à un plus grand engagement dans le monde pour porter la Bonne Nouvelle.
    La signification des Cieux
    L’Ascension de Jésus n’est pas un voyage dans l’espace, vers les astres les plus lointains, car les astres sont eux aussi faits d’éléments physiques comme la terre. Pour les croyants, monter aux cieux c’est rejoindre Dieu et vivre en son amour. Ici, nulle question de magie ou d’action spectaculaire. À propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique parle de « l’état de bonheur suprême et définitif ». Jésus ne s’est pas éloigné des hommes mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il est proche de chacun, pour toujours.


mercredi 2 mai 2018

  • Des prix pour les enfants au cœur vaillant

    Le fond de dotation Cœurs Vaillants,lié à l’ACE ( Action Catholique des enfants) s’est donné pour mission d’accompagner financièrement les projets d’enfants pour les enfants dans différents champs d’actions comme la culture, la formation et l’éducation. Ainsi, le prix de la vaillance, lancé au printemps 2017, récompense des enfants capables de prendre des initiatives et de relever ensemble, des défis pour le bien commun.
    Pour sa deuxième édition, le jury du Prix de la Vaillance, sous le parrainage de Jacqueline Tabarly et Thomas Coville, a décerné trois prix :

    Le Prix de la Vaillance a été attribué aux élèves du collège Jean Moulin de Montreuil pour leur projet “Non aux inégalités !”
    Chaque membre du groupe en charge d’un sujet précis (la malnutrition, l’esclavage, l’égalité filles-garçons,… ) a fait des recherches pour aller plus loin dans la compréhension de la thématique choisie, et ensuite rassemblé des photos et textes pour réaliser une affiche. Un des élèves (Shehan) a illustré certains sujets par des dessins.
    Leur objectif : sensibiliser les jeunes aux inégalités et aux conditions de vie difficiles que peuvent rencontrer d’autres enfants en France et dans le monde. Cela par le biais d’une exposition dans leur collège avec des intervenants extérieurs (d’associations luttant contre les inégalités) et une émission radio sur le sujet.
    “Notre action nous a permis de mieux comprendre les inégalités dans le monde pour pouvoir ensuite les faire comprendre aux élèves de notre collège et les faire réagir !”

    Le Prix d’encouragement du jury a été attribué au groupe des Eclaireurs et Eclaireuses de France de Trets-Galaban pour leur projet “Maraude ».
    Les jeunes souhaitaient faire une action en lien avec la solidarité. Ils se sont rapprochés de l’association Action Froid d’Aix-en-Provence qui leur a proposé de faire une maraude le 31 décembre.
    Ils sont allés à la rencontre des sans-abris d’Aix-en-Provence et ont découvert des histoires de vie qui ont fait évoluer leur regard sur les personnes qui vivent dans la rue.
    Les jeunes ont ensuite souhaité partager leur expérience avec d’autres groupes d’Eclaireurs pour renouveler l’opération et l’installer dans la durée.

    Le Prix spécial du jury a été attribué aux enfants de l’association “Benja’main dans la main” pour leur projet “Un camion pour Benjamin”.
    Agathe a 12 ans, son frère Benjamin est atteint de la maladie de Hunter (une maladie génétique orpheline). Avec ses 5 amis et ses professeurs de danse, Agathe a décidé de faire des actions (calendrier, buvette au gala, concert) pour gagner de l’argent pour financer la voiture dont Benjamin a besoin.
    En décembre, tous ensemble, ils ont réalisé un petit calendrier sur le thème de la danse pour le vendre, ils ont également organisé une vente de boissons au gala de la danse de leur ville.
    Cette action a permis de mobiliser des personnes pour récolter des fonds mais aussi, d’aller au-delà de la problématique du financement, pour créer un réseau de solidarité autour de la famille d’Agathe.


  • Des prix pour les enfants au cœur vaillant

    Le fond de dotation Cœurs Vaillants,lié à l’ACE ( Action Catholique des enfants) s’est donné pour mission d’accompagner financièrement les projets d’enfants pour les enfants dans différents champs d’actions comme la culture, la formation et l’éducation. Ainsi, le prix de la vaillance, lancé au printemps 2017, récompense des enfants capables de prendre des initiatives et de relever ensemble, des défis pour le bien commun.
    Pour sa deuxième édition, le jury du Prix de la Vaillance, sous le parrainage de Jacqueline Tabarly et Thomas Coville, a décerné trois prix :

    Le Prix de la Vaillance a été attribué aux élèves du collège Jean Moulin de Montreuil pour leur projet “Non aux inégalités !”
    Chaque membre du groupe en charge d’un sujet précis (la malnutrition, l’esclavage, l’égalité filles-garçons,… ) a fait des recherches pour aller plus loin dans la compréhension de la thématique choisie, et ensuite rassemblé des photos et textes pour réaliser une affiche. Un des élèves (Shehan) a illustré certains sujets par des dessins.
    Leur objectif : sensibiliser les jeunes aux inégalités et aux conditions de vie difficiles que peuvent rencontrer d’autres enfants en France et dans le monde. Cela par le biais d’une exposition dans leur collège avec des intervenants extérieurs (d’associations luttant contre les inégalités) et une émission radio sur le sujet.
    “Notre action nous a permis de mieux comprendre les inégalités dans le monde pour pouvoir ensuite les faire comprendre aux élèves de notre collège et les faire réagir !”

    Le Prix d’encouragement du jury a été attribué au groupe des Éclaireurs et Éclaireuses de France de Trets-Galaban pour leur projet “Maraude ».
    Les jeunes souhaitaient faire une action en lien avec la solidarité. Ils se sont rapprochés de l’association Action Froid d’Aix-en-Provence qui leur a proposé de faire une maraude le 31 décembre.
    Ils sont allés à la rencontre des sans-abris d’Aix-en-Provence et ont découvert des histoires de vie qui ont fait évoluer leur regard sur les personnes qui vivent dans la rue.
    Les jeunes ont ensuite souhaité partager leur expérience avec d’autres groupes d’Éclaireurs pour renouveler l’opération et l’installer dans la durée.

    Le Prix spécial du jury a été attribué aux enfants de l’association “Benja’main dans la main” pour leur projet “Un camion pour Benjamin”.
    Agathe a 12 ans, son frère Benjamin est atteint de la maladie de Hunter (une maladie génétique orpheline). Avec ses 5 amis et ses professeurs de danse, Agathe a décidé de faire des actions (calendrier, buvette au gala, concert) pour gagner de l’argent pour financer la voiture dont Benjamin a besoin.
    En décembre, tous ensemble, ils ont réalisé un petit calendrier sur le thème de la danse pour le vendre, ils ont également organisé une vente de boissons au gala de la danse de leur ville.
    Cette action a permis de mobiliser des personnes pour récolter des fonds mais aussi, d’aller au-delà de la problématique du financement, pour créer un réseau de solidarité autour de la famille d’Agathe.


lundi 30 avril 2018

  • Commentaires du dimanche 6 mai

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 6 mai 2018
    6éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 10, 25 … 48
    25 Comme Pierre arrivait à Césarée
    chez Corneille, centurion de l’armée romaine,
    celui-ci vint à sa rencontre,
    et tombant à ses pieds, il se prosterna.
    26 Mais Pierre le releva en disant :
    « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »
    34 Alors Pierre prit la parole et dit :
    « En vérité, je le comprends :
    Dieu est impartial ;
    35 il accueille, quelle que soit la nation,
    celui qui le craint
    et dont les œuvres sont justes. »
    44 Pierre parlait encore
    quand l’Esprit Saint
    descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.
    45 Les croyants qui accompagnaient Pierre,
    et qui étaient Juifs d’origine,
    furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,
    le don de l’Esprit Saint avait été répandu.
    46 En effet, on les entendait parler en langues
    et chanter la grandeur de Dieu.
    Pierre dit alors :
    47 « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême
    à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint
    tout comme nous ? »
    48 Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.
    Alors ils lui demandèrent
    de rester quelques jours avec eux.

    QUAND L’ESPRIT SAINT ABOLIT LES FRONTIERES
    Il faut peser l’importance de la première phrase de notre texte : « Pierre arriva à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine… » Jusqu’à la veille, Pierre n’aurait jamais eu l’idée de faire une chose pareille !
    Tout les oppose, ces deux hommes : Pierre, le Juif, croyant, convaincu, depuis peu devenu disciple de Jésus… et ce païen, quelqu’un qu’on ne fréquente pas : parce que, d’une part, il est l’occupant, mais plus encore parce qu’il est païen… Et, d’ailleurs, ce n’est pas Pierre, tout seul, qui a eu cette idée bizarre, d’aller chez Corneille, à Césarée. C’est Dieu qui a tout organisé, si j’ose dire : il a préparé les deux hommes à ce qui devait être un événement très important pour la jeune communauté chrétienne. Chacun des deux hommes a eu ce jour-là une vision : Corneille a entendu un ange de Dieu lui dire « Le Seigneur t’a entendu ; fais chercher Pierre pour qu’il vienne chez toi. »
    Quant à Pierre, à des kilomètres de là, lui aussi, il a eu une vision : une vision curieuse, qui a l’air de vouloir déranger ses habitudes. Dans cette vision, il a devant les yeux des quantités d’animaux, dont certains considérés par la loi juive comme impurs étaient strictement interdits, et une voix le pousse à désobéir : tue et mange ! Pierre qui est un scrupuleux, ne veut pas désobéir aux règles de son enfance ; alors la voix lui fait remarquer qu’il appartient à Dieu seul de décider ce qui est pur ou impur… pour l’instant, il ne s’agit que d’alimentation, mais, déjà, ses certitudes sur les sacro-saintes règles juives de pureté sont sérieusement battues en brèche ; il faut bien cela pour le préparer à ce qui l’attend !
    Trois fois de suite, cette curieuse vision se reproduit… et Pierre reste perplexe ; c’est à ce moment précis que les envoyés de Corneille arrivent ; ils viennent demander à Pierre quelque chose de plus grave encore que de manquer chez soi aux règles alimentaires : ils viennent lui demander d’aller chez ce païen de Corneille !
    On se rappelle le tollé quand Jésus allait manger chez n’importe qui ! Et encore, il s’agissait de Juifs ; cette fois, il s’agit d’un incirconcis, comme on disait.
    Mais, comme chacun sait, Dieu a de la suite dans les idées ; Luc précise que l’Esprit Saint lui-même rassure Pierre sur ce qu’il va faire : « Pierre était toujours préoccupé de sa vision, mais l’Esprit lui dit : Voici deux hommes qui te cherchent. Descends donc tout de suite avec eux et prends la route avec eux sans te faire aucun scrupule : car c’est moi qui les envoie ». Au passage, on remarque que c’est l’Esprit Saint qui dit à Pierre « ne te fais pas de scrupule » … Ce qui prouve au moins que tous nos scrupules ne sont pas toujours inspirés par l’Esprit Saint … Et qu’il nous faut apprendre à distinguer parmi nos scrupules ceux qui sont bien inspirés… de ceux qui le sont moins. Evidemment, Pierre a obéi à cette voix, et le voilà chez Corneille.
    Et c’est là que commence notre texte d’aujourd’hui. Corneille, en voyant entrer Pierre, se jette à ses pieds, mais Pierre le relève : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme moi aussi. » Il ne peut évidemment pas accepter des manifestations de respect qui ne sont dues qu’à Dieu seul.
    Et, tout d’un coup, Pierre comprend la vision qui l’avait tellement intrigué : les animaux n’étaient qu’une image destinée à lui faire comprendre autre chose ; à table, on sait qu’il était interdit par la loi religieuse de manger certains animaux considérés comme impurs : or la fameuse vision l’invitait à dépasser cet interdit parce que Dieu seul en définitive peut déterminer ce qui est pur ou impur.
    UN TOURNANT DECISIF
    Mais il était également interdit de fréquenter les païens. Ce que Pierre est invité à découvrir, c’est que cette barrière-là, elle aussi, doit tomber. Pourquoi cette interdiction de fréquenter des païens ? Ce n’était pas du mépris ; mais, tout simplement, parce que leurs pratiques étant différentes, la fréquentation des païens risquait d’entraîner les Juifs à délaisser leurs propres pratiques. Pierre vient de comprendre : Dieu l’invite à dépasser cette loi ; tout comme la vision l’invitait à ne plus faire de distinction entre animaux purs et animaux impurs, désormais il ne faut plus faire de distinction entre hommes purs et hommes impurs ; cela permettra de fréquenter sans scrupule tout le monde.
    C’est un tournant décisif qui s’amorce : comment annoncer la Bonne Nouvelle aux païens si on s’interdisait de les fréquenter ? Dans une première étape du plan de salut de Dieu, le peuple juif a été choisi et, pendant tout un temps de maturation nécessaire, il fallait préserver la foi et donc rester entre croyants. Mais, désormais, c’est une nouvelle étape : il faut ouvrir les portes aux païens pour pouvoir leur annoncer à eux aussi la Bonne Nouvelle. Jésus, lui aussi, avait plusieurs fois fait comprendre à ses apôtres que, désormais, la loi ancienne était caduque, et qu’une nouvelle étape s’ouvrait. Etre fidèle à la foi des pères ne signifie pas répéter indéfiniment leurs manières d’agir et de parler. A questions nouvelles, solutions nouvelles.
    C’est ce que Pierre comprend d’un coup et explique à Corneille et à son entourage : « Vous savez que c’est un crime pour un Juif de fréquenter des étrangers ; mais Dieu vient de me faire comprendre que, désormais, il ne faut plus faire de différence entre les hommes : car Dieu lui-même ne fait pas de différence entre les hommes ». Et Pierre commence la catéchèse de ce nouvel auditoire ; et là encore, l’Esprit Saint intervient : Saint Luc note « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur ceux qui écoutaient la Parole. »
    Décidément, c’est toujours grâce à L’Esprit Saint que l’Eglise progresse !
    ——————————
    Compléments
    – On dit volontiers que Paul est l’apôtre des païens ; mais, pour être juste, il faut dire que Pierre l’a précédé : ici, on peut dire qu’il est l’apôtre des Romains ! Puisque, Corneille, on nous l’a dit, est centurion de l’armée d’occupation, l’armée romaine. Corneille faisait certainement partie des sympathisants qui gravitaient autour des synagogues, peut-être même était-il un « craignant Dieu » : c’est-à-dire un non-Juif qui adhère de coeur à la religion juive sans pour autant se soumettre à la circoncision et aux innombrables règles de la religion juive.
    – Nous sommes souvent surpris que les Actes des Apôtres nomment si facilement l’Esprit Saint ; son action est reconnue à chaque page et c’est grâce à lui que l’Eglise affronte des questions nouvelles, et ose aborder des auditoires nouveaux… Evidemment, nous ne pouvons pas nous permettre de penser qu’il serait moins actif aujourd’hui que dans les premiers temps de l’Eglise ! J’en déduis que c’est à nous d’ouvrir un peu mieux les yeux pour détecter son action. Si nous le laissons faire, Jésus l’a bien promis, « l’Esprit nous mènera vers la vérité tout entière ».
    – Dernière remarque : c’est en entendant Corneille chanter la gloire de Dieu que Pierre a reconnu la présence de l’Esprit Saint. Doit-on en déduire que nos moments moroses sont ceux où nous avons mis de côté l’Esprit Saint ?

    PSAUME – 97 (98), 1. 2-3ab. 3cd-4
    1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
    car il a fait des merveilles ;
    par son bras très saint, par sa main puissante,
    il s’est assuré la victoire.
    2 Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire
    et révélé sa justice aux nations ;
    3 il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
    en faveur de la maison d’Israël.
    La terre tout entière a vu
    la victoire de notre Dieu.
    4 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.
    Sonnez, chantez, jouez !

    LES DEUX AMOURS DE DIEU
    « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » : c’est le peuple d’Israël qui parle ici et qui dit « NOTRE Dieu », affichant ainsi la relation tout à fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers ; mais Israël a peu à peu compris que sa mission dans le monde est précisément de ne pas garder jalousement pour lui cette relation privilégiée mais d’annoncer l’amour de Dieu POUR TOUS les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance. Car la terre tout entière n’a pas seulement vocation à voir la victoire de notre Dieu, elle a vocation à en bénéficier.
    Ce psaume dit très bien ce que j’appellerais « les deux amours de Dieu » : son amour pour son peuple choisi, élu, Israël… ET son amour pour l’humanité tout entière, ce que le psalmiste appelle tantôt « les nations », tantôt « La terre tout entière ». Les « nations », ce sont tous les autres, les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu. Car une des grandes certitudes que les hommes de la Bible ont acquise peu à peu, c’est que Dieu aime toute l’humanité, et pas seulement Israël.
    Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; puisque la phrase centrale sur ce qu’on appelle « l’élection d’Israël » est encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière et cette construction le manifeste bien.
    Je vous relis les versets 2 et 3 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations… Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël…La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». La phrase centrale (« Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël ») est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ». Derrière cette toute petite phrase, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert, Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut dire : oui, Israël est bien le peuple choisi, le peuple élu.
    Mais les deux phrases qui l’encadrent et qui parlent des nations, rappellent bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné.
    Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on anticipe en quelque sorte, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre.
    La première dimension de ce psaume, très importante, c’est donc l’insistance sur ce que j’ai appelé « les deux amours de Dieu », pour son peuple choisi et pour toute l’humanité. Une deuxième dimension de ce psaume est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu.
    DANS L’ATTENTE DE L’ULTIME VICTOIRE
    Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR. » Mais quand je dis « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire » … « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »… « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».
    La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Egypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Egypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu » (Dt 5, 15) était devenue la formule-type de la libération d’Egypte ; on la retrouve par exemple dans le livre du Deutéronome et dans les psaumes. La formule « il a fait des merveilles » est aussi un rappel de la libération d’Egypte.
    Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !
    Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment (envers et contre tous les événements apparemment contraires), que le Règne de Dieu, c’est-à-dire le Règne de l’amour est déjà commencé.
    —————————–
    Complément
    – Ce cri de victoire a pris sa place dans la liturgie du peuple juif, chaque année à l’automne, au cours de la Fête des Tentes, à Jérusalem. Cette fête durait huit jours et comportait de nombreuses cérémonies de toute sorte : célébrations pénitentielles, sacrifices d’action de grâce… et aussi des « fêtes pour le roi ». Et c’est ce roi que l’on acclamait en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes, et dans les applaudissements de la foule. Or, l’étonnant, c’est que lorsqu’on célébrait ces « fêtes pour le roi », après l’Exil à Babylone (c’est-à-dire à partir du sixième siècle av.J.C.), il n’y avait plus de roi en Israël ! Plus de roi visible, en tout cas.
    Mais, d’une part, on se rappelait la promesse de Dieu : on savait qu’un roi, fils (c’est-à-dire descendant) de David, viendrait un jour et on le fêtait déjà. C’était un moyen d’encourager l’espérance. D’autre part, en Israël, même lorsqu’il y avait un roi sur le trône, on n’a jamais oublié que le seul roi au monde, le seul pouvoir, le seul maître est Dieu. C’est lui que l’on acclame dans ce psaume 97/98.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4, 7 – 10
    7 Bien-aimés,
    aimons-nous les uns les autres,
    puisque l’amour vient de Dieu.
    Celui qui aime
    est né de Dieu,
    et connaît Dieu.
    8 Celui qui n’aime pas
    n’a pas connu Dieu,
    car Dieu est amour.
    9 Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :
    Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde
    pour que nous vivions par lui.
    10 Voici en quoi consiste l’amour :
    ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
    mais c’est lui qui nous a aimés,
    et il a envoyé son Fils
    en sacrifice de pardon pour nos péchés.

    LA OU EST L’AMOUR, LA EST DIEU
    Ce texte parle d’amour à toutes les lignes, ou presque ! (Il est donc bien dans la ligne des autres lectures de ce dimanche.)
    Pour autant, on n’imagine pas Saint Jean baignant dans une communauté à l’eau de rose ! S’il en parle tant, c’est que ce n’est pas si simple ! La communauté à laquelle il écrit (probablement à la fin du premier siècle) est en crise. Des faux prophètes de toute sorte risquent d’égarer les esprits dans d’interminables discussions théologiques. Pendant ce temps, on oublie l’essentiel. Dans ce texte, Saint Jean ramène sa communauté à l’essentiel, c’est-à-dire Dieu, c’est-à-dire l’Amour. S’il fallait résumer ce passage, on pourrait dire : Dieu est amour, tout amour humain vient de Dieu. Vous cherchez à connaître Dieu, dit Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu : c’est bien simple, mettez-vous à son diapason. Puisque Dieu est Amour, tout ce qui en vous est Amour vient de Dieu ; et chaque fois que vous aimez, vous êtes au diapason de Dieu.
    Un chant très ancien de l’Eglise dit « Ubi caritas et amor, Deus ibi est » ; ce qui veut dire « Là où il y a de l’amour, là est Dieu ». Cette phrase pourrait être signée par Jean, il dit la même chose : « Celui qui aime est né de Dieu, et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » Là, nous avons un critère extrêmement simple et clair pour juger tout ce que nous faisons et tout ce que nous voyons faire. Il y a toute une éducation du regard ! Et il semble bien que c’est la grande leçon que Saint Jean veut donner aux croyants. Peut-être est-ce cela le rôle des croyants : être à l’affût, détecter tout ce qui est parcelle d’amour, regards d’amour, gestes d’amour, et, à chaque fois, savoir dire « Dieu est là ».
    C’est dans ce sens-là, peut-être, que Jésus disait « le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Et c’est valable tous les jours, sous nos yeux, sur toute la surface du globe, chez les jeunes et chez les vieux, dans toutes les races et toutes les religions, y compris chez ceux qui n’ont pas de religion. (C’est Saint Jean qui nous le dit aujourd’hui.)
    Ce qui revient à dire que si on sait ouvrir les yeux, Dieu nous est donné à contempler tous les jours de mille manières. L’Ancien Testament, déjà, avait très bien compris que connaître Dieu et aimer, c’est la même chose et que le jour où l’humanité connaîtra vraiment Dieu, elle deviendra fraternelle.
    Isaïe, pour faire entendre ce message-là a inventé sa merveilleuse fable des animaux : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits même gîte. Le lion comme le boeuf mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR comme la mer que comblent les eaux » (Is 11, 6-9).
    UN JOUR, L’HUMANITE CONNAITRA ENFIN SON DIEU
    C’est bien le projet de Dieu pour l’humanité depuis toujours, un projet d’harmonie universelle.
    Un peu plus haut, dans cette même lettre, Jean dit « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » (1 Jn 3, 11) ; « dès le commencement », c’est-à-dire depuis les origines. Nous lisions la semaine dernière, dans la même lettre de Jean : « Voici son commandement : adhérer avec foi à son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. » (1 Jn 3, 23).
    Et Jean continue : « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui. »
    On entend résonner ici l’évangile de Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3).
    Vivre, (au sens de la vie éternelle) c’est connaître Dieu ; et pour que nous le connaissions vraiment tel qu’Il est, et pas tel que nous l’imaginons, Il a envoyé son Fils. Tant que Dieu est invisible, comment le connaîtrions-nous vraiment ? En Jésus, parce qu’Il est Dieu fait homme, nous voyons enfin Dieu sur un visage d’homme et dans des gestes d’homme. « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui », c’est-à-dire pour que nous le connaissions.
    Toute sa vie, Jésus a révélé dans ses paroles et dans ses gestes ce qu’est l’amour de Dieu pour l’humanité : paroles qui relèvent et qui pardonnent, gestes qui guérissent et qui rassurent ; le dernier soir, Jean raconte qu’il a laissé à ses apôtres un dernier geste qui parle mieux que des paroles :
    « Jésus sachant que son Heure était venue, l’Heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême… »
    « Sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu, Jésus se lève de table, dépose son vêtement… » Le lavement des pieds est en quelque sorte la signature de sa vie : « il est sorti de Dieu… il va vers Dieu », c’est l’amour même qui avait planté sa tente parmi les hommes ; et l’admirable de ce texte, c’est la leçon qu’il en donne : ce n’est pas « malgré qu’il soit Dieu », par condescendance, en quelque sorte, qu’il se met à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds ; c’est « parce qu’il est Dieu » qu’il se met à leur service. « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » Et il ajoute « Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 13).
    Cette découverte du vrai visage de Dieu change la face du monde : jusque-là on croyait que Dieu avait des comptes à régler avec l’humanité pécheresse ; pour obtenir l’effacement de tous ces péchés, on croyait bon d’offrir des sacrifices, des victimes ; en Jésus-Christ, on découvre un Dieu qui est Amour et Pardon, qui n’a pas de comptes à régler mais qui nous demande simplement de lui ressembler en nous aimant les uns les autres.

    EVANGILE – selon Saint Jean 15, 15, 9 – 17
    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
    9 « Comme le Père m’a aimé,
    moi aussi je vous ai aimés.
    Demeurez dans mon amour.
    10 Si vous gardez mes commandements,
    vous demeurerez dans mon amour,
    comme moi,
    j’ai gardé les commandements de mon Père,
    et je demeure dans son amour.
    11 Je vous ai dit cela
    pour que ma joie soit en vous,
    et que votre joie soit parfaite.
    12 Mon commandement, le voici :
    Aimez-vous les uns les autres
    comme je vous ai aimés.
    13 Il n’y a pas de plus grand amour
    que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
    14 Vous êtes mes amis
    si vous faites ce que je vous commande.
    15 Je ne vous appelle plus serviteurs,
    car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;
    je vous appelle mes amis,
    car tout ce que j’ai entendu de mon Père,
    je vous l’ai fait connaître.
    16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
    c’est moi qui vous ai choisis et établis,
    afin que vous alliez,
    que vous portiez du fruit,
    et que votre fruit demeure.
    Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
    il vous le donnera.
    17 Voici ce que je vous commande :
    c’est de vous aimer les uns les autres. »

    DIEU VEUT LA JOIE DES HOMMES
    « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Voilà une bonne nouvelle dans ce texte ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c’est pour les combler de joie. Et la raison de cette joie, c’est que la vie de Jésus n’a été qu’amour, à l’image de son Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Nous sommes tout à fait dans la ligne de la deuxième lecture : quand l’humanité connaîtra enfin Dieu tel qu’Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit la Bible, plus on est frappé de cette insistance : le seul problème de l’humanité, c’est de ne pas connaître Dieu, de se tromper sur Lui. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c’est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants.
    Dès l’Ancien Testament, tout le travail des prophètes a consisté à révéler ce vrai visage du Dieu de tendresse et de pitié, comme le disent les psaumes, un Dieu qui veut notre joie. Voici quelques phrases d’Isaïe, par exemple : « Ils reviendront, ceux que le SEIGNEUR a rachetés, ils arriveront à Sion avec des cris de joie. Sur leurs visages, une joie sans limite ! Allégresse et joie viendront à leur rencontre, tristesse et plainte s’enfuiront. » (Is 35, 10)… « C’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet l’exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem, et l’enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j’exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple ! » (Is 65, 18-19).
    A noter que ces passages sont des textes tardifs de l’Ancien Testament, cela veut dire que la Révélation a déjà fait du chemin ; Sophonie ose même dire que Dieu danse de joie quand ses enfants sont heureux : « Crie de joie, fille de Sion, pousse des acclamations, Israël, réjouis-toi, ris de tout ton coeur, fille de Jérusalem…
    « Le SEIGNEUR a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a détourné ton ennemi. Le roi d’Israël, le SEIGNEUR lui-même est au milieu de toi, tu n’auras plus à craindre le mal. En ce jour, on dira à Jérusalem : N’aie pas peur, Sion, que tes mains ne faiblissent pas…
    « Le SEIGNEUR ton Dieu est au milieu de toi en héros vainqueur. Il est tout joyeux à cause de toi, dans son amour, il te renouvelle, il danse et crie de joie à cause de toi. » (So 3, 14-17).
    Malheureusement, nous avons du mal à y croire, comme si c’était trop beau ; c’est seulement à la fin des temps que l’humanité connaîtra enfin Dieu et donc vivra dans la joie ; c’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, la joie est toujours présentée comme une caractéristique du salut que l’humanité attend. Quand Dieu « répandra son Esprit sur toute chair », comme le dit le prophète Joël (3,1), alors nous connaîtrons que Dieu est amour et nous serons dans la joie.
    UNE JOIE QUE NUL NE NOUS RAVIRA
    Le Nouveau Testament dit quelle joie, déjà, a accompagné la venue de Celui qui est venu révéler le visage de Dieu aux hommes ;
    à propos de la naissance de Jean-Baptiste, par exemple, l’ange dit à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t’enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean. Tu en auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance. » (Lc 1, 13-14).
    Puis, à propos de la naissance de Jésus, l’ange dit aux bergers : « Soyez sans crainte car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour le peuple : Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur. » (Lc, 2, 10).
    Visiblement, c’est un thème qui a beaucoup marqué Jean ; du dernier soir de son Maître, il a retenu une grande impression de joie plus forte que l’épreuve pourtant toute proche ; par exemple : « Vous l’avez entendu, je vous ai dit : Je m’en vais et je viens à vous. Si vous m’aimiez vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jn 14, 28)… « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie…
    Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, toute à la joie d’avoir mis un homme au monde.
    (C’est ainsi que) Vous êtes maintenant dans l’affliction, mais je vous verrai à nouveau, votre coeur se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira. » (Jn 16, 20-24). Et dans sa dernière prière, Jésus dit à son Père : « Maintenant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude. » (Jn 17, 13).
    Les apôtres, à leur tour, promettent aux hommes la joie : saint Jean y insiste dans ses lettres : « Et nous vous écrivons cela, pour que notre joie soit complète. » (1 Jn 1, 4)… « J’ai bien des choses à vous écrire, pourtant je n’ai pas voulu le faire avec du papier et de l’encre. Car j’espère me rendre chez vous et vous parler de vive voix, afin que votre joie soit complète. » (2 Jn 12).
    C’est peut-être à cela que l’on reconnaît les prophètes ou les apôtres : ce sont ceux qui révèlent aux hommes le vrai visage du Dieu de la joie. Ceux-là, quand leur heure sera venue, s’entendront dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton maître » (Mt 25, 21).
     


  • Commentaires du dimanche 6 mai

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 6 mai 2018
    6éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 10, 25 … 48
    25 Comme Pierre arrivait à Césarée
    chez Corneille, centurion de l’armée romaine,
    celui-ci vint à sa rencontre,
    et tombant à ses pieds, il se prosterna.
    26 Mais Pierre le releva en disant :
    « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »
    34 Alors Pierre prit la parole et dit :
    « En vérité, je le comprends :
    Dieu est impartial ;
    35 il accueille, quelle que soit la nation,
    celui qui le craint
    et dont les œuvres sont justes. »
    44 Pierre parlait encore
    quand l’Esprit Saint
    descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.
    45 Les croyants qui accompagnaient Pierre,
    et qui étaient Juifs d’origine,
    furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,
    le don de l’Esprit Saint avait été répandu.
    46 En effet, on les entendait parler en langues
    et chanter la grandeur de Dieu.
    Pierre dit alors :
    47 « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême
    à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint
    tout comme nous ? »
    48 Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.
    Alors ils lui demandèrent
    de rester quelques jours avec eux.

    QUAND L’ESPRIT SAINT ABOLIT LES FRONTIERES
    Il faut peser l’importance de la première phrase de notre texte : « Pierre arriva à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine… » Jusqu’à la veille, Pierre n’aurait jamais eu l’idée de faire une chose pareille !
    Tout les oppose, ces deux hommes : Pierre, le Juif, croyant, convaincu, depuis peu devenu disciple de Jésus… et ce païen, quelqu’un qu’on ne fréquente pas : parce que, d’une part, il est l’occupant, mais plus encore parce qu’il est païen… Et, d’ailleurs, ce n’est pas Pierre, tout seul, qui a eu cette idée bizarre, d’aller chez Corneille, à Césarée. C’est Dieu qui a tout organisé, si j’ose dire : il a préparé les deux hommes à ce qui devait être un événement très important pour la jeune communauté chrétienne. Chacun des deux hommes a eu ce jour-là une vision : Corneille a entendu un ange de Dieu lui dire « Le Seigneur t’a entendu ; fais chercher Pierre pour qu’il vienne chez toi. »
    Quant à Pierre, à des kilomètres de là, lui aussi, il a eu une vision : une vision curieuse, qui a l’air de vouloir déranger ses habitudes. Dans cette vision, il a devant les yeux des quantités d’animaux, dont certains considérés par la loi juive comme impurs étaient strictement interdits, et une voix le pousse à désobéir : tue et mange ! Pierre qui est un scrupuleux, ne veut pas désobéir aux règles de son enfance ; alors la voix lui fait remarquer qu’il appartient à Dieu seul de décider ce qui est pur ou impur… pour l’instant, il ne s’agit que d’alimentation, mais, déjà, ses certitudes sur les sacro-saintes règles juives de pureté sont sérieusement battues en brèche ; il faut bien cela pour le préparer à ce qui l’attend !
    Trois fois de suite, cette curieuse vision se reproduit… et Pierre reste perplexe ; c’est à ce moment précis que les envoyés de Corneille arrivent ; ils viennent demander à Pierre quelque chose de plus grave encore que de manquer chez soi aux règles alimentaires : ils viennent lui demander d’aller chez ce païen de Corneille !
    On se rappelle le tollé quand Jésus allait manger chez n’importe qui ! Et encore, il s’agissait de Juifs ; cette fois, il s’agit d’un incirconcis, comme on disait.
    Mais, comme chacun sait, Dieu a de la suite dans les idées ; Luc précise que l’Esprit Saint lui-même rassure Pierre sur ce qu’il va faire : « Pierre était toujours préoccupé de sa vision, mais l’Esprit lui dit : Voici deux hommes qui te cherchent. Descends donc tout de suite avec eux et prends la route avec eux sans te faire aucun scrupule : car c’est moi qui les envoie ». Au passage, on remarque que c’est l’Esprit Saint qui dit à Pierre « ne te fais pas de scrupule » … Ce qui prouve au moins que tous nos scrupules ne sont pas toujours inspirés par l’Esprit Saint … Et qu’il nous faut apprendre à distinguer parmi nos scrupules ceux qui sont bien inspirés… de ceux qui le sont moins. Evidemment, Pierre a obéi à cette voix, et le voilà chez Corneille.
    Et c’est là que commence notre texte d’aujourd’hui. Corneille, en voyant entrer Pierre, se jette à ses pieds, mais Pierre le relève : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme moi aussi. » Il ne peut évidemment pas accepter des manifestations de respect qui ne sont dues qu’à Dieu seul.
    Et, tout d’un coup, Pierre comprend la vision qui l’avait tellement intrigué : les animaux n’étaient qu’une image destinée à lui faire comprendre autre chose ; à table, on sait qu’il était interdit par la loi religieuse de manger certains animaux considérés comme impurs : or la fameuse vision l’invitait à dépasser cet interdit parce que Dieu seul en définitive peut déterminer ce qui est pur ou impur.
    UN TOURNANT DECISIF
    Mais il était également interdit de fréquenter les païens. Ce que Pierre est invité à découvrir, c’est que cette barrière-là, elle aussi, doit tomber. Pourquoi cette interdiction de fréquenter des païens ? Ce n’était pas du mépris ; mais, tout simplement, parce que leurs pratiques étant différentes, la fréquentation des païens risquait d’entraîner les Juifs à délaisser leurs propres pratiques. Pierre vient de comprendre : Dieu l’invite à dépasser cette loi ; tout comme la vision l’invitait à ne plus faire de distinction entre animaux purs et animaux impurs, désormais il ne faut plus faire de distinction entre hommes purs et hommes impurs ; cela permettra de fréquenter sans scrupule tout le monde.
    C’est un tournant décisif qui s’amorce : comment annoncer la Bonne Nouvelle aux païens si on s’interdisait de les fréquenter ? Dans une première étape du plan de salut de Dieu, le peuple juif a été choisi et, pendant tout un temps de maturation nécessaire, il fallait préserver la foi et donc rester entre croyants. Mais, désormais, c’est une nouvelle étape : il faut ouvrir les portes aux païens pour pouvoir leur annoncer à eux aussi la Bonne Nouvelle. Jésus, lui aussi, avait plusieurs fois fait comprendre à ses apôtres que, désormais, la loi ancienne était caduque, et qu’une nouvelle étape s’ouvrait. Etre fidèle à la foi des pères ne signifie pas répéter indéfiniment leurs manières d’agir et de parler. A questions nouvelles, solutions nouvelles.
    C’est ce que Pierre comprend d’un coup et explique à Corneille et à son entourage : « Vous savez que c’est un crime pour un Juif de fréquenter des étrangers ; mais Dieu vient de me faire comprendre que, désormais, il ne faut plus faire de différence entre les hommes : car Dieu lui-même ne fait pas de différence entre les hommes ». Et Pierre commence la catéchèse de ce nouvel auditoire ; et là encore, l’Esprit Saint intervient : Saint Luc note « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur ceux qui écoutaient la Parole. »
    Décidément, c’est toujours grâce à L’Esprit Saint que l’Eglise progresse !
    ——————————
    Compléments
    – On dit volontiers que Paul est l’apôtre des païens ; mais, pour être juste, il faut dire que Pierre l’a précédé : ici, on peut dire qu’il est l’apôtre des Romains ! Puisque, Corneille, on nous l’a dit, est centurion de l’armée d’occupation, l’armée romaine. Corneille faisait certainement partie des sympathisants qui gravitaient autour des synagogues, peut-être même était-il un « craignant Dieu » : c’est-à-dire un non-Juif qui adhère de coeur à la religion juive sans pour autant se soumettre à la circoncision et aux innombrables règles de la religion juive.
    – Nous sommes souvent surpris que les Actes des Apôtres nomment si facilement l’Esprit Saint ; son action est reconnue à chaque page et c’est grâce à lui que l’Eglise affronte des questions nouvelles, et ose aborder des auditoires nouveaux… Evidemment, nous ne pouvons pas nous permettre de penser qu’il serait moins actif aujourd’hui que dans les premiers temps de l’Eglise ! J’en déduis que c’est à nous d’ouvrir un peu mieux les yeux pour détecter son action. Si nous le laissons faire, Jésus l’a bien promis, « l’Esprit nous mènera vers la vérité tout entière ».
    – Dernière remarque : c’est en entendant Corneille chanter la gloire de Dieu que Pierre a reconnu la présence de l’Esprit Saint. Doit-on en déduire que nos moments moroses sont ceux où nous avons mis de côté l’Esprit Saint ?

    PSAUME – 97 (98), 1. 2-3ab. 3cd-4
    1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
    car il a fait des merveilles ;
    par son bras très saint, par sa main puissante,
    il s’est assuré la victoire.
    2 Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire
    et révélé sa justice aux nations ;
    3 il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
    en faveur de la maison d’Israël.
    La terre tout entière a vu
    la victoire de notre Dieu.
    4 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.
    Sonnez, chantez, jouez !

    LES DEUX AMOURS DE DIEU
    « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » : c’est le peuple d’Israël qui parle ici et qui dit « NOTRE Dieu », affichant ainsi la relation tout à fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers ; mais Israël a peu à peu compris que sa mission dans le monde est précisément de ne pas garder jalousement pour lui cette relation privilégiée mais d’annoncer l’amour de Dieu POUR TOUS les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance. Car la terre tout entière n’a pas seulement vocation à voir la victoire de notre Dieu, elle a vocation à en bénéficier.
    Ce psaume dit très bien ce que j’appellerais « les deux amours de Dieu » : son amour pour son peuple choisi, élu, Israël… ET son amour pour l’humanité tout entière, ce que le psalmiste appelle tantôt « les nations », tantôt « La terre tout entière ». Les « nations », ce sont tous les autres, les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu. Car une des grandes certitudes que les hommes de la Bible ont acquise peu à peu, c’est que Dieu aime toute l’humanité, et pas seulement Israël.
    Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; puisque la phrase centrale sur ce qu’on appelle « l’élection d’Israël » est encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière et cette construction le manifeste bien.
    Je vous relis les versets 2 et 3 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations… Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël…La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». La phrase centrale (« Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël ») est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ». Derrière cette toute petite phrase, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert, Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut dire : oui, Israël est bien le peuple choisi, le peuple élu.
    Mais les deux phrases qui l’encadrent et qui parlent des nations, rappellent bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné.
    Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on anticipe en quelque sorte, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre.
    La première dimension de ce psaume, très importante, c’est donc l’insistance sur ce que j’ai appelé « les deux amours de Dieu », pour son peuple choisi et pour toute l’humanité. Une deuxième dimension de ce psaume est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu.
    DANS L’ATTENTE DE L’ULTIME VICTOIRE
    Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR. » Mais quand je dis « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire » … « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »… « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».
    La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Egypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Egypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu » (Dt 5, 15) était devenue la formule-type de la libération d’Egypte ; on la retrouve par exemple dans le livre du Deutéronome et dans les psaumes. La formule « il a fait des merveilles » est aussi un rappel de la libération d’Egypte.
    Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !
    Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment (envers et contre tous les événements apparemment contraires), que le Règne de Dieu, c’est-à-dire le Règne de l’amour est déjà commencé.
    —————————–
    Complément
    – Ce cri de victoire a pris sa place dans la liturgie du peuple juif, chaque année à l’automne, au cours de la Fête des Tentes, à Jérusalem. Cette fête durait huit jours et comportait de nombreuses cérémonies de toute sorte : célébrations pénitentielles, sacrifices d’action de grâce… et aussi des « fêtes pour le roi ». Et c’est ce roi que l’on acclamait en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes, et dans les applaudissements de la foule. Or, l’étonnant, c’est que lorsqu’on célébrait ces « fêtes pour le roi », après l’Exil à Babylone (c’est-à-dire à partir du sixième siècle av.J.C.), il n’y avait plus de roi en Israël ! Plus de roi visible, en tout cas.
    Mais, d’une part, on se rappelait la promesse de Dieu : on savait qu’un roi, fils (c’est-à-dire descendant) de David, viendrait un jour et on le fêtait déjà. C’était un moyen d’encourager l’espérance. D’autre part, en Israël, même lorsqu’il y avait un roi sur le trône, on n’a jamais oublié que le seul roi au monde, le seul pouvoir, le seul maître est Dieu. C’est lui que l’on acclame dans ce psaume 97/98.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4, 7 – 10
    7 Bien-aimés,
    aimons-nous les uns les autres,
    puisque l’amour vient de Dieu.
    Celui qui aime
    est né de Dieu,
    et connaît Dieu.
    8 Celui qui n’aime pas
    n’a pas connu Dieu,
    car Dieu est amour.
    9 Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :
    Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde
    pour que nous vivions par lui.
    10 Voici en quoi consiste l’amour :
    ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
    mais c’est lui qui nous a aimés,
    et il a envoyé son Fils
    en sacrifice de pardon pour nos péchés.

    LA OU EST L’AMOUR, LA EST DIEU
    Ce texte parle d’amour à toutes les lignes, ou presque ! (Il est donc bien dans la ligne des autres lectures de ce dimanche.)
    Pour autant, on n’imagine pas Saint Jean baignant dans une communauté à l’eau de rose ! S’il en parle tant, c’est que ce n’est pas si simple ! La communauté à laquelle il écrit (probablement à la fin du premier siècle) est en crise. Des faux prophètes de toute sorte risquent d’égarer les esprits dans d’interminables discussions théologiques. Pendant ce temps, on oublie l’essentiel. Dans ce texte, Saint Jean ramène sa communauté à l’essentiel, c’est-à-dire Dieu, c’est-à-dire l’Amour. S’il fallait résumer ce passage, on pourrait dire : Dieu est amour, tout amour humain vient de Dieu. Vous cherchez à connaître Dieu, dit Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu : c’est bien simple, mettez-vous à son diapason. Puisque Dieu est Amour, tout ce qui en vous est Amour vient de Dieu ; et chaque fois que vous aimez, vous êtes au diapason de Dieu.
    Un chant très ancien de l’Eglise dit « Ubi caritas et amor, Deus ibi est » ; ce qui veut dire « Là où il y a de l’amour, là est Dieu ». Cette phrase pourrait être signée par Jean, il dit la même chose : « Celui qui aime est né de Dieu, et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » Là, nous avons un critère extrêmement simple et clair pour juger tout ce que nous faisons et tout ce que nous voyons faire. Il y a toute une éducation du regard ! Et il semble bien que c’est la grande leçon que Saint Jean veut donner aux croyants. Peut-être est-ce cela le rôle des croyants : être à l’affût, détecter tout ce qui est parcelle d’amour, regards d’amour, gestes d’amour, et, à chaque fois, savoir dire « Dieu est là ».
    C’est dans ce sens-là, peut-être, que Jésus disait « le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Et c’est valable tous les jours, sous nos yeux, sur toute la surface du globe, chez les jeunes et chez les vieux, dans toutes les races et toutes les religions, y compris chez ceux qui n’ont pas de religion. (C’est Saint Jean qui nous le dit aujourd’hui.)
    Ce qui revient à dire que si on sait ouvrir les yeux, Dieu nous est donné à contempler tous les jours de mille manières. L’Ancien Testament, déjà, avait très bien compris que connaître Dieu et aimer, c’est la même chose et que le jour où l’humanité connaîtra vraiment Dieu, elle deviendra fraternelle.
    Isaïe, pour faire entendre ce message-là a inventé sa merveilleuse fable des animaux : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits même gîte. Le lion comme le boeuf mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR comme la mer que comblent les eaux » (Is 11, 6-9).
    UN JOUR, L’HUMANITE CONNAITRA ENFIN SON DIEU
    C’est bien le projet de Dieu pour l’humanité depuis toujours, un projet d’harmonie universelle.
    Un peu plus haut, dans cette même lettre, Jean dit « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » (1 Jn 3, 11) ; « dès le commencement », c’est-à-dire depuis les origines. Nous lisions la semaine dernière, dans la même lettre de Jean : « Voici son commandement : adhérer avec foi à son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. » (1 Jn 3, 23).
    Et Jean continue : « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui. »
    On entend résonner ici l’évangile de Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3).
    Vivre, (au sens de la vie éternelle) c’est connaître Dieu ; et pour que nous le connaissions vraiment tel qu’Il est, et pas tel que nous l’imaginons, Il a envoyé son Fils. Tant que Dieu est invisible, comment le connaîtrions-nous vraiment ? En Jésus, parce qu’Il est Dieu fait homme, nous voyons enfin Dieu sur un visage d’homme et dans des gestes d’homme. « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui », c’est-à-dire pour que nous le connaissions.
    Toute sa vie, Jésus a révélé dans ses paroles et dans ses gestes ce qu’est l’amour de Dieu pour l’humanité : paroles qui relèvent et qui pardonnent, gestes qui guérissent et qui rassurent ; le dernier soir, Jean raconte qu’il a laissé à ses apôtres un dernier geste qui parle mieux que des paroles :
    « Jésus sachant que son Heure était venue, l’Heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême… »
    « Sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu, Jésus se lève de table, dépose son vêtement… » Le lavement des pieds est en quelque sorte la signature de sa vie : « il est sorti de Dieu… il va vers Dieu », c’est l’amour même qui avait planté sa tente parmi les hommes ; et l’admirable de ce texte, c’est la leçon qu’il en donne : ce n’est pas « malgré qu’il soit Dieu », par condescendance, en quelque sorte, qu’il se met à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds ; c’est « parce qu’il est Dieu » qu’il se met à leur service. « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » Et il ajoute « Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 13).
    Cette découverte du vrai visage de Dieu change la face du monde : jusque-là on croyait que Dieu avait des comptes à régler avec l’humanité pécheresse ; pour obtenir l’effacement de tous ces péchés, on croyait bon d’offrir des sacrifices, des victimes ; en Jésus-Christ, on découvre un Dieu qui est Amour et Pardon, qui n’a pas de comptes à régler mais qui nous demande simplement de lui ressembler en nous aimant les uns les autres.

    EVANGILE – selon Saint Jean 15, 15, 9 – 17
    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
    9 « Comme le Père m’a aimé,
    moi aussi je vous ai aimés.
    Demeurez dans mon amour.
    10 Si vous gardez mes commandements,
    vous demeurerez dans mon amour,
    comme moi,
    j’ai gardé les commandements de mon Père,
    et je demeure dans son amour.
    11 Je vous ai dit cela
    pour que ma joie soit en vous,
    et que votre joie soit parfaite.
    12 Mon commandement, le voici :
    Aimez-vous les uns les autres
    comme je vous ai aimés.
    13 Il n’y a pas de plus grand amour
    que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
    14 Vous êtes mes amis
    si vous faites ce que je vous commande.
    15 Je ne vous appelle plus serviteurs,
    car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;
    je vous appelle mes amis,
    car tout ce que j’ai entendu de mon Père,
    je vous l’ai fait connaître.
    16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
    c’est moi qui vous ai choisis et établis,
    afin que vous alliez,
    que vous portiez du fruit,
    et que votre fruit demeure.
    Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
    il vous le donnera.
    17 Voici ce que je vous commande :
    c’est de vous aimer les uns les autres. »

    DIEU VEUT LA JOIE DES HOMMES
    « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Voilà une bonne nouvelle dans ce texte ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c’est pour les combler de joie. Et la raison de cette joie, c’est que la vie de Jésus n’a été qu’amour, à l’image de son Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Nous sommes tout à fait dans la ligne de la deuxième lecture : quand l’humanité connaîtra enfin Dieu tel qu’Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit la Bible, plus on est frappé de cette insistance : le seul problème de l’humanité, c’est de ne pas connaître Dieu, de se tromper sur Lui. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c’est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants.
    Dès l’Ancien Testament, tout le travail des prophètes a consisté à révéler ce vrai visage du Dieu de tendresse et de pitié, comme le disent les psaumes, un Dieu qui veut notre joie. Voici quelques phrases d’Isaïe, par exemple : « Ils reviendront, ceux que le SEIGNEUR a rachetés, ils arriveront à Sion avec des cris de joie. Sur leurs visages, une joie sans limite ! Allégresse et joie viendront à leur rencontre, tristesse et plainte s’enfuiront. » (Is 35, 10)… « C’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet l’exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem, et l’enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j’exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple ! » (Is 65, 18-19).
    A noter que ces passages sont des textes tardifs de l’Ancien Testament, cela veut dire que la Révélation a déjà fait du chemin ; Sophonie ose même dire que Dieu danse de joie quand ses enfants sont heureux : « Crie de joie, fille de Sion, pousse des acclamations, Israël, réjouis-toi, ris de tout ton coeur, fille de Jérusalem…
    « Le SEIGNEUR a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a détourné ton ennemi. Le roi d’Israël, le SEIGNEUR lui-même est au milieu de toi, tu n’auras plus à craindre le mal. En ce jour, on dira à Jérusalem : N’aie pas peur, Sion, que tes mains ne faiblissent pas…
    « Le SEIGNEUR ton Dieu est au milieu de toi en héros vainqueur. Il est tout joyeux à cause de toi, dans son amour, il te renouvelle, il danse et crie de joie à cause de toi. » (So 3, 14-17).
    Malheureusement, nous avons du mal à y croire, comme si c’était trop beau ; c’est seulement à la fin des temps que l’humanité connaîtra enfin Dieu et donc vivra dans la joie ; c’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, la joie est toujours présentée comme une caractéristique du salut que l’humanité attend. Quand Dieu « répandra son Esprit sur toute chair », comme le dit le prophète Joël (3,1), alors nous connaîtrons que Dieu est amour et nous serons dans la joie.
    UNE JOIE QUE NUL NE NOUS RAVIRA
    Le Nouveau Testament dit quelle joie, déjà, a accompagné la venue de Celui qui est venu révéler le visage de Dieu aux hommes ;
    à propos de la naissance de Jean-Baptiste, par exemple, l’ange dit à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t’enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean. Tu en auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance. » (Lc 1, 13-14).
    Puis, à propos de la naissance de Jésus, l’ange dit aux bergers : « Soyez sans crainte car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour le peuple : Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur. » (Lc, 2, 10).
    Visiblement, c’est un thème qui a beaucoup marqué Jean ; du dernier soir de son Maître, il a retenu une grande impression de joie plus forte que l’épreuve pourtant toute proche ; par exemple : « Vous l’avez entendu, je vous ai dit : Je m’en vais et je viens à vous. Si vous m’aimiez vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jn 14, 28)… « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie…
    Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, toute à la joie d’avoir mis un homme au monde.
    (C’est ainsi que) Vous êtes maintenant dans l’affliction, mais je vous verrai à nouveau, votre coeur se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira. » (Jn 16, 20-24). Et dans sa dernière prière, Jésus dit à son Père : « Maintenant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude. » (Jn 17, 13).
    Les apôtres, à leur tour, promettent aux hommes la joie : saint Jean y insiste dans ses lettres : « Et nous vous écrivons cela, pour que notre joie soit complète. » (1 Jn 1, 4)… « J’ai bien des choses à vous écrire, pourtant je n’ai pas voulu le faire avec du papier et de l’encre. Car j’espère me rendre chez vous et vous parler de vive voix, afin que votre joie soit complète. » (2 Jn 12).
    C’est peut-être à cela que l’on reconnaît les prophètes ou les apôtres : ce sont ceux qui révèlent aux hommes le vrai visage du Dieu de la joie. Ceux-là, quand leur heure sera venue, s’entendront dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton maître » (Mt 25, 21).
     


  • Homélie du dimanche 6 mai

    Dimanche 6 mai 2018
    6e dimanche de Pâques
    Lectures bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 10. 25 à 48 : « Les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit-Saint. »
    Psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu. »
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 4 7 à 10 : « Dieu est amour … il a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par Lui. »
    Evangile selon saint Jean. Jean 15. 9 à 17 : « C’est moi qui vous ai choisis. »
    ***
    Les Actes des Apôtres nous offrent une vision de l’Eglise qui rejoint la réalité que nous vivons aujourd’hui.

    LE SIGNE DE DIEU
    Le chapitre 10 n’est pas le simple descriptif d’un événement. C’est un des grands tournants de la vie de l’Eglise naissante, dont nous devons suivre le déroulement afin de vivre de l’intérieur la décision qui lui donnait, à ce moment-là, la possibilité de son épanouissement dans le monde grec et romain.
    Beaucoup de choses sont en jeu et, en premier lieu, la fidélité à la pensée de Dieu, exprimée par Jésus de Nazareth, le ressuscité. Nous pouvons aussi mieux ressentir le pourquoi de l’orientation prise par les apôtres, à la suite de saint Pierre.
    Les explications de saint Pierre n’emportent pas immédiatement les convictions. C’est un signe venant de Dieu qui sera déterminant. Cette irruption de l’Esprit-Saint, inattendue, rappelle à tous la Parole de Jésus au soir du Jeudi-Saint : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis… qui vous choisis. Quand viendra le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient d’auprès du Père, celui-ci témoignera de moi. » (Jean 15. 9 et suivants)
    Quand arrive le moment de décider de l’accueil des non-juifs, Pierre pourra s’appuyer sur cette confiance et sur cette parole. Il délie l’entrave qui empêche les non-juifs de rejoindre pleinement le Royaume de Dieu.
    L’ESPRIT DE DIEU AGIT COMME IL VEUT.
    Pierre veut entraîner la jeune communauté à accepter Corneille et, au delà de lui, tout païen. Et Dieu ratifie ce qu’il dit. L’Esprit de Dieu va reposer sur un païen. Même si ce centurion est un « craignant Dieu », même s’il est sympathisant du peuple juif, il n’en reste pas moins à la porte. Il n’est pas circoncis.
    Bien des païens, agrégés au peuple juif, l’étaient par le rite de la circoncision. Nous en voyons parmi les compagnons d’Etienne, le premier martyr (Actes 6. 5). Corneille n’est pas et ne sera pas circoncis. Désormais l’accès du Royaume dépend de l’efficacité de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Il ne dépend plus de l’application de la loi de Moïse. Il dépend de l’Esprit que Jésus envoie : « Le pardon des péchés est accordé, par son nom, à quiconque met en lui sa foi. » (Actes 10. 43).
    Le centurion romain pourra entrer dans le peuple du Royaume. Il ne sera pas une exception d’ailleurs. Tous ceux qui l’entourent reçoivent l’Esprit et seront baptisés. Désormais, l’Evangile n’est plus le privilège des seuls Juifs, pourtant dépositaires de la Promesse.
    Saint Luc avait relevé cette parole du Christ : « Il faut proclamer en son nom la conversion, pour la rémission des péchés, à toutes les nations en commençant par Jérusalem. » (Luc 24. 27). « Vous recevrez une puissance venant du Saint-Esprit sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8). C’est la mission de saint Pierre de rendre possible cette propagation de l’Evangile, tout autant que la réalisera saint Paul, auprès des Hellénistes, en rejoignant le collège apostolique. (Actes 9. 28)
    L’ENTREE DES PAIENS DANS L’EGLISE
    Cette entrée est donc le fait de l’Esprit-Saint lui-même qui bouscule les apôtres. A cette date, ils étaient encore tout imprégnés de l’obligation de prolonger la révélation mosaïque sans la renier, mais en l’incluant dans la révélation évangélique. Pierre veut les y conduire, mais ce discernement ne leur est pas facile. Pas plus qu’à nous d’ailleurs dans des circonstances qui peuvent présenter quelques similitudes. L’Esprit-Saint alors nous bouscule, ne serait-ce que par ce concile inattendu par ses orientation et ses décisions.
    A Césarée, c’est donc Dieu lui-même qui prend en main les événements, au moment où Pierre explique à la communauté le sens du message dont il tire lentement les conclusions : « Son message, il l’a envoyé aux fils d’Israël. » Pierre dépasse déjà le peuple juif, car Israël, ce sont aussi ces Samaritains avec qui les habitants de Judée évitaient de parler. Pierre fait même un pas de plus : « Le Christ est le Seigneur (« kurios ») de tous les hommes. »
    Il n’a pas le temps de terminer sa longue démonstration que l’Esprit-Saint, sans en attendre la conclusion, s’empare de tous ceux qui l’entendaient. Pierre en tire les conséquences. Nous sommes dans une autre logique : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous. »
    LA PENTECOTE DES PAIENS
    Plusieurs commentateurs emploient cette expression : « pentecôte des païens ». Elle est éclairante, mais elle peut devenir fausse si nous l’entendions comme la fondation d’une nouvelle Eglise. En fait, l’Esprit renvoie à la Parole de Dieu qui est le Verbe, Jésus-Christ. Il n’est aucune autre Parole de vie pour les Juifs comme pour les païens. Il construit le Corps qui est l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche le rappelle : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Jean 15. 10).
    A Césarée, Corneille, dans une vision, reçoit l’ordre de faire venir Pierre auprès de lui. C’est un appel de l’ange de Dieu qu’il transmet. A Joppé (Jaffa aujourd’hui), Pierre, de son côté, reçoit dans une vision l’ordre de ne plus faire de distinction entre aliments purs et aliments impurs. Ce n’est pas à lui de décider : « Ce que Dieu a rendu pur, ce n’est pas à toi de le dire souillé. » (Actes 10. 15).
    Les émissaires de Corneille arrivent à Joppé et Pierre les reçoit. Tout s’éclaire. C’est l’Esprit de Dieu qui introduit les trois messagers, comme Abraham au chêne de Mambré a reçu trois messagers. Pierre leur offre l’hospitalité. Puis il part avec eux le lendemain mais l’Eglise l’accompagne par la présence de quelques frères de Joppé.
    A Césarée, la rencontre de Pierre et de Corneille se fait au milieu de ses amis rassemblés. L’auteur du livre des Actes a pris soin de ne pas utiliser le mot grec « ecclesia » qui signifierait l’Eglise. Il s’agit d’une assemblée, ce n’est pas encore l’Eglise.
    Pierre ne se justifie pas. Il explique l’enjeu de l’événement : « Je saisis que Dieu n’est pas partial. Dans toutes les nations, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10. 35). Il est l’écho de la première lettre de saint Jean lue en ce dimanche : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. » (1 Jean 4. 7). Corneille était un « craignant Dieu » et, selon la parole de sa vision, « Ta prière a été exaucée et tes aumônes je les ai remémorées. » Il peut atteindre cette connaissance de Dieu au sens plénier que lui donne la tradition biblique.
    Parce qu’ils sont bien de ceux qui aiment, ces païens peuvent recevoir à profusion le don de l’Esprit qui est l’Esprit d’amour. Ils peuvent chanter le psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ! acclamez Dieu, terre entière ! »
    L’EGLISE DE JESUS-CHRIST
    L’Esprit leur est venu de par l’initiative divine, sans l’accompagnement d’aucun geste, pas même l’imposition des mains, pas même avec cette mention soulignée lors de la Pentecôte : « Ils étaient en prière. » Par contre, ils reçoivent le baptême par un geste qui est le signe de l’appartenance à l’Eglise.
    L’attitude des divers participants de cet événement souligne qu’existe déjà une hiérarchie, non pas de commandement, mais une hiérarchie qui confirme que tout vient de Dieu. « Confirme tes frères », avait dit le Christ à Pierre. Dieu n’agit pas en marge de l’Eglise. L’Esprit ne parle pas en dehors de l’Evangile. L’Eglise entend rester fidèle à l’Esprit de Dieu. C’est cela que nous pourrions appeler la hiérarchie dans l’Eglise.
    Le centurion romain, même avec tous les mérites qu’expriment les qualificatifs mentionnés (Actes 6. 1 et 2), ne reçoit pas une révélation. Il reçoit l’ordre de faire venir quelqu’un qui lui révélera l’Evangile. Et c’est Pierre qui a reçu cette charge. Il est le garant de l’Eglise. Pierre authentifie le caractère divin de l’événement. Il fait reconnaître par l’Eglise la grandeur de l’initiative divine : c’est bien l’Esprit qui est venu.
    Il est actuellement des dérives spirituelles qui sont dues à ce refus ou à cette négligence d’inscrire nos actes et notre foi dans la foi de l’Eglise. « Nous voici devant toi pour écouter ce que le Seigneur t’a prescrit de nous dire. » (Actes 10. 33). Nous avons encore besoin aujourd’hui de cette attitude ecclésiale du centurion.
    L’Eglise est le lieu où toute initiative, apparemment humaine, prend sa valeur de grâce dans l’Esprit de Dieu. « C’est lui qui nous a aimés. » (1 Jean 4. 10). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et un fruit qui demeure. » L’Eglise authentifie que ce n’est pas une illusion personnelle. Ce que nous vivons ainsi est bien l’œuvre de Dieu.
    ***
    Notre réponse ne peut se contenter de n’être que celle qui vient de nos seuls points de vue. Elle doit reconnaître et rejoindre le don de Dieu. « Purifie-nous et nous correspondrons davantage aux sacrements de ton amour » nous fait dire la prière sur les offrandes en ce dimanche.


  • Homélie du dimanche 6 mai

    Dimanche 6 mai 2018
    6e dimanche de Pâques
    Lectures bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 10. 25 à 48 : « Les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit-Saint. »
    Psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu. »
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 4 7 à 10 : « Dieu est amour … il a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par Lui. »
    Evangile selon saint Jean. Jean 15. 9 à 17 : « C’est moi qui vous ai choisis. »
    ***
    Les Actes des Apôtres nous offrent une vision de l’Eglise qui rejoint la réalité que nous vivons aujourd’hui.

    LE SIGNE DE DIEU
    Le chapitre 10 n’est pas le simple descriptif d’un événement. C’est un des grands tournants de la vie de l’Eglise naissante, dont nous devons suivre le déroulement afin de vivre de l’intérieur la décision qui lui donnait, à ce moment-là, la possibilité de son épanouissement dans le monde grec et romain.
    Beaucoup de choses sont en jeu et, en premier lieu, la fidélité à la pensée de Dieu, exprimée par Jésus de Nazareth, le ressuscité. Nous pouvons aussi mieux ressentir le pourquoi de l’orientation prise par les apôtres, à la suite de saint Pierre.
    Les explications de saint Pierre n’emportent pas immédiatement les convictions. C’est un signe venant de Dieu qui sera déterminant. Cette irruption de l’Esprit-Saint, inattendue, rappelle à tous la Parole de Jésus au soir du Jeudi-Saint : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis… qui vous choisis. Quand viendra le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient d’auprès du Père, celui-ci témoignera de moi. » (Jean 15. 9 et suivants)
    Quand arrive le moment de décider de l’accueil des non-juifs, Pierre pourra s’appuyer sur cette confiance et sur cette parole. Il délie l’entrave qui empêche les non-juifs de rejoindre pleinement le Royaume de Dieu.
    L’ESPRIT DE DIEU AGIT COMME IL VEUT.
    Pierre veut entraîner la jeune communauté à accepter Corneille et, au delà de lui, tout païen. Et Dieu ratifie ce qu’il dit. L’Esprit de Dieu va reposer sur un païen. Même si ce centurion est un « craignant Dieu », même s’il est sympathisant du peuple juif, il n’en reste pas moins à la porte. Il n’est pas circoncis.
    Bien des païens, agrégés au peuple juif, l’étaient par le rite de la circoncision. Nous en voyons parmi les compagnons d’Etienne, le premier martyr (Actes 6. 5). Corneille n’est pas et ne sera pas circoncis. Désormais l’accès du Royaume dépend de l’efficacité de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Il ne dépend plus de l’application de la loi de Moïse. Il dépend de l’Esprit que Jésus envoie : « Le pardon des péchés est accordé, par son nom, à quiconque met en lui sa foi. » (Actes 10. 43).
    Le centurion romain pourra entrer dans le peuple du Royaume. Il ne sera pas une exception d’ailleurs. Tous ceux qui l’entourent reçoivent l’Esprit et seront baptisés. Désormais, l’Evangile n’est plus le privilège des seuls Juifs, pourtant dépositaires de la Promesse.
    Saint Luc avait relevé cette parole du Christ : « Il faut proclamer en son nom la conversion, pour la rémission des péchés, à toutes les nations en commençant par Jérusalem. » (Luc 24. 27). « Vous recevrez une puissance venant du Saint-Esprit sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8). C’est la mission de saint Pierre de rendre possible cette propagation de l’Evangile, tout autant que la réalisera saint Paul, auprès des Hellénistes, en rejoignant le collège apostolique. (Actes 9. 28)
    L’ENTREE DES PAIENS DANS L’EGLISE
    Cette entrée est donc le fait de l’Esprit-Saint lui-même qui bouscule les apôtres. A cette date, ils étaient encore tout imprégnés de l’obligation de prolonger la révélation mosaïque sans la renier, mais en l’incluant dans la révélation évangélique. Pierre veut les y conduire, mais ce discernement ne leur est pas facile. Pas plus qu’à nous d’ailleurs dans des circonstances qui peuvent présenter quelques similitudes. L’Esprit-Saint alors nous bouscule, ne serait-ce que par ce concile inattendu par ses orientation et ses décisions.
    A Césarée, c’est donc Dieu lui-même qui prend en main les événements, au moment où Pierre explique à la communauté le sens du message dont il tire lentement les conclusions : « Son message, il l’a envoyé aux fils d’Israël. » Pierre dépasse déjà le peuple juif, car Israël, ce sont aussi ces Samaritains avec qui les habitants de Judée évitaient de parler. Pierre fait même un pas de plus : « Le Christ est le Seigneur (« kurios ») de tous les hommes. »
    Il n’a pas le temps de terminer sa longue démonstration que l’Esprit-Saint, sans en attendre la conclusion, s’empare de tous ceux qui l’entendaient. Pierre en tire les conséquences. Nous sommes dans une autre logique : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous. »
    LA PENTECOTE DES PAIENS
    Plusieurs commentateurs emploient cette expression : « pentecôte des païens ». Elle est éclairante, mais elle peut devenir fausse si nous l’entendions comme la fondation d’une nouvelle Eglise. En fait, l’Esprit renvoie à la Parole de Dieu qui est le Verbe, Jésus-Christ. Il n’est aucune autre Parole de vie pour les Juifs comme pour les païens. Il construit le Corps qui est l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche le rappelle : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Jean 15. 10).
    A Césarée, Corneille, dans une vision, reçoit l’ordre de faire venir Pierre auprès de lui. C’est un appel de l’ange de Dieu qu’il transmet. A Joppé (Jaffa aujourd’hui), Pierre, de son côté, reçoit dans une vision l’ordre de ne plus faire de distinction entre aliments purs et aliments impurs. Ce n’est pas à lui de décider : « Ce que Dieu a rendu pur, ce n’est pas à toi de le dire souillé. » (Actes 10. 15).
    Les émissaires de Corneille arrivent à Joppé et Pierre les reçoit. Tout s’éclaire. C’est l’Esprit de Dieu qui introduit les trois messagers, comme Abraham au chêne de Mambré a reçu trois messagers. Pierre leur offre l’hospitalité. Puis il part avec eux le lendemain mais l’Eglise l’accompagne par la présence de quelques frères de Joppé.
    A Césarée, la rencontre de Pierre et de Corneille se fait au milieu de ses amis rassemblés. L’auteur du livre des Actes a pris soin de ne pas utiliser le mot grec « ecclesia » qui signifierait l’Eglise. Il s’agit d’une assemblée, ce n’est pas encore l’Eglise.
    Pierre ne se justifie pas. Il explique l’enjeu de l’événement : « Je saisis que Dieu n’est pas partial. Dans toutes les nations, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10. 35). Il est l’écho de la première lettre de saint Jean lue en ce dimanche : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. » (1 Jean 4. 7). Corneille était un « craignant Dieu » et, selon la parole de sa vision, « Ta prière a été exaucée et tes aumônes je les ai remémorées. » Il peut atteindre cette connaissance de Dieu au sens plénier que lui donne la tradition biblique.
    Parce qu’ils sont bien de ceux qui aiment, ces païens peuvent recevoir à profusion le don de l’Esprit qui est l’Esprit d’amour. Ils peuvent chanter le psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ! acclamez Dieu, terre entière ! »
    L’EGLISE DE JESUS-CHRIST
    L’Esprit leur est venu de par l’initiative divine, sans l’accompagnement d’aucun geste, pas même l’imposition des mains, pas même avec cette mention soulignée lors de la Pentecôte : « Ils étaient en prière. » Par contre, ils reçoivent le baptême par un geste qui est le signe de l’appartenance à l’Eglise.
    L’attitude des divers participants de cet événement souligne qu’existe déjà une hiérarchie, non pas de commandement, mais une hiérarchie qui confirme que tout vient de Dieu. « Confirme tes frères », avait dit le Christ à Pierre. Dieu n’agit pas en marge de l’Eglise. L’Esprit ne parle pas en dehors de l’Evangile. L’Eglise entend rester fidèle à l’Esprit de Dieu. C’est cela que nous pourrions appeler la hiérarchie dans l’Eglise.
    Le centurion romain, même avec tous les mérites qu’expriment les qualificatifs mentionnés (Actes 6. 1 et 2), ne reçoit pas une révélation. Il reçoit l’ordre de faire venir quelqu’un qui lui révélera l’Evangile. Et c’est Pierre qui a reçu cette charge. Il est le garant de l’Eglise. Pierre authentifie le caractère divin de l’événement. Il fait reconnaître par l’Eglise la grandeur de l’initiative divine : c’est bien l’Esprit qui est venu.
    Il est actuellement des dérives spirituelles qui sont dues à ce refus ou à cette négligence d’inscrire nos actes et notre foi dans la foi de l’Eglise. « Nous voici devant toi pour écouter ce que le Seigneur t’a prescrit de nous dire. » (Actes 10. 33). Nous avons encore besoin aujourd’hui de cette attitude ecclésiale du centurion.
    L’Eglise est le lieu où toute initiative, apparemment humaine, prend sa valeur de grâce dans l’Esprit de Dieu. « C’est lui qui nous a aimés. » (1 Jean 4. 10). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et un fruit qui demeure. » L’Eglise authentifie que ce n’est pas une illusion personnelle. Ce que nous vivons ainsi est bien l’œuvre de Dieu.
    ***
    Notre réponse ne peut se contenter de n’être que celle qui vient de nos seuls points de vue. Elle doit reconnaître et rejoindre le don de Dieu. « Purifie-nous et nous correspondrons davantage aux sacrements de ton amour » nous fait dire la prière sur les offrandes en ce dimanche.


vendredi 27 avril 2018

  • Décès de Mgr Pierre Plateau, archevêque émérite de Bourges

    Mgr Pierre Plateau, archevêque émérite du diocèse de Bourges, de 1984 à 2000 est décédé dans sa 95ème année le jeudi 26 avril.
    Né le 10 janvier 1924, Mgr Plateau fut ordonné prêtre le 28 juin 1947 pour le diocèse de Rennes. En avril 1979, il fut nommé évêque auxiliaire du diocèse de Rennes (Ille-et-Vilaine). Il y restera jusqu’à sa nomination comme archevêque de Bourges en 1984.
    La date et le lieu des obsèques et de l’inhumation de Mgr Pierre Plateau seront connus ultérieurement.
    Ses obsèques seront célébrées par Mgr Maillard lundi 7 mai à 15h en la cathédrale de Bourges.
     

     

     

     

     

     


  • Décès de Mgr Pierre Plateau, archevêque émérite de Bourges

    Mgr Pierre Plateau, archevêque émérite du diocèse de Bourges, de 1984 à 2000 est décédé dans sa 95ème année le jeudi 26 avril.
    Né le 10 janvier 1924, Mgr Plateau fut ordonné prêtre le 28 juin 1947 pour le diocèse de Rennes. En avril 1979, il fut nommé évêque auxiliaire du diocèse de Rennes (Ille-et-Vilaine). Il y restera jusqu’à sa nomination comme archevêque de Bourges en 1984.
    La date et le lieu des obsèques et de l’inhumation de Mgr Pierre Plateau seront connus ultérieurement.
    Ses obsèques seront célébrées par Mgr Maillard lundi 7 mai à 15h en la cathédrale de Bourges.
     

     

     

     

     

     


mercredi 25 avril 2018

  • Bienheureux Louis-Édouard Cestac (1801-1868), au secours des orphelines et des prostituées

    Béatifié à Bayonne le 31 mai 2015 en présence du card. Angelo Amato, Louis-Édouard Cestac témoigne d’un souci admirable de l’autre, d’une charité en actes, d’un effort de transformation de la société. Dans la prière mariale, il confirme ses intuitions pour sortir les fillettes et les jeunes filles de la misère.
    Par Florence de Maistre

    Prêtre et pédagogue, Louis-Édouad Cestac s’attache avant tout à répondre aux besoins de son temps et aux appels des laissés pour compte de la société. Tout au long de sa vie, il n’a de cesse d’éprouver, d’expérimenter et de développer des projets d’accompagnement éducatif concrets, à la fois immédiats et durables. Son œuvre s’inscrit dans le contexte social et politique de la première moitié du XIXe siècle. Elle débute à Bayonne avec une attention particulière aux prostituées précoces, elle s’étend aux orphelines et se développe avec la création d’écoles dans les campagnes. Fruit, alors, d’un sens exemplaire du service de l’autre et de l’amour de Dieu, elle perdure aujourd’hui encore sous de nouvelles formes.
    Un enseignant passionné
    De son père, chirurgien de marine, il apprend l’obéissance. De sa mère, lui vient sûrement sa profonde piété mariale. Louis-Édouard a trois ans, les médecins n’arrivent pas à le soigner. Elle le confie, en pèlerinage, à la Vierge du sanctuaire Saint-Bernard au Boucau, où il est miraculeusement guéri ! Il révèle ses qualités de pédagogue auprès de sa sœur cadette Élise et deviendra son conseiller spirituel, avant qu’elle ne s’engage à ses côtés comme sa plus proche collaboratrice. Étudiant en théologie, il enseigne dès 1822 la musique, les mathématiques puis la philosophie au Petit séminaire de Larressore. À la fin de l’année 1825, à 24 ans, il est ordonné prêtre. Il exerce encore pendant six ans sa passion de professeur.
    Protéger l’enfant, accompagner son développement
    « Ma vie s’est passée au milieu des pauvres et des petits. Je les aime et je sens tout ce qu’on leur doit d’intérêt et d’amour » (Lettre à Louis-Napoléon Bonaparte, janv. 1852). En août 1831, l’abbé Cestac est nommé vicaire à la cathédrale de Bayonne et devient le « confesseur des pauvres ». Il mesure alors la détresse des jeunes filles, livrées à elles-mêmes, « exposées à tous les dangers » dans les rues et sur les chantiers navals à Bayonne. En juin 1836, il écrit au maire de Bayonne une lettre qui fait un état des lieux sans concession et qui rend compte de son dessein : accueillir ces jeunes enfants de 11 à 13 ans dans des conditions sanitaires satisfaisantes, leur donner une éducation pratique et religieuse, afin de prévenir dérives et risques de prostitution.
    Le mouvement du cœur se transforme en véritable projet de réhabilitation au sens moral et social. Il s’agit de donner aux enfants les moyens de s’en sortir, d’être actrices de leur propre développement en acquérant le goût du travail. L’abbé Cestac s’appuie sur des jeunes femmes bénévoles pour encadrer les premières pensionnaires. La ville de Bayonne prête la maison dite du « Grand-Paradis ». L’œuvre naissante est placée sous la protection de la Vierge Marie.
    Tenace malgré les obstacles
    « Je promis au Seigneur de travailler tous les jours de ma vie à préserver les jeunes innocentes et à retirer celles qui s’étaient perdues » (oct. 1839). Dès la fin 1837, faute de place dans les institutions spécifiques, l’abbé Cestac héberge dans le grenier du Grand-Paradis les prostituées (les Pénitentes) qui souhaitent sortir de leur condition et se convertir. Scandale, polémiques, les difficultés sont nombreuses. Mais il reçoit de la Vierge cette parole intérieure : « Ne me demande que mon esprit » et reprend confiance. En 1838, il fonde Notre-Dame du Refuge dans un domaine agricole à Anglet. « C’est le silence, le travail et la prière qui sont les moyens de régénération ; c’est la douceur, la persuasion, la bonté qui préside à la direction de la maison, car on ignore ce qu’il y a généralement de sensibilité dans un cœur dégradé », écrit-il à ses détracteurs en 1839. Amour, liberté et travail : la démarche est similaire à ce qui se vit au Grand-Paradis. Novatrice et audacieuse, elle se déploie également dans une véritable aventure agricole. En quelques années, Notre-Dame du Refuge devient une ferme modèle.
    Fonder des écoles
    En 1842, la congrégation des Servantes de Marie est fondée avec les premières « éducatrices ». Neuf ans après, la branche contemplative des Bernardines nait avec les Pénitentes qui aspirent à une vie retirée du monde. Une première communauté de sœurs se met au service d’un lycée toulousain, d’autres établissements les invitent aussi. En 1850, la loi autorise la liberté d’instruction, l’appel est plus pressant. Il s’agit de fonder des écoles pour les petites filles des communes rurales. Avant de répondre à ce nouveau défi, le P. Cestac s’assure de la formation d’institutrice des Servantes de Marie. Il s’y intéresse au point d’inventer avec une sœur le Syllabaire : une méthode d’apprentissage de la lecture et un manuel d’instruction religieuse. Aux sœurs, il recommande : « L’éducation ne pouvant se réaliser chez nous qu’avec l’instruction, répandez l’une et l’autre… » et « dans vos classes, chacune de ces chères petites, assises sur vos bancs, renferme tout un avenir et quelquefois un grand avenir » (1867).
    Élu président du comice agricole de Bayonne en 1857 et décoré de la légion d’honneur pour son action agricole et sociale en 1865, l’abbé Cestac meurt le 27 mars 1868 à Notre-Dame du Refuge, où il repose. Cette année-là les Servantes de Marie sont plus de 900, accompagnent près de 200 Pénitentes et conduisent 150 écoles. Toujours au service des plus démunis, elles œuvrent aujourd’hui en France, en Espagne, en Amérique Latine, en Afrique et en Inde. Au jour de la béatification de Louis-Édouard Cestac, le Pape François a souligné : « Son témoignage d’amour de Dieu et du prochain est pour l’Église un nouvel encouragement à vivre avec joie l’Évangile de la charité».
    À lire : Louis-Édouard Cestac, biographie par Yves Chiron, Éd. Artège (2012), préface de Mgr Marc Aillet


  • Bienheureux Louis-Édouard Cestac (1801-1868), au secours des orphelines et des prostituées

    Béatifié à Bayonne le 31 mai 2015 en présence du card. Angelo Amato, Louis-Édouard Cestac témoigne d’un souci admirable de l’autre, d’une charité en actes, d’un effort de transformation de la société. Dans la prière mariale, il confirme ses intuitions pour sortir les fillettes et les jeunes filles de la misère.
    Par Florence de Maistre

    Prêtre et pédagogue, Louis-Édouad Cestac s’attache avant tout à répondre aux besoins de son temps et aux appels des laissés pour compte de la société. Tout au long de sa vie, il n’a de cesse d’éprouver, d’expérimenter et de développer des projets d’accompagnement éducatif concrets, à la fois immédiats et durables. Son œuvre s’inscrit dans le contexte social et politique de la première moitié du XIXe siècle. Elle débute à Bayonne avec une attention particulière aux prostituées précoces, elle s’étend aux orphelines et se développe avec la création d’écoles dans les campagnes. Fruit, alors, d’un sens exemplaire du service de l’autre et de l’amour de Dieu, elle perdure aujourd’hui encore sous de nouvelles formes.
    Un enseignant passionné
    De son père, chirurgien de marine, il apprend l’obéissance. De sa mère, lui vient sûrement sa profonde piété mariale. Louis-Édouard a trois ans, les médecins n’arrivent pas à le soigner. Elle le confie, en pèlerinage, à la Vierge du sanctuaire Saint-Bernard au Boucau, où il est miraculeusement guéri ! Il révèle ses qualités de pédagogue auprès de sa sœur cadette Élise et deviendra son conseiller spirituel, avant qu’elle ne s’engage à ses côtés comme sa plus proche collaboratrice. Étudiant en théologie, il enseigne dès 1822 la musique, les mathématiques puis la philosophie au Petit séminaire de Larressore. À la fin de l’année 1825, à 24 ans, il est ordonné prêtre. Il exerce encore pendant six ans sa passion de professeur.
    Protéger l’enfant, accompagner son développement
    « Ma vie s’est passée au milieu des pauvres et des petits. Je les aime et je sens tout ce qu’on leur doit d’intérêt et d’amour » (Lettre à Louis-Napoléon Bonaparte, janv. 1852). En août 1831, l’abbé Cestac est nommé vicaire à la cathédrale de Bayonne et devient le « confesseur des pauvres ». Il mesure alors la détresse des jeunes filles, livrées à elles-mêmes, « exposées à tous les dangers » dans les rues et sur les chantiers navals à Bayonne. En juin 1836, il écrit au maire de Bayonne une lettre qui fait un état des lieux sans concession et qui rend compte de son dessein : accueillir ces jeunes enfants de 11 à 13 ans dans des conditions sanitaires satisfaisantes, leur donner une éducation pratique et religieuse, afin de prévenir dérives et risques de prostitution.
    Le mouvement du cœur se transforme en véritable projet de réhabilitation au sens moral et social. Il s’agit de donner aux enfants les moyens de s’en sortir, d’être actrices de leur propre développement en acquérant le goût du travail. L’abbé Cestac s’appuie sur des jeunes femmes bénévoles pour encadrer les premières pensionnaires. La ville de Bayonne prête la maison dite du « Grand-Paradis ». L’œuvre naissante est placée sous la protection de la Vierge Marie.
    Tenace malgré les obstacles
    « Je promis au Seigneur de travailler tous les jours de ma vie à préserver les jeunes innocentes et à retirer celles qui s’étaient perdues » (oct. 1839). Dès la fin 1837, faute de place dans les institutions spécifiques, l’abbé Cestac héberge dans le grenier du Grand-Paradis les prostituées (les Pénitentes) qui souhaitent sortir de leur condition et se convertir. Scandale, polémiques, les difficultés sont nombreuses. Mais il reçoit de la Vierge cette parole intérieure : « Ne me demande que mon esprit » et reprend confiance. En 1838, il fonde Notre-Dame du Refuge dans un domaine agricole à Anglet. « C’est le silence, le travail et la prière qui sont les moyens de régénération ; c’est la douceur, la persuasion, la bonté qui préside à la direction de la maison, car on ignore ce qu’il y a généralement de sensibilité dans un cœur dégradé », écrit-il à ses détracteurs en 1839. Amour, liberté et travail : la démarche est similaire à ce qui se vit au Grand-Paradis. Novatrice et audacieuse, elle se déploie également dans une véritable aventure agricole. En quelques années, Notre-Dame du Refuge devient une ferme modèle.
    Fonder des écoles
    En 1842, la congrégation des Servantes de Marie est fondée avec les premières « éducatrices ». Neuf ans après, la branche contemplative des Bernardines nait avec les Pénitentes qui aspirent à une vie retirée du monde. Une première communauté de sœurs se met au service d’un lycée toulousain, d’autres établissements les invitent aussi. En 1850, la loi autorise la liberté d’instruction, l’appel est plus pressant. Il s’agit de fonder des écoles pour les petites filles des communes rurales. Avant de répondre à ce nouveau défi, le P. Cestac s’assure de la formation d’institutrice des Servantes de Marie. Il s’y intéresse au point d’inventer avec une sœur le Syllabaire : une méthode d’apprentissage de la lecture et un manuel d’instruction religieuse. Aux sœurs, il recommande : « L’éducation ne pouvant se réaliser chez nous qu’avec l’instruction, répandez l’une et l’autre… » et « dans vos classes, chacune de ces chères petites, assises sur vos bancs, renferme tout un avenir et quelquefois un grand avenir » (1867).
    Élu président du comice agricole de Bayonne en 1857 et décoré de la légion d’honneur pour son action agricole et sociale en 1865, l’abbé Cestac meurt le 27 mars 1868 à Notre-Dame du Refuge, où il repose. Cette année-là les Servantes de Marie sont plus de 900, accompagnent près de 200 Pénitentes et conduisent 150 écoles. Toujours au service des plus démunis, elles œuvrent aujourd’hui en France, en Espagne, en Amérique Latine, en Afrique et en Inde. Au jour de la béatification de Louis-Édouard Cestac, le Pape François a souligné : « Son témoignage d’amour de Dieu et du prochain est pour l’Église un nouvel encouragement à vivre avec joie l’Évangile de la charité».
    À lire : Louis-Édouard Cestac, biographie par Yves Chiron, Éd. Artège (2012), préface de Mgr Marc Aillet


lundi 23 avril 2018

  • Frère Pierre-Jean, défenseur des mineurs migrants

    Dans son discours, aucune tonalité idéologique. « Vivre en étranger aide, explique-t-il simplement, à comprendre pas mal de choses ». C’est en Turquie en tant qu’étudiant Érasmus en 3ème année de Licence en Droit à l’Université Galatasaray d’Istanbul que le jeune Nordiste, né à Douai, a vécu ce renversement tout à la fois culturel et spirituel. Une expérience tellement forte qu’il lui doit sa vocation. Dans ce pays, sa rencontre avec les Salésiens l’a en effet amené à fréquenter de nombreux clandestins africains. Cet éveil à l’internationalité ainsi qu’une expérience en Afrique auprès des enfants des rues en tant que volontaire au sein de la Communauté Bondeko Ya Sika, à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, ont été déterminants.
    Suivre Don Bosco, c’était manifester auprès de tous les jeunes mineurs migrants en détresse de notre temps la même attention bienveillante que cet éducateur hors pair manifesta envers les gamins défavorisés du XIXème siècle de Turin.
    En Andalousie, durant son année de discernement dans la Congrégation, Pierre-Jean les rencontrait dans un centre d’accueil de jour, le soir dans des squats et lors de distributions alimentaires auxquels ces jeunes eux-mêmes prêtaient la main. De retour en France après son noviciat en Italie, un stage pratique l’a amené à accompagner nombre de mineurs migrants, dans une relation d’absolue confiance, dans leurs démarches auprès de consulats. Et ceci en établissant des liens entre des communautés laïques et les œuvres sociales des Salésiens, car, dit-il, « on n’entend pas faire cavalier seul en récréant des structures qui existent déjà. Notre désir c’est de rendre service ».
    Des compétences au service d’une vocation
    C’est son provincial qui lui a demandé de suivre un Master 2 en Droit des Étrangers et Migrations, le seul dans le genre, à Toulon. Afin de consacrer son talent de juriste à cette mission. Aujourd’hui frère Pierre-Jean -qui a fait ses premiers vœux en 2014- est donc chargé de mission pour les MNA (Mineurs Non Accompagnés) de la Province France-Belgique Sud- Maroc. Ces jeunes, Pierre-Jean les rencontres surtout via l’action sociale et scolaire de la Congrégation, les propositions de l’association Don Bosco Jeunes et les différentes communautés salésiennes. Un lieu, la paroisse salésienne de Lille Sud, en collaboration avec une association protestante, l’ABEJ (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse), héberge quelques-uns de ces jeunes en attente de l’évaluation de leur minorité et de leur isolement par le département du Nord. Quasiment tous les MNA sont scolarisés dans le public. Le travail de Pierre-Jean? « Faire remonter tout ce qui se vit, mutualiser les ressources, pousser les acteurs locaux à travailler en réseaux avec d’autres partenaires ». Et aussi accompagner travailleurs sociaux et communautés éducatives (enseignants, familles, élèves) afin « de les sensibiliser à tous les niveaux » car il s’agit de fournir à ces jeunes des acquisitions culturelles mais aussi sociétales (le « vivre ensemble », le rapport hommes-femmes…). « Il faut aller, plaide Pierre-Jean, au-delà du militantisme et du caritatif pour se professionnaliser afin de ne pas sauter des étapes importantes ». Afin d’aider à cette formation, il a notamment co-rédigé, dans le cadre d’un stage de quatre mois aux Apprentis d’Auteuil de Brignoles, un guide d’accompagnement juridique interdisciplinaire. De sa mallette d’animateur globe-trotter il sort également « un bel outil » destiné à des sensibilisations auprès des collèges et d’aumôneries : « Sur la route avec les migrants » (voir encadré).
    « Être avec ces jeunes mineurs migrants, témoigne Pierre-Jean, c’est aussi les confier dans ma prière. Dans le travail social que je fais chaque jour à leurs côtés, eux me renvoient vers Dieu ».

    Une sensibilisation pour rendre concret les migrations
    Imaginé à Toulon par des étudiants du Master Droit des étrangers originaires de sept pays, avec l’Association des Maisons Don Bosco et le collège Bon Accueil à Toulon, la sensibilisation « Sur la route avec les migrants » est adapté au programme de géographie et d’EMC (Enseignement Moral et Civique) des classes de quatrièmes : Interactif, il vise à mettre les jeunes dans la peau de migrants en quête de la « République de Terre Promise », 34 histoires élaborées par des jeunes du réseau salésien qui ont accepté de témoigner, permettent des jeux de rôles : « je suis un réfugié climatique », « je suis un ancien enfant des rues », etc. Des outils très concrets (passeport, récépissé de titre de séjour…) sont mis à disposition et différentes scènes sont jouées : avec des passeurs qui viennent les chercher, les forces Frontex[1] qui les bloquent, des douaniers mafieux qui se livrent à la corruption, des membres de la Cimade qui les aident à remplir leurs demandes de séjour, etc.
    La sensibilisation s’organise sur deux jours, une heure en classe afin de partir des connaissances des jeunes sur les migrations et partager le témoignage de jeunes adultes ayant été MNA, puis une phase d’expérience, sous la forme de jeu de rôle d’une heure également suivie d’une relecture (en 45 minutes) de ce qui s’est vécu.
    [1] Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’UE.


  • Frère Pierre-Jean, défenseur des mineurs migrants

    Dans son discours, aucune tonalité idéologique. « Vivre en étranger aide, explique-t-il simplement, à comprendre pas mal de choses ». C’est en Turquie en tant qu’étudiant Érasmus en 3ème année de Licence en Droit à l’Université Galatasaray d’Istanbul que le jeune Nordiste, né à Douai, a vécu ce renversement tout à la fois culturel et spirituel. Une expérience tellement forte qu’il lui doit sa vocation. Dans ce pays, sa rencontre avec les Salésiens l’a en effet amené à fréquenter de nombreux clandestins africains. Cet éveil à l’internationalité ainsi qu’une expérience en Afrique auprès des enfants des rues en tant que volontaire au sein de la Communauté Bondeko Ya Sika, à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, ont été déterminants.
    Suivre Don Bosco, c’était manifester auprès de tous les jeunes mineurs migrants en détresse de notre temps la même attention bienveillante que cet éducateur hors pair manifesta envers les gamins défavorisés du XIXème siècle de Turin.
    En Andalousie, durant son année de discernement dans la Congrégation, Pierre-Jean les rencontrait dans un centre d’accueil de jour, le soir dans des squats et lors de distributions alimentaires auxquels ces jeunes eux-mêmes prêtaient la main. De retour en France après son noviciat en Italie, un stage pratique l’a amené à accompagner nombre de mineurs migrants, dans une relation d’absolue confiance, dans leurs démarches auprès de consulats. Et ceci en établissant des liens entre des communautés laïques et les œuvres sociales des Salésiens, car, dit-il, « on n’entend pas faire cavalier seul en récréant des structures qui existent déjà. Notre désir c’est de rendre service ».
    Des compétences au service d’une vocation
    C’est son provincial qui lui a demandé de suivre un Master 2 en Droit des Étrangers et Migrations, le seul dans le genre, à Toulon. Afin de consacrer son talent de juriste à cette mission. Aujourd’hui frère Pierre-Jean -qui a fait ses premiers vœux en 2014- est donc chargé de mission pour les MNA (Mineurs Non Accompagnés) de la Province France-Belgique Sud- Maroc. Ces jeunes, Pierre-Jean les rencontres surtout via l’action sociale et scolaire de la Congrégation, les propositions de l’association Don Bosco Jeunes et les différentes communautés salésiennes. Un lieu, la paroisse salésienne de Lille Sud, en collaboration avec une association protestante, l’ABEJ (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse), héberge quelques-uns de ces jeunes en attente de l’évaluation de leur minorité et de leur isolement par le département du Nord. Quasiment tous les MNA sont scolarisés dans le public. Le travail de Pierre-Jean? « Faire remonter tout ce qui se vit, mutualiser les ressources, pousser les acteurs locaux à travailler en réseaux avec d’autres partenaires ». Et aussi accompagner travailleurs sociaux et communautés éducatives (enseignants, familles, élèves) afin « de les sensibiliser à tous les niveaux » car il s’agit de fournir à ces jeunes des acquisitions culturelles mais aussi sociétales (le « vivre ensemble », le rapport hommes-femmes…). « Il faut aller, plaide Pierre-Jean, au-delà du militantisme et du caritatif pour se professionnaliser afin de ne pas sauter des étapes importantes ». Afin d’aider à cette formation, il a notamment co-rédigé, dans le cadre d’un stage de quatre mois aux Apprentis d’Auteuil de Brignoles, un guide d’accompagnement juridique interdisciplinaire. De sa mallette d’animateur globe-trotter il sort également « un bel outil » destiné à des sensibilisations auprès des collèges et d’aumôneries : « Sur la route avec les migrants » (voir encadré).
    « Être avec ces jeunes mineurs migrants, témoigne Pierre-Jean, c’est aussi les confier dans ma prière. Dans le travail social que je fais chaque jour à leurs côtés, eux me renvoient vers Dieu ».

    Une sensibilisation pour rendre concret les migrations
    Imaginé à Toulon par des étudiants du Master Droit des étrangers originaires de sept pays, avec l’Association des Maisons Don Bosco et le collège Bon Accueil à Toulon, la sensibilisation « Sur la route avec les migrants » est adapté au programme de géographie et d’EMC (Enseignement Moral et Civique) des classes de quatrièmes : Interactif, il vise à mettre les jeunes dans la peau de migrants en quête de la « République de Terre Promise », 34 histoires élaborées par des jeunes du réseau salésien qui ont accepté de témoigner, permettent des jeux de rôles : « je suis un réfugié climatique », « je suis un ancien enfant des rues », etc. Des outils très concrets (passeport, récépissé de titre de séjour…) sont mis à disposition et différentes scènes sont jouées : avec des passeurs qui viennent les chercher, les forces Frontex[1] qui les bloquent, des douaniers mafieux qui se livrent à la corruption, des membres de la Cimade qui les aident à remplir leurs demandes de séjour, etc.
    La sensibilisation s’organise sur deux jours, une heure en classe afin de partir des connaissances des jeunes sur les migrations et partager le témoignage de jeunes adultes ayant été MNA, puis une phase d’expérience, sous la forme de jeu de rôle d’une heure également suivie d’une relecture (en 45 minutes) de ce qui s’est vécu.
    [1] Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’UE.


  • Commentaires du dimanche 29 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 29 avril 2018
    5éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 9, 26 – 31
    En ces jours-là,
    26 arrivé à Jérusalem.
    Saul cherchait à se joindre aux disciples,
    mais tous avaient peur de lui,
    car ils ne croyaient pas
    que lui aussi était un disciple.
    27 Alors Barnabé le prit avec lui
    et le présenta aux Apôtres ;
    il leur raconta comment, sur le chemin,
    Saul avait vu le Seigneur,
    qui lui avait parlé ;
    et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance
    au nom de Jésus.
    28 Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux,
    s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur.
    29 Il parlait aux Juifs de langue grecque,
    et discutait avec eux.
    Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer.
    30 Mis au courant,
    les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée,
    et le firent partir pour Tarse.
    31 L’Eglise était en paix
    dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. ;
    elle se construisait
    et elle marchait dans la crainte du Seigneur ;
    réconfortée par l’Esprit Saint
    elle se multipliait.

    SAUL, LE NOUVEAU VENU CHEZ LES CHRETIENS
    Nous entrons dans une nouvelle phase du livre des Actes des Apôtres : jusqu’ici, Luc nous racontait les débuts de l’Eglise naissante après la Pentecôte ; et Pierre et Jean étaient au centre du récit ; puis il y a eu le martyre d’Etienne et l’entrée en scène d’un tout jeune homme, Saül de Tarse. Pendant qu’on lapidait Etienne, c’est lui qui gardait les vêtements de tout le monde. C’est le même qui revient à Jérusalem, quelque temps plus tard, converti, baptisé ; évidemment, sa réputation de persécuteur le suit ; car il ne s’est pas contenté d’approuver l’exécution d’Etienne ; pendant tout un temps, qu’on n’est pas près d’oublier, il a été l’ennemi public numéro un des Chrétiens ; son activité débordait même Jérusalem, et il avait poussé le zèle jusqu’à demander au grand-prêtre un ordre de mission pour aller jusqu’à Damas, débusquer et arrêter tous les Chrétiens.
    Et donc, quand on le voit revenir et chercher à s’introduire parmi les Chrétiens, on est très méfiants ! C’est compréhensible ! Qui nous dit qu’il ne cherche pas à s’introduire pour mieux dénoncer les Chrétiens ensuite ?
    Curieusement, c’est quelqu’un dont nous avons presque oublié le nom, Barnabé, qui a joué alors le rôle indispensable de garantie de la bonne volonté de Saül et qui lui a mis le pied à l’étrier ; Barnabé, en fait, ce n’est pas son vrai nom : il s’appelle Joseph et il est Juif, lévite, originaire de Chypre ; il a visiblement bonne réputation parmi les Chrétiens puisqu’on lui a donné ce surnom de Barnabé qui veut dire « l’homme du réconfort »… ce qui est déjà quand même un beau compliment ! On sait aussi qu’il fait partie de ceux qui ont vendu leurs champs pour mettre l’argent à la disposition de la communauté. Il est certainement accueillant puisqu’il accepte rapidement de faire confiance à ce nouveau converti, Saül ; il n’était évidemment pas avec Saül sur le chemin de Damas quand celui-ci a été converti par Jésus ; mais quand Saül arrive à Jérusalem, quelques années plus tard, Barnabé le croit sur parole et accepte de plaider sa cause auprès des disciples.
    « Barnabé prit Saül avec lui et le présenta aux apôtres ; il leur raconta ce qui s’était passé : sur la route, Paul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé ; à Damas, il avait prêché avec assurance au nom de Jésus. »
    Deux fois de suite, Luc répète « Saul s’exprimait avec assurance au nom de Jésus ». Désormais il mettra au service de la foi chrétienne la même énergie et le même passion qu’il mettait jusqu’ici à la détruire. Parce que, tout d’un coup, ses yeux se sont ouverts, et tout est devenu clair pour lui.
    Il n’a pas une seconde l’impression de renier la foi de ses pères en devenant Chrétien ; au contraire ! C’est parce qu’il est Juif qu’il devient Chrétien : l’attente du peuple juif, depuis tant de siècles, voici qu’elle est comblée par Jésus.
    Quelques années plus tard, au cours de son procès, Paul dira « Les prophètes et Moïse ont prédit ce qui devait arriver et je ne dis rien de plus. » (Ac 26, 22).
    Mais ce qui lui paraît évident, désormais, ne l’est pas pour tout le monde ! Déjà, à Damas, après sa conversion, les ennuis ont commencé : les Juifs ont cherché à le tuer ; ils sont allés jusqu’à garder les portes de la ville, jour et nuit, pour qu’il ne puisse pas leur échapper. Pour finir, ses nouveaux disciples chrétiens l’ont fait descendre de nuit, le long de la muraille, dans une corbeille.1
    LES ENNUIS NE FONT QUE COMMENCER
    A Jérusalem, c’est la même chose : (on le voit bien dans le texte d’aujourd’hui ), c’est d’abord l’épreuve de se faire accepter par les Chrétiens de Jérusalem, qui se méfient de lui après son passé de persécuteur ; et dans un deuxième temps, Paul doit affronter ses frères de race, les Juifs non convertis au Christ :
    Luc nous dit « Il parlait aux Juifs de langue grecque et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. »
    Pour eux, il est un renégat, tombé dans cette secte des Chrétiens. Il faut donc recommencer à fuir. De nouveau, on voit se profiler ici les persécutions que Paul devra affronter pendant toute sa vie missionnaire : alors ses nouveaux amis chrétiens pensent plus prudent de lui faire prendre le premier bateau pour Tarse, sa ville natale, au sud de la Turquie actuelle. (C’est là que Barnabé ira le chercher quelques années plus tard, pour l’emmener à Antioche de Syrie).
    Tout ceci n’entrave pas la croissance de l’Eglise ;
    la phrase de Luc respire la tranquillité : « L’Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint. »2 Nous retrouvons ce mot de « crainte », déjà familier de l’Ancien Testament ; encore une fois, il est clair que la « crainte », au sens biblique, n’est pas de l’ordre de la peur ; elle n’empêche pas d’avancer, elle ne paralyse pas !
    « Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait »… Ce que la Bible appelle la crainte de Dieu, c’est tout simplement l’attitude de vérité de celui qui se reconnaît tout petit, mais aussi aimé et protégé par Dieu. C’est elle qui est la source de cette assurance des premiers Chrétiens qui étonnait tant leurs contemporains ; rappelez-vous, le récit de la guérison du boiteux de la Belle Porte ; quand Pierre et Jean avaient été amenés devant le tribunal qui avait bien l’intention de les intimider pour les faire taire, les juges avaient été stupéfaits : « Ils constataient l’assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu’il s’agissait d’hommes sans instruction et de gens quelconques, ils en étaient étonnés. » (Ac 4, 13).
    Paul, lui, n’est pas sans instruction ; il est Pharisien, de stricte observance, formé à l’école de Gamaliel ; mais son assurance ne lui vient pas de là ; elle lui vient tout simplement depuis qu’il a rencontré Jésus ressuscité et qu’il se laisse mener par l’Esprit Saint.
    —————————–
    Note
    1 – L’épisode de la fuite de Damas dans une corbeille le long de la muraille est raconté un peu différemment par Luc dans les Actes et par Paul dans la lettre 2ème lettre aux Corinthiens (2 Co 11, 32-33), mais il s’agit probablement du même épisode.
    2 – Ac 9, 31 : « L’Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint. » Après Ac 2, 42-47 ; 4, 32-37 ; 5, 12-16, c’est le quatrième et dernier « sommaire » des Actes, ces résumés de la vie des premières communautés qui apparaissent comme des moments privilégiés de ce que les croyants sont rendus capables de vivre, dès lors qu’ils se laissent guider par l’Esprit Saint.

    PSAUME – 21 (22), 26b-27. 28-29. 31-32
    26 Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
    27 Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
    ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent :
    « A vous, toujours, la vie et la joie ! »
    28 La terre entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR,
    chaque famille de nations se prosternera devant lui :
    29 « Oui, au SEIGNEUR la royauté,
    le pouvoir sur les nations ! »
    31 Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
    on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
    32 On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
    Voilà son oeuvre !

    LES SURPRISES DU PSAUME 21/22
    A première vue, il est quand même curieux, ce psaume 21/22 ! Il se termine par ces versets lumineux, pleins d’action de grâce que nous lisons aujourd’hui : « La terre entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR », « Et moi, je vis pour lui, ma descendance le servira » ; mais c’est lui aussi qui commence par ce cri de détresse que nous connaissons bien : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est pour le moins disparate. Et pourtant… puisqu’il s’agit bien du même psaume, il faut rechercher où est son unité. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que ce psaume, comme tous les autres, concerne le peuple tout entier : celui qui crie son désespoir au début du psaume et qui, à la fin, rend grâce, n’est autre que le peuple élu, Israël. S’il rend grâce, à la fin, c’est parce qu’il a été secouru ; mais cela ne gomme pas les souffrances passées ; on ne peut pas les oublier, elles font partie, au contraire, de l’action de grâce.
    Voici le contexte de la composition de ce psaume : nous sommes au retour de l’Exil à Babylone : en 587 av.J.C., après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, on a connu la ruine de la Ville Sainte, le saccage du Temple, les atrocités d’un siège sans merci, et l’exil loin du pays ; le mépris, les ricanements des vainqueurs qui poussent la dérision jusqu’à nous demander de leur chanter nos cantiques… Dieu avait promis d’habiter dans le Temple de Jérusalem… mais habitait-il au milieu des exilés ? Dieu avait promis, aussi, de ne jamais abandonner son peuple… mais que restait-il de ces belles promesses ? Et pourtant, pour tenir le coup, il n’y avait pas d’autre solution que de se rappeler sans fin les promesses de Dieu et son action en faveur de son peuple, depuis tant de siècles.
    Alors on a fait un voeu : si nous en réchappons, quand nous serons de retour au pays, nous reconstruirons le Temple de Jérusalem et nous irons en procession offrir un sacrifice. Et ce psaume tout entier est le chant qui accompagne la fête du retour ; elle est là, la clé de ce psaume 21/22 : « Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses ». (Sous-entendu mes promesses de fête d’action de grâce au Temple de Jérusalem). On peut donc comparer ce psaume à certains ex-voto ; dans les églises du Midi de la France, par exemple, on trouve des tableaux qui représentent de façon extrêmement réaliste un grand danger auquel on remercie Dieu ou la Vierge Marie de nous avoir fait échapper ; c’est, par exemple, le tableau d’un naufrage : des jeunes sont en train de se noyer sous les yeux horrifiés de leurs parents en prière ; dans un coin du tableau, la Sainte Vierge, dans un nuage, se penche sur tout ce petit monde : manière pour ceux qui ont fait exécuter le tableau de dire « c’est un vrai miracle, ils ont été sauvés. »
    LE PSAUME 21/22, UN EX-VOTO
    De la même façon, le psaume 21/22 commence par dire les épreuves de l’exil, et le sentiment d’abandon qu’on a ressenti :
    « Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ; même la nuit, je n’ai pas de repos… Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête… Des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure… » (versets 2-3.8.17).
    Israël ne valait pas mieux qu’un condamné à mort, un crucifié, comme on en voyait sur les routes : « Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os ». Le premier miracle de cet Exil, avant la libération, est certainement le sursaut d’espérance qu’il a suscité : là-bas, on n’a pas cessé de prier, d’espérer ; on disait : « Toi, pourtant, tu es saint, toi qui habites les hymnes d’Israël !… C’est en toi que nos pères espéraient, ils espéraient et tu les délivrais. Quand ils criaient vers toi, ils échappaient ; en toi ils espéraient et ils n’étaient pas déçus. » (versets 4-6).
    Combien de fois a-t-on répété : « Toi, Seigneur, ne sois pas loin : l’angoisse est proche, je n’ai personne pour m’aider… Ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !… Sauve-moi de la gueule du lion… » (versets 12,20,22).
    Et, tout comme Dieu avait entendu les cris de son peuple en Egypte, et suscité en Moïse l’énergie nécessaire pour le délivrer, cette fois, Dieu a entendu les cris de son peuple exilé à Babylone et il a suscité en Cyrus, le nouveau maître de l’histoire, la décision de libérer son peuple et de le renvoyer sur sa terre. Et plus l’épreuve de l’Exil a été ressentie durement, plus la joie du retour est grande. Oui, Dieu a entendu le cri des exilés. Il a répondu à leur plainte. « Ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent : A vous, toujours, la vie et la joie ! » (verset 27).
    « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR, glorifiez-le… Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte… » (verset 23)
    C’est là que commencent les versets que nous chantons aujourd’hui. Israël de retour au pays accomplit son voeu ; et comme tous ceux qui ont fait une véritable expérience de foi, les fils d’Israël veulent faire partager à tous leur action de grâce et leur émerveillement : « La terre entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR, chaque famille de nations se prosternera devant lui… On annoncera le Seigneur aux générations à venir. »
    Le Christ a certainement chanté plusieurs fois ce psaume, au cours de sa vie terrestre, avant même sa Passion ; chaque fois, il partageait à la fois les souffrances, l’espérance et l’action de grâce de son peuple ; il savait, mieux que personne, que l’humanité tout entière attend encore la libération définitive du mal et de l’angoisse devant la mort. Le dernier jour, sur la croix, il a prié ce psaume : lui qui donnait librement sa vie pour la libération définitive des multitudes trouvait encore la force, au milieu de sa douleur, d’annoncer l’oeuvre de Dieu : « On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : voilà son oeuvre ! »

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 3, 18 – 24
    18 Petits enfants,
    n’aimons pas en paroles ni par des discours,
    mais par des actes et en vérité.
    19 Voilà comment nous reconnaîtrons
    que nous appartenons à la vérité,
    et devant Dieu nous apaiserons notre coeur ;
    20 car si notre coeur nous accuse
    Dieu est plus grand que notre coeur,
    et il connaît toutes choses.
    21 Bien-aimés,
    si notre coeur ne nous accuse pas,
    nous avons de l’assurance devant Dieu.
    22 Quoi que nous demandions à Dieu,
    nous le recevons de lui,
    parce que nous gardons ses commandements,
    et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.
    23 Or, voici son commandement :
    mettre notre foi
    dans le nom de son Fils Jésus Christ,
    et nous aimer les uns les autres
    comme il nous l’a commandé.
    24 Celui qui garde ses commandements
    demeure en Dieu,
    et Dieu en lui ;
    et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous,
    puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

    LA PARABOLE DES DEUX FILS
    Premier étonnement devant ce texte : l’abondance des verbes ! « Croire, aimer, être fidèles, faire ce qui plaît à Dieu… » Pour Jean, visiblement, la foi n’est pas de l’ordre de l’opinion, elle est d’abord une manière d’être. Cela fait irrésistiblement penser à une parabole de Jésus, celle des deux fils : « Un homme avait deux fils ; s’avançant vers le premier, il lui dit : mon enfant, va donc aujourd’hui travailler à la vigne. Celui-ci lui répondit : je ne veux pas ; un peu plus tard, s’étant repenti, il y alla. S’avançant vers le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : J’y vais, Seigneur ; mais il n’y alla pas. » Et Jésus pose la question : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » Il n’est pas difficile, évidemment, de trouver la bonne réponse… (Mt 21, 28).
    C’est très clairement dans ce sens que Jean, ici, nous dit d’aimer « non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » Puisqu’au verset d’avant, il a bien précisé : « Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (1 Jn 3, 17).
    Un peu plus loin, dans cette même lettre, il répète encore : « Voici le commandement que nous avons reçu de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (1 Jn 4, 21).
    Deuxième étonnement : tout compte fait, cette leçon-là était déjà celle de tout l’Ancien Testament ; les commandements donnés par Dieu à Moïse juxtaposaient l’amour de Dieu et l’amour des frères ; les prophètes à leur tour, n’avaient rien dit d’autre ; Michée, par exemple : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que d’aimer le droit, de pratiquer la justice, et de marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6, 8).
    Jésus n’a rien changé à ce message qui semble bien être le fond de la Révélation faite à Israël : le Dieu d’amour a créé l’homme à son image et à sa ressemblance, c’est-à-dire fait pour aimer. L’étonnant, c’est non seulement que nous avons bien du mal à pratiquer cette religion-là… mais plus gravement, que nous avons bien du mal à l’admettre, tout simplement.
    A sa manière, donc, Jean nous rappelle que le fond de notre foi consiste à aimer : « En agissant ainsi, (c’est-à-dire en aimant par des actes et non par des discours) nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité ». Elle est là l’unique vérité : Dieu est amour (c’est aussi une expression de Jean dans cette lettre) et les hommes sont faits pour aimer.
    « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16).
    A LA RESSEMBLANCE DU DIEU D’AMOUR
    Saint Jean ajoute que l’amour des autres est le meilleur moyen pour avoir le coeur en paix : « Devant Dieu nous apaiserons notre coeur ; car si notre coeur nous accuse Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses. » Effectivement, celui qui consacre son temps à servir les autres est complètement décentré de lui-même ; il ne se laisse plus décourager par le spectacle de ses imperfections ; Saint Jean a peut-être bien entendu cette parabole des deux fils que nous relisions plus haut ; Jésus l’avait conclue en disant à ses interlocuteurs : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d’impôts et prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Mt 21, 31). Or, en disant cela, Jésus s’adressait à des gens très religieux, des gens dont on disait sûrement qu’ils avaient la foi, puisque Matthieu parle des grands prêtres et des anciens du peuple. On peut en déduire : une foi qui ne nous pousse pas à aimer n’est pas la foi au Dieu d’amour ; une foi qui ne nous pousse pas à faire vivre nos frères n’est pas la foi au Père des vivants.
    Chacun des évangélistes a répercuté à sa manière ce message central de la foi. Dans son évangile, Jean a été jusqu’à remplacer le récit de l’institution de l’Eucharistie par celui du lavement des pieds : « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. » (Jn 13, 13-15). Jean a retenu la leçon : ce qu’il appelle le commandement de Dieu, c’est « lavez-vous les pieds mutuellement … A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 35).
    On dira, peut-être, que c’est un objectif impossible d’aimer tout le monde ! C’est sans doute ce que Jean veut dire quand il dit que notre coeur nous accuse : notre coeur nous accuse de ne pas aimer assez ; et c’est vrai que nous mentirions si nous prétendions aimer tout le monde ; (il y aura toujours des gens qui ne nous seront pas très sympathiques) ; mais si on lit bien le texte, Dieu ne nous demande pas de ressentir de l’amour pour tout le monde… il nous demande seulement d’agir… Lui, fera le reste. Au fond, la foi qui nous est demandée, c’est de croire à son amour à lui pour tous… son amour a besoin de nos bras ; il nous suffit de miser sur son amour en faisant notre petit possible.
    Peut-être, alors, pouvons-nous comprendre cette phrase : « Si notre coeur ne nous accuse pas, nous nous tenons avec assurance devant Dieu, et tout ce que nous lui demandons, il nous l’accorde ». A partir du moment où nos gestes ne seront guidés que par l’amour, évidemment, nos prières seront en harmonie avec la volonté de Dieu qui n’est faite que d’amour… Et nous pourrons dire en vérité « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».
    ——————————
    Compléments
    Saint Jacques, dans sa lettre, dit quelque chose d’approchant : « A quoi bon, mes frères, dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas d’oeuvres. La foi peut-elle sauver dans ce cas ? Si un frère ou une soeur n’ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours et que l’un de vous leur dise : Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit, sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? De même la foi qui n’aurait pas d’oeuvres est morte dans son isolement. » (Jc 2, 14-17).
    Saint Pierre, lui, donne des exemples concrets : « Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. Mettez-vous, chacun selon le don qu’il a reçu, au service les uns des autres. » (1 P 4, 10).

    EVANGILE – selon Saint Jean 15, 1 – 8
    En ce temps-là Jésus disait à ses disciples :
    1 « Moi, je suis la vraie vigne,
    et mon Père est le vigneron.
    2 Tout sarment qui est en moi,
    mais qui ne porte pas de fruit,
    mon Père l’enlève ;
    tout sarment qui donne du fruit,
    il le purifie en le taillant,
    pour qu’il en porte davantage.
    3 Mais vous, déjà vous voici purifiés
    grâce à la parole que je vous ai dite :
    4 Demeurez en moi, comme moi en vous.
    De même que le sarment
    ne peut pas porter de fruit par lui-même
    s’il ne demeure pas sur la vigne,
    de même vous non plus,
    si vous ne demeurez pas en moi.
    5 Moi, je suis la vigne,
    et vous, les sarments.
    Celui qui demeure en moi
    et en qui je demeure,
    celui-là porte beaucoup de fruit,
    car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
    6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi,
    il est, comme le sarment, jeté dehors,
    et il se dessèche.
    Les sarments secs, on les ramasse,
    on les jette au feu, et ils brûlent.
    7 Si vous demeurez en moi,
    et que mes paroles demeurent en vous,
    demandez tout ce que vous voulez,
    et cela se réalisera pour vous.
    8 Ce qui fait la gloire de mon Père,
    c’est que vous portiez beaucoup de fruit
    et que vous soyez pour moi des disciples. »

    DIEU PLEIN DE SOLLICITUDE COMME UN VIGNERON
    Jésus prend congé des siens : nous sommes le dernier soir ; il a lavé les pieds de ses disciples, puis il leur a annoncé son départ imminent et l’envoi de l’Esprit. Curieusement, Jean ne raconte pas l’institution de l’Eucharistie : mais voici que Jésus parle de vigne et de vin dans des termes qui parlent d’Alliance. Si bien que ce texte pourrait bien être une véritable méditation eucharistique proposée par Jésus lui-même. Il ne faut pas oublier que, dans l’Ancien Testament, la vigne (parce qu’elle demande beaucoup de soins) était une image privilégiée de l’Alliance entre Dieu et Israël : Dieu étant, bien sûr, le propriétaire de la vigne et Israël le vignoble.
    Le prophète Isaïe en avait fait une sorte de parabole : « Que je chante pour mon ami, le chant du bien-aimé et de sa vigne : mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix. Au milieu, il bâtit une tour et il creusa aussi un pressoir… » (Is 5, 1).
    La fidélité de Dieu était exprimée par la sollicitude du vigneron, une sollicitude qui peut confiner à la passion. Quant à l’attitude du peuple élu, tantôt docile, tantôt infidèle, elle était représentée par la qualité du raisin : « Israël, vigne florissante, produisait du fruit à l’avenant… » (Os 10, 1). Mais il arrivait très fréquemment que les raisins soient mauvais (traduisez qu’Israël soit infidèle à l’Alliance). Or, dès qu’on cesse de pratiquer les commandements, c’est toute la vie sociale qui est perturbée.
    Alors, le vigneron se plaignait : « La vigne du SEIGNEUR le Tout-Puissant, c’est la Maison d’Israël et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait. Il en attendait le droit, et c’est l’injustice. Il en attendait la justice, et il ne trouve que le cri des malheureux…. Il en attendait de beaux raisins, il n’en eut que de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ?… » (Is 5, 1…7).
    Pourquoi cette dérive ? Parce que, bien souvent, ce sont les chefs du peuple qui l’ont entraîné au mal : voilà l’explication de Jérémie : « La foule des pasteurs a saccagé ma vigne, piétiné mon champ, fait de ce champ merveilleux un désert désolé. » (Jr 12, 10).
    Mais le vigneron, quand il s’appelle Dieu, ne peut pas se résigner au désastre de sa vigne, sous-entendu à l’échec de l’Alliance entre lui et Israël : donc il annonce qu’un jour, la vigne donnera de bons fruits : « Ce jour-là, chantez la vigne délicieuse. Moi, le SEIGNEUR, j’en suis le gardien, en tout temps je l’arrose. De peur qu’on y fasse irruption, je la garde nuit et jour… Dans les temps à venir, Jacob poussera des racines, Israël fleurira et donnera des bourgeons, il remplira le monde de ses fruits. » (Isaïe 27, 2… 6).
    LA GUERISON DE LA VIGNE
    Et, à plusieurs reprises, il avait annoncé une Nouvelle Alliance.
    Par exemple, chez Jérémie : « Des jours viennent – oracle du SEIGNEUR – où je conclurai avec la communauté d’Israël – et la communauté de Juda – une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du SEIGNEUR. Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël après ces jours là – oracle du SEIGNEUR – ; je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR ! », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n’en parle plus. » (Jr 31, 31-34).
    C’est donc tout naturellement que Jésus, qui vient pour réaliser cette nouvelle Alliance, en parle en reprenant l’image de la vigne ; il n’a même pas besoin de prononcer le mot « Alliance », tout le monde comprend : quand il développe la comparaison de la vigne, il est clair qu’il parle de l’Alliance et qu’il annonce que l’Alliance entre Dieu et les hommes se réalise en lui. « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron… Demeurez en moi, comme moi en vous… Moi, je suis la vigne, et vous les sarments »… Or ce qu’il appelle « demeurer en lui », c’est être imprégné de ses paroles : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous » ; là encore, on retrouve un thème qui semble bien courir partout : tout le problème de l’humanité est de méconnaître Dieu, de ne pas le considérer comme un Père. Un peu plus tard, ce même soir, Jésus dira encore : « Père juste, tandis que le monde ne t’a pas connu, je t’ai connu… » (Jn 17, 25).
    Quand le peuple d’Israël était infidèle à l’Alliance, c’est parce qu’il méconnaissait Dieu, et qu’il se laissait entraîner sur des fausses pistes, ce que l’Ancien Testament appelle l’idolâtrie ; Jésus, au contraire, connaît le Père, et donc vit en perpétuelle Alliance. Et quand il dit « Déjà, vous voici purifiés grâce à la Parole que je vous ai dite », il veut dire que, grâce à sa Parole, nous connaissons enfin le Père tel qu’Il est. Un Père qui nous invite tout simplement à entrer dans la fidélité de son Fils, en restant fermement greffés sur lui.


  • Commentaires du dimanche 29 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 29 avril 2018
    5éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 9, 26 – 31
    En ces jours-là,
    26 arrivé à Jérusalem.
    Saul cherchait à se joindre aux disciples,
    mais tous avaient peur de lui,
    car ils ne croyaient pas
    que lui aussi était un disciple.
    27 Alors Barnabé le prit avec lui
    et le présenta aux Apôtres ;
    il leur raconta comment, sur le chemin,
    Saul avait vu le Seigneur,
    qui lui avait parlé ;
    et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance
    au nom de Jésus.
    28 Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux,
    s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur.
    29 Il parlait aux Juifs de langue grecque,
    et discutait avec eux.
    Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer.
    30 Mis au courant,
    les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée,
    et le firent partir pour Tarse.
    31 L’Eglise était en paix
    dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. ;
    elle se construisait
    et elle marchait dans la crainte du Seigneur ;
    réconfortée par l’Esprit Saint
    elle se multipliait.

    SAUL, LE NOUVEAU VENU CHEZ LES CHRETIENS
    Nous entrons dans une nouvelle phase du livre des Actes des Apôtres : jusqu’ici, Luc nous racontait les débuts de l’Eglise naissante après la Pentecôte ; et Pierre et Jean étaient au centre du récit ; puis il y a eu le martyre d’Etienne et l’entrée en scène d’un tout jeune homme, Saül de Tarse. Pendant qu’on lapidait Etienne, c’est lui qui gardait les vêtements de tout le monde. C’est le même qui revient à Jérusalem, quelque temps plus tard, converti, baptisé ; évidemment, sa réputation de persécuteur le suit ; car il ne s’est pas contenté d’approuver l’exécution d’Etienne ; pendant tout un temps, qu’on n’est pas près d’oublier, il a été l’ennemi public numéro un des Chrétiens ; son activité débordait même Jérusalem, et il avait poussé le zèle jusqu’à demander au grand-prêtre un ordre de mission pour aller jusqu’à Damas, débusquer et arrêter tous les Chrétiens.
    Et donc, quand on le voit revenir et chercher à s’introduire parmi les Chrétiens, on est très méfiants ! C’est compréhensible ! Qui nous dit qu’il ne cherche pas à s’introduire pour mieux dénoncer les Chrétiens ensuite ?
    Curieusement, c’est quelqu’un dont nous avons presque oublié le nom, Barnabé, qui a joué alors le rôle indispensable de garantie de la bonne volonté de Saül et qui lui a mis le pied à l’étrier ; Barnabé, en fait, ce n’est pas son vrai nom : il s’appelle Joseph et il est Juif, lévite, originaire de Chypre ; il a visiblement bonne réputation parmi les Chrétiens puisqu’on lui a donné ce surnom de Barnabé qui veut dire « l’homme du réconfort »… ce qui est déjà quand même un beau compliment ! On sait aussi qu’il fait partie de ceux qui ont vendu leurs champs pour mettre l’argent à la disposition de la communauté. Il est certainement accueillant puisqu’il accepte rapidement de faire confiance à ce nouveau converti, Saül ; il n’était évidemment pas avec Saül sur le chemin de Damas quand celui-ci a été converti par Jésus ; mais quand Saül arrive à Jérusalem, quelques années plus tard, Barnabé le croit sur parole et accepte de plaider sa cause auprès des disciples.
    « Barnabé prit Saül avec lui et le présenta aux apôtres ; il leur raconta ce qui s’était passé : sur la route, Paul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé ; à Damas, il avait prêché avec assurance au nom de Jésus. »
    Deux fois de suite, Luc répète « Saul s’exprimait avec assurance au nom de Jésus ». Désormais il mettra au service de la foi chrétienne la même énergie et le même passion qu’il mettait jusqu’ici à la détruire. Parce que, tout d’un coup, ses yeux se sont ouverts, et tout est devenu clair pour lui.
    Il n’a pas une seconde l’impression de renier la foi de ses pères en devenant Chrétien ; au contraire ! C’est parce qu’il est Juif qu’il devient Chrétien : l’attente du peuple juif, depuis tant de siècles, voici qu’elle est comblée par Jésus.
    Quelques années plus tard, au cours de son procès, Paul dira « Les prophètes et Moïse ont prédit ce qui devait arriver et je ne dis rien de plus. » (Ac 26, 22).
    Mais ce qui lui paraît évident, désormais, ne l’est pas pour tout le monde ! Déjà, à Damas, après sa conversion, les ennuis ont commencé : les Juifs ont cherché à le tuer ; ils sont allés jusqu’à garder les portes de la ville, jour et nuit, pour qu’il ne puisse pas leur échapper. Pour finir, ses nouveaux disciples chrétiens l’ont fait descendre de nuit, le long de la muraille, dans une corbeille.1
    LES ENNUIS NE FONT QUE COMMENCER
    A Jérusalem, c’est la même chose : (on le voit bien dans le texte d’aujourd’hui ), c’est d’abord l’épreuve de se faire accepter par les Chrétiens de Jérusalem, qui se méfient de lui après son passé de persécuteur ; et dans un deuxième temps, Paul doit affronter ses frères de race, les Juifs non convertis au Christ :
    Luc nous dit « Il parlait aux Juifs de langue grecque et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. »
    Pour eux, il est un renégat, tombé dans cette secte des Chrétiens. Il faut donc recommencer à fuir. De nouveau, on voit se profiler ici les persécutions que Paul devra affronter pendant toute sa vie missionnaire : alors ses nouveaux amis chrétiens pensent plus prudent de lui faire prendre le premier bateau pour Tarse, sa ville natale, au sud de la Turquie actuelle. (C’est là que Barnabé ira le chercher quelques années plus tard, pour l’emmener à Antioche de Syrie).
    Tout ceci n’entrave pas la croissance de l’Eglise ;
    la phrase de Luc respire la tranquillité : « L’Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint. »2 Nous retrouvons ce mot de « crainte », déjà familier de l’Ancien Testament ; encore une fois, il est clair que la « crainte », au sens biblique, n’est pas de l’ordre de la peur ; elle n’empêche pas d’avancer, elle ne paralyse pas !
    « Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait »… Ce que la Bible appelle la crainte de Dieu, c’est tout simplement l’attitude de vérité de celui qui se reconnaît tout petit, mais aussi aimé et protégé par Dieu. C’est elle qui est la source de cette assurance des premiers Chrétiens qui étonnait tant leurs contemporains ; rappelez-vous, le récit de la guérison du boiteux de la Belle Porte ; quand Pierre et Jean avaient été amenés devant le tribunal qui avait bien l’intention de les intimider pour les faire taire, les juges avaient été stupéfaits : « Ils constataient l’assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu’il s’agissait d’hommes sans instruction et de gens quelconques, ils en étaient étonnés. » (Ac 4, 13).
    Paul, lui, n’est pas sans instruction ; il est Pharisien, de stricte observance, formé à l’école de Gamaliel ; mais son assurance ne lui vient pas de là ; elle lui vient tout simplement depuis qu’il a rencontré Jésus ressuscité et qu’il se laisse mener par l’Esprit Saint.
    —————————–
    Note
    1 – L’épisode de la fuite de Damas dans une corbeille le long de la muraille est raconté un peu différemment par Luc dans les Actes et par Paul dans la lettre 2ème lettre aux Corinthiens (2 Co 11, 32-33), mais il s’agit probablement du même épisode.
    2 – Ac 9, 31 : « L’Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint. » Après Ac 2, 42-47 ; 4, 32-37 ; 5, 12-16, c’est le quatrième et dernier « sommaire » des Actes, ces résumés de la vie des premières communautés qui apparaissent comme des moments privilégiés de ce que les croyants sont rendus capables de vivre, dès lors qu’ils se laissent guider par l’Esprit Saint.

    PSAUME – 21 (22), 26b-27. 28-29. 31-32
    26 Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
    27 Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
    ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent :
    « A vous, toujours, la vie et la joie ! »
    28 La terre entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR,
    chaque famille de nations se prosternera devant lui :
    29 « Oui, au SEIGNEUR la royauté,
    le pouvoir sur les nations ! »
    31 Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
    on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
    32 On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
    Voilà son oeuvre !

    LES SURPRISES DU PSAUME 21/22
    A première vue, il est quand même curieux, ce psaume 21/22 ! Il se termine par ces versets lumineux, pleins d’action de grâce que nous lisons aujourd’hui : « La terre entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR », « Et moi, je vis pour lui, ma descendance le servira » ; mais c’est lui aussi qui commence par ce cri de détresse que nous connaissons bien : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est pour le moins disparate. Et pourtant… puisqu’il s’agit bien du même psaume, il faut rechercher où est son unité. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que ce psaume, comme tous les autres, concerne le peuple tout entier : celui qui crie son désespoir au début du psaume et qui, à la fin, rend grâce, n’est autre que le peuple élu, Israël. S’il rend grâce, à la fin, c’est parce qu’il a été secouru ; mais cela ne gomme pas les souffrances passées ; on ne peut pas les oublier, elles font partie, au contraire, de l’action de grâce.
    Voici le contexte de la composition de ce psaume : nous sommes au retour de l’Exil à Babylone : en 587 av.J.C., après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, on a connu la ruine de la Ville Sainte, le saccage du Temple, les atrocités d’un siège sans merci, et l’exil loin du pays ; le mépris, les ricanements des vainqueurs qui poussent la dérision jusqu’à nous demander de leur chanter nos cantiques… Dieu avait promis d’habiter dans le Temple de Jérusalem… mais habitait-il au milieu des exilés ? Dieu avait promis, aussi, de ne jamais abandonner son peuple… mais que restait-il de ces belles promesses ? Et pourtant, pour tenir le coup, il n’y avait pas d’autre solution que de se rappeler sans fin les promesses de Dieu et son action en faveur de son peuple, depuis tant de siècles.
    Alors on a fait un voeu : si nous en réchappons, quand nous serons de retour au pays, nous reconstruirons le Temple de Jérusalem et nous irons en procession offrir un sacrifice. Et ce psaume tout entier est le chant qui accompagne la fête du retour ; elle est là, la clé de ce psaume 21/22 : « Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses ». (Sous-entendu mes promesses de fête d’action de grâce au Temple de Jérusalem). On peut donc comparer ce psaume à certains ex-voto ; dans les églises du Midi de la France, par exemple, on trouve des tableaux qui représentent de façon extrêmement réaliste un grand danger auquel on remercie Dieu ou la Vierge Marie de nous avoir fait échapper ; c’est, par exemple, le tableau d’un naufrage : des jeunes sont en train de se noyer sous les yeux horrifiés de leurs parents en prière ; dans un coin du tableau, la Sainte Vierge, dans un nuage, se penche sur tout ce petit monde : manière pour ceux qui ont fait exécuter le tableau de dire « c’est un vrai miracle, ils ont été sauvés. »
    LE PSAUME 21/22, UN EX-VOTO
    De la même façon, le psaume 21/22 commence par dire les épreuves de l’exil, et le sentiment d’abandon qu’on a ressenti :
    « Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ; même la nuit, je n’ai pas de repos… Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête… Des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure… » (versets 2-3.8.17).
    Israël ne valait pas mieux qu’un condamné à mort, un crucifié, comme on en voyait sur les routes : « Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os ». Le premier miracle de cet Exil, avant la libération, est certainement le sursaut d’espérance qu’il a suscité : là-bas, on n’a pas cessé de prier, d’espérer ; on disait : « Toi, pourtant, tu es saint, toi qui habites les hymnes d’Israël !… C’est en toi que nos pères espéraient, ils espéraient et tu les délivrais. Quand ils criaient vers toi, ils échappaient ; en toi ils espéraient et ils n’étaient pas déçus. » (versets 4-6).
    Combien de fois a-t-on répété : « Toi, Seigneur, ne sois pas loin : l’angoisse est proche, je n’ai personne pour m’aider… Ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !… Sauve-moi de la gueule du lion… » (versets 12,20,22).
    Et, tout comme Dieu avait entendu les cris de son peuple en Egypte, et suscité en Moïse l’énergie nécessaire pour le délivrer, cette fois, Dieu a entendu les cris de son peuple exilé à Babylone et il a suscité en Cyrus, le nouveau maître de l’histoire, la décision de libérer son peuple et de le renvoyer sur sa terre. Et plus l’épreuve de l’Exil a été ressentie durement, plus la joie du retour est grande. Oui, Dieu a entendu le cri des exilés. Il a répondu à leur plainte. « Ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent : A vous, toujours, la vie et la joie ! » (verset 27).
    « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR, glorifiez-le… Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte… » (verset 23)
    C’est là que commencent les versets que nous chantons aujourd’hui. Israël de retour au pays accomplit son voeu ; et comme tous ceux qui ont fait une véritable expérience de foi, les fils d’Israël veulent faire partager à tous leur action de grâce et leur émerveillement : « La terre entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR, chaque famille de nations se prosternera devant lui… On annoncera le Seigneur aux générations à venir. »
    Le Christ a certainement chanté plusieurs fois ce psaume, au cours de sa vie terrestre, avant même sa Passion ; chaque fois, il partageait à la fois les souffrances, l’espérance et l’action de grâce de son peuple ; il savait, mieux que personne, que l’humanité tout entière attend encore la libération définitive du mal et de l’angoisse devant la mort. Le dernier jour, sur la croix, il a prié ce psaume : lui qui donnait librement sa vie pour la libération définitive des multitudes trouvait encore la force, au milieu de sa douleur, d’annoncer l’oeuvre de Dieu : « On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : voilà son oeuvre ! »

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 3, 18 – 24
    18 Petits enfants,
    n’aimons pas en paroles ni par des discours,
    mais par des actes et en vérité.
    19 Voilà comment nous reconnaîtrons
    que nous appartenons à la vérité,
    et devant Dieu nous apaiserons notre coeur ;
    20 car si notre coeur nous accuse
    Dieu est plus grand que notre coeur,
    et il connaît toutes choses.
    21 Bien-aimés,
    si notre coeur ne nous accuse pas,
    nous avons de l’assurance devant Dieu.
    22 Quoi que nous demandions à Dieu,
    nous le recevons de lui,
    parce que nous gardons ses commandements,
    et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.
    23 Or, voici son commandement :
    mettre notre foi
    dans le nom de son Fils Jésus Christ,
    et nous aimer les uns les autres
    comme il nous l’a commandé.
    24 Celui qui garde ses commandements
    demeure en Dieu,
    et Dieu en lui ;
    et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous,
    puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

    LA PARABOLE DES DEUX FILS
    Premier étonnement devant ce texte : l’abondance des verbes ! « Croire, aimer, être fidèles, faire ce qui plaît à Dieu… » Pour Jean, visiblement, la foi n’est pas de l’ordre de l’opinion, elle est d’abord une manière d’être. Cela fait irrésistiblement penser à une parabole de Jésus, celle des deux fils : « Un homme avait deux fils ; s’avançant vers le premier, il lui dit : mon enfant, va donc aujourd’hui travailler à la vigne. Celui-ci lui répondit : je ne veux pas ; un peu plus tard, s’étant repenti, il y alla. S’avançant vers le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : J’y vais, Seigneur ; mais il n’y alla pas. » Et Jésus pose la question : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » Il n’est pas difficile, évidemment, de trouver la bonne réponse… (Mt 21, 28).
    C’est très clairement dans ce sens que Jean, ici, nous dit d’aimer « non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » Puisqu’au verset d’avant, il a bien précisé : « Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (1 Jn 3, 17).
    Un peu plus loin, dans cette même lettre, il répète encore : « Voici le commandement que nous avons reçu de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (1 Jn 4, 21).
    Deuxième étonnement : tout compte fait, cette leçon-là était déjà celle de tout l’Ancien Testament ; les commandements donnés par Dieu à Moïse juxtaposaient l’amour de Dieu et l’amour des frères ; les prophètes à leur tour, n’avaient rien dit d’autre ; Michée, par exemple : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que d’aimer le droit, de pratiquer la justice, et de marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6, 8).
    Jésus n’a rien changé à ce message qui semble bien être le fond de la Révélation faite à Israël : le Dieu d’amour a créé l’homme à son image et à sa ressemblance, c’est-à-dire fait pour aimer. L’étonnant, c’est non seulement que nous avons bien du mal à pratiquer cette religion-là… mais plus gravement, que nous avons bien du mal à l’admettre, tout simplement.
    A sa manière, donc, Jean nous rappelle que le fond de notre foi consiste à aimer : « En agissant ainsi, (c’est-à-dire en aimant par des actes et non par des discours) nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité ». Elle est là l’unique vérité : Dieu est amour (c’est aussi une expression de Jean dans cette lettre) et les hommes sont faits pour aimer.
    « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16).
    A LA RESSEMBLANCE DU DIEU D’AMOUR
    Saint Jean ajoute que l’amour des autres est le meilleur moyen pour avoir le coeur en paix : « Devant Dieu nous apaiserons notre coeur ; car si notre coeur nous accuse Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses. » Effectivement, celui qui consacre son temps à servir les autres est complètement décentré de lui-même ; il ne se laisse plus décourager par le spectacle de ses imperfections ; Saint Jean a peut-être bien entendu cette parabole des deux fils que nous relisions plus haut ; Jésus l’avait conclue en disant à ses interlocuteurs : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d’impôts et prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Mt 21, 31). Or, en disant cela, Jésus s’adressait à des gens très religieux, des gens dont on disait sûrement qu’ils avaient la foi, puisque Matthieu parle des grands prêtres et des anciens du peuple. On peut en déduire : une foi qui ne nous pousse pas à aimer n’est pas la foi au Dieu d’amour ; une foi qui ne nous pousse pas à faire vivre nos frères n’est pas la foi au Père des vivants.
    Chacun des évangélistes a répercuté à sa manière ce message central de la foi. Dans son évangile, Jean a été jusqu’à remplacer le récit de l’institution de l’Eucharistie par celui du lavement des pieds : « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. » (Jn 13, 13-15). Jean a retenu la leçon : ce qu’il appelle le commandement de Dieu, c’est « lavez-vous les pieds mutuellement … A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 35).
    On dira, peut-être, que c’est un objectif impossible d’aimer tout le monde ! C’est sans doute ce que Jean veut dire quand il dit que notre coeur nous accuse : notre coeur nous accuse de ne pas aimer assez ; et c’est vrai que nous mentirions si nous prétendions aimer tout le monde ; (il y aura toujours des gens qui ne nous seront pas très sympathiques) ; mais si on lit bien le texte, Dieu ne nous demande pas de ressentir de l’amour pour tout le monde… il nous demande seulement d’agir… Lui, fera le reste. Au fond, la foi qui nous est demandée, c’est de croire à son amour à lui pour tous… son amour a besoin de nos bras ; il nous suffit de miser sur son amour en faisant notre petit possible.
    Peut-être, alors, pouvons-nous comprendre cette phrase : « Si notre coeur ne nous accuse pas, nous nous tenons avec assurance devant Dieu, et tout ce que nous lui demandons, il nous l’accorde ». A partir du moment où nos gestes ne seront guidés que par l’amour, évidemment, nos prières seront en harmonie avec la volonté de Dieu qui n’est faite que d’amour… Et nous pourrons dire en vérité « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».
    ——————————
    Compléments
    Saint Jacques, dans sa lettre, dit quelque chose d’approchant : « A quoi bon, mes frères, dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas d’oeuvres. La foi peut-elle sauver dans ce cas ? Si un frère ou une soeur n’ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours et que l’un de vous leur dise : Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit, sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? De même la foi qui n’aurait pas d’oeuvres est morte dans son isolement. » (Jc 2, 14-17).
    Saint Pierre, lui, donne des exemples concrets : « Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. Mettez-vous, chacun selon le don qu’il a reçu, au service les uns des autres. » (1 P 4, 10).

    EVANGILE – selon Saint Jean 15, 1 – 8
    En ce temps-là Jésus disait à ses disciples :
    1 « Moi, je suis la vraie vigne,
    et mon Père est le vigneron.
    2 Tout sarment qui est en moi,
    mais qui ne porte pas de fruit,
    mon Père l’enlève ;
    tout sarment qui donne du fruit,
    il le purifie en le taillant,
    pour qu’il en porte davantage.
    3 Mais vous, déjà vous voici purifiés
    grâce à la parole que je vous ai dite :
    4 Demeurez en moi, comme moi en vous.
    De même que le sarment
    ne peut pas porter de fruit par lui-même
    s’il ne demeure pas sur la vigne,
    de même vous non plus,
    si vous ne demeurez pas en moi.
    5 Moi, je suis la vigne,
    et vous, les sarments.
    Celui qui demeure en moi
    et en qui je demeure,
    celui-là porte beaucoup de fruit,
    car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
    6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi,
    il est, comme le sarment, jeté dehors,
    et il se dessèche.
    Les sarments secs, on les ramasse,
    on les jette au feu, et ils brûlent.
    7 Si vous demeurez en moi,
    et que mes paroles demeurent en vous,
    demandez tout ce que vous voulez,
    et cela se réalisera pour vous.
    8 Ce qui fait la gloire de mon Père,
    c’est que vous portiez beaucoup de fruit
    et que vous soyez pour moi des disciples. »

    DIEU PLEIN DE SOLLICITUDE COMME UN VIGNERON
    Jésus prend congé des siens : nous sommes le dernier soir ; il a lavé les pieds de ses disciples, puis il leur a annoncé son départ imminent et l’envoi de l’Esprit. Curieusement, Jean ne raconte pas l’institution de l’Eucharistie : mais voici que Jésus parle de vigne et de vin dans des termes qui parlent d’Alliance. Si bien que ce texte pourrait bien être une véritable méditation eucharistique proposée par Jésus lui-même. Il ne faut pas oublier que, dans l’Ancien Testament, la vigne (parce qu’elle demande beaucoup de soins) était une image privilégiée de l’Alliance entre Dieu et Israël : Dieu étant, bien sûr, le propriétaire de la vigne et Israël le vignoble.
    Le prophète Isaïe en avait fait une sorte de parabole : « Que je chante pour mon ami, le chant du bien-aimé et de sa vigne : mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix. Au milieu, il bâtit une tour et il creusa aussi un pressoir… » (Is 5, 1).
    La fidélité de Dieu était exprimée par la sollicitude du vigneron, une sollicitude qui peut confiner à la passion. Quant à l’attitude du peuple élu, tantôt docile, tantôt infidèle, elle était représentée par la qualité du raisin : « Israël, vigne florissante, produisait du fruit à l’avenant… » (Os 10, 1). Mais il arrivait très fréquemment que les raisins soient mauvais (traduisez qu’Israël soit infidèle à l’Alliance). Or, dès qu’on cesse de pratiquer les commandements, c’est toute la vie sociale qui est perturbée.
    Alors, le vigneron se plaignait : « La vigne du SEIGNEUR le Tout-Puissant, c’est la Maison d’Israël et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait. Il en attendait le droit, et c’est l’injustice. Il en attendait la justice, et il ne trouve que le cri des malheureux…. Il en attendait de beaux raisins, il n’en eut que de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ?… » (Is 5, 1…7).
    Pourquoi cette dérive ? Parce que, bien souvent, ce sont les chefs du peuple qui l’ont entraîné au mal : voilà l’explication de Jérémie : « La foule des pasteurs a saccagé ma vigne, piétiné mon champ, fait de ce champ merveilleux un désert désolé. » (Jr 12, 10).
    Mais le vigneron, quand il s’appelle Dieu, ne peut pas se résigner au désastre de sa vigne, sous-entendu à l’échec de l’Alliance entre lui et Israël : donc il annonce qu’un jour, la vigne donnera de bons fruits : « Ce jour-là, chantez la vigne délicieuse. Moi, le SEIGNEUR, j’en suis le gardien, en tout temps je l’arrose. De peur qu’on y fasse irruption, je la garde nuit et jour… Dans les temps à venir, Jacob poussera des racines, Israël fleurira et donnera des bourgeons, il remplira le monde de ses fruits. » (Isaïe 27, 2… 6).
    LA GUERISON DE LA VIGNE
    Et, à plusieurs reprises, il avait annoncé une Nouvelle Alliance.
    Par exemple, chez Jérémie : « Des jours viennent – oracle du SEIGNEUR – où je conclurai avec la communauté d’Israël – et la communauté de Juda – une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du SEIGNEUR. Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël après ces jours là – oracle du SEIGNEUR – ; je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR ! », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n’en parle plus. » (Jr 31, 31-34).
    C’est donc tout naturellement que Jésus, qui vient pour réaliser cette nouvelle Alliance, en parle en reprenant l’image de la vigne ; il n’a même pas besoin de prononcer le mot « Alliance », tout le monde comprend : quand il développe la comparaison de la vigne, il est clair qu’il parle de l’Alliance et qu’il annonce que l’Alliance entre Dieu et les hommes se réalise en lui. « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron… Demeurez en moi, comme moi en vous… Moi, je suis la vigne, et vous les sarments »… Or ce qu’il appelle « demeurer en lui », c’est être imprégné de ses paroles : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous » ; là encore, on retrouve un thème qui semble bien courir partout : tout le problème de l’humanité est de méconnaître Dieu, de ne pas le considérer comme un Père. Un peu plus tard, ce même soir, Jésus dira encore : « Père juste, tandis que le monde ne t’a pas connu, je t’ai connu… » (Jn 17, 25).
    Quand le peuple d’Israël était infidèle à l’Alliance, c’est parce qu’il méconnaissait Dieu, et qu’il se laissait entraîner sur des fausses pistes, ce que l’Ancien Testament appelle l’idolâtrie ; Jésus, au contraire, connaît le Père, et donc vit en perpétuelle Alliance. Et quand il dit « Déjà, vous voici purifiés grâce à la Parole que je vous ai dite », il veut dire que, grâce à sa Parole, nous connaissons enfin le Père tel qu’Il est. Un Père qui nous invite tout simplement à entrer dans la fidélité de son Fils, en restant fermement greffés sur lui.


  • Homélie du dimanche 29 avril

    Dimanche 29 avril 2018
    5e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 9. 26 à 31 : « Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. »
    Psaume 21 : On proclamera sa justice au peuple qui va naître.
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 18 à 24 : « Dieu est plus grand que notre cœur. »
    Evangile selon saint Jean. 15. 1 à 8 : « En dehors de moi vous ne pouvez rien faire. »

    ***
    La marche de l’Eglise du Christ est comme celle du Peuple de Dieu en Israël. Elle est faite d’une avancée qui, parfois, est remise en cause parce que les hommes qui la constituent sont en effet des hommes limités, faibles et imparfaits. « Mais Dieu est plus grand que notre cœur. » L’Eglise en fait chaque jour l’expérience.
    UNE PREVENTION DIFFICILE A SURMONTER
    « Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. » Dans un premier mouvement, bien compréhensible d’ailleurs, ils ne laissent pas entrer dans leur groupe ce Paul qui, pour eux, est encore Saul. Ils ont, à son égard, quelque méfiance, même s’il veut se joindra à eux. Le texte grec nous le dit en utilisant d’ailleurs une expression que nous utilisons : « collastai » « se coller », « Il essayait de coller, de se joindre aux disciples. »
    Ils étaient méfiants, car le baptême que Paul avait reçu était la décision d’un juif devenu disciple de Jésus, vivant hors de Judée, Ananie. Cette entrée dans l’Eglise n’avait pas été faite dans l’Eglise-mère à Jérusalem et sans la prévenir, à Damas. Le verset 27 le rappelle. Vues de loin, les attitudes de Paul pouvaient paraître étranges, voire suspectes. Ne serait-ce que par son rapide revirement.
    L’autre prévention vient de ce que Paul s’adresse aux Juifs de langue grecque. S’il est bien un disciple de Jésus, la communauté de Jérusalem, qui représente une certaine tradition liée directement au ministère du Christ et au ministère apostolique, est en droit de se demander pourquoi sa prédication n’est pas coordonnée et reste extérieure à celle du groupe des autres disciples. Pourquoi a-t-il décidé de prendre une telle attitude à leur égard ?
    Il leur fallait donc une garantie. Elle leur sera donnée par Barnabé, un homme influent bien que ne faisant pas partie du groupe de ceux qui avaient suivi Jésus. Il était de Chypre. Mais il avait pour lui qu’il appartenait à la tribu de Lévi. Appartenance importante parce que les lévites sont consacrés au service du Seigneur. Juif converti, disposant de quelque fortune, il avait tout donné à l’Eglise (Actes 4. 36).
    Il ne laisse pas Paul prêcher seul. Il le prend avec lui et ainsi l’insère dans l’Église. Il le présente non pas seulement aux seuls disciples mais aux Apôtres qui sont les responsables de cette communauté. Il rappelle l’une des conditions pour être parmi les Apôtres : »Avoir connu le Seigneur et être témoin de sa résurrection. » (Actes 1. 21) Ce qui est le cas de Paul depuis le chemin de Damas.
    AVEC ASSURANCE
    Grâce à Barnabé et parce qu’il remplit cette double condition, Paul est incorporé au collège apostolique. « Paul allait et venait dans Jérusalem avec les Apôtres, prêchant avec assurance, le nom du Seigneur, » (Actes 9. 28) comme les Apôtres eux-mêmes (Actes 4. 31). Ce terme d’assurance « parrésiazesthaï » se retrouve dans Actes 14. 3 et 19.8 – Jean 7. 4 et 16. 25) Il signifie le « franc parler-, parler clairement devant tout le monde, en public, librement, de la liberté que donne le fait d’être sûr.
    Au travers de ces événements : méfiance à l’égard de Paul et influence d’un homme inattendu et hors norme, difficultés rencontrées, assurance renouvelée, etc … nous retrouvons des situations qui sont nôtres dans nos Eglises, entre elles et en chacune d’elles, quand apparaissent des hommes, des femmes ou des communautés « prophétiques ». C’est à l’Eglise de garantir leur mission.
    L’EGLISE ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE
    Cet épisode de l’introduction de Paul dans l’Eglise se termine par une présentation sommaire de la situation en ces années 40. Ce n’est pas un tableau idyllique, mais la « réalisation de la Promesse faite à nos Pères. » Une description qui est aussi une constatation : l’Esprit de Dieu assiste l’Eglise dans la Vérité qu’elle proclame (Jean 16. 12 et 13) en réalisant ce qu’annonçait les Ecritures.
    « L’Eglise était en paix dans toute la Judée… elle se construisait, elle avançait, elle se multipliait. » dans la Paix, qui accompagne la venue du Messie : « On lui donne ce nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Prince de la Paix. Etendu est son empire dans une paix infinie. » (Isaïe 9. 5 et 6)
    Elle se construisait comme se reconstruit le Temple, la reconstitution du Peuple de Dieu dans la perspective de la Nouvelle Alliance. « Je veillerai sur eux pour bâtir et planter. » (Jérémie 31. 28 à 38). Elle avançait d’une marche qui est à la fois celle de l’Exode dans le désert et celle des exilés qui retournent en Terre Sainte après l’exil. (Isaïe 40. 1 à 4)
    C’est aussi le retour au bercail évoqué dimanche dernier avec le bon pasteur.
    Elle se multipliait, non seulement parce que Dieu est le maître de toute croissance, mais parce qu’il a promis à Abraham de multiplier sa descendance comme les étoiles du ciel (Genèse 15. 5). Promesse faite par le Christ : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera beaucoup de fruit. » (Jean 15. 1 à 8) comme nous le rappelle l’évangile de ce dimanche.
    En quelques liges, nous voyons les promesses de Dieu s’accomplir dans cette petite Eglise naissante, malgré les premières persécutions et certaines dissensions toute humaines. Nous avons à les vivre aussi.
    L’ESPRIT DE DIEU REPOSE SUR ELLE
    Nous connaissons cette parole d’Isaïe que Jésus reprend pour lui-même à Nazareth : « L’Esprit de Dieu repose sur moi. » (Luc 4. 16) Quand l’auteur des Actes conclut la situation de l’Eglise par ces mots « avec l’assistance de l’Esprit-Saint », ce n’est pas une clause de style ou une pieuse mention. C’est la preuve de la continuité qui, dans l’Eglise, s’origine dans la vie même du Christ et de Dieu. La Pentecôte des Douze est désormais celle de toute la communauté, de toute l’Eglise.
    Les Apôtres en ont conscience. Ils l’ont dit par la bouche de Pierre (Actes 2. 16) qui cite explicitement le prophète Joël : « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. » (Joël 3. 1à 5). L’Esprit a bien été donné à son Eglise et son action peut être constatée. Pour désigner cette action, qui est mode de sa présence, la traduction « assistance » ne rend pas la plénitude du sens du terme grec du livre des Actes : « paraklesei » signifie à la fois présence au côté de quelqu’un, soutien, assistance, consolation.
    C’est ce même terme que Jésus avait lui-même employé au soir du Jeudi-Saint pour dire cet accompagnement de l’Eglise par l’Esprit de Vérité (Jean 14. 16 – 14. 18 – 15. 26)
    La traduction par « consolation » ne signifie pas calmer une peine ou une tristesse. Elle est la constatation que la promesse se réalisé, que le salut est un événement d’aujourd’hui. Le vieillard Siméon attendait « la consolation d’Israël » paraclèsin (Luc 2. 25) Saint Luc ajoute : « L’Esprit Saint était sur lui » comme il l’est en ces jours pour l’Eglise naissante.
    EN ACTES ET EN VERITE
    Pour Jésus au soir du Jeudi-Saint comme pour l’auteur des Actes des Apôtres, ce terme est en même temps une action de grâce dans la certitude qui est donnée à l’Eglise. Il a une signification pascale : les temps messianiques sont venus et se réalisent dans l’Eglise. Ils ne sont plus une promesse pour un futur à venir.
    Saint Jean nous l’exprime ainsi dans sa lettre citée en ce dimanche : »Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité et, devant Dieu, nous aurons le cœur en paix. »
    Nous aussi nous avons reçu l’Esprit de Vérité au jour de notre Baptême. « En actes et en vérité » ce doit être notre réponse aux paroles que le Christ adresse à ses Apôtres au soir du Jeudi-Saint, et, par delà, à tous ceux que le Père lui a donnés (Jean 17. 1 à 5). Nous avons donc à porter beaucoup de fruits : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit. » (Jean 15. 8)
    ***
    La prière sur les offrandes de ce dimanche traduit ainsi notre réponse : » Tu nous fais participer à ta propre nature divine. Puisque nous avons la connaissance de ta vérité, accorde-nous de lui être fidèle par toute notre vie. »
    A l’aujourd’hui de Dieu doit répondre l’aujourd’hui de l’homme.
     


  • Homélie du dimanche 29 avril

    Dimanche 29 avril 2018
    5e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 9. 26 à 31 : « Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. »
    Psaume 21 : On proclamera sa justice au peuple qui va naître.
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 18 à 24 : « Dieu est plus grand que notre cœur. »
    Evangile selon saint Jean. 15. 1 à 8 : « En dehors de moi vous ne pouvez rien faire. »

    ***
    La marche de l’Eglise du Christ est comme celle du Peuple de Dieu en Israël. Elle est faite d’une avancée qui, parfois, est remise en cause parce que les hommes qui la constituent sont en effet des hommes limités, faibles et imparfaits. « Mais Dieu est plus grand que notre cœur. » L’Eglise en fait chaque jour l’expérience.
    UNE PREVENTION DIFFICILE A SURMONTER
    « Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. » Dans un premier mouvement, bien compréhensible d’ailleurs, ils ne laissent pas entrer dans leur groupe ce Paul qui, pour eux, est encore Saul. Ils ont, à son égard, quelque méfiance, même s’il veut se joindra à eux. Le texte grec nous le dit en utilisant d’ailleurs une expression que nous utilisons : « collastai » « se coller », « Il essayait de coller, de se joindre aux disciples. »
    Ils étaient méfiants, car le baptême que Paul avait reçu était la décision d’un juif devenu disciple de Jésus, vivant hors de Judée, Ananie. Cette entrée dans l’Eglise n’avait pas été faite dans l’Eglise-mère à Jérusalem et sans la prévenir, à Damas. Le verset 27 le rappelle. Vues de loin, les attitudes de Paul pouvaient paraître étranges, voire suspectes. Ne serait-ce que par son rapide revirement.
    L’autre prévention vient de ce que Paul s’adresse aux Juifs de langue grecque. S’il est bien un disciple de Jésus, la communauté de Jérusalem, qui représente une certaine tradition liée directement au ministère du Christ et au ministère apostolique, est en droit de se demander pourquoi sa prédication n’est pas coordonnée et reste extérieure à celle du groupe des autres disciples. Pourquoi a-t-il décidé de prendre une telle attitude à leur égard ?
    Il leur fallait donc une garantie. Elle leur sera donnée par Barnabé, un homme influent bien que ne faisant pas partie du groupe de ceux qui avaient suivi Jésus. Il était de Chypre. Mais il avait pour lui qu’il appartenait à la tribu de Lévi. Appartenance importante parce que les lévites sont consacrés au service du Seigneur. Juif converti, disposant de quelque fortune, il avait tout donné à l’Eglise (Actes 4. 36).
    Il ne laisse pas Paul prêcher seul. Il le prend avec lui et ainsi l’insère dans l’Église. Il le présente non pas seulement aux seuls disciples mais aux Apôtres qui sont les responsables de cette communauté. Il rappelle l’une des conditions pour être parmi les Apôtres : »Avoir connu le Seigneur et être témoin de sa résurrection. » (Actes 1. 21) Ce qui est le cas de Paul depuis le chemin de Damas.
    AVEC ASSURANCE
    Grâce à Barnabé et parce qu’il remplit cette double condition, Paul est incorporé au collège apostolique. « Paul allait et venait dans Jérusalem avec les Apôtres, prêchant avec assurance, le nom du Seigneur, » (Actes 9. 28) comme les Apôtres eux-mêmes (Actes 4. 31). Ce terme d’assurance « parrésiazesthaï » se retrouve dans Actes 14. 3 et 19.8 – Jean 7. 4 et 16. 25) Il signifie le « franc parler-, parler clairement devant tout le monde, en public, librement, de la liberté que donne le fait d’être sûr.
    Au travers de ces événements : méfiance à l’égard de Paul et influence d’un homme inattendu et hors norme, difficultés rencontrées, assurance renouvelée, etc … nous retrouvons des situations qui sont nôtres dans nos Eglises, entre elles et en chacune d’elles, quand apparaissent des hommes, des femmes ou des communautés « prophétiques ». C’est à l’Eglise de garantir leur mission.
    L’EGLISE ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE
    Cet épisode de l’introduction de Paul dans l’Eglise se termine par une présentation sommaire de la situation en ces années 40. Ce n’est pas un tableau idyllique, mais la « réalisation de la Promesse faite à nos Pères. » Une description qui est aussi une constatation : l’Esprit de Dieu assiste l’Eglise dans la Vérité qu’elle proclame (Jean 16. 12 et 13) en réalisant ce qu’annonçait les Ecritures.
    « L’Eglise était en paix dans toute la Judée… elle se construisait, elle avançait, elle se multipliait. » dans la Paix, qui accompagne la venue du Messie : « On lui donne ce nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Prince de la Paix. Etendu est son empire dans une paix infinie. » (Isaïe 9. 5 et 6)
    Elle se construisait comme se reconstruit le Temple, la reconstitution du Peuple de Dieu dans la perspective de la Nouvelle Alliance. « Je veillerai sur eux pour bâtir et planter. » (Jérémie 31. 28 à 38). Elle avançait d’une marche qui est à la fois celle de l’Exode dans le désert et celle des exilés qui retournent en Terre Sainte après l’exil. (Isaïe 40. 1 à 4)
    C’est aussi le retour au bercail évoqué dimanche dernier avec le bon pasteur.
    Elle se multipliait, non seulement parce que Dieu est le maître de toute croissance, mais parce qu’il a promis à Abraham de multiplier sa descendance comme les étoiles du ciel (Genèse 15. 5). Promesse faite par le Christ : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera beaucoup de fruit. » (Jean 15. 1 à 8) comme nous le rappelle l’évangile de ce dimanche.
    En quelques liges, nous voyons les promesses de Dieu s’accomplir dans cette petite Eglise naissante, malgré les premières persécutions et certaines dissensions toute humaines. Nous avons à les vivre aussi.
    L’ESPRIT DE DIEU REPOSE SUR ELLE
    Nous connaissons cette parole d’Isaïe que Jésus reprend pour lui-même à Nazareth : « L’Esprit de Dieu repose sur moi. » (Luc 4. 16) Quand l’auteur des Actes conclut la situation de l’Eglise par ces mots « avec l’assistance de l’Esprit-Saint », ce n’est pas une clause de style ou une pieuse mention. C’est la preuve de la continuité qui, dans l’Eglise, s’origine dans la vie même du Christ et de Dieu. La Pentecôte des Douze est désormais celle de toute la communauté, de toute l’Eglise.
    Les Apôtres en ont conscience. Ils l’ont dit par la bouche de Pierre (Actes 2. 16) qui cite explicitement le prophète Joël : « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. » (Joël 3. 1à 5). L’Esprit a bien été donné à son Eglise et son action peut être constatée. Pour désigner cette action, qui est mode de sa présence, la traduction « assistance » ne rend pas la plénitude du sens du terme grec du livre des Actes : « paraklesei » signifie à la fois présence au côté de quelqu’un, soutien, assistance, consolation.
    C’est ce même terme que Jésus avait lui-même employé au soir du Jeudi-Saint pour dire cet accompagnement de l’Eglise par l’Esprit de Vérité (Jean 14. 16 – 14. 18 – 15. 26)
    La traduction par « consolation » ne signifie pas calmer une peine ou une tristesse. Elle est la constatation que la promesse se réalisé, que le salut est un événement d’aujourd’hui. Le vieillard Siméon attendait « la consolation d’Israël » paraclèsin (Luc 2. 25) Saint Luc ajoute : « L’Esprit Saint était sur lui » comme il l’est en ces jours pour l’Eglise naissante.
    EN ACTES ET EN VERITE
    Pour Jésus au soir du Jeudi-Saint comme pour l’auteur des Actes des Apôtres, ce terme est en même temps une action de grâce dans la certitude qui est donnée à l’Eglise. Il a une signification pascale : les temps messianiques sont venus et se réalisent dans l’Eglise. Ils ne sont plus une promesse pour un futur à venir.
    Saint Jean nous l’exprime ainsi dans sa lettre citée en ce dimanche : »Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité et, devant Dieu, nous aurons le cœur en paix. »
    Nous aussi nous avons reçu l’Esprit de Vérité au jour de notre Baptême. « En actes et en vérité » ce doit être notre réponse aux paroles que le Christ adresse à ses Apôtres au soir du Jeudi-Saint, et, par delà, à tous ceux que le Père lui a donnés (Jean 17. 1 à 5). Nous avons donc à porter beaucoup de fruits : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit. » (Jean 15. 8)
    ***
    La prière sur les offrandes de ce dimanche traduit ainsi notre réponse : » Tu nous fais participer à ta propre nature divine. Puisque nous avons la connaissance de ta vérité, accorde-nous de lui être fidèle par toute notre vie. »
    A l’aujourd’hui de Dieu doit répondre l’aujourd’hui de l’homme.
     


jeudi 19 avril 2018

  • L’Enseignement catholique s’invite au Panama pour les JMJ

    Du 19 janvier au 2 février 2019, une cinquantaine de jeunes de l’Enseignement catholique se rendra au Panama à l’occasion des JMJ.
    Jeunes profs, stagiaires, surveillants, infirmières scolaires etc. sont invités à rejoindre la toute première délégation JMJ nationale de l’enseignement catholique. Elle vivra le pèlerinage autour d’un parcours « Foi et Éducation ».
    Pour Joseph Herveau, Responsable national de l’Animation Pastorale du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, en charge de ce projet JMJ,  « quand on parle des jeunes dans l’Enseignement Catholique, on pense souvent aux élèves. On s’est rappelé que les JMJ, c’était pour les 16- 30 ans, ce qui concerne nos jeunes profs, les surveillants, le personnel administratif, à qui on ne propose jamais rien. On a donc lancé le pari un peu fou de partir avec tous les moins de 30 ans présents dans nos institutions. »
    Pour ces Journées Mondiales qui auront lieu en janvier, la délégation française sera composée de jeunes professionnels qui peuvent obtenir des congés en dehors des vacances scolaires. Rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama est primordial pour le secrétariat général de l’Enseignement catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance de « ne pas oublier que les adultes ont besoin d’être nourris, que la société attend beaucoup de l’école, que l’Eglise attend beaucoup de l’Enseignement Catholique. Il est donc nécessaire d’accompagner les jeunes employés dans l’Enseignement Catholique. Ils arrivent avec pleins d’idéaux, une grande générosité qui peut être éteinte par la difficulté du métier. Nous voulons aider les jeunes à vivre leur métier à l’aune de l’Evangile. Leur proposer pour ces JMJ des pistes concrètes de réflexion : comment on éduque nos élèves, comment on accueille leurs erreurs… On veut que l’Evangile soit un moteur pour les aider à exercer leur métier.»
    A l’heure où les jeunes professionnels témoignent de plus en plus d’un désir de concilier vie de Foi et vie professionnelle, l’Enseignement Catholique est un espace qui permet d’avoir une cohérence dans l’expression de ses valeurs. Pour Joseph Herveau, l’accompagnement spirituel de ces personnes qui s’apprêtent à passer une grande partie de leur vie au sein de l’Enseignement Catholique est un enjeu.  Le but de ces JMJ n’est pas seulement de faire voyager une cinquantaine de jeunes mais bel et bien de proposer la création d’une communauté qui pourrait rassembler les jeunes employés de l’Enseignement Catholique autour de réflexions communes, de temps forts etc.
    Expérience importante dans la vie de Foi des jeunes, les JMJ sont souvent perçues comme un tremplin vers de nouveaux projets. Pour les jeunes qui partiront, mais pas seulement : « On espère que ça fera du bien aux jeunes, mais aussi à leur entourage, leur collègues etc… Quand on revient des JMJ,  ça crée une dynamique, un enthousiasme, on a envie de partager, on revient chaud bouillant » se souvient Joseph Herveau en insistant toutefois sur la nécessité « d’être là pour les accompagner, pour ne pas faire retomber cet élan, être avec eux pour voir quels sont leur besoins. En prenant exemple sur le Pré-Synode des jeunes à Rome, nous ne voulons pas partir de ce qu’on pense des jeunes mais vraiment s’appuyer sur leur propre parole, sur ce qu’ils attendent. »
    Grande première donc, dans l’histoire des JMJ en France, que ce groupe de l’Enseignement catholique rejoigne la partie. Pour Joseph Herveau, pas d’inquiétude sur le succès de l’entreprise, la recette est garantie : « On est confiants, la dynamique JMJ est telle que quand on rassemble des jeunes du monde entier, il se passe forcément quelque chose de grand. »

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  • L’Enseignement catholique débarque au Panama pour les JMJ

    Du 19 janvier au 2 février 2019, une cinquantaine de jeunes de l’enseignement catholique se rendra au Panama à l’occasion des JMJ.
    Jeunes profs, stagiaires, surveillants, infirmières scolaires etc. sont invités à rejoindre la toute première délégation JMJ nationale de l’enseignement catholique. Elle vivra le pèlerinage autour d’un parcours « Foi et Éducation ».
    Pour Joseph Herveau, Responsable national de l’Animation Pastorale du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, en charge de ce projet JMJ,  « quand on parle des jeunes dans l’Enseignement Catholique, on pense souvent aux élèves. On s’est rappelé que les JMJ, c’était pour les 16- 30 ans, ce qui concerne nos jeunes profs, les surveillants, le personnel administratif, à qui on ne propose jamais rien. On a donc lancé le pari un peu fou de partir avec tous les moins de 30 ans présents dans nos institutions. »
    Pour ces Journées Mondiales qui auront lieu en janvier, la délégation française sera composée de jeunes professionnels qui peuvent obtenir des congés en dehors des vacances scolaires. L’importance de rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama a toute son importance pour le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance de « ne pas oublier que les adultes ont besoin d’être nourris, que la société attend beaucoup de l’école, que l’Eglise attend beaucoup de l’Enseignement Catholique. Il est donc nécessaire d’accompagner les jeunes employés dans l’Enseignement Catholique. Ils arrivent avec pleins d’idéaux, une grande générosité qui peut être éteinte par la difficulté du métier. Nous voulons aider les jeunes à vivre leur métier à l’aune de l’Evangile. Leur proposer pour ces JMJ des pistes concrètes de réflexion : comment on éduque nos élèves, comment on accueille leurs erreurs… On veut que l’Evangile soit un moteur pour les aider à exercer leur métier.»
    A l’heure où les jeunes professionnels témoignent de plus en plus d’un désir de concilier vie de Foi et vie professionnelle, l’Enseignement Catholique est un espace qui permet d’avoir une cohérence dans l’expression de ses valeurs. Pour Joseph Herveau, l’accompagnement spirituel de ces personnes qui s’apprêtent à passer une grande partie de leur vie au sein de l’Enseignement Catholique est un enjeu.  Le but de ces JMJ n’est pas seulement de faire voyager une cinquantaine de jeunes mais bel et bien de proposer la création d’une communauté qui pourrait rassembler les jeunes employés de l’Enseignement Catholique autour de réflexions communes, de temps forts etc.
    Expérience importante dans la vie de Foi des jeunes, les JMJ sont souvent perçues comme un tremplin vers de nouveaux projets. Pour les jeunes qui partiront, mais pas seulement : « On espère que ça fera du bien aux jeunes, mais aussi à leur entourage, leur collègues etc… Quand on revient des JMJ,  ça crée une dynamique, un enthousiasme, on a envie de partager, on revient chaud bouillant » se souvient Joseph Herveau en insistant toutefois sur la nécessité « d’être là pour les accompagner, pour ne pas faire retomber cet élan, être avec eux pour voir quels sont leur besoins. En prenant exemple sur le Pré-Synode des jeunes à Rome, nous ne voulons pas partir de ce qu’on pense des jeunes mais vraiment s’appuyer sur leur propre parole, sur ce qu’ils attendent. »
    Grande première donc, dans l’histoire des JMJ en France, que ce groupe de l’Enseignement catholique rejoigne la partie. Pour Joseph Herveau, pas d’inquiétude sur le succès de l’entreprise, la recette est garantie :  » On est confiants, la dynamique JMJ est telle que quand on rassemble des jeunes du monde entier, il se passe forcément quelque chose de grand. L’importance de rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama a toute son importance pour le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance. Rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama est primordial pour le secrétariat général de l’enseignement catholique. »

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  • L’Enseignement catholique s’invite au Panama pour les JMJ

    Du 19 janvier au 2 février 2019, une cinquantaine de jeunes de l’Enseignement catholique se rendra au Panama à l’occasion des JMJ.
    Jeunes profs, stagiaires, surveillants, infirmières scolaires etc. sont invités à rejoindre la toute première délégation JMJ nationale de l’enseignement catholique. Elle vivra le pèlerinage autour d’un parcours « Foi et Éducation ».
    Pour Joseph Herveau, Responsable national de l’Animation Pastorale du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, en charge de ce projet JMJ,  « quand on parle des jeunes dans l’Enseignement Catholique, on pense souvent aux élèves. On s’est rappelé que les JMJ, c’était pour les 16- 30 ans, ce qui concerne nos jeunes profs, les surveillants, le personnel administratif, à qui on ne propose jamais rien. On a donc lancé le pari un peu fou de partir avec tous les moins de 30 ans présents dans nos institutions. »
    Pour ces Journées Mondiales qui auront lieu en janvier, la délégation française sera composée de jeunes professionnels qui peuvent obtenir des congés en dehors des vacances scolaires. Rejoindre cette génération en lui proposant de partir au Panama est primordial pour le secrétariat général de l’Enseignement catholique. Joseph Herveau insiste sur l’importance de « ne pas oublier que les adultes ont besoin d’être nourris, que la société attend beaucoup de l’école, que l’Eglise attend beaucoup de l’Enseignement Catholique. Il est donc nécessaire d’accompagner les jeunes employés dans l’Enseignement Catholique. Ils arrivent avec pleins d’idéaux, une grande générosité qui peut être éteinte par la difficulté du métier. Nous voulons aider les jeunes à vivre leur métier à l’aune de l’Evangile. Leur proposer pour ces JMJ des pistes concrètes de réflexion : comment on éduque nos élèves, comment on accueille leurs erreurs… On veut que l’Evangile soit un moteur pour les aider à exercer leur métier.»
    A l’heure où les jeunes professionnels témoignent de plus en plus d’un désir de concilier vie de Foi et vie professionnelle, l’Enseignement Catholique est un espace qui permet d’avoir une cohérence dans l’expression de ses valeurs. Pour Joseph Herveau, l’accompagnement spirituel de ces personnes qui s’apprêtent à passer une grande partie de leur vie au sein de l’Enseignement Catholique est un enjeu.  Le but de ces JMJ n’est pas seulement de faire voyager une cinquantaine de jeunes mais bel et bien de proposer la création d’une communauté qui pourrait rassembler les jeunes employés de l’Enseignement Catholique autour de réflexions communes, de temps forts etc.
    Expérience importante dans la vie de Foi des jeunes, les JMJ sont souvent perçues comme un tremplin vers de nouveaux projets. Pour les jeunes qui partiront, mais pas seulement : « On espère que ça fera du bien aux jeunes, mais aussi à leur entourage, leur collègues etc… Quand on revient des JMJ,  ça crée une dynamique, un enthousiasme, on a envie de partager, on revient chaud bouillant » se souvient Joseph Herveau en insistant toutefois sur la nécessité « d’être là pour les accompagner, pour ne pas faire retomber cet élan, être avec eux pour voir quels sont leur besoins. En prenant exemple sur le Pré-Synode des jeunes à Rome, nous ne voulons pas partir de ce qu’on pense des jeunes mais vraiment s’appuyer sur leur propre parole, sur ce qu’ils attendent. »
    Grande première donc, dans l’histoire des JMJ en France, que ce groupe de l’Enseignement catholique rejoigne la partie. Pour Joseph Herveau, pas d’inquiétude sur le succès de l’entreprise, la recette est garantie : « On est confiants, la dynamique JMJ est telle que quand on rassemble des jeunes du monde entier, il se passe forcément quelque chose de grand. »

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lundi 16 avril 2018

  • Commentaires du dimanche 22 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 22 avril 2018
    4éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 4, 8 – 12
    En ces jours-là,
    8 Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara :
    « Chefs du peuple et anciens,
    9 nous sommes interrogés aujourd’hui
    pour avoir fait du bien à un infirme,
    et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé.
    10 Sachez-le donc, vous tous,
    ainsi que tout le peuple d’Israël :
    c’est par le nom de Jésus le Nazaréen,
    lui que vous avez crucifié
    mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
    c’est par lui que cet homme
    se trouve là devant vous, bien portant.
    11 Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs,
    mais devenue la pierre d’angle.
    12 En nul autre que lui, il n’y a de salut,
    car, sous le ciel,
    aucun autre nom n’est donné aux hommes,
    qui puisse nous sauver. »

    PIERRE ET JEAN DEVANT LE TRIBUNAL
    Luc prend soin de préciser d’entrée de jeu que Pierre était rempli de l’Esprit Saint quand il fit cette déclaration solennelle devant le Sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal. Cela veut dire premièrement, que ce que dit Pierre est particulièrement important, deuxièmement, qu’il y faut un certain courage ! Ceci se passe après la guérison d’un boiteux au Temple de Jérusalem, près de la Belle Porte : aussitôt après ce miracle, Pierre avait improvisé un discours dans lequel il disait aux Juifs qui l’écoutaient : c’est ce Jésus, crucifié par vous et ressuscité, qui vient d’opérer ce miracle sous vos yeux, par notre intermédiaire, à nous, ses apôtres. Il est vrai que vous n’avez agi que par ignorance, et Jésus lui-même vous a pardonné, à preuve sa phrase sur la croix, « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ; vous n’avez plus qu’à vous convertir à votre tour.
    Ce petit discours en a effectivement converti un certain nombre, mais il n’a pas été du goût de tout le monde ; ce qui se comprend : les mêmes qui ont décidé la mort de Jésus il n’y a pas si longtemps aimeraient bien ne plus jamais en entendre parler ! Luc raconte : « Pierre et Jean parlaient encore au peuple quand les prêtres, le commandant du Temple et les Sadducéens les abordèrent. Ils étaient excédés de les voir instruire le peuple et annoncer, dans le cas de Jésus, la résurrection des morts. Ils les firent appréhender et mettre en prison jusqu’au lendemain, car le soir était déjà venu… Le lendemain, les chefs, les anciens et les scribes qui se trouvaient à Jérusalem s’assemblèrent. Il y avait le grand-prêtre Caïphe, Hanne, Jean, Alexandre et tous les membres des familles de grands prêtres. Ils firent amener Pierre et Jean devant eux et procédèrent à leur interrogatoire : « A quelle puissance ou à quel nom avez-vous eu recours pour faire cela ? »
    Aujourd’hui, nous ne pouvons pas mesurer la gravité de cette question, parce que nous ne sommes plus dans le même contexte, mais Pierre, lui, ne peut pas s’y tromper : dans le cadre de la lutte farouche menée dans tout l’Ancien Testament contre tout ce qui pouvait ressembler à de l’idolâtrie, de la magie, de la sorcellerie, invoquer un autre nom que celui de Dieu revenait à prier un autre Dieu, c’était de l’idolâtrie, et donc cela méritait la lapidation.
    Oui, mais, justement, en invoquant le Nom de Jésus, précisément, Pierre avait conscience d’invoquer le Dieu d’Israël lui-même. Tout le problème est là, et notre texte d’aujourd’hui ne parle que de cela : c’est l’Esprit Saint lui-même qui inspire à Pierre sa réponse : « On nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que le peuple d’Israël : c’est grâce au Nom de Jésus le Nazaréen… En dehors de lui, il n’y a pas de salut. Son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver ». Pierre n’y va pas par quatre chemins ! Il reconnaît avoir invoqué le Nom de Jésus, et, ce qui revient au même, il lui décerne le titre de « sauveur », qui était strictement réservé à Dieu. Les prophètes étaient très fermes là-dessus.
    Par exemple Osée (13, 4 ; 12, 10) : « Et moi, (je suis) le SEIGNEUR ton Dieu, depuis le pays d’Egypte, moi excepté, tu ne connais pas de Dieu, et de sauveur, il n’y en a point sauf moi ». Ou Isaïe : « … Nul autre n’est Dieu, en dehors de moi ; un dieu juste et qui sauve, il n’en est pas, excepté moi » (Is 45, 21).
    LE NOM DE JESUS PEUT SAUVER LES HOMMES
    Première affirmation absolument scandaleuse de Pierre, donc, Jésus est Dieu ; il y en a une deuxième : il dit « Son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » ; à l’infirme lui-même qui tendait la main pour de l’argent, Pierre avait dit « de l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au Nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! » (Ac 3, 6). Pour des oreilles juives, c’était proprement inacceptable : le Nom de Dieu avait bien été révélé au peuple élu, mais il s’interdisait de le prononcer, par respect : parce que l’homme ne peut pas posséder Dieu.
    Voilà des juges bien embarrassés : d’un côté, cet infirme connu de tous, qui a plus de quarante ans, nous dit Luc et dont la guérison spectaculaire n’est pas contestable ; de l’autre ces forcenés qui leur font la leçon sur ce Jésus dont on se croyait débarrassé. Luc raconte : « Ils constataient l’assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu’il s’agissait d’hommes sans instruction et de gens quelconques, ils en étaient étonnés. »
    Ils reconnaissaient en eux des compagnons de Jésus, ils regardaient l’homme qui se tenait près d’eux, guéri, et ils ne trouvaient pas de riposte.
    Alors nos juges ont fait comme on fait toujours en pareil cas, ils ont renvoyé les prévenus et annoncé qu’ils allaient délibérer. C’est encore Luc qui parle : « Qu’allons-nous faire de ces gens-là, se disaient-ils. Ils sont bien les auteurs d’un miracle évident : la chose est manifeste pour toute la population de Jérusalem et nous ne pouvons pas le nier. Néanmoins il faut en limiter les suites parmi le peuple : nous allons donc les menacer pour qu’ils ne mentionnent plus ce nom devant qui que ce soit. Ils les firent alors rappeler et leur interdirent formellement de prononcer ou d’enseigner le nom de Jésus. »
    Mais rien ni personne n’a plus jamais pu faire taire les témoins du Christ. Et cela grâce à la force de l’Esprit Saint.
    Jésus le leur avait bien dit juste au moment de les quitter : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ».
    Dernière remarque : le Nom de Jésus est donné aux hommes, dit Pierre. « Chrétiens », nous portons le nom même du Christ, son Nom nous est confié ; d’où notre responsabilité d’annoncer le salut.
    —————————–
    Complément
    Au passage, Luc cite Jean à côté de Pierre, plusieurs fois, mais Jean ne dit pas un mot ; c’est Pierre qui dirige les événements ; manière de montrer que les apôtres restent unis mais que Pierre est vraiment le chef de l’Eglise naissante. Si Luc y insiste, c’est que peut-être ce n’était pas inutile !

    PSAUME – 117 (118), 1. 8-9. 21-23. 26. 28-29
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR : il est bon !
    Eternel est son amour !
    8 Mieux vaut s’appuyer sur le SEIGNEUR
    que de compter sur les hommes ;
    9 mieux vaut s’appuyer sur le SEIGNEUR
    que de compter sur les puissants !
    21 Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
    tu es pour moi le salut
    22 La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle :
    23 c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
    la merveille devant nos yeux.
    26 Béni soit au nom du SEIGNEUR celui qui vient !
    De la maison du SEIGNEUR, nous vous bénissons !
    28 Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
    mon Dieu, je t’exalte !
    29 Rendez grâce au SEIGNEUR : il est bon !
    Eternel est son amour !

    Le premier et le dernier versets sont exactement identiques : « Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon ! Eternel est son amour ! » Ces deux versets disent toute l’expérience d’Israël, la découverte qu’il a faite, grâce à la révélation par Dieu lui-même de son mystère ; un Dieu d’amour, un Dieu fidèle : il fallait bien la Révélation pour qu’on puisse oser penser une chose pareille !
    Au coeur de la méditation de ce psaume, nous retrouvons encore une fois cette phrase que nous connaissons bien : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux. » Pour commencer, Jésus lui-même a cité cette phrase quelque temps avant sa Passion : ce qui veut dire qu’elle lui paraissait éclairer un aspect de son propre mystère.
    JESUS, PIERRE ANGULAIRE
    Cela se passait au cours d’une de ses discussions avec les grands prêtres et les anciens : il leur avait raconté une parabole, celle qu’on appelle des « vignerons homicides » (Mt 21, 33-46) : « Il était une fois un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour » ; pour les interlocuteurs de Jésus, tous ces détails étaient d’une très grande importance ; ils disaient tout de suite de quelle vigne Jésus voulait parler. Car Isaïe avait employé exactement ces mots-là pour parler du peuple d’Israël. Et le propriétaire représentait Dieu, bien sûr. Dans la parabole d’Isaïe, le propriétaire se plaignait parce que, malgré tous ses soins, cette vigne ne donnait rien. Jésus reprend cette parabole, mais il y ajoute un nouveau chapitre : le propriétaire a confié sa vigne à des vignerons et il est parti en voyage. Ce qui prouve, déjà, qu’il faisait confiance. Quand est arrivé le temps des fruits, il a envoyé ses serviteurs réclamer son dû aux vignerons. Mais les vignerons ont empoigné les serviteurs ; ils ont battu à mort le premier, tué le second, lapidé le troisième ; qu’a fait le maître ? Il a envoyé d’autres serviteurs, plus nombreux, mais ils ont subi le même sort ; finalement, le propriétaire a envoyé son propre Fils ; lui, quand même, les vignerons le respecteraient, pensait-il. Au contraire, les vignerons l’ont tué, lui aussi, justement parce qu’il était le fils et donc l’héritier.
    Comme souvent, à la fin d’une parabole, Jésus pose une question à ses auditeurs : à votre avis, que va faire maintenant le maître de la vigne ? Réponse évidente : il va traiter ces premiers vignerons comme ils le méritent et confier sa vigne à d’autres ; alors Jésus enchaîne : « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR : Quelle merveille à nos yeux. » C’est la citation littérale de notre psaume d’aujourd’hui. Mais Jésus continue : Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. » Cette pierre angulaire est donc à double tranchant, si l’on peut dire : précieuse pour les uns, qui peuvent s’y appuyer, et on parle alors d’oeuvre merveilleuse de Dieu, elle est redoutable pour les autres. En matière de construction, c’est logique : la pierre inutilisée restée sur le chantier devient un obstacle sur lequel on trébuche.
    Les pierres utilisées pour la construction du mur du Temple de Jérusalem sont absolument gigantesques : c’est dire leur solidité, mais aussi le danger qu’elles représentent pour celui qui trébuche dessus.
    CROIRE OU NE PAS CROIRE, TOUT EST LA
    Isaïe, déjà, employait cette image pour parler de Dieu : « C’est le SEIGNEUR, le tout-puissant que vous tiendrez pour saint, c’est lui que vous craindrez, c’est lui que vous redouterez. Il sera (à la fois) un sanctuaire pour vous (c’est-à-dire lieu de protection pour les fidèles) et une pierre que l’on heurte, et un rocher où l’on trébuche… Beaucoup y trébucheront, tomberont, se briseront… » (Is 8, 13-14). Il veut dire par là que Dieu est source de vie pour les croyants, mais que ceux qui le méprisent font leur propre malheur.
    On retrouve là, d’une certaine manière, un thème très habituel de la Bible : il y a deux chemins possibles dans la vie : celui qui nous mène à Dieu et le chemin opposé ; et le propre d’un chemin, c’est qu’il va quelque part si on prend la bonne direction, chaque pas nous rapproche du but ; si on se trompe au carrefour, chaque pas nous éloigne du but ; ceux qui ont accepté de croire en Jésus, qui l’ont « reçu », comme dit l’évangile de Jean, grandissent tous les jours dans la paix, la lumière, la connaissance de Dieu. Ceux qui, au contraire, et par ignorance, tout simplement, ont refusé de croire, sont entraînés dans un aveuglement croissant. Dans le texte des Actes des Apôtres de ce dimanche, par exemple, il est frappant de voir comme les autorités religieuses de Jérusalem s’enferrent et, après avoir liquidé Jésus, ne songent qu’à faire taire ses disciples sans accepter de laisser remettre en question leurs certitudes, même quand les miracles leur crèvent les yeux.
    Pour ceux qui ont accepté de croire, au contraire, tout est devenu lumineux, l’Esprit Saint les a ouverts peu à peu à l’intelligence des Ecritures. Déchiffrant le dessein de Dieu qui se réalise peu à peu dans l’histoire des hommes, ils peuvent dire : « Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon ! Eternel est son amour ! »
    ——————————
    Complément
    Dans les trois évangiles synoptiques qui rapportent la parabole des vignerons homicides, celle-ci est située très peu après l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, celle où toute la foule l’a acclamé comme le Messie, alors que les chefs des prêtres restaient de marbre. Ce sont eux, les humbles qui seront les nouveaux vignerons, eux qui ont su reconnaître le Fils alors que ceux à qui la vigne avait été confiée en premier l’ont tué.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 3, 1 – 2
    Bien-aimés,
    1 voyez quel grand amour nous a donné le Père
    pour que nous soyons appelés enfants de Dieu,
    – et nous le sommes -.
    Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas :
    c’est qu’il n’a pas connu Dieu.
    2 Bien-aimés,
    dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
    mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
    Nous le savons : quand cela sera manifesté,
    nous lui serons semblables
    car nous le verrons tel qu’il est.

    LES DEUX SENS DU MOT MONDE
    Je m’arrête sur la phrase : « Le monde ne peut pas nous connaître ». Pour la comprendre, il faut se souvenir que, pour Jean, le mot « monde » (cosmos en grec) a deux sens : parfois, il vise le monde que Dieu aime de toute éternité et qu’il veut sauver. Parfois, il vise tout ce qui est hostile ou au moins imperméable à Dieu.
    Dans son évangile, par exemple, Jean nous rapporte ce que Jésus a dit à ses disciples le soir du Jeudi Saint à propos du monde : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait ; mais vous n’êtes pas du monde : c’est moi qui vous ai mis à part du monde et voilà pourquoi le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi ; s’ils ont épié ma parole, ils épieront aussi la vôtre. Tout cela, ils vous le feront à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. » (Jn 15, 18-21). Manière de dire : Il n’y a pas de raison que les disciples soient mieux traités que le maître.
    C’est dire les rapports inévitablement très ambigus entre Jésus et le monde, puis entre les Chrétiens et le monde. D’une part, Jésus est venu pour sauver le monde ; et l’Eglise, à son tour, n’a pas d’autre raison d’être que de se mettre au service du monde ; et donc, il faut commencer par aimer le monde. D’autre part, Jésus puis ses disciples sont « à part » du monde et nécessairement méconnus, haïs, persécutés par le monde. Je reprends ces deux points :
    Premièrement, Jésus est venu dans le monde pour le sauver ; le salut consistant à connaître le vrai visage de Dieu ; c’est le sens de la parole de Jésus à Pilate « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Et si Dieu veut sauver le monde, c’est parce qu’il l’aime : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16). Jean, dans la suite de sa première lettre, répète : « Voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4, 9). Et Jésus accepte d’aller jusqu’au bout pour que le monde découvre cet amour du Père ; dans sa prière, le dernier soir, il dit son grand désir : « Que le monde puisse connaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17, 23). Donc Dieu aime le monde et veut son salut ; Jésus aime le monde et veut son salut ; j’ai envie de dire : vous voyez ce qu’il nous reste à faire !
    Saint Augustin disait : « Etends ta charité sur le monde entier, si tu veux aimer le Christ ; parce que les membres du Christ sont étendus sur le monde… Le Christ, lui, aime son corps. »… Et le Père Teilhard de Chardin disait : « On ne convertit que ce qu’on aime. »
    OSER RAMER A CONTRE-COURANT
    Mais, deuxièmement, aimer quelqu’un, on le sait bien, ne veut pas dire être toujours d’accord avec ses agissements ! Aimer le monde consistera justement parfois à oser le contredire. Et le mot « monde », alors, chez Saint Jean, vise certains agissements, ce que Paul appellerait l’attitude d’Adam, la manière de vivre de ceux qui s’éloignent de Dieu.
    « Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu » (Jn 1, 10).
    Et la distance se creuse de plus en plus entre l’Envoyé de Dieu et le monde qui le refuse. Le dernier soir, encore, Jésus a bien prévenu : « Je vous ai dit tout cela afin que vous ne succombiez pas à l’épreuve. On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr aura le sentiment de présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. » (Jn 16, 2-3). Et il continue : « Désormais je ne suis plus dans le monde… ils (les disciples) ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde… » (Jn 17, 11-18). Dans ce sens-là, non pas d’un mépris des hommes, mais du courage de témoigner, Jean a dit un peu plus haut, dans cette lettre que nous lisons aujourd’hui : « N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui, puisque tout ce qui est dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, la confiance orgueilleuse dans les biens – ne vient pas du Père, mais provient du monde. Or le monde passe, lui et sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure à jamais. » (1 Jn 2, 15-17). Et Jésus a dit dans le même sens « En ce monde, vous faites l’expérience de l’adversité, mais soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
    Autrement dit, le jour vient où, enfin, le monde saura, acceptera de croire à l’amour de Dieu, et où les hommes se conduiront en fils de Dieu et en frères les uns des autres. Parce que c’est bien cela le dernier mot de toute l’histoire humaine. Comme dit Paul : « J’estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu… elle garde l’espérance… car elle aura part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 19-21).
    En attendant, il y a ceux qui ont cru en Jésus-Christ et ceux qui, encore, s’y refusent. Comme dit Jean dans le prologue de son évangile : « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Ceux-là, dès maintenant, sont conduits par l’Esprit de Dieu et cet esprit leur apprend à traiter Dieu comme leur Père. « Dieu a envoyé dans nos coeurs l’esprit de son Fils qui crie Abba, Père ! » (Ga 4, 4).
    C’est le sens de l’expression « connaître le Père » chez Saint Jean ; c’est le reconnaître comme notre Père, plein de tendresse et de miséricorde, comme disait déjà l’Ancien Testament. A ceux qui ne le connaissent pas encore, c’est-à-dire qui ne voient pas encore en lui leur Père, il nous appartient de le révéler par notre parole et par nos actes. Alors, quand le Fils de Dieu paraîtra, l’humanité tout entière sera transformée à son image. Oui, vraiment, il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés !

    EVANGILE – selon Saint Jean 10, 11 – 18
    En ce temps-là, Jésus déclara :
    11 « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger,
    qui donne sa vie pour ses brebis.
    12 Le berger mercenaire n’est pas le pasteur,
    les brebis ne sont pas à lui :
    s’il voit venir le loup,
    il abandonne les brebis et s’enfuit ;
    le loup s’en empare et les disperse.
    13 Ce berger n’est qu’un mercenaire,
    et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.
    14 Moi, je suis le bon pasteur ;
    je connais mes brebis,
    et mes brebis me connaissent,
    15 comme le Père me connaît,
    et que je connais le Père ;
    et je donne ma vie pour mes brebis.
    16 J’ai encore d’autres brebis,
    qui ne sont pas de cet enclos :
    celles-là aussi, il faut que je les conduise.
    Elles écouteront ma voix :
    il y aura un seul troupeau
    et un seul pasteur.
    17 Voici pourquoi le Père m’aime :
    parce que je donne ma vie,
    pour la recevoir de nouveau.
    18 Nul ne peut me l’enlever :
    je la donne de moi-même.
    J’ai le pouvoir de la donner,
    j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau :
    voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

    DIEU COMME UN BERGER POUR SON PEUPLE
    Cette comparaison du berger nous parle évidemment moins qu’aux contemporains de Jésus ; elle nous parle d’autant moins que qui dit berger dit troupeau, or nous ne rêvons pas d’être comparés à un troupeau ! Nous ne trouvons pas le terme très flatteur ; mais il faut nous replacer dans le contexte biblique :
    A l’époque biblique, le troupeau était peut-être la seule richesse de son propriétaire ; il n’y a qu’à voir comment le livre de Job décrit l’opulence puis la déchéance de son héros. Cela se chiffre en nombre d’enfants, d’abord, puis en nombre de bêtes, tout de suite après : « Il y avait au pays de Ouç un homme du nom de Job. Il était, cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s’écartait du mal. Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il possédait sept mille moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de boeufs, cinq cents ânesses et une nombreuse domesticité. Cet homme était le plus grand des fils de l’Orient. » Et quand on vient annoncer à Job tous les malheurs qui s’abattent sur lui, cela concerne ses troupeaux et ses enfants.
    Déjà d’Abraham, on disait « Abram était riche en troupeaux, en argent et en or » (Gn 13, 2). Première remarque : si les troupeaux sont considérés comme une richesse, nous pouvons oser penser que Dieu nous considère comme une de ses richesses. Ce qui est quand même une belle audace sur le plan théologique ! Dieu est donc habituellement comparé à un berger, dont le troupeau est le peuple d’Israël ; par exemple : « Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer… » (Ps 22/23).
    « Berger d’Israël, écoute, toi qui conduis ton troupeau, resplendis… » (Ps 79/80).
    Cette image du berger dit la sollicitude de Dieu qui rassemble son peuple ; et, très souvent, ce thème du berger est associé à l’expérience de l’Exode, la libération d’Egypte ; on sait bien que c’est grâce à Dieu, et à lui seul, qu’on peut parler de peuple ! Sans lui, on ne s’en serait jamais sortis. Par exemple, le psaume 94/95 affirme : « Oui, il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main ».
    LE ROI, BERGER A L’IMAGE DE DIEU
    Son troupeau, Dieu le confie à des lieutenants (tenant-lieu) ; dans cette optique, les rois d’Israël sont comparés à leur tour à des bergers ; et toute une idéologie de la royauté va se développer sur ce thème-là : faite à la fois de sollicitude et de fermeté. Car un berger sérieux sait faire preuve des deux : c’est avec le même bâton, son bâton de marcheur, qu’il guide et rassemble les brebis qui ont du mal à suivre, mais aussi qu’il éloigne les indésirables, qu’il sépare les brebis et les boucs… et qu’il chasse les bêtes sauvages qui menacent le troupeau. Et l’on sait bien que, primitivement, le sceptre des rois était un bâton de berger. Vers 1750 av.J.C. le fameux roi Hammourabi de Babylone se comparait déjà, lui aussi, à un berger, et disait « je suis le berger qui sauve et dont le sceptre est juste ».
    Malheureusement, il y a les rêves, l’idéal, et puis la réalité… les rois d’Israël, comme bien d’autres ont trop souvent failli à leur mission, ils ont oublié qu’ils n’étaient que des lieu-tenants de Dieu et ils ont recherché leur propre intérêt et non celui de leur peuple. Au lieu de veiller sur leur troupeau, ils se sont préoccupés d’eux-mêmes, de leur richesse, de leur honneur, de leur grandeur ; et au lieu de faire régner la justice dans le pays, ils ont laissé s’installer l’injustice au profit de l’opulence des uns, au risque de la misère des autres. Les prophètes ont des paroles très dures pour eux : « Malheur aux bergers d’Israël qui se paissent eux-mêmes ! N’est-ce pas le troupeau que les bergers doivent paître ? » (Ez 34, 2).
    LE MESSIE SERA UN BERGER DIGNE DE DIEU
    Mais, à travers ou malgré toutes les déceptions, les croyants ne perdent jamais l’espérance ; puisque le vrai berger d’Israël, c’est Dieu lui-même, et puisque Dieu est fidèle, on sait qu’on est en bonnes mains. Et on attend le roi idéal, celui qui gardera le troupeau au nom de Dieu, qui sera un instrument docile dans la main de Dieu. Par exemple, dans le livre d’Ezéchiel : « Moi-même je ferai paître mon troupeau, moi-même le ferai coucher, dit Dieu. La bête perdue, je la chercherai ; celle qui se sera écartée, je la ferai revenir ; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ; la malade, je la fortifierai. » (Ez 34, 16).
    Donc, quand Jésus s’attribue le titre de Bon Pasteur, cela revient exactement à dire « Je suis le Messie, celui que vous attendiez ; le Sauveur, c’est moi ». D’ailleurs, ses interlocuteurs ne s’y sont pas trompés ; puisque Saint Jean note dans les versets suivants que cette déclaration a provoqué à nouveau la division parmi les Juifs. Les prêtres et les chefs du peuple ont très bien compris derrière les propos de Jésus une attaque à peine déguisée contre eux qui sont les pasteurs en titre du troupeau qui leur a été confié par Dieu. Plus tard, les Chrétiens découvriront ce qu’Ezéchiel ne pouvait pas encore deviner : que, réellement, le Messie serait non seulement un lieu-tenant de Dieu mais le Fils de Dieu lui-même. Son sceptre à lui, c’est sa croix : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 32).
    —————————-
    Compléments
    Jésus (berger donnant librement sa vie) répond bien au portrait du Serviteur dessiné par Isaïe
    Je donne ma vie pour mes brebis
    Jean a retenu avec soin toutes les phrases de son maître qui disaient sa détermination à donner sa vie pour son troupeau : « Je donne ma vie… Personne n’a pu me l’enlever : je la donne de moi-même. » (Jn 10, 18). Jean souligne ici la liberté de Jésus ; la liberté n’est-elle pas le premier attribut d’un roi ? Voilà bien, nous dit Jean, le roi que l’on attendait, non pas le roi que nous présentent les magazines, mais celui qui sera prêt à tout pour sauver son peuple. Décidément, les vues de Dieu ne sont pas les nôtres !
    Jean le notera encore au moment de l’arrestation de Jésus « Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver » ; Jn 18, 4) et, au sein même du récit de la Passion, il note l’attitude souverainement libre de Jésus (19, 28).
    Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur
    Cet horizon est loin d’être atteint, nous ne le savons que trop. Il ne l’était pas non plus lorsque Jean a écrit son évangile et pourtant, il a osé l’affirmer. Depuis la Résurrection, il sait que plus rien ne pourra empêcher ces promesses de Jésus de s’accomplir.


  • Homélie du dimanche 22 avril

    Dimanche 22 avril 2018
    4e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 4. 8 à 12 : «En dehors de lui, il n’y a pas de salut ».
    Psaume 117 « Il est devenu la pierre d’angle. »
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 1 à 12 : « Nous serons semblables à lui. »
    Evangile selon saint Jean . 10. 11 à 18 : «J’ai le pouvoir de donner la vie. »

    ***
    QUI DONC EST-IL POUR NOUS ?
    Malgré leurs apparentes différences, les textes de ce dimanche présentent une unité certaine si nous les lisons à la lumière de la personnalité de Jésus, comme les apôtres veulent en faire pressentir l’infinie richesse aux Juifs et aux premiers chrétiens.
    Ces Juifs attendent le Messie. Certains avaient espéré que Jésus pouvait être l’un des sauveurs de cette période qui connaissait tant de rébellion contre l’occupant romain. Ils sont décontenancés par ce qu’en disent Pierre et les autres disciples : « Il est le seul qui puisse nous sauver ». Or il ne l’a pas fait. Le salut qu’apporte Jésus ne correspond ni à leur espérance libération terrestre ni à la figure du Messie qu’ils ont élaborée au travers des Ecritures.
    Le communauté chrétienne, elle, a approfondi la révélation qu’elle a reçue. Mais ses attentes ont encore besoin d’être élargies, approfondies et purifiées.
    Il en est de même pour nous, dans notre vie et tout au long du déroulement de notre vie. Le Christ semble parfois loin de nos préoccupations immédiates qui souhaitent et attendent la réalisation d’une société plus juste. Saint Jean a besoin de rappeler que l’essentiel n’est pas exactement ce dont nous rêvons humainement parlant : «Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. »
    Il n’hésite pas à reprendre les termes même de Dieu au jour de la création d’Adam et Eve (Genèse 1. 26) « Nous serons semblables à lui. » Non pas en raison de nos propres forces, mais « parce que nous le verrons tel qu’il est. »
    La mission de Jésus est de nous réintroduire dans le « Paradis Perdu », de nous conduire auprès du Père parce qu’il est le berger authentique. Son amour en est la garantie : «Le Père m’aime parce que je donne ma vie … je donne ma vie pour mes brebis. » Il n’y a là aucun appétit de puissance. Il n’y a qu’un débordement d’amour : «Eternel est son amour… mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur. »
    L’oraison qui ouvre la liturgie de ce dimanche est claire dans sa simplicité : «Guide-nous jusqu’au bonheur du ciel. Que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son pasteur est entré victorieux. »
    PAR DELA UNE VISION IMMEDIATE
    Fréquemment, dans l’Ancien Testament, il est dit que Dieu est le berger de son Peuple (Genèse 49. 24 – Jérémie 31. 10 – Michée 7. 14, etc …) Cette comparaison s’enracine dès le début de l’histoire sainte, parce que le peuple choisi était un peuple de bergers nomades qui sont en marche vers la Terre Promise, depuis Abraham et son départ d’Ur en Chaldée, depuis Moïse le berger qui reçoit la révélation au Buisson ardent dans le désert, depuis David le petit berger de Bethléem.
    La parabole du pasteur, pour Jésus, mène plus loin que la reprise de ce thème biblique. Il n’est pas seulement un conducteur de son peuple. Il est plus que cela. Entre le Père et Jésus, la réciprocité d’amour est telle qu’elle devient source de vie, parce qu’en lui, le commandement et la liberté s’identifient l’un à l’autre. « J’ai le pouvoir de l’offrir et j’ai le pouvoir de la donner. Tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. « (Jean 10. 18)
    La Bonne Nouvelle aux yeux de saint Jean (1 Jean 3. 1), c’est que soit étendue à tous les hommes cette connaissance personnelle, parfaite et intime qui existe entre Jésus et son Père, à tous les hommes, même à ceux qui ne sont pas de cette bergerie.
    Si nous transposons cela aujourd’hui, Jésus nous dit pas seulement au peuple des baptisés. Quand l’Eglise actualise pour nous la Bonne Nouvelle par ses sacrements comme en chaque Eucharistie, il atteint tous les hommes, dans le mystère de la grâce : « le sacrifice de toute l’Eglise pour la gloire de Dieu et le salut du monde » disons-nous au moment de l’offertoire.
    UNE VISION D’EGLISE
    L’image de Jésus conne bon pasteur est l’une des plus traditionnelles du christianisme. On la trouve dès les catacombes. Elle concerne à la foi la personne de Jésus et son ministère. Il la réintègre dans le troupeau, avec la tendresse attentive du berger qui, sur ses épaules, ramène à la bergerie la brebis égarée (Matthieu 18. 12). Il lui fait retrouver sa place, lui donne la possibilité de partager à nouveau les mêmes pâturages.
    Si l’on prend l’évangile de Jean dans une vision plus large, l’on peut remarquer que la discours du Bon Pasteur inaugure l’Eglise qui est un peuple rassemblé. Les autres brebis qui ne sont pas de la bergerie doivent pouvoir retrouver l’unité perdue « Un seul baptême, une seule foi, un seul Dieu et Père. »
    Jésus nous conduit à la découverte de la vie partagée avec Dieu. « Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Le monde ne peut pas nous connaître parce qu’il n’a pas découvert Dieu. »
    L’Eglise n’est pas d’abord et seulement un rassemblement d’hommes qui pensent la même chose et partagent les mêmes idées. Elle est essentiellement la communion des hommes qui partagent la vie divine dans le Christ Jésus. Quand ils découvrent Dieu, ils peuvent vivre cette communion.
    UN LIEU D’AMOUR
    Nous ne pouvons pas vivre d’idées, si nobles soient-elles. Nous ne pouvons vivre que de Lui. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie. »
    D’où la richesse du ministère que le Christ remet à ses apôtres. Il leur demande d’être à leur tour des bergers, non pas pour commander, mais pour être de ceux qui, comme lui, conduisent au Père par amour. Il en donne la charge à saint Pierre malgré ses insuffisances et son triple reniement. A ce moment-là, il reprend l’expression de la relation qui existe entre son Père et lui : «M’aimes-tu ? »
    Quand il en a reçu la réponse et la certitude : «Tu sais bien que je t’aime » (Jean 20. 15), il peut lui confie sa mission de médiation : «Pais mon troupeau, pais mes brebis. » Le Christ est l’unique pasteur comme unique est son amour qui réalise en lui la vie trinitaire en un échange éternel et infini du Père et du Fils et de l’Esprit.
    Il confie sa mission au « collège apostolique ». L’Eglise dans cette perspective, n’est pas une société administrativement hiérarchisée comme beaucoup de non-croyants la considèrent, selon un organigramme : le pape, ses services, les évêques, les prêtres, les fidèles.
    Dans la perspective évangélique elle est ce lieu unique où se transmet la Parole et la grâce des sacrements. Elle n’est pas un lieu où s’élabore une religion en y accommodant selon les périodes, des points de vue évolutifs. Elle est essentiellement le lieu de la Vie reçue du Père et du Fils et de l’Esprit. C’est le Bon Pasteur qui la lui transmise.
    ***
    Le Père m’aime parce que je donne ma vie. « Et nous ? Quelle réponse donnons-nous à cette incessante question : M’aimes-tu ? »
    Incessante question à cause de nos faiblesses et de nos reprises. « Malgré notre faiblesse », nous fait dire l’oraison d’ouverture de la liturgie de ce dimanche. Notre réponse doit dépasser une simple déclaration affective, elle nous engage dans cette communion qui fut celle du Christ en son Père.


  • Homélie du dimanche 22 avril

    Dimanche 22 avril 2018
    4e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 4. 8 à 12 : «En dehors de lui, il n’y a pas de salut ».
    Psaume 117 « Il est devenu la pierre d’angle. »
    Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 1 à 12 : « Nous serons semblables à lui. »
    Evangile selon saint Jean . 10. 11 à 18 : «J’ai le pouvoir de donner la vie. »

    ***
    QUI DONC EST-IL POUR NOUS ?
    Malgré leurs apparentes différences, les textes de ce dimanche présentent une unité certaine si nous les lisons à la lumière de la personnalité de Jésus, comme les apôtres veulent en faire pressentir l’infinie richesse aux Juifs et aux premiers chrétiens.
    Ces Juifs attendent le Messie. Certains avaient espéré que Jésus pouvait être l’un des sauveurs de cette période qui connaissait tant de rébellion contre l’occupant romain. Ils sont décontenancés par ce qu’en disent Pierre et les autres disciples : « Il est le seul qui puisse nous sauver ». Or il ne l’a pas fait. Le salut qu’apporte Jésus ne correspond ni à leur espérance libération terrestre ni à la figure du Messie qu’ils ont élaborée au travers des Ecritures.
    Le communauté chrétienne, elle, a approfondi la révélation qu’elle a reçue. Mais ses attentes ont encore besoin d’être élargies, approfondies et purifiées.
    Il en est de même pour nous, dans notre vie et tout au long du déroulement de notre vie. Le Christ semble parfois loin de nos préoccupations immédiates qui souhaitent et attendent la réalisation d’une société plus juste. Saint Jean a besoin de rappeler que l’essentiel n’est pas exactement ce dont nous rêvons humainement parlant : «Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. »
    Il n’hésite pas à reprendre les termes même de Dieu au jour de la création d’Adam et Eve (Genèse 1. 26) « Nous serons semblables à lui. » Non pas en raison de nos propres forces, mais « parce que nous le verrons tel qu’il est. »
    La mission de Jésus est de nous réintroduire dans le « Paradis Perdu », de nous conduire auprès du Père parce qu’il est le berger authentique. Son amour en est la garantie : «Le Père m’aime parce que je donne ma vie … je donne ma vie pour mes brebis. » Il n’y a là aucun appétit de puissance. Il n’y a qu’un débordement d’amour : «Eternel est son amour… mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur. »
    L’oraison qui ouvre la liturgie de ce dimanche est claire dans sa simplicité : «Guide-nous jusqu’au bonheur du ciel. Que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son pasteur est entré victorieux. »
    PAR DELA UNE VISION IMMEDIATE
    Fréquemment, dans l’Ancien Testament, il est dit que Dieu est le berger de son Peuple (Genèse 49. 24 – Jérémie 31. 10 – Michée 7. 14, etc …) Cette comparaison s’enracine dès le début de l’histoire sainte, parce que le peuple choisi était un peuple de bergers nomades qui sont en marche vers la Terre Promise, depuis Abraham et son départ d’Ur en Chaldée, depuis Moïse le berger qui reçoit la révélation au Buisson ardent dans le désert, depuis David le petit berger de Bethléem.
    La parabole du pasteur, pour Jésus, mène plus loin que la reprise de ce thème biblique. Il n’est pas seulement un conducteur de son peuple. Il est plus que cela. Entre le Père et Jésus, la réciprocité d’amour est telle qu’elle devient source de vie, parce qu’en lui, le commandement et la liberté s’identifient l’un à l’autre. « J’ai le pouvoir de l’offrir et j’ai le pouvoir de la donner. Tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. « (Jean 10. 18)
    La Bonne Nouvelle aux yeux de saint Jean (1 Jean 3. 1), c’est que soit étendue à tous les hommes cette connaissance personnelle, parfaite et intime qui existe entre Jésus et son Père, à tous les hommes, même à ceux qui ne sont pas de cette bergerie.
    Si nous transposons cela aujourd’hui, Jésus nous dit pas seulement au peuple des baptisés. Quand l’Eglise actualise pour nous la Bonne Nouvelle par ses sacrements comme en chaque Eucharistie, il atteint tous les hommes, dans le mystère de la grâce : « le sacrifice de toute l’Eglise pour la gloire de Dieu et le salut du monde » disons-nous au moment de l’offertoire.
    UNE VISION D’EGLISE
    L’image de Jésus conne bon pasteur est l’une des plus traditionnelles du christianisme. On la trouve dès les catacombes. Elle concerne à la foi la personne de Jésus et son ministère. Il la réintègre dans le troupeau, avec la tendresse attentive du berger qui, sur ses épaules, ramène à la bergerie la brebis égarée (Matthieu 18. 12). Il lui fait retrouver sa place, lui donne la possibilité de partager à nouveau les mêmes pâturages.
    Si l’on prend l’évangile de Jean dans une vision plus large, l’on peut remarquer que la discours du Bon Pasteur inaugure l’Eglise qui est un peuple rassemblé. Les autres brebis qui ne sont pas de la bergerie doivent pouvoir retrouver l’unité perdue « Un seul baptême, une seule foi, un seul Dieu et Père. »
    Jésus nous conduit à la découverte de la vie partagée avec Dieu. « Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Le monde ne peut pas nous connaître parce qu’il n’a pas découvert Dieu. »
    L’Eglise n’est pas d’abord et seulement un rassemblement d’hommes qui pensent la même chose et partagent les mêmes idées. Elle est essentiellement la communion des hommes qui partagent la vie divine dans le Christ Jésus. Quand ils découvrent Dieu, ils peuvent vivre cette communion.
    UN LIEU D’AMOUR
    Nous ne pouvons pas vivre d’idées, si nobles soient-elles. Nous ne pouvons vivre que de Lui. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie. »
    D’où la richesse du ministère que le Christ remet à ses apôtres. Il leur demande d’être à leur tour des bergers, non pas pour commander, mais pour être de ceux qui, comme lui, conduisent au Père par amour. Il en donne la charge à saint Pierre malgré ses insuffisances et son triple reniement. A ce moment-là, il reprend l’expression de la relation qui existe entre son Père et lui : «M’aimes-tu ? »
    Quand il en a reçu la réponse et la certitude : «Tu sais bien que je t’aime » (Jean 20. 15), il peut lui confie sa mission de médiation : «Pais mon troupeau, pais mes brebis. » Le Christ est l’unique pasteur comme unique est son amour qui réalise en lui la vie trinitaire en un échange éternel et infini du Père et du Fils et de l’Esprit.
    Il confie sa mission au « collège apostolique ». L’Eglise dans cette perspective, n’est pas une société administrativement hiérarchisée comme beaucoup de non-croyants la considèrent, selon un organigramme : le pape, ses services, les évêques, les prêtres, les fidèles.
    Dans la perspective évangélique elle est ce lieu unique où se transmet la Parole et la grâce des sacrements. Elle n’est pas un lieu où s’élabore une religion en y accommodant selon les périodes, des points de vue évolutifs. Elle est essentiellement le lieu de la Vie reçue du Père et du Fils et de l’Esprit. C’est le Bon Pasteur qui la lui transmise.
    ***
    Le Père m’aime parce que je donne ma vie. « Et nous ? Quelle réponse donnons-nous à cette incessante question : M’aimes-tu ? »
    Incessante question à cause de nos faiblesses et de nos reprises. « Malgré notre faiblesse », nous fait dire l’oraison d’ouverture de la liturgie de ce dimanche. Notre réponse doit dépasser une simple déclaration affective, elle nous engage dans cette communion qui fut celle du Christ en son Père.


vendredi 13 avril 2018

  • Panamá lance une campagne internationale pour l’inscription des pèlerins aux JMJ

    Aujourd’hui* a lieu le lancement officiel de la campagne internationale pour l’inscription des pèlerins aux prochaines Journées Mondiale de la Jeunesse – Panama 2019- qui auront lieu du 22 au 27  janvier 2018.
    La vidéo promotionnelle qui invite les jeunes du monde entier à vivre l’expérience JMJ et à participer à cette rencontre avec le Christ a été produite dans les cinq langues officielles (espagnol, anglais, italien, français et portugais) des JMJ.
    L’objectif du Comité d’organisation local (COL) des JMJ de Panama 2019 et d’atteindre les 350 000 pèlerins inscrits. Parmi eux, on attend 70 000 locaux et 280 000 jeunes du reste du monde.
    Du côté français, on compte déjà une délégation de plus de 1200 pèlerins. Les « jeunes pros » de France métropolitaine, mais aussi de Guadeloupe, Martinique, et même de La Réunion se mobilisent dès à présent pour préparer l’évènement qui réunira en janvier prochain des jeunes du monde entier autour du Pape François.
    Les inscriptions sur internet seront ouvertes jusqu’au 17 janvier 2019.
    *À 12h, heure panaméenne


  • La « Jésus Box », un cadeau à recevoir

    Une box catho, pour financer les JMJ de Panama… c’est un pari lancé par trois frangines du diocèse de Meaux, Hélène, Aurore et Perrine.
    Le but est simple. En s’abonnant (20€ la box), on reçoit tous les deux mois chez soi un colis avec des objets faits mains, des prières, des cartes et pleins d’autres surprises. Chaque mois, le thème de la box est différent (coin prière, Jean Paul II …). Les bénéfices de cette initiative servent à financer une partie du voyage de jeunes pèlerins du diocèse de Meaux aux JMJ de Panama.
    Cette box est unique ! Elle est entièrement conçue, fabriquée et emballée avec amour ! Elle est réfléchie et moderne !
    Alors n’hésitez plus ! Abonnez-vous ! En plus d’être étonné chaque mois par son contenu, vous permettez à des jeunes de partir aux JMJ.
    Rencontre avec Hélène, une des conceptrices de cette nouvelle box catho.
    – Qu’est-ce que La Jésus Box ?
    C’est un abonnement bimestriel à une Box catholique. Tous les deux mois, vous pouvez recevoir chez vous, une boite pleine d’objets faits à la main pour éveiller ou faire grandir votre foi autour d’un thème. C’est un nouveau concept : accueillir le Christ jusque dans sa boite aux lettres !
    – Comment est-né le projet ?
    J’adore le concept des Box, à chaque fois, c’est un cadeau à recevoir. Je me suis demandée si ce concept ne pouvait pas marcher avec des objets en rapport avec le Christ. Au lieu de me trouver complètement folle, mes sœurs m’ont suivi dans ce projet. Il nous a permis de récolter des fonds tout en partageant avec les autres une partie de notre foi.
    – Dans quel but avez-vous créé ce projet ?
    Nous sommes trois sœurs désireuses de partir aux JMJ de Panama ! Après celles de Cracovie qui nous ont transformées, nous avons cherché des compagnons de route dans notre pôle de jeunes de Mormant (77). Nous voulions pouvoir les aider financièrement à participer à cet évènement exceptionnel. Tous les bénéfices seront donc reversés pour le départ aux JMJ.
    – Que contient la Jésus Box que l’on reçoit ?
    Chaque mois, vous trouverez 4 objets faits main ou décorés par nos soins, une prière, une carte, une gourmandise, une fiche explicative et d’autres surprises.
    La première Box avait pour thème : « Ton coin-prière ». Nous avons fait appel à nos qualités créatives ou à celles de nos proches. Elle contenait notamment une bible, un dizainier, une bougie et pleins d’autres petites choses à mettre dans son coin-prière.

    En ce qui concerne la deuxième, le thème est « Saint Jean Paul II, initiateur des JMJ ». Elle est en commande actuellement !

    Propos recueillis par Pierre Deveaux, membre de l’équipe nationale des JMJ de Panama

    Pour en savoir plus : http://lajesusbox.wifeo.com

    Pour commander : http://lajesusbox.wifeo.com/service-shop.html

    Partir aux JMJ avec le diocèse de Meaux   : http://jmj.catho77.fr/spip.php?article2526


mercredi 11 avril 2018

  • « Qui peut accepter un geste de mort ? » par Mgr Pierre d’Ornellas

    3 novembre 2017 : Portrait de Mgr Pierre D’ORNELLAS, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo. France.
    Mgr Pierre d’Ornelas, revient sur l’avis favorable qu’a rendu hier le Cese (Conseil économique, social et environnemental) à l’euthanasie à 107 voix pour, 18 contre et 44 abstentions
    Quel monde voulons-nous pour demain ? Voilà la question sérieuse qui nous est posée. Elle exige information, réflexion et compétence honnêtes, et non des opinions les unes à côté des autres. Elle fait appel à une vision partagée de notre avenir commun et de l’être humain dans son existence personnelle et sociale.
    Voilà que le Cese donne un avis où les contraires semblent identiques. Pour lui, développer le soin de telle sorte que chacun vive sa fin de vie de la manière la plus apaisée possible et provoquer délibérément la mort quand le désir en est exprimé, sont à égalité. Donner la mort serait même une attitude « respectueuse ». Comment l’éthique, c’est-à-dire la raison en recherche du juste bien, pourrait-elle faire coexister les contraires ?
    D’ailleurs, si on peut provoquer la mort, la peur des dérives est telle que le Cese répète que ce sera « strictement encadré », alors même qu’il souligne les méfaits de la judiciarisation. Le Cese sait-il que la sédation en soins palliatifs est, elle aussi, encadrée, non par peur mais en raison de la haute noblesse de l’acte de soin ? De fait, l’éthique du soin est cruellement absente de son avis ! On y nomme l’impératif séculaire « tu ne tueras pas » sans en relever la signification qu’y trouve notre raison philosophique pour le bien de tous et de notre vie sociale.
    Et bien non, accompagner jusqu’à la mort naturelle et provoquer la mort ne sont absolument pas identiques.

    Pour un sursaut de conscience

    La valeur du prendre soin de chaque personne jusqu’à sa mort naturelle, en soulageant ses souffrances, et la valeur de la solidarité pour que les moyens soient donnés aux soignants afin qu’ils accomplissent au mieux leur mission, sont éminentes. Choisir ces valeurs, c’est construire une société de confiance et de paix, où l’accompagnement fait d’écoute, de respect, de discernement est honoré en raison de ses compétences et de son humanité riche en compassion. Chaque jour des milliers de soignants le montrent. Souvent aux obsèques, les familles les remercient.
    Par contre, l’euthanasie est un geste de mort. Elle est une défaite. Elle ne peut instrumentaliser la valeur éthique de la compassion. Elle ouvre le cercle vicieux du désespoir et de la culpabilité. Elle n’est pas un soin et ne pourra jamais l’être. La raison reste muette devant elle et cherche à en effacer les traces : elle blesse tellement les consciences qu’elle impose le mensonge. Le Cese a donc eu l’idée de préconiser qu’en cas d’injection létale, il serait écrit sur l’acte de décès que c’est une « mort naturelle », comme cela se fait à l’étranger, est-il pudiquement justifié. Quel crédit accorder à une institution de la République qui voudrait légaliser un tel mensonge ?

    Le suicide assisté est une contradiction. Comment est-il possible de le promouvoir dans notre pays qui se bat contre le suicide et qui punit sévèrement ceux qui y incitent ?

    Notre société a besoin d’un sursaut de conscience pour choisir son futur en le basant sur des valeurs qui nous rassemblent grâce à une nouvelle intelligence collective du soin. Soyons fiers de promouvoir l’accompagnement et la considération pour nos aînés qui vivent de grandes vulnérabilités. Soyons audacieux en demandant à l’État de financer davantage le soin. À l’heure où plus d’un milliard est donné pour l’intelligence artificielle, nous sommes tous en droit d’exiger un même effort pour les soins palliatifs. »
    Tribune parue dans Ouest France le 11 avril 2018


lundi 9 avril 2018

  • « Gaudete et Exsultate » nouvelle exhortation apostolique du Pape François

    Après Evangelii gaudium parue en 2013 et Amoris laetitia en 2016, le Saint Siège a rendu public ce jour la troisième exhortation apostolique du Pape François intitulée « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel.

    Résumé de l’exhortation proposé par la salle de presse du Saint Siège

    1.   « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).
    2.    Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4).
    PREMIER CHAPITRE : L’APPEL À LA SAINTETÉ
    LES SAINTS QUI NOUS ENCOURAGENT ET NOUS ACCOMPAGNENT
    4. Les saints qui sont déjà parvenus en la présence de Dieu gardent avec nous des liens d’amour et de communion.
    LES SAINTS DE LA PORTE D’À COTE
    6.  Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés. Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple.
    7.  J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. La sainteté de la porte d’à côté; la classe moyenne de la sainteté.
    LE SEIGNEUR APPELLE
    11. Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles.
    POUR TOI AUSSI
    14.   Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un   travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels.
    15.   Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté.
    TA MISSION DANS LE CHRIST
    19. Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile.
    21. « La sainteté n’est rien d’autre que la charité pleinement vécue » (Benoit XVI).
    L’ACTIVITÉ QUI SANCTIFIE
    26. Il n’est pas sain d’aimer le silence et de fuir la rencontre avec l’autre, de souhaiter le repos et d’éviter l’activité, de chercher la prière et de mépriser le service.
    29. Cela n’implique pas de déprécier les moments de quiétude, de solitude et de silence devant Dieu. Bien au contraire !
    PLUS VIVANTS, PLUS FRÈRES
    32. N’aie pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie ni la joie. C’est tout le contraire, car tu arriveras à être ce que le Père a pensé quand il t’a créé.
    34. N’aie pas peur de viser plus haut. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. Dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » (Léon Bloy).
    DEUXIÈME CHAPITRE : DEUX ENNEMIS SUBTILS DE LA SAINTETÉ
    LE GNOSTICISME ACTUEL
    Un esprit sans Dieu et sans chair
    38.   En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut.
    39.   Cela peut se produire dans l’Église : prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer.
    Une doctrine sans mystère
    42. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie.
    Les limites de la raison
    45. Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l’Église ont la chance d’une formation plus poussée contre la tentation de nourrir « un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles ».
    LE PELAGIANISME ACTUEL
    Une volonté sans humilité
    49. Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine ; Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux » ( Saint Augustin ).
    Un enseignement de l’Église souvent oublié
    52. L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative.
    Les nouveaux pélagiens
    58. Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme.
    Le résumé de la Loi
    60. « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14).
    TROISIÈME CHAPITRE : À LA LUMIÈRE DU MAÎTRE
    63. “Comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes.
    À CONTRECOURANT
    « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux ».
    69. Cette pauvreté d’esprit est étroitement liée à la “sainte indifférence” que saint Ignace de Loyola proposait, et  par laquelle nous atteignons une merveilleuse liberté intérieure.
    Être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les doux, car ils possèderont la terre ».
    72. « La charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s’étonner de leurs faiblesses » (Sainte Thérèse de Lisieux).
    74.  Réagir avec une humble douceur, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les affligés, car ils seront consolés »
    75.  Le monde nous propose le contraire : Il s’ingénie à fuir les situations où il y a de la souffrance.
    76.  Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés »
    79.    Le mot “justice” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général, nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés. Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».
    80.    Le Catéchisme nous rappelle que cette loi doit être appliquée « dans tous les cas », spécialement quand quelqu’un « est quelquefois affronté à des situations qui rendent le jugement moral moins assuré et la décision difficile ».
    82. Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».
    85.    Les désirs et les décisions les plus profonds, qui nous guident réellement, trouvent leur origine dans les intentions du cœur.
    86.  Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».
    89. Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées.
    Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !
    « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux ».
    94.   Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges.
    Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté !
    LE GRAND CRITÈRE
    95.   « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me   voir » (Matthieu 25, 35-36).
    Par fidélité au Maître
    98. Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père. C’est cela être chrétien !
    Les idéologies qui mutilent le cœur de l’Évangile
    100.   Je regrette que parfois les idéologies nous conduisent à deux erreurs nuisibles. D’une part, celle des chrétiens qui séparent ces exigences de l’Évangile de leur relation personnelle avec le Seigneur, de l’union intérieure avec lui, de la grâce.
    101.   Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentisme, de communiste, de populiste. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans  la misère
    102.    On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique.
    103.   Il ne s’agit pas d’une invention d’un Pape ou d’un délire passager.
    Le culte qui lui plaît le plus
    107.   Celui qui veut vraiment rendre gloire à Dieu par sa vie, celui qui désire réellement se sanctifier pour que son existence glorifie le Saint, est appelé à se consacrer, à s’employer, et à s’évertuer à essayer de vivre les œuvres de miséricorde.
    108.   Le consumérisme hédoniste peut nous jouer un mauvais tour. La consommation de l’information superficielle et les formes de communication rapide et virtuelle peuvent également être un facteur d’abrutissement qui nous enlève tout notre temps et nous éloigne de la chair souffrante des frères.
    * * *
    109.    La force du témoignage des saints, c’est d’observer les béatitudes et le critère du jugement dernier. Je recommande de nouveau de relire fréquemment ces grands textes bibliques, de se les rappeler, de prier en s’en servant, d’essayer de les faire chair. Ils nous feront du bien, ils nous rendront vraiment heureux.
    QUATRIÈME CHAPITRE : QUELQUES CARACTÉRISTIQUES DE LA SAINTETÉ DANS LE MONDE ACTUEL
    110.   Je ne vais pas m’attarder à expliquer les moyens de sanctification que nous connaissons déjà : les différentes méthodes de prière, les précieux sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, l’offrande de sacrifices, les diverses formes de dévotion, la direction spirituelle, et tant d’autres. Je me référerai uniquement à quelques aspects de l’appel à la sainteté dont j’espère qu’ils résonneront de manière spéciale.
    111.    Elles sont au nombre de cinq, les grandes manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain que je considère d’une importance particulière, vu certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui. Dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel.
    112.   ENDURANCE, PATIENCE ET DOUCEUR
    122. JOIE ET SENS DE L’HUMOUR
    129. AUDACE ET FERVEUR
    140. EN COMMUNAUTÉ
    147. EN PRIÈRE CONSTANTE
    CINQUIÈME CHAPITRE : COMBAT, VIGILANCE ET DISCERNEMENT
    158.   La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Évangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie.
    LE COMBAT ET LA VIGILANCE
    159.   Il ne s’agit pas seulement d’un combat contre le monde et la mentalité mondaine qui nous trompe, nous abrutit et fait de nous des médiocres dépourvus d’engagement et sans joie. Il ne se réduit pas non plus à une lutte contre sa propre fragilité et contre ses propres inclinations. C’est aussi une lutte permanente contre le diable. Jésus lui-même fête nos victoires.
    Plus qu’un mythe
    161.   Ne pensons donc pas que c’est un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée. Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour détruire notre vie, nos familles et nos communautés.
    Éveilles et confiants
    162.   Notre chemin vers la sainteté est aussi une lutte constante. Celui qui ne veut pas le reconnaître se trouvera exposé à l’échec ou à la médiocrité. Nous avons pour le combat les armes puissantes que le Seigneur nous donne : la foi qui s’exprime dans la prière, la méditation de la parole de Dieu, la célébration de la Messe, l’adoration eucharistique, la réconciliation sacramentelle, les œuvres de charité, la vie communautaire et l’engagement missionnaire.
    La corruption spirituelle
    164. « Ne nous endormons pas ». Car ceux qui ont le sentiment qu’ils ne commettent pas de fautes graves contre la Loi de Dieu peuvent tomber dans une sorte d’étourdissement ou de torpeur.
    LE DISCERNEMENT
    166.   Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle.
    Une nécessité impérieuse
    167.     Tout le monde, mais spécialement les jeunes, est exposé à un zapping constant. Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment.
    Toujours à la lumière du Seigneur
    169. Le discernement n’est pas seulement nécessaire pour les moments extraordinaires, ou quand il faut résoudre de graves problèmes. Nous en avons toujours besoin pour être disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce. Souvent cela se joue dans les petites choses.
    Un don surnaturel
    171.   Même si le Seigneur nous parle de manières variées, dans notre travail, à travers les autres et à tout moment, il n’est pas possible de se passer du silence de la prière attentive pour mieux percevoir ce langage, pour interpréter la signification réelle des inspirations.
    Parle, Seigneur
    172.    Seul celui qui est disposé à écouter possède la liberté pour renoncer à son propre point de vue partiel ou insuffisant, à ses habitudes, à ses schémas.
    173.   Il ne s’agit pas d’appliquer des recettes ni de répéter le passé
    La logique du don et de la croix
    175.   Mais il faut demander à l’Esprit Saint de nous délivrer et d’expulser cette peur qui nous porte à lui interdire d’entrer dans certains domaines de notre vie. Cela nous fait voir que le discernement n’est pas une autoanalyse intimiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de nous-mêmes.
    * * *
    176.   Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces réflexions, car elle a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Il suffit de chuchoter encore et encore : “Je vous salue Marie…’’.
    177.   J’espère que ces pages seront utiles pour que toute l’Église se consacre à promouvoir le désir de la sainteté. Demandons à l’Esprit Saint d’infuser en nous un intense désir d’être saint pour la plus grande gloire de Dieu et aidons-nous les uns les autres dans cet effort. Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever.


  • Commentaires du dimanche 15 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 15 avril 2018
    3éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 3, 13… 19
    En ces jours-là, devant tout le peuple,
    Pierre prit la parole :
    « Hommes d’Israël,
    13 le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
    le Dieu de nos pères,
    a glorifié son serviteur Jésus,
    alors que vous, vous l’aviez livré ;
    vous l’aviez renié en présence de Pilate, qui était décidé à le le relâcher,
    vous l’aviez rejeté.
    14 Vous avez renié le Saint et le Juste
    et vous avez demandé
    qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier.
    15 Vous avez tué le Prince de la vie
    lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
    nous en sommes témoins.
    17 D’ailleurs, frères, je sais bien
    que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs.
    18 Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé
    par la bouche de tous les prophètes :
    que le Christ, son Messie, souffrirait.
    19 Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu
    pour que vos péchés soient effacés. »

    LA GUERISON DE L’INFIRME DE LA BELLE PORTE
    Pierre s’adresse à un public juif : « Hommes d’Israël ». Il leur parle comme à des frères, il dit « frères » d’ailleurs, mais en même temps on voit bien qu’il n’est plus tout à fait du même bord, si l’on peut dire ; il est clair qu’il a pris parti pour Jésus-Christ et il s’adresse à ceux qui sont responsables de sa mort, « responsables mais pas coupables », dirait-on aujourd’hui. Ce public auquel il s’adresse est certainement tout ouïe parce qu’il vient d’assister à quelque chose d’extraordinaire :
    nous sommes au Temple de Jérusalem, vers trois heures de l’après-midi, l’heure de la prière. A l’une des portes du Temple, celle qu’on appelle la Belle Porte, un infirme tendait la main aux passants, comme chaque jour, depuis des années ; parmi ces passants, se trouvaient Pierre et Jean ; et Pierre a dit au mendiant « De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche ! » Et, raconte Luc, prenant l’infirme par la main droite, Pierre l’a fait lever ; à l’instant même l’homme a senti ses pieds et ses chevilles s’affermir ; d’un bond, il était debout, lui qui n’avait jamais marché, et il est entré dans le Temple, en marchant, en bondissant plutôt, et en louant Dieu.
    Evidemment, après une chose pareille, les spectateurs sont prêts à écouter les explications. Pierre improvise donc un discours : « Israélites, pourquoi vous étonner de ce qui vient d’arriver ? Et pourquoi nous regardez-vous comme des bêtes curieuses ? Ce n’est ni notre piété personnelle ni notre propre puissance qui ont fait ce miracle… C’est Jésus lui-même qui l’a guéri. » Voilà donc le contexte dans lequel Pierre prend la parole : c’est une véritable plaidoirie ; pour lui, il s’agit de faire franchir à ses interlocuteurs une étape capitale dans la foi ; tous partagent la même foi dans le Dieu des Pères, tous attendent le Messie, tous connaissent les prophéties de l’Ancien Testament ; mais comment les convaincre que ces prophéties concernaient Jésus-Christ ? Au fond Pierre essaie d’ouvrir les yeux des Juifs sur ce qu’on peut appeler une « erreur judiciaire ».
    UNE ERREUR JUDICIAIRE
    L’erreur, d’après Pierre, c’est d’avoir livré à tort un innocent à la justice, d’avoir fait grâcier un meurtrier, Barabbas, et obtenu la peine de mort contre l’innocent, tout cela par ignorance. L’erreur, c’est de n’avoir pas reconnu dans cet homme juste le Messie.
    Jésus lui-même l’a dit sur la croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34).
    Il faut reconnaître qu’il y avait de quoi se tromper ; Jésus de Nazareth ne ressemblait guère au Messie qu’on attendait. Et sa mort même, sa déchéance plaidait contre lui ; sûrement, si Dieu était comme l’on croyait, il lui aurait évité de souffrir…
    Pierre affirme tranquillement « Dieu avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes que son Messie souffrirait ». En fait, on ne trouve nulle part dans l’Ancien Testament une affirmation aussi claire du genre « le Messie de Dieu sera d’abord rejeté, injustement condamné, mais c’est comme cela qu’il sauvera l’humanité » ; on trouve beaucoup d’annonces du Messie sous les traits d’un roi qui libérera son peuple, d’un prêtre qui obtiendra le pardon des péchés, d’un prophète qui apportera le salut de Dieu, d’un Fils de l’homme victorieux de toutes les forces du mal ; mais dans toutes ces annonces, on entend surtout un langage de victoire ; restent les fameux chants du Serviteur et en particulier le chant du Serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe, mais, visiblement, ils n’inspiraient guère les chefs des prêtres à l’époque de Jésus. Bien sûr, après coup, pour ceux qui ont été témoins de la résurrection du Christ, pour ceux dont le coeur a été « ouvert à l’intelligence des Ecritures », comme dit ailleurs Saint Luc, tout est lumineux ; ils relisent les prophéties d’Isaïe et ils redécouvrent ces fameux textes qui présentaient le Messie sous les traits d’un Serviteur innocent mais persécuté et finalement mis à mort avant d’être glorifié par Dieu, et ils les relisent comme une annonce des souffrances et de la glorification de Jésus.
    LE SERVITEUR SOUFFRANT ANNONCE PAR ISAIE
    Le quatrième chant du Serviteur, en particulier, s’applique parfaitement à la Passion du Christ : « Il n’avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions. Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement. En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions frappé par Dieu et humilié… »
    Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche. Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé… Il a été retranché de la terre des vivants…
    Ce texte dit aussi la glorification du Serviteur souffrant : « Voici que mon Serviteur triomphera, il sera haut placé, exalté, élevé à l’extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet, de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées… Sitôt reconnu comme juste, il dispensera la justice, lui, mon Serviteur, au profit des foules… » (Is 53, 2… 11).
    On voit bien l’importance qu’un tel texte a pu prendre pour les premiers Chrétiens dans leur méditation sur le mystère du Christ.
    Et c’est à cette découverte-là que Pierre veut amener les Juifs aux quels il adresse son discours ; et il leur dit « rien n’est jamais perdu ; il est toujours temps de réparer une erreur judiciaire, de réhabiliter un innocent ; et la merveille de la miséricorde de Dieu, c’est qu’elle s’applique à vous, justement, la prière du Christ : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Je sais bien que vous agi dans l’ignorance, vous et vos chefs… Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés ».

    PSAUME – 4, 2. 4. 7. 9
    2 Quand je crie, réponds-moi,
    Dieu, ma justice !
    Toi qui me libères dans la détresse,
    pitié pour moi, écoute ma prière !
    4 Sachez que le SEIGNEUR a mis à part son fidèle
    Le SEIGNEUR entend quand je crie vers lui.
    7 Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
    Sur nous, SEIGNEUR, que s’illumine ton visage !
    9 Dans la paix, moi aussi,
    je me couche et je dors ;
    car tu me donnes d’habiter, SEIGNEUR,
    seul, dans la confiance.

    LE SEIGNEUR ENTEND QUAND JE CRIE VERS LUI
    Il est bien court, ce psaume 4 (qui ne comporte en tout que neuf versets ; nous en lisons trois ici) ; mais il est riche de toute la foi d’Israël, de toute cette longue histoire d’Alliance entre le peuple élu et son Dieu, pendant des siècles. Confiance et supplication mêlées, fierté et bonheur d’être le peuple élu, découverte du Dieu libérateur, tout y est. Premièrement, la prière du peuple d’Israël est faite de confiance et supplication mêlées : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière ! » Et encore : « Le Seigneur entend quand je crie vers lui » (verset 4). Dans toute prière juive, nous trouvons ce mélange d’action de grâce et de supplication ;
    à tel point que le même mot « Hosanna » est employé pour dire à la fois « Seigneur, tu nous sauves, gloire à toi » ET « S’il te plaît, Seigneur, sauve-nous ».
    Un autre psaume dit : « Dieu notre Dieu nous bénit, Que notre Dieu nous bénisse » ! C’est logique : quand on adresse une prière à quelqu’un, on reconnaît implicitement qu’il peut et veut notre bien ; sinon, on ne le prierait pas ! Et quand nos enfants nous demandent quelque chose, nous sommes heureux et fiers, car c’est une preuve de confiance qu’ils nous donnent.
    Le peuple d’Israël ne nous a pas attendus pour savoir que le dessein de Dieu n’est que bienveillant et que sa toute puissance est celle de l’amour. Jésus disant à son Père « Je sais bien que tu m’exauces toujours » était bien un fils d’Israël. Au sein même de cette certitude, la prière peut se faire « cri » parce que la foi la plus pure ne dispense pas de souffrir ; et il y a bien dans nos vies des moments où la détresse nous fait non pas « prier » mais « crier »… C’est l’un des cadeaux de la Bible que de nous révéler qu’il est permis de « crier »…
    Deuxième trait de la foi juive, la fierté, le bonheur d’être le peuple élu, mis à part, consacré. C’est le sens du dernier verset : « Tu me donnes d’habiter, SEIGNEUR, seul, dans la confiance » : en réalité, ici, le mot « seul » veut dire « à part ». « Habiter à part, dans la confiance », en langage biblique, cela signifie qu’on sait où est le vrai bonheur : les étrangers nous demandent « qui nous fera voir le bonheur ? » Eh bien, nous, nous savons où réside le bonheur de l’homme, c’est dans l’Alliance avec notre Dieu.
    Nous avons entendu également : « Le SEIGNEUR a mis à part son fidèle », et le mot « fidèle », en hébreu, c’est le « hassid », le bien-aimé ; et on sait bien que ce choix, cette élection comme on dit, est pur choix de Dieu, inexplicable, immérité, comme tous les choix d’amour… Ce n’est pas une affaire de mérite : on n’oublie jamais cette phrase du Deutéronome : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples… Ce n’est pas parce que tu es juste ou que tu as le coeur droit que tu vas entrer prendre possession de ce bon pays… car tu es un peuple à la nuque raide » (Dt 7, 7 ; 9, 5…7). On n’en tire donc pas orgueil, c’est un fait, tout simplement ; un fait qui nourrit la confiance éperdue qui ne quitte jamais Israël, même dans les situations les plus dramatiques : « Dans la paix, je me couche et je dors ; car tu me donnes d’habiter, Seigneur, à part, dans la confiance » ; source de bonheur et de fierté, cette élection est source aussi de bien des persécutions, au long des siècles ; cette mise à part signifie aussi isolement, incompréhension : inévitablement, « à part » signifie aussi « différent ».
    HABITER DANS LA CONFIANCE
    Enfin, troisième aspect de la prière d’Israël, la découverte du Dieu libérateur. « Toi qui me libères dans la détresse… », ce n’est pas un effet de style, c’est l’expérience qui parle ! Il ne faut pas oublier que la première expérience qu’Israël a faite de Dieu, c’est l’Exode : Dieu a entendu la souffrance des esclaves, des humiliés et il les a libérés de l’Egypte, la maison de servitude, selon l’expression consacrée. Et si Dieu a libéré son peuple de la domination du Pharaon, ce n’est pas pour lui imposer une autre domination, la sienne ; c’est pour lui offrir le bonheur et la liberté ; là, ce psaume consonne très fort encore une fois avec les méditations du livre du Deutéronome ; notre psaume dit : « Tu as versé la joie dans mon coeur plus qu’au temps où débordent le froment et le vin… tu me donnes d’habiter, à part, dans la confiance » et en écho le Deutéronome : « Confiant, Israël se repose ; elle coule à l’écart, la source de Jacob, vers un pays de blé et de vin nouveau, et le ciel même y répand la rosée » (Dt 33, 28).
    Cette expérience du Dieu libérateur n’appartient pas seulement au passé tel qu’il est raconté dans le livre de l’Exode : il y a dans nos vies bien d’autres maisons de servitude et Dieu a été découvert comme celui qui accompagne toute entreprise de libération. « Toi qui me libères dans la détresse… », c’est au présent. Il y a là l’expression d’une véritable expérience de foi : l’homme religieux dit « J’aime Dieu », le croyant dit « Dieu m’aime et me libère ».
    Enfin, il faut entendre cette magnifique formule de bénédiction, « Sur nous, SEIGNEUR, que s’illumine ton visage ! » C’est le souhait le plus cher du croyant pour ceux qu’il aime ; c’est la formule du livre des Nombres « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde, qu’il fasse sur toi rayonner son Visage, que le SEIGNEUR te découvre sa Face, qu’il te prenne en grâce et t’apporte la paix. » (Nb 6, 24-26).

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 2, 1 – 5a
    1 Mes petits enfants,
    je vous écris cela pour que vous évitiez le péché.
    Mais si l’un de nous vient à pécher,
    nous avons un défenseur devant le Père :
    Jésus Christ, le Juste.
    2 c’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés,
    non seulement des nôtres,
    mais encore de ceux du monde entier.
    3 Voici comment nous savons
    que nous le connaissons :
    si nous gardons ses commandements.
    4 Celui qui dit : « Je le connais »,
    et qui ne garde pas ses commandements,
    est un menteur :
    la vérité n’est pas en lui.
    5 Mais en celui qui garde sa parole,
    l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

    TOUS, PECHEURS PARDONNES
    Jean développe ici trois certitudes : premièrement, nous sommes tous pécheurs ; deuxièmement, nous sommes tous des pécheurs pardonnés ; troisièmement, c’est en Jésus que nous sommes pardonnés.
    Premièrement, nous sommes tous pécheurs : même si le péché n’est pas notre sujet de conversation le plus habituel, nous savons bien et nous disons volontiers que « nul n’est parfait » ; si Jean dit : « Mes petits enfants, je vous écris pour que vous évitiez le péché », cela veut bien dire qu’il considère la vie chrétienne comme un combat ; nous sommes tous des êtres partagés, nous avons tous un côté ombre et un côté lumière.
    Et chacun de nous peut dire comme Paul : « Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais » (Rm 7, 15). Isaïe, lui aussi, le grand Isaïe, prenant conscience de la sainteté de Dieu, s’écriait : « Je ne suis qu’un homme aux lèvres impures » (Is 6, 5).
    Et Jean, dans cette même première lettre, constate « le monde tout entier gît sous l’empire du Mauvais » (1 Jn 5, 19). On n’a pas le droit de se voiler la face sur cette vérité-là et de se prendre pour des purs ! Quelques lignes avant le passage d’aujourd’hui, Jean a dit crûment : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8).
    Mais, et voilà la deuxième certitude, la grande nouvelle de la Bible, ce n’est pas que nous sommes pécheurs, c’est que nous sommes pardonnés ; l’annonce de Jésus à tous ceux qu’il rencontre dans les Evangiles, c’est « tes péchés sont pardonnés ». Et le Credo nous fait dire non pas « je crois que nous sommes pécheurs », mais « je crois à la rémission des péchés ». La conclusion de cette lettre, c’est « Je vous ai écrit tout cela pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui avez la foi au nom du Fils de Dieu »… Un des axes de la pédagogie biblique a certainement été de faire passer l’homme du sentiment de culpabilité à l’accueil humble et reconnaissant du pardon de Dieu.
    On en a un exemple dans le psaume 50/51 qui commence par dire « ma faute est toujours devant moi sans relâche » (voilà le sentiment de culpabilité) et qui ajoute « Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait » (là s’amorce le repentir, versets 5-6).
    La véritable attitude pénitentielle, ce n’est pas de faire le compte de nos péchés, c’est d’accueillir le pardon de Dieu qui nous précède toujours. De l’accueil de l’enfant prodigue par le Père à la phrase de Jésus à la femme adultère, l’évangile répète ce que l’Ancien Testament avait déjà dit, à savoir que le pardon de Dieu est toujours offert. Le sentiment de culpabilité nous emprisonne, on peut même dire nous « empoisonne » ; la vérité nous libère : cette vérité, c’est à la fois nous sommes pécheurs, et Dieu est Amour et Pardon, nous sommes pardonnés.
    C’est bien le sens des affirmations de Jean : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8)… « Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité » (1 Jn 1, 9).
    JESUS, NOTRE DEFENSEUR
    Enfin, troisième certitude exprimée par Jean dans le texte d’aujourd’hui, c’est en Jésus que nous sommes pardonnés : « Si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus-Christ, le Juste. Il est la victime offerte pour nos péchés… » L’expression « victime offerte pour nos péchés » n’est pas compréhensible dans notre mentalité d’aujourd’hui. Pour la comprendre, il faut nous reporter à la liturgie juive des contemporains de Jean. Tout au long de l’Ancien Testament, le peuple juif avait conscience d’être pécheur, d’être infidèle à l’Alliance et, pour renouer cette Alliance, il offrait des sacrifices, des victimes, au temple de Jérusalem. Désormais, dit Jean, ce culte-là est révolu ; Jésus s’offre lui-même pour rétablir définitivement l’Alliance entre Dieu et les hommes. Quand Jean, dans son évangile, désigne Jésus comme « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », c’est exactement la même chose.
    Et la lettre aux Hébreux affirme que « Jésus supprime le premier culte pour établir le second » : « En entrant dans le monde, le Christ dit : de sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu. Mais tu m’as façonné un corps. Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t’ont pas plu. Alors j’ai dit me voici… je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté. » (He 10). En Jésus une étape décisive de l’histoire de l’humanité a été franchie : ce n’est plus au Temple de Jérusalem que nous recevons le pardon de Dieu, c’est dans l’union au Christ mort et ressuscité.1 Une union offerte à tous les hommes : « Il est la victime offerte pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux du monde entier. » Jésus l’a précisé lui-même à plusieurs reprises, en particulier dans l’institution de l’Eucharistie : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. » (Mc 14, 24).
    Mais l’expression « victime offerte » peut prêter à contresens ! Si nous relisons bien la lettre aux Hébreux, elle nous dit que, avec Jésus-Christ, cette formule « victime offerte » a complètement changé de sens. Ce n’est pas par des actions que Jésus nous sauve du péché, c’est par son être même : lui qui est sans péché, c’est-à-dire qu’il ne quitte pas la présence du Père, qu’il est sans cesse « tourné vers le Père » (comme dit le Prologue de l’évangile de Jean), c’est-à-dire en perpétuel dialogue d’amour avec Dieu, avec le Père. Il est en même temps auprès de nous pour nous réconforter, nous assister. Jean emploie le mot « Défenseur » pour désigner ce lien désormais tissé entre Dieu et l’humanité : « Nous avons un Défenseur devant le Père ». Comme dit magnifiquement la première prière eucharistique pour la réconciliation, désormais « ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de l’Alliance ».
    —————————
    Note
    1 – De manière imagée, Jean disait la même chose dans l’épisode de la Purification du Temple : lorsque Jésus proclamait « Détruisez ce Temple et en trois jours je le rebâtirai », Jean commentait « Le Temple dont il parlait c’était son corps. »

    EVANGILE – selon Saint Luc 24, 35 – 48
    En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs
    racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons
    35 ce qui s’était passé sur la route,
    et comment le Seigneur
    s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
    36 Comme ils en parlaient encore,
    lui-même fut présent au milieu d’eux,
    et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
    37 Saisis de frayeur et de crainte,
    ils croyaient voir un esprit.
    38 Jésus leur dit :
    « Pourquoi êtes-vous bouleversés ?
    Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre coeur ?
    39 Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi !
    Touchez-moi, regardez :
    un esprit n’a pas de chair ni d’os
    comme vous constatez que j’en ai. »
    40 Après cette parole,
    il leur montra ses mains et ses pieds.
    41 Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire,
    et restaient saisis d’étonnement.
    Jésus leur dit :
    « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
    42 Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
    43 qu’il prit et mangea devant eux.
    44 Puis il leur déclara :
    « Voici les paroles que je vous ai dites
    quand j’étais encore avec vous :
    Il faut que s’accomplisse
    tout ce qui a été écrit à mon sujet
    dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
    45 Alors il ouvrit leur intelligence
    à la compréhension des Ecritures.
    46 Il leur dit :
    « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait,
    qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
    47 et que la conversion serait proclamée en son nom,
    pour le pardon des péchés,
    à toutes les nations,
    en commençant par Jérusalem.
    48 A vous d’en être les témoins. »

    LE PROJET DE DIEU EN MARCHE
    La phrase qui est au coeur de ce texte nous parle d’accomplissement : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. » Le thème de l’accomplissement court dans toute la Bible ; on pourrait comparer Dieu à un artiste qui a conçu une oeuvre d’art : je me rappelle un sculpteur qui a entrepris, il y a quelques années, pour une église, une énorme croix en bronze doré. Dès les premiers croquis, il l’imaginait, il la voyait, et, déjà, elle le remplissait de joie ; il a fallu plusieurs mois, sinon plusieurs années, pour que son rêve devienne réalité : il a fallu aussi des collaborateurs qui lui ont fait confiance puisque lui seul avait le secret de son chef-d’oeuvre ; elle est née, enfin, l’oeuvre, après bien des efforts, des fatigues, la chaleur du four, et tous enfin, ont su à quelle merveille ils avaient collaboré. Après coup, ils peuvent enfin dire « oui, il fallait » bien tout cela pour en arriver là !
    Le dessein bienveillant de Dieu qui se réalise dès « avant la fondation du monde », comme dit Paul, est bien plus grandiose qu’une oeuvre d’art, si belle soit-elle ! Et on peut lire tout au long de la Bible, l’histoire de ce projet en marche : la longue patience de Dieu à travers le temps, les étapes et les débuts de réalisation, les échecs et les recommencements, les collaborations. Dire que le dessein bienveillant de Dieu s’accomplit dans l’Histoire des Hommes, c’est dire que l’Histoire de l’Humanité a un « SENS », c’est-à-dire à la fois une « signification » et une « direction ». C’est un article de notre foi. Ce qui veut dire que nous n’avons jamais le droit de céder à la morosité ambiante ! Les croyants sont tournés vers l’avenir (l’à-venir) et non vers le passé ! Dans le Notre Père, ils disent : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », en d’autres termes, « que s’accomplisse ton projet ».
    DIEU CHERCHE DES COLLABORATEURS
    Comme notre sculpteur, Dieu cherche des partenaires pour son projet : la Bible nous dit que, depuis toujours Dieu propose à l’humanité de collaborer à son grand projet : il y a eu Adam, Noé, Abraham… et le choix du peuple d’Israël pour être le partenaire de Dieu au service de l’humanité tout entière.
    Ce choix de Dieu qu’on appelle l’élection d’Israël reste valable encore aujourd’hui : cette Alliance proposée à Israël n’a jamais été dénoncée par Dieu ! Israël est encore le peuple élu, car « Dieu ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2, 13).
    Puis le Christ a pris chair au sein de ce peuple élu, et enfin, il a transmis la mission à tous ceux qui veulent bien entrer dans son Eglise.
    « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie », dit-il dans l’évangile de Jean (Jn 20, 21).
    Bien sûr, à force de parler de projet de Dieu, on peut se demander ce que devient notre Liberté. Or, l’une des découvertes d’Israël, c’est que Dieu ne tire pas toutes les ficelles, l’homme a une responsabilité dans son histoire ; il n’y a pas un scénario écrit d’avance. Au contraire, Dieu respecte la liberté de l’homme ; et, d’après Saint Pierre, c’est justement parce que Dieu respecte la liberté de l’homme que le projet n’avance pas plus vite !
    « Le Seigneur ne tarde pas à accomplir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. » (2 P 3, 9).
    Quand les croyants relisent les Ecritures, ils y déchiffrent cette longue patience de Dieu.
    Pierre dit encore : « Il y a une chose en tout cas, mes amis que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour » (2 P 3, 8).
    Quand le Christ dit à ses apôtres « Il fallait », il leur apprend justement à reconnaître sous la surface des jours et des millénaires la lente mais sûre maturation de l’humanité nouvelle qui sera un jour réunie en lui. C’est cela « l’intelligence des Ecritures ». Non pas « c’était écrit, programmé » ; mais c’est dans la ligne de l’oeuvre de Dieu. Alors, pour les disciples, tout est devenu lumineux : bien sûr, le Dieu d’amour et de pardon ne pouvait qu’aller jusqu’au bout de l’amour et du pardon ; bien sûr, l’Alliance d’amour parfaite entre Dieu et l’humanité ne pouvait être scellée que dans l’homme-Dieu, celui qui est l’amour même. Bien sûr, pour nous entraîner au-delà de la mort, dans la lumière de la Résurrection, il fallait qu’il traverse lui-même la mort ; bien sûr, pour nous apprendre à surmonter la haine avec la seule force de l’amour, il fallait qu’il affronte lui-même la haine et la dérision ; bien sûr, pour inaugurer l’humanité qui connaît le Père, il fallait qu’il vienne nous révéler le vrai visage de Dieu sur un visage d’homme : « Qui m’a vu a vu le Père » ; ce « il fallait », Jésus lui-même l’a expliqué à Pilate au cours de la Passion (Jn 18, 37) : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité… »
    —————————-
    Complément
    Notre mission de collaboration au projet de Dieu, c’est d’annoncer à notre tour (et de vivre le mieux possible) le dessein bienveillant de Dieu. C’est ce que Paul appelle « achever dans notre chair ce qui manque à l’oeuvre du Christ ». « Achever dans notre chair » voulant dire tout simplement mettre notre vie quotidienne au service de ce grand projet.
    Voilà la phrase de Paul : « Ce qui manque aux détresses du Christ, je l’achève dans ma chair pour son Corps qui est l’Eglise ; j’en suis devenu le ministre en vertu de la charge que Dieu m’a confiée à votre égard : achever l’annonce de la Parole de Dieu, le mystère tenu caché tout au long des âges et que Dieu a manifesté maintenant à ses saints. Il a voulu leur faire connaître quelles sont les richesses et la gloire de ce mystère parmi vous… » (Col 1, 24-26).


  • Le 9 avril 2018, les catholiques célèbrent l’Annonciation

    L’ange Gabriel annonce à Marie que par l’action de l’Esprit saint elle va enfanter un fils qu’elle appellera Jésus. Cet épisode de l’évangile s’appelle l’Annonciation.
    L’Annonciation à la Vierge Marie est d’abord la fête de l’Incarnation puisque Dieu commence en Marie sa vie humaine qui conduira Jésus jusqu’à la Croix et la Résurrection, jusqu’à la Gloire de Dieu.
    Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc (Lc 1, 26-38)
    L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.
    Habituellement l’Annonciation est célébrée par les catholiques le 25 mars soit neuf mois avant Noël. Lorsque le 25 mars tombe au moment de la Semaine Sainte, elle est célébrée le lundi suivant l’Octave de Pâques. En 2018, le 25 mars étant le dimanche des Rameaux, la fête est reportée au 9 avril.  


  • Homélie du dimanche 15 avril

    Dimanche 15 avril 2018
    3e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres. 3. 13 à 19 : «Vous avez agi dans l’ignorance. »
    Psaume 4 : « Seigneur, que s’illumine ton visage. »
    Lettre de saint Jean : 1 Je 2. 1 à 5 : «Voici comment nous pouvons savoir que nous le connaissons. »
    Evangile selon saint Luc. 24. 35 à 48 : «Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. »
    ***
    Les textes de ce dimanche doivent être lus selon les termes exacts employés par saint Luc, dans le sens grec de cet auteur qui est grec. C’est ainsi que nous pourrons les méditer et les prier. Sans cela, ils ne nous livrent pas toute leur richesse pour nous-mêmes aujourd’hui qui sommes dans un environnement qui n’ignore pas l’existence de Jésus, mais ne le connaît pas dans l’essentiel de ce qu’il est.
    C’est dans ce sens que nous parlons de mé-connaissance, de non-compréhension de nos contemporains, dans cette réalité qu’ils vivent avec un composite de culture chrétienne et de culture païenne.
    UN SENS ET NON SEULEMENT UN VOCABULAIRE
    Saint Pierre, dans le livre des Actes des Apôtres, dit à ses auditeurs : «Vous avez agi dans l’ignorance » Le terme grec utilisé par saint Luc, a-gnoïan peut bien sûr se traduire par ignorance, mais aussi et de préférence, par mé-connaissance ou non-connaissance. C’est le sens du « a » grec qui est privatif.
    Ce que dit saint Pierre prend alors un sens différence, plus nuancé et donc plus riche, selon que l’on préfère l’une ou l’autre signification que porte en lui le terme grec.
    De même saint Luc,dans son évangile nous souligne la manière d’agir de Jésus lors des deux rencontres du Ressuscité avec ses disciples et ses apôtres, au soir de Pâques. Il leur rend possible la compréhension du passé afin de leur permettre de s’approcher du mystère dont ils sont les témoins immédiats, la Passion et la Résurrection. Ils doivent en être ses témoins devant les hommes. Il faut qu’ils les « connaissent » : « La vie éternelle c’est qu’ils Te connaissent, Toi et celui que tu as envoyé. »
    Sur le chemin d’Emmaüs que nous rappellent les premières lignes de la lecture de ce troisième dimanche (Luc 24. 25 à 27), le Christ leur donne l’intelligence, ou mieux, la connaissance, la façon de penser, en grec « noos », c’est-à-dire une connaissance profonde, intime, qui leur permet de lire à l’intérieur d’une réalité, ici la réalité du Christ en tant que personne et sa vie en tant que déroulement d’événements voulus par Dieu.
    Quand il leur dit « sans intelligence, lents à croire », ce n’est pas un reproche qui leur adresse. C’est une constatation. Il leur explique les Ecritures depuis Moïse jusqu’aux prophètes, comme les trois apôtres l’avaient entrevu à la Transfiguration. Il les invite à aller au-delà de leurs vues immédiates. Il les ouvre à ce qui est « hermétique » soit par mé-connaissance, soit par « lenteur de cœur. » (Luc 24. 25)
    A leur retour, quelques heures plus tard, c’est aux apôtres réunis que le Christ apporte cette même connaissance de l’Ecriture en « leur ouvrant l’intelligence pour la comprendre. » Pour cela, il leur demande de se remémorer, de repasser dans leur mémoire, ce qu’ils ont vécu ensemble, c’est-à-dire la réalité de son incarnation, les faits et gestes qu’il a partagés avec eux. Pour cela, il mange devant eux, devant et non pas avec eux.
    C’est un « regard » qu’il leur demande de porter et non un amical partage. « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché. » (1 Jean 1. 1)
    Il leur demande aussi de reprendre tout ce qu’il leur a dit. Non pas seulement un souvenir, mais une reprise du sens par un approfondissement et par une mise en synthèse et en corrélation des éléments de sa personnalité humano-divine, découverts jour après jour. « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais avec vous. » Il leur donne ainsi la signification de la Loi de Moïse, des prophètes et des psaumes, non comme connaissance de textes, mais une connaissance de ce qu’il est. Ils ont à découvrir et à approfondir ce qu’il est et ce qu’il a vécu : le pardon et la réconciliation. En un mot, il est l’Alliance pour toutes les nations.
    Après la guérison d’un paralysé à la porte du Temple, Pierre développera le même schéma pour commenter le fait miraculeux. L’étonnement des personnes présentes est grand d’avoir entendu « Au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche. » Comme le Christ l’a fait pour lui et les apôtres au soir de Pâques, Pierre reprend les étapes de la révélation qui conduit au Christ. « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos Pères a donné sa gloire à son serviteur Jésus… Il avait annoncé que le Messie souffrirait… Revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. » (Actes 3. 13 et ss)
    Les agents de la Passion, Judas, les chefs juifs, Pilate, les soldats romains ne sont pas les jouets d’une puissance occulte et machiavélique. Ils sont appelés à la conversion : « Vous étiez dans l’ignorance ». (Actes 3. 17) La résurrection en donne le sens. « Dieu a donné sa gloire. » La résurrection transmet une bonne nouvelle puisqu’elle est la réponse de Dieu au mal qu’entraîne le péché. Et cette réponse, c’est la Vie.
    L’INDISPENSABLE RELECTURE
    A notre tour, il nous faut lire et entendre avec précision ces paroles de Jésus : « Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire. » Elles nous introduisent dans le mystère et nous avons à les reprendre comme saint Pierre, saint Luc ou saint Paul. Ce scandale de la croix qui est sagesse de Dieu exprime la pensée et la pédagogie de Dieu.
    Comment en effet reconnaître que le Messie doit souffrir et être mis à mort, alors qu’on attend de lui la cessation de nos maux et la gloire d’un royaume terrestre rétabli ? Quand il est assumé par Dieu, le mal qui est vécu par tous les hommes, se retourne et prend une autre direction.
    Il nous faut lire et entendre avec précision. C’est indispensable pour que cesse toute ambiguïté. L’invitation à la foi ne doit pas être confondue avec la provocation à l’absurde.
    Le détour par la croix, pour qu’arrive la gloire de Dieu, est peut-être surprenant. Il n’est pas un changement de la part de Dieu. Il n’est pas un échec de Dieu. Dieu assume toutes les limites et toutes les conséquences de la liberté humaine. C’est par rapport à notre conception de la « puissance » que nous pensons que le détour par la croix est un échec.
    Mais, si nous lisons la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes selon le sens divin de la Bible, nous y voyons clairement s’inscrire la figure du Juste persécuté et du Serviteur souffrant (Isaïe 50). L’offrande comme source de bénédiction, la pensée de la mort consentie comme chemin de vie, se trouvent maintes et maintes fois exprimées dans l’Ecriture. C’est par l’offrande de la vie que naît l’enfant, c’est par elle que grandit pour chacun de nous, l’amour que lui portent sa mère et ses parents.
    En Jésus, tout cela est porté à sa perfection, tout est « accompli » Le « il fallait » est significatif de l’adéquation de la vie de Jésus à la réalité humaine en même temps qu’à la réalité du Christ, annoncée au travers des révélations messianiques. (Philippiens 2. 6 à 11)
    C’est en puisant dans sa propre histoire que le Peuple de Dieu peut découvrir la fécondité surprenante de l’œuvre de Dieu en Jésus le Christ.
    De même, c’est en relisant notre propre histoire que nous découvrons l’œuvre de Dieu et la réponse réelle que nous avons encore à lui donner : une lente et progressive purification, à renouveler et reprendre sans cesse, jusqu’au jour de sa Gloire.
    POUR QUE L’HOMME RENCONTRE DIEU
    Dans son extrême dénuement, le Christ a dit « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » « Vous étiez dans l’ignorance », reprend saint Pierre.
    Nous n’avons pas la mesure des conséquences lointaines que portent nos actions immédiates. Il y a de la part de tous, une « non-connaissance », une connaissance partielle ou erronée. Notre responsabilité ne vient pas seulement du geste que nous avons posé, mais bien plus de notre absence de volonté à pénétrer le sens profond de ce que nous vivons. Nous en avons la libre possibilité. Refuser de mettre notre liberté au service de la vérité engage notre responsabilité.
    Nous avons à rejoindre la lumière dans sa plénitude. C’est le terme réel de notre vie puisqu’elle nous conduit inéluctablement au seuil de la lumière divine. (1 Jean 1 à 5)
    Il nous faut craindre alors de nous contenter ou de nous satisfaire de notre connaissance partielle des choses de Dieu. « Celui qui dit :’je le connais’ et qui ne garde pas ses commandements est un menteur. La vérité n’est pas en lui. Celui qui garde sa parole dans la vérité possède en lui l’amour de Dieu »… atteint vraiment la perfection de l’amour de Dieu selon d’autres traducteurs qui marquent ainsi la plénitude de l’être même de Dieu que nous pouvons atteindre.
    ***
    Nous ne devons donc ne jamais être satisfait d’une connaissance imparfaite. Dieu attend de nous une recherche inlassable de la Vérité qu’il nous a transmise en Jésus-Christ. C’est cette vérité qui nous rend libre (Jean 8. 32) « Consacre-les dans la Vérité ». (Jean 17. 17)
    Parce qu’il nous faut toujours craindre les certitudes qui sont issues de nos points de vue humains, il nous faut les dépasser dans la foi.« Celui qui fait la vérité vient vers la lumière. » (Jean 3. 21)
    « Il leur ouvrir l’esprit à l’intelligence des Ecritures. »… « Tu es à l’origine d’un si grand bonheur ! Qu’il s’épanouisse en joie éternelle ». (Prière sur les offrandes de ce dimanche)


vendredi 6 avril 2018

  • Pré synode : retour des jeunes français sur cette expérience prophétique

    Rentrés de Rome où ils avaient participé au pré synode avec 300 jeunes du monde entier, les jeunes français ont pris part hier à un temps de rencontre et d’échange à l’occasion d’une journée de formation pour les acteurs de la Pastorale des jeunes et des vocations, organisée par le Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations (SNEJV). Ils ont ainsi remis le document final du pré synode au Conseil pour la pastorale des jeunes représenté par Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux. Retour sur leur expérience synodale.
    « Par la mise en place de cette initiative audacieuse, l’Église a montré sa capacité à rassembler un échantillon de jeunes divers, du monde entier, pour discuter d’enjeux contemporains à partir d’une méthodologie de travail ancrée dans une processus participatif qui pourrait inspirer bien d’autres instances » analyse Sr Nathalie Becquart, directrice du SNEJV et coordinatrice générale du pré synode.
    Camille Tilak a particulièrement apprécié l’accueil qu’elle a reçu, comme jeune non croyante au sein de cette démarche : « J’ai été surprise par la qualité de dialogue, l’échange respectueux. Je me suis vraiment sentie acceptée par tout le monde. Ils ont très bien accueilli le fait d’avoir un avis extérieur parce qu’ils considèrent que c’est important. Je venue avec un esprit de curiosité et parce qu’il est important que nous mettions tous nos idées en commun pour construire quelque chose ensemble. Au pré-synode, j’ai senti que tous les jeunes présents avaient envie de participer à la création de l’histoire et prendre part au changement pour relever les défis de notre société en pleine mutation ».
                    Camille Tilak, jeune diplômée en études européennes, non croyante appelée au pré-synode au   titre de son engagement en politique.
    Eugénie Paris a quant à elle été touchée par la rencontre avec les autres participants, chacun rendant compte de réalités diverses : « Deux points m’ont beaucoup marquée. Entendre d’autres réalités, comme celles de l’Afrique où les jeunes sont plutôt bien intégrés dans les paroisses, m’a énormément questionnée. Je suis revenue renouvelée dans ma mission pour la pastorale des étudiants dans le diocèse de Rouen. J’ai aussi été étonnée que la question des femmes que je portais revienne si fortement dans le document final. Beaucoup ont fait émerger ce questionnement qui traverse notre réalité contemporaine « quelle place donner à la femme aujourd’hui ? ».
                  Eugénie Paris, 25 ans est responsable de la pastorale étudiante du diocèse de Rouen. La mission principale de la pastorale étudiante du diocèse est de coordonner les propositions de l’Église diocésaine adressées aux jeunes étudiants.
    Adrien Louandre, a particulièrement apprécié la méthode de travail synodale : « On a vraiment vu le succès de la méthode synodale, et c’est aussi parce qu’on a mis Jésus au centre qu’on a pu dialoguer ainsi et faire émerger un texte dans lequel tout le monde s’est retrouvé et senti écouté. Dans le fond de ce Document Final, on voit vraiment la puissance de l’action de l’Esprit-Saint. La force de ce texte est d’avoir permis à la fois l’expression de convergences fortes mais aussi de nommer les divergences sur certains points. Cela a été enrichissant de voir ce travail collégial et l’évolution du texte entre sa première version et sa version finale ».
                    Adrien a 22 ans et est étudiant à Amiens. Adrien est également membre de l’Ecclesia’s team qui anime le Réseau Ecclesia Campus des aumôneries étudiantes. Il est aussi membre du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC).
    Chloé Bardin souligne l’importance de rencontrer des accompagnateurs : « Le présynode m’a énormément apporté par la diversité des jeunes que j’ai rencontrés, par l’ouverture de chacun et la rencontre des différences, mais aussi par les ainés qui nous ont accompagnés, les sœurs, les prêtres, les laïcs. Ils ont été à nos côtés mais ils nous ont laissés la place. C’est essentiel d’avoir ainsi dans L’Église des témoins. »
                        Chloé est étudiante en lettres à Paris, elle représentait la communauté Fondacio.
    À l’issue de ce pré synode, les quelque 300 participants ont remis à l’occasion de la messe des Rameaux, le dimanche 25 mars dernier, au Pape François un document final, synthèse de leurs échanges et réflexions pour le monde de demain. Les jeunes ont pu y faire figurer leur vision de monde, leurs attentes pour une Église au sein de laquelle ils souhaitent tout particulièrement pouvoir prendre une plus grande place.
    Télécharger le document final du pré synode en bas de page

    Hier, jeudi 5 avril, les jeunes français ont remis à Mgr Lacombe un exemplaire du document final.


mardi 3 avril 2018

  • Commentaires du dimanche 8 avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 8 avril 2018
    2éme dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 4, 32 – 35
    32 La multitude de ceux qui étaient devenus croyants
    avait un seul coeur et une seule âme ;
    et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre,
    mais ils avaient tout en commun.
    33 C’est avec une grande puissance
    que les Apôtres rendaient témoignage
    de la résurrection du Seigneur Jésus,
    et une grâce abondante reposait sur eux tous.
    34 Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence,
    car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons
    les vendaient,
    35 et ils apportaient le montant de la vente
    pour le déposer aux pieds des Apôtres ;
    puis on le distribuait en fonction des besoin de chacun.

    UN NOUVEAU MODE DE VIE
    On trouve plusieurs textes comme celui-ci dans le livre des Actes des Apôtres : des sortes de résumés (on les appelle des « sommaires ») de ce qu’était la vie de la première communauté chrétienne, dans les premiers temps de l’Eglise.
    Les apôtres ont reçu l’Esprit-Saint à la Pentecôte et saint Luc nous décrit ici en quoi consiste la vie nouvelle qui s’instaure dans la toute première communauté chrétienne. Première insistance, l’unité : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul coeur et une seule âme ». Luc constate : la foi illumine tellement l’existence des croyants que, inévitablement, on n’a plus qu’un seul coeur et une seule âme ! Jésus l’avait bien dit : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples » (Jn 13, 35).
    Deuxième insistance de ce texte : cette unité se traduit concrètement en partage des biens. Dès la première phrase, les deux choses sont inséparables : « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul coeur et une seule âme ET personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun…
    Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. » Evidemment, cela va de soi : on ne peut pas dire qu’on n’a qu’un seul coeur et une seule âme, si on peut laisser l’autre dans la misère et fermer les yeux sur ses besoins.
    Saint Luc ne cherche pas ici à nous faire un cours d’économie ni à nous prescrire le régime social idéal, ce n’est pas son propos ; il dit quelque chose de beaucoup plus profond ; le fond de sa pensée, il nous le livre dans la phrase centrale de ce passage ; à elle toute seule, la composition de ces quelques lignes a son importance : deux phrases semblables en encadrent une troisième, il y a donc ce qu’on appelle une inclusion ; et cette inclusion-là est tout-à-fait instructive. Première phrase : « Les chrétiens n’avaient qu’un seul coeur et qu’une seule âme ; personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais on mettait tout en commun. » Troisième phrase, « Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et on distribuait le montant de la vente en fonction des besoins de chacun. » Donc deux phrases qui disent le partage des biens matériels.
    La phrase centrale, au premier abord parle de tout autre chose : « C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous ». En réalité, la construction même du texte prouve que pour Saint Luc, le partage fraternel de tous les biens est précisément une des façons de témoigner de la résurrection du Christ qui est le coeur de la foi chrétienne. Depuis la Résurrection du Christ, l’humanité nouvelle est née, celle qui est capable, désormais, de vivre au jour le jour l’amour et le partage (à condition de se laisser en permanence guider par l’Esprit Saint).
    Pour les apôtres, la Résurrection du Christ est « l’Événement » qui a tout changé : le Christ est ressuscité et son Esprit, sa puissance d’aimer les habite. « Une grâce abondante reposait sur eux tous » : la grâce, c’est la présence de Dieu en nous, c’est l’amour de Dieu en nous. Apôtres et baptisés sont habités par l’amour, un amour tellement puissant qu’il les transforme complètement, au point de leur faire voir tout autrement les réalités matérielles. Il arrive bien dans nos vies qu’un grand événement, heureux ou malheureux, change complètement nos priorités. Des choses qui nous paraissaient jusque-là insignifiantes prennent tout d’un coup une grande valeur, d’autres auxquelles nous tenions beaucoup nous apparaissent tout d’un coup secondaires.
    Un jeune couple qui a la joie d’accueillir un enfant, par exemple, sacrifiera de bon coeur sa liberté ; et on entend souvent les rescapés d’un grand accident ou d’une maladie dire que, pour eux, rien ne sera plus comme avant.
    LE PARTAGE DES BIENS
    Pour les premiers Chrétiens, nous dit Luc, la possession des biens matériels n’est plus une priorité : « Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre » ; il y a une nuance appréciable ! On possède des biens, on ne s’en prétend pas propriétaire, mais on met tout en commun pour que ces biens comblent les besoins de tous et que personne ne soit dans la misère ; en d’autres termes, ils se comportaient, non en propriétaires mais en intendants. Il faut reconnaître qu’il y a là tout un changement de mentalité… Il y faut bien la puissance de la grâce ! On est dans la droite ligne, une fois de plus, de l’Ancien Testament : toute la prédication prophétique visait à une double prise de conscience : premièrement, tout ce que nous possédons est cadeau de Dieu ; deuxièmement, tout homme est un frère.
    Première prise de conscience, tout ce que nous possédons est cadeau de Dieu : le geste d’offrande des récoltes au printemps était justement un geste de reconnaissance au vrai sens du terme : on reconnaissait que tout était cadeau et on en était reconnaissants ! Et le leitmotiv du Livre du Deutéronome est « garde-toi d’oublier », sous-entendu « que tout est cadeau ». Deuxième prise de conscience, tout homme est un frère. Le livre de Job a cette formule extraordinaire : « C’est le même Dieu qui nous a formés dans le sein » (Jb 31, 15), et Isaïe parle bien de tout homme quand il dit : « Partage ton pain avec l’affamé, les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras », et il termine « Devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas » (Is 58, 7). « Celui qui est ta propre chair », c’est-à-dire ton frère.
    Saint Luc constate que quand les Ecritures sont accomplies, quand enfin on vit dans le régime de la Nouvelle Alliance, à laquelle nous préparait l’Ancien Testament, les croyants sont tous réellement frères… et alors, c’est logique, s’instaure une véritable vie de famille : entre frères, on peut tout mettre en commun.

    PSAUME – 117 (118), 1.4. 16-17. 22-23. 24-25
    Alleluia !
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR : il est bon !
    Eternel est son amour !
    4 Qu’ils le disent, ceux qui craignent le SEIGNEUR,
    Eternel est son amour !
    16 Le bras du SEIGNEUR se lève,
    le bras du SEIGNEUR est fort !
    17 Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
    pour annoncer les actions du SEIGNEUR.
    22 La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle ;
    23 c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
    la merveille devant nos yeux.
    24 Voici le jour que fit le SEIGNEUR,
    qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
    25 Donne, SEIGNEUR, donne le salut !
    Donne, SEIGNEUR, donne la victoire !

    UN PSAUME POUR LA FETE DES TENTES
    « Voici le jour que fit le SEIGNEUR, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » Cette simple phrase dit que ce psaume est chanté à l’occasion d’une fête annuelle très joyeuse au temple de Jérusalem, la fête des tentes ; ce psaume 117/118 fait partie d’un groupe de psaumes qu’on appelle les psaumes du Hallel (Hallel signifie louange) qui étaient toujours chantés pour cette fête et l’acclamation « Donne, Seigneur, donne le salut » est la traduction exacte du mot « Hosanna » qui était le refrain de la fête des tentes. Nous avons l’habitude de chanter « Hosanna » dans le sens de l’action de grâce « Dieu nous sauve », mais son sens premier, c’est « sauve donc » qui est une supplication.
    Cette fête des tentes tient son nom des tentes sous lesquelles on vivait chaque année pendant huit jours, en souvenir des campements dans le désert du Sinaï, au cours de la longue marche de l’Exode. C’était un moment privilégié pour se rappeler l’oeuvre de Dieu pour libérer son peuple : Dieu avait vu les esclaves en Egypte, il avait compris leurs souffrances ; il avait confié à Moïse la mission de libérer ce peuple et il avait, pas à pas, au milieu de toutes les épreuves du désert, accompagné cette entreprise de libération… Et le peuple humilié avait pu relever la tête ; à partir de cette expérience première, on a découvert que Dieu est celui qui, toujours, relève les humiliés. Ce n’est pas un hasard si le premier des psaumes du Hallel, le psaume 112/113 développe justement ce thème : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple » (Ps 112/113, 7-8). Nous ne réalisons peut-être plus la découverte que cela représente ; à une époque où toutes les divinités étaient imaginées sur le modèle des conquérants humains, hommes de pouvoirs, de victoires guerrières et de démonstrations de prestige, le Dieu d’Israël s’est fait connaître comme celui qui couronne les exclus.
    LA LOGIQUE DE DIEU
    A la logique humaine la plus fondée, la plus sage, il oppose sa logique à lui, sa sagesse à lui ; « ses pensées ne sont pas nos pensées », disait Isaïe.
    Avec lui, les derniers sont premiers et les premiers derniers. Les bâtisseurs, c’est-à-dire ceux qui s’y connaissent en matière de construction, peuvent bien mépriser une pierre et la mettre au rebut, le Seigneur, lui, saura en faire une pierre maîtresse. « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». De ce qui semblait perdu, promis à la mort, Dieu fait surgir la vie. C’est bien ce qui s’est passé pour ce petit peuple qu’il a choisi et à qui il a confié une mission de leader pour l’humanité ; car ce peuple si souvent humilié se sait porteur d’une grande promesse : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du SEIGNEUR. »
    Alors, ils peuvent le dire, « ceux qui craignent le SEIGNEUR », « éternel est son amour ». Ce psaume a certainement été écrit assez tardivement, puisqu’il a eu le temps d’intégrer cette merveilleuse découverte qu’a faite le peuple d’Israël, à savoir qu’il n’y a pas de raisons d’avoir peur de Dieu ! Le mot « craindre » figure encore dans la Bible, mais il a complètement changé de sens : tant qu’on imagine Dieu comme un potentat à la manière des hommes, on a tout lieu de rester sur ses gardes et de chercher par tous les moyens à ne pas lui déplaire… Mais toute la pédagogie biblique a fait découvrir le vrai visage de Dieu, celui du Père de toute miséricorde ; alors on n’éprouve plus pour lui que la confiance et l’admiration du tout-petit envers le grand : une admiration nourrie de la simple reconnaissance de notre propre petitesse et de l’expérience de sa constante tendresse.
    « Si vous ne redevenez semblables à des enfants, disait Jésus, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». (Mt 18, 3).
    Une autre preuve que la « crainte » de Dieu dans la Bible n’est en définitive que de l’amour, c’est que la crainte de Dieu est l’un des dons de l’Esprit. C’était la promesse d’Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du SEIGNEUR, et il lui inspirera la crainte du SEIGNEUR » (Is 11, 2). L’Esprit de Dieu qui est l’Amour même peut-il nous donner autre chose que l’amour ?
    Et pourtant, c’est d’avoir clamé cela un peu trop fort que Jésus est mort ; d’où vient que cette logique de Dieu nous est si irrémédiablement étrangère ? « Irrémédiablement » ? Non, parce que notre espérance, justement, c’est que l’Esprit du Christ finira bien par imprégner toute l’humanité, comme une tache d’huile. Quand Israël chante, et nous à sa suite « Voici le jour que fit le SEIGNEUR, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! », nous ne pensons pas seulement au passé, à l’oeuvre de libération déjà accomplie ; nous annonçons encore plus la libération définitive de l’humanité : le jour où tout homme se saura aimé de Dieu et se laissera envahir et combler par l’Esprit d’amour. Comme dit encore Isaïe « la connaissance du SEIGNEUR emplira l’univers comme les eaux recouvrent les mers » (Is 11, 9). C’est dans cet esprit que nos frères juifs continuent à célébrer d’année en année cette fête des tentes dans la joie et l’espérance.

    DEUXIEME LECTURE – première lettre de l’apôtre Jean 5, 1 – 6
    1 Celui qui croit que Jésus est le Christ,
    celui-là est né de Dieu ;
    celui qui aime le Père qui a engendré
    aime aussi le Fils qui est né de lui.
    2 Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu :
    lorsque nous aimons Dieu
    et que nous accomplissons ses commandements.
    3 Car tel est l’amour de Dieu :
    garder ses commandements,
    et ses commandements ne sont pas un fardeau,
    4 puisque tout être qui est né de Dieu
    est vainqueur du monde.
    Or la victoire remportée sur le monde,
    c’est notre foi.
    5 Qui donc est vainqueur du monde ?
    N’est-ce pas celui qui croit
    que Jésus est le Fils de Dieu ?
    6 C’est lui, Jésus Christ,
    qui est venu par l’eau et par le sang :
    non pas seulement avec l’eau,
    mais avec l’eau et avec le sang.
    Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit,
    car l’Esprit est la vérité.

    IL EST GRAND, LE MYSTERE DE LA FOI
    Dans cette lettre, Saint Jean met en garde les Chrétiens contre certains maîtres à penser (plutôt des maîtres à mal penser !) dont les théories défigurent la foi chrétienne. Manifestement, il y a des loups dans la bergerie ! Pour aider ses Chrétiens qui n’y voient plus très clair dans tout ce qu’on raconte, Jean rédige une sorte de Credo minimum. Il tient en trois points : Premier point, Jésus de Nazareth est vraiment Fils de Dieu. Deuxième point, le croyant, le Chrétien, est lui-même né de Dieu, il vit désormais une vie nouvelle, une vie d’enfant de Dieu. Troisième point, cette vie nouvelle consiste à aimer Dieu et les autres.
    Ces trois points sont annoncés tous les trois dès le premier verset : « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ; tout homme qui aime le Père (sous-entendu parce qu’il est son enfant) aime aussi celui qui est né de lui (c’est-à-dire les autres enfants de Dieu). »
    Premier point : Jésus de Nazareth est vraiment Fils de Dieu ; visiblement, c’est sur ce noyau central de la foi que portait la polémique ! On sait bien que les premiers Chrétiens ont dû affronter très tôt la persécution juive ; c’est normal : pour les Juifs, ils étaient une secte hérétique et il fallait absolument les empêcher de se développer. Mais on oublie quelquefois qu’un autre grand problème des premières communautés chrétiennes venait de l’intérieur. Entre Chrétiens, on discutait à l’infini sur le mystère de la personne de Jésus. Ce qui prouve, au passage, que les discussions théologiques ne sont pas d’aujourd’hui !
    Jean ne prétend pas expliquer comment il se fait que cet homme, Jésus, fait de chair et d’os, comme les autres, mortel comme les autres, soit en même temps le Christ, l’Envoyé de Dieu, le Fils de Dieu. Aucun homme ne peut comprendre et encore moins oser expliquer ce mystère parce que personne ne peut pénétrer les pensées de Dieu : pour l’esprit humain, les pensées de Dieu sont proprement « impensables »… Mais Jean affirme avec force que Jésus est en même temps pleinement homme et pleinement Dieu. Ne voir en Jésus que l’homme ou que Dieu, c’est le diviser, c’est ne plus être Chrétien. Un peu plus haut, dans cette première lettre, il l’a dit : « Tout esprit qui divise Jésus n’est pas de Dieu… » (1 Jn 4, 3). Et encore : « Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? » (1Jn 2, 22).
    La phrase « Jésus-Christ est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang » est précisément une manière d’affirmer l’humanité du Christ ; le mot « venu » dit l’Incarnation ; et la formule « pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang » veut bien dire « il n’est pas question de retenir seulement l’événement glorieux du Baptême (symbolisé par l’eau) et de refuser l’humiliation de la croix (symbolisée par le sang) ».
    On trouvait la même insistance, déjà, dans l’évangile de Jean ; par exemple, il a noté les propos de Jean-Baptiste dans ce sens, au moment du Baptême, justement : « Moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu » (Jn 1, 34).
    LA VIE NOUVELLE DES ENFANTS DE DIEU
    Deuxième point : le croyant, le Chrétien, est lui-même né de Dieu, il vit désormais une vie nouvelle, une vie d’enfant de Dieu. Pour Jean, c’est un sujet d’émerveillement devant ce que Paul appellerait le « dessein bienveillant » de Dieu : « Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes ! Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : il n’a pas découvert Dieu. Mes bien-aimés, dès à présent, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jn 3,1-2). Nous sommes dans la droite ligne de l’évangile de Jean : « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme… A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 9. 12-13).
    Troisième point : Cette vie nouvelle consiste à aimer Dieu et les autres. Une fois de plus, on est frappés de voir à quel point, dans toute la Bible, foi et amour sont indissociables ! Ce n’est pas une leçon de morale, ce serait plutôt une vérification d’identité ! (« Tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de lui. ») Pour Jean, c’est une évidence ; par exemple, dans cette même lettre : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu » (1 Jn 4, 7) ; l’amour fraternel est une évidence de la foi : pourquoi ? Tout simplement, parce que la source de la foi, c’est l’Esprit-Saint, et la source de l’amour, c’est aussi l’Esprit-Saint. C’est le même Esprit qui, en nous, fait naître la foi, qui nous mène à la vérité tout entière, comme disait Jésus, ET qui rend nos coeurs capables d’aimer, puisqu’il est l’amour même. Par la foi, nous sommes enfants de Dieu, et les autres sont également enfants de Dieu ; ils sont donc nos frères et nous les regardons avec les yeux de Dieu.
    A ceux qui trouveraient cela trop beau pour être vrai, Jean répond : « Tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde » ; c’est-à-dire désormais vous ne vivez plus à la manière du monde sans Dieu, vous vivez à la manière de Dieu. Désormais, sur la terre, aimer est devenu possible… parce que rien n’est impossible à Dieu.

    EVANGILE – selon Saint Jean 20 , 20, 19 – 31
    C’était après la mort de Jésus,
    19 le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
    alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
    étaient verrouillées par crainte des Juifs,
    Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
    Il leur dit :
    « La paix soit avec vous ! »
    20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
    Les disciples furent remplis de joie
    en voyant le Seigneur.
    21 Jésus leur dit de nouveau :
    « La paix soit avec vous !
    De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.
    22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
    et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
    23 A qui vous remettrez ses péchés,
    ils seront remis ;
    A à qui vous maintiendrez ses péchés,
    ils seront maintenus. »
    24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme
    (c’est-à-dire« jumeau »)
    n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
    25 Les autres disciples lui disaient :
    « Nous avons vu le Seigneur ! »
    Mais il leur déclara :
    « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous,
    si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous,
    si je ne mets pas la main dans son côté,
    non, je ne croirai pas. »
    26 Huit jours plus tard,
    les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison
    et Thomas était avec eux.
    Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées,
    et il était là au milieu d’eux.
    Il dit : « La paix soit avec vous ! »
    27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
    avance ta main, et mets-là dans mon côté :
    cesse d’être incrédule,
    sois croyant. »
    28 Alors Thomas lui dit :
    « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
    29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois.
    Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
    30 Il y a encore beaucoup d’autres signes
    que Jésus a faits en présence des disciples
    et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
    31 Mais ceux-là y ont été écrits
    pour que vous croyiez
    que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,
    et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

    LE PROJET DE DIEU EST ACCOMPLI
    Cet évangile nous est proposé chaque année pour le deuxième dimanche de Pâques, il faut croire qu’il fait partie des textes les plus importants pour la foi chrétienne. Cette année, je voudrais mettre en relief le mot qui court sous toutes les phrases… (le mot « accomplissement »)
    Il me semble que le maître-mot de ce texte est le mot « accomplissement » ; pour le dire autrement, Jean aurait pu commencer ce passage par les mots qui, chez lui, sont les dernières paroles du Christ en croix : « Tout est achevé ». Pour Jean, c’est évident, depuis la Résurrection du Christ, le projet de Dieu pour l’humanité est accompli.
    Par exemple, comme par hasard, cela se passe à Jérusalem ! La ville faite pour la paix, comme son nom l’indique (Yerushalaïm) et Jésus y annonce et y donne sa paix ; il dit « Shalom » et parce qu’il est Dieu, et enfin reconnu comme tel, sa Parole est efficace, créatrice. Réellement, sa paix s’accomplit ; Jean a certainement en tête toutes les promesses des prophètes, par exemple Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné… le prince de la paix… » (Is 9) ; et aussi Jérémie : « Moi, dit Dieu, je sais les projets que j’ai formés sur vous, projets de prospérité (de « shalom ») et non de malheur… » (Jr 29, 11). Et les disciples sont dans la joie : Jean se souvient de la parole du Christ, le dernier soir : « Vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre coeur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira. » (Jn 16, 22). Vous me direz : il reste beaucoup à faire : oui, bien sûr, la paix est semée par Jésus, à nous de faire fructifier !
    Ensuite, « C’était le soir du premier jour de la semaine » : dans la lecture juive du récit de la Création, ce premier jour était appelé « Jour UN » au sens de « premier jour » mais aussi « jour unique », parce que d’une certaine manière il englobait tous les autres, comme la première gerbe de la récolte annonce toute la moisson… Et aujourd’hui encore, le peuple juif attend le Jour Nouveau qui sera le jour de Dieu, lorsqu’il renouvellera la première Création. Pour les Chrétiens, ce Jour s’est levé au matin de Pâques ; chaque dimanche, nous annonçons que le Jour du Seigneur, le Jour de la Création Nouvelle est enfin venu, que le dessein bienveillant de Dieu est accompli.
    LE RENOUVELLEMENT DE LA CREATION
    C’est précisément ce jour-là, le premier jour de la semaine que le Christ donne l’Esprit à ses disciples, comme le prophète Ezéchiel l’avait annoncé : « Je mettrai en vous mon propre Esprit ». Jésus « souffle » sur ses disciples et dit « Recevez l’Esprit Saint » ; Jean a repris intentionnellement le mot du livre de la Genèse (Gn 2, 7) : comme Dieu a insufflé à l’homme l’haleine de vie, Jésus inaugure la création nouvelle en insufflant à l’homme son esprit. En écho, la quatrième prière eucharistique rend grâce pour le don de l’Esprit, « le premier don fait aux croyants ». Si bien que Jérusalem, la ville de toutes les promesses, est aussi la ville du don de l’Esprit : c’est là que s’est accomplie la promesse du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair… Alors quiconque invoquera le nom du SEIGNEUR sera sauvé. » (Jl 3, 1. 5). Et la mission que Jésus confie aussitôt à ses apôtres est une mission de paix et de réconciliation ; là encore, à nous de jouer, pour que Jérusalem, la ville de la paix, porte bien son nom.
    « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». A Pilate, trois jours avant, Jésus a dit « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37) et Pilate avait posé la question « Qu’est-ce que la vérité ? »
    Jésus confie désormais à ses disciples la mission d’annoncer à leur tour au monde la vérité, la seule dont les hommes aient besoin pour vivre : « Dieu est Père, il est Amour, il est pardon et miséricorde ». « Je vous envoie » : on se souvient que « les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient » ; il leur dit : « Je vous envoie », c’est-à-dire, il n’est plus question de rester verrouillés ! La mission est urgente, le monde meurt de ne pas savoir la vérité ; cette vérité vers laquelle, progressivement, patiemment l’Esprit mène l’humanité.
    « Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. » (Jn 16, 13).


lundi 2 avril 2018

  • Homélie du dimanche 8 avril

    Dimanche 8 avril 2018
    2e dimanche de Pâques
    Références bibliques :
    Lecture des Actes des Apôtres : 4. 32-35: « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi, avaient un seul coeur et une seule âme.  »
    Psaume 117 : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et jour de joie ! »
    Première lettre de saint Jean 5. 1-6 : « Ses commandements ne sont pas un fardeau. »
    Evangile selon saint Jean. 20. 19 à 31 : « Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées. »
    ***
    Les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes appellent ce dimanche, le dimanche de Thomas. Elles veulent ainsi souligner que l’attitude de l’apôtre incrédule mais profondément croyant est aussi la nôtre.
    REUNIS AU CENACLE.
    La journée que les apôtres viennent de vivre, a été faite de bouleversements depuis le matin. Des femmes sont venues leur dire que le tombeau est vide. Pierre l’a constaté et Jean croit déjà à la résurrection. Une discussion est née dans le groupe qui met à jour les divergences d’interprétation qui les divisent.
    Le départ des deux disciples vers Emmaüs le prouve. Ceux-là n’ont pu accepter les dires de ces femmes. Ils ne croiront les dires de Pierre et de Jean que s’ils en font la preuve. Leur espérance est déçue. Ils s’enferment pour éviter les importuns, dont ils ont peur sans doute. Mais saint Jean souligne ce détail afin de montrer aussi que le Christ, qui les rejoint au soir du premier jour de la semaine, use désormais de son pouvoir d’une façon surnaturelle.
    Durant les trois années de sa vie publique, il n’en a jamais usé ainsi avec eux, sauf au sommet du Thabor, pour quelques-uns et pour quelques instants. Ce soir, ils sont ensemble parce qu’ils ne peuvent se séparer après trois années partagées avec Jésus de Nazareth, trois années intenses.
    Ils viennent aussi de vivre trois journées bouleversantes et ils ont besoin de reprendre les paroles de Jean, de Pierre et de Marie Madeleine pour les accorder avec tant et tant d’enseignements reçus sur les routes de Palestine. Ce ne sont peut-être pas seulement des rumeurs d’illusions.
    IL EST LA AU MILIEU D’EUX
    Jésus se trouve soudain au milieu d’eux. Nous pouvons certes donner une signification mystique à cette venue, toutes portes closes. Ils ne l’attendaient pas. Ainsi pénètre-t-il dans nos vies, même si elles se ferment parfois à sa grâce. « Lorsque vous serez réunis, deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous » (Matthieu 18. 20)
    Ce soir, ce n’est pas une présence mystique, mais une réalité humaine et divine tout à la fois. Il a conservé sur son corps ressuscité la trace des blessures et, sans mettre en avant le mérite de ses souffrances, leur donne aux apôtres le témoignage de qui il est en plénitude. Il ne rappelle pas des souvenirs.
    La petite communauté apostolique l’a peut-être fait durant cette journée repliée sur elle-même au risque de ne plus vivre que d’espoirs déçus et de se disperser, comme cela vient de commencer avec Cléophas et son compagnon qui marchent vers Emmaüs.
    S’il est là au milieu d’eux, c’est pour les entraîner à sa suite. Ils seront les témoins et les envoyés. Par cette deuxième transmission de sa paix, il leur confirme immédiatement qu’ils doivent aussi la transmettre aux autres.
    Remettre les péchés, c’est donner la vie spirituelle à qui l’a perdue ou à qui l’a amoindrie. Et il a donné sa vie pour que les péchés des hommes soient remis.
    RECEVEZ L’ESPRIT SAINT
    Il leur en avait parlé, au soir du Jeudi-Saint. Trois jours après, en ce soir de Pâques, il insiste sur son action en eux et parmi les hommes. L’Esprit Saint est latent en eux et la Pentecôte rendra manifeste cette présence par sa venue.
    De même pour nous. L’Esprit peut reposer en nous sans nous montrer sa force. Il nous faudra toujours renouveler la grâce de la Pentecôte. . En rappelant qu’il est le Christ souffrant, le Christ uni à son Père qui l’a envoyé, le Christ dont l’action sera poursuivie et amplifiée par l’Esprit, Jésus relie, dans la pensée et la foi de ses apôtres, tout ce qu’il leur avait dit et ce dont il a témoigné avec eux.
    Ils ne reconnaissent pas seulement l’ami avec qui ils ont tant partagé, ils reconnaissent le Fils de Dieu, le Seigneur. Et c’est ainsi d’ailleurs qu’ils en témoigneront auprès de Thomas : »Nous avons vu le Seigneur. » Avec toute la force qu’une telle appellation peut avoir dans la foi religieuse des vrais Juifs croyants.
    THOMAS A BESOIN DE PREUVES
    Thomas a besoin de preuves qui s’appuient sur une expérience concrète. Ce n’est pas qu’il soit un homme récalcitrant. Il est un homme de bonne volonté et tout d’une pièce. C’est lui qui, lors de l’annonce de la montée à Jérusalem, avait bousculé les apôtres inquiets des événements qu’ils pressentaient. C’est lui qui les avait entraînés dans sa générosité (Jean 11. 16) : »Allons nous aussi et mourons avec lui. »
    Mais il juge les choses à sa façon. Il a toujours eu du mal à entrer dans la pensée de son Maître (Jean 14. 5) et aujourd’hui, encore, il veut des preuves, même s’il n’est pas question pour lui de quitter pour autant le groupe des apôtres.
    Quand Jésus revient huit jours après, il salue ses amis et immédiatement s’adresse à Thomas. Il ne le blâme pas. D’ailleurs les autres disciples seraient aussi à blâmer, car, eux aussi, ils n’ont cru à la résurrection qu’après avoir vu le Ressuscité.
    Jésus admet qu’un acte de foi soit précédé par l’adhésion de l’esprit humain à certains éléments qui entraînent la crédibilité. La foi, même si elle dépasse la raison, n’est pas irraisonnable. En ouvrant ses deux mains (« Vois mes mains. »), il l’invite même à le toucher en une épreuve à laquelle Thomas avait dit attacher une grande importance.
    Rien ne dit qu’il exécute le geste que Jésus lui propose de faire. Mais son mouvement va plus loin. Il reconnaît la divinité de Jésus. Non seulement il est Seigneur. Mais il est Dieu !
    ***
    En nous faisant souvenir de la première communauté de Jérusalem, l’Eglise nous rappelle que nous pouvons servir tous ceux qui sont dans le besoin, la misère, la souffrance, la solitude.
    C’est désormais en eux que nous est donné la possibilité de rejoindre le Christ souffrant de la croix, solitaire du jardin de Gethsémani, abandonné, méprisé. C’est ainsi qu’il nous ouvre ses mains : « Avance ton doigt ici. »
    « Augmente en nous ta grâce pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître et quel sang nous a rachetés. » (Prière d’ouverture de la liturgie de ce dimanche)


mercredi 28 mars 2018

  • La CEF invite à la marche blanche initiée par le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France ce mercredi 28 mars

    Vendredi 23 mars Madame Mireille Knoll était assassinée chez elle. La Conférence des évêques de France exprime sa profonde tristesse devant l’horreur de ce geste. Elle assure de son soutien et de sa prière sa famille et toute la communauté juive, encore une fois touchée, en raison de sa religion.
    En ce moment de douleur, les catholiques veulent manifester leur fraternité à leurs amis juifs et leur redire avec Saint Jean Paul II : « Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés » (visite à la Synagogue de Rome, 1986).
    L’antisémitisme, comme toute forme de racisme, reste un fléau dont le meilleur rempart sera la cohésion nationale.
    En signe d’expression de la compassion de tous les Français, la Conférence des évêques de France encourage tout un chacun à se joindre à la marche blanche au départ de la Place de la Nation ce mercredi 28 mars à 18h30.


lundi 26 mars 2018

  • Tout savoir sur Pâques

    Cette semaine, du 26 mars au 1er avril, plusieurs temps forts marqueront la vie des chrétiens qui cheminent vers Pâques. De la célébration de la messe chrismale à la Vigile pascale, retrouvez toutes les questions mais aussi les réponses autour de cette grande fête chrétienne célébrant la victoire du Christ sur la mort.
    Parmi les célébrations jalonnant cette montée vers Pâques – messe du dimanche des Rameaux, messe de la Cène du Seigneur, office de la Passion, Vigile pascale et messe de Pâques – l’une d’entre elles tient une place particulière : la Vigile pascale. La Vigile pascale rassemble, par ses rites, tous les éléments du message de Pâques.
    Les baptêmes d’adultes et de jeunes, qui seront célébrés cette nuit-là, rejaillissent sur toute la communauté et rappellent à chacun les promesses de son baptême.

    La semaine Sainte et Pâques se vivent aussi sur la web TV de la Conférence des évêques de France (cliquez sur l’image pour accéder au site).


  • Commentaires du dimanche 1er avril

    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
    dimanche 1er avril 2018
    dimanche de Pâques

    1ère lecture
    Psaume
    2ème lecture
    Evangile

    PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 10, 34…43
    En ces jours-là,
    quand Pierre arriva à Césarée
    chez un centurion de l’armée romaine,
    34 il prit la parole :
    37 « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs
    depuis les commencements en Galilée,
    après le baptême proclamé par Jean :
    38 Jésus de Nazareth,
    Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance.
    Là où il passait, il faisait le bien
    et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable,
    car Dieu était avec lui.
    39 Et nous, nous sommes témoins
    de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem.
    Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois du supplice,
    40 Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
    41 Il lui a donné de se manifester,
    non pas à tout le peuple,
    mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance,
    à nous qui avons mangé et bu avec lui
    après sa résurrection d’entre les morts.
    42 Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner
    que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts.
    43 C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage :
    quiconque croit en lui
    reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

    Pierre est à Césarée sur Mer (il y avait là effectivement une garnison romaine), et il est entré dans la maison de Corneille, un officier romain.
    Comment en est-il arrivé là ? Et que vient-il y faire ? En fait, si Pierre est là, c’est qu’il a été quelque peu bousculé par l’Esprit Saint. Il faut relire le récit de la vision de Joppé dans ce même chapitre des Actes. D’autre part, peu de temps auparavant, Pierre vient d’accomplir deux miracles : il a guéri un homme, Enée, à Lydda, et ensuite, il a ressuscité une femme, Tabitha, à Joppé (on dirait aujourd’hui Jaffa ; Ac 9, 32 – 43). Ces deux miracles lui ont prouvé que le Seigneur ressuscité était avec lui et agissait à travers lui. Car Jésus avait bien annoncé que, comme lui, et en son nom, les apôtres chasseraient les démons, guériraient les malades, et ressusciteraient les morts.
    Ce sont ces deux miracles qui ont donné à Pierre la force de franchir l’étape suivante, qui est décisive : il s’agit cette fois d’un miracle sur lui-même, si l’on peut dire ! Car, pour la première fois, contrairement à toute son éducation, à toutes ses certitudes, Pierre, le Juif, franchit le seuil d’un païen, Corneille, le centurion romain ; il est vrai que Corneille est un païen très ami des Juifs, on dit qu’il est un « craignant Dieu » ; c’est-à-dire un converti à la religion juive mais qui n’est pas allé jusqu’à en adopter toutes les pratiques, y compris la circoncision. Or la circoncision est la marque de l’Alliance ; donc un « craignant Dieu » reste un incirconcis, un païen. Et c’est chez ce païen, Corneille, que Pierre est entré et il y annonce la grande nouvelle : Jésus de Nazareth est ressuscité ! (Et, ce même jour, Corneille sera baptisé ainsi que toute sa famille.) Traduisez : l’Evangile est en train de déborder les frontières d’Israël !
    On dit souvent que Paul est l’apôtre des païens, mais il faut rendre justice à Pierre : si l’on en croit les Actes des Apôtres, c’est lui qui a commencé, et à Césarée, justement, chez le centurion romain Corneille.
    Et ce que nous venons d’entendre, c’est donc le discours que Pierre a prononcé chez Corneille, en ce jour mémorable. D’où l’importance de la dernière phrase du texte que nous venons d’entendre ; Pierre vient de comprendre : « Quiconque croit en lui (Jésus) reçoit par son nom le pardon de ses péchés. » Tout homme, c’est-à-dire pas seulement les Juifs : même des païens peuvent entrer dans l’Alliance. Le salut a d’abord été annoncé à Israël, mais désormais il suffit de croire en Jésus-Christ pour recevoir le pardon de ses péchés, c’est-à-dire pour entrer dans l’Alliance avec Dieu. Et donc tout homme, même non-Juif (c’est le sens du mot « païen » ici), peut être baptisé au nom de Jésus.
    Visiblement, ce fut la grande découverte des premiers Chrétiens, Paul et Pierre y insistent tous les deux : il suffit de croire en Jésus pour être sauvé !
    L’ensemble du discours de Pierre chez Corneille est révélateur de l’état d’esprit des Apôtres dans les années qui ont suivi la Résurrection de Jésus. Ils avaient été les témoins privilégiés des paroles et des gestes de Jésus, et ils avaient peu à peu compris qu’il était le Messie que tout le peuple attendait. Et puis, il y avait eu le Vendredi-Saint : Dieu avait laissé mourir Jésus de Nazareth ; certainement, Dieu n’aurait pas laissé mourir son Messie, son Envoyé ; leur déception avait été immense ; Jésus de Nazareth ne pouvait pas être le Messie.
    Et puis ce fut le coup de tonnerre de la Résurrection : non, Dieu n’avait pas abandonné son Envoyé, il l’avait ressuscité. Et les Apôtres avaient eu de nombreuses rencontres avec Jésus vivant ; et maintenant, depuis l’Ascension et la Pentecôte, ils consacraient toutes leurs forces à l’annoncer à tous ; c’est très exactement ce que Pierre dit à Corneille : « Nous, (les Apôtres), nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour… Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. »
    Il restera pour les Apôtres une tâche immense : si la résurrection de Jésus était la preuve qu’il était bien l’Envoyé de Dieu, elle n’expliquait pas pourquoi il avait fallu passer par cette mort infâmante et cet abandon de tous. La plupart des gens attendaient un Messie qui serait un roi puissant, glorieux, chassant les Romains ; Jésus ne l’était pas. Quelques-uns imaginaient que le Messie serait un prêtre, il ne l’était pas non plus, il ne descendait pas de Lévi ; et l’on pourrait faire la liste de toutes les attentes déçues.
    Alors les Apôtres ont entrepris un formidable travail de réflexion : ils ont relu toutes leurs Ecritures, la Loi, les Prophètes et les Psaumes, pour essayer de comprendre. Il a fallu tout ce travail de relecture, après la Pentecôte, à la lumière de l’Esprit Saint, pour arriver à dire, comme le fait Pierre ici : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent témoignage… Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a établi Juge des vivants et des morts ».
    Un autre aspect tout à fait remarquable de ce discours de Pierre, c’est son insistance pour dire que c’est Dieu qui agit ! Jésus de Nazareth était un homme apparemment semblable à tous les autres, mortel comme tous les autres… eh bien, Dieu agissait en lui et à travers lui : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance, Dieu était avec lui, Dieu l’a ressuscité, Dieu lui a donné de se manifester à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, Dieu l’a établi Juge des vivants et des morts… »
    Et la phrase qui résume tout cela : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit-Saint et de puissance. » Désormais, Pierre vient de le comprendre, tout homme, Juif ou païen, peut grâce à Jésus-Christ être lui aussi consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force !

    PSAUME – 117 ( 118 )
    1 Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon !
    Eternel est son amour !
    4 Oui, que le dise Israël :
    Eternel est son amour !
    16 Le bras du SEIGNEUR se lève,
    le bras du SEIGNEUR est fort !
    17 Non, je ne mourrai pas, je vivrai
    pour annoncer les actions du SEIGNEUR.
    22 La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
    est devenue la pierre d’angle.
    23 C’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
    la merveille devant nos yeux.

    Si l’on ne veut pas faire d’anachronisme, il faut admettre que ce psaume n’a pas été écrit d’abord pour Jésus-Christ ! Comme tous les psaumes, il a été composé, des siècles avant le Christ, pour être chanté au temple de Jérusalem. Comme tous les psaumes aussi, il redit toute l’histoire d’Israël, cette longue histoire d’Alliance : c’est cela qu’on appelle « l’oeuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux … ». C’est l’expérience qui fait dire au peuple élu : oui, vraiment, l’amour de Dieu est éternel ! Dieu a accompagné son peuple tout au long de son histoire, et toujours il l’a sauvé de ses épreuves.
    On a là un écho du chant de victoire que le peuple libéré d’Egypte a entonné après le passage de la Mer Rouge : « Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR, il est pour moi le salut » (Ex 15). Les mots « oeuvre » ou « merveille » sont toujours dans la Bible une allusion à la libération d’Egypte. Et quand je dis « allusion », le mot est trop faible, c’est un « faire mémoire » au sens fort de ressourcement dans la mémoire commune du peuple.
    « Le bras du SEIGNEUR se lève, Le bras du SEIGNEUR est fort », c’est aussi un faire mémoire de la libération d’Egypte. Et cette oeuvre de libération de Dieu n’est pas seulement celle d’un jour, elle est permanente, on l’a sans cesse expérimentée. C’est vraiment d’expérience qu’ils peuvent le dire « ceux qui craignent le SEIGNEUR » : « Eternel est son amour ». Et nous savons que les hommes de la Bible ont appris peu à peu à remplacer le mot « craindre » par le mot « aimer ».
    Et c’est cet amour éternel de Dieu qui fonde l’espérance : car, chaque fois qu’on chante les libérations du passé, c’est aussi et surtout pour y puiser la force d’attendre celles de l’avenir ; Dieu enverra son Messie et enfin on connaîtra le bonheur promis ; enfin le peuple élu et avec lui l’humanité tout entière connaîtront la paix et la justice. On en est loin encore quand ce psaume est composé… et aujourd’hui encore !
    Mais notre lointain ancêtre qui écrit ce psaume sait que Dieu est capable de transformer toutes les situations, y compris les situations de mort en situations de vie : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du SEIGNEUR ». C’est l’action de grâce du peuple qui a frôlé la mort et rend grâce pour sa libération. A l’heure où ce psaume est écrit, cela ne signifie pas une croyance en la résurrection ; nous savons bien que la foi en la résurrection n’est apparue que très tardivement en Israël ; cette affirmation « Non, je ne mourrai pas, je vivrai » est une réelle profession de foi, mais d’un autre ordre : c’est la certitude que Dieu n’abandonnera jamais son peuple : même dans les pires situations, quand l’avenir du peuple est compromis, on sait de façon absolument certaine que Dieu le fera survivre. Car la vocation de ce peuple, c’est précisément de vivre pour « annoncer les actions du SEIGNEUR ».
    Pour donner une idée de ces retournements que Dieu est capable d’opérer, on emprunte le langage des architectes : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Quand ce psaume est composé, ce n’est pas la première fois qu’on emploie l’image de la pierre angulaire pour parler de l’oeuvre de Dieu : Isaïe l’avait déjà fait (au chapitre 28).
    Dans une période où la société de Jérusalem se dégradait, où régnaient partout le mensonge, l’injustice, la corruption, le mépris des commandements de Dieu, le prophète rappelait qu’on récolte ce qu’on a semé : une telle société court inévitablement à sa perte. Isaïe avait dit alors quelque chose comme « Vous vous appuyez sur du vent ; on croirait vraiment que vous voulez mourir (« vous avez conclu un pacte avec la mort »…) Vous savez bien pourtant que le droit et la justice sont les seules valeurs sûres… Vous êtes comme des bâtisseurs qui choisiraient les plus mauvaises pierres pour faire les fondations ! Et qui rejetteraient systématiquement les bonnes pierres bien solides : traduisez les vraies valeurs.
    Mais un prophète ne reste jamais sur du négatif ! Car Dieu n’abandonne jamais son peuple… La construction est mal engagée ? Les architectes auxquels il l’avait confiée ont mal travaillé ? Qu’à cela ne tienne… Dieu va reprendre lui-même la direction des opérations. Il va rétablir le droit et la justice à Jérusalem. Il le fera comme un architecte, il va en quelque sorte rebâtir sa ville ! Mais sur des bases saines, cette fois.
    Voici ce passage d’Isaïe : « Voici que je pose dans Sion une pierre à toute épreuve, une pierre angulaire, précieuse, établie pour servir de fondation. Celui qui s’y appuie ne sera pas pris de court. Je prendrai le droit comme cordeau et la justice comme niveau. » (Is 28, 16).
    Notre psaume reprend cette image de la pierre angulaire et il la précise pour annoncer le retournement spectaculaire que Dieu va opérer. C’est sur toutes ces valeurs méprisées par les mauvais gouvernants que Dieu va bâtir une société nouvelle ; mieux, c’est de tous les petits, les humbles, les méprisés, qu’il va faire naître le peuple nouveau ! « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».
    Jésus lui-même a cité à son propre sujet cette parole prophétique « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » dans la parabole des vignerons homicides (qui tuent le fils du propriétaire) ; on trouve cette parabole dans les trois évangiles synoptiques : ce qui prouve l’importance de ce thème dans la première génération chrétienne (Mt 21, 33-46 ; Mc 12, 1-12 ; Lc 20, 9-19).
    C’est donc tout naturellement que ce psaume est devenu l’exultation pascale par excellence. Le Christ est cette pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs : il est devenu la pierre d’angle, la pierre de fondation de l’humanité nouvelle. Désormais, l’humanité libérée de la mort peut chanter avec lui : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du SEIGNEUR. »

    DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Col 3, 1-4 et aux Corinthiens 5, 6b – 8
    La liturgie nous propose deux lectures au choix, mais il est très intéressant de les lire et de les méditer toutes les deux ensemble ! Lecture de quelques versets de saint Paul dans la lettre aux Colossiens et dans la 1ère lettre aux Corinthiens
    Colossiens 3, 1-4
    1 Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ,
    recherchez les réalités d’en haut :
    c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
    2 Pensez aux réalités d’en haut,
    non à celles de la terre.
    3 En effet, vous êtes passés par la mort,
    et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu.
    4 Quand paraîtra le Christ, votre vie,
    alors vous aussi,
    vous paraîtrez avec lui dans la gloire.
    ————————————————-
    1 Corinthiens 5, 6b – 8
    Frères,
    6 Ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit
    pour que fermente toute la pâte ?
    7 Purifiez-vous donc des vieux ferments
    et vous serez une pâte nouvelle,
    vous qui êtes le pain de la Pâque,
    celui qui n’a pas fermenté.
    Car notre agneau pascal a été immolé :
    c’est le Christ.
    8 Ainsi, célébrons la Fête,
    non pas avec de vieux ferments,
    non pas avec ceux de la perversité et du vice,
    mais avec du pain non fermenté,
    celui de la droiture et de la vérité.

    Tout d’abord, il faut nous habituer au vocabulaire de saint Paul ; par exemple, nous pouvons être un peu surpris d’entendre : « Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes morts avec le Christ » : A vrai dire, si nous sommes là, vous et moi, aujourd’hui, c’est que nous sommes bien vivants… c’est-à-dire pas encore morts… et encore moins ressuscités ! Il faut croire que les mots n’ont pas le même sens pour Paul que pour nous ! Car, pour lui, depuis ce fameux matin de Pâques, plus rien n’est comme avant.
    Autre problème de vocabulaire : « Tendez vers les réalités d’en-haut, et non pas vers celles de la terre. » Il ne s’agit pas, en fait, de choses (qu’elles soient d’en-haut ou d’en-bas), il s’agit de conduites, de manières de vivre… Ce que Paul appelle les « réalités d’en-haut », il le dit dans les versets suivants, c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise… Notre vie tout entière est dans cette tension : notre transformation, notre résurrection est déjà accomplie en Christ mais il nous reste à égrener cette réalité profonde, très concrètement au long des jours.
    Si on continuait la lecture, on trouverait cette expression : « Vous avez revêtu l’homme nouveau » ; et un peu plus loin « par-dessus tout, revêtez l’amour, c’est le lien parfait ». Il me semble que c’est le meilleur commentaire du passage que nous lisons aujourd’hui. « Vous avez revêtu », c’est déjà fait… « revêtez », c’est encore à faire.
    Nous retrouvons cette tension dans tout le reste de la prédication de Paul et en particulier dans cette même lettre aux Colossiens : « Vous qui autrefois étiez étrangers, vous dont les oeuvres mauvaises manifestaient l’hostilité profonde, voilà que maintenant Dieu vous a réconciliés dans le corps périssable de son Fils… Mais il faut que, par la foi, vous teniez solides et fermes, sans vous laisser déporter hors de l’espérance de l’Evangile… Que personne ne vous abuse par de beaux discours… Poursuivez donc votre route dans le Christ … Soyez enracinés et fondés en lui, affermis ainsi dans la foi telle qu’on vous l’a enseignée, et débordants de reconnaissance…Veillez à ce que nul ne vous prenne au piège de la philosophie, cette creuse duperie à l’enseigne de la tradition des hommes, des éléments du monde et non plus du Christ… Ensevelis avec le Christ dans le Baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités… »
    Il ne s’agit donc pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire ; sachant que cet « autrement » est désormais possible, car c’est l’Esprit-Saint qui nous en rend capables. Le même Paul dira à peine plus loin, dans cette même lettre : « Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. » C’est ce monde-ci qui est promis au Royaume, il ne s’agit donc pas de le mépriser mais de le vivre déjà comme la semence du Royaume. Il n’est pas question de dénigrer les réalités terrestres ! Dieu nous les a confiées, au contraire, à nous de les transfigurer.
    C’est dans cet esprit que Paul nous invite à être une pâte nouvelle : « Purifiez-vous des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes comme le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. » Ici, il fait allusion au rite des Azymes ; chaque année, au moment où l’on s’apprête à partager l’agneau pascal, on prend bien soin de nettoyer les maisons de toute trace du levain de la récolte de l’année dernière ; le repas de la nuit pascale (le seder) est accompagné de galettes de pain non levé (le pain azyme) et dans la semaine qui suit on continue à manger du pain sans levain en attendant d’avoir pu laisser fermenter le levain nouveau.
    Les deux rites de l’agneau pascal et des Azymes étaient donc liés dans la célébration de la Pâque ; et Paul les lie dans son raisonnement : « Purifiez-vous des vieux ferments… Le Christ, notre agneau pascal, a été immolé ». Paul fait donc référence à toute la symbolique de la fête pascale juive et il l’applique à la Pâque des chrétiens ; il n’a pas une seconde l’impression de changer le sens de la fête juive en parlant de la Pâque du Christ : au contraire, il voit dans la Résurrection du Christ le parfait achèvement du combat de libération que rappelait chaque année la Pâque juive.
    Pour Paul, c’est une évidence : en Jésus l’ancienne fête des Azymes n’a pas perdu sa signification ; au contraire, elle trouve son sens plénier : la Pâque des Chrétiens est bien la fête de la libération, mais désormais, la libération est définitive. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ a triomphé des pires chaînes, celles de la mort et de la haine. Et cette libération est contagieuse ; comme dit Paul, « un peu de levain suffit pour que toute la pâte fermente ». L’Esprit qui poursuit son oeuvre dans le monde fera irrésistiblement « lever » comme une pâte l’humanité tout entière.

    EVANGILE – selon Saint Jean 20 , 1 – 9
    1 Le premier jour de la semaine,
    Marie Madeleine se rend au tombeau
    de grand matin ; c’était encore les ténèbres.
    Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
    2 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
    celui que Jésus aimait,
    et elle leur dit :
    « On a enlevé le Seigneur de son tombeau
    et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
    3 Pierre partit donc avec l’autre disciple
    pour se rendre au tombeau.
    4 Ils couraient tous les deux ensemble,
    mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
    et arriva le premier au tombeau.
    5 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
    cependant il n’entre pas.
    6 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
    Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges posés à plat,
    7 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
    non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
    8 C’est alors qu’entra l’autre disciple,
    lui qui était arrivé le premier au tombeau.
    Il vit, et il crut.
    9 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
    que, selon l’Ecriture,
    il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

    Jean note qu’il faisait encore sombre : la lumière de la Résurrection a troué la nuit ; on pense évidemment au Prologue du même évangile de Jean : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » au double sens du mot « saisir », qui signifie à la fois « comprendre » et « arrêter » ; les ténèbres n’ont pas compris la lumière, parce que, comme dit Jésus également chez Saint Jean « le monde est incapable d’accueillir l’Esprit de vérité » (Jn 14, 17) ; ou encore : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière » (Jn 3, 19) ; mais, malgré tout, les ténèbres ne pourront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller ; c’est toujours Saint Jean qui nous rapporte la phrase qui dit la victoire du Christ : « Soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).
    Donc, « alors qu’il fait encore sombre », Marie de Magdala voit que la pierre a été enlevée du tombeau ; elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, (on suppose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. » Evidemment, les deux disciples se précipitent ; vous avez remarqué la déférence de Jean à l’égard de Pierre ; Jean court plus vite, il est plus jeune, probablement, mais il laisse Pierre entrer le premier dans le tombeau.
    « Pierre entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. » Leur découverte se résume à cela : le tombeau vide et les linges restés sur place ; mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Pour Saint Jean, ces linges sont des pièces à conviction : ils prouvent la Résurrection ; au moment même de l’exécution du Christ, et encore bien longtemps après, les adversaires des Chrétiens ont répandu le bruit que les disciples de Jésus avaient tout simplement subtilisé son corps. Saint Jean répond : « Si on avait pris le corps, on aurait pris les linges aussi ! Et s’il était encore mort, s’il s’agissait d’un cadavre, on n’aurait évidemment pas enlevé les linges qui le recouvraient. »
    Ces linges sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié ; son corps était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité ; Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré ; son corps ressuscité ne connaît plus d’entrave.
    La dernière phrase est un peu étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
    Jean a déjà noté à plusieurs reprises dans son évangile qu’il a fallu attendre la Résurrection pour que les disciples comprennent le mystère du Christ, ses paroles et son comportement. Au moment de la Purification du Temple, lorsque Jésus avait fait un véritable scandale en chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, l’évangile de Jean dit : « Lorsque Jésus se leva d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait parlé ainsi, et ils crurent à l’Ecriture ainsi qu’à la parole qu’il avait dite. » (Jn 2, 22). Même chose lors de son entrée triomphale à Jérusalem, Jean note : « Au premier moment, ses disciples ne comprirent pas ce qui arrivait, mais lorsque Jésus eut été glorifié, ils se souvinrent que cela avait été écrit à son sujet. » (Jn 12, 16).
    Mais soyons francs : vous ne trouverez nulle part dans toute l’Ecriture une phrase pour dire que le Messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Ecriture revenait tout d’un coup à leur mémoire ; mais, tout d’un coup, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit Saint Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Ecritures ».
    « Il vit et il crut. Jusque là, les disciples n’avaient pas vu que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts… » C’est parce que Jean a cru que l’Ecriture s’est éclairée pour lui : jusqu’ici combien de choses de l’Ecriture lui étaient demeurées obscures ; mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hésiter, alors tout devient clair : il relit l’Ecriture autrement et elle lui devient lumineuse. L’expression « il fallait » dit cette évidence. Comme disait Saint Anselme, il ne faut pas comprendre pour croire, il faut croire pour comprendre.
    A notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la Résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la Résurrection : la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant !
    —————————–
    Compléments
    – Jusqu’à cette expérience du tombeau vide, les disciples ne s’attendaient pas à la Résurrection de Jésus. Ils l’avaient vu mort, tout était donc fini… et, pourtant, ils ont quand même trouvé la force de courir jusqu’au tombeau… A nous désormais de trouver la force de lire dans nos vies et dans la vie du monde tous les signes de la Résurrection. L’Esprit nous a été donné pour cela. Désormais, chaque « premier jour de la semaine », nous courons, avec nos frères, à la rencontre mystérieuse du Ressuscité.
    – C’est Marie-Madeleine qui a assisté la première à l’aube de l’humanité nouvelle ! Marie de Magdala, celle qui avait été délivrée de sept démons… elle est l’image de l’humanité tout entière qui découvre son Sauveur. Mais, visiblement, elle n’a pas compris tout de suite ce qui se passait : là aussi, elle est bien l’image de l’humanité !
    Et, bien qu’elle n’ait pas tout compris, elle est quand même partie annoncer la nouvelle aux apôtres et c’est parce qu’elle a osé le faire, que Pierre et Jean ont couru vers le tombeau et que leurs yeux se sont ouverts. A notre tour, n’attendons pas d’avoir tout compris pour oser inviter le monde à la rencontre du Christ ressuscité.


  • Homélie du dimanche 1er avril

    Dimanche 1er avril 2018
    dimanche de Pâques

    LA RESURRECTION DE NOTRE SAUVEUR ET SEIGNEUR JESUS-CHRIST
    Nous sommes aujourd’hui au cœur même du mystère chrétien : « Vous êtes ressuscités avec le Christ.  » (Colossiens 3.1)
    Deux lectures évangéliques nous sont proposées par l’Eglise. L’une pour la liturgie du matin, la deuxième pour la liturgie en fin de ce dimanche.
    Au matin, la lecture nous emmène avec Marie-Madeleine : « Il fait encore sombre.  » (Jean 20.1) En fin de journée, les disciples d’Emmaüs voient clair : « Leurs yeux s’ouvrirent » . L’Eglise qui se retrouve dans la chambre haute, celle partie sur le chemin, et celle restée à Jérusalem, toutes deux, réunies dans la foi et la lumière parle à l’unisson de sa joie : « C’est vrai ! Le Seigneur est ressuscité !  » Leurs yeux et leur cœur se sont ouverts.
    Le mystère chrétien est essentiellement un mystère de lumière. Cette lumière, dont l’étoile de Bethléem indiquait la naissance, a brillé parmi nous avec une clarté croissante. Les ténèbres du Golgotha n’ont pu l’éteindre. Elle reparaît maintenant parmi nous.
    Tous les cierges de la nuit pascale allumés durant la liturgie romaine en ont proclamé ce triomphe. « Jour unique et saint, roi et seigneur des jours, fête des fêtes, solennité des solennités !  » chante la liturgie de l’Eglise d’Orient. Quand le célébrant arrive, tenant un cierge allumé, le chœur chante ce mystère de la lumière divine : « Venez, prenez de la lumière à la lumière sans soir et glorifiez le Christ ressuscité des morts.  » C’est pour la même raison qu’au baptême, dans la liturgie romaine, le cierge, remis au nouveau baptisé, est allumé au cierge pascal, qui est le Christ.
    JUSQU’AU JOUR SANS DECLIN DE SON ROYAUME
    La résurrection de Jésus serait pour nous sans valeur si la lumière divine ne resplendissait pas en même temps parmi nous et au-dedans de nous. Nous ne pouvons dignement célébrer la résurrection du Christ que si, dans notre âme, la lumière apportée par le Sauveur, a complètement vaincu les ténèbres de nos péchés.
    « Recherchez donc les réalités d’en haut. C’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre.  » (Lecture de saint Paul aux Colossiens, dans la liturgie romaine).
    L’Eglise en Orient fait entendre à ses fidèles le début de l’évangile selon saint Jean : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas connue.  » Elles ont été impuissantes à maîtriser et à éteindre cette lumière dont nous voyons aujourd’hui le triomphe : « Nous avons vu sa gloire.  » (Jean 1.14)
    « O Pâque grande et très sainte, ô Christ, Sagesse, Verbe et Puissance de Dieu, donne-nous de communier à toi avec plus de vérité au jour sans déclin de ton Royaume.  » Ce canon de Pâques, attribué à saint Jean Damascène, est alors chanté et c’est alors que les fidèles, comme les apôtres au soir de Pâques, se saluent en disant et répétant : « Le Christ est ressuscité ! En vérité, il est ressuscité !  » (Luc 24. 34)
    RESSUSCITES AVEC LE CHRIST
    Au matin de Pâques, devant le tombeau vide, Pierre et Jean découvrent qu’il fallait que le Christ ressuscite d’entre les morts (Jean 20. 9) Au soir, à Emmaüs, les deux disciples désenchantés et lents à croire, entendent leur compagnon de route leur dire : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ?  » (Luc 24. 26)
    Saint Jean Chrysostome dans son homélie de Pâques qui est lue à la fin de la liturgie de l’Eglise d’Orient rappelle que ceux-là seuls partagent la grâce de la Résurrection du Christ qui ont porté la croix et sont morts avec Lui.
    Sans la croix, la gloire du Ressuscité ne peut devenir notre part. Dans le même temps, le Seigneur connaît notre lenteur et la faiblesse de notre foi. Pierre et les autres apôtres participeront à la Passion de leur maître, mais seulement après que la force de sa Résurrection leur aura été communiquée. Notre Seigneur agit de même avec nous.
    Malgré tout ce dont avons souffert et supporté,ou supportons encore, nous sommes loin d’avoir aidé Jésus à porter sa croix. Nous avons dormi durant son agonie, nous l’avons abandonné, nous l’avons renié par nos péchés multiples.
    Et cependant, si peu préparés, si impurs que nous soyons, Jésus nous invite à entrer dans la joie pascale. Le pardon et la vie ont jailli du sépulcre vide. Et le Christ ressuscité surmonte tous les obstacles qui s’interposent entre lui et nous.
    Le soir de Pâques , il entre dans cette chambre haute dont les portes étaient fermées (Jean 20. 19). Il peut entrer dans les âmes qui jusqu’ici lui sont demeurées closes. Il nous y apporte son message de miséricorde : « Jésus vint, se tint au milieu d’eux et leur dit : La Paix soit avec vous.  » (Jean 20. 19)
    ***
    Après la Communion eucharistique, sacrement de la Pâque du Seigneur, la liturgie latine nous fait prier ainsi : « Dieu de toute bonté, ne cesse pas de veiller sur ton Eglise. Déjà les sacrements de la Pâque nous ont régénérés en nous obtenant ton pardon, en nous faisant communier à ta vie. Donne-nous d’entrer dans la lumière de la résurrection.  » (Prière après la communion)
    En ce jour de Pâques, la foi, permet à la réalité divine d’illuminer notre vie. Il est une action à entreprendre : porter partout témoignage de la bouleversante découverte d’un monde nouveau., comme le chante la liturgie byzantine :
    Voici le jour de la Résurrection.
    Voici la lumière de notre joie !
    Voici la Pâque du Seigneur !
    Le Christ nous a fait passer
    de la mort à la vie
    et de la terre aux cieux !
    Chantons son triomphe !
    Purifions nos vies.
    Nous le verrons,
    le Seigneur étincelant de Lumière.
    Le Christ ressuscité !
    et nous l’entendrons nous dire
    « Paix sur vous ».
    Chantons son triomphe
    Joie, Joie sans fin !
    Le Christ est ressuscité !
    Alléluià !


vendredi 23 mars 2018

  • Assemblée plénière de printemps des évêques de France : communiqué final

    5 novembre 2016 : Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes (65), France.
    L’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France s’est achevée ce vendredi 23 mars. Réunis à huis clos depuis le mardi 20 mars à Lourdes, les évêques de France ont travaillé sur différents sujets.
    A l’issue du discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, les évêques ont commencé leur réunion par un échange sur l’actualité de l’Église et de la société.
    En cette période où sont ouverts les États généraux de la bioéthique dans notre pays, les évêques ont fait le point sur la réflexion et la mobilisation de l’Église de France sur les sujets bioéthiques. Ils se sont unanimement et nommément engagés dans une déclaration mettant en garde contre la légalisation de l’euthanasie qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Dans cette déclaration, « ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres ».
    Au cours de cette Assemblée, le jeudi 22, les évêques ont pris un temps notable pour échanger entre eux sur le phénomène migratoire et l’accueil des migrants dans notre pays. Ayant entendu des experts sur la réalité des migrations, ils ont ensuite échangé et se sont enrichis de leurs expériences diocésaines lors de forums.
    Parmi les autres dossiers à l’ordre du jour, deux séquences furent dédiées à la lutte contre la pédophilie. Le Père Hans Zollner, jésuite, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, est venu témoigner de son expérience et de son approche de ce sujet au niveau mondial. La deuxième séquence a permis aux évêques de continuer à travailler sur la nécessité de manifester leur proximité et leur compassion aux victimes de la pédophilie dans l’Église.
    Ces temps de travail réguliers permettent d’améliorer les dispositifs et de garder une extrême vigilance contre ce fléau.
    Animée par un groupe de travail issu du Comité études et projets, une séquence de cette assemblée a voulu favoriser une prise de conscience des nouvelles ritualités civiles et de leur impact sur la société et l’Église. Monsieur Olivier Servais, historien et anthropologue, a notamment éclairé les évêques sur le surgissement de la question rituelle dans le monde virtuel. Il a présenté le champ de ces ritualités et en a proposé des clés d’interprétation anthropologique. Les évêques ont ensuite pu échanger lors de forums sur diverses facettes de ces nouvelles ritualités civiles : les rites liés à un événement (marches blanches…), les rites dans le champ des nouveaux moyens de communication (réseaux sociaux…), les paraliturgies qui répondent à ces besoins de rituels et les rituels qui se transforment dans l’accompagnement des étapes de la vie (naissances, mariages, deuils…).
    En vue de la préparation du synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel (3-28 octobre 2018), les évêques ont préparé leur participation en échangeant, en forums, sur les points importants à faire remonter et à travailler lors de ce synode. Cette réflexion a permis aussi de partager sur la pastorale des jeunes de 16 à 29 ans dans l’Église de France tant au plan diocésain que national.
    Les évêques ont aussi travaillé sur des sujets liés au fonctionnement de l’institution. Ils ont ainsi abordé les questions économiques et financières des diocèses avec leurs disparités, leurs enjeux à court et moyen terme, les perspectives d’évolution possible. Ils ont poursuivi leur réflexion sur l’évolution des structures de la Conférence des évêques de France en vue de la présentation, lors d’une prochaine Assemblée, d’un nouvel organigramme.
    Enfin, dans la perspective de l’éventuelle révision des statuts de l’Enseignement catholique prévue lors de leur adoption il y a cinq ans, les évêques ont engagé un premier échange avant un débat plus approfondi lors de la prochaine Assemblée plénière de novembre 2018.
    Lors de cette Assemblée de printemps, les évêques ont aussi procédé à divers votes.
    Ont été élus :

    Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, président du Conseil famille et société, pour un premier mandat;
    Mgr Norbert Turini, évêque de Perpignan, Président du Conseil pour la communication, pour un deuxième mandat ;
    Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, membre de la commission doctrinale, pour un premier mandat.

    Par ailleurs, les évêques ont approuvé par vote :

    L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Paulin Enfert
    (1853 – 1922), fondateur de la Mie de Pain dans le diocèse de Paris ;
    L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Gérin
    (1797 – 1863), prêtre du diocèse de Grenoble ;
    La réouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Bazin, prêtre du diocèse de Séez.
    L’Assemblée s’est aussi prononcée favorablement pour la nomination de Saint Irénée de Lyon comme Docteur de l’Unité.

    Par ailleurs, en marge de l’Assemblée, le Conseil permanent a nommé :

    Le Père Vincent Breynaert, de la Communauté du Chemin neuf, directeur du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations ;
    Mademoiselle Bernadette Mélois, vierge consacrée, directrice du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle.
    Ces directeurs prendront leurs fonctions le 1er septembre 2018.


jeudi 22 mars 2018

  • Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité !

    Nous devons tous pouvoir réfléchir le plus sereinement possible à la fin de vie. En apportant leur éclairage, les 118 évêques de France signent une Déclaration « Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité ! », ce jeudi 22 mars 2018. Ils expriment leur compassion envers leurs frères et sœurs en fin de vie et saluent les professionnels de santé qui leur procurent une réelle qualité de vie avec une fin de vie la plus apaisée possible. Ils déplorent les disparités d’accès aux soins palliatifs sur le territoire national, ainsi que l’insuffisance des formations proposées aux personnels soignants, car cela engendre des souffrances tragiques. Ce sont elles qui occasionnent les demandes de légalisation d’assistance au suicide et d’euthanasie.
    Avec ces constats, les évêques de France avancent six raisons éthiques majeures pour s’opposer à cette légalisation qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres.
    Les 118 évêques signataires insistent : « Ne nous trompons donc pas d’urgence ! »

     
    Quelles que soient nos convictions, la fin de vie est un temps que nous vivrons tous et une inquiétude que nous partageons. Chacun doit donc pouvoir y réfléchir le plus sereinement possible, en évitant les écueils des passions et des pressions.
    Nous voulons avant tout exprimer notre pleine compassion envers nos frères et sœurs en « fin de vie », comme l’Église a toujours essayé de le faire. Ils se présentent dans leur faiblesse, parfois extrême. Leur existence est un appel : de quelle humanité, de quelle attention, de quelle sollicitude ferons-nous preuve envers eux qui vivent au milieu de nous ?
    Nous saluons les professionnels de santé qui leur procurent une qualité de vie dans une fin de vie la plus apaisée possible, grâce à leur compétence technique et à leur humanité, aussi bien dans le suivi quotidien que dans les situations d’urgence. Certains d’entre eux sont engagés, souvent avec de fortes convictions personnelles, en soins palliatifs. Grâce à eux et à l’effort de déploiement de ces soins, nombre de nos concitoyens vivent de manière apaisée leur fin de vie.
    Cependant, ces soins ne sont pas suffisamment développés et les possibilités de soulagement de la souffrance sous toutes ses formes ne sont pas assez connues. Il est urgent de combattre cette ignorance, source de peurs qui ne sont jamais bonnes conseillères et dont s’abreuvent les sondages.
    Ancrés dans l’ensemble du territoire, nous déplorons les disparités d’accès aux soins palliatifs ainsi que l’insuffisance de formations proposées au personnel médical et soignant, ce qui engendre des souffrances parfois tragiques. C’est pourquoi l’urgence consiste à poursuivre le développement des soins palliatifs pour que toute personne en ayant besoin puisse, selon la loi du 9 juin 1999, y avoir accès quel que soit son lieu de vie, y compris dans les EHPAD et dans les maisons de retraite.
    En raison de ces carences et de la médiatisation de certains cas, plusieurs réclament un changement de la loi par la légalisation d’une assistance médicale au suicide et de l’euthanasie. Face à cette réclamation, nous affirmons notre opposition éthique pour au moins six raisons :
    1. La dernière loi a été votée récemment, le 2 février 2016. Dans la suite de celle du 22 avril 2005 – dont le retentissement fut international –, elle poursuit l’effort d’une prise en charge responsable et collégiale de la part des soignants pour garantir une fin de vie apaisée. Son application est encore largement en chantier et demande une formation appropriée. Apprécier, au cas par cas, comment accompagner au mieux chaque personne en grande vulnérabilité demande temps, discernement et délicatesse. Changer la loi manifesterait un manque de respect non seulement pour le travail législatif déjà accompli, mais aussi pour la patiente et progressive implication des soignants. Leur urgence, c’est qu’on leur laisse du temps.
    2. Fort de la fraternité qu’il proclame, comment l’État pourrait-il, sans se contredire, faire la promotion – même encadrée – de l’aide au suicide ou de l’euthanasie tout en développant des plans de lutte contre le suicide ? Ce serait inscrire au cœur de nos sociétés la transgression de l’impératif civilisateur : « Tu ne tueras pas. » Le signal envoyé serait dramatique pour tous, et en particulier pour les personnes en grande fragilité, souvent tiraillées par cette question : « Ne suis-je pas un poids pour mes proches et pour la société ? » Quelles que soient les subtilités juridiques recherchées pour étouffer les problèmes de conscience, le geste fratricide se dresserait dans notre conscience collective comme une question refoulée et sans réponse : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
    3. Si l’État confiait à la médecine la charge d’exécuter ces demandes de suicide ou d’euthanasie, des personnels soignants seraient entraînés, malgré eux, à penser qu’une vie ne serait plus digne d’être vécue, ce qui serait contraire au Code de déontologie médicale : « Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. » Selon Paul Ricœur reprenant la tradition hippocratique, la relation de soin est par nature un « pacte de confiance » qui unit soignés et soignants et qui interdit à ces derniers, au nom de cette dignité, de faire volontairement du mal à autrui et encore moins de le faire mourir. Tuer, même en prétendant invoquer la compassion, n’est en aucun cas un soin. Il est urgent de sauvegarder la vocation de la médecine.
    4. Même si une clause de conscience venait protéger les soignants, qu’en serait-il des personnes vulnérables ? Dans leur autonomie, elles ont besoin de confiance et d’écoute pour confier leurs désirs, souvent ambivalents. Quelle serait la cohérence de l’engagement médical si, dans certains lieux, des soignants étaient prompts à accéder à leurs désirs de mort chimiquement provoquée, tandis que dans d’autres, ils les accompagnaient, grâce à l’écoute patiente et au soulagement des différentes souffrances, vers une mort naturelle paisible ? La vulnérabilité de personnes – jeunes et moins jeunes – en situation de dépendance et de fin de vie appelle non un geste de mort mais un accompagnement solidaire. La détresse de celles qui demandent parfois que l’on mette fin à leur vie, si elle n’a pu être prévenue[1], doit être entendue. Elle oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société.
    5. Les tenants de l’aide au suicide et de l’euthanasie invoquent « le choix souverain du malade, son désir de maîtriser son destin ». Ils prétendent que « l’exercice de ce droit n’enlève rien à personne. C’est le type même de la liberté personnelle qui ne déborde pas sur la liberté d’autrui ». Mais qu’est-ce qu’une liberté qui, au nom d’une illusoire autonomie souveraine, enfermerait la personne vulnérable dans la solitude de sa décision ? L’expérience atteste que la liberté est toujours une liberté en relation grâce à laquelle le dialogue se noue afin que le soignant soit bienfaisant. Nos choix personnels, qu’on le veuille ou non, ont une dimension collective. Les blessures du corps individuel sont des blessures du corps social. Si certains font le choix désespéré du suicide, la société a avant tout le devoir de prévenir ce geste traumatisant. Ce choix ne doit pas entrer dans la vie sociale par le biais d’une coopération légale au geste suicidaire.
    6. Réclamer sous quelque forme que ce soit une « aide médicale à mourir », c’est imaginer, comme c’est le cas dans des pays voisins, des institutions spécialisées dans la mort. Mais alors quelles institutions ? Et avec quel financement ? Ou bien, c’est conduire notre système de santé à imposer à nos soignants et à nos concitoyens une culpabilité angoissante, chacun pouvant être amené à s’interroger : « Ne devrais-je pas envisager un jour de mettre fin à ma vie ? » Cette question sera source d’inévitables tensions pour les patients, leurs proches et les soignants. Elle pèserait gravement sur la relation de soin.
    Ne nous trompons donc pas d’urgence !
    Face aux troubles et aux doutes de notre société, comme le recommande Jürgen Habermas, nous offrons le récit du « bon Samaritain » qui prend en charge « l’homme à demi-mort », le conduit dans une « auberge » hospitalière et exerce la solidarité face à la « dépense » qu’occasionnent ses « soins ». À la lumière de ce récit, nous appelons nos concitoyens et nos parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie toujours plus en France une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres. Cette fraternité inspira l’ambition de notre système solidaire de santé au sortir de la Seconde guerre mondiale. Que ferons-nous de cette ambition ? La fraternité relève d’une décision et d’une urgence politiques que nous appelons de nos vœux.
    Card. Philippe BARBARIN, archevêque de Lyon,
    Card. Jean-Pierre RICARD, archevêque de Bordeaux, évêque de Bazas,
    Card. André VINGT-TROIS, archevêque émérite de Paris,
    Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille et président de la CEF,
    Mgr Pierre-Marie CARRÉ, archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF,
    Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis et vice-président de la CEF,
    Mgr Marc AILLET, évêque de Bayonne, Lescar-Oloron,
    Mgr Bernard-Nicolas AUBERTIN, archevêque de Tours,
    Mgr Gilbert AUBRY, évêque de Saint-Denis de la Réunion,
    Mgr Eric AUMONIER, évêque de Versailles,
    Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris,
    Mgr Jean-Marc AVELINE, évêque auxiliaire de Marseille,
    Mgr Claude AZEMA, évêque auxiliaire de Montpellier,
    Mgr Philippe BALLOT, archevêque de Chambéry, évêque de Maurienne et Tarentaise,
    Mgr Jean-Louis BALSA, évêque de Viviers,
    Mgr Sylvain BATAILLE, évêque de Saint-Etienne,
    Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois,
    Mgr Jérôme BEAU, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr Jacques BENOIT-GONNIN, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis,
    Mgr Didier BERTHET, évêque de Saint-Dié,
    Mgr Francis BESTION, évêque de Tulle,
    Mgr Dominique BLANCHET, évêque de Belfort-Montbéliard,
    Mgr Jacques BLAQUART, évêque d’Orléans,
    Mgr Yves BOIVINEAU, évêque d’Annecy,
    P. Jean BONDU, administrateur diocésain de Luçon,
    Mgr Jean-Luc BOUILLERET, archevêque de Besançon,
    Mgr Jean-Claude BOULANGER, évêque de Bayeux-Lisieux,
    Mgr Pierre-Antoine BOZO, évêque de Limoges,
    Mgr Thierry BRAC de la PERRIÈRE, évêque de Nevers,
    Mgr Nicolas BROUWET, évêque de Tarbes et Lourdes,
    Mgr Jean-Luc BRUNIN, évêque du Havre,
    Mgr Laurent CAMIADE, évêque de Cahors,
    Mgr Jean-Pierre CATTENOZ, archevêque d’Avignon,
    Mgr Raymond CENTENE, évêque de Vannes,
    Mgr Philippe CHRISTORY, évêque nommé de Chartres,
    Mgr Georges COLOMB, évêque de La Rochelle et Saintes,
    Mgr Luc CREPY, évêque du Puy-en-Velay,
    Mgr Emmanuel DELMAS, évêque d’Angers,
    Mgr Renauld de DINECHIN, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin,
    Mgr Laurent DOGNIN, évêque de Quimper et Léon,
    Mgr Vincent DOLLMANN, évêque auxiliaire de Strasbourg,
    Mgr Christophe DUFOUR, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles,
    Mgr Jean-Marc EYCHENNE, évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix,
    Mgr Bruno FEILLET, évêque auxiliaire de Reims,
    Mgr François FONLUPT, évêque de Rodez et Vabres,
    Mgr Maurice GARDÈS, archevêque d’Auch,
    Mgr François GARNIER, archevêque de Cambrai,
    Mgr Maroun Nasser GEMAYEL, évêque de l’Éparchie Notre-Dame-du-Liban de Paris des Maronites de France,
    Mgr Olivier de GERMAY, évêque d’Ajaccio,
    Mgr Bernard GINOUX, évêque de Montauban,
    Mgr Hervé GIRAUD, archevêque de Sens et Auxerre et prélat de la Mission de France,
    Mgr Emmanuel GOBILLIARD, évêque auxiliaire de Lyon,
    Mgr Hervé GOSSELIN, évêque d’Angoulême,
    Mgr Bruno GRUA, évêque de Saint-Flour,
    Mgr Borys GUDZIAK, évêque de l’Éparchie de Saint-Vladimir-le-Grand de Paris,
    Mgr Jean-Paul GUSCHING, évêque de Verdun,
    Mgr Jacques HABERT, évêque de Séez,
    Mgr Hubert HERBRETEAU, évêque d’Agen,
    Mgr Antoine HEROUARD, évêque auxiliaire de Lille,
    Mgr Denis JACHIET, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr François JACOLIN, évêque de Mende,
    Mgr Jean-Paul JAEGER, évêque d’Arras,
    Mgr Jean-Paul JAMES, évêque de Nantes,
    Mgr Thierry JORDAN, archevêque de Reims,
    Mgr Vincent JORDY, évêque de Saint Claude,
    Mgr François KALIST, archevêque de Clermont,
    Mgr Guy de KERIMEL, évêque de Grenoble – Vienne,
    Mgr Christian KRATZ, évêque auxiliaire de Strasbourg,
    Mgr Bertrand LACOMBE, évêque auxiliaire de Bordeaux,
    Mgr Emmanuel LAFONT, évêque de Cayenne,
    Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE, évêque de Metz,
    Mgr Stanislas LALANNE, évêque de Pontoise,
    Mgr Laurent LE BOULC’H, évêque de Coutances et Avranches,
    Mgr Patrick LE GAL, évêque auxiliaire de Lyon,
    Mgr Robert LE GALL, archevêque de Toulouse,
    Mgr Yves LE SAUX, évêque du Mans,
    Mgr Jean-Marie LE VERT, évêque auxiliaire de Bordeaux,
    Mgr Olivier LEBORGNE, évêque d’Amiens,
    Mgr Dominique LEBRUN, archevêque de Rouen,
    Mgr Jean LEGREZ, archevêque d’Albi,
    Mgr David MACAIRE, archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France,
    Mgr Charles MAHUZA YAVA sds, évêque de Mayotte,
    Mgr Armand MAILLARD, archevêque de Bourges,
    Mgr Xavier MALLE, évêque de Gap et Embrun,
    Mgr André MARCEAU, évêque de Nice,
    Mgr Joseph de METZ-NOBLAT, évêque de Langres,
    Mgr Pierre-Yves MICHEL, évêque de Valence,
    Mgr Roland MINNERATH, archevêque de Dijon,
    Mgr Eric de MOULINS-BEAUFORT, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr Philippe MOUSSET, évêque de Périgueux et Sarlat,
    Mgr Denis MOUTEL, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier,
    Mgr Jean-Yves NAHMIAS, évêque de Meaux,
    Mgr Jean-Philippe NAULT, évêque de Digne, Riez et Sisteron,
    Mgr Christian NOURRICHARD, évêque d’Evreux,
    Mgr Pierre d’ORNELLAS, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
    Mgr Michel PANSARD, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes,
    Mgr Jean-Louis PAPIN, évêque de Nancy et Toul,
    Mgr Laurent PERCEROU, évêque de Moulins,
    Mgr Alain PLANET, évêque de Carcassonne et Narbonne,
    Mgr Luc RAVEL, archevêque de Strasbourg,
    Mgr Dominique REY, évêque de Fréjus – Toulon,
    Mgr Jean-Yves RIOCREUX, évêque de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre,
    Mgr Benoît RIVIÈRE, évêque d’Autun,
    P.  Sébastien ROBERT, administrateur diocésain de Chartres,
    Mgr Pascal ROLAND, évêque de Belley-Ars,
    Mgr Antoine de ROMANET, évêque aux Armées françaises,
    Mgr Michel SANTIER, évêque de Créteil,
    Mgr Thierry SCHERRER, évêque de Laval,
    Mgr Nicolas SOUCHU, évêque d’Aire et Dax,
    Mgr Marc STENGER, évêque de Troyes,
    Mgr Jean TEYROUZ, évêque de l’Eparchie de Sainte-Croix de Paris des Arméniens catholiques de France,
    Mgr François TOUVET, évêque de Châlons,
    Mgr Norbert TURINI, évêque de Perpignan-Elne,
    Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille,
    Mgr Thibault VERNY, évêque auxiliaire de Paris,
    Mgr Robert WATTEBLED, évêque de Nîmes, Uzès et Alès
    Mgr Pascal WINTZER, archevêque de Poitiers,
    P. Hugues de WOILLEMONT, administrateur diocésain de Nanterre.
    [1] À ce sujet, voir les propositions concrètes données dans le document : Mgr Pierre d’Ornellas et alii, Fin de vie, un enjeu de fraternité, Salvator, 2015, pp. 147-149.


mercredi 21 mars 2018

  • Trois questions à Guy Treffre, responsable de la plate-forme ecclésiale pour le service civique

    La plate-forme ecclésiale pour le service civique a été créée en 2011, quelle est sa mission, comment fonctionne-t-elle ?
    La plate-forme accompagne les mouvements et associations catholiques qui souhaitent rejoindre le dispositif du service civique.
    Elle rassemble des acteurs, structures nationales ou structures locales qui coopèrent pour organiser des temps de travail ou des temps de formation. Chaque structure qui engage un volontaire a l’obligation de lui proposer une formation pratique de secouriste et une formation théorique « civique et citoyenne ».
    Quel est votre rôle au sein de cette plate-forme ? Un peu plus d’un an après votre prise de poste, quel bilan faites-vous ?
    Je suis un facilitateur, je coordonne et je fais la promotion du dispositif, en diocèse ou auprès des mouvements, fondations ou associations catholiques.
    Beaucoup d’acteurs se sont engagés au cours de cette année, par exemple,  « Frat 57 » de la pastorale des jeunes de Metz ou encore la  « Mission saint Luc » du diocèse de Quimper et Léon. D’autres comme le diocèse de Bordeaux ou le diocèse de Moulins réfléchissent à la forme que pourrait prendre cet engagement.
    Selon un récent sondage, quatre-vingt-sept pour cent des responsables des ressources humaines ont une image positive de l’engagement et des volontaires du service civique. Selon le même sondage, ce qui motive les jeunes à s’engager c’est le fait de se sentir utile.
    Il faut encourager les diocèses à rejoindre la démarche et à aller encore plus loin dans l’embauche de volontaires, permettre aux jeunes de s’engager et de se sentir utiles dans nos différents diocèses, dans nos associations et auprès des citoyens.
    Un colloque est organisé les 27 et 28 mars à Paris. Pourquoi cet évènement ? Quel en sera le thème ?
    Cette année, plus de 200 volontaires en milieu ecclésial se réunissent pour réfléchir sur le thème « Écologie et société ». Le 27 mars, dix-huit associations engagées pour la biodiversité, la solidarité, la gestion des déchets, la production d’énergie vont se retrouver et échanger pour mieux agir demain.
    La journée du 28 mars sera consacrée aux projets d’avenir avec un temps de relecture pour chacun des jeunes sur le sens de l’engagement et sur son projet professionnel. Il s’agit de donner aux protagonistes des outils et des repères pour se projeter dans l’avenir.

    Colloque : « Écologie et société, le chant des possibles » pour la Journée Formation Civique et Citoyenne

    Dans le cadre de la Journée Formation civique et Citoyenne, organisée le mardi 27 mars 2018, Elena Lasida, chargée de mission Écologie et société à la Conférence des évêques de France, est intervenue dans le colloque auprès de 200 jeunes volontaires, membres d’institutions ecclésiales, à La Grande Crypte, sur le thème : « Écologie et société, le chant des possibles ».
    «Tous les jeunes en service civique dans des institutions ecclésiales : les mouvements, les associations, les paroisses ou autres lieux d’églises) étaient rassemblés lors du colloque. Ils ne sont pas nécessairement chrétiens mais ils travaillent dans des institutions confessionnelles », explique-t-elle. L’objectif de la journée d’étude : que les jeunes en mission de service civique rencontrent au travers d’ateliers les responsables de structures qui mènent des projets en faveur de l’écologie intégrale et les sensibiliser à la question écologique.
    L’intervention d’Elena Lasida portait précisément sur la réflexion de Laudato Si’. Il s’agissait de montrer comment l’Église s’est emparée de la question écologique. « La question écologique ne se réduit pas à la question environnementale. Quand nous employons le terme « écologie », on pense au bio, aux végétaux, aux oiseaux. L’approche de Laudato Si’ est avant tout de dire que c’est une science des relations. C’est la relation entre tous les êtres vivants : que ce soit les humains avec la nature ou les humains en situation de pauvreté. Dans tous les services, même s’ils ne travaillent pas en milieu rural en lien avec la nature, tout le monde est concerné par la question écologique.»
    D’autres intervenants comme Martin de Lalaubie du Centre de recherche et d’action sociale (CERAS) sont intervenus au cours de cette journée. Ils avaient préparé pour les jeunes une web-série : « Clameurs des pauvres, clameurs de la Terre », à partir de la formule de l’Encyclique. « C’est très intéressant car les épisodes sont joués par les propres jeunes à partir de questions écologiques », souligne-t-elle.


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